Le mouvement réformé de reconstruction chrétienne – Partie 1 : Saint Augustin – Pierre Courthial

- Article paru dans le N° 14 de la Revue HOKHMA (1980).

Par sou­ci de péda­go­gie et de clar­té, je vous pro­pose de sub­di­vi­ser cet article en sept par­ties, cha­cune met­tant en avant une figure de la foi chré­tienne his­to­rique (Saint Augus­tin, Jean Cal­vin, Guillaume Groen Van Prins­te­rer, etc.) ou un thème en lien avec le sujet (anti­thèse, phi­lo­so­phie réfor­mée, etc.), afin de mieux faire res­sor­tir l’ap­port de cha­cune de ces per­sonnes – ou de cha­cun de ces thèmes – au déve­lop­pe­ment du mou­ve­ment réfor­mé de recons­truc­tion chré­tienne.

Sommaire :

[Ndlr : C’est nous qui sou­li­gnons (en gras) ; titres rajou­tés par nous]


C’est à une révi­sion radi­cale et totale de ses modes de vie, de pen­sée et d’ac­tion que le peuple de Dieu est appe­lé en cette fin du XXe siècle. Qu’ils soient ortho­doxes-orien­taux, catho­liques-romains ou pro­tes­tants, les conser­va­teurs atta­chés à leurs tra­di­tions, qui ne sont trop sou­vent que des habi­tudes ou des rou­tines plus ou moins anciennes, et les pro­gres­sistes s’ac­cro­chant à des nou­veau­tés, qui ne sont trop sou­vent que des reprises de vieilles erreurs sous de nou­veaux masques, doivent s’exa­mi­ner eux-mêmes et accep­ter d’être mis en ques­tion de façon vrai­ment cri­tique non pas d’a­bord par les accu­sa­tions plus ou moins sérieuses et fon­dées qu’ils s’a­dressent les uns aux autres mais par la Véri­té sûre et cer­taine de la Parole de Dieu incar­née qu’est le Christ de la Sainte Écri­ture, de ­la Parole de Dieu ins­pi­rée qu’est la Sainte Écri­ture du Christ.

Depuis trois mil­lé­naires et demi, à chaque époque cri­tique de son his­toire, le peuple de Dieu – l’É­glise de l’an­cienne dis­po­si­tion qu’é­tait Israël puis l’Is­raël de la nou­velle dis­po­si­tion qu’est l’É­glise – n’a connu de vrai renou­veau, de vraie re-for­ma­tion, qu’en reve­nant cor­dia­le­ment à cette Parole toute proche qu’il ne tient contre lui que pour être tenu par elle. La fonc­tion pro­phé­tique véri­table, depuis Moïse jus­qu’au­jourd’­hui, a tou­jours été et demeure, sous l’emprise sou­ve­raine du Saint Esprit, d’ap­pe­ler le peuple le Dieu, lors­qu’il erre, à reve­nir à la Parole de Dieu, à se lais­ser juger et sau­ver par elle, à recon­naître sa pleine auto­ri­té, à se confor­mer à ce qu’elle dit. Pour l’a­mour de Dieu !

En ces années 80 qui com­mencent, tout le peuple de Dieu, en toutes « déno­mi­na­tions », est appe­lé à l’œuvre de re-for­ma­tion, de res­tau­ra­tion, de recons­truc­tion, néces­saire. Au terme d’une longue période de sécu­la­ri­sa­tion uni­ver­selle qui, pour l’É­glise, a com­men­cé par ses pas­teurs et doc­teurs, a géné­ra­le­ment été une période d’a­po­sta­sie (de déra­page, d’é­loi­gne­ment, de révolte) par rap­port à la Parole de Dieu, alors qu’au bout de faux-sens et de contre-sens nous en arri­vons au non-sens, le temps est venu de confes­ser de nou­veau, en paroles et en actes, avec une pleine convic­tion et dans une patiente et ferme espé­rance, que le Règne n’ap­par­tient pas au(x) prétendu(s) « prince(s) de ce monde », ni à l’homme se vou­lant dieu et reniant Dieu, mais au seul Sei­gneur Créa­teur et Rédemp­teur qui est éter­nel­le­ment : le Père, le Fils et le Saint Esprit.

Il faut ajou­ter et pré­ci­ser que l’œuvre de re-for­ma­tion, de res­tau­ra­tion, de recons­truc­tion chré­tienne à laquelle, dans le monde entier, est appe­lé le peuple de Dieu n’est pas seule­ment celle de l’É­glise et de la théo­lo­gie, encore qu’il faille, bien sûr, com­men­cer par celle-ci. Puisque la Parole de Dieu est sou­ve­raine, elle doit être recon­nue comme telle en tout et par­tout. Nul n’a le droit de res­treindre l’é­ten­due de son auto­ri­té. Notre Sei­gneur est Roi sur tous les domaines de l’u­ni­vers et de l’exis­tence. Et si la volon­té apos­tate de sécu­la­ri­sa­tion, œuvrant en tout et par­tout, a visé et vise à reje­ter la sou­ve­rai­ne­té de Dieu jusque dans l’É­glise et la théo­lo­gie, la volon­té obéis­sante de chris­tia­ni­sa­tion, œuvrant en tout et par­tout, doit viser à ce que soit mani­fes­tée la sou­ve­rai­ne­té de Dieu jus­qu’aux extré­mi­tés de l’u­ni­vers et jusque dans la moindre par­celle de l’exis­tence. La parole du Christ res­sus­ci­té à ses dis­ciples est impres­crip­tible dans son affir­ma­tion, dans son com­man­de­ment et dans sa pro­messe : « Toute auto­ri­té m’a été don­née dans le ciel et sur la terre. Allez. Faites de toutes les nations des dis­ciples. Bap­ti­sez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, et ensei­gnez-leur à gar­der tout ce que je vous ai pres­crit. Et voi­ci : Je suis avec vous tous les jours jus­qu’à la fin du monde ».[1]

Il y a donc depuis la Chute[2] et plus encore depuis qu’est venu Jésus-Christ[3] anti­thèse, oppo­si­tion, conflit spi­ri­tuel uni­ver­sel et per­ma­nent[4] entre la Cité de ce siècle(Babel, Baby­lone ; de la Genèse à l’A­po­ca­lypse) qui, pour s’exal­ter orgueilleu­se­ment et stu­pi­de­ment elle-même, pré­tend s’ar­ra­cher et tout arra­cher à la sou­ve­rai­ne­té de Dieu et de sa Parole, et la Cité de Dieu[5] (Salem, Jéru­sa­lem, la nou­velle Jéru­sa­lem ; de la Genèse à l’A­po­ca­lypse) qui, dans la foi, l’es­pé­rance et l’a­mour, se réjouit, dans la louange eucha­ris­tique, jusque sous la per­sé­cu­tion, de la totale sou­ve­rai­ne­té de Dieu et de Sa Parole.

Notre Sei­gneur, par son Esprit agis­sant par et avec ce que dit – Parole de Dieu ! – la Sainte Écri­ture, veut régner de telle manière effi­cace, par­ti­cu­lière, intime, sur les siens qu’Il régé­nère, jus­ti­fie, sanc­ti­fie et fait per­sé­vé­rer, que tout ce qu’ils pensent, tout ce qu’ils font, tout ce qu’ils sont ici-bas – dans l’Église comme dans l’É­tat, dans le céli­bat comme dans le mariage, dans leur vie fami­liale et pro­fes­sion­nelle comme dans leurs recherches phi­lo­so­phiques, scien­ti­fiques, artis­tiques ou tech­niques, bref : en toutes choses – soit pour la gloire de Dieu[6], dans un mou­ve­ment pro­gres­sif, conti­nuel­le­ment repris, de repen­tance et de foi obéis­sante et aimante. C’est dire que la Parole-Loi de Dieu, la Parole-Direc­tives de Dieu, tou­jours reçue comme Évan­gile, comme Nou­velle de grâce, leur est en toutes choses lumière et règle puis­qu’elle exprime la Morale et le Droit véri­tables pour toute l’exis­tence, per­son­nelle et sociale, des hommes.

Dans son essai magis­tral d’une phi­lo­so­phie chré­tienne de l’his­toire, le De Civi­tate Dei (com­po­sé de 412 à 426, peu après la prise de Rome – 410 – par les Goths d’A­la­ric), Saint Augus­tin a su mettre en évi­dence ce ter­rible com­bat des deux Cités (celle de « ceux qui aiment Dieu jus­qu’au mépris d’eux-mêmes » et celle de « ceux qui s’aiment eux-mêmes jus­qu’au mépris de Dieu »).

Par ce com­bat, le Dieu tri­ni­taire sou­ve­rain, confor­mé­ment à son des­sein éter­nel et immuable, démontre et déploie his­to­ri­que­ment tout ensemble sa jus­tice et sa misé­ri­corde. Le moment ini­tial de ce com­bat se situe dès après l’a­po­sta­sie ori­gi­nelle du genre humain, avec Adam et Eve, en Eden. Le moment cen­tral et déci­sif de ce com­bat se situe en Pales­tine, dans les trois pre­mières décen­nies de notre ère, qui est la der­nière de l’his­toire – contrai­re­ment à un lieu com­mun tran­si­toire, il n’y a pas, et il n’y aura pas, d’ère « post-chré­tienne » ! -, lorsque le Fils éter­nel de Dieu, incar­né, a vain­cu une fois pour toutes l’Ad­ver­saire – très pré­ci­sé­ment : lors de ses ten­ta­tions, de sa pas­sion, de sa mort sur la croix, de sa résur­rec­tion cor­po­relle. Pour les siens. A leur place. Pour leur salut. Le moment final de ce com­bat se situe lors du retour en gloire du même Jésus-Christ ; lors de la résur­rec­tion des morts et du juge­ment der­nier. Dans les « der­niers jours » où nous sommes, entre sa pre­mière Venue et sa Venue en gloire, notre Sei­gneur, pré­sen­te­ment, « à la droite de Dieu », accorde aux siens, par l’Es­prit qui pro­cède du Père et qu’Il leur envoie, toutes les richesses intrin­sèques de sa vic­toire, mer­veilleu­se­ment anté­cé­dente aux com­bats consé­quents qu’ils doivent encore pour­suivre[7]. Dans l’É­glise. Et en tous domaines. Jus­qu’à ce qu’Il vienne.


Notes de bas de page :

[1] Mt 28.20.

[2] Gn 3.15.

[3] 2 Th 2.7.

[4] Ep 6.10–18.

[5] Ps 87.3 et Hb 12.22.

[6] 1 Co 10:31.

[7] Rm 8.28–39.


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