Anonyme XVIIe siècle, Concert des anges, huile sur toile 33 x 48,5cm

La musique dans le culte

La musique n’est jamais neutre. Dans le culte, elle façonne la prière, oriente la pié­té et révèle une cer­taine com­pré­hen­sion de Dieu et de l’homme. Entre exal­ta­tion émo­tion­nelle et inté­rio­ri­té spi­ri­tuelle, entre adap­ta­tion cultu­relle et fidé­li­té à la tra­di­tion, le dis­cer­ne­ment s’impose. À la lumière de l’Écriture, des Pères de l’Église et de la Réforme, cet article inter­roge le rôle de la musique dans le culte et rap­pelle un prin­cipe déci­sif : toute chose doit être ordon­née à la seule gloire de Dieu.


Je vais être volon­tai­re­ment direct. La ques­tion n’est pas sim­ple­ment prag­ma­tique, elle est théo­lo­gique : l’Église doit-elle recou­rir aux moyens du monde pour séduire le monde ? Autre­ment dit, faut-il pen­ser que la grâce de Dieu serait plus effi­cace lorsqu’elle emprunte des formes, des codes et des esthé­tiques qui relèvent davan­tage du pro­fane que du sacré ?

Der­rière cette inter­ro­ga­tion se pro­file une concep­tion impli­cite de la grâce : agit-elle par adap­ta­tion mimé­tique à la culture domi­nante, ou par une parole qui, tout en s’adressant au monde, lui demeure irré­duc­ti­ble­ment autre ? Le Nou­veau Tes­ta­ment ne laisse pour­tant guère de doute : « Ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes » (1 Corin­thiens 1.25). La fécon­di­té de l’Évangile ne repose pas sur sa capa­ci­té à diver­tir, mais sur sa puis­sance propre, que Dieu a vou­lu mani­fes­ter sous la forme scan­da­leuse de la croix.

Cette ques­tion se pose de manière par­ti­cu­liè­re­ment aiguë lorsqu’on aborde le choix des can­tiques et de la musique dans le culte. Jean Cal­vin l’avait par­fai­te­ment com­pris. Dans la pré­face du Psau­tier de Genève, il écri­vait :

« Il faut tou­jours veiller à ce que le chant ne soit ni léger, ni volage, mais qu’il ait poids et majes­té (comme dit saint Augus­tin) et ain­si qu’il y ait grande dif­fé­rence entre la musique qu’on fait pour réjouir les hommes à table et en leurs mai­sons, et les psaumes qui se chantent en l’Église, en la pré­sence de Dieu et de ses anges. »

Jean Cal­vin, Pré­face au Psau­tier, 1543.

Cal­vin ne défend pas ici une pré­fé­rence esthé­tique arbi­traire, mais une théo­lo­gie du culte : la forme doit être ajus­tée à l’objet. Le culte n’est pas un espace neutre d’expression émo­tion­nelle, mais le lieu où Dieu convoque son peuple devant sa face. Déjà, Augus­tin met­tait en garde contre une musique qui flat­te­rait davan­tage les sens que l’âme :

« Lorsque le chant me touche plus que ce qu’il exprime, je confesse pécher par un plai­sir cou­pable. »

Augus­tin, Confes­sions, X, 33.

Ain­si com­pris, le culte ne sau­rait être pen­sé comme un simple outil d’attractivité. Or, on entend sou­vent aujourd’hui l’argument sui­vant : les seules Églises qui croissent seraient les Églises évan­gé­liques ou cha­ris­ma­tiques, carac­té­ri­sées par des cultes for­te­ment émo­tion­nels ; conclu­sion : l’Église doit s’adapter aux attentes cultu­relles contem­po­raines ou dis­pa­raître.

Le rai­son­ne­ment est sédui­sant, mais il est fra­gile. Il confond crois­sance numé­rique et fidé­li­té ecclé­siale, effi­ca­ci­té appa­rente et fécon­di­té spi­ri­tuelle. Déjà, Mar­tin Luther rap­pe­lait que la musique, si pré­cieuse soit-elle, devait res­ter ser­vante de la Parole :
« La musique est un don excellent de Dieu, mais elle doit être au ser­vice du texte, et non l’inverse. »
(Mar­tin Luther, Pré­face au recueil de can­tiques de Wit­ten­berg, 1524)

Des théo­lo­giens réfor­més contem­po­rains ont repris ce dis­cer­ne­ment. Hughes Oli­phant Old sou­ligne ain­si :

« Lorsque le culte devient un spec­tacle, il cesse d’être l’acte public par lequel Dieu sert son peuple par la Parole et les sacre­ments. »

H. O. Old, Wor­ship That Is Refor­med Accor­ding to Scrip­ture, West­mins­ter John Knox Press, 2002, p. 18.

Autre­ment dit, l’alternative n’est pas entre tra­di­tion figée et moder­ni­té vivante, mais entre un culte cen­tré sur Dieu et un culte cen­tré sur l’expérience humaine. La ques­tion est donc plus pro­fonde qu’il n’y paraît : non pas « com­ment atti­rer ? », mais « qui sert qui, dans le culte ? ». Et c’est pré­ci­sé­ment cette ques­tion qui inter­dit les réponses rapides et les slo­gans du type : « s’adapter ou mou­rir ».

Comme dirait Cyra­no : c’est en effet « un peu court ».

Les Églises traditionnelles

Concrè­te­ment, il existe dans le monde des Églises qui célèbrent le culte de manière tra­di­tion­nelle, et qui sont en pleine crois­sance, comme en Amé­rique Latine, en Corée du Sud, aux États-Unis, en Angle­terre, aux Pays-Bas, et c’est, bien évi­dem­ment, aus­si le cas dans notre pays, la France.

Qui plus est, dans le catho­li­cisme, les Églises qui connaissent aujourd’hui le plus fort taux de crois­sance sont les Églises tra­di­tion­na­listes.

J’ai vécu quelques années en Afrique, et c’est la même réa­li­té. La crois­sance n’est pas l’apanage des com­mu­nau­tés nou­velles. La nou­veau­té attire. Mais sur le long terme, qu’en est-il ?

La super­fi­cia­li­té de cer­tains cultes signe à plus ou moins longues échéances leur arrêt de mort. Cela s’est déjà vu. Il faut pou­voir tenir dans la durée. Sans fon­de­ments solides, l’é­di­fice chan­celle. La mai­son construite sur le sable s’ef­fondre quand vient la tem­pête !

La véri­té c’est que la crois­sance de l’Église ne doit pas être confon­due, comme cer­tains le pré­tendent, avec une forme unique de culte.

Il y a aujourd’hui une ten­dance très forte à cher­cher à plaire à tout prix, pour atti­rer du monde. De nom­breux can­tiques évan­gé­liques ou autres donnent par­fois l’impression de flat­ter, de manière exces­sive, les émo­tions des fidèles, plu­tôt que de s’adresser à d’autres dimen­sions, disons plus pro­fondes, moins super­fi­cielles, moins à la sur­face des choses, de l’être humain, des dimen­sions plus proches du sacré, du divin.

Il ne s’a­git pas, pour autant, de sous-esti­mer ni de déni­grer les émo­tions, mais plu­tôt de les mettre à leur juste place. Les émo­tions sont sujettes au chan­ge­ment. Il y a quelque chose de l’ordre de l’in­cons­tance en elles. Elles sont sub­jec­tives et indi­vi­dua­listes. Là où la pié­té biblique est d’a­bord com­mu­nau­taire, sur­tout dans son expres­sion litur­gique, au moment du culte domi­ni­cal.

Qui plus est, les paroles de ces can­tiques-chan­son­nettes sont sou­vent d’une pau­vre­té décon­cer­tante, et dénotent une pié­té très indi­vi­dua­liste, et sub­jec­tive, quand ce n’est pas une mau­vaise théo­lo­gie. Nous en connais­sons tous.

« Je pense vrai­ment que tu es ce que tu chantes. Une théo­lo­gie super­fi­cielle pro­dui­ra une musique super­fi­cielle, et une musique super­fi­cielle pro­dui­ra une théo­lo­gie super­fi­cielle. C’est quelque chose de cyclique. Ce que nous sommes mis au défi de faire de nos jours, c’est de réin­sé­rer l’élé­ment théo­lo­gique à la fois dans nos vies et dans notre  musique. »

Daniel Block, For the Glo­ry of God, Reco­ve­ring a Bibli­cal Theo­lo­gy of Wor­ship.

Vivre avec son temps ?

Il va de soi que l’Église n’est pas appe­lée à vivre hors du temps. Les chré­tiens de toutes les époques ont su par­ler la langue de leur siècle, user des formes cultu­relles dis­po­nibles, et ins­crire leur témoi­gnage dans un contexte don­né. Mais il faut immé­dia­te­ment ajou­ter ceci : s’adapter n’est pas en soi une ver­tu. Tout dépend de ce à quoi l’on s’adapte, et sur­tout pour quelles rai­sons. L’histoire de l’Église montre que l’adaptation peut être mis­sion­naire, mais qu’elle peut aus­si deve­nir une forme de renon­ce­ment dégui­sé.

La dis­tinc­tion clas­sique entre le fond et la forme est ici déci­sive. Les deux comptent. Mais lorsque la forme finit par alté­rer le fond, l’adaptation cesse d’être fidèle. Il arrive même que, sous cou­vert de moder­ni­sa­tion, l’Église se tra­hisse elle-même. Vincent de Lérins for­mu­lait déjà ce prin­cipe de dis­cer­ne­ment au Ve siècle :

« Il faut que la reli­gion du Christ suive la loi du pro­grès, non celle du chan­ge­ment. Qu’elle se déve­loppe avec les années, qu’elle s’affermisse avec le temps, mais qu’elle demeure incor­rup­tible. »

Vin­cens de Lérins, Com­mo­ni­to­rium, XXIII.

Autre­ment dit, il existe une dif­fé­rence fon­da­men­tale entre déve­lop­pe­ment orga­nique et rup­ture. La confor­mi­té mimé­tique aux modes cultu­relles, aux expres­sions domi­nantes de la moder­ni­té, aux sen­si­bi­li­tés du moment, n’a de sens que si elle demeure subor­don­née à la Tra­di­tion reçue. Lorsqu’elle s’en détache, elle cesse d’être adap­ta­tion pour deve­nir autre chose : une recon­fi­gu­ra­tion de la foi selon des cri­tères étran­gers à l’Évangile.

Cette ques­tion se pose avec une acui­té par­ti­cu­lière dans le domaine de l’hymnologie et de la musique litur­gique. Chaque Église a reçu un héri­tage spé­ci­fique, for­gé par des géné­ra­tions de foi, de prière et de dis­cer­ne­ment. Cer­taines tra­di­tions hym­no­lo­giques ont fait leurs preuves sur des siècles, tant par leur den­si­té théo­lo­gique que par leur qua­li­té lit­té­raire et musi­cale. Le Psau­tier de Genève en est un exemple émi­nent : les cent cin­quante psaumes mis en vers par Clé­ment Marot et Théo­dore de Bèze, sous l’impulsion et la vigi­lance de Jean Cal­vin, consti­tuent un tré­sor ecclé­sial d’une richesse excep­tion­nelle.

Cal­vin ne voyait pas le psau­tier comme un simple héri­tage du pas­sé, mais comme une école per­ma­nente de pié­té :

« Les psaumes sont comme une ana­to­mie de toutes les par­ties de l’âme. »

Jean Cal­vin, Pré­face au Psau­tier, 1543.

Pour­quoi donc fau­drait-il s’en pri­ver aujourd’hui sous pré­texte qu’ils seraient anciens ? L’ancienneté est-elle un défaut lorsqu’elle est le signe d’une fécon­di­té durable ? La musique de Bach ou de Hän­del a‑t-elle vieilli, ou bien a‑t-elle tra­ver­sé le temps pré­ci­sé­ment parce qu’elle por­tait une pro­fon­deur qui dépasse les modes ?

Il en va de même pour nombre de can­tiques héri­tés de la Réforme et du pro­tes­tan­tisme clas­sique. Leur théo­lo­gie, leur poé­sie, leur struc­ture musi­cale ont for­mé des géné­ra­tions entières. Les délais­ser qua­si sys­té­ma­ti­que­ment au nom d’un impé­ra­tif de moder­ni­té revient à se pri­ver volon­tai­re­ment de res­sources spi­ri­tuelles irrem­pla­çables. C’est une perte, non un pro­grès.

Cela étant dit, l’hymnologie chré­tienne ne doit jamais être figée. L’Église a tou­jours com­po­sé, et doit conti­nuer à le faire. Luther lui-même encou­ra­geait la créa­tion de nou­veaux can­tiques, à condi­tion qu’ils soient soli­de­ment enra­ci­nés dans la Parole :

« La musique est faite pour don­ner vie au texte, non pour l’éclipser. »

Mar­tin Luther, Pré­face aux can­tiques de Wit­ten­berg, 1524.

La ques­tion n’est donc pas celle de la nou­veau­té en soi, mais de la qua­li­té et de la por­tée. Que l’on com­pose, soit. Mais que l’on pro­pose des chants capables de tra­ver­ser le temps, de nour­rir l’intelligence de la foi, d’élever l’âme vers Dieu, et non de simples pro­duc­tions éphé­mères, émo­tion­nel­le­ment tapa­geuses mais théo­lo­gi­que­ment creuses. Augus­tin avait déjà per­çu ce dan­ger :

« Je crains que l’agrément de la mélo­die ne séduise l’âme plus que la véri­té qu’elle porte. »

Augus­tin, Confes­sions, X, 33.

Des théo­lo­giens réfor­més contem­po­rains ont repris ce diag­nos­tic. David F. Wright sou­li­gnait que la litur­gie est l’un des lieux majeurs où l’Église se forme doc­tri­na­le­ment, par­fois plus encore que par l’enseignement for­mel. Et Hughes Oli­phant Old rap­pe­lait avec force que le culte n’est pas un labo­ra­toire d’expériences, mais un acte reçu, trans­mis et exer­cé dans la conti­nui­té.

En défi­ni­tive, le véri­table cri­tère n’est ni l’ancien ni le moderne, mais le poids spi­ri­tuel. Ce qui élève, ce qui forme, ce qui résiste au temps, mérite d’être conser­vé et trans­mis. Ce qui flatte sans nour­rir, excite sans édi­fier, finit inévi­ta­ble­ment par las­ser et appau­vrir. L’Église n’a pas pour voca­tion de cou­rir après l’air du temps, mais de por­ter une parole qui, pré­ci­sé­ment parce qu’elle est enra­ci­née, demeure vivante à tra­vers les siècles.

Quels types de musique pour quelle piété ?

Il faut ici nom­mer les choses avec pré­ci­sion. Cer­taines formes musi­cales sol­li­citent prio­ri­tai­re­ment l’émotionnel et le cor­po­rel : par le jeu des har­mo­niques, par la pul­sa­tion ryth­mique, par la nature même des ins­tru­ments employés. Elles agissent puis­sam­ment sur les affects et sur le corps, dimen­sions réelles de la per­sonne humaine, mais aus­si par­mi les plus immé­diates et les plus expo­sées à la mani­pu­la­tion. Or le culte, en tant que lieu par excel­lence du sacré, n’a pas pour voca­tion pre­mière d’exciter ce que le monde sti­mule déjà en per­ma­nence, mais de conduire le croyant vers une dimen­sion plus inté­rieure, plus silen­cieuse, plus pro­fonde : celle de l’âme devant Dieu.

Lorsque la musique donne l’illusion d’une spi­ri­tua­li­té fon­dée essen­tiel­le­ment sur l’exaltation, elle risque de main­te­nir la per­sonne à un niveau super­fi­ciel. Cette forme de reli­gio­si­té affec­tive entre sou­vent en ten­sion avec la déli­ca­tesse, l’intériorité et la pro­fon­deur propres à l’hymnologie clas­sique et tra­di­tion­nelle, qui cherche moins à pro­vo­quer qu’à for­mer, moins à exci­ter qu’à conver­tir.

Les Pères de l’Église avaient déjà iden­ti­fié ce dan­ger. Augus­tin confesse sans détour son ambi­va­lence face à la musique sacrée :

« Lorsque le chant me touche plus que ce qu’il exprime, je confesse pécher par un plai­sir cou­pable. »

Augus­tin, Confes­sions, X, 33.

Ce n’est pas la musique en elle-même qui est mise en cause, mais sa capa­ci­té à court-cir­cui­ter l’intelligence et la véri­té Au pro­fit d’un plai­sir spi­ri­tuel­le­ment trom­peur.

À l’inverse, la musique sacrée, lorsqu’elle est ordon­née, pos­sède une ver­tu unique : elle unit le croyant à Dieu d’une manière véri­ta­ble­ment spi­ri­tuelle, pro­fonde et durable. Elle ins­taure une ver­ti­ca­li­té du lien, non pas de sen­sa­tion à sen­sa­tion, mais d’âme à âme. Gré­goire de Nysse par­lait déjà de la psal­mo­die comme d’un moyen par lequel l’âme est dou­ce­ment conduite vers Dieu, sans vio­lence, sans agi­ta­tion, par un mou­ve­ment inté­rieur.

Il est donc essen­tiel de ne pas confondre exal­ta­tion mys­tique et spi­ri­tua­li­té authen­tique. L’exaltation peut être reli­gieuse sans être spi­ri­tuelle ; elle peut être mon­daine tout en se parant d’un voca­bu­laire sacré. La véri­table pié­té biblique se recon­naît non à l’intensité de l’émotion, mais à la pro­fon­deur de la com­mu­nion avec Dieu, à la trans­for­ma­tion durable de l’être, à l’orientation de toute la vie vers sa gloire.

C’est pour­quoi le dis­cer­ne­ment musi­cal dans le culte est une ques­tion sérieuse, et non acces­soire. Le type de musique pro­po­sé façonne un type de spi­ri­tua­li­té. Il peut conduire à une pié­té humble, enra­ci­née, com­mu­nau­taire, ou au contraire à une reli­gio­si­té instable, cen­trée sur l’expérience indi­vi­duelle et l’auto-satisfaction spi­ri­tuelle. Jean Chry­so­stome aver­tis­sait déjà :

« Dieu n’écoute pas le tumulte de la voix, mais la dis­po­si­tion du cœur. »

Jean Chry­so­stome, Homé­lies sur les Psaumes, Pro­logue.

Dans la tra­di­tion réfor­mée, le cri­tère déci­sif de toute pié­té est clair : la gloire de Dieu seule. Soli Deo Glo­ria. Ce prin­cipe n’est pas un slo­gan, mais une règle de dis­cer­ne­ment. Il oriente toute la vie chré­tienne, et tout par­ti­cu­liè­re­ment le culte domi­ni­cal. Ce qui détourne l’attention de Dieu vers l’homme, même sous cou­vert de fer­veur, manque sa cible.

Jean Cal­vin l’exprime avec une sobrié­té et une luci­di­té remar­quables dans l’introduction au Psau­tier de Genève. Recon­nais­sant la puis­sance du chant pour émou­voir le cœur humain, il insiste aus­si­tôt sur la néces­si­té d’un contrôle spi­ri­tuel rigou­reux. Le chant doit émou­voir, certes, mais pour conduire à l’invocation et à la louange véri­tables, non pour flat­ter les sens. Il doit avoir « poids et majes­té », selon l’expression qu’il emprunte à Augus­tin, et se dis­tin­guer clai­re­ment des musiques des­ti­nées au diver­tis­se­ment pro­fane.

Cal­vin pose ain­si un prin­cipe fon­da­men­tal : le chant litur­gique n’est pas jugé d’abord à l’aune de son effi­ca­ci­té émo­tion­nelle, mais de sa capa­ci­té à édi­fier l’Église et à ser­vir la gloire de Dieu. C’est pré­ci­sé­ment cette orien­ta­tion qui confère à la musique sacrée sa noblesse et sa néces­si­té.

Oui, tout est dit. Mais encore faut-il accep­ter d’en tirer les consé­quences.

Source ico­no­gra­phique : Ano­nyme XVIIe siècle, Concert des anges, huile sur toile 33 x 48,5cm.

Pour approfondir :


Publié

dans

, ,

par

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.