Dieu et César

Matthieu 22.15–21 : « Dieu et César » – Vincent Bru (prédication)

29e dimanche du Temps ordi­naire – Dimanche 22 octobre 2023 – N’D­ja­mé­na (Tchad) – Pas­teur Vincent Bru

Mat­thieu 22.15–21 : « Ren­dez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu »

Autres lec­tures : Ésaïe 45.1–6 ; 1 Thes­sa­lo­ni­ciens 1.1–5

En ce temps-là,

15 les pha­ri­siens allèrent tenir conseil

pour prendre Jésus au piège

en le fai­sant par­ler.

Les trois para­boles pré­cé­dentes ont dévoi­lé l’orgueil et l’obstination des grands prêtres et des pha­ri­siens face à l’appel au repen­tir et devant l’annonce de l’avènement du Royaume et la pré­sence du Fils. Leur inten­tion d’arrêter Jésus ne peut s’exécuter en rai­son de leur crainte vis-à-vis de la foule qui tient Jésus pour un pro­phète (21.45).

Le débat se pour­suit cepen­dant sur des sujets sen­sibles aux­quels Jésus devra répondre publi­que­ment tout en évi­tant de tom­ber dans les pièges ten­dus par ses adver­saires.

Trois ques­tions vont être ain­si posées à Jésus, trois ques­tions-piège :

1. les pha­ri­siens et la ques­tion de l’impôt (22.15–22),

2. les sad­du­céens à pro­pos de la résur­rec­tion (22.23–33)

3. et un scribe sur le plus grand com­man­de­ment (22.34–40).

Inté­res­sons-nous donc à la pre­mière ques­tion, celle posée par les pha­ri­siens, les cham­pions de la Loi aux­quels Jésus reproche sou­vent leur hypo­cri­sie.

15 les pha­ri­siens allèrent tenir conseil

pour prendre Jésus au piège

en le fai­sant par­ler.

16 Ils lui envoient leurs dis­ciples,

accom­pa­gnés des par­ti­sans d’Hérode…

On peut assez bien se repré­sen­ter la scène.

Un cer­tain nombre de pha­ri­siens, on ignore com­bien exac­te­ment mais plu­sieurs, accom­pa­gnés de par­ti­sans d’Hérode viennent voir Jésus pour essayer de le mettre en défaut.

Ces deux groupes-là, les pha­ri­siens, cham­pions de la Loi, et les héro­diens, dont la com­pro­mis­sion avec le pou­voir romain les obli­geait à quan­ti­té d’accommodements hété­ro­doxes, étaient pour­tant enne­mis en temps nor­mal.

Mais quand il s’a­git de faire le mal, alors ils font bloc.

Ain­si en est-il des méchants : Ils tissent des alliances de for­tune pour atteindre plus aisé­ment leurs objec­tifs sor­dides.

Le but ici c’est de rendre Jésus impo­pu­laire.

La foule rap­pe­lez-vous consi­dère Jésus comme un pro­phète. Un pro­phète, ce n’est pas encore le Mes­sie, mais ce n’est déjà pas si mal.

Alors le stra­ta­gème consiste à lui poser des ques­tions-piège.

C’est dit expli­ci­te­ment au ver­set 15

15 les pha­ri­siens allèrent tenir conseil

pour prendre Jésus au piège

en le fai­sant par­ler.

16 Ils lui envoient leurs dis­ciples,

accom­pa­gnés des par­ti­sans d’Hérode…

Remar­quez que les pha­ri­siens ne prennent même pas la peine de se dépla­cer eux-mêmes. Ils envoient leurs dis­ciples faire la sale besogne… Avec aus­si des héro­diens.

Les héro­diens étaient consi­dé­rés par beau­coup , et notam­ment par les pha­ri­siens comme des col­la­bo­ra­teurs et à ce titre ils n’é­taient pas très aimés.

Il faut savoir que le roi Hérode, qui n’était qu’à moi­tié juif.

C’é­tait un homme de pou­voir qui ne se sou­ciait guère du deve­nir de son peuple, un roi machia­vé­lique, un sou­ve­rain sans vrai cha­risme, qui ne tenait sa légi­ti­mi­té que du pou­voir romain.

Quelqu’un a dit fort jus­te­ment, je cite : « La dif­fé­rence entre le poli­ti­cien et l’homme d’État est la sui­vante : le pre­mier pense à la pro­chaine élec­tion, le second à la pro­chaine géné­ra­tion. » (De James Free­man Clarke, Dis­cours)

Hérode appar­te­nait mani­fes­te­ment à la pre­mière caté­go­rie d’hommes.

On est à mille lieu ici avec Hérode de l’i­déal de la royau­té repré­sen­té en Israël par la figure du roi David.

Donc, des dis­ciples des pha­ri­siens et des par­ti­sans du roi Hérode viennent voir Jésus pour lui dire ceci :

16b « Maître, lui disent-ils, nous le savons :

tu es tou­jours vrai

et tu enseignes le che­min de Dieu en véri­té ;

tu ne te laisses influen­cer par per­sonne,

car ce n’est pas selon l’apparence que tu consi­dères les gens.

Il y a plu­sieurs choses à dire ici.

La pre­mière c’est que les pha­ri­siens recon­naissent mani­fes­te­ment en Jésus quelqu’un de véri­table sage, c’est-à-dire un maître qui enseigne avec auto­ri­té et qui connaît par­fai­te­ment la Loi de Moïse et son inter­pré­ta­tion.

Le com­pli­ment est méri­té. Là-des­sus, ils ne se trompent pas, même si l’on est en droit de dou­ter de leur sin­cé­ri­té.

Ils s’a­dressent à lui en disant « Maître » et ce titre n’est pas ano­din.

« Nous savons que tu es tou­jours vrai »

Effec­ti­ve­ment, Jésus n’a-t-il pas dit au sujet de lui-même : « Je suis la véri­té, le che­min et la vie » ?

« Tu enseignes le che­min de Dieu en véri­té »

Il l’en­seigne d’au­tant mieux que c’est lui le che­min !

« Tu ne te laisses influen­cer par per­sonne »

On recon­naît en effet un véri­table maître à sa capa­ci­té de ne pas se lais­ser influen­cer par le pre­mier venu…

Quel contraste avec tant d’hommes d’É­glise aujourd’­hui qui suivent les modes et dont la seule ambi­tion semble le fait d’être dans le vent…

Or, comme disait l’autre : « Être dans le vent, une ambi­tion de feuille morte » !

« car ce n’est pas selon l’apparence que tu consi­dères les gens. »

Cal­vin dit fort jus­te­ment ici qu” « il est impos­sible que celui qui désire plaire aux hommes s’a­donne vrai­ment à Dieu [s’adonne dans le sens de se consa­crer à] (Ga 1.40). Il est vrai qu’il faut bien avoir soin [s’en pré­oc­cu­per, s’en sou­cier] des hommes mais non pas pour recher­cher leur faveur en les flat­tant. En somme pour che­mi­ner droi­te­ment il faut néces­sai­re­ment oublier toute accep­tion de per­sonnes, laquelle obs­cur­cit la lumière et per­ver­tit le juste juge­ment comme aus­si Dieu le répète sou­vent dans la Loi (Dt 1.40 et 16.19). »

Soyons assu­rés que nous avons ici le modèle type de ce que devrait être tout chré­tien dési­reux de mar­cher dans les pas du Christ :

- être tou­jours vrai et droit

- aimer la véri­té sans se lais­ser influen­cer par per­sonne

- ne pas juger les gens selon les appa­rences mais por­ter plu­tôt sur eux le même regard que celui que Dieu porte sur nous

La deuxième chose qu’il faut dire c’est que tous ces beaux com­pli­ments adres­sés publi­que­ment à Jésus n’ont en réa­li­té d’autre inten­tion que de le mettre en dif­fi­cul­té.

En van­tant sour­noi­se­ment la qua­li­té du juge­ment de Jésus, la réponse de celui-ci sera donc d’autant plus atten­due.

Les pha­ri­siens, comme plus tard les sad­du­céens, vont ten­ter de mettre Jésus en porte-à-faux vis-à-vis de la foule. Sa popu­la­ri­té pour­rait ain­si être ter­nie par ses prises de posi­tion, notam­ment sur l’impôt, sujet tou­jours hau­te­ment sen­sible.

17 Alors, donne-nous ton avis :

Est-il per­mis, oui ou non,

de payer l’impôt à César, l’empereur ?

La ques­tion des pha­ri­siens place Jésus sur une ligne de crête acé­rée.

Si Jésus répond qu’il est favo­rable à l’impôt, son mes­sage sur l’avènement d’un royaume de Dieu sou­mis à César risque fort de ne plus audible. Jésus risque même de subir la colère d’une foule juive qui voit la pré­sence romaine d’un mau­vais œil.

A l’inverse, s’il déclare publi­que­ment son oppo­si­tion à l’impôt, il devient un fau­teur de trouble à l’ordre publique. Une telle sen­tence pour­rait être consi­dé­rée comme un appel à la révolte. La pré­sence des héro­diens, par­ti­sans d’Hérode et sou­mis au pou­voir romain, leur donne ici ce rôle d’observateurs non-neutres.

Notez que comme le fait remar­quer fort jus­te­ment Cal­vin dans son com­men­taire :

« Comme nous l’a­vons vu ailleurs il y avait alors en Israël un grand débat entre les juifs au sujet de l’im­pôt. Car, puisque les romains avaient récla­mé pour eux-mêmes l’impôt que Dieu a ordon­né de lui payer en signe d’hommage dans la Loi de Moïse (je veux par­ler ici du com­man­de­ment sur la dîme, comme en Ex 30.13), les Juifs mur­mu­raient et gron­daient que c’é­tait une grande honte et vile­nie que des gens pro­fanes s’at­tri­buassent ain­si ce qui appar­te­nait à Dieu. Outre que, comme ce paie­ment de tri­but, qui leur était impo­sé par la loi, était un témoi­gnage de leur adop­tion, ils se consi­dé­raient comme pri­vés d’un hon­neur auquel ils avaient droit. »

18 Connais­sant leur per­ver­si­té, Jésus dit :

« Hypo­crites !

pour­quoi vou­lez-vous me mettre à l’épreuve ?

Jésus n’entre donc pas dans le jeu des pha­ri­siens dont il dénonce l’hy­po­cri­sie.

Le juge­ment est sans appel : « Hypo­crites ! »

Ce n’est pas une ques­tion, ni une sup­po­si­tion, c’est une accu­sa­tion !

Alors pour­quoi « hypo­crites » ?

Hypo­crites pour deux rai­sons : pre­miè­re­ment, parce que cette ques­tion, il y a long­temps que les pha­ri­siens comme tous les israé­lites l’ont réso­lue.

A Jéru­sa­lem, où se passe la scène, il n’est pas ques­tion de faire autre­ment, sauf à se mettre hors-la-loi, ce qu’ils n’ont pas l’intention de faire, ni les uns ni les autres, qu’ils soient pha­ri­siens ou par­ti­sans d’Hérode.

Payer l’impôt à l’empereur, « Rendre à César ce qui est à César », ils le font et Jésus ne leur donne pas tort, puisque c’était bel et bien Rome qui déte­nait le glaive tem­po­rel en Israël à ce moment-là, peu importe que l’on soit d’accord ou non avec cet état de fait.

Israël, à ce moment-là de son his­toire, était gou­ver­né par Rome, et à ce titre-là, la ques­tion de savoir s’il fal­lait payer l’impôt ou non ne se posait pas, ou plus.

Elle aurait pu se poser avant, quand le peuple d’Israël était encore une nation sou­ve­raine, mais là, non.

Les faits sont têtus !

Il faut bien recon­naître la réa­li­té et faire avec.

Mais hypo­crites, aus­si, deuxiè­me­ment, parce qu’ils ne posent pas une ques­tion, ils tendent un piège, ils cherchent à prendre Jésus en faute…

Et le ton faus­se­ment res­pec­tueux qui pré­cède la ques­tion force encore le trait.

Toutes ces ama­bi­li­tés ne sont qu’un pré­am­bule pour une ques­tion-piège, et ce piège-là, logi­que­ment, Jésus ne devrait pas s’en sor­tir.

De deux choses l’une :

Ou bien il incite ses com­pa­triotes à refu­ser l’impôt pré­le­vé au pro­fit de l’occupant romain et il sera facile de le dénon­cer aux auto­ri­tés pour sédi­tion, et il sera condam­né…

Ou bien il conseille de payer l’impôt et on pour­ra alors le dis­cré­di­ter aux yeux du peuple comme col­la­bo­ra­teur, ce qui va bien dans le sens de ses mau­vaises fré­quen­ta­tions…

Pire, il perd toute chance d’être recon­nu comme le Mes­sie, car le Mes­sie atten­du doit être un roi indé­pen­dant et sou­ve­rain sur le trône de Jéru­sa­lem, ce qui passe for­cé­ment par une révolte contre l’occupant romain.

Et puisqu’il a pré­ten­du être le Mes­sie, aux yeux du peuple et des auto­ri­tés reli­gieuses, il méri­te­ra la mort, et pour­ra être accu­sé d’être un impos­teur et un blas­phé­ma­teur.

Le piège est bien ver­rouillé.

De toute manière il est pris au piège, il est per­du et c’est bien cela que les pha­ri­siens cherchent : la pre­mière occa­sion sera la bonne pour le faire mou­rir ; la Pas­sion se pro­file déjà à l’horizon, nous sommes dans les tout der­niers moments à Jéru­sa­lem.

Dans sa réponse, Jésus montre bien qu’il a com­pris l’intention mal­veillante : « Hypo­crites ! Pour­quoi vou­lez-vous me mettre à l’épreuve ? »

Il n’est pas dupe du piège qu’on lui tend…

Jésus ne répond donc pas au piège par un autre piège, car il parle tou­jours en véri­té, mais il traite la ques­tion comme une vraie ques­tion et il y répond vrai­ment, dune manière qui doit nous inter­pe­ler aujourd’hui encore.

Sa réponse tient en trois points :

« Ren­dez à César ce qui est à César » …

« Ne ren­dez à César que ce qui est à César » …

Et enfin : « Ren­dez à Dieu ce qui est à Dieu ».

Nous y revien­drons.

19 Mon­trez-moi la mon­naie de l’impôt.

Ils lui pré­sen­tèrent une pièce d’un denier.

Si chez Marc, Jésus demande qu’on apporte un denier, Mat­thieu insiste sur l’immédiateté de la réponse des pha­ri­siens qui montre aus­si­tôt à Jésus un denier, que l’un d’eux sort de sa poche.

Il faut savoir que pour les offrandes au sein du Temple, les mon­naies étran­gères étaient inter­dites car elles com­por­taient des insignes païens, ou des repré­sen­ta­tions humaines que la loi de Moïse réprouve (Ex 20.4).

Ain­si les chan­geurs – dont Jésus a ren­ver­sé les tables (21.1–17) – per­met­taient de conver­tir le denier romain en une mon­naie sans effi­gie.

L’ironie de la scène montre que les pha­ri­siens, scru­pu­leux envers la Loi, ont en leur pos­ses­sion et au sein du Temple (car cette scène, ne l’oublions pas, se passe au sein du Temple selon Mat­thieu 21.23) une mon­naie païenne qui pour­rait tout aus­si bien, être des­ti­né à l’impôt de César.

Et c’est bien à César que Jésus les ren­voie, c’est-à-dire à leurs propres contra­dic­tions.

20 Il leur dit :

« Cette effi­gie et cette ins­crip­tion,

de qui sont-elles ? »

21 Ils répon­dirent :

« De César. »

Alors il leur dit :

« Ren­dez donc à César ce qui est à César,

et à Dieu ce qui est à Dieu. »

Ce qu’il faut com­prendre ici c’est que Jésus refuse d’en­trer dans le jeu des pha­ri­siens ; il pro­nonce une parole de juge­ment, à laquelle d’ailleurs ces der­niers vont se sou­mettre mal­gré eux.

Car ils ne peuvent être dans le temple et en pré­sence du Christ, lui qui est la véri­table image de Dieu, l’ef­fi­gie du Père, avec toute leur hypo­cri­sie, leurs com­plices héro­diens et leur denier de César dans la poche.

Leur départ de ce lieu, et de la proxi­mi­té de Jésus, laisse entendre qu’ils ont fait le choix du camp de la com­pro­mis­sion et du pou­voir impé­rial plu­tôt que de l’avènement du royaume de Dieu.

Ils ont pré­fé­ré obéir aux hommes plu­tôt qu’à Dieu, car s’ils avaient obéi à Dieu, alors ils auraient recon­nu en Jésus le Mes­sie.

Il faut aus­si com­prendre que notre récit n’insiste pas tant sur une sépa­ra­tion des pou­voirs, le tem­po­rel et le spi­ri­tuel, que sur deux concep­tions dia­mé­tra­le­ment oppo­sée du pou­voir.

À l’effigie (en grec eikôn/εἰκών, l’image, l’icône) du pou­voir tota­li­taire et dic­ta­to­rial de César s’oppose l’effigie, l’image de Dieu que le Fils, ser­vi­teur de tous, repré­sente.

À celui qui prend, César, s’oppose celui qui donne et don­ne­ra sa vie, Jésus-Christ, le roi des rois et le sei­gneurs des sei­gneur.

Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être ser­vi, mais pour ser­vir, et don­ner sa vie en ran­çon pour la mul­ti­tude (20.28).

Alors il faut reve­nir sur le der­nier ver­set, évi­dem­ment, qui est par­fois d’ailleurs men­tion­né sans tou­jours en connaître l’o­ri­gine, dans les dis­cus­sions autour du thème de la laï­ci­té.

21 « Ren­dez donc à César ce qui est à César,

et à Dieu ce qui est à Dieu. »

Pre­miè­re­ment, il faut com­prendre cette parole de Jésus de manière simple, évi­dente et prag­ma­tique : « Ren­dez à César ce qui est à César », y com­pris en payant l’impôt.

Car si César est bel et bien, au moment où Jésus parle, celui qui détient le pou­voir en Israël, alors quel aurez choix que de lui rendre ce qu’il estime, à tort ou à rai­son, devoir lui reve­nir ?

Dans la pers­pec­tive de la Bible on consi­dère que tout pou­voir vient de Dieu.

Jésus lui-même, au cours de sa Pas­sion, dira à Pilate : « Tu n’aurais aucun pou­voir sur moi, si tu ne l’avais reçu d’en-haut » (Jn 19.11).

D’autre part, et Ésaïe nous l’a rap­pe­lé dans notre pre­mière lec­ture de ce dimanche, en par­lant du roi Cyrus, Dieu peut faire tour­ner toute royau­té humaine au bien de son peuple…

Or les pha­ri­siens connais­saient mieux que nous le texte d’Ésaïe sur Cyrus et ils savaient donc par­fai­te­ment que tout pou­voir, même païen, est dans la main de Dieu.

Notons quand même en pas­sant que le César du moment s’appelait en réa­li­té « Tibère » et que le nom « César » était à cette époque-là deve­nu un titre.

Deuxiè­me­ment, on peut com­prendre cette parole de Jésus de cette manière : « Ne ren­dez à César que ce qui est à César », et j’insiste sur le « que » !

Quand César (c’est-à-dire l’empereur romain) exige l’impôt, il est dans son droit, mais quand il exige d’être appe­lé Sei­gneur, par exemple, quand il exige qu’on lui rende un culte, quand il cherche à prendre la l’ace de Dieu comme c’est en géné­ral le cas des tyrans, alors il expose tout un cha­cun à l’i­do­lâ­trie, et là, il ne faut pas tran­si­ger du tout !

S’il y a un devoir d’o­béis­sance pour les choses légi­times, cette obéis­sance a des limites, car comme dit la Bible « il vaut mieux obéir à Dieu plu­tôt qu’aux hommes ! »

A l’époque où Mat­thieu écrit son Évan­gile, cette hypo­thèse était d’ailleurs une réa­li­té et de nom­breux mar­tyrs ont payé de leur vie ce refus de rendre un culte à l’empereur romain.

Ain­si ce qui appar­tient à César est défi­nit et cir­cons­crit par la Loi de Dieu.

Il faut bien évi­dem­ment ici rap­pe­ler les pro­pos de l’A­pôtre Paul au cha­pitre 13 de son épître aux Romains :

Que toute per­sonne soit sou­mise aux auto­ri­tés supé­rieures ; car il n’y a pas d’au­to­ri­té qui ne vienne de Dieu, et les auto­ri­tés qui existent ont été ins­ti­tuées par Dieu. C’est pour­quoi celui qui s’op­pose à l’au­to­ri­té résiste à l’ordre de Dieu, et ceux qui résistent atti­re­ront une condam­na­tion sur eux-mêmes. Les gou­ver­nants ne sont pas à craindre quand on fait le bien, mais quand on fait le mal. Veux-tu ne pas craindre l’au­to­ri­té ? Fais le bien, et tu auras son appro­ba­tion, car elle est au ser­vice de Dieu pour ton bien. Mais si tu fais le mal, sois dans la crainte ; car ce n’est pas en vain qu’elle porte l’é­pée, étant au ser­vice de Dieu pour (mon­trer) sa ven­geance et sa colère à celui qui pra­tique le mal. Il est donc néces­saire d’être sou­mis, non seule­ment à cause de cette colère, mais encore par motif de conscience. C’est aus­si pour cela que vous payez les impôts. Car (ceux qui gou­vernent) sont au ser­vice de Dieu pour cette fonc­tion pré­cise. Ren­dez à cha­cun ce qui lui est dû : la taxe à qui vous devez la taxe, l’im­pôt à qui vous devez l’im­pôt, la crainte à qui vous devez la crainte, l’hon­neur à qui vous devez l’hon­neur. (Rm 13.1–7)

Troi­siè­me­ment : « Ren­dez à Dieu ce qui est à Dieu ».

La vraie ques­tion est là.

Au fond c’est comme si Jésus disait à ses inter­lo­cu­teurs : « Vous m’interrogez sur des futi­li­tés au sujet de l’impôt dû à César,  au sujet de choses maté­rielles et pas­sa­gères. Mais êtes-vous sûrs de rendre à Dieu ce qui est à Dieu ? »

Rendre à Dieu ce qui est à Dieu, dans le contexte de notre texte, c’est d’abord et avant tout recon­naître en Jésus celui qui vient de Dieu, celui qui « est à Dieu ».

Il faut rendre à Dieu ce qui est à Dieu, et Jésus-Christ est à Dieu, et vient de Dieu.

Il faut donc le rece­voir comme le cadeau de Dieu aux hommes, et rendre à Dieu toute la recon­nais­sance qui lui est dû pour son si grand salut !

Ce que Jésus dit dans notre texte est on ne peut plus clair : César n’est que César ; les rois de la terre ne sont en réa­li­té que des roi­te­lets. Leur royau­té est pas­sa­gère et le royaume de Dieu est d’un tout autre ordre.

Pour autant c’est bien au sein même des royaumes de la terre que le chré­tien est appe­lé à œuvrer et à prier pour faire gran­dir le seul vrai royaume, le royaume de Dieu.

Je cite ici Cal­vin :

« Ren­dez-donc à César ce qui est à César » : Christ veut dire, puisque la sou­mis­sion de la nation d’Israël à César est un état de fait, comme l’atteste l’effigie que porte leur mon­naie, qu’il ne sert à rien de débattre sur ce sujet. C’est comme s’il disait : « S’il vous semble étrange de payer le tri­but, ne soyez donc point sujets de l’empire romain. Mais déjà la mon­naie par laquelle les hommes tra­fiquent les uns avec les autres, rend témoi­gnage que César a la domi­na­tion sur vous, en sorte que taci­te­ment, par votre appro­ba­tion, vous avez per­du la liber­té que vous récla­mez main­te­nant. » »

Et Cal­vin pour­suit en disant de façon fort per­ti­nente :

« Car il y a ici une dis­tinc­tion évi­dente entre le gou­ver­ne­ment spi­ri­tuel, et le poli­tique ou civil : afin que nous sachions que la sujé­tion externe n’empêche point que nous ayons au-dedans, la conscience libre devant Dieu (et vous voyez qu’ici Cal­vin intro­duit ce concept si impor­tant pour nos socié­té occi­den­tale, de la liber­té de conscience). Car Christ a vou­lu réfu­ter l’erreur de ceux aux­quels il ne sem­blait pas qu’ils fussent peuple de Dieu, s’ils n’étaient exempts de toute sujé­tion de domi­na­tion humaine : comme aus­si saint Paul insiste fort sur ce point (Romains 13.5) qu’ils ne pensent pas moins ser­vir au seul Dieu encore qu’ils obéissent aux lois humaines, payent les tri­buts, et baissent la tête pour por­ter toutes les autres charges.

En somme il déclare, encore que les juifs soient sujets aux romains quant à la police externe, que cela ne déroge rien à l’autorité de Dieu, et ne porte point de pré­ju­dice à son ser­vice. »

Et Cal­vin de conclure, car c’est là où le Christ veut en venir dans cette réponse lapi­daire « Ren­dez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », je cite encore :

« C’est comme s’il disait : « Vous avez grand peur que si on paie le tri­but aux romains, cela déroge quelque chose à l’honneur de Dieu : mais il vous faut plu­tôt vous mettre peine de rendre à Dieu le ser­vice qu’il requière de vous, et cepen­dant de rendre aus­si aux hommes ce qui leur appar­tient. » »

Fin de cita­tion.

Ce qu’il faut com­prendre ici, c’est que le Sei­gneur veut être véri­ta­ble­ment le seul légis­la­teur pour gou­ver­ner les âmes, et qu’il ne faut pas cher­cher ailleurs que dans sa Sainte Parole la règle de le ser­vir, et que la puis­sance du glaive tem­po­rel, pour autant que les lois humaines des nations n’empêchent point que le ser­vice de Dieu ne demeure en son entier.

Pour reprendre la fameuse devise de Jeanne d’Arc : « Dieu pre­mier ser­vi ! »

Tout ce qui peut être dû aux hommes doit res­ter subal­terne à l’empire sou­ve­rain de Dieu. De sorte que si ceux qui nous gou­vernent devaient usur­per quelque chose de l’autorité de Dieu, alors il ne leur faut point obéir, sinon (dit Cal­vin, et j’aime beau­coup la for­mule ici) « sinon autant qu’il se pour­ra faire sans offen­ser Dieu ».

Alors pour conclure je vou­drais main­te­nant tirer des conclu­sions de notre texte de ce matin, en disant tout d’abord que ce que l’on doit rete­nir ici, c’est une extra­or­di­naire leçon de liber­té, qui est celle de notre conscience devant Dieu, dont nous dépen­dons abso­lu­ment !

Car c’est à Dieu que nous appar­te­nons d’abord, c’est de son royaume à Lui que nous sommes les sujets, de sorte que tout le reste n’a, au regard de ce royaume, qu’une impor­tance secon­daire.

Ce qui est à César n’est pas l’important ! C’est quelque chose de secon­daire, c’est futile, c’est tem­po­raire, et c’est illu­soire et pour reprendre les mots de l’Ecclésiaste : « Vani­té des vani­tés, tout est vani­té ! »

Qu’il me soit per­mis ici de citer le Réfor­ma­teur Mar­tin Luther qui dans son magni­fique trai­té « De la liber­té du chré­tien » dit ceci : « Pour que nous puis­sions bien connaître ce qu’est un chré­tien et savoir ce qu’il en est de la liber­té que le Christ lui a acquise et don­née et dont saint Paul parle abon­dam­ment, je veux poser ces deux thèses : Le chré­tien est un libre sei­gneur sur toutes choses et il n’est sou­mis à per­sonne. Le chré­tien est un ser­vi­teur obéis­sant en toutes choses et il est sou­mis à tout un cha­cun. »

Libre sei­gneur sur toutes choses, le chré­tien l’est parce qu’il n’ap­par­tient qu’à Dieu seul, et que c’est à lui d’a­bord que va son allé­geance et son amour !

Ser­vi­teur obéis­sant il l’est aus­si du fait du com­man­de­ment : « Tu aime­ras ton pro­chain comme toi-même » !

Quelle est donc cette liber­té dont parle Luther ? Je le cite :

« Il s’agit de la liber­té par laquelle Christ nous a affran­chis, non de telle ou telle ser­vi­tude humaine, ou du pou­voir des tyrans (ces ser­vi­tudes là, celle de César et de son impôt, nous ne sau­rions y échap­per), mais de la colère éter­nelle de Dieu. Où [est cette liber­té]? Dans la conscience. C’est là que demeure notre liber­té : il ne faut pas cher­cher ailleurs. Car ce n’est pas d’une liber­té poli­tique dont Christ nous a fait don en nous affran­chis­sant, et ce n’est pas une liber­té char­nelle. C’est théo­lo­gi­que­ment et spi­ri­tuel­le­ment qu’il nous a affran­chis, c’est afin que notre conscience soit libre et heu­reuse, n’ayant nulle crainte de la colère à venir […]. C’est une liber­té inef­fable que d’être affran­chis éter­nel­le­ment de la colère de Dieu : une liber­té plus grande que le ciel et la terre et que toutes les créa­tures. »

Je pense aus­si ici à cette cita­tion de saint Augus­tin et qui marque cette oppo­si­tion entre les deux royaumes (Dieu et César) :

« Deux amours ont donc fait deux cités : l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu, la cité ter­restre ; l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi, la cité céleste.

L’une se glo­ri­fie en elle-même, l’autre dans le Sei­gneur. L’une demande sa gloire aux hommes ; pour l’autre, Dieu témoin de sa conscience est sa plus grande gloire. »

Saint Augus­tin, La Cité de Dieu

Je pense aus­si ici à la fameuse théo­lo­gie des deux règnes si chère à Luther qui com­porte néan­moins, selon moi, des limites, mais qui, en même temps, est très vraie.

Le pre­mier, le règne du monde régi par des lois impar­faites, qui s’a­dressent à ses indi­vi­dus impar­faits, dépend de la créa­tion. On y entre par sa nais­sance, on lui appar­tient du simple fait qu’on est un être humain.

Des lois natu­relles ou sociales le gou­vernent, et ces lois reflètent en par­tie la Loi de Dieu, elles peuvent aus­si par­fois s’y oppo­ser, ce qui sou­lève la ques­tion du devoir de déso­béis­sance civile quand la situa­tion l’im­pose.

À cause du péché et de la méchan­ce­té des hommes, il faut faire res­pec­ter ces lois par la force, et Dieu donne aux auto­ri­tés poli­tiques le man­dat de main­te­nir, en exer­çant une contrainte, un ordre sans lequel la vie serait impos­sible (voir Romains 13 notam­ment).

Le second règne, celui de l’évangile et de la grâce, relève du salut et de la rédemp­tion.

On y accède par la foi, seuls les croyants en font par­ti.

Il est gou­ver­né par l’amour de Dieu et du pro­chain.

Il a pour visée la sanc­ti­fi­ca­tion, la trans­for­ma­tion inté­rieure de l’être humain.

Il n’utilise pas la contrainte, mais sus­cite et for­ti­fie un libre consen­te­ment par le moyen de la pré­di­ca­tion et des sacre­ments.

Ici, Dieu se sert non de l’Etat et du droit, mais de l’Église et de la pié­té.

Le chré­tien appar­tient simul­ta­né­ment aux deux règnes ; il ne doit cepen­dant pas les confondre. Dis­tin­guer sans sépa­rer, unir sans confondre…

S’il pra­tique par exemple dans sa vie per­son­nelle le par­don des offenses, il ne peut pas en faire une loi de l’État, ni impo­ser aux non-croyants des conduites qui découlent de la foi et qui la carac­té­risent.

De même un juge (le prin­cipe est le même pour les mili­taires qui détiennent la légi­ti­mi­té de la force armée) ne doit pas se lais­ser gui­der par la cha­ri­té chré­tienne lorsqu’il condamne des délin­quants. En tant que chré­tien, il les aime, les plaint, com­pa­tit avec eux, souffre dans son cœur ; mais en tant que magis­trat il applique stric­te­ment la loi, il fait ce que les lois du pays lui demandent de faire, il applique la péno­lo­gie qui s’im­pose dans cha­cun des cas qu’il traite. Il applique légi­ti­me­ment la loi (pour autant que la loi en ques­tion soit juste).

Les pou­voirs publics tiennent donc, qu’ils le sachent ou non, de Dieu un man­dat qui vise non pas à éta­blir une socié­té idéale (car la per­fec­tion n’est pas de ce monde…), mais à garan­tir à ses citoyens une vie maté­rielle conve­nable, à les pré­ser­ver de ce qui menace et pour­rait détruire leur exis­tence. C’est là ce qu’on appelle le pou­voir réga­lien de l’É­tat sur lequel l’É­cri­ture Sainte insiste for­te­ment et qui est pre­mier devoir de l’É­tat.

Pré­tendre pou­voir ins­tau­rer le royaume de Dieu ici-bas sur cette terre est donc, dans cette pers­pec­tive, une uto­pie et une dérive mal­heu­reuse. Car jus­qu’au retour du Sei­gneur il y aura tou­jours de l’i­vraie et du bon grain dans le champ de ce monde.

Pour autant, ne pas cher­cher à réfor­mer la socié­té selon la Parole de Dieu, qui est tout à la fois évan­gile et loi, consti­tue une dérive tout aus­si mal­heu­reuse.

Le théo­lo­gien réfor­mé et homme d’É­tat que fut Abra­ham Kuy­per a écrit fort jus­te­ment : « Il n’existe aucun domaine de la vie des hommes dont le Christ ne puisse dire, c’est à moi ! »

La théo­lo­gie des deux règles de Mar­tin Luther a ses limites.

Elle doit être contre­ba­lan­cée à mon sens par une véri­table doc­trine sociale de l’É­glise, comme c’est le cas d’ailleurs dans l’É­glise catho­lique, et comme Jean Cal­vin s’est effor­cé de la mettre en œuvre à Genève et plus tard les Puri­tains aux Etats-Unis.

Car Jésus-Christ a dit à ses dis­ciples, juste avant de retour­ner vers son Père : « Allez ! Faites de toutes les nations des dis­ciples » ; il parle bien des nations et pas seule­ment des indi­vi­dus.

Et dans le Notre Père ce que nous deman­dons à Dieu c’est que sa volon­té soit faite sur la terre comme au ciel !

Comme au ciel, sur la terre aus­si !

Nous savons bien que tous ne devien­dront pas chré­tiens mais une socié­té majo­ri­tai­re­ment chré­tienne est bien évi­dem­ment une grâce et un objec­tif à atteindre pour l’É­glise com­bat­tante, l’É­glise mis­sion­naire que nous sommes bel et bien appe­lés à être !

L’ex­hor­ta­tion du Christ ne doit donc pas être com­prise comme une invi­ta­tion à bais­ser les bras face aux pou­voirs tota­li­taires et injustes de notre monde, mais plu­tôt à tou­jours faire le choix d’o­béir à Dieu plu­tôt qu’au hommes en lui accor­dant la pre­mière place dans notre vie et dans la vie du monde.

C’est aus­si une invi­ta­tion à œuvrer pour un monde plus juste, sans jamais, en tant que chré­tiens, avoir recours à la vio­lence, et tout en pri­vi­lé­giant les chan­ge­ments lents mais en pro­fon­deurs, plu­tôt que la révo­lu­tion vio­lente qui cause en géné­ral plus de mal que de bien…

La force de l’Es­prit est bien plus puis­sante que toutes les agi­ta­tions des hommes et tous les cli­que­tis d’armes.

Dieu est vrai­ment sou­ve­rain. Ne l’ou­blions jamais. C’est lui qui est aux com­mandes. Et les évé­ne­ments quels qu’ils soient relèvent de sa pro­vi­dence bien­veillante.

Les deux mots d’ordre que je vous adresse donc ce matin sont :

« Ren­dez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » et « Il vaut mieux obéir à Dieu plu­tôt qu’au hommes » !

Les deux ensemble.

Jus­qu’à ce que le Christ vienne pour faire toutes choses nou­velles, quand il revien­dra dans sa gloire.

Amen !

À noter : Mat­thieu est le seul par­mi les évan­gé­listes à men­tion­ner les pha­ri­siens à l’occasion du pro­cès de Jésus (27.62) tan­dis que les autres évan­gé­listes ne men­tionnent comme accu­sa­teurs devant Pilate que les sad­du­céens. Cette pré­sence des pha­ri­siens au pro­cès de Jésus n’a en réa­li­té rien d’é­ton­nant quand on sait la haine farouche que ces der­niers lui voyaient, comme en témoignent les der­niers cha­pitres de l’É­van­gile de Mat­thieu.

Sur la ques­tion des pou­voirs publics il faut men­tion­ner ici l’ar­ticle 9 de la Confes­sion de foi de La Rochelle :

VIII. LES POUVOIRS PUBLICS

39. La néces­si­té des gou­ver­ne­ments

Nous croyons que Dieu veut que le monde soit diri­gé par des lois et des gou­ver­ne­ments, afin qu’il y ait quelques freins pour répri­mer les appé­tits désor­don­nés du monde. Nous croyons donc que Dieu a ins­ti­tué les Royaumes, les Répu­bliques et toutes autres sortes de Prin­ci­pau­tés, héré­di­taires ou non, et tout ce qui appar­tient à l’é­tat de la jus­tice, et qu’il veut en être recon­nu l’au­teur.

Les Magis­trats

Dans ce but, Dieu a mis le glaive dans la main des magis­trats pour répri­mer les péchés com­mis non seule­ment contre la seconde Table des com­man­de­ments de Dieu, mais aus­si contre la pre­mière.

Le res­pect dû aux Auto­ri­tés

Il faut donc, à cause de Dieu, non seule­ment qu’on sup­porte que les auto­ri­tés exercent la sou­ve­rai­ne­té de leur charge, mais aus­si qu’on les honore et les estime d’un pro­fond res­pect, les consi­dé­rant comme ses lieu­te­nants et offi­ciers, qu’il a éta­blis pour exer­cer une charge légi­time et sainte.

40. L’o­béis­sance due aux Auto­ri­tés

Nous affir­mons donc qu’il faut obéir à leurs lois et règle­ments, payer taxes, impôts et autres charges, et consen­tir à cette obéis­sance d’une bonne et franche volon­té – quand même ils seraient infi­dèles – pour­vu que la sou­ve­rai­ne­té abso­lue de Dieu demeure entière.

Ain­si, nous réprou­vons ceux qui vou­draient reje­ter toute hié­rar­chie, éta­blir la com­mu­nau­té et le mélange des biens et ren­ver­ser l’ordre de la jus­tice.

Mt 17:24–27 ; Mc 12 :17. Ac 4:17–20.

Source ico­no­gra­phique : Ce tableau du XVIIIe siècle, inti­tu­lé L’Impôt dû à César et dont l’auteur est incon­nu, illustre cette for­mule évan­gé­lique. Il dépeint le moment où le Christ déjoue le piège des pha­ri­siens, venus lui deman­der s’il était per­mis selon lui de payer l’impôt à l’empereur. L’enjeu est de taille, car si le Christ l’interdit, il peut être dénon­cé comme oppo­sant ; à l’inverse, s’il l’autorise, il peut pas­ser comme traître à son Dieu. Jésus brise le piège par la for­mule : « Ren­dez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ».


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