La beauté du culte réformé

Vincent Bru, 1er février 2024

J’ai écrit récem­ment un article sur le thème de la musique dans le culte, l’importance du chant des Psaumes et du choix des can­tiques. Pour être com­plet, je me devais de pro­po­ser un article sur le culte réfor­mé, sa spé­ci­fi­ci­té et sa beau­té, en tant qu’expression litur­gique de la théo­lo­gie de l’Alliance (foe­dus).

Par­ler de la beau­té du culte réfor­mé, c’est for­cé­ment par­ler de sa véri­té : la beau­té sans la véri­té n’a guère de sens ; ce qui fait la beau­té d’une chose, c’est son rap­port avec la véri­té. Ce qui fait la beau­té du culte réfor­mé, c’est qu’il est biblique  : il n’est beau que d’autant qu’il est réso­lu­ment biblique.

L’erreur est laide ! Elle peut par­fois paraître belle, mais cette beau­té est trom­peuse, comme la beau­té du diable.

Il faut nous arrê­ter sur les trois mots : beau­té, culte et réfor­mé. Com­men­çons par le der­nier.

Réformé

Ce mot désigne une tra­di­tion, une cer­taine manière de com­prendre la foi, une « école » de pen­sée, une théo­lo­gie spé­ci­fique qui doit beau­coup au Réfor­ma­teur Fran­çais Jean Cal­vin, sans pour autant se réduire à celui-ci. Vous ver­rez que dans cet article, je cite aus­si sou­vent Mar­tin Luther.

La foi réfor­mée s’inscrit dans un cou­rant : elle est comme un fleuve qui trouve sa source dans la théo­lo­gie des Réfor­ma­teurs et dans les confes­sions de foi de la Réforme, avec notam­ment la Confes­sion de La Rochelle, le Caté­chisme de Hei­del­berg et les Canons de Dor­drecht.

Inutile de s’attarder davan­tage sur ce mot, car vous trou­ve­rez sur ce blog de nom­breux articles sur le sujet, sous la rubrique « Foi réfor­mée confes­sante ».

Voir en par­ti­cu­lier :

Culte

Le culte est le lieu pri­vi­lé­gié de la ren­contre avec Dieu. C’est le moment où l’Église est ras­sem­blée pour répondre à l’appel de Dieu, à sa convo­ca­tion, afin de l’écouter, et de lui expri­mer sa recon­nais­sance, confor­mé­ment au qua­trième com­man­de­ment sur le res­pect du Sab­bat. C’est une ren­contre pleine de sens, un échange d’amour, où les fidèles viennent pui­ser à la Source de la Vie. C’est la ren­contre du Ciel avec la terre, et de la terre avec le Ciel. Et cela n’est pas rien !

Le culte est avant tout écoute, de laquelle découle, natu­rel­le­ment, notre ado­ra­tion.

L’homme a deux oreilles et une bouche : l’écoute est cen­trale ; il s’agit d’entendre la Parole de Dieu, de la rece­voir jusqu’au plus pro­fond de notre être, afin de la mettre en pra­tique.

Ensuite seule­ment vient l’expression de la foi de l’Église, à tra­vers les prières et le chant, et comme le disait Luther : « Chan­ter c’est prier deux fois » !

La prière est la réponse recon­nais­sante de l’homme à la grâce de Dieu en Jésus-Christ, qui est pre­mière.

Le chant des Psaumes revêt une impor­tance pri­mor­diale, car en les chan­tant, nous savons que ce sont les paroles même de Dieu que nous fai­sons mon­ter vers lui.

Psaumes avec accom­pa­gne­ment musi­cal ici

En un sens, il en est du chant des Psaumes comme de la prière du Notre Père : dans les deux cas, c’est Dieu qui nous les a don­nés, afin que nous sachions avec cer­ti­tude ce qu’il convient de lui deman­der, et com­ment il nous appar­tient de le louer.

Le culte n’est pas quelque chose qui est lais­sé à la fan­tai­sie des hommes. Il doit être conforme à l’enseignement de la Parole de Dieu, ou pour reprendre les paroles de l’Apôtre Paul, ce doit être un « culte logique » (logi­kos, en grec) (Romains 12.1–2), un culte selon la Parole.

Chaque élé­ment du culte doit être soi­gneu­se­ment pen­sé, réflé­chi, médi­té afin de reflé­ter au mieux ce que Dieu attend de nous.

On dit, à juste titre, que le salut est par grâce, qu’il est l’œuvre de Dieu. Ain­si en est-il pour le culte : il est par grâce, c’est un cadeau que Dieu fait aux hommes, afin de nous per­mettre de vivre plei­ne­ment notre voca­tion chré­tienne.

« Dieu ne peut être l’Objet de notre culte que s’il est d’abord le Sujet qui nous donne le culte. Nous ne pou­vons lui offrir notre ser­vice que si lui-même le sus­cite et l’ordonne tout d’abord. »

R. Paquier, Trai­té de litur­gique, p. 3.

Il est pos­sible de déga­ger de l’Écriture Sainte une cer­taine forme de culte, et ce fai­sant, d’adorer Dieu de la bonne manière, autre­ment dit « en esprit et en véri­té » !

« Mais l’heure vient – et c’est main­te­nant – où les vrais ado­ra­teurs ado­re­ront le Père en esprit et en véri­té ; car ce sont de tels ado­ra­teurs que le Père recherche. »

Jean 4.23 NVS78P

Les images dans le culte

Un culte « en esprit et en véri­té » implique de prendre très au sérieux le pre­mier et le deuxième com­man­de­ments de la Loi de Moïse, car ils posent la ques­tion de l’utilisation ou non des images dans le cadre des célé­bra­tions cultuelles.

3Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face. 4 Tu ne te feras pas de sta­tue, ni de repré­sen­ta­tion quel­conque de ce qui est en haut dans le ciel, de ce qui est en bas sur la terre, et de ce qui est dans les eaux plus bas que la terre. 5Tu ne te pros­ter­ne­ras pas devant elles, et tu ne leur ren­dras pas de culte ; car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis la faute des pères sur les fils jusqu’à la troi­sième et à la qua­trième (géné­ra­tion) de ceux qui me haïssent, 6et qui use de bien­veillance jus­qu’à mille (géné­ra­tions) envers ceux qui m’aiment et qui gardent mes com­man­de­ments.

Exode 20.3–6

Il suf­fit d’entrer dans un temple pro­tes­tant pour se rendre compte de la dif­fé­rence qui existe sur cette ques­tion essen­tielle entre les trois confes­sions chré­tiennes que sont le catho­li­cisme romain, l’orthodoxie et le pro­tes­tan­tisme.

L’idée nova­trice des Réfor­ma­teurs a été de foca­li­ser le plus pos­sible l’attention des fidèles sur l’écoute, plu­tôt que sur la vue, d’où la cen­tra­li­té de la pré­di­ca­tion (Parole audible), plu­tôt que de l’eucharistie (Parole visible).

L’argument du catho­li­cisme romain au XVIe siècle, c’était de dire que les images et les sta­tues ser­vaient de livre pour les igno­rants, et avaient donc une por­tée péda­go­gique. L’argument est rece­vable, en un cer­tain sens. Pour autant, les Réfor­ma­teurs ont fait un autre choix que celui-ci, qui est le choix exi­geant de l’alphabétisation du peuple. En effet, il était essen­tiel pour eux que tous les fidèles, sans excep­tion, puissent lire la Bible direc­te­ment, et soient en mesure de com­prennent, et de bien com­prendre, ce qui se disait pen­dant le culte.

Il est là, aus­si, le sens du Sola Scrip­tu­ra, l’Écriture comme unique inter­mé­diaire ‒ ou média­teur ‒ entre Dieu et les hommes, reçue dans et avec la lumière et la puis­sance du Saint-Esprit.

Les représentations des réalités célestes

Pour autant, l’intention de Luther et de Cal­vin n’a jamais été d’exclure toute forme d’art reli­gieux du culte et des lieux de culte. L’interdiction de la Loi de Moïse concerne l’idolâtrie, le fait de vouer un culte aux idoles, aux faux dieux. Il n’est pas exclu d’étendre cette inter­dic­tion au fait de repré­sen­ter Dieu de manière fan­tai­siste, sous les traits d’une créa­ture, sans aucune réfé­rence à la sym­bo­lique scrip­tu­raire, comme c’était le cas dans les peuples païens, voi­sins d’Israël. L’épi­sode du veau d’or est là pour nous le rap­pe­ler. Se repré­sen­ter Dieu sous les traits d’un ani­mal est contraire aux exi­gences de la Loi de Dieu. Cela s’apparente à un blas­phème1.

Création d'Adam (Chapelle Sixtine)
Michel Ange, La créa­tion d’A­dam (Cha­pelle Six­tine à Rome, 1511.

Les repré­sen­ta­tions faites par nos grands peintres chré­tiens, comme Michel-Ange, ne me semblent pas concer­nées (ou pas for­cé­ment) par le 2e com­man­de­ment. Ce sont des œuvres d’art qui entendent rendre compte de cer­taines véri­tés qui se trouvent bel et bien dans la révé­la­tion.

Ce qu’il faut bien com­prendre ici c’est que les seules repré­sen­ta­tions légi­times des choses célestes sont celles qui se trouvent dans l’Écriture Sainte elle-même2. Les trois confes­sions chré­tiennes sont d’accord là-des­sus d’ailleurs. Les trois sont réso­lu­ment mono­théistes et condamnent l’idolâtrie ‒ com­ment d’ailleurs pour­rait-il en être autre­ment ?

La ques­tion des repré­sen­ta­tions artis­tiques des réa­li­tés célestes se posent, d’une cer­taine manière, de la même façon quelle que soit la confes­sion. L’art reli­gieux a bien évi­dem­ment toute sa place comme expres­sion à la fois cultu­relle et spi­ri­tuelle de la dimen­sion reli­gieuse de la socié­té, et comme mar­queur civi­li­sa­tion­nel. L’ico­no­clasme est une grave erreur.

Des images dans le culte réformé ?

La dif­fé­rence entre le pro­tes­tan­tisme et le catho­li­cisme romain tient en réa­li­té à l’utilisation des images dans le culte. Le hia­tus entre les trois confes­sons chré­tiennes concerne plus pré­ci­sé­ment les conclu­sions du 7e Concile œcu­mé­nique qui a sta­tué sur la ques­tion des images dans et pour le culte, et non pas des images en elles-mêmes. Il s’agit d’ailleurs davan­tage d’une dif­fé­rence d’accentuation que de fond. Car il y a bel et bien des images dans un lieu de culte réfor­mé, des sym­boles plus exac­te­ment : la Bible ouverte sur la table de com­mu­nion est une image, la croix latine sou­vent mise en évi­dence aus­si. La chaire pas­to­rale avec ses formes sou­vent joli­ment tra­vaillées qui par­ti­cipent à l’esthétique du lieu de culte. Les bancs d’église, dont la sym­bo­lique ren­voie à quelque chose de com­mu­nau­taire, plu­tôt que des chaises indi­vi­duelles. La table de com­mu­nion et le rituel eucha­ris­tique lui-même revêtent une forme hau­te­ment sym­bo­lique et ima­gée, avec le pain, le vin, la coupe. L’homme n’est pas une réa­li­té pure­ment céré­brale, il n’est pas un pur esprit. Il faut bien, donc, que le culte s’adresse aus­si à cette autre dimen­sion de l’être humain qu’est la vue, comme aus­si le tou­cher. Tout est une ques­tion d’équilibre. La beau­té du culte réfor­mé, c’est l’équilibre.

Temple réformé de Villars-sous-Yens
Temple réfor­mé de Vil­lars-sous-Yens
Pour un symbolisme résolument biblique

L’important, encore une fois, c’est que le sym­bo­lisme dans le culte découle direc­te­ment de la Sainte Écri­ture, et non pas de l’imagination des hommes, et que l’accent soit réso­lu­ment por­tée sur la Parole écrite de Dieu, et sur l’intelligence de la foi. Et ce, contre toute forme de super­sti­tion qui ne manquent pas de s’insinuer dans la pié­té des fidèles dès lors que les images prennent le pas sur la parole audible.

Je cite Cal­vin dans son Caté­chisme, au sujet du 2e com­man­de­ment.

145. Quelle forme d’adoration Dieu rejette-t-il ?

Celle qui consiste à se tour­ner vers une sta­tue ou une image pour lui adres­ser une prière, se pros­ter­ner, s’agenouiller devant elle ou lui rendre hon­neur de quelque manière, comme si c’était Dieu qui, dans cet objet, se pré­sen­tait à nous.

146. Ain­si, il ne faut pas voir dans ce com­man­de­ment une condam­na­tion pure et simple de la pein­ture et de la sculp­ture : il nous est sim­ple­ment défen­du, quand nous fai­sons des images, d’y cher­cher la pré­sence de Dieu et de l’adorer à tra­verse elles ; ou bien (cela revient au même) de les ado­rer à la place de Dieu ; bref, de les uti­li­ser abu­si­ve­ment dans un esprit de super­sti­tion et d’i­do­lâ­trie.

C’est bien cela.

147. Quel est donc le but de ce com­man­de­ment ?

Dans le pre­mier, Dieu décla­rait que c’était lui, et lui seul, qu’il fal­lait ado­rer. Dans celui-ci, le second, il nous enseigne ce qu’est la vraie ado­ra­tion, afin de nous détour­ner de toute forme de super­sti­tion ou de véné­ra­tion cou­pables d’ob­jets tirés de la matière.

Jean Cal­vin, Caté­chisme de Genève, Ques­tions 145–147, Édi­tions Keryg­ma, 1991.

Tout est dit !

Le rôle du pasteur

J’ajouterai que dans la tra­di­tion réfor­mée, le pas­teur occupe une place à part, au même titre que le prêtre dans l’ecclésiologie romaine catho­lique, bien que de manière dif­fé­rente. C’est sous sa res­pon­sa­bi­li­té et sous sa direc­tion que le culte est célé­bré, car il repré­sente le Christ aux yeux de tous les fidèles. Il a une fonc­tion de repré­sen­ta­tion. Sa voca­tion, à la fois inté­rieure et exté­rieure, fait de lui, et de lui seul, le ministre de la Parole et des sacre­ments, pour reprendre une for­mule de la Réforme.

A ce titre-là, je pré­co­nise, pour ma part, le port de la robe pas­to­rale3, comme « cache-homme », et pour signi­fier de manière sym­bo­lique et visible l’appar­te­nance à un corps – en l’occurrence celui des pas­teurs. Je trouve très dom­ma­geable le fait d’avoir aban­don­né cette pra­tique dans bien des Églises pour­tant issues de la Réforme. Quel appau­vris­se­ment !

Adolphe Monod

Le Pas­teur Adolphe Monod (1802–1856), grande figure du Réveil du 19e siècle, en robe pas­to­rale.

Por­ter la robe pas­to­rale, c’est don­ner à la Parole de Dieu la pre­mière place ; c’est une manière de s’effacer der­rière celle-ci ; c’est cacher l’homme der­rière son minis­tère de ministre de la Parole de Dieu (Dei Ver­bi Minis­ter).

Rap­pe­lons que, depuis Cal­vin qui la por­tait sans dis­con­ti­nuer, il s’agit d’abord d’une robe doc­to­rale, plu­tôt que d’un vête­ment ecclé­sias­tique ; c’est une robe de doc­teur de l’Université et de ministre de l’Évangile, c’est-à-dire de celui qui a la com­pé­tence pour annon­cer « la véri­té des Écri­tures », fon­de­ment de l’Église.

La robe noire est actuel­le­ment la plus cou­ram­ment uti­li­sée. C’est une sorte d’ample tunique d’un tis­su soyeux avec des plis par­tant des épaules et des manches larges.

Elle n’a pas de col : la robe s’ouvre sur le devant et le pas­teur met par-des­sus une sorte de haut de col en tis­su blanc ami­don­né, pro­lon­gé par deux bandes blanches d’environ 25 cm, figu­rant l’ancienne et la nou­velle alliance.

Si on ne peut pas la com­pa­rer à la robe sacer­do­tale du prêtre, pour la majo­ri­té des pro­tes­tants la robe reste bien le sym­bole du minis­tère pas­to­ral. Si elle peut inti­mi­der, elle ras­sure aus­si, car elle est à la fois le signe d’une pré­sence et d’une tra­di­tion à laquelle on sou­haite res­ter fidèle.

Musée Vir­tuel du Pro­tes­tan­tisme
Ne pas confondre sacerdoce universel et pastorat universel !

Nous ne le répé­te­rons jamais assez : la Réforme n’a jamais ins­ti­tué, ni expli­ci­te­ment ni impli­ci­te­ment, un pas­to­rat uni­ver­sel. Ce qu’elle a réaf­fir­mé avec force, c’est le sacer­doce uni­ver­sel des fidèles — et non un minis­tère pas­to­ral géné­ra­li­sé. Le sacer­doce uni­ver­sel ne signi­fie en aucun cas un minis­tère uni­ver­sel. Autre­ment dit, on ne devient pas pas­teur par simple volon­té per­son­nelle. On ne s’auto-proclame pas pas­teur.

On est pas­teur parce que l’on a été appe­lé, for­mé, puis dûment ordon­né, et recon­nu par les ins­tances légi­times de l’Église, après avoir vali­dé un ensemble de pré­re­quis exi­geants, au pre­mier rang des­quels figurent la for­ma­tion théo­lo­gique et aca­dé­mique. Dès lors, il n’appartient pas à tous les fidèles, indis­tinc­te­ment, de prendre la parole pen­dant le culte.

Le culte n’est pas une ren­contre impro­vi­sée où cha­cun inter­vient libre­ment, à la manière d’un cercle infor­mel autour d’un feu de camp. Il n’en est rien. Le culte est une réa­li­té pro­fon­dé­ment struc­tu­rée, codi­fiée, où chaque élé­ment a sa place pré­cise, et où les prises de parole sont ordon­nées et enca­drées sous la res­pon­sa­bi­li­té du pas­teur. C’est dans ce cadre, et à cette condi­tion, que cer­tains fidèles peuvent être appe­lés à par­ti­ci­per à la litur­gie, par exemple pour la lec­ture de l’Écriture ou cer­taines prières.

Le pas­teur est celui qui pré­side et célèbre le culte au nom de toute la com­mu­nau­té. Il n’est pas un simple ani­ma­teur litur­gique. Quant à la par­ti­ci­pa­tion des fidèles, elle s’exprime avant tout par le chant des Psaumes et des can­tiques. Et cette par­ti­ci­pa­tion est pleine, réelle, pro­fonde. Elle est même, en un sens, la plus juste et la plus belle qui soit.

Beauté

La litur­gie réfor­mée com­porte les élé­ments sui­vants (voir ci-après), qui en font toute la beau­té. On peut lui appli­quer les qua­li­fi­ca­tifs de : har­mo­nieuse, équi­li­brée, claire, sobre, solen­nelle, majes­tueuse, pro­fonde. J’insiste par­ti­cu­liè­re­ment sur la clar­té et la sobrié­té qui sont les deux ver­sants de ce qu’il convient d’appeler la rhé­to­rique réfor­mée.

La litur­gie doit par­ler avant tout à l’intelligence mais aus­si au cœur, à la rai­son, mais aus­si aux émo­tions (bien que de manière seconde). L’important, c’est qu’elle soit réso­lu­ment biblique. Le culte réfor­mé est cen­tré sur la pré­di­ca­tion de la Parole, qui est le cœur du culte, avec la célé­bra­tion de l’Eucharistie, quand celle-ci a lieu. Les deux forment une ellipse à deux foyers : la Parole audible (pré­di­ca­tion), et la Parole visible (Sainte Cène).

Salutation/Invocation

Dès le début du culte, le peuple de Dieu se pré­pare à la ren­contre avec le Dieu Saint dont il invoque la pré­sence.

Il est pos­sible ici de chan­ter, après les paroles litur­giques de salu­ta­tion et d’invocation, le spon­ta­né : « Saint, Saint, Saint, est le Sei­gneur » par exemple (ARC 863).

A l’instar du « Notre Père », le culte com­mence par un rap­pel de la trans­cen­dance de Dieu  : Il est celui qui est « aux cieux », et dont le nom doit être sanc­ti­fié, mis à part ; celui aus­si dont la volon­té doit être faite, non seule­ment dans le ciel, mais aus­si sur la terre, et sur la terre comme au ciel !

Les pre­mières paroles du culte sont déter­mi­nantes : elles colorent tout le reste du culte ; elles consti­tuent un rap­pel som­maire de la fina­li­té comme aus­si du conte­nu de celui-ci, comme dans cet exemple de la Litur­gie verte (abré­gée)  : « La grâce, la misé­ri­corde et la paix vous sont don­nées, de la part de Dieu notre Père, et de Jésus-Christ notre Sei­gneur. Invo­quons le Sei­gneur notre Dieu ! »

Inutile d’en dire plus. Il s’agit de la porte d’entrée, après une intro­duc­tion musi­cale qui a aus­si toute sa place ici. Il faut prendre conscience d’être sur une terre sainte. Il y a un avant et un après. J’aime pour ma part que cette « entrée en matière » soit par­ti­cu­liè­re­ment tra­vaillée, et non pas impro­vi­sée. Je choi­sis une musique majes­tueuse, qui porte à la médi­ta­tion, sou­vent du Bach. Un jeu d’orgue. C’est une invi­ta­tion au silence, comme une prière d’illumination qui dit : « Fais taire en nous toute autre voix que la tienne » ! Après le bruit et l’agitation de la semaine : le silence, la musique, et puis, la Parole de Dieu, enfin ! 

C’est le Sei­gneur qui appelle et ras­semble son peuple. L’Église, une fois ras­sem­blée dit, comme Samuel : « Me voi­ci ! Parle. Ton ser­vi­teur écoute ! » (1 Samuel 3.10).

Adoration

Ce moment de la litur­gie du culte réfor­mé se sub­di­vise en deux par­tie : la prière d’adoration (voir dans la rubrique Litur­gie) et le chant d’un Psaume ou d’un can­tique.

Qu’est-ce qui pour­rait conve­nir davan­tage, en se sachant en pré­sence du Dieu Saint, que le chant d’un Psaume d’adoration ? Le Peuple de Dieu l’adore à tra­vers les paroles même de sa Sainte Écri­ture.

Il est bien évi­dem­ment pos­sible aus­si de chan­ter, en lieu et place d’un Psaume, un can­tique d’adoration, pour­vu que celui-ci soit soi­gneu­se­ment choi­si dans l’hymnologie chré­tienne, pour la pro­fon­deur de ses paroles, et la sobrié­té et la majes­té de sa musique.

Je rap­pelle ici ce que dit Cal­vin dans son intro­duc­tion au Psau­tier de Genève : « Il faut tou­jours veiller à ce que le chant ne soit ni léger, ni volage, mais qu’il ait poids et majes­té (comme dit saint Augus­tin) et ain­si, qu’il y ait grande dif­fé­rence entre la musique qu’on fait pour réjouir les hommes à table et en leur mai­son, et les Psaumes qui se chantent en l’Église, en la pré­sence de Dieu et de ses anges. »

L’adoration est une par­tie essen­tielle du culte ren­du à Dieu. A la ques­tion : « Quelle est la véri­table connais­sance de Dieu ? », Cal­vin répond, dans son Caté­chisme, après avoir affir­mé que le but prin­ci­pal de la vie de l’homme, c’est de connaître Dieu : « Celle qui nous pousse à lui témoi­gner l’honneur qui lui est dû. » (Ques­tion 6) De-même il dit ceci (ques­tions 1 et 2)  : « Si Dieu nous a créés et pla­cés dans ce monde, c’est pour être glo­ri­fié en nous. Cette vie, dont il est le Créa­teur, n’est-il pas juste de la consa­crer à sa gloire ? »

Com­ment ne pas pen­ser ici au Caté­chisme de West­mins­ter qui ne dit pas autre chose, en répon­dant à la ques­tion (la pre­mière)  : « Quel est le but prin­ci­pal de la vie de l’homme ? » Réponse : « C’est de glo­ri­fier Dieu et de trou­ver en lui notre bon­heur éter­nel. »

Glo­ri­fier Dieu, en l’adorant !

L’adoration est, avec l’écoute de la Parole de Dieu, l’un des élé­ments cen­tral du culte, comme de toute la vie de l’Église et du chré­tien.

Loi de Dieu

Il peut s’agir de la lec­ture des Dix paroles de l’Alliance (ou « Dix Com­man­de­ments »), ain­si que du rap­pel du som­maire de la Loi avec le double com­man­de­ments d’amour de Dieu et du pro­chain.

L’objectif ici, c’est de nous rap­pe­ler com­bien Dieu et Saint, et com­bien nous sommes pécheurs.

Le culte réfor­mé reprend la struc­ture du Caté­chisme de Hei­del­berg (voir ques­tions 1 et sui­vantes), qui pose la ques­tion : « Com­bien de choses dois-tu savoir pour vivre et mou­rir dans cette heu­reuse conso­la­tion (ou assu­rance)  ? » Réponse : « Trois. D’abord com­bien son grand mon péché et ma misère ; ensuite com­ment j’en suis déli­vré ; enfin, quelle recon­nais­sance je dois à Dieu pour cette déli­vrance. » Tout est dit ici. C’est un véri­table som­maire de la vie chré­tienne : Péché-Grâce-Recon­nais­sance ; Loi (2e usage, péda­go­gique) ‑Évan­gile (pardon/grâce) ‑Loi (3e usage, didac­tique).

Le culte réfor­mé ren­voie à cha­cun de ces aspects de la vie de la foi, et ce, de manière har­mo­nieuse.

Il s’agit d’abord de se recon­naître pécheur. C’est le com­men­ce­ment de tout.

Ques­tion : « Com­ment connais-tu ta misère ? » Réponse : « Par la Loi de Dieu. »

Voi­là pour­quoi cet élé­ment du culte est essen­tiel. La Loi de Dieu nous révèle et la sain­te­té de Dieu, et notre misère. Il s’agit de l’usage péda­go­gique de la Loi de Dieu (2e usage de la Loi), la Loi comme péda­gogue qui nous conduit au Christ-Sau­veur. La Loi me révèle mon péché, et me conduit à Jésus-Christ, l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. Seuls les malades ont besoin d’un méde­cin. Jésus-Christ est le méde­cin des âmes. Je dois d’abord savoir que je suis malade avant de me faire soi­gner par lui.

Le peuple de Dieu doit plus par­ti­cu­liè­re­ment se sou­ve­nir, que ce que Dieu attend de tout homme, c’est l’amour, et que c’est pré­ci­sé­ment ce dont nous man­quons le plus, et qui nous manque le plus aus­si. L’homme est malade de ne point aimer. Il ne sait plus ce que c’est que d’aimer. L’orgueil et la vani­té ont pris la place de l’amour dans son cœur.

Ques­tion (Caté­chisme de Hei­del­berg)  : « Qu’exige donc de nous la Loi de Dieu ? » Réponse : « Jésus-Christ nous l’apprend dans le som­maire qu’il en donne : Tu aime­ras le Sei­gneur ton Dieu de tout ton être, et ton pro­chain comme toi-même. »

Ques­tion : « Peux-tu par­fai­te­ment obser­ver tout cela ? » Réponse : « Non, car par nature, je suis plu­tôt enclin à haïr Dieu et mon pro­chain. »

Le culte réfor­mé entend ain­si nous pla­cer devant Dieu, dans la recon­nais­sance de notre situa­tion de pécheur-ne-sachant-plus-aimer, afin de mieux rece­voir la grâce qui vient d’en haut, et de lui expri­mer toute notre recon­nais­sance pour un si grand amour.

Les Dix Commandements

Le Déca­logue, dans une église angli­cane.

« Les Écri­tures n’exigent pas expli­ci­te­ment que les ministres lisent les Dix Com­man­de­ments pen­dant les cultes. Cepen­dant, cer­tains prin­cipes ont infor­mé les Églises tout au long de l’histoire afin qu’elles incluent le Déca­logue fré­quem­ment, voire heb­do­ma­daire. Cette pra­tique a pré­va­lu chez les pro­tes­tants jus­qu’au XIXe siècle, lorsque le revi­va­lisme a com­men­cé à dépla­cer les formes litur­giques tra­di­tion­nelles et que le dis­pen­sa­tion­na­lisme a dimi­nué la per­ti­nence du Déca­logue pour les croyants du Nou­veau Tes­ta­ment. »

Michael Spotts, L’u­ti­li­sa­tion du déca­logue dans le culte.

Confession du péché

Il existe de nom­breux textes litur­giques de confes­sion du péché sur ce blog, et il est bon que ceux-ci s’inspirent plus ou moins direc­te­ment de la Bible (le Psaume 51 par exemple, qui est la prière de confes­sion du péché du roi David). La confes­sion du péché de Cal­vin lue par Théo­dore de Bèze au Col­loque de Pois­sy, est par­ti­cu­liè­re­ment remar­quable par sa pro­fon­deur et sa jus­tesse. Je la lie sou­vent, per­son­nel­le­ment.

Je pré­fère pour ma part par­ler du péché, au sin­gu­lier, plu­tôt que des péchés, car ce que l’on confesse à Dieu au moment du culte, c’est prin­ci­pa­le­ment notre manque d’amour. Le péché est tout ce qui est contraire à l’amour, l’amour qui est le cœur de la Loi. Les péchés, au plu­riel, ne sont que la consé­quence du péché. Pécher, c’est man­quer le but, éty­mo­lo­gi­que­ment par­lant. Man­quer d’amour, c’est pas­ser à côté de la vie. C’est vivre dans les ténèbres, et c’est être esclave de soi-même, et de Satan, l’ennemi de Dieu. Pécher, c’est vivre en étant sépa­rer de Dieu, c’est la volon­té d’autonomie : orgueil et incré­du­li­té. Le péché, c’est le contraire de la foi-confiance. « Dieu a‑t-il réel­le­ment dit ? » (Genèse 3)

C’est là tout ce qu’il nous faut confes­ser à Dieu au moment du culte. Avant de rece­voir l’assurance de son par­don.

Déclaration du pardon/actions de grâces

C’est le cœur de l’Évangile, la récon­ci­lia­tion avec Dieu par la foi au Christ-Sau­veur, lui, l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde (Jean 1).

Ima­gi­ner que l’Évangile puisse être autre chose que cela, c’est tout sim­ple­ment pas­ser à côté du mes­sage cen­tral de la Bible. Christ est venu pour nous récon­ci­lier avec Dieu, en pre­nant la place du pécheur, en se sub­sti­tuant à lui (sub­sti­tu­tion pénale), en étant jugé et condam­né à sa place sur la croix. Le mys­tère de la croix, c’est celui du « joyeux échange » pour reprendre les paroles de Mar­tin Luther : Christ nous donne sa jus­tice en échange de notre péché (jus­tice pas­sive, foren­sique). Il meurt comme un cou­pable sur le bois de la croix, à la place du pécheur, et ce fai­sant, il nous rend Dieu pro­pice – la théo­lo­gie chré­tienne parle à cet égard du sacri­fice expia­toire et de la mort sub­sti­tu­tive et pro­pi­tia­toire de Jésus-Christ sur la croix.

Il y a tout cela dans la décla­ra­tion du par­don et l’annonce de la grâce. Le mes­sage de la rédemp­tion en Jésus-Christ, mort et res­sus­ci­té pour nous, doit être rap­pe­lé tous les dimanches sans excep­tion. Bien sûr ! Sans cela, plus rien n’a de sens.

« Chaque semaine, je prêche la jus­ti­fi­ca­tion par la foi à mon peuple, parce que chaque semaine, ils l’oublient. »

Mar­tin Luther

Le motif biblique fon­da­men­tal est : Créa­tion – Chute – Rédemp­tion. Ces trois élé­ments clefs, et notam­ment la rédemp­tion, doivent être rap­pe­lés au moment du culte, afin de se remé­mo­rer ce que cela signi­fie que de vivre devant Dieu (Coram Deo, comme le disait si bien Luther). Afin de pen­ser juste, et de mener une vie sainte, dans lumière du Christ-Sei­gneur-et-Sau­veur.

Cela peut être dit sim­ple­ment, avec la lec­ture, par exemple, du ver­set qui, dit-on, résume toute la Bible, Jean 3.16 : « Car Dieu a tant aimé le monde…  ». Il y a mille autre textes, tant dans la Bible hébraïque que dans la Tra­di­tion des Apôtres, qui nous rap­pellent com­bien l’amour de Dieu envers les hommes, ses créa­tures, est grand.

Dans la tra­di­tion réfor­mée, il est d’usage, avec le rap­pel de la grâce de Dieu mani­fes­té en Jésus-Christ, et l’annonce du par­don, de pro­non­cer les paroles d’absolution du péché, au nom de la Sainte Tri­ni­té, Père, Fils et Saint Esprit, comme c’est le cas par exemple dans la Litur­gie Verte (ser­vice abré­gé), je cite : « Fon­dé sur cette pro­messe, en tant que ser­vi­teur de Jésus-Christ, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, à ceux qui se repentent et qui croient, j’annonce ici le par­don de Dieu et j’atteste l’absolution de leurs péchés. »

Le pou­voir des clefs que l’Église de Rome réserve aux prêtres, qu’ils exercent en par­ti­cu­lier lors du sacre­ment de la Confes­sion, s’exerce, en théo­lo­gie réfor­mée, par les pas­teurs, lors du culte domi­ni­cal, et ce, de manière géné­rale (plu­tôt que par­ti­cu­lière). Il faut noter, cela étant dit, que cette abso­lu­tion ne trouve de véri­table effi­ca­ci­té que chez ceux qui « se repentent et qui croient ». Ce n’est qu’avec la foi du réci­pien­daire, et à tra­vers elle, que le sacre­ment trouve toute sa plé­ni­tude de sens et d’efficacité. Il n’agit pas tout seul (ex opere ope­ra­to, comme le pré­tend Rome). Théo­lo­gi­que­ment, ceci est d’une grande impor­tance.

« Ceux à qui vous par­don­ne­rez les péchés, ils leur seront par­don­nés, et ceux à qui vous les retien­drez, ils leur seront rete­nus. »

Jean 20.23 (NVS78P)

Confession de foi

L’expression de notre recon­nais­sance envers Dieu passe par la confes­sion de la foi de l’Église. J’insiste sur le carac­tère objec­tif de la foi que les fidèles doivent confes­ser au moment du culte. Il ne s’agit pas de confes­ser sa foi per­son­nelle, mais bien la foi une et indi­vi­sible de l’Église. Il y a la foi et la Foi. La foi par laquelle on croit, et puis la Foi qui doit être crue et confes­ser par tous (dis­tinc­tion entre fides qua et fides quae cre­di­tur).

La théo­lo­gie réfor­mée se dis­tingue ici du pro­tes­tan­tisme libé­ral qui refuse les affir­ma­tions doc­tri­nales et oppose une pré­ten­due reli­gion de l’esprit à la reli­gion de l’autorité. Chez les Réfor­ma­teurs, cette oppo­si­tion n’existe pas. L’Esprit Saint parle dans la Sainte Écri­ture, dont le conte­nu de sens et la droite inter­pré­ta­tion sont expri­més de la meilleure façon pos­sible dans les confes­sions de foi chré­tiennes : le Cre­do, le sym­bole de Nicée, les confes­sions de la Réforme. Il est essen­tiel de com­prendre cela.

La beau­té du culte réfor­mé repose, en grande par­tie, sur la pos­si­bi­li­té, pour l’Église du Christ, de dire sa Foi de façon una­nime, magis­té­rielle. En dehors de cette Foi-là, il y a l’erreur, ou l’hérésie. Dire ce en quoi je crois, c’est aus­si dire ce en quoi je ne crois pas, ce en quoi nous ne croyons pas, ce que l’Église consi­dère comme erro­né.

La confes­sion de foi affirme la véri­té de la Parole de Dieu, à tra­vers les grands faits chré­tiens (Cre­do), l’affirmation de la pleine divi­ni­té de Jésus-Christ, la Sainte Tri­ni­té, le salut par la foi seule, la véri­té du monde à venir quand le Christ revien­dra dans sa gloire (parou­sie), la com­mu­nion des saints, etc. Les Caté­chismes de la Réforme com­portent tous un cha­pitre qui com­mente tous les points du Cre­do (ou Sym­bole des Apôtres). C’est dire le carac­tère essen­tiel et fon­da­men­tal de ce der­nier.

La confes­sion de foi devrait com­por­ter au mini­mum le Cre­do, et à défaut, des textes s’y rap­por­tant, ou se rap­por­tant à tels ou tels articles de celui-ci.

Le texte le plus com­plet et le plus œcu­mé­nique est le sym­bole de Nicée-Constan­ti­nople. Il convient de le lire au moins de temps en temps, et notam­ment, lors des cultes de Fêtes.

A l’occasion du culte de la Réfor­ma­tion, il existe une très belle confes­sion de foi de Mar­tin Luther.

Prière d’illumination

Il fau­drait ici faire tout un déve­lop­pe­ment sur le rôle du Saint Esprit dans la vie de l’Église et du chré­tien. Qu’il me suf­fise, pour l’heure, de dire que sans son effi­ca­ci­té, sans sa puis­sance, sans sa lumière, il est impos­sible à l’homme irré­gé­né­ré et pécheur de com­prendre quoi que ce soit de la Parole de Dieu, ou du moins de la com­prendre de la bonne manière.

Alors il faut deman­der à Dieu cette lumière. Ni plus, ni moins. C’est la fina­li­té de cette prière d’illumination, qui n’est rien moins que néces­saire, en bonne théo­lo­gie réfor­mée.

Liturgie de la Parole

Je crois beau­coup à la sym­bo­lique et à la beau­té de la chaire pas­to­rale. Cer­taines d’ailleurs sont fort belles. L’autorité de la Parole de Dieu est sou­li­gnée quand, au moment de la pré­di­ca­tion, le pas­teur monte en chaire. Il monte… Comme pour rejoindre le ciel. Il est entre ciel et terre. Il n’est plus vrai­ment de ce monde-ci quand il prêche. Il est comme Moïse au Mont Sinaï. C’est comme si c’était le Christ lui-même qui s’adressait à l’Église depuis son ciel de gloire, « assis à la droite du Père » depuis son Ascen­sion.

Le pas­teur s’adresse à l’assemblée revê­tu d’une auto­ri­té céleste. Il dit « vous » plu­tôt que « nous » quand il applique le texte de sa pré­di­ca­tion aux gens qui écoutent, comme autre­fois les pro­phètes s’adressaient au peuple d’Israël. Non pas pour signi­fier qu’il est au-des­sus des autres et sans péché. Mais parce qu’à ce moment pré­cis, il parle de la part de Dieu, il repré­sente le Christ qui s’adresse à son épouse, l’Église. Voi­là pour­quoi la sym­bo­lique de la chaire liée à celle de la robe pas­to­rale est si forte et si belle. Cela par­ti­cipe gran­de­ment à la beau­té du culte réfor­mé.

Chaire de Cal­vin à Genève

Je recom­mande per­son­nel­le­ment de prê­cher sur les textes du jour, qui sont com­muns avec l’Église romaine catho­lique. En par­ti­cu­lier pour les dimanches de Fête. Et de temps en temps, sur des livres entiers (pré­di­ca­tion séquen­tielle), ou sur une uni­té de textes comme le Ser­mon sur la Mon­tagne (Mat­thieu 5 à 7), une Épitre, etc. Je crois à la valeur de la pré­di­ca­tion expo­si­tion.

Il ne faut jamais perdre de vue que la pré­di­ca­tion, c’est l’application d’un texte aux gens qui écoutent, et que chaque concept déve­lop­pé (expli­ca­tion) devrait être accom­pa­gné d’une illus­tra­tion et d’une appli­ca­tion.

Voir à ce sujet : Page pré­di­ca­tion (méthodes homi­lé­tiques, etc.)

Trois lec­tures : une dans la Bible juive, une dans l’un des quatre évan­giles, et une dans le reste de la Tra­di­tion des Apôtres (Nou­veau Tes­ta­ment).

Une for­mule à la fin des lec­tures de la Bible du genre : « Jusqu’ici la Parole de Dieu », est de rigueur, ain­si qu’une courte prière comme : « Ta Parole est la véri­té, sanc­ti­fie-nous par la véri­té. »

Sainte Cène

L’Eucharistie est le centre de la Messe. C’est enten­du : le centre du culte réfor­mé, c’est la pré­di­ca­tion. C’est une évi­dence. Pour autant, Cal­vin était, ini­tia­le­ment, favo­rable à ce que la Sainte Cène soit célé­brée tous les dimanches. Il nous faut gar­der cela à l’esprit. Je n’en ferais pas une loi. Dans de nom­breuses Églises réfor­mées dans le monde, elle a lieu une fois par mois, et à l’occasion des dimanches de Fête. Il y aurait sans doute une réflexion à avoir ici, plus appro­fon­die. Une cer­taine liber­té semble de rigueur. Mais jusqu’à un cer­tain point tout de même.

Dois-je rap­pe­ler que pour Cal­vin, le Christ est réel­le­ment pré­sent au moment de la célé­bra­tion de l’Eucharistie ? Pré­sence, certes, spi­ri­tuelle, et non pas char­nelle. Mais réelle, vrai­ment. Une pré­sence toute par­ti­cu­lière du Christ par son Esprit, à ce moment-là. Alors pour­quoi s’en pri­ver ?

Prière d’intercession

Le culte réfor­mé est à la fois cen­tré sur Dieu et sur le pro­chain. Sur Dieu d’abord ! Soli Deo Glo­ria. Le pre­mier com­man­de­ment est : « Tu aime­ras le Sei­gneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pen­sée ». C’est vrai. Il faut res­pec­ter cet ordre de prio­ri­té. Mais le second, qui lui est sem­blable, est : « Tu aime­ras ton pro­chain comme toi-même ».

La prière d’intercession entend reflé­ter cette réa­li­té-là.

La prière d’intercession fait par­tie de la voca­tion de l’Église, comme l’attestent de nom­breux textes bibliques. C’est un devoir de cha­ri­té. Prier pour le monde, pour les frères, pour ceux qui nous gou­vernent, pour les malades, ceux qui souffrent. Nous ne sommes pas encore au ciel ! Notre devoir c’est d’être pré­sents pour le monde, dans notre monde, car le Christ n’a pas prié pour nous ôter du monde, mais pour que nous soyons pro­té­gés du Malin (Jean 17).

« Priez comme si tout dépend de Dieu, alors quand vous avez fini, allez tra­vailler comme si tout dépend de vous. »

Luther

Il faut être Marthe et Marie en même temps : s’en remettre à Dieu et s’attendre à lui, et agir, confor­mé­ment aux direc­tives de sa Parole, enten­dues au moment de la pré­di­ca­tion, comme au moment de l’annonce de la Loi de Dieu.

Il y a donc une logique ici : de la salu­ta­tion à l’intercession, en pas­sant par tous les autres élé­ments du culte.

C’est là ce qui carac­té­rise un culte allian­ciel, selon la struc­ture de l’Alliance entre Dieu et les hommes. Et la théo­lo­gie réfor­mée est une théo­lo­gie de l’Alliance. Ne l’oublions jamais !

Offrande

Cet élé­ment est trop sou­vent négli­gé dans nos Églises en France. En Afrique, c’est un moment très impor­tant, parce qu’il donne l’occasion à tous les fidèles d’exprimer leur recon­nais­sance envers Dieu, comme aus­si leur joie, à tra­vers les offrandes.

Dans l’histoire du peuple de l’Alliance, cet élé­ment du culte ren­du à Dieu a tou­jours occu­pé une place impor­tante. Il y a matière à réflexion ici.

De nom­breux textes bibliques peuvent ser­vir à illus­trer le geste de l’offrande.

Exhortation/Bénédiction

Le culte réfor­mé se ter­mine par ces deux élé­ments dis­tincts et com­plé­men­taires, essen­tiels. L’harmonie de l’ensemble serait for­te­ment alté­rée sans ces der­niers.

L’exhortation, car l’homme pécheur et gra­cié que je suis, a tou­jours besoin d’être sti­mu­lé et encou­ra­gé à faire ce que Dieu demande. Rap­pe­lez-vous les mots de Luther : sem­per jus­tus, sem­per pec­ca­tor, sem­per peni­tens : tou­jours jus­ti­fié, tou­jours pécheur, tou­jours repen­tant, et ce, simul­ta­né­ment.

J’ai beau essayé de noyer ma vielle nature, mon viel homme sait nager, avait décou­vert Luther !

Alors oui, nous avons tou­jours besoin d’être exhor­tés, et qu’on nous rap­pelle les exi­gences de la loi de Dieu, et pour­quoi c’est impor­tant de la mettre en pra­tique.

Il y a l’Évangile, certes. Mais il y a aus­si la Loi, les deux, insé­pa­ra­ble­ment unis, comme l’avers et le revers d’une médaille.

L’Alliance avec Dieu com­porte des com­man­de­ments et des pro­messes. Il y a ce que Dieu a fait pour moi (l’Évangile), et puis il y a ce que Dieu attend de moi (la Loi).

La chré­tien marche avec ces deux jambes que sont l’Évangile et la Loi. Et c’est parce que le salut est gra­tuit qu’il peut avan­cer un pas après l’autre, dans une dyna­mique qui est celle de l’amour.

Luther disait : « Pèche cou­ra­geu­se­ment, mais crois en Christ encore plus cou­ra­geu­se­ment ! »

Voi­là encore une parole de Luther, qui m’aide à com­prendre que sans la lumière du Saint Esprit et sans l’aide des moyens de grâce, je suis bien peu de chose, en réa­li­té, et qu’il me faut sai­sir toutes les pro­messes du Christ pour m’aider à mar­cher d’une manière digne de Dieu.

Car ccomme le dit si bien le Caté­chisme de Hei­del­berg : « Même le plus saint des chré­tiens n’a jamais ici-bas qu’un petit com­men­ce­ment d’obéissance. »

Que pou­vons-nous donc faire de mieux sinon de nous attendre à la béné­dic­tion de Dieu, afin qu’il accom­plisse lui-même en nous ce qu’il attend de nous ?

Voi­là bien le sens de la béné­dic­tion finale, ces quelques paroles qui clô­ture le culte, comme un ultime rap­pel de la grâce immé­ri­tée de Dieu.

Sans la béné­dic­tion de Dieu, je ne peux rien, je ne suis rien.

Il est d’usage, au moment de la béné­dic­tion, de s’incliner pro­fon­dé­ment, afin de se mettre dans la dis­po­si­tion d’esprit de la rece­voir, hum­ble­ment : la bonne pos­ture du corps, qui reflète celle de l’esprit du fidèle à ce moment-là.

Pas­teur Vincent Bru

Un exemple de culte réformé en entier :

  • Quatrième dimanche du Carême – Année A : De l’aveuglement à la lumière du Christ (Jean 9.1–41)

    Quatrième dimanche du Carême – Année A : De l’aveuglement à la lumière du Christ (Jean 9.1–41)

    Le deuxième dimanche du Carême pour­suit le che­min spi­ri­tuel ouvert par l’Église au début de ce temps litur­gique. Le Carême n’est pas seule­ment une période d’effort moral ou de péni­tence exté­rieure. Dans la tra­di­tion chré­tienne ancienne, il est avant tout un temps de lumière : lumière qui dévoile notre péché, mais sur­tout lumière qui révèle le…


  • 3e dimanche du Carême – Année A : L’eau vive au désert (Jean 4.5–42)

    3e dimanche du Carême  – Année A : L’eau vive au désert (Jean 4.5–42)

    Nous sommes entrés dans le temps du Carême. L’Église marche vers la Croix. Le vio­let rap­pelle la gra­vi­té de l’heure, l’appel à la repen­tance, l’examen de soi, mais aus­si l’espérance qui tra­verse l’épreuve. Ce troi­sième dimanche nous place devant une ques­tion simple et déci­sive : où cher­cher la vie lorsque tout semble sec ? Les textes de…


  • La Sainte Cène en théologie réformée

    La Sainte Cène en théologie réformée

    La Sainte Cène est l’un des deux sacre­ments ins­ti­tués par le Sei­gneur Jésus-Christ pour son Église. Elle n’est ni un simple sym­bole péda­go­gique, ni un rite mys­tique opé­rant méca­ni­que­ment la grâce. Elle est un signe visible de la grâce invi­sible, un sceau de l’alliance de grâce, un moyen ordi­naire par lequel Dieu for­ti­fie la foi…


  1. Notons cepen­dant que le Saint-Esprit est repré­sen­té, de manière sym­bo­lique, par une colombe, au moment du bap­tême de Jésus par Jean-Bap­tiste (Marc 1.10–11). Ailleurs, dans le livre des Actes, ils est ques­tion de langues de feu, posées sur la têtes des dis­ciples dans la chambre haute, le jour de la Pen­te­côte. Cette sym­bo­lique-là est biblique, et rien n’empêche de l’u­ti­li­ser dans l’art reli­gieux, comme on le voit par exemple avec la croix Hugue­note, qui com­porte, sus­pen­due à la croix de Malte bou­ton­née (avec ses huits pointes qui ren­voient aux huit béa­ti­tudes), en pen­den­tif, une colombe, sen­sée repré­sen­ter le Saint-Esprit. ↩︎
  2. Ceci explique pour­quoi Dieu est sou­vent repré­sen­té sous les traits d’un homme mûr, avec une longue barbe qui repré­sente l’au­to­ri­té. A cause des repré­sen­ta­tions anthro­po­mor­phiques de Dieu que l’on retrouve tout au long du texte sacré. C’est ain­si que la Bible parle du bras de Dieu, qui n’est jamais trop court pour sau­ver, de la pru­nelle de ses yeux, des paroles de sa bouche, de sa pater­ni­té et par­fois même, de sa mater­ni­té. Ceci n’est pas éton­nant puisque l’homme est dit avoir été créé à l’i­mage de Dieu. Le lan­gage ima­gé de la Bible pour par­ler de Dieu fait par­tie de l’ac­com­mo­da­tio Dei, Dieu s’ac­com­mode, s’a­dapte à notre com­pré­hen­sion. En chris­to­lo­gie, le Christ est sou­vent com­pa­ré à un agneau, il est aus­si le bon ber­ger qui donne sa vie pour ses bre­bis, il est le roi du royaume, l’é­poux céleste de l’É­glise épouse, etc. Il n’est donc pas exclu de le repré­sen­ter sous ses traits d’an­nales œuvres d’art, pour lui rendre hom­mage. ↩︎
  3. La robe pas­to­rale, ou robe de Genève, est le vête­ment tra­di­tion­nel des pas­teurs luthé­ro-réfor­més. Sa sobrié­té contraste for­te­ment avec les habits catho­liques riche­ment déco­rés. Elle est noire et com­porte de petites lan­guettes blanches, sym­bo­li­sant l’Ancien et le Nou­veau Tes­ta­ment.
    Cette tenue n’est pas un simple cos­tume : elle signi­fie que le pas­teur a fait des études théo­lo­giques, en exé­gèse, en grec et en hébreu. Comme l’explique Antoine Nouis, direc­teur de l’hebdomadaire pro­tes­tant Réforme :
    « La per­sonne qui prêche a étu­dié la Bible, le grec, l’hébreu, fait des exé­gèses. »
    La robe sou­ligne l’importance de la pré­di­ca­tion de l’Évangile plu­tôt que le rôle per­son­nel du ministre, mar­quant une dif­fé­rence fon­da­men­tale avec le catho­li­cisme :
    « Dans la Réforme, ce qui fait l’É­glise, ce n’est pas la pré­sence du prêtre, mais la pré­di­ca­tion de l’É­van­gile. »
    Elle est aus­si conçue pour atti­rer l’attention sur le mes­sage et non sur l’apparence du pas­teur. La sobrié­té évite toute dis­trac­tion liée aux vête­ments, aux déco­ra­tions ou au sta­tut hié­rar­chique.
    Il existe cepen­dant des varia­tions :
    Cer­tains pas­teurs luthé­ro-réfor­més portent le blanc, sym­bole de lumière, de résur­rec­tion et de gloire divine, et par­fois pour sa dimen­sion œcu­mé­nique.
    Dans les Églises angli­canes et luthé­riennes du Sud glo­bal, les vête­ments peuvent être plus colo­rés et reflé­ter les temps litur­giques.
    Dans le mou­ve­ment évan­gé­lique, en revanche, la tenue civile est de rigueur.
    Enfin, le paral­lèle avec les avo­cats est his­to­rique et sym­bo­lique : la robe pas­to­rale, comme la robe d’avocat, dérive des vête­ments aca­dé­miques des doc­teurs, rap­pe­lant le savoir et l’autorité intel­lec­tuelle plu­tôt qu’un pou­voir hié­rar­chique. ↩︎

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