Pierre Courthial

La Foi Réformée en France – Pierre Courthial

La Faculté réformée d’Aix-en-Provence, raison d’être et origines

Ndlr : C’est nous qui sou­li­gnons, en gras.

« Si la trom­pette rend un son incer­tain, qui se pré­pa­re­ra au com­bat ? Si vous n’ex­pri­mez pas de votre langue une parole claire, vous par­le­rez en l’air. »

1 Co 14.8–9

Nous exa­mi­ne­rons suc­ces­si­ve­ment :

  1. Le contexte his­to­rique spé­ci­fique consti­tué par l’histoire du pro­tes­tan­tisme réfor­mé en France ;
  2. La confes­sion de la Foi comme rai­son d’être fon­da­men­tale de la Facul­té ;
  3. Les proches ori­gines de celle-ci.

I. Le contexte historique

« Les Églises réfor­mées en France » ado­ptèrent una­ni­me­ment, en 1571, au synode tenu à La Rochelle, une confes­sion de Foi en 40 articles qui repre­nait, en en cor­ri­geant et pré­ci­sant défi­ni­ti­ve­ment le texte, une confes­sion datant d’un synode réuni clan­des­ti­ne­ment, et au risque du mar­tyre, à Paris, en 1559. Cette Confes­sion de La Rochellecette confes­sio gal­li­ca­na (confes­sion fran­çaise) – que nous dési­gne­rons, pour abré­ger, comme la Gal­li­ca­na– demeure aujourd’hui encore, en droit sinon en fait, « la véri­table confes­sion de Foi des Églises réfor­mées en France » puisque aucun synode natio­nal régu­lier de celles-ci ne l’a reje­tée ou modi­fiée, alors même que beau­coup (d’Églises, de pas­teurs et de membres) l’ont hélas ! aban­don­née.

L’article 5 de la Gal­li­ca­na affirme avec assu­rance et vigueur ce point fon­da­men­tal à pro­pos de la sainte Écri­ture :

« Nous croyons que la Parole qui est conte­nue dans ces livres a Dieu pour ori­gine et qu’elle détient son auto­ri­té de Dieu seul et non des hommes.

Cette Parole est la règle de toute véri­té et contient tout ce qui est néces­saire au ser­vice de Dieu et à notre salut ; il n’est donc pas per­mis aux hommes, ni même aux anges, d’y rien ajou­ter, retran­cher ou chan­ger.

Il en découle que ni l’ancienneté, ni les cou­tumes, ni le grand nombre, ni la sagesse humaine, ni les juge­ments, ni les arrêts, ni les lois, ni les décrets, ni les conciles, ni les visions, ni les miracles, ne peuvent être oppo­sés à cette Écri­ture sainte, mais qu’au contraire toutes choses doivent être exa­mi­nées, réglées et réfor­mées d’après elle. »

Gal­li­ca­na, article 5

Les Églises réfor­mées en France, comme les Églises des tout pre­miers siècles, avaient été éta­blies sur le fon­de­ment de la Parole de Dieu et cimen­tées par le sang de leurs mar­tyrs. Aus­si s’é­taient-elles mul­ti­pliées et affer­mies pen­dant quelques décen­nies. Mais les mal­heu­reuses « guerres de reli­gions », le plus sou­vent pro­vo­quées, d’un côté comme de l’autre, par des chefs poli­tiques avides de pou­voir, puis, ensuite, l’É­dit de Nantes de 1598, mal fice­lé par Hen­ri IV puis­qu’il fai­sait du pro­tes­tan­tisme « une confes­sion reli­gieuse désa­van­ta­gée mais un corps social et poli­tique pri­vi­lé­gié »[2] , et, enfin, les dévia­tions doc­tri­nales pro­pa­gées par l’A­ca­dé­mie de Sau­mur à par­tir de 1630, dévia­tions qui por­taient atteinte à la grâce libre et sou­ve­raine de Dieu affir­mée dans la Gal­li­ca­na (articles 8, 12, 17, 18, 20), vont abou­tir à la ter­rible crise (cri­sis en grec = juge­ment) que sera la révo­ca­tion de l’É­dit de Nantes, par Louis XIV, en 1685. Consi­dé­ra­ble­ment dimi­nué par le départ en exil d’un grand nombre de ses meilleurs élé­ments, déca­pi­té par l’exode ou le mar­tyre de ses pas­teurs et doc­teurs, dilué dans une clan­des­ti­ni­té obli­gée, le pro­tes­tan­tisme réfor­mé fran­çais ne s’est jamais remis du coup qui lui fut alors por­té. Il y aura certes, grâce à Dieu, un « reste fidèle » qui tien­dra bon, mal­gré les galères, les pri­sons, les exé­cu­tions, la claus­tra­tion dans des cou­vents, pour les for­cer à rejoindre l’É­glise catho­lique-romaine, d’un grand nombre de femmes et d’en­fants. Mais ce qui reste du pro­tes­tan­tisme réfor­mé fran­çais va trop sou­vent déri­ver par rap­port à la sainte Écri­ture et à la confes­sion de la Foi et som­brer soit dans l’armi­nia­nisme[3], soit dans l’illu­mi­nisme[4].

Par la suite, l’in­fluence des pré­ten­dues « Lumières »aggra­vée par la Révo­lu­tion, le péné­tre­ra pour le ratio­na­li­ser, le libé­ra­li­ser et le poli­ti­ser. Et il y aura encore les suites du Concor­dat signé par Napo­léon Bona­parte en 1801. En effet, les Articles orga­niques, pro­mul­gués par le Pre­mier Consul en 1802, vont embour­geoi­ser un pro­tes­tan­tisme déjà bien mal en point : les réfor­més vont dépendre d’un minis­tère des Cultes et être répar­tis en Églises consis­to­riales, de 6.000 membres cha­cune, diri­gées par des « consis­toires » comp­tant, à côté des pas­teurs, et sou­vent au-des­sus, six à douze notables choi­sis par­mi les réfor­més payant le plus d’im­pôts ! Le Réveil[5], dans la pre­mière moi­tié du XIXe siècle, péné­tra heu­reu­se­ment cer­tains milieux de l’É­glise natio­nale ; il contri­bua aus­si à la créa­tion d’É­glises « libres »[6], puis d’Églises « métho­distes ».[7]

Depuis 1685, la Foi confes­sée par la Gal­li­ca­na ­– comme aus­si par l’en­semble des confes­sions réfor­mées des XVIe et XVIIe siècles : la Bel­gi­ca, les XXXIX articles de l’É­glise d’Angleterre, les caté­chismes de Genève et de Hei­del­berg, la Seconde confes­sion hel­vé­tique, les Canons de Dor­drecht, les textes de West­mins­teretc. – n’est plus guère gar­dée en France. S’il y a encore un « pro­tes­tan­tisme » à géo­mé­trie variable, il n’est plus – ou presque – de pro­tes­tan­tisme « réfor­mé » au sens « confes­sant » et his­to­rique du mot.

Les « libé­raux », pen­chant vers le ratio­na­lisme, rejettent ouver­te­ment la Foi réfor­mée. Et ceux qu’on appelle, ou qui s’ap­pellent, par oppo­si­tion, « ortho­doxes » n’en prennent, le plus sou­vent, et en indi­vi­dua­listes, que ce qu’ils veulent bien choi­sir d’en prendre. Tout cela est d’é­vi­dence jusque dans les Facul­tés de théo­lo­gie[8].

Le der­nier synode natio­nal nor­mal des Églises réfor­mées en France s’é­tait réuni à Lou­dun en 1659. Antoine Court[9] avait, non sans peine, réus­si à assem­bler un synode extra­or­di­naire, dans une val­lée du Viva­rais, en 1726 (3 pas­teurs, 8 pro­po­sants, 36 anciens ; au total 47 membres).

Il fau­dra attendre juin 1872 pour que puisse s’ou­vrir à Paris, dans le temple du Saint-Esprit, rue Roqué­pine, un synode natio­nal ; deux cent treize ans après le synode de Lou­dun, non sans mal et non sans d’âpres dis­cus­sions, les « ortho­doxes », conduits par Fran­çois Gui­zot, un laïc, ancien ministre et pré­sident du Conseil sous Louis-Phi­lippe, évan­gé­lique convain­cu, réus­sirent à voter, à la majo­ri­té, une simple « décla­ra­tion de foi », dont Auguste Lecerf [10] a écrit qu’elle était « sans cou­leur bien dis­cer­nable et que n’im­porte quel arien[11]soci­nien[12] ou armi­nien (aurait pu) accep­ter[13]».

Peu à peu, le, pro­tes­tan­tisme réfor­mé (au sens large) fran­çais, déjà divi­sé entre Église natio­naleÉglises libres et Églises métho­distes, va se trou­ver encore davan­tage divi­sé parce qu’à l’in­té­rieur de ces trois divi­sions ecclé­sias­tiques il va y avoir la divi­sion entre « ortho­doxes » et « libé­raux ». Par ailleurs, l’É­glise natio­nale va bien­tôt se trou­ver divi­sée, « ecclé­sias­ti­que­ment » entre les syno­daux qui ont voté la décla­ra­tion de foi de 1872 (les « ortho­doxes ») et les « libé­raux » qui, après avoir refu­sé de voter la décla­ra­tion de foi, vont se tenir à l’é­cart. Les choses devien­dront mani­festes lorsque, après la loi de sépa­ra­tion des Églises et de l’É­tat (1905), les « ortho­doxes », au synode géné­ral d’Or­léans, en 1906, vont consti­tuer l’U­nion des Églises réfor­mées évan­gé­liquesles plus nom­breuses ; tan­dis que les « libé­raux », lors d’un synode consti­tuant réuni à Paris, en 1907, vont consti­tuer l’U­nion des Églises réfor­mées.

En réa­li­té, ces deux Unions d’É­glises n’ont, pas plus l’une que l’autre, fait retour à la confes­sion de Foi qu’a­vaient gar­dée les Églises réfor­mées en France et leurs synodes aux XVIe et XVIIe siècles. Dans l’une comme dans l’autre, comme aus­si dans les Églises libres et les Églises métho­distes, règne un plu­ra­lisme plus ou moins arbi­traire. C’est ain­si que le pas­teur Auguste Lecerf, sur­nom­mé « le der­nier des cal­vi­nistes » sera ban­ni de l’U­nion des Églises réfor­mées évan­gé­liques (« ortho­doxes ») parce qu’il prê­chait la divine élec­tion, et sera appe­lé et accueilli cha­leu­reu­se­ment par l’U­nion des Églises réfor­mées (« libé­rales ») !

En 1932, Lecerf écri­vit que cet « état de choses déso­lant » com­men­çait à « se modi­fier ».

« Nous espé­rons que nous pour­rons, quelque jour, par­ler de la renais­sance du cal­vi­nisme dans la vie ecclé­sias­tique et uni­ver­si­taire … La cause réelle du déclin … doit être recon­nue dans ce que l’é­cole de Karl Barth appelle l’hu­ma­nisme. Pour évi­ter cer­taines confu­sions, nous dirons plu­tôt l’an­thro­po­cen­trisme ». Et il concluait : « Nous devons rani­mer, dans tous les domaines, l’es­prit du cal­vi­nisme. A tout prix, Dieu doit être mis en pos­ses­sion de son droit. La rai­son humaine, le mora­lisme humain, le sen­ti­men­ta­lisme lui-même doivent être trai­nés, comme des cap­tifs, der­rière le char triom­phal du Christ vain­queur. Et l’homme, en tant que rival de Dieu et que juge de Dieu, doit être du tout (= entiè­re­ment) anéan­ti. »[14]

Dans les années Trente du XXe siècle, dans les dix années qui ont pré­cé­dé la Seconde Guerre mon­diale, les espoirs de Lecerf sem­blèrent se réa­li­ser.

Trois cou­rants, appa­rem­ment conver­gents, ne ces­saient de se ren­for­cer dans le pro­tes­tan­tisme réfor­mé fran­çais, appe­lés, sem­blait-il, à ren­ver­ser tant le moder­nisme que le plu­ra­lisme :

  1. le cou­rant cal­vi­niste, ani­mé par Auguste Lecerf ;
  2. le cou­rant revi­va­liste, ani­mé par les « Bri­ga­diers de la Drôme » ;
  3. le cou­rant bar­thien, ani­mé par le pas­teur Pierre Mau­ry.

A. Le courant calviniste, animé par Auguste Lecerf

Né à Londres en 1872, ayant gran­di dans un milieu de « Com­mu­nards », ces révo­lu­tion­naires qui avaient fui la France après l’é­cra­se­ment de la Com­mune de Paris en 1871, et qui étaient pour le moins déta­chés du chris­tia­nisme, Lecerf fut conver­ti à la lec­ture « for­tuite » d’a­bord du Nou­veau Tes­ta­ment, puis, à Paris, de l’Ins­ti­tu­tion chré­tienne de Cal­vin, décou­verte à l’é­ta­lage d’un bou­qui­niste. Frap­pé par la Véri­té, ayant reçu voca­tion de pas­teur, s’é­tant fait bap­ti­ser mal­gré l’op­po­si­tion de sa famille, Lecerf entra, à 17 ans, à la Facul­té de théo­lo­gie pro­tes­tante de Paris. Il y sou­tint, à 23 ans, une thèse sur Le déter­mi­nisme et la res­pon­sa­bi­li­té dans le sys­tème de Cal­vin. Sui­virent dix-neuf années de minis­tère dans plu­sieurs paroisses de Nor­man­die, quatre années de guerre comme aumô­nier mili­taire. Puis, reve­nu à Paris comme direc­teur de la Socié­té biblique, il pro­fi­ta de leçons de grec et d’an­glais, qui lui furent confiées à la Facul­té de théo­lo­gie pro­tes­tante, pour faire connaître la Foi réfor­mée aux étu­diants venant de plus en plus nom­breux à ses cours libres et à ses entre­tiens. Après la publi­ca­tion de ses deux thèses de licence et de doc­to­rat en théo­lo­gie (qui forment les deux volumes de son Intro­duc­tion à la dog­ma­tique réfor­mée), il devint pro­fes­seur titu­laire. Et, de plus en plus connu tant à l’é­tran­ger qu’en France, appe­lé à faire des cours et des confé­rences sur la Foi réfor­mée, il eut la joie de voir venir à celle-ci un nombre crois­sant d’hommes et de femmes, par­ti­cu­liè­re­ment dans la jeu­nesse. Il mou­rut en 1943 sans avoir vu la Libé­ra­tion de sa patrie, mais en en ayant été tou­jours cer­tain. En France et en Suisse romande, nom­breux furent les dis­ciples de Lecerf, par­mi les­quels son fils spi­ri­tuel Pierre Mar­cel qui lan­ça, en 1950, La Revue Réfor­mée.

B. Le courant revivaliste, animé par les « Brigadiers de la Drôme »

Dès 1922, dans la Drôme, le témoi­gnage de jeunes réfor­més conver­tis, d’une petite Église de mon­tagne, bou­le­ver­sa le jeune pas­teur Edouard Cham­pen­dal (1895–1972) qui, sur le tas, refit sa théo­lo­gie non sans luttes dou­lou­reuses : « J’ap­pris à mettre ma théo­lo­gie sur l’au­tel ». Une petite équipe de pas­teurs, dont Jean Cadier, plus tard pro­fes­seur de dog­ma­tique à la Facul­té de théo­lo­gie pro­tes­tante de Mont­pel­lier, consti­tua « la Bri­gade mis­sion­naire de la Drôme ». Des « mis­sions de réveil », des « conven­tions chré­tiennes » se suc­cé­dèrent alors dans plu­sieurs pays fran­co­phones (France, Suisse romande, Bel­gique, Algé­rie). Reve­nus car­ré­ment à la Foi réfor­mée, les « bri­ga­diers » firent connaître celle-ci par Les cahiers du Matin vient et les édi­tions du Matin vient. Ce labeur fut à l’o­ri­gine du « Groupe mis­sion­naire de Gar­don­nenque », dans les Cévennes, ain­si que des Conven­tions d’An­duze. La Foi réfor­mée était retrou­vée par les ani­ma­teurs de ce Réveil.

C. Le courant barthien, animé par le pasteur Pierre Maury

En 1934, Pierre Mau­ry fut nom­mé pas­teur de l’É­glise réfor­mée de l’Annon­cia­tion, à Paris. Dis­ciple et ami de Karl Barth, il s’employa à faire connaître et rayon­ner la pen­sée conqué­rante de celui-ci.

La doc­trine bar­thienne appa­rut d’a­bord comme une néo-ortho­doxie et un retour authen­tique à la Foi réfor­mée. Lecerf, dans ce pre­mier temps, saluait en Barth « un pro­phète », qui reve­nait à l’É­cri­ture, à Cal­vin, aux doc­teurs réfor­més des XVIe et XVIIe siècles. Venu à Paris, en 1934, Barth fit à la Facul­té de théo­lo­gie pro­tes­tante plu­sieurs cours sur la Gal­li­ca­na.[15]

Le Congrès « cal­vi­niste », tenu à Genève du 15 au 18 juin 1936, mar­qua à la fois la ren­contre et la rup­ture des cal­vi­nistes et des bar­thiens : la ren­contre, puisque, entre autres, Peter Barth, frère de Karl, et Pierre Mau­ry y vinrent ; la rup­ture puis­qu’il appa­rut clai­re­ment que les néo-ortho­doxes étaient plu­tôt des néo-moder­nistes et ne reve­naient à la Foi réfor­mée :

  1. ni sur la ques­tion de la divine élec­tion ;
  2. ni sur la ques­tion de la foi qui ne serait « qu’un mou­ve­ment, qu’une ten­sion entre déses­poir et confiance » ;
  3. ni sur­tout sur la ques­tion de l’au­to­ri­té divine du texte ins­pi­ré de la sainte Écri­ture affir­mée dans la Gal­li­ca­na.

A ce Congrès gene­vois de 1936, les trois cou­rants dont j’ai par­lé étaient par­ti­cu­liè­re­ment bien repré­sen­tés : Lecerf était là ; Cadier était là ; Mau­ry était là ; cha­cun avec des amis, des frères. Mais les trois cou­rants ne vont pas concou­rir ensemble à la res­tau­ra­tion de la Foi réfor­mée. Le tour­nant vers la Foi réfor­mée qu’a­vait tant espé­ré Lecerf est man­qué.

Dans les années qui ont pré­cé­dé l’Assem­blée consti­tuante pour l’u­ni­té de l’É­glise réfor­mée de France, tenue à Lyon en mai 1938 (J’y fus, à 23 ans, le plus jeune dépu­té !), de nom­breux pas­teurs et laïcs, tant de l’Union des Églises réfor­mées que de l’Union des Églises réfor­mées évan­gé­liques, avaient sou­hai­té, pré­pa­ré, cette uni­té, à des degrés divers. Lecerf n’é­tait-il pas dans une Union d’É­glises consi­dé­rée comme « libé­rale » ? Des hommes comme Lecerf et Cadier étaient par ailleurs convain­cus – à tort, hélas ! – que le moder­nisme était bles­sé à mort et allait bien­tôt dis­pa­raître. En étant comme un « levain » dans la « pâte » ecclé­sias­tique, ces cal­vi­nistes comp­taient contri­buer à cette dis­pa­ri­tion. Dans les débats des années Trente, beau­coup se fixèrent plus sur le sou­ci d’u­ni­té que sur le sou­ci de véri­té. Le « Qu’ils soient un comme nous sommes un ! » de la prière sacer­do­tale fit quelque peu oublier le contexte incon­tour­nable de cette demande : « Sanc­ti­fie-les par la véri­té. Ta Parole est la véri­té ! ». Par ailleurs, pas plus ceux qui étaient pour l’u­ni­té pro­po­sée que ceux qui étaient contre, ne mirent en avant la confes­sion de Foi qu’est la Gal­li­ca­na. La décla­ra­tion de foi de 1938, votée par les pour, la grande majo­ri­té de l’As­sem­blée, ne vaut guère mieux, dans son ambi­guï­té vou­lue, que celle de 1872 qui va être reven­di­quée par les contre de la petite Union des Églises réfor­mées évan­gé­liques, qui sub­sis­te­ra mais qu’on obli­ge­ra à se dire, en plus, « indé­pen­dantes ». Si une majo­ri­té des dépu­tés venus des Églises libres et métho­distes se ral­lie­ra à la nou­velle Union des Églises réfor­mées, quelques-unes d’entre elles s’y refu­se­ront, et sub­sistent tou­jours aujourd’­hui.

Inca­pable, spi­ri­tuel­le­ment et en conscience, de reprendre avec convic­tion la Gal­li­ca­na, la nou­velle Union des Églises réfor­mées (I’E.R.F.) va peu à peu démon­trer, au long des décen­nies, que le sacro-saint plu­ra­lisme uni­taire est son dogme et cri­tère fon­da­men­tal. Des pas­teurs pour­ront libre­ment croire ou non que la sainte Écri­ture est la Parole de Dieu, croire ou non en la Sainte Tri­ni­té, croire ou non en la divi­ni­té de notre Sei­gneur Jésus-Christ ; croire ou non à la réa­li­té du juge­ment der­nier et à la sépa­ra­tion des « sau­vés » et des « per­dus » ; hono­rant le plu­ra­lisme uni­taire, ils seront sans souf­france à leur place dans l’E.R.F. Par contre si, tout en subis­sant le plu­ra­lisme uni­taire, vous en reje­tez le dogme et adhé­rez de tout cœur à la Gal­li­ca­na, à la Foi confes­sée par « les Églises réfor­mées en France », vous aurez à por­ter une souf­france par l’É­glise autre­ment dure à por­ter que la souf­france pour l’É­glise[16]. Mon ami Pierre Mar­cel, pas­teur de l’E.R.F. et jus­te­ment pro­po­sé par la com­mis­sion aca­dé­mique de celle-ci comme pro­fes­seur à la Facul­té de théo­lo­gie pro­tes­tante de Paris, vit sa can­di­da­ture reje­tée par un synode natio­nal au mépris de tous les usages ; et la com­mis­sion aca­dé­mique désa­vouée n’eut pas assez de cou­rage et d’hon­neur pour démis­sion­ner. Il est vrai que Pierre Mar­cel était l’hé­ri­tier spi­ri­tuel de Lecerf, qu’il avait écrit des ouvrages authen­ti­que­ment « réfor­més », et qu’il avait eu le front de publier, en fran­çais moderne, la Gal­li­ca­na ! Les tenants auto­ri­taires du dogme plu­ra­liste, en par­ti­cu­lier au sein de la Com­mis­sion des Minis­tères, ont fait preuve, bien d’autres fois, d’in­to­lé­rance, trou­vant insup­por­tables les réfor­més confes­sants qui n’a­vaient que le tort de confes­ser la Foi des Églises réfor­mées en France, et accep­taient, cepen­dant, de por­ter la croix qu’é­tait pour eux l’é­tat de fait plu­ra­liste de leur Église.

La petite mais vaillante Union des Églises réfor­mées évan­gé­liques (« indé­pen­dantes » ! ne l’ou­blions pas) s’a­per­ce­vra vite que toute forme de plu­ra­lisme, même atté­nuée, ronge toute Église n’ayant pas une nette confes­sion de la Foi et une « dis­ci­pline »[17] fer­me­ment appli­quée. Ses meilleurs, ses plus fidèles élé­ments, virent peu à peu, non sans tris­tesse et scan­dale, leur Facul­té de théo­lo­gie pro­tes­tante d’Aix-en-Pro­vence en venir à se déchi­rer en doc­trines oppo­sées ; ses pro­fes­seurs, oppo­sés les uns aux autres, la quit­te­ront peu à peu.

II. La confession de la Foi

Afin d’é­vi­ter un pos­sible mal­en­ten­du, je demande au lec­teur de vou­loir bien noter la dis­tinc­tion que je fais, dans cet expo­sé, entre la confes­sion de la Foi et telle(s) ou telle(s) confession(s) de Foi (par exemple, le Sym­bole des Apôtres ou la Gal­li­ca­na). Les confes­sions de Foi des six pre­miers conciles dits oecu­mé­niques et celles de la Réfor­ma­tion – fidèles les unes et les autres à la Parole de Dieu qu’est la sainte Écri­ture – ont jalon­né, déve­lop­pé, pré­ci­sé et appro­fondi LA CONFESSION DE LA FOI qui, ain­si, a pro­gres­sé de manière homo­gène, au long des siècles, sous la conduite de l’Es­prit Saint. La confes­sion de LA FOI a tou­jours été, et demeure, la pre­mière mis­sion de l’É­glise (« notre Mère », disait Cal­vin, Inst. Chrét. IV.1, 1 et 4) et des fidèles. Et, puisque la Foi de l’É­glise et de ses fils et filles est une (Ep 4.5), le plu­ra­lisme est, prin­ci­piel­le­ment, en contra­dic­tion avec la confes­sion de la Foi, et, par consé­quent, avec les confes­sions de foi his­to­riques fidèles à l’É­cri­ture, même s’il « se réfère » à elles, ce qui n’en­gage pas à grand chose.

Pluralisme et pluralité

Mais avant de pour­suivre notre pro­pos et afin qu’il soit bien clair que la confes­sion de la Foi est la rai­son d’être fon­da­men­tale de la Facul­té réfor­mée d’Aix-en-Pro­vence, il convient de bien dis­tin­guer plu­ra­lisme et plu­ra­li­té.

Pluralité

A. La plu­ra­li­té est non seule­ment conci­liable avec l’u­ni­té, mais elle est consti­tu­tive de celle-ci ; exac­te­ment comme l’u­ni­té est consti­tu­tive de la plu­ra­li­té.

Seule la Foi chré­tienne est à même, en théo­lo­gie, en phi­lo­so­phie, en poli­tique, en socio­lo­gie, dans les sciences, etc. de mon­trer com­ment échap­per, soit à la réduc­tion moniste à l’Unsoit à la confu­sion plu­ra­liste, à la dis­per­sion, en Mul­tiple.

Les pro­blèmes de l’Un et du Mul­tiple, qui sont posés en toute réa­li­té et en toute pen­sée, ne peuvent être domi­nés, éclai­rés et en voie d’être réso­lus, que par la Foi chré­tienne, elle-même une et plu­rielle, éta­blie par le Dieu Un et Plu­riel, qui est la Tri­ni­té sainte du Père, du Fils et du Saint-Esprit. En Dieu, l’Un n’est pas plus fon­da­men­tal que le Mul­tiple et le Mul­tiple n’est pas plus fon­da­men­tal que l’Un. Le Dieu Un est le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont le Dieu Un. Le mot Tri­ni­té (Tri-uni­té) signale à la fois l’Un et le Mul­tiple qu’est le Dieu vivant et vrai, le Dieu de la sainte Écri­ture, le Dieu de Jésus-Christ.

L’u­ni­vers (le mot signale à la fois l’un et le divers) que le Dieu tri­ni­taire a créé, main­tient et gou­verne, est un ensemble un et plu­riel.

De même, l’É­cri­ture sainte, « souf­flée de Dieu », sou­ve­rai­ne­ment, par le minis­tère d’hommes que Dieu a choi­sis, pré­pa­rés, conduits infailli­ble­ment à cet effet, est une et plu­rielle.

De même, encore, la sainte Église de Dieu, l’É­glise Corps de Christ, mani­fes­tée plei­ne­ment en chaque Église locale authen­tique (Parole, Sacre­ments, dis­ci­pline), est une et plu­rielle.

Pluralisme

B. Le plu­ra­lismeà l’in­verse, tend tou­jours à détruire la vraie uni­té plu­rielle parce qu’il veut mêler en une pseu­do-uni­té non pas des com­plé­men­taires divers, cohé­rents et homo­gènes, mais des contra­dic­toires, inco­hé­rents et hété­ro­gènes.

La foi et la Foi

A la dis­tinc­tion du plu­ra­lisme et de la plu­ra­li­té, qui s’op­posent, il faut ajou­ter la dis­tinc­tion de la foi (avec un f) et de la Foi, qui ne doivent pas être oppo­sées.

Nos vieux théo­lo­giens, qui ne pla­naient pas dans le vague, dis­tin­guaient, selon l’É­cri­ture, la fides qua cre­di­turla foi per­son­nelle par laquelle on croitet la fides quae cre­di­turla Foi objec­tive qui est crue parce que révé­lée.

Quand, par exemple, la Bible nous rap­porte qu’A­bra­ham eut foi dans le Sei­gneur, que Jésus dit : Ayez foi en Moi, ou qu’É­tienne était un homme plein de foi, il s’a­git de la fides qua cre­di­tur, de la foi per­son­nelle par laquelle on croit.

Mais quand, par exemple, la Bible nous rap­porte que Paul et Bar­na­bas exhor­taient les dis­ciples à demeu­rer dans la Foi, que les Églises deve­naient plus fortes dans la Foi, et quand saint Paul parle de « la Foi qui nous est com­mune à vous et à moi » ou qu’il affirme qu’il n’y a qu’une seule Foi, ou quand saint Jude parle de « la Foi trans­mise aux saints une fois pour toutes » (Jude 3), il s’a­git de la fides quae cre­di­tur, de la Foi objec­tive qui est révé­lée et ensei­gnée, pro­gres­si­ve­ment, à la sainte Église de Dieu, par l’Es­prit Saint s’ex­pri­mant par l’É­cri­ture-Parole de Dieu.

Vers une Faculté réformée confessante

Après la IIe Guerre mon­diale, et sur­tout à par­tir des années Soixante, quand ils virent les pro­tes­tants réfor­més fran­çais invi­tés à toutes sortes d’hé­ré­sies doc­tri­nales et morales par de mau­vais conduc­teurs et doc­teurs, des pas­teurs et des fidèles, souf­frant de plus en plus du dogme plu­ra­liste qui leur pesait comme un joug insup­por­table et cou­vrait et jus­ti­fiait ces héré­sies, reçurent et par­ta­gèrent la convic­tion que leurs Églises devaient rede­ve­nir confes­santes, ou mou­rir. La claire et nette confes­sion de la Foi était désor­mais pour eux – comme elle aurait à deve­nir pour les Églises et la mis­sion de celles-ci – l’exi­gence pre­mière de l’a­do­ra­tion et de l’o­béis­sance dues au Sei­gneur (Mt 5.13–16 ; Lc 9.26 ; Ep 4.13–16 ; Hé 3.1 et 4.14). Il ne pou­vait s’a­gir, bien sûr, d’im­po­ser à qui­conque la confes­sion de la Foi puisque, selon Jésus, « ce que déclare la bouche, c’est ce qui déborde du cœur », mais il fal­lait appe­ler les pro­tes­tants réfor­més fran­çais, et d’autres avec eux, à décou­vrir ou à redé­cou­vrir, comme par une conver­sion, la Foi confes­sée en France et ailleurs aux XVIe et XVIIe siècles et scel­lée, alors et bien sou­vent, par le sang des mar­tyrs.

Dans « un état de choses déso­lant », pour reprendre l’ex­pres­sion de Lecerf en 1932, pour­quoi ne pas « rele­ver » la Gal­li­ca­na pour qu’elle soit recon­nue vraie et sui­vie ? Cette Gal­li­ca­na que les synodes des Églises réfor­mées et réfor­mées évan­gé­liques n’a­vaient jamais osé écar­ter ou modi­fier, mais à laquelle ils s’é­taient « réfé­rés » ? Aus­si, comme nous le ver­rons dans la troi­sième par­tie de cet expo­sé, l’i­dée d’un « centre » réfor­mé, puis celle d’une « Facul­té de théo­lo­gie » réfor­mée, repre­nant comme fon­de­ment la Gal­li­ca­na et, au-delà, la confes­sion de la Foi, va ger­mer dans les esprits d’un cer­tain nombre dès la fin des années Soixante, puis sor­tir au jour au début des années Soixante-dix.

Il était nor­mal, il allait de soi, de reprendre en acte d’a­do­ra­tion et de glo­ri­fi­ca­tion du Dieu tri­ni­taire, Sei­gneur, Créa­teur et Sau­veur, en acte d’o­béis­sance de la foi à la Foi, la Gal­li­ca­na plu­tôt qu’une autre des confes­sions de la Réfor­ma­tion si belle soit-elle, ou plu­tôt que d’en rédi­ger une nou­velle ; d’a­bord parce que nous étions en France, patrie de la Gal­li­ca­na et sur­tout parce qu’il n’ap­par­tient régu­liè­re­ment qu’à une Église ou qu’à un synode (ou Concile) d’É­glises de « dres­ser » une confes­sion de Foi. Ayant en vue la fidé­li­té retrou­vée des Églises réfor­mées en France à la confes­sion de la Foi, ne fal­lait-il pas com­men­cer, après près de trois siècles, par reve­nir au point d’où l’on s’é­tait écar­té de plus en plus de la Voie du Sei­gneur, pour reprendre enfin celle-ci ?

La tradition et la Tradition

Qui­conque, avec les plu­ra­listes, n’i­den­ti­fie pas l’É­cri­ture comme vraie et infaillible Parole de Dieu (alors que les Pères, les Doc­teurs et les Réfor­ma­teurs de l’É­glise l’ont fait ; alors et sur­tout que l’É­cri­ture s’i­den­ti­fie elle-même comme telle), ne peut voir dans les confes­sions de Foi des pre­miers siècles, et dans celles de la Réfor­ma­tion, que des docu­ments suc­ces­sifs et hété­ro­gènes dont les der­niers peuvent effa­cer et rem­pla­cer les pré­cé­dents, et ne peut rece­voir ce que dit l’É­cri­ture de la (ou des) tradition(s).

Car, ici encore, il convient de dis­tin­guer la tra­di­tion (avec un t), au mau­vais sens du mot, la tra­di­tion des Pha­ri­siens et des scribes qui, selon Jésus, annule la Parole de Dieu (Mt 15.1 et 6), la tra­di­tion des hommes qui, tou­jours selon Jésus, aban­donnent le com­man­de­ment de Dieu (Mc 7.8), la tra­di­tion du judaïsme pour laquelle saint Paul avait eu, alors qu’il était encore Saul, un zèle exces­sif (Ga 1.14) ; à la Tra­di­tion (avec un T), au bon sens du mot, la Tra­di­tion apos­to­lique que les chré­tiens doivent rete­nir, gar­der, et selon laquelle ils doivent vivre (2 Th 2.15 et 3.6). Cette Tra­di­tion apos­to­lique (= le Nou­veau Tes­ta­ment) fait suite à la Tra­di­tion biblique d’a­vant notre ère (= l’An­cien Tes­ta­ment) que l’an­cienne Église (= Israël) a trans­mise (« tra­di­tion­née ») au peuple de Dieu à par­tir de Moïse (cf. Ex 19.3 ; 2 R 17.13 ; Ps 78.3–6 ; soit un texte de la Loi, un texte des Pro­phètes et un texte des Écrits).

Au total, la Tra­di­tion biblique (La Loi + les Pro­phètes + les Écrits + le Nou­veau Tes­ta­ment trans­mis par le cercle apos­to­lique : apôtres et pro­phètes – cf. Ep 2:20) consti­tue insé­pa­ra­ble­ment ce que l’É­glise doit, à son tour, fidè­le­ment trans­mettre (=« tra­di­tion­ner » !). En grec, tra­di­tion = para­do­sis et trans­mettre para­di­dô­mi sont des mots d’une même racine, de même éty­mo­lo­gie.

Aus­si, peut-on et doit-on par­ler, en un sens bon et néces­saire, de la Tra­di­tion ecclé­siale qui trans­mettra­duitapplique fidè­le­ment, au long des siècles et sous la conduite du Saint-Esprit, la Tra­di­tion biblique, sans rien lui ajou­ter ou retran­cher, mais en l”« intel­li­geant » (= en la lisant en pro­fon­deur) tou­jours mieux. La Tra­di­tion biblique, la Foi trans­mise aux saints une fois pour toutes, ne cesse pas, ain­si, d’être confes­sée au long des siècles, par la Tra­di­tion ecclé­siale, lorsque celle-ci est fidèle à celle-là.

Traditio e Scriptura fluens

Nos vieux Doc­teurs par­laient avec jus­tesse de la Tra­di­tio e Scrip­tu­ra fluens, de la « Tra­di­tion décou­lant de l’É­cri­ture ». Il faut pré­ci­ser cepen­dant que la Tra­di­tion ecclé­siale doit tou­jours être cri­tique, c’est-à-dire qu’elle doit tou­jours véri­fier et mon­trer que ce qu’elle trans­met est bien le conte­nu de sens du texte de cette sainte Écri­ture qui, seule, est infaillible parce qu’elle est Parole de Dieu, Règle, pour tou­jours, de la Tra­di­tion, de la Foi, ecclé­siale.

La Gallicana et le Sola Scriptura

La Gal­li­ca­na, dans sa fidé­li­té à l’É­cri­ture, entend bien se situer dans la Tra­di­tion ecclé­siale qui doit pro­gres­ser selon la Norme divine qu’est l’É­cri­ture, l’É­cri­ture seule, Sola Scrip­tu­ra. C’est ain­si que sur les points majeurs que sont la doc­trine de la sainte Tri­ni­té et la doc­trine de la per­sonne divine et des deux natures (divine et humaine) de notre Sei­gneur Jésus-Christ, la Gal­li­ca­na confesse en son article 6 et en ses articles 14 et 15 :

« Cette Écri­ture Sainte nous enseigne qu’en la seule et simple essence divine que nous avons confes­sée, il y a trois Per­sonnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit :

  • le Père, cause pre­mière, prin­cipe et ori­gine de toutes choses,
  • le Fils, sa Parole et sa Sagesse éter­nelle,
  • le Saint-Esprit, sa force, sa puis­sance et son effi­cace.

Le Fils est éter­nel­le­ment engen­dré du Père ; le Saint-Esprit pro­cède éter­nel­le­ment du Père et du Fils.

Les trois Per­sonnes de la Tri­ni­té ne sont pas confon­dues mais dis­tinctes ; elles ne sont pour­tant pas sépa­rées, car elles pos­sèdent une essence, une éter­ni­té, une puis­sance iden­tiques, et sont égales en gloire et en majes­té.

Nous accep­tons donc, sur ce point, les conclu­sions des Conciles anciens, et repous­sons toutes les sectes et héré­sies qui ont été reje­tées par les saints doc­teurs, comme saint Hilaire, saint Atha­nase, saint Ambroise et saint Cyrille. »

Gal­li­ca­na, article 6.

« Nous croyons que Jésus-Christ, étant la Sagesse de Dieu et son Fils éter­nel, a revê­tu notre chair afin d’être Dieu et homme en une même per­sonne et, en véri­té, un homme sem­blable à nous, capable de souf­frir dans son corps et dans son âme, ne dif­fé­rant de nous qu’en ce qu’il a été pur.

Quant à son huma­ni­té, nous croyons que le Christ a été l’au­then­tique pos­té­ri­té d’A­bra­ham et de David quoi­qu’il ait été conçu par l’ef­fi­ca­ci­té secrète du Saint-Esprit.

Ce fai­sant, nous reje­tons toutes les héré­sies qui, dans les temps anciens, ont trou­blé les Églises. »

Gal­li­ca­na, article 14.

« Nous croyons qu’en une même Per­sonne, à savoir Jésus-Christ, les deux natures sont vrai­ment et insé­pa­ra­ble­ment conjointes et unies, cha­cune d’elles conser­vant néan­moins ses carac­tères spé­ci­fiques, si bien que, dans cette union des deux natures, la nature divine, conser­vant sa qua­li­té propre, est res­tée incréée, infi­nie et rem­plis­sant toutes choses, de même que la nature humaine est res­tée finie, ayant sa forme, ses limites et ses carac­tères propres.

En outre, quoique Jésus-Christ, en res­sus­ci­tant, ait don­né l’im­mor­ta­li­té à son corps, nous croyons tou­te­fois qu’Il ne l’a pas dépouillé de la réa­li­té propre à sa nature humaine.

Nous consi­dé­rons donc le Christ en sa divi­ni­té de telle sorte que nous ne le dépouillons point de son huma­ni­té. »[18]

Gal­li­ca­na, article 15.

A la fin de son article 5 sur l’au­to­ri­té de l’É­cri­ture, dont nous avons cité, plus haut,le com­men­ce­ment, la Gal­li­ca­na, démon­trant ain­si son atta­che­ment volon­taire et sans réserves à la Tra­di­tion ecclé­siale fidèle à l’É­cri­ture, déclare :

« Nous recon­nais­sons les trois Sym­boles, à savoir

  • le Sym­bole des Apôtres[19],
  • le Sym­bole de Nicée[20],
  • le Sym­bole d’A­tha­nase[21],

parce qu’ils sont conformes à la parole de Dieu ».

Gal­li­ca­na, article 5.

Comme en témoignent les ensei­gne­ments des Réfor­ma­teurs et des Doc­teurs réfor­més confes­sants – il est facile de le véri­fier par l’Ins­ti­tu­tion chré­tienne de Cal­vin, pleine de cita­tions des Conciles et des Pères –, les Églises réfor­mées et leurs pas­teurs, fidèles à l’É­cri­ture-Parole de Dieu, ont recon­nu les déci­sions des six pre­miers Conciles dits « oecu­mé­niques » (Nicée, 325 ; Constan­ti­nople I, 381 ; Éphèse, 431 ; Chal­cé­doine, 451 ; Constan­ti­nople II, 553 ; Constan­ti­nople III, 680–681).

« Nous rece­vons volon­tiers les anciens Conciles, comme de Nicée, de Constan­ti­nople, le pre­mier d’É­phèse, Chal­cé­doine, et les sem­blables qu’on a tenus pour condam­ner les erreurs et opi­nions méchantes des héré­tiques ; nous leur por­tons, dis-je, hon­neur et révé­rence, en tant qu’il appar­tient aux articles qui y sont défi­nis. Car ces Conciles ne contiennent rien qu’une pure et natu­relle inter­pré­ta­tion de l’É­cri­ture que les saints Pères, par bonne sagesse, ont accom­mo­dé pour ren­ver­ser les enne­mis de la chré­tien­té. »

Jean Cal­vin, Inst. Chr. IV.IX.8.

Mais les Réfor­ma­teurs et les réfor­més confes­sants, par fidé­li­té à l’É­cri­ture-Parole de Dieu, ont reje­té, et rejettent tou­jours, les déci­sions du second Concile de Nicée (787) exi­geant que soit ren­du un culte aux images saintes, aux icônes. Et Cal­vin d’a­jou­ter jus­te­ment :

« Les images ont tenu bon dans les églises. Mais saint Augus­tin dit que cela ne peut se faire sans péril d’i­do­lâ­trie. Épi­phane, plus ancien doc­teur, parle encore plus rude­ment puis­qu’il dit que c’est méchan­ce­té et abo­mi­na­tion de voir des images aux temples des chré­tiens. »

Id. 9.

Autre­ment dit, les déci­sions des Conciles et les ensei­gne­ments des Pères de l’É­glise ancienne et des Doc­teurs du Moyen Âge sont tels que :

« Nous nous éloi­gnons modes­te­ment quand nous trou­vons qu’ils amènent quelque chose éloi­gnée des Écri­tures ou contraire à celle-ci. Et ne pen­sons ce fai­sant leur faire aucun tort vu que tous, en accord, défendent d’é­ga­ler leurs écrits aux Livres cano­niques (= bibliques), mais ordonnent qu’on les teste pour savoir s’ils s’ac­cordent ou dis­cordent d’a­vec ceux-ci, nous exhor­tant à rece­voir ce qui s’y accorde et à reje­ter ce qui est dis­cor­dant. »

La seconde confes­sion hél­vé­tique, chap. 2.

Ain­si le pré­cise, en son cha­pitre 2, La seconde confes­sion hél­vé­tiquede 1566, que le Synode de La Rochelle de 1571, le Synode de la Gal­li­ca­na, recon­nut solen­nel­le­ment, la fai­sant ain­si sienne.

Le mot « catholique »

Il convient d’a­jou­ter, à l’u­sage des pro­tes­tants fran­çais qui liront cet expo­sé, que les réfor­més confes­sants des autres Églises que celles de France emploient – comme le fai­saient les réfor­més fran­çais des XVIe et XVIIe siècles – sans hési­ta­tion, en bonne part, le mot catho­liquecomme, par exemple, en par­lant de la Foi catho­lique ou en disant avec le Sym­bole des Apôtres et/ou le Sym­bole de Nicée : « Je crois l’É­glise catho­lique ».

En fait – nous allons le voir – dire, à la place, la Foi uni­ver­selle ou je crois l’É­glise uni­ver­selle n’est pas la même chose et c’est opé­rer une réduc­tion de sens.

Le mot grec katho­li­cos vient, en effet, de la jux­ta­po­si­tion de deux mots : kath = selon, et holos = le tout. Si, réduit à son sens quan­ti­ta­tifle mot « catho­lique » signi­fie soit « selon le tout spa­tial », uni­ver­sel ; soit « selon le tout tem­po­rel », conti­nuel, per­pé­tuel, per­ma­nent, « Je crois l’É­glise catho­lique » signi­fie alors soit « Je crois à l’u­ni­ver­sa­li­té de l’É­glise », soit « Je crois à la conti­nui­té, à la per­pé­tui­té, de l’É­glise » ; mais là, n’est ni le plus impor­tant, ni l’es­sen­tiel. Au sens qua­li­ta­tif, qui est le sens prin­ci­pal et prio­ri­taire, entraî­nant le sens quan­ti­ta­tif, spa­tial ou tem­porel, « catho­lique » signi­fie « selon le Tout de la Révé­la­tion nor­ma­tive qu’est, pour l’É­glises la sainte Écri­ture ».

Nous devons, certes, croire à l’u­ni­ver­sa­li­té de l’É­glise dans l’es­pace, et à la conti­nui­té et per­pé­tui­té de l’É­glise dans le temps, mais nous devons croire, d’a­bord et sur­tout, à la catho­li­ci­té de l’É­glise de Dieu dont la pre­mière obéis­sance est d’être, et de res­ter fidèle à la tota­li­té de la parole de Dieu.

Lorsque saint Atha­nase se trou­vait solus contra mun­dumseul face au monde – et à l’É­glise uni­ver­selle ! – (avec quelques-uns tout de même), c’est lui qui, était catho­liqueen affir­mant fer­me­ment, « selon le tout de l’É­cri­ture », la divi­ni­té de la Per­sonne de Jésus-Christ, consub­stan­tielle à la Per­sonne du Père, vrai­ment Dieu et vrai­ment homme, alors que l”« uni­vers », qui l’en­tou­rait et le per­sé­cu­tait sans relâche, était héré­tiqueévêques en tête, puis­qu’a­rien.

Être « catho­lique », c’est res­pec­ter le tout insé­pa­rable du texte de l’É­cri­ture, dans l’a­do­ra­tion de Celui qui en est l’Au­teur pre­mier et sou­ve­rain ; c’est refu­ser de « choi­sir » dans l’É­cri­ture ; c’est refu­ser l’hé­ré­sie(en grec l’aïre­sis= le choix ; du verbe aïre­tizô – àl’ao­riste : hére­ti­sa – = choi­sir).

Aus­si le « SOLA SCRIPTURA » (= la norme, c’est LA SEULE ÉCRITURE) doit-il être accom­pa­gné du « TOTA SCRIPTURA » (= la norme, c’est L’ÉCRITURE DANS SA TOTALITÉ). Selon l’É­cri­ture sainte, pas plus (SOLA), pas moins (TOTA).

Le mot oppo­sé au mot catho­lique est le mot héré­tiqueEt vice ver­sa.

Nos frères sépa­rés catho­liques-romains ne peuvent et ne doivent nous empê­cher de nous dire catho­liquesNous devons être – et sommes, en prin­cipe – plus « catho­liques » qu’ils ne le sont, puis­qu’ils ajoutent à la sainte Écri­ture une pré­ten­due « révé­la­tion-tra­di­tion apos­to­lique », qui leur per­met, au long des siècles, de para­si­ter la Tra­di­tion décou­lant de l’É­cri­ture par des tra­di­tions, non seule­ment sans fon­de­ment dans l’É­cri­ture sainte, mais oppo­sées à celle-ci et, du même coup, l’é­touf­fant et la défor­mant. Choi­sir dans l’É­cri­ture est héré­tique. Mais choi­sir ailleurs est aus­si héré­tique. S’il ne faut rien retran­cher, il faut aus­si ne rien y ajou­terCela a été dit par le Sei­gneur aus­si bien à l’an­cienne Église qu’é­tait Israël qu’au nou­vel Israël qu’est l’É­glise (Dt 4.1–2 ; 13.1 ; Ec 3.14 ; Pr 30.5–6 ; Ap 22.18–19). l’É­glise ne peut avoir barre sur l’É­cri­ture, laquelle, étant la Parole-même de Dieu, domine l’É­glise jus­qu’à ce que passent le ciel et la terre (Mt 5.17ss).

Dans le contexte où pré­tend régner aujourd’­hui le dogme plu­ra­liste – hors l’É­glise ou dans l’É­glise –, n’im­porte qui choi­sit, comme il lui plait, de croire sinon n’im­porte qui et n’im­porte quoi, du moins, dans les Églises, ce qu’il veut dans l’É­cri­ture sainte : le Nou­veau Tes­ta­ment, pas l’An­cien ; les Évan­giles, pas saint Paul ; l’É­van­giles, pas la Loi ; les paroles « douces » de Jésus, pas ses paroles « dures », les paroles concer­nant le salut, pas celles concer­nant la per­di­tion ; ce que peuvent approu­ver la « rai­son », ou « les sen­ti­ments », ou la « moder­ni­té », pas les miracles, les inter­dic­tions et les juge­ments ; ce que les his­to­riens jugent vrai­ment « his­to­rique », pas ce qu’ils dési­gnent comme « mythique », ou « légen­daire », etc.

Les réfor­més confes­sants, avec les Pères, les Doc­teurs, les Réfor­ma­teurs de l’É­glise, depuis le temps des Apôtres jus­qu’à nos jours, reçoivent toute l’É­cri­ture comme Parole-Loi et Parole-Évan­gile de Dieu. Même au prix d’un rude com­bat inté­rieur au bout duquel il faut bien se rendre.

Ils savent quelle est la patience de Dieu envers le pas à pas de leur propre exis­tence et le pas à pas de l’his­toire de l’É­glise. Ils savent aus­si l’aide que Dieu leur apporte et a appor­tée à l’É­glise par des mes­sa­gers, anges et/ou hommes. Pour le pro­grès de la doc­trine ecclé­siale fidèle à la Révé­la­tion, il a fal­lu, entre autres,

  • Ter­tul­lien (155 ‑222) pour la doc­trine de la Tri­ni­té,
  • Atha­nase (295–373) pour celle de la Per­sonne et des deux natures du Christ,
  • Augus­tin (354–430) pour la doc­trine de l’homme,
  • Anselme (1033–1109) pour celle de l’ex­pia­tion,
  • Luther (1 483‑1546) pour la doc­trine de la jus­ti­fi­ca­tion par la foi,
  • Cal­vin (1509–1564) pour celle de l’au­to­ri­té sou­ve­raine du Dieu tri­ni­taire[22].

Décou­lant de la catho­li­ci­té ecclé­siale, il y a une conti­nui­té et une uni­ver­sa­li­té ecclé­siales dans la trans­mis­sion, dans la Tra­di­tion, de la Foi une et plu­rielle (et non plu­ra­liste !) par les confes­sions éta­blies soli­de­ment, au moins quant à l’es­sen­tiel, sur la seule Écri­ture, sur toute l’É­cri­ture.

Le Dieu Souverain

Il convient d’être très atten­tif au fait remar­quable, et trop peu remar­qué, que

  • l’en­sei­gne­ment des six pre­miers Conciles dits « œcu­mé­niques », avec le pro­grès qu’il exige dans l’É­glise et dans le monde,
  • et l’en­sei­gne­ment des confes­sions de Foi de la Réfor­ma­tion, avec le non moindre pro­grès qu’il exige, lui aus­si,

ont un thème fon­da­men­tal com­mun, à savoir que le seul Sei­gneur-Sau­veur pour les per­sonnes humaines, leurs liber­tés, leurs diverses socié­tés et les diverses sphères de leur exis­tence est le Dieu tri­ni­taire, le Dieu de Jésus-Christ, le Dieu de la sainte Écri­ture, le Dieu qui a créé toutes les réa­li­tés visibles et invi­sibles de l’u­ni­vers, qui les garde et sur les­quelles il règne sou­ve­rai­ne­ment, selon sa jus­tice et son amour.

Oui, c’est bien cela que les pre­miers Conciles ont affir­mé en ensei­gnant, selon la Parole de Dieu, que le Sau­veur Jésus-Christ est vrai­ment Dieu, avec le Père et le Saint-Esprit, et non pas seule­ment vrai­ment homme. Et c’est bien cela aus­si que, sui­vant la même ligne de fidé­li­té à la Parole de Dieu, les confes­sions de Foi de la Réfor­ma­tion ont affir­mé en ensei­gnant qu’il n’y a de salut tem­po­rel et éter­nel, pour les hommes, que par la seule grâce sou­ve­raine de Dieu et dans leur recon­nais­sance fidèle de l’au­to­ri­té sei­gneu­riale de Dieu par­lant par toute l’É­cri­ture.

Nous sommes, sans doute à la veille d’une troi­sième époque, d’un troi­sième temps fort, au cours duquel l’É­glise va devoir confes­ser sa Foi en la sei­gneu­rie du Dieu Créa­teur et Sau­veur. La foi de l’hu­ma­nisme (= reli­gion de l’Homme se fai­sant dieu), avec ses Révo­lu­tions tri­co­lore, brune et rouge, ses États-pro­vi­dence, tous plus ou moins tota­li­taires, ses camps d’ex­ter­mi­na­tion, ses mil­lions d’a­vor­te­ments et d’ex­clu­sions, au mépris des devoirs des hommes, s’é­croule sous les décombres qu’elle ne finit pas d’ac­cu­mu­ler. Vient le temps où l’É­glise réveillée, réfor­mée, recons­truite, devra ces­ser de s’a­li­gner sur le consen­sus ambiant pour confes­ser la Foi à laquelle Dieu l’ap­pelle par sa Parole, son Évan­gile et sa Loi.

Il vient, le temps où toute pen­sée va être ame­née cap­tive aux pieds de Jésus-Christ, en sciences comme en phi­lo­so­phie, en éco­no­mie comme en poli­tique, dans la vie des indi­vi­dus comme dans les familles, les nations, les entre­prises humaines légi­times de toutes sortes.

Il vient, le temps où l’É­glise va prendre à cœur les der­nières paroles de Jésus avant son ascen­sion :

« Tout pou­voir m’a été don­né dans le ciel et sur la terre. Allez donc :

Faites dis­ciples toutes les nations, les bap­ti­sant au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, leur ensei­gnant à gar­der tout ce que je vous ai pres­crit.

Et voi­ci : Moi, je suis avec vous tous les jours jus­qu’à la fin des temps. »

Mat­thieu 28

Faculté de théologie réformée d’Aix-en-Provence

S’ac­cor­der à la Gal­li­ca­na, ins­crite elle-même dans l’en­semble, un et plu­riel, des confes­sions de Foi de la Réfor­ma­tion et, avec celles-ci, dans la suite recon­nue des affir­ma­tions des pre­miers Conciles, c’est non pas se recro­que­viller sur sa « petite reli­gion à soi »[23], mais s’ou­vrir à la tra­di­tion ecclé­siale décou­lant de l’É­cri­ture-parole de Dieu ; c’est s’ou­vrir à la Foi catho­lique attes­tée par les Pères des pre­miers Conciles et les confes­sions de Foi de la Réfor­ma­tion.

C’est la prise de conscience de l’an­ti­thèse entre la confes­sion de la Foi et le dogme plu­ra­liste qui a conduit les réfor­més confes­sants des Églises réfor­mées et réfor­mées évan­gé­liques à ima­gi­ner, puis à éta­blir, la Facul­té de théo­lo­gie réfor­mée d’Aix-en-Pro­vence, d’a­bord pour glo­ri­fier le Dieu tri­ni­taire en sui­vant sa Parole, ensuite pour tra­vailler au pro­grès de la Foi réfor­mée, en par­ti­cu­lier dans les pays fran­co­phones, enfin pour pré­pa­rer des pas­teurs et, s’ils le veulent, des fidèles, joyeux dans la liber­té de confes­ser « la Foi trans­mise aux saints une fois pour toutes ».

Cet éta­blis­se­ment d’un centre d’é­tudes supé­rieures, réso­lu­ment « réfor­mé confes­sant » dans cha­cune des dis­ci­plines ensei­gnées par ses pro­fes­seurs titu­laires, est un évé­ne­ment depuis plus de trois siècles, en France. C’est à la grâce et au juge­ment du sou­ve­rain Sei­gneur que nous nous remet­tons, grâce et juge­ment qui exigent, au long d’un rude com­bat, fidé­li­té, prière, labeur, amour de l’É­glise et d’au­trui, per­sé­vé­rance et indé­fec­tible espé­rance.

III. Les proches origines

Dans les années Qua­rante, Cin­quante et au début des années Soixante, il y eut à Aix-en-Pro­vence la Facul­té de théo­lo­gie pro­tes­tante des Églises réfor­mées évan­gé­liques (indé­pen­dantes !). Cette Facul­té vit de 1948 à 1962, ses pro­fes­seurs anciens ou nou­veaux la quit­ter, en suite de désac­cords théo­lo­giques et/ou, par­fois de ques­tions per­son­nelles ;

Avec un cer­tain cou­rage et obs­ti­na­tion, le pas­teur Pierre Ver­seils, nom­mé, faute de doyen, vice-doyen, va main­te­nir quelque vie à la Facul­té, en assu­rant, avec l’aide de quelques pro­fes­seurs venant du dehors, un mini­mum de cours à deux ou trois étu­diants, et en orga­ni­sant des ren­contres ain­si que des ses­sions de « recy­clage » théo­lo­gique pour pas­teurs et fidèles.

En 1967, avec le départ de P. Ver­seils bien décou­ra­gé, c’est appa­rem­ment la fin de la Facul­té pro­tes­tante d’Aix. Si, de fac­to, il n’y a plus de Facul­té, vont sub­sis­ter « l’As­so­cia­tion cultuelle pour l’en­tre­tien » et le « conseil » de la Facul­té. De jure, la Facul­té existe tou­jours. Et la pro­prié­té et les bâti­ments de la Facul­té demeurent.

Des pas­teurs et laïcs des E.R.E.I. – ain­si dési­gne­rons-nous désor­mais, pour abré­ger, les Églises réfor­mées évan­gé­liques (indé­pen­dantes !) –, tels les pas­teurs Jean Bor­dreuil, Pierre Guel­fuc­ci, André Tho­lo­zan, l’a­mi­ral Sap, le pro­cu­reur géné­ral Ver­cier et bien d’autres, qui avaient vaillam­ment com­bat­tu pour la fidé­li­té de leurs Églises à la sainte Écri­ture, sont dou­lou­reu­se­ment éprou­vés tant par le désordre doc­tri­nal qui se déve­loppe en leur sein que par la « fin » de leur Facul­té. A côté des pas­teurs « réfor­més évan­gé­liques » authen­tiques, ont été pro­gres­si­ve­ment nom­més dans les paroisses, pour bou­cher les trous dus à la mort ou à la mise à la retraite de pas­teurs, des pas­teurs non réfor­més venus de milieux évan­gé­liques, n’ayant par­fois pas fait d’é­tudes de théo­lo­gie.

Tant et si bien que, dès 1967, le pas­teur André Tho­lo­zan, pré­sident de la Com­mis­sion per­ma­nente des E.R.E.I., écrit à M. Eugène Boyer, alors pas­teur, après son père, d’une Église à York, en Penn­syl­va­nie, pour lui deman­der d’ai­der à la réor­ga­ni­sa­tion de la Facul­té d’Aix en trou­vant, aux États-Unis, des pro­fes­seurs « cal­vi­nistes » introu­vables en France.

E. Boyer, selon son habi­tude, ne répond pas. Mais ce pas­teur-évan­gé­liste amé­ri­cain, qui a déjà consa­cré de longues années de son minis­tère à notre pays qu’il aime pro­fon­dé­ment, pense en son cœur à la demande d’A. Tho­lo­zan et prie pour un exau­ce­ment.

Au début de 1968, E. Boyer, se ren­dant de Phi­la­del­phie à Détroit, ren­contre inopi­né­ment (et pro­vi­den­tiel­le­ment), dans un taxi les condui­sant de l’aé­ro­port de Détroit à la ville, le pro­fes­seur Edmund Clow­ney, du Sémi­naire réfor­mé de West­mins­ter à Phi­la­del­phie. Ils ne s’é­taient encore jamais vus. E. Boyer, qui ne connais­sait pas de pro­fes­seurs cal­vi­nistes et igno­rait jus­qu’à l’exis­tence du West­mins­ter Semi­na­ry, ren­contre un pro­fes­seur cal­vi­niste, co-for­ma­teur de pro­fes­seurs cal­vi­nistes, qui, de sur­croît, aime la France et connaît l’his­toire du pro­tes­tan­tisme dans notre pays. Une demi-heure d’é­changes pas­sion­nés s’en­sui­vit.

La même année, le Doc­teur Clow­ney, venu en France, va donc visi­ter la Facul­té d’Aix. Les bâti­ments de celle-ci ont été uti­li­sés à des acti­vi­tés mal défi­nies qui n’ont pas  peu contri­bué à la dété­rio­ra­tion des locaux. Au cours du même voyage, E. Clow­ney, sur l’in­vi­ta­tion d’A. Tho­lo­zan, se rend à une ren­contre pas­to­rale E.R.E.I. La diver­si­té doc­tri­nale incroyable des pas­teurs pré­sents cor­ro­bore l’in­quié­tude tou­jours crois­sante de M. Tho­lo­zan. Conclu­sion de E. Clow­ney à E. Boyer après sa visite de la « Facul­té » et cette « pas­to­rale » : « C’est épou­van­table… il faut que tu y ailles ! »

Tout s’en­clenche et va s’ac­cé­lé­rer désor­mais.

Un nou­veau fait pro­vi­den­tiel sur­vient. En cette fin de la même année 1969, M. Pierre Fil­hol, nom­mé inten­dant uni­ver­si­taire à Aix-en-Pro­vence, arrive dans cette ville, avec sa femme, Renée. M. et Mme Fil­hol avaient déjà habi­té Aix de 1963 à 1966. P. Fil­hol avait été alors conseiller pres­by­té­ral de l’É­glise réfor­mée évan­gé­lique, mais ni lui, ni Renée, n’a­vaient eu de rap­ports avec la Facul­té.

A l’au­tomne 1969, Eugène et Char­lotte Boyer – lui est sala­rié par une « Mis­sion » amé­ri­caine – arrivent enfin à Aix. Char­lotte Boyer, arri­vée la pre­mière dans un appar­te­ment de la Facul­té qu’ils vont occu­per pen­dant dix ans, est déso­lée par l’é­tat lamen­table des lieux.

Bien vite, les Fil­hol, qui avaient connu l’é­van­gé­liste E. Boyer lors d’une mis­sion d’é­van­gé­li­sa­tion à Tou­louse en 1957, vont faire équipe avec les Boyer. P. Fil­hol, deve­nu membre du « conseil de Facul­té », va fer­me­ment appuyer le minis­tère d’E. Boyer. Renée Fil­hol et Char­lotte Boyer vont faire, elles, un gros tra­vail de net­toie­ment et de remise en ordre des locaux.

En 1971, au cours d’un voyage aux États-Unis, E. Boyer, aidé et conseillé par le Doc­teur Clow­ney, cherche des pro­fes­seurs cal­vi­nistes pour Aix. S’il essuie un refus cour­tois de William Edgar, alors aumô­nier d’ar­tistes, il ren­contre pour la pre­mière fois deux étu­diants anglais, Paul Wells, alors en deuxième année d’é­tudes au West­mins­ter Semi­na­ry, et Peter Jones, qui achève son doc­to­rat en théo­lo­gie à Prin­ce­ton et va deve­nir le gendre de Clow­ney.

Sous l’im­pul­sion d’Eu­gène Boyer et de Pierre Fil­hol, qui com­mencent à avoir leur « petite idée » sur la future Facul­té, s’or­ga­nisent, dès 1971, des « cours décen­tra­li­sés » de théo­lo­gie à Aix bien sûr, et aus­si à Mar­seille et à Nîmes (il y en aura plus tard à Alès). Enseignent ces cours, en dog­ma­tique Bill Clark (des édi­tions cal­vi­nistes « Grâce et Véri­té ») ; en Ancien Tes­ta­ment, le pas­teur Émile Nicole ; en théo­lo­gie pra­tique, Eugène Boyer ; en his­toire et socio­lo­gie, Fran­çois Gonin, pas­teur alors de l’É­glise réfor­mée évan­gé­lique à Aix, qui va, lui aus­si, jouer un grand rôle dans l’é­ta­blis­se­ment de la Facul­té réfor­mée.

Le 6 février 1971, Pierre Fil­hol était deve­nu pré­sident du conseil de Facul­té, et, lors d’une réunion entre repré­sen­tants de la com­mis­sion aca­dé­mique des E.R.E.I. et membres du comi­té direc­teur de l’as­so­cia­tion cultuelle pro­prié­taire des locaux de la Facul­té (y viennent, entre autres, Pierre Fil­hol, Eugène Boyer et les pas­teurs Guel­fuc­ci, Lon­gei­ret et Tho­lo­zan), une reprise de la Facul­té est envi­sa­gée … si l’on trouve les pro­fes­seurs cal­vi­nistes néces­saires !

Eugène Boyer et Pierre Fil­hol, ces deux « pères » de la pro­chaine Facul­té réfor­mée, vont être rejoints, en 1972, par le troi­sième « père » : Paul Wells.

Pen­dant tout ce temps pré­pa­ra­toire, des groupes aînés et cadets de réfor­més-confes­sants font leur appa­ri­tion dans les Églises réfor­mées (E.R.F.).

Lorsque Paul Wells, ayant obte­nu sa maî­trise au West­mins­ter Semi­na­ry, se décide à « aller voir » la Facul­té, à Aix (il a écrit, des États-Unis, à Eugène Boyer, et n’a pas eu, évi­dem­ment de réponse), il ren­contre, en gare de Mar­seille, Bill Clark qui lui dit : « Avec les E.R.E.I., vous ne pour­rez jamais rien faire. C’est une cause per­due au départ. Ne res­tez pas à Aix. Vous per­drez votre temps ». C’est lui, cepen­dant, qui condui­ra à Aix, en voi­ture, Paul Wells ! Il y avait, pour­tant, dans les pro­pos de Bill Clark quelque chose de juste que les trois « pères » de la Facul­té réfor­mée com­pren­dront avant d’autres : il n’é­tait pas pos­sible, ni juste, de refaire une Facul­té des seules E.R.E.I. Il n’é­tait pas pos­sible d’i­gno­rer qu’il y avait des cal­vi­nistes, des réfor­més confes­sants dans l’E.R.F., à com­men­cer par le fils spi­ri­tuel de Lecerf, Pierre Mar­cel, ani­ma­teur de La Revue Réfor­mée, lequel se bat­tait, depuis avant la IIe Guerre mon­diale, pour la Foi réfor­mée, et avait une audience et renom­mée inter­na­tio­nales, en par­ti­cu­lier aux Pays-Bas et dans les pays anglo-saxons.

Paul Wells et sa femme Ali­son vont fina­le­ment déci­der, à l’ap­pel pour une année, puis trois ans plus tard, à l’ap­pel défi­ni­tif du conseil de Facul­té, de res­ter à Aix. E. Boyer et P. Wells, effi­ca­ce­ment aidés par Mme Jean Ver­cier, vont com­men­cer alors par reclas­ser et réins­tal­ler la biblio­thèque et pro­cu­rer à celle-ci de nou­veaux ouvrages indis­pen­sables. Ils vont, avec Pierre Fil­hol, pas­ser l’an­née 1972–73 à convaincre les diri­geants des E.R.E.I. de la néces­si­té d’une Facul­té « auto­nome » par rap­port à leur Union d’É­glises, et à trou­ver les pro­fes­seurs qu’il faut pour cette Facul­té, tout en pour­sui­vant et déve­lop­pant les « cours décen­tra­li­sés » aux­quels viennent des pas­teurs, des conseillers pres­by­té­raux et des fidèles.

Ce sera, de la part des E.R.E.I., une preuve de dés­in­té­res­se­ment, de foi et de sain réa­lisme que d’ac­cep­ter fina­le­ment l’au­to­no­mie de la future Facul­té réfor­mée, tout en la lais­sant dis­po­ser, gra­tui­te­ment, des lieux dont l”« Asso­cia­tion cultuelle pour l’en­tre­tien de la Facul­té » (Asso­cia­tion fai­sant par­tie des E.R.E.I.) était pro­prié­taire. Au Synode natio­nal et géné­ral des E.R.E.I., tenu à Ganges en Mai 1973, Pierre Fil­hol, au cours du rap­port sur la Facul­té dont il était char­gé, décla­ra net­te­ment que la struc­ture auto­nome de la Facul­té devait être confor­tée pour que celle-ci : « appa­raisse comme une uni­té d’en­sei­gne­ment ori­gi­nale et accueillante, au ser­vice de tous ceux qui se rat­tachent au même cou­rant théo­lo­gique réfor­mé… (La) dis­ci­pline (concer­nant l’ho­mo­gé­néi­té de l’é­quipe pro­fes­so­rale) évi­te­ra, me semble-t-il, les erre­ments anciens qui résul­tèrent de la coexis­tence, dif­fi­ci­le­ment vécue, de divers cou­rants théo­lo­giques au sein du corps pro­fes­so­ral. » P. Fil­hol ter­mi­na son rap­port en citant la belle fin de l’ar­ticle 5 de la confes­sion de Foi de La Rochelle, par lequel j’ai com­men­cé cet expo­sé. C’est seule­ment le Synode natio­nal tenu à Saint-Chris­tol-lez-Alès, en avril 1974, à la suite d’un nou­veau rap­port de P. Fil­hol, qui fit le bon choix en accep­tant l’autonomie de la Facul­té réfor­mée.

A la ren­trée aca­dé­mique de 1973, un an avant l’ou­ver­ture offi­cielle de la Facul­té libre de théo­lo­gie réfor­mée d’Aix-en-Pro­vence, il y eut « une ren­trée avant la ren­trée » de quatre ou cinq étu­diants. Paul Wells enseigne à la fois l’hé­breu, le grec et la dog­ma­tique. Fran­çois Gonin enseigne l’his­toire et Eugène Boyer la théo­lo­gie pra­tique. Peter Jones, doc­teur en théo­lo­gie de Prin­ce­ton, main­te­nant arri­vé avec sa femme Rébec­ca, n’en­seigne pas encore, mais com­mence à pré­pa­rer ses cours à venir, tout en appre­nant le fran­çais.

Au prin­temps 1973, Paul Wells était déjà venu à Paris pour ren­con­trer Pierre Mar­cel et moi-même. Pierre Mar­cel, trop atteint dans sa san­té, ne pou­vait accep­ter d’al­ler faire des cours à Aix, mais, par ses conseils et son esprit orga­ni­sa­teur, il contri­bue­ra à la rédac­tion équi­li­brée des sta­tuts de la nou­velle Facul­té réfor­mée.

Pen­dant la guerre, alors que j’é­tais pas­teur E.R.F. (de 1941 à 1946 à La Voulte-sur-Rhône, en Ardèche), j’a­vais vou­lu prendre contact avec les Églises réfor­mées évan­gé­liques dont j’ap­pré­ciai la volon­té d’être fidèles à la sainte Écri­ture. C’est ain­si, par exemple, que je pris part à une « pas­to­rale » E.R.E.I. tenue à Lézan et au cours de laquelle je fis la connais­sance du pas­teur Pierre Guel­fuc­ci.

Plus tard, alors que j’é­tais pas­teur, à par­tir de 1951, de l’É­glise Réfor­mée de l’An­non­cia­tion à Paris, mes rap­ports avec les réfor­més confes­sants des E.R.E.I. se déve­lop­pèrent. En 1967, nous don­nâmes des cours, Hen­ri Blo­cher[24], pro­fes­seur bap­tiste cal­vi­niste, et moi-même, lors d’une ses­sion de « recy­clage » pas­to­ral orga­ni­sée à Aix par Pierre Ver­seils. Cette ren­contre, au cours de laquelle nous devînmes amis, condui­sit à l’or­ga­ni­sa­tion immé­diate de réunions régu­lières de « théo­lo­gie évan­gé­lique » qui se tinrent dans la Mai­son de l’An­non­cia­tion, dépen­dant de notre paroisse du même nom, et où vinrent des réfor­més, des luthé­riens, des bap­tistes, des libristes, etc. ; puis à l’or­ga­ni­sa­tion, en mai 1968, au même endroit, d’un congrès de théo­lo­gie évan­gé­lique (on enten­dait, au loin, les bruits consé­cu­tifs aux mani­fes­ta­tions révo­lu­tion­naires du Quar­tier latin !) qui réunit plus de 150 per­sonnes. Sur la même lan­cée, Hen­ri Blo­cher, le bap­tiste cal­vi­niste, Marie de Védrines, des E.R.E.I., et moi-même, de l’E.R.F., publiâmes, à par­tir de mars 1970, la revue qua­si men­suelle Ich­thus,qui dura jus­qu’en décembre 1986. Cette revue, dont le secré­taire était alors Paul Arné­ra, orga­ni­sa en 1980, aux arènes de Nîmes, une Fête de l’É­van­gile mémo­rable qui ras­sem­bla jus­qu’à 17.000 per­sonnes.

Hen­ri Blo­cher, qui ensei­gnait la dog­ma­tique à la Facul­té de théo­lo­gie évan­gé­lique de Vaux-sur-Seine, éta­blie en 1965, m’en­traî­na à y don­ner un ensei­gne­ment d’é­thique, deux fois par mois.

Toutes ces rela­tions éta­blies entre des réfor­més confes­sants de l’E.R.F., des réfor­més confes­sants des E.R.E.I. et même des réfor­més confes­sants bap­tistes expliquent en par­tie pour­quoi, en sep­tembre 1973, je reçus, après une visite conjointe à Paris de MM. Fil­hol, Wells, Jones et Boyer, la lettre offi­cielle de P. Fil­hol m’ap­pe­lant, au nom du conseil de Facul­té, à venir à Aix pour ensei­gner l’é­thique et la théo­lo­gie pra­tique.

Ce n’est cepen­dant pas sans peine que nous quit­tâmes, en juin 1974, ma femme Hélène et moi, cette très chère Église réfor­mée de l’An­non­cia­tion où nous étions depuis 1951, heu­reux cepen­dant de trou­ver com­pré­hen­sion et sou­tien de nom­breux parois­siens qui comp­te­ront aus­si­tôt par­mi les « Amis de la Facul­té d’Aix ». Mes trois anciens co-pas­teurs de l’É­glise réfor­mée de l’An­non­cia­tion, Pierre Gagnier (de 1953 à 1967), Jean de Wat­te­ville (de 1967 à 1969) et Daniel Atger (de 1970 à 1974) ne ces­sèrent jus­qu’à leur mort (P.G. en 1988, J. de W. en 1990, D.A. en 1988) de me témoi­gner leur com­pré­hen­sion, leur appui et leur affec­tion.

La Facul­té d’Aix fut solen­nel­le­ment inau­gu­rée les 13 et 14 octobre 1974[25].


[1] Doyen hono­raire de la Facul­té libre de Théo­lo­gie Réfor­mée d’Aix-en-Pro­vence, fon­dée en 1974.

[2] Cf. Émile G. Léo­nard, Le pro­tes­tant fran­çais, 32.

[3] Les armi­niensdis­ciples de Jacob Armi­nius (1560–1609), rejettent la sou­ve­rai­ne­té de l’é­lec­tion et de la grâce divines et mettent en avant la pré­ten­due « auto­no­mie » de la liber­té humaine. Le salut dépen­drait alors, en fin de compte (de conte !), de la déci­sion de l’homme.

[4] Les illu­mi­nistes, ou « spi­ri­tuels » comme ils aiment par­fois se dési­gner, placent leurs « ins­pi­ra­tions »à côté ou au-des­sus de l’É­cri­ture et de son auto­ri­té nor­ma­tive.

[5] Le Réveil de la pre­mière moi­tié du XIXe siècle, sous l’au­to­ri­té de l’Es­prit Saint par­lant avec et par la sainte Écri­ture dont il est l’au­teur pre­mier, a secoué la plu­part des Églises pro­tes­tantes que mena­çait alors le ratio­na­lisme libé­ral. Il leur a don­né, ou ren­du, une vision mis­sion­naire conqué­rante, non seule­ment pour l’é­van­gé­li­sa­tion des Nations, mais pour l’ex­ten­sion du Règne du Christ en tous domaines. Pour la France, il faut citer les noms des frères Fré­dé­ric Monod (1794–1863) et Adolphe Monod (1802–1856), deux des pas­teurs du Réveil ; et remar­quer la fon­da­tion, entre autres,

  • en 1818, de la Socié­té biblique de Paris,
  • en 1822, de la Socié­té des Mis­sions évan­gé­liques de Paris,
  • en 1825, de la Socié­té de pré­voyance et de secours mutuels de Paris,
  • en 1829, de la Socié­té pour l’en­cou­ra­ge­ment de l’ins­truc­tion pri­maire (il y aura près de 700 écoles pro­tes­tantes en France, en 1840),
  • en 1831, de la Socié­té des livres reli­gieux de Tou­louse, qui a publié des œuvres clas­siques réfor­mées des XVIe et XVIIe siècles, dont l’Ins­ti­tu­tion chré­tienne, de Cal­vin.

[6] Les Églises libres ont été, à l’o­ri­gine, des Églises réfor­mées dres­sées en dehors de l’É­glise réfor­mée dite « natio­nale » ou « concor­da­taire » parce qu’elle dépen­dait de l’E­tat. Leur synode consti­tuant, réuni à Paris, date de 1849. Elles se disaient d’a­bord seule­ment « évan­gé­liques » et n’ont pris qu’en 1883 l’é­pi­thète « libres ». Leurs membres fai­saient « pro­fes­sion expli­cite et indi­vi­duelle de la foi ».

[7] Les Églises métho­distesnées en Grande-Bre­tagne au XVIIe siècle, furent intro­duites en France au début du XIXe siècle (pays de Caux et Orléa­nais). C’est John Wes­ley (1703–1791) qui avait par­lé de « la méthode pres­crite par la Bible ». Sous la Res­tau­ra­tion, elles s’im­plan­tèrent dans plu­sieurs régions de France, sur­tout méri­dio­nales (Avey­ron, Gard, Hérault, Lozère).

[8] La Facul­té de Stras­bourg, un temps la plus libé­rale et ratio­na­liste, fut une Facul­té uni­ver­si­taire fran­çaise de 1803 à 1870, puis de nou­veau à par­tir de 1919 (pen­dant la IIe Guerre mon­diale, elle fut trans­fé­rée pro­vi­soi­re­ment à Cler­mont-Fer­rand).

La Facul­té de Mon­tau­ban, la plus ortho­doxe (?), ouvrit ses portes en 1810, en place de l’an­cienne Aca­dé­mie réfor­mée qui avait exis­té de 1598 à 1659, puis trans­fé­rée à Puy­lau­rens, de 1659 à 1685. Trans­fé­rée à Mont­pel­lier où elle a été inau­gu­rée les 14 et 15 jan­vier 1920.

La Facul­té de Paris, à l’o­ri­gine héri­tière fran­çaise de la Facul­té de Stras­bourg deve­nue alle­mande, a été éta­blie au cours des années 1877–1879. Elle a été, et demeure, une Facul­té mixte luthé­ro-réfor­mée.

[9] Antoine Court (1696–1760) est une grande figure du pro­tes­tan­tisme réfor­mé en France. Consa­cré en 1718, il s’ef­for­ça d’en redres­ser les Églises, alors mena­cées par l’illu­mi­nisme et des sectes aber­rantes. Il vou­lut don­ner aux Églises clan­des­tines des pas­teurs fidèles. Ain­si fut éta­bli en 1726 un « sémi­naire », à Lau­sanne, qui for­ma ces pas­teurs, sous la direc­tion de Court.

[10] Je ne sau­rai trop recom­man­der les deux volumes de l’In­tro­duc­tion à la dog­ma­tique réfor­mée et les Etudes cal­vi­nistes de Lecerf. Ces ouvrages, épui­sés depuis long­temps, devraient être réédi­tés. L’In­tro­duc­tion a été publiée par les édi­tions « Je sers », à Paris (le pre­mier volume en 1932, le second en 1938) . Les Etudes ont été publiées, par les édi­tions Dela­chaux et Niest­lé, en Suisse, en 1949.

[11] Les ariens tirent leur nom d’un clerc égyp­tien ori­gi­naire de Libye, Arius (256–336). Les ariens rejettent la doc­trine de la Tri­ni­té et celle de la divi­ni­té de Jésus. Dieu le Père est, seul, Dieu. Le Fils ne peut être qu’une créa­ture ; sa filia­tion ne peut être qu’a­dop­tive. L’Es­prit saint est encore une moindre créa­ture que le Fils. Pour l’É­glise, deve­nir arienne, c’é­tait (et hélas ! c’est encore) faire pas­ser la rai­son humaine au-des­sus de l’É­cri­ture-Parole de Dieu. Il y eut des conciles ariens. Et les ariens sont encore nom­breux, non seule­ment par­mi les laïcs, mais par­mi les « ministres ordon­nés » des Églises d’au­jourd’­hui. Saint Hilaire, en Occi­dent, et saint Atha­nase, en Orient, lut­tèrent avec cou­rage contre l’hé­ré­sie arienne, alors triom­phante. La Gal­li­cana ne les men­tionne pas sans justes rai­sons, en son article 6.

[12] Les soci­niens, dis­ciples de Lelio Soci­ni (1525–1562), sont d’a­bord des ariens reje­tant les doc­trines de la Tri­ni­té et de la divi­ni­té, consub­stan­tielle à celle du Père, du Fils de Dieu Jésus-Christ ; de plus, ils rejettent la doc­trine de l’ex­pia­tion – selon Soci­ni, la jus­tice de Dieu ne pour­rait exi­ger que le péché soit inexo­ra­ble­ment puni.

[13] In Etudes Cal­vi­nistes, 130.

[14] id. 130, 132, 133.

[15] Cf. dans mon livre Fon­de­ments pour l’a­ve­nir, 17 à 41 et 89 à 119.

[16] Cf. Clé­ris­sac O.P., Le mys­tère de l’É­glise, où j’a­vais, dès 1931, noté ces deux souf­frances pour et par l’E­glise.

[17] Toute Église de Dieu vit 1) d’une pré­di­ca­tion et d’un ensei­gne­ment fidèles de la Parole de Dieu, 2) d’une admi­nis­tra­tion fidèle des Sacre­ments de Dieu et, par consé­quent, 3) d’une « dis­ci­pline » conforme à l’É­cri­ture sainte veillant aux points 1) et 2) et appli­quant, aux ministres ordon­nés comme aux laïcs, les sanc­tions scrip­tu­raires indis­pen­sables.

[18] Il avait été jus­te­ment pré­ci­sé, au Concile de Chal­cé­doine, que l’u­nion des deux natures (divine et humaine) du Christ est « sans confu­sion, sans chan­ge­ment, sans divi­sion, sans sépa­ra­tion ». C’est bien ce que reprend, dans la fidé­li­té à la sainte Écri­ture, notre Gal­li­ca­na.

[19] Le Sym­bole est dit « des Apôtres », bien qu’il n’ait pas été écrit par eux, en ce sens qu’il résume fidè­le­ment les écrits apos­to­liques.

[20] Le Sym­bole de Nicée est, en fait, le Sym­bole de Nicée repris et com­plé­té par le Concile de Constan­ti­nople 1. En Occi­dent, il a été ajou­té, au sujet du Saint-Esprit, à « qui pro­cède du Père » les trois mots « et du Fils ».

[21] Le Sym­bole d’A­tha­nase, d’o­ri­gine latine et gau­loise, n’a trou­vé son texte défi­ni­tif que tar­di­ve­ment (entre les VIe et IXe siècles). Il est conforme à l’en­sei­gne­ment ‒ lui-même conforme à l’en­sei­gne­ment biblique ‒ d’A­tha­nase qui n’en est, évi­dem­ment, que le « par­rain ». Toutes les bonnes édi­tions de la Gal­li­ca­na, dont la der­nière de Kéryg­ma (1988), com­portent en appen­dice, les trois Sym­boles.

[22] Je me suis ser­vi libre­ment, ici, de The Sto­ry of Theo­lo­gy, par R.A. Fin­lay­son (Londres, Tyn­dale Press, 1965).

[23] Sous le Second Empire, le pas­teur Atha­nase Coque­rel fils n’a-t-il pas décla­ré ‒ bien que por­tant le nom de saint Atha­nase ! ‒ « Il n’y a de sin­cère et de suf­fi­sante que la confes­sion de foi qu’on se fait à soi-même » !

[24] Les Églises bap­tistes ont com­men­cé à s’é­ta­blir en France sous la monar­chie de Juillet. Cin­quante ans plus tard, Ruben Saillens (1855–1942) fon­da à Paris l’É­glise du Taber­nacle. Lui suc­cé­da son gendre Arthur Blo­cher, grand-père d’Hen­ri Blo­cher. Les Églises bap­tistes (chaque Église locale étant auto­nome) ont bien, en com­mun, le bap­tême des seuls croyants et le rejet du bap­tême des enfants, mais ont, cha­cune, leur décla­ra­tion de foi plus ou moins ortho­doxe (il n’en est point de « libé­rale »).

[25] Pierre Cour­thial a pro­non­cé le dis­cours inau­gu­ral sur le thème « Déra­pages éthiques ». Son texte a été publié dans Etudes Évan­gé­liques (1975:1,2) 10–25. Voir aus­si la bro­chure des édi­tions Kéryg­ma, La Foi en pra­tique (n.d.l.r).


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