La tour numérique

Babel numérique ou cité de Dieu ? Analyse réformée de Magnifica Humanitas

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La foule est tour­née vers la tour plu­tôt que vers le ciel. L’image ne condamne pas le pro­grès mais pose une ques­tion : lorsque la puis­sance humaine gran­dit, que cher­chons-nous réel­le­ment à atteindre ? Der­rière la tech­no­lo­gie appa­raît l’interrogation biblique sur l’autonomie, l’espérance et la véri­table des­ti­na­tion de l’homme.


Cette page pro­pose une lec­ture réfor­mée de Magni­fi­ca Huma­ni­tas, pre­mière ency­clique de Léon XIV. Le texte mérite l’attention. Non seule­ment parce qu’il consti­tue l’un des pre­miers grands docu­ments magis­té­riels consa­crés à l’intelligence arti­fi­cielle, mais sur­tout parce qu’il tente de pen­ser théo­lo­gi­que­ment une trans­for­ma­tion qui pour­rait mar­quer dura­ble­ment l’histoire humaine.

L’encyclique pose des ques­tions réelles et sou­vent pro­fondes : qu’est-ce que l’homme ? Jusqu’où la tech­nique peut-elle aller ? Com­ment pré­ser­ver la digni­té humaine dans un monde de plus en plus façon­né par les algo­rithmes ? Il était donc inté­res­sant de l’accueillir avec sérieux, mais aus­si de la sou­mettre au dia­logue cri­tique de la théo­lo­gie réfor­mée, afin de faire appa­raître à la fois les conver­gences – sur la cri­tique de l’autosuffisance humaine, du trans­hu­ma­nisme ou du pou­voir tech­no­cra­tique – et les diver­gences, notam­ment sur l’anthropologie, le salut et le rôle de l’Église dans l’histoire.

Les enjeux ne sont pas théo­riques. Cer­tains acteurs majeurs de la Sili­con Val­ley évoquent déjà publi­que­ment des pers­pec­tives qui rele­vaient encore récem­ment de la science-fic­tion : accé­lé­ra­tion radi­cale de la recherche médi­cale, pro­lon­ga­tion impor­tante de la durée de vie, ralen­tis­se­ment du vieillis­se­ment, inter­faces cer­veau-machine, aug­men­ta­tion de cer­taines capa­ci­tés cog­ni­tives ou émer­gence d’intelligences arti­fi­cielles dépas­sant les per­for­mances humaines dans de nom­breux domaines. Toutes ces annonces doivent être reçues avec pru­dence – beau­coup res­tent spé­cu­la­tives – mais elles révèlent déjà quelque chose de notre époque : le pro­grès tech­nique n’est plus pré­sen­té seule­ment comme un moyen de mieux vivre, mais par­fois comme une pro­messe impli­cite de salut.

C’est pré­ci­sé­ment là que com­mence la réflexion chré­tienne. Non pour refu­ser la science ni craindre l’innovation, mais pour deman­der ce qu’aucune tech­no­lo­gie, aus­si puis­sante soit-elle, ne pour­ra jamais don­ner à l’homme.

Le salut par la technique ? Une lecture réformée de l’encyclique Magnifica Humanitas

Le débat contem­po­rain sur l’intelligence arti­fi­cielle est sou­vent mal posé. Cer­tains ima­ginent une oppo­si­tion entre pro­grès et conser­va­tisme, entre science et reli­gion, entre moder­ni­té et nos­tal­gie. Mais la ques­tion déci­sive n’est pro­ba­ble­ment pas là. Le chris­tia­nisme n’a jamais été hos­tile au déve­lop­pe­ment tech­nique en tant que tel. Depuis ses ori­gines, il a accueilli les arts, les sciences, la méde­cine, l’organisation poli­tique ou les outils comme des expres­sions pos­sibles du man­dat cultu­rel confié à l’homme.

La ques­tion est ailleurs : qu’attendons-nous de la tech­nique ?

Car il existe une dif­fé­rence fon­da­men­tale entre uti­li­ser la tech­nique pour ser­vir la vie et attendre d’elle qu’elle sauve l’homme.

L’un des pas­sages les plus péné­trants de Magni­fi­ca Huma­ni­tas touche pré­ci­sé­ment ce point lorsqu’il affirme :

« Édi­fier dans le bien signi­fie accep­ter les limites et la fra­gi­li­té de l’humanité sans les consi­dé­rer comme une erreur à cor­ri­ger. Aujourd’hui, le désir de plé­ni­tude de l’être humain risque d’être détour­né vers des objec­tifs trom­peurs : l’illusion d’une tech­nique pro­met­tant de nous libé­rer de toute fra­gi­li­té… »

Plus loin, l’encyclique ajoute :

« La véri­table réa­li­sa­tion ne naît pas de la sup­pres­sion des fra­gi­li­tés, mais d’une crois­sance har­mo­nieuse. »

Cette intui­tion mérite d’être prise au sérieux.

Mais il faut aller plus loin que le texte lui-même.

Car le trans­hu­ma­nisme ne consti­tue pas seule­ment une erreur anthro­po­lo­gique. Il est une pro­po­si­tion soté­rio­lo­gique.

Le transhumanisme comme évangile concurrent

Le mot peut sem­bler exces­sif. Pour­tant le paral­lèle est frap­pant.

Le chris­tia­nisme raconte une his­toire :
créa­tion, chute, rédemp­tion, glo­ri­fi­ca­tion.

Le trans­hu­ma­nisme raconte lui aus­si une his­toire :

– l’homme actuel est insuf­fi­sant ;
– ses limites sont injustes ;
– la tech­nique doit le déli­vrer ;
– l’avenir appar­tient à l’homme aug­men­té.

Autre­ment dit : le trans­hu­ma­nisme ne pro­pose pas seule­ment des outils.

Il pro­pose un salut.

Le théo­lo­gien évan­gé­lique Hen­ri Blo­cher remar­quait que les idéo­lo­gies modernes prennent sou­vent la place autre­fois occu­pée par les grandes doc­trines reli­gieuses : elles pro­posent une ori­gine, un mal fon­da­men­tal et une pro­messe de res­tau­ra­tion.

Le pro­blème n’est donc pas de soi­gner.

Le chris­tia­nisme n’a jamais condam­né la méde­cine.

Le pro­blème appa­raît lorsque la gué­ri­son devient rédemp­tion.

Lorsque la tech­nique cesse d’être un moyen pour deve­nir espé­rance ultime.

Deux promesses de salut

Le chris­tia­nisme et le trans­hu­ma­nisme ne répondent pas seule­ment aux mêmes ques­tions : ils pro­posent par­fois des récits concur­rents.

Ques­tionVision trans­hu­ma­nisteVision chré­tienne
Quel est le pro­blème ?Les limites bio­lo­giquesLe péché et la rup­ture avec Dieu
Qu’est-ce qui doit être sau­vé ?Le corps, l’intelligence, les capa­ci­tésLa per­sonne entière
Qui sauve ?L’homme par la tech­niqueDieu par grâce
Quel ave­nir ?L’homme aug­men­téL’homme glo­ri­fié
Quelle méthode ?Maî­triseRécep­tion

Le chris­tia­nisme ne refuse pas l’amélioration de la condi­tion humaine. Il refuse d’en faire une rédemp­tion.

Le mensonge ancien : « vous serez comme des dieux »

Le pro­jet n’est pas nou­veau.

La pre­mière ten­ta­tion biblique n’est pas celle du plai­sir.

C’est celle de l’autonomie.

« Vous serez comme Dieu » (Gn 3.5).

L’histoire de Babel reprend exac­te­ment ce sché­ma.

Léon XIV écrit :

« Babel révèle ain­si la limite de toute construc­tion qui, aus­si gran­diose soit-elle, naît de l’absolutisation de l’humain et de sa pré­ten­tion à l’autosuffisance. »

Le texte touche ici un point cen­tral.

Mais le récit de Babel ne condamne pas l’architecture.

Il ne condamne même pas la gran­deur.

Il condamne le désir de rece­voir de soi-même ce qui ne peut être reçu que de Dieu.

Le pro­blème n’est pas que l’homme bâtisse.

Le pro­blème est qu’il bâtisse pour se sau­ver.

Saint Augustin : le cœur cherche toujours un repos

Cette logique fut com­prise avec pro­fon­deur par Augus­tin d’Hippone.

Dans les Confes­sions (I, 1), il écrit :

« Vous nous avez faits pour vous, Sei­gneur, et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en vous. »

L’encyclique reprend expli­ci­te­ment cette for­mule pour mon­trer que le désir humain est plus grand que toutes ses œuvres.

Augus­tin ne méprise pas la culture.

Mais il sait qu’aucune œuvre humaine ne peut por­ter le poids du salut.

Dans La Cité de Dieu (XIV, 28), il écrit :

« Deux amours ont fait deux cités : l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu, la cité ter­restre ; l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi, la cité céleste. »

L’encyclique reprend éga­le­ment cette cita­tion pour relire l’ère numé­rique.

La ques­tion de l’IA devient alors spi­ri­tuelle :

ser­vi­ra-t-elle la cité de Dieu ou la cité de l’autosuffisance ?

Luther et Calvin : le salut ne se fabrique pas

Dans son Grand Caté­chisme, en expli­quant le pre­mier com­man­de­ment, Luther écrit :

« Ce à quoi ton cœur s’attache et se confie vrai­ment, voi­là pro­pre­ment ton dieu. »

Si notre confiance ultime repose dans l’innovation, nous avons déjà chan­gé de reli­gion.

De son côté, Cal­vin écrit dans l’Ins­ti­tu­tion de la reli­gion chré­tienne (I, XI, 8) :

« Le cœur de l’homme est une fabrique per­pé­tuelle d’idoles. »

La tech­nique ne crée pas cette ido­lâ­trie.

Elle lui donne sim­ple­ment davan­tage de puis­sance.

Cal­vin écrit aus­si :

« Toute la somme de notre sagesse […] consiste presque entiè­re­ment en la connais­sance de Dieu et de nous-mêmes » (Ins­ti­tu­tion, I, I, 1).

L’homme ne devient plei­ne­ment lui-même ni par opti­mi­sa­tion ni par aug­men­ta­tion.

Il devient lui-même en retrou­vant sa rela­tion au Créa­teur.

C. S. Lewis : gagner le monde et perdre l’homme

Dans L’Abolition de l’homme, C. S. Lewis for­mule un aver­tis­se­ment deve­nu pro­phé­tique :

« Le pou­voir de l’homme sur la nature se révèle être un pou­voir exer­cé par cer­tains hommes sur d’autres hommes. »

L’encyclique exprime une inquié­tude voi­sine lorsqu’elle aver­tit contre la concen­tra­tion des infra­struc­tures, des don­nées et du pou­voir tech­no­lo­gique entre quelques mains.

La domi­na­tion ultime ne vien­dra peut-être pas des machines.

Elle vien­dra d’hommes per­sua­dés qu’ils n’ont plus besoin d’être sau­vés.

Trois scénarios plausibles d’ici 2050

Ces exemples ne sont ni des pro­phé­ties ni des recom­man­da­tions. Ils servent à rendre concrète la réflexion théo­lo­gique.

San­té
Une IA découvre en quelques semaines des trai­te­ments qui deman­daient aupa­ra­vant des années.
Ques­tion chré­tienne : gué­rir est un bien… mais la san­té devient-elle le sens ultime de l’existence ?

Édu­ca­tion
Chaque élève reçoit un accom­pa­gne­ment péda­go­gique per­son­na­li­sé par IA.
Ques­tion chré­tienne : trans­mettre des connais­sances suf­fit-il à for­mer une per­sonne ?

Amé­lio­ra­tion humaine
Des tech­no­lo­gies per­mettent d’augmenter cer­taines capa­ci­tés cog­ni­tives ou phy­siques.
Ques­tion chré­tienne : amé­lio­rer une facul­té revient-il à faire gran­dir l’homme ?

La ques­tion n’est pas seule­ment : « Que pou­vons-nous faire ? »
Elle est : « Quel homme sommes-nous en train de for­mer ? »

Le christianisme ne prêche pas l’acceptation des limites mais leur transfiguration

Il faut alors évi­ter une cari­ca­ture.

Le chris­tia­nisme n’enseigne pas : reste faible.

Il annonce : sois trans­for­mé.

La résur­rec­tion n’est pas la glo­ri­fi­ca­tion de la fra­gi­li­té.

Elle est sa trans­fi­gu­ra­tion.

L’Évangile ne dit pas :

« Pro­duis ton salut. »

Il dit :

« Reçois ce que tu ne peux pro­duire. »

L’homme biblique n’est pas appe­lé à deve­nir machine.

Il est appe­lé à deve­nir conforme au Christ.

C’est pour­quoi la vraie ques­tion n’est jamais :

« Jusqu’où irons-nous ? »

Mais :

« Qui nous pro­met ce que nous espé­rons rece­voir ? »

Car toute civi­li­sa­tion finit tou­jours par révé­ler son dieu.


Annexes

Annexe 1 – La super-intelligence artificielle : de quoi parle-t-on réellement ?

Le terme « super-intel­li­gence arti­fi­cielle » (ASI – Arti­fi­cial Super­in­tel­li­gence) désigne l’hypothèse d’un sys­tème capable de dépas­ser dura­ble­ment les per­for­mances humaines dans la plu­part des domaines intel­lec­tuels : rai­son­ne­ment, recherche scien­ti­fique, créa­ti­vi­té, stra­té­gie, appren­tis­sage, pla­ni­fi­ca­tion.

Il faut dis­tin­guer trois niveaux :

– IA spé­cia­li­sée : excelle sur une tâche pré­cise (tra­duc­tion, diag­nos­tic, recon­nais­sance visuelle).
– IA géné­rale (AGI) : sys­tème capable d’accomplir des tâches intel­lec­tuelles variées au niveau humain ou au-delà.
– Super-intel­li­gence (ASI) : intel­li­gence dépas­sant lar­ge­ment l’ensemble des capa­ci­tés humaines.

Aujourd’hui, per­sonne ne sait si l’ASI est réel­le­ment attei­gnable ni à quelle date.

Les esti­ma­tions publiques des cher­cheurs varient for­te­ment :
– cer­tains envi­sagent une AGI dans les années 2030 ;
– d’autres parlent plu­tôt des années 2040–2060 ;
– cer­tains doutent qu’elle existe un jour.

Ce qui est frap­pant n’est pas la date mais la vitesse poten­tielle du chan­ge­ment.

Exemples sou­vent évo­qués :

– décou­verte accé­lé­rée de médi­ca­ments ;
– modé­li­sa­tion bio­lo­gique avan­cée ;
– concep­tion de nou­veaux maté­riaux ;
– opti­mi­sa­tion éner­gé­tique mon­diale ;
– auto­ma­ti­sa­tion mas­sive du tra­vail intel­lec­tuel ;
– accé­lé­ra­tion de la recherche scien­ti­fique elle-même.

Cer­tains parlent d’une « explo­sion d’intelligence » : une IA amé­lio­re­rait une autre IA.

Du point de vue chré­tien, une dis­tinc­tion est néces­saire.

Déve­lop­per des outils plus puis­sants n’est pas néces­sai­re­ment trans­hu­ma­niste.

Le trans­hu­ma­nisme com­mence lorsque la puis­sance devient pro­messe de salut.

L’espérance chré­tienne ne repose pas sur une intel­li­gence infi­nie créée mais sur la sagesse du Dieu incar­né.

« Le mys­tère de l’homme ne s’éclaire vrai­ment que dans le mys­tère du Verbe incar­né. » (Gau­dium et spes, 22, repris dans l’introduction de Magni­fi­ca Huma­ni­tas)

Annexe 2 – Qui pilote réellement l’IA ? Concentration du pouvoir et risques politiques

Contrai­re­ment à une idée répan­due, l’IA n’est pas contrô­lée par « quelques ingé­nieurs dans un garage ».

Le déve­lop­pe­ment des modèles les plus avan­cés repose aujourd’hui sur une com­bi­nai­son de :

– quelques grandes entre­prises tech­no­lo­giques ;
– plu­sieurs labo­ra­toires de recherche pri­vés ;
– des uni­ver­si­tés ;
– quelques États majeurs ;
– des four­nis­seurs d’infrastructures (semi-conduc­teurs, centres de cal­cul, cloud).

Le nombre exact de per­sonnes capables de conce­voir les modèles les plus avan­cés est dif­fi­cile à esti­mer, mais le cercle des cher­cheurs de pointe, diri­geants, inves­tis­seurs et res­pon­sables d’infrastructure reste extrê­me­ment res­treint à l’échelle mon­diale : pro­ba­ble­ment quelques mil­liers de per­sonnes ayant une influence directe, et un noyau beau­coup plus réduit dis­po­sant réel­le­ment des res­sources cri­tiques.

L’enjeu n’est pas seule­ment tech­nique.

L’encyclique sou­ligne :

« Les prin­ci­paux moteurs du déve­lop­pe­ment sont des acteurs pri­vés, sou­vent trans­na­tio­naux, dotés de res­sources et de capa­ci­tés d’intervention supé­rieures à celles de nom­breux gou­ver­ne­ments. »

Et encore :

« Lorsqu’un pou­voir d’une telle ampleur se concentre entre quelques mains, il tend à deve­nir opaque. »

Les risques évo­qués sont connus :

– sur­veillance de masse ;
– influence cog­ni­tive ;
– mani­pu­la­tion poli­tique ;
– dépen­dance éco­no­mique ;
– concen­tra­tion cultu­relle ;
– contrôle de l’information ;
– auto­ma­ti­sa­tion mili­taire.

Mais il faut gar­der une pru­dence : le dan­ger ne vient pas uni­que­ment de l’IA.

Le dan­ger vient tou­jours d’un pou­voir humain insuf­fi­sam­ment limi­té.

La Bible connaît déjà ce pro­blème avant l’algorithme : Babel, Baby­lone, Rome.

L’outil change.
La ten­ta­tion demeure.

Annexe 3 – Les promesses réelles : pourquoi l’IA peut aussi être un bien commun

Une cri­tique chré­tienne de la tech­nique ne doit jamais deve­nir un refus de la tech­nique.

L’Écriture ne condamne ni l’artisan, ni le méde­cin, ni le savoir.

L’encyclique rap­pelle :

« Les décou­vertes scien­ti­fiques sont un talent confié à l’humanité afin qu’elle le fasse fruc­ti­fier. »

Par­mi les béné­fices plau­sibles dans les décen­nies à venir :

San­té
– méde­cine per­son­na­li­sée ;
– diag­nos­tic plus pré­coce ;
– décou­verte accé­lé­rée de trai­te­ments ;
– assis­tance aux chi­rur­giens ;
– aide aux mala­dies rares ;
– accom­pa­gne­ment du vieillis­se­ment.

Édu­ca­tion
– appren­tis­sage indi­vi­dua­li­sé ;
– accès au savoir dans des régions iso­lées ;
– tra­duc­tion ins­tan­ta­née ;
– outils d’accompagnement pour élèves en dif­fi­cul­té ;
– accès faci­li­té aux res­sources péda­go­giques.

Han­di­cap et inclu­sion
– assis­tants vocaux avan­cés ;
– inter­faces cer­veau-machine thé­ra­peu­tiques ;
– aide à la com­mu­ni­ca­tion ;
– auto­no­mie accrue.

Envi­ron­ne­ment
– opti­mi­sa­tion éner­gé­tique ;
– modé­li­sa­tion cli­ma­tique ;
– agri­cul­ture plus pré­cise.

Le chris­tia­nisme n’a donc pas voca­tion à deve­nir anti-inno­va­tion.

La ques­tion n’est pas : faut-il déve­lop­per l’IA ?

La ques­tion est : au ser­vice de qui ?

Une civi­li­sa­tion devient juste lorsque la puis­sance aug­mente sans que l’homme cesse d’être regar­dé comme une per­sonne et non comme une variable d’optimisation.


Bibliographie sommaire

Sources prin­ci­pales

La Bible
Réfé­rences prin­ci­pales : Genèse 1–3 ; Genèse 11 ; Néhé­mie 1–6 ; Psaume 8 ; Psaume 85.11 ; Jean 1 ; Jean 10.10 ; Romains 8 ; Éphé­siens 1.10 ; Colos­siens 1.15–20 ; Apo­ca­lypse 21.

Lettre ency­clique du Saint-Père Léon XIV, Magni­fi­ca Huma­ni­tas. Sur la pro­tec­tion de la per­sonne humaine à l’ère de l’intelligence arti­fi­cielle, 15 mai 2026. Texte étu­dié dans cet article.

Pères de l’Église

Les Confes­sions
Augus­tin d’Hippone, Les Confes­sions, Livre I, chap. 1.
Texte fon­da­men­tal sur le désir humain et le repos en Dieu.

La Cité de Dieu
Augus­tin d’Hippone, La Cité de Dieu, Livre XIV, chap. 28.
Doc­trine des deux amours et des deux cités.

De doc­tri­na chris­tia­na
Augus­tin d’Hippone, La Doc­trine chré­tienne (De doc­tri­na chris­tia­na), Livre II.
Réflexion sur l’usage chré­tien des biens cultu­rels (« dépouilles des Égyp­tiens »).

Réfor­ma­teurs

Ins­ti­tu­tion de la reli­gion chré­tienne
Jean Cal­vin, Ins­ti­tu­tion de la reli­gion chré­tienne.
Livre I, chap. I, §1 ; Livre I, chap. XI, §8.
Connais­sance de Dieu et de l’homme ; cri­tique de l’idolâtrie.

Grand Caté­chisme
Mar­tin Luther, Grand Caté­chisme, expli­ca­tion du pre­mier com­man­de­ment.
Ana­lyse du cœur humain et de l’idolâtrie.

Du serf arbitre
Mar­tin Luther, Du serf arbitre (De ser­vo arbi­trio), 1525.
Cri­tique de l’autonomie humaine.

Théo­lo­gie réfor­mée et apo­lo­gé­tique contem­po­raine

A Chris­tian Theo­ry of Know­ledge
Cor­ne­lius Van Til, A Chris­tian Theo­ry of Know­ledge.
Doc­trine des pré­sup­po­sés et cri­tique de l’autonomie de la pen­sée.

The Defense of the Faith
Cor­ne­lius Van Til, The Defense of the Faith.
Fon­de­ments de l’apologétique pré­sup­po­si­tion­na­liste.

The Abo­li­tion of Man
C. S. Lewis, L’Abolition de l’homme.
Cri­tique du réduc­tion­nisme tech­ni­cien et de la domi­na­tion humaine.

Le monde contem­po­rain et la loi de Dieu
Hen­ri Blo­cher, théo­lo­gien évan­gé­lique.
Réflexions sur anthro­po­lo­gie, culture et moder­ni­té.

Roots of Wes­tern Culture
Her­man Dooye­weerd, Roots of Wes­tern Culture.
Ana­lyse des motifs reli­gieux qui struc­turent les civi­li­sa­tions.

Trans­hu­ma­nisme, tech­nique et intel­li­gence arti­fi­cielle

The Sin­gu­la­ri­ty Is Near
Ray Kurz­weil.
Texte majeur du trans­hu­ma­nisme contem­po­rain.

Super­in­tel­li­gence
Nick Bos­trom.
Ouvrage de réfé­rence sur les scé­na­rios de super-intel­li­gence.

La socié­té auto­ma­tique
Ber­nard Stie­gler.
Cri­tique phi­lo­so­phique de l’automatisation.

La Tech­nique ou l’en­jeu du siècle
Jacques Ellul.
Ouvrage clas­sique sur l’autonomie du sys­tème tech­ni­cien.

Pour aller plus loin

Lau­da­to si’
Fra­tel­li tut­ti
Cari­tas in veri­tate
Rerum nova­rum

Cette biblio­gra­phie peut ser­vir de base à une future biblio­gra­phie cri­tique anno­tée pour Foe­dus (sources favo­rables, cri­tiques et contra­dic­toires).


Outils pédagogiques

Contexte du sujet

L’article part d’une intui­tion cen­trale de Magni­fi­ca Huma­ni­tas : le défi de l’intelligence arti­fi­cielle n’est pas seule­ment tech­nique mais anthro­po­lo­gique et spi­ri­tuel. Der­rière la pro­messe d’augmenter l’homme sur­git une ques­tion plus ancienne : l’homme peut-il se sau­ver lui-même ? L’enjeu est par­ti­cu­liè­re­ment visible dans cer­taines formes de trans­hu­ma­nisme qui pré­sentent la fra­gi­li­té humaine comme un défaut à cor­ri­ger plu­tôt qu’une condi­tion appe­lée à être trans­fi­gu­rée.

Com­prendre les notions clés

Tech­nique
Ensemble des moyens déve­lop­pés par l’homme pour agir sur le monde.

Trans­hu­ma­nisme
Cou­rant de pen­sée consi­dé­rant que l’homme peut – et par­fois doit – dépas­ser ses limites bio­lo­giques grâce à la tech­no­lo­gie.

Super-intel­li­gence arti­fi­cielle (ASI)
Hypo­thèse d’une intel­li­gence arti­fi­cielle dépas­sant lar­ge­ment les capa­ci­tés humaines géné­rales.

Salut (sens chré­tien)
Action de Dieu qui récon­ci­lie l’homme avec Lui en Jésus-Christ et conduit à sa res­tau­ra­tion finale.

Ques­tion de départ

Quand nous cher­chons le pro­grès, cher­chons-nous un meilleur outil… ou un nou­veau sau­veur ?

Lire les textes bibliques

Genèse 11.1–9 – Babel
Genèse 3.1–7 – la ten­ta­tion d’être « comme Dieu »
Psaume 8 – gran­deur et limite de l’homme
Jean 15.1–8 – demeu­rer en Christ
Romains 8.18–25 – créa­tion et espé­rance
Apo­ca­lypse 21.1–5 – la nou­velle créa­tion

Ques­tions pour entrer dans le texte

  1. Dans Babel, qu’est-ce que Dieu juge exac­te­ment : la construc­tion ou l’intention ?
  2. Pour­quoi le désir de « se faire un nom » est-il pro­blé­ma­tique ?
  3. La Bible pré­sente-t-elle la limite humaine comme un mal abso­lu ?
  4. Quelle dif­fé­rence entre trans­for­ma­tion chré­tienne et aug­men­ta­tion tech­no­lo­gique ?
  5. Peut-on uti­li­ser for­te­ment la tech­nique sans deve­nir tech­ni­ciste ?

Exer­cice apo­lo­gé­tique – Iden­ti­fier les pré­sup­po­sés

Prends cha­cune de ces affir­ma­tions et iden­ti­fie :
– ce qu’elle dit de l’homme ;
– ce qu’elle dit du salut ;
– ce qu’elle dit de Dieu.

Affir­ma­tion A :
« Nous fini­rons par vaincre le vieillis­se­ment. »

Affir­ma­tion B :
« L’homme est appe­lé à dépas­ser toutes ses limites. »

Affir­ma­tion C :
« Une intel­li­gence supé­rieure résou­dra les conflits humains. »

Affir­ma­tion D :
« Le pro­blème prin­ci­pal de l’homme est le manque de connais­sances. »

Com­pa­rer deux récits du monde

Vision trans­hu­ma­niste :

Créa­tion → matière évo­lu­tive
Pro­blème → limite bio­lo­gique
Solu­tion → tech­no­lo­gie
Espé­rance → homme aug­men­té

Vision biblique :

Créa­tion → image de Dieu
Pro­blème → péché
Solu­tion → rédemp­tion
Espé­rance → résur­rec­tion

Étude de cas

Cas 1 : une IA per­met de détec­ter un can­cer dix ans plus tôt.
Cas 2 : une IA sélec­tionne les embryons pour maxi­mi­ser cer­taines per­for­mances.
Cas 3 : une IA rem­place la majo­ri­té des ensei­gnants.

Pour chaque situa­tion :

– Quel bien réel est recher­ché ?
– Quel risque anthro­po­lo­gique appa­raît ?
– Quelle serait une réponse chré­tienne équi­li­brée ?

Ques­tions de dis­cus­sion

– Refu­ser cer­taines inno­va­tions est-il tou­jours du conser­va­tisme ?
– La souf­france doit-elle tou­jours être sup­pri­mée ?
– Existe-t-il des limites qu’il serait mau­vais de fran­chir ?
– Peut-on croire au pro­grès sans croire au salut par la tech­nique ?
– Quelle dif­fé­rence entre gué­rir et trans­for­mer l’homme ?

Pour aller plus loin

Relire l’article en rem­pla­çant chaque occur­rence du mot « tech­no­lo­gie » par « puis­sance ». Le rai­son­ne­ment tient-il tou­jours ?

Puis poser cette ques­tion finale :

Si demain toutes les mala­dies dis­pa­rais­saient, que res­te­rait-il encore à sau­ver ?

Phrase à rete­nir

Le chris­tia­nisme ne demande pas à l’homme de renon­cer au pro­grès ; il lui demande de ne pas attendre du pro­grès ce que seul Dieu pro­met.


Commentaires

Une réponse à « Babel numérique ou cité de Dieu ? Analyse réformée de Magnifica Humanitas »

  1. Avatar de Alain Rioux

    Résu­mé de l’En­cy­clique :

    L’a­vè­ne­ment de l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle inter­roge de nou­veau le monde sur l’o­rien­ta­tion de son des­tin : Babel ou la recons­truc­tion de Jéru­sa­lem, le tota­li­ta­risme ou le per­son­na­lisme. Or, l’In­car­na­tion du Verbe divin en Jésus-Christ, Dieu fait chair, res­taure la digni­té humaine par sa Résur­rec­tion. Elle révèle, ain­si, que le des­sein de Dieu pour l’homme est qu’il par­ti­cipe à l’es­sence de son être trine, l’A­mour, rela­tion dyna­mique du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Un seul Dieu. C’est, donc, à l’aune de ce cri­tère que doit être lu le pro­grès numé­rique de l’Homme : la pro­mo­tion de la digni­té humaine au nom de l’a­mour, bref, l’op­tion per­son­na­liste du Pro­grès.

    Com­men­taire :

    La seule façon de par­ve­nir à huma­ni­ser la tech­nique est impos­sible sans Pen­te­côte. Car, seule la foi regé­né­rée par le Saint-Esprit, qui renou­velle l’in­tel­li­gence humaine, lui fait appré­cier son exis­tence sous l’é­clai­rage de l’É­van­gile. Les réa­li­sa­tions poli­tiques et sociales de la civi­li­sa­tion occi­den­tale en témoignent assez.

    En effet, l’homme déchu ne sau­rait se déployer que selon la dia­lec­tique hégé­lienne, dont la tota­li­sa­tion finale n’est jamais que la somme des néga­tions qu’elle porte, comme la bar­ba­rie des reli­gions et des régimes non-chré­tiens l’illus­trent, hélas, encore de nos jours. Car, contrai­re­ment à ce que pré­tend le pape de Rome, la nature de l’homme est non pas bles­sée mais entiè­re­ment cor­rom­pue, mort au Bien, lui-même.

    A ce titre, il serait uto­pique de croire que la sub­sti­tu­tion de la gran­deur conti­nue (tech­no­lo­gie numé­rique) à la quan­ti­té dis­crète (masse) puisse s’o­pé­rer sans inten­tion avi­lis­sante, comme il en a été du ren­ver­se­ment du monde de la qua­li­té (outil/épée) par celui du nombre (machine/fusil), lors de la Révo­lu­tion fran­çaise, syn­thèse et norme de la moder­ni­té anthro­po­lo­gique, dont la Ter­reur fut le res­sort fon­da­men­tal.

    C’est pour­quoi, le chré­tien fera bien de consi­dé­rer, d’a­bord, la fuga­ci­té de ce monde, compte tenu de sa mor­ta­li­té (Mt.6/34, I Cor.7/21, I Jn.2/17), afin de ne pas se gran­dir la menace. Ensuite, il sera ins­pi­ré de conser­ver la ver­sion papier, dis­crète, du savoir, pour pré­ser­ver son auto­no­mie intel­lec­tuelle, face à l’u­ni­vers numé­rique, en ver­tu du second prin­cipe d’in­com­plé­tude de Gödel.

    Enfin, l’É­glise aurait tout inté­rêt à réunir ses forces, en ver­tu de la Foi du Sym­bole ori­gi­nel de Nicée-Constan­ti­nople (381 A.D), unique mot de passe de la Chré­tien­té (Dz.265, 300–303 & 559), face aux bou­le­ver­se­ments anthro­po­lo­giques que la révo­lu­tion numé­rique a le pro­pos d’im­po­ser au globe, afin de demeu­rer le der­nier oasis humain sur cette terre, l’u­nique Cité de Dieu sur­na­geant au déluge du délire trans­hu­ma­niste, en tant que pré­fi­gu­ra­tion du Para­dis pro­mis.

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