Pentecôte – Le peuple renouvelé

Pentecôte – Le souffle de Dieu et la naissance du peuple renouvelé

Pour lire l’i­mage

Le regard est atti­ré vers la lumière qui des­cend, non vers un per­son­nage unique. Les apôtres ne pro­duisent pas le feu : ils le reçoivent. Pierre appa­raît comme témoin par­mi les témoins. Marie est pré­sente mais non cen­trale, signe que la Pen­te­côte ne fonde pas une dévo­tion par­ti­cu­lière mais consti­tue l’Église entière comme peuple habi­té par l’Esprit.


Ce dimanche de Pen­te­côte, j’ai eu la joie de don­ner la pré­di­ca­tion à l’UNEPREF de Nîmes à par­tir d’Actes 2.1–11.

Nous avons relu ensemble ce récit fon­da­teur où Dieu ne donne pas d’abord une méthode, mais son Esprit ; non d’abord une puis­sance humaine, mais son souffle qui fait vivre.

De la Pen­te­côte d’Israël au don de l’Esprit, de la pro­messe faite à Abra­ham jusqu’aux nations ras­sem­blées en Christ, ces textes nous rap­pellent que l’Église ne vit ni de son pas­sé ni de ses res­sources propres, mais du Dieu vivant qui renou­velle son peuple.

La Pen­te­côte demeure une parole actuelle : le Christ règne, l’Esprit agit, et même dans la fai­blesse appa­rente, Dieu conti­nue de faire entendre ses mer­veilles.

Lectures de la Bible (Textes du jour)

Prière d’illumination

Sei­gneur Dieu,

sans ton Esprit nous pou­vons entendre sans com­prendre,
lire sans rece­voir,
écou­ter sans être trans­for­més.

Ouvre nos intel­li­gences.
Éclaire nos consciences.
Fais-nous ren­con­trer le Christ vivant dans l’Écriture.

Par ton Esprit, rends effi­cace ta Parole par­mi nous.

Amen.

Lec­tures bibliques

Bible Louis Segond, ver­sion 1978, dite « À la Colombe ».

Actes 2.1–11
1 Corin­thiens 12.3–13
Jean 20.19–23

Nous lisons tout d’abord dans le livre des Actes des Apôtres le texte pro­po­sé pour ce dimanche de Pen­te­côte : Actes 2.1 à 11.

Ces lec­tures sont tirées du guide Soif du Dieu vivant, qui pro­pose de par­cou­rir toute l’Écriture en quatre ans et qui a suc­cé­dé à l’ancien guide La Bible en 6 ans de la Fédé­ra­tion pro­tes­tante de France.

Ce lec­tion­naire est uti­li­sé, tota­le­ment ou par­tiel­le­ment, par de nom­breuses Églises chré­tiennes – réfor­mées, luthé­riennes, angli­canes, catho­liques, métho­distes et par­fois aus­si évan­gé­liques – rap­pel dis­cret qu’aujourd’hui, bien au-delà de nos assem­blées, beau­coup entendent ensemble la même Parole de Dieu.

Actes 2.1–11

1 Lorsque le jour de la Pen­te­côte arri­va, ils étaient tous ensemble dans le même lieu. 2Tout à coup, il vint du ciel un bruit comme celui d’un souffle violent qui rem­plit toute la mai­son où ils étaient assis. 3Des langues qui sem­blaient de feu et qui se sépa­raient les unes des autres leur appa­rurent ; elles se posèrent sur cha­cun d’eux. 4Ils furent tous rem­plis d’Es­prit Saint et se mirent à par­ler en d’autres langues, selon que l’Es­prit leur don­nait de s’ex­pri­mer.

5 Or il y avait en séjour à Jéru­sa­lem des Juifs pieux venus de toutes les nations qui sont sous le ciel. 6Au bruit qui se pro­dui­sit, la mul­ti­tude accou­rut et fut bou­le­ver­sée, parce que cha­cun les enten­dait par­ler dans sa propre langue. 7Ils étaient hors d’eux-mêmes et dans l’ad­mi­ra­tion, et disaient : Voi­ci, ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Gali­léens ? 8Comment les enten­dons-nous cha­cun dans notre propre langue mater­nelle ? 9Parthes, Mèdes, Éla­mites, ceux qui habitent la Méso­po­ta­mie, la Judée, la Cap­pa­doce, le Pont, l’A­sie, 10la Phry­gie, la Pam­phy­lie, l’É­gypte, le ter­ri­toire de la Libye voi­sine de Cyrène, et ceux qui sont venus de Rome, Juifs et pro­sé­lytes, Cré­tois et Arabes, 11nous les enten­dons par­ler dans nos langues des mer­veilles de Dieu ! 

1 Corin­thiens 12.3–13

3C’est pour­quoi je vous le déclare : nul, s’il parle par l’Es­prit de Dieu, ne dit : Jésus est ana­thème ! et nul ne peut dire : Jésus est le Sei­gneur ! si ce n’est par le Saint-Esprit.

4Il y a diver­si­té de dons, mais le même Esprit ; 5diversité de ser­vices, mais le même Sei­gneur ; 6diversité d’o­pé­ra­tions, mais le même Dieu qui opère tout en tous.

7 Or, à cha­cun la mani­fes­ta­tion de l’Es­prit est don­née pour l’u­ti­li­té (com­mune). 8En effet, à l’un est don­née par l’Es­prit une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connais­sance, selon le même Esprit ; 9à un autre, la foi, par le même Esprit ; à un autre, des dons de gué­ri­sons, par le même Esprit ; 10à un autre, (le don) d’o­pé­rer des miracles ; à un autre, la pro­phé­tie ; à un autre, le dis­cer­ne­ment des esprits ; à un autre, diverses sortes de langues ; à un autre, l’in­ter­pré­ta­tion des langues. 11Un seul et même Esprit opère toutes ces choses, les dis­tri­buant à cha­cun en par­ti­cu­lier comme il veut.

12 En effet, comme le corps est un, tout en ayant plu­sieurs membres, et comme tous les membres du corps, mal­gré leur nombre, ne sont qu’un seul corps – ain­si en est-il du Christ. 13Car c’est dans un seul Esprit que nous tous, pour for­mer un seul corps, avons tous été bap­ti­sés, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreu­vés d’un seul Esprit.

Jean 20.19–23

19 Le soir de ce jour, qui était le pre­mier de la semaine, les portes du lieu où se trou­vaient les dis­ciples étaient fer­mées, par la crainte qu’ils avaient des Juifs ; Jésus vint, et debout au milieu d’eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous ! 20Quand il eut dit cela, il leur mon­tra ses mains et son côté. Les dis­ciples se réjouirent en voyant le Sei­gneur. 21Jésus leur dit de nou­veau : Que la paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aus­si, je vous envoie. 22Après ces paroles, il souf­fla sur eux et leur dit : Rece­vez l’Es­prit Saint. 23Ceux à qui vous par­don­ne­rez les péchés, ils leur seront par­don­nés, et ceux à qui vous les retien­drez, ils leur seront rete­nus.

« Heu­reux ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la gardent. »

Prière

Sei­gneur notre Dieu,
ce que nous avons enten­du de ta Parole,
grave-le dans nos cœurs.

Que ton Esprit fasse por­ter du fruit à ce qui a été semé aujourd’hui.

Amen.


Introduction – Quand l’Église ne peut plus vivre de ses propres forces

Il existe des spec­tacles qui impres­sionnent et des évé­ne­ments qui changent réel­le­ment l’histoire.

Notre époque aime ce qui est visible. Elle aime les grands ras­sem­ble­ments, les chiffres, les effets, les annonces, les émo­tions fortes. Et par­fois l’Église elle-même peut être ten­tée de cher­cher son espé­rance dans ce qui frappe les yeux.

Mais la Pen­te­côte com­mence autre­ment.

Pas dans un stade.
Pas devant les puis­sants.
Pas au cœur de Rome.

Elle com­mence dans une mai­son.

Quelques dis­ciples.
Pas de pro­gramme.
Pas de stra­té­gie.
Pas de puis­sance visible.

Et pour­tant ce qui se passe ce jour-là va tra­ver­ser les siècles jusqu’à nous.

Aujourd’hui encore, ici à Nîmes, nous sommes les héri­tiers directs de ce jour.

Quand nous regar­dons nos Églises, nous pou­vons par­fois être par­ta­gés.

Il y a des signes encou­ra­geants. Il y a encore des bap­têmes. Il y a des œuvres qui vivent. Il y a des col­la­bo­ra­tions fra­ter­nelles. Il y a des com­mu­nau­tés évan­gé­liques qui témoignent avec fidé­li­té. Il y a encore une librai­rie chré­tienne. Il y a des enfants au culte.

Mais il faut aus­si regar­der luci­de­ment.

Quand nous regar­dons notre situa­tion aujourd’hui, il faut regar­der avec véri­té. Ni peur. Ni nos­tal­gie.

Oui, beau­coup de choses ont chan­gé.

Nîmes reste mar­quée par une his­toire pro­tes­tante pro­fonde. Le Grand Temple. Le Petit Temple. L’Oratoire. La mémoire hugue­note. Les assem­blées du Désert.

Tout cela compte.

Mais l’histoire d’hier ne fait jamais vivre l’Église d’aujourd’hui.

Nous le savons bien : dans beau­coup d’endroits, les assem­blées ont chan­gé de visage. Cer­taines sont plus petites. Cer­taines vieillissent. Cer­taines peinent à trans­mettre.

Et cela ne concerne pas seule­ment le pro­tes­tan­tisme.

Même là où les bâti­ments demeurent magni­fiques, même là où le patri­moine reste impres­sion­nant, nous voyons par­fois des regrou­pe­ments, des fra­gi­li­tés, des com­mu­nau­tés qui cherchent un nou­veau souffle.

Et puis il y a par­fois des signes qui nous parlent plus per­son­nel­le­ment.

Le temple où j’ai fait ma confir­ma­tion, à Nîmes-Ouest, est aujourd’hui deve­nu une mos­quée.

Je ne dis pas cela pour regar­der nos voi­sins avec inquié­tude ou riva­li­té. Je le dis parce que ce lieu est deve­nu pour moi une ques­tion.

Qu’est-ce qui fait qu’une com­mu­nau­té trans­met ? Qu’est-ce qui fait qu’une com­mu­nau­té s’essouffle ?

Car aucune géné­ra­tion ne vit éter­nel­le­ment sur la foi de la pré­cé­dente.

Une Église peut gar­der ses murs et perdre sa voix.

Elle peut conser­ver ses habi­tudes et perdre son attente de Dieu.

Mais l’inverse est vrai aus­si.

Une petite assem­blée peut être pleine de vie.

Une com­mu­nau­té dis­crète peut por­ter un témoi­gnage immense.

Et il existe aus­si des signes d’espérance.

Des Églises qui tra­vaillent ensemble.

Des familles qui arrivent.

Des bap­têmes.

Des enfants.

Des temps de prière.

Des ini­tia­tives com­munes.

Ne mépri­sons jamais cela.

Parce que Dieu n’a jamais com­men­cé avec les majo­ri­tés.

La Pen­te­côte n’a pas com­men­cé dans un empire chré­tien.

Elle a com­men­cé dans une mai­son.

Et cela a suf­fi.


Verset 1. Le peuple rassemblé – attendre la promesse

Écou­tons donc ce texte comme si nous l’entendions pour la pre­mière fois.

Ver­set 1

« Lorsque le jour de la Pen­te­côte arri­va, ils étaient tous ensemble dans le même lieu. »

Le pre­mier mot impor­tant est celui-ci :

Pen­te­côte.

Pour nous, c’est deve­nu une fête chré­tienne.

Mais pour les dis­ciples, ce jour exis­tait déjà.

Le mot signi­fie sim­ple­ment : cin­quan­tième.

Cin­quante jours après la Pâque.

À l’origine, Israël célé­brait les pré­mices de la récolte.

Puis pro­gres­si­ve­ment cette fête a aus­si été asso­ciée au sou­ve­nir du Sinaï – au don de la Loi.

Autre­ment dit, lorsque Luc écrit :

« Le jour de la Pen­te­côte… »

il ne donne pas une date.

Il donne une clé de lec­ture.

Il nous dit :

Reli­sez le Sinaï.

Reli­sez Exode.

Reli­sez l’alliance.

Au Sinaï, Dieu des­cend.

Il y a du bruit.

Du feu.

Le peuple est ras­sem­blé.

Dieu donne sa Loi.

Ici aus­si Dieu des­cend.

Il y aura du bruit.

Il y aura du feu.

Le peuple est ras­sem­blé.

Mais cette fois quelque chose change.

Au Sinaï, Dieu écrit sur des tables.

À Pen­te­côte, Dieu vient habi­ter son peuple.

Au Sinaï, Israël est consti­tué comme peuple de l’alliance.

À Pen­te­côte, l’alliance s’ouvre aux nations.

Non pas parce qu’Israël serait aban­don­né.

Mais parce que la pro­messe faite à Abra­ham com­mence à atteindre les extré­mi­tés de la terre.

Paul dira plus tard que les nations ont été gref­fées sur l’olivier franc.

Nous ne rem­pla­çons pas Israël.

Nous rece­vons par grâce une part à la pro­messe.

Cela devrait pro­duire de l’humilité.

Le Dieu de Pen­te­côte n’est pas un dieu nou­veau.

C’est le Dieu d’Abraham.
Le Dieu d’Isaac.
Le Dieu de Jacob.
Le Père de notre Sei­gneur Jésus-Christ.

Puis Luc ajoute :

« Ils étaient tous ensemble dans le même lieu. »

Nous lisons sou­vent cela trop vite.

Nous ima­gi­nons juste une indi­ca­tion pra­tique.

Mais Luc insiste.

Ils sont ensemble.

Ils attendent.

Ils ne pro­duisent rien.

Ils ne fabriquent pas la Pen­te­côte.

Ils ne lancent pas un pro­jet.

Ils reçoivent.

C’est impor­tant.

Parce que nous vivons dans une époque qui croit que tout peut être fabri­qué :

la crois­sance,
l’identité,
la réus­site,
même par­fois la spi­ri­tua­li­té.

Mais l’Église com­mence tou­jours par rece­voir.

Et remar­quez :

ils reçoivent ensemble.

L’Esprit ne des­cend pas d’abord sur des indi­vi­dus iso­lés.

Il des­cend sur une assem­blée.

1 Corin­thiens 12 expli­que­ra plus tard :

« Nous avons tous été bap­ti­sés dans un seul Esprit pour for­mer un seul corps. »

L’unité pré­cède ici la mis­sion.

Pas une uni­té de carac­tère.

Pas une uni­té de sen­si­bi­li­té.

Pas une uni­té de géné­ra­tion.

Une uni­té tour­née vers le Christ.

Et déjà une pre­mière ques­tion pour nous.

Atten­dons-nous encore quelque chose de Dieu ?

Ou pen­sons-nous que tout dépend désor­mais de nos forces ?

Car la Pen­te­côte com­mence exac­te­ment ici :

un peuple ras­sem­blé,
qui ne maî­trise rien,
mais qui attend tout.

Versets 2–3. Le Dieu qui descend – du Sinaï à la nouvelle création

Ver­sets 2 à 3

« Tout à coup, il vint du ciel un bruit comme celui d’un souffle violent qui rem­plit toute la mai­son où ils étaient assis. Des langues qui sem­blaient de feu et qui se sépa­raient les unes des autres leur appa­rurent ; elles se posèrent sur cha­cun d’eux. »

Et sou­dain, tout change.

Luc écrit :

« Tout à coup. »

Les dis­ciples attendent.

Et Dieu agit.

Ce petit détail mérite d’être enten­du.

Dans l’Écriture, Dieu agit sou­vent ain­si.

Pas parce qu’il agit sans pré­pa­ra­tion.

Mais parce qu’il agit libre­ment.

L’Église ne com­mande pas l’Esprit.

Elle le reçoit.

Les dis­ciples ne pro­voquent rien.

Ils sont là.

Et Dieu accom­plit sa pro­messe.

Puis Luc dit :

« Il vint du ciel un bruit… »

Le texte est très pré­cis.

Il ne dit pas :

un vent.

Il dit :

un bruit comme.

Le mot grec est êchos.

C’est un son, une réso­nance, quelque chose qui enva­hit l’espace.

Ce n’est pas encore le souffle lui-même.

C’est le signe audible de l’intervention de Dieu.

Et ce bruit res­semble à « un souffle violent ».

Le mot uti­li­sé ici évoque le mou­ve­ment puis­sant du vent.

Mais il faut résis­ter à une lec­ture trop phy­sique.

Luc ne veut pas nous racon­ter une météo mira­cu­leuse.

Il veut nous faire entendre quelque chose.

Et immé­dia­te­ment plu­sieurs textes bibliques reviennent.

Genèse 2.

Dieu façonne l’homme de la pous­sière.

Puis il souffle.

Et l’homme devient vivant.

Ézé­chiel 37.

Le pro­phète se tient devant une val­lée d’ossements.

Tout semble ter­mi­né.

Et Dieu dit :

« Pro­phé­tise au souffle. »

Le souffle vient.

Les morts se lèvent.

Jean 20.

Le Christ res­sus­ci­té souffle sur ses dis­ciples :

« Rece­vez le Saint-Esprit. »

Et main­te­nant Actes 2.

Le souffle devient public.

Ce qui était don­né à quelques dis­ciples com­mence à deve­nir l’histoire du peuple entier.

Autre­ment dit :

la Pen­te­côte n’est pas une amé­lio­ra­tion reli­gieuse.

C’est une créa­tion nou­velle.

Et cela est très impor­tant.

Parce que nous pen­sons sou­vent que la vie chré­tienne consiste sur­tout à deve­nir un peu meilleurs.

Un peu plus dis­ci­pli­nés.
Un peu plus convain­cus.
Un peu plus moti­vés.

Mais la Bible parle plus radi­ca­le­ment.

Elle parle de vie.

Le pro­blème de l’homme n’est pas seule­ment qu’il manque de conseils.

Il manque de souffle.

Et le pre­mier don de Pen­te­côte n’est pas une méthode.

C’est la vie.

Puis Luc ajoute :

« Le bruit rem­plit toute la mai­son. »

Cette pré­ci­sion est belle.

Pas seule­ment un coin.

Pas seule­ment quelques per­sonnes.

Toute la mai­son.

Parce que lorsque Dieu agit, il ne vient pas ajou­ter une pièce à notre exis­tence.

Il vient habi­ter.

Et main­te­nant appa­raît le signe le plus sur­pre­nant.

« Des langues qui sem­blaient de feu leur appa­rurent. »

Là encore Luc est pru­dent.

Il ne dit pas :

du feu.

Il dit :

comme du feu.

Pour­quoi ?

Parce que le signe ren­voie à quelque chose de plus grand.

Dans toute l’Écriture, le feu accom­pagne sou­vent la pré­sence de Dieu.

Le buis­son ardent.

La colonne de feu.

Le Sinaï.

Écou­tons Exode :

« Le mont Sinaï était tout en fumée, parce que l’Éternel y était des­cen­du au milieu du feu. »

Voi­là pour­quoi Luc a com­men­cé par dire :

« Le jour de la Pen­te­côte. »

Il veut que nous enten­dions le Sinaï.

Dieu des­cend.

Il y a du bruit.

Il y a du feu.

Le peuple est ras­sem­blé.

Mais il y a une dif­fé­rence immense.

Au Sinaï, le feu des­cend sur une mon­tagne.

À Pen­te­côte, il des­cend sur le peuple.

Le centre s’est dépla­cé.

Le temple devient une assem­blée.

L’Esprit habite désor­mais son peuple.

Et remar­quez encore :

les langues se séparent.

Et elles se posent sur cha­cun.

Le feu n’est pas concen­tré sur un seul.

Pas seule­ment Pierre.

Pas seule­ment les apôtres.

Sur cha­cun.

Voi­là déjà une cor­rec­tion pour cer­taines de nos habi­tudes.

Nous pen­sons par­fois :

la vie de l’Église dépend sur­tout de quelques per­sonnes.

Actes 2 dit :

l’Esprit est don­né au peuple.

Cela n’efface pas les minis­tères.

Mais cela rap­pelle que toute l’Église reçoit.

Toute l’Église par­ti­cipe.

Toute l’Église est appe­lée.

Et il y a encore quelque chose à remar­quer.

Pour­quoi des langues ?

Pour­quoi pas des mains ?

Pour­quoi pas des yeux ?

Parce que le signe est déjà orien­té vers ce qui va suivre.

L’Esprit vient pour faire entendre.

Le feu devient parole.

Le don reçu devient annonce.

Et cela nous conduit à une pre­mière appli­ca­tion.

Nous cher­chons par­fois le feu.

Nous par­lons par­fois de réveil.

Mais Actes 2 nous pose une autre ques­tion :

Nos vies rendent-elles les mer­veilles de Dieu plus audibles ?

Car le signe du feu n’est jamais une fin.

Le feu pré­pare la parole.

Le souffle pré­pare le témoi­gnage.

Et le témoi­gnage pré­pare la mis­sion.

Versets 4–6. L’Esprit donné – une parole pour être entendue

Ver­sets 4–6

« Ils furent tous rem­plis d’Esprit Saint et se mirent à par­ler en d’autres langues, selon que l’Esprit leur don­nait de s’exprimer. Or il y avait en séjour à Jéru­sa­lem des Juifs pieux venus de toutes les nations qui sont sous le ciel. Au bruit qui se pro­dui­sit, la mul­ti­tude accou­rut et fut bou­le­ver­sée, parce que cha­cun les enten­dait par­ler dans sa propre langue. »

Après le souffle.

Après le feu.

Voi­ci main­te­nant la parole.

Et remar­quez l’ordre.

Dieu ras­semble.
Dieu rem­plit.
Puis l’homme parle.

Jamais l’inverse.

Luc écrit :

« Ils furent tous rem­plis d’Esprit Saint. »

Là encore, il faut ralen­tir.

Dans le livre des Actes, être rem­pli de l’Esprit ne signi­fie pas perdre conscience ou deve­nir pas­sif.

Le mot évoque plu­tôt l’idée d’être sai­si, orien­té, conduit.

Le sujet prin­ci­pal n’est plus l’homme.

Le sujet devient Dieu.

Et remar­quez quelque chose de très beau.

Ils sont rem­plis…
mais ils res­tent eux-mêmes.

Pierre reste Pierre.

Jean reste Jean.

Leurs voix demeurent.

Leurs his­toires demeurent.

L’Esprit n’efface pas les per­sonnes.

Il les rend dis­po­nibles.

Voi­là pour­quoi la vie chré­tienne n’est jamais une dis­pa­ri­tion de l’homme.

C’est son renou­vel­le­ment.

Et immé­dia­te­ment :

« Ils se mirent à par­ler. »

L’Esprit reçu devient parole.

Et cela mérite qu’on s’arrête.

Car il existe par­fois une image étrange du Saint-Esprit.

Comme si l’Esprit était sur­tout don­né pour pro­duire des expé­riences inté­rieures.

Mais ici, le pre­mier fruit visible n’est pas une émo­tion.

C’est un témoi­gnage.

L’Esprit tourne vers Dieu et vers le pro­chain.

Et main­te­nant arrive une ques­tion impor­tante.

Que signi­fie :

« par­ler en d’autres langues » ?

Le texte est assez pré­cis.

Il ne dit pas que les dis­ciples pro­duisent des sons incom­pré­hen­sibles.

Le miracle est décrit du point de vue de ceux qui entendent.

Ver­set 6 :

« Cha­cun les enten­dait par­ler dans sa propre langue. »

Le mot employé ici est dia­lec­tos.

Il désigne une langue réelle, recon­nue, com­prise.

Ce point est impor­tant.

Car le miracle prin­ci­pal n’est pas l’expression.

Le miracle est la com­pré­hen­sion.

Dieu rend son Évan­gile audible.

Et cela change la manière de lire la Pen­te­côte.

L’Esprit n’est pas don­né pour rendre mys­té­rieux.

Il est don­né pour rendre clair.

Il ne vient pas enfer­mer dans un lan­gage réser­vé à quelques ini­tiés.

Il ouvre.

Il fait entendre.

Et cela rejoint quelque chose de pro­fond dans toute l’Écriture.

Dieu parle.

Depuis Genèse.

Dieu parle.

Les pro­phètes parlent.

Le Christ est appe­lé la Parole.

Et main­te­nant l’Église parle.

Parce qu’elle a d’abord reçu.

Puis Luc ajoute un détail qu’on saute sou­vent :

« Il y avait à Jéru­sa­lem des Juifs pieux venus de toutes les nations. »

Arrê­tons-nous.

Qui entend le pre­mier miracle ?

Des Juifs.

Pas encore les païens.

Pour­quoi ?

Parce que Luc veut mon­trer que l’histoire de l’alliance conti­nue.

Le salut vient des Juifs, comme Jésus l’avait dit.

Les pro­messes faites à Abra­ham ne sont pas aban­don­nées.

Elles com­mencent à s’ouvrir.

Ces hommes venus de par­tout sont déjà liés au peuple de l’alliance.

Et Dieu com­mence ici à ras­sem­bler ce qui était dis­per­sé.

Ce détail est impor­tant.

Car l’Église ne sur­git pas du néant.

Elle pousse sur un tronc ancien.

L’Ancien Tes­ta­ment n’est pas une pré­face dépas­sée.

C’est la racine.

L’Église n’existe que parce que Dieu a appe­lé Abra­ham.

Parce qu’il a fait alliance.

Parce qu’il a conduit Israël.

Parce qu’il a envoyé le Mes­sie.

Et cela doit pro­duire chez nous une grande humi­li­té.

Nous ne sommes pas les inven­teurs du peuple de Dieu.

Nous sommes des gref­fés.

Puis le texte dit :

« La mul­ti­tude accou­rut et fut bou­le­ver­sée. »

Le mot est fort.

Cela veut dire : dépla­cée inté­rieu­re­ment.

La Pen­te­côte ne laisse pas tran­quille.

Et il faut remar­quer quelque chose.

Le pre­mier effet du Saint-Esprit n’est pas :

ils ont tout com­pris.

Le pre­mier effet est :

ils ne com­prennent plus ce qui se passe.

Ils sont obli­gés de s’arrêter.

De regar­der.

D’écouter.

La foi com­mence sou­vent ain­si.

Pas quand tout devient clair.

Mais quand Dieu vient déran­ger nos évi­dences.

Et déjà une appli­ca­tion.

Nous vivons dans un monde qui parle beau­coup.

Qui pro­duit énor­mé­ment de paroles.

Mais où entend-on encore les mer­veilles de Dieu ?

Nous avons par­fois peur de par­ler.

Peur d’être mal­adroits.
Peur d’être mino­ri­taires.
Peur d’être jugés.

Mais remar­quez :

Dieu ne demande pas aux dis­ciples d’être impres­sion­nants.

Il leur donne une parole.

Et il ouvre des oreilles.

Notre res­pon­sa­bi­li­té n’est pas de convaincre tout le monde.

Notre res­pon­sa­bi­li­té est d’annoncer.

Dieu se charge de faire entendre.

Versets 7–11. Les merveilles de Dieu – Babel renversée et les nations appelées

Ver­sets 7–11

« Ils étaient hors d’eux-mêmes et dans l’admiration, et disaient : Voi­ci, ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Gali­léens ? Com­ment les enten­dons-nous cha­cun dans notre propre langue mater­nelle ? […] Nous les enten­dons par­ler dans nos langues des mer­veilles de Dieu ! »

Le texte atteint ici son som­met.

Et pour­tant, remar­quez quelque chose.

Le miracle n’est tou­jours pas expli­qué.

Luc ne nous dit pas encore ce que cela signi­fie.

Il nous montre d’abord la réac­tion.

L’étonnement.

Le texte dit :

« Ils étaient hors d’eux-mêmes. »

L’expression est forte.

Elle ne décrit pas une exal­ta­tion reli­gieuse.

Elle décrit un dépla­ce­ment.

Quelque chose échappe aux caté­go­ries habi­tuelles.

Ces gens ne savent plus où ran­ger ce qu’ils voient.

Et peut-être qu’il faut s’arrêter là un ins­tant.

Nous vivons dans une époque qui explique tout.

Nous ana­ly­sons.
Nous clas­sons.
Nous inter­pré­tons.

Mais la Bible com­mence sou­vent autre­ment.

Elle com­mence par l’émerveillement.

La foi n’est pas d’abord :

j’ai tout com­pris.

La foi com­mence sou­vent quand Dieu fait écla­ter nos évi­dences.

Et ce qui étonne ici est presque drôle.

« Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Gali­léens ? »

Autre­ment dit :

Com­ment est-ce pos­sible ?

Les Gali­léens n’avaient pas la répu­ta­tion d’être des élites reli­gieuses.

Ils viennent d’une région péri­phé­rique.

Accent mar­qué.
Répu­ta­tion modeste.

En lan­gage contem­po­rain :

ce ne sont pas les experts atten­dus.

Et pour­tant Dieu les choi­sit.

Là encore, cela tra­verse toute l’Écriture.

Dieu choi­sit Abra­ham.
Moïse qui ne sait pas par­ler.
David le plus jeune.
Les pro­phètes.
Les pêcheurs de Gali­lée.

Dieu aime com­men­cer avec ce qui paraît insuf­fi­sant.

Pour­quoi ?

Pour que la gloire lui revienne.

Et alors Luc donne cette longue liste.

Parthes.
Mèdes.
Éla­mites.
Méso­po­ta­mie.
Égypte.
Rome.
Cré­tois.
Arabes.

Pour­quoi cette liste ?

Parce qu’elle n’est pas déco­ra­tive.

Elle des­sine presque une carte du monde connu.

Luc veut que nous voyions quelque chose.

Le monde entier est déjà pré­sent.

La Pen­te­côte n’est pas seule­ment la nais­sance d’une com­mu­nau­té.

C’est le début de l’accomplissement de la pro­messe faite à Abra­ham :

« Toutes les familles de la terre seront bénies en toi. »

Et c’est ici qu’il faut entendre l’écho de Babel.

À Babel, l’homme vou­lait mon­ter vers Dieu.

Construire son uni­té.

Fabri­quer son ave­nir.

Résul­tat :

confu­sion.
Dis­per­sion.
Langues divi­sées.

À Pen­te­côte, Dieu des­cend.

Et il ne sup­prime pas les langues.

Il ne détruit pas les cultures.

Il ne rend pas tout iden­tique.

Il fait quelque chose de plus beau.

Il rend pos­sible une uni­té plus pro­fonde que les dif­fé­rences.

Un seul Évan­gile.

Enten­du par tous.

Voi­là pour­quoi le chris­tia­nisme n’est pas une reli­gion tri­bale.

Il n’appartient à aucun peuple.

Il n’est ni occi­den­tal, ni orien­tal.

Il appar­tient au Christ.

Et c’est aus­si pour cela que l’Église ne peut jamais se confondre tota­le­ment avec une culture.

Nos cultures comptent.

Nos his­toires comptent.

Mais aucune culture ne peut conte­nir l’Évangile.

Et main­te­nant arrive peut-être la phrase la plus impor­tante du pas­sage.

« Nous les enten­dons par­ler des mer­veilles de Dieu. »

Voi­là le conte­nu.

Pas un pro­gramme poli­tique.

Pas un mani­feste cultu­rel.

Pas une théo­rie du monde.

Les mer­veilles de Dieu.

Le mot désigne les grandes œuvres de Dieu.

Créa­tion.
Alliance.
Exode.
Pro­messes.
Croix.
Résur­rec­tion.
Don de l’Esprit.

Autre­ment dit :

les dis­ciples parlent de ce que Dieu fait.

Et remar­quez encore quelque chose.

Ils ne parlent pas d’eux-mêmes.

Ils ne racontent pas leurs émo­tions.

Ils ne disent pas :

regar­dez comme nous avons chan­gé.

Ils disent :

regar­dez ce que Dieu a fait.

Et il y a là quelque chose de pro­fon­dé­ment joyeux.

La pre­mière parole publique de l’Église n’est pas une plainte.

Ce n’est pas une nos­tal­gie.

Ce n’est pas un com­men­taire inquiet sur l’état du monde.

C’est une louange.

La Pen­te­côte pro­duit des témoins émer­veillés.

Jean nous disait déjà :

« Les dis­ciples furent dans la joie en voyant le Sei­gneur. »

Pas parce que le monde avait chan­gé.

Rome est tou­jours là.

Les oppo­si­tions vont venir.

Mais une chose est deve­nue cer­taine :

le Christ est vivant.

Cal­vin insiste sou­vent sur ce point : l’œuvre de l’Esprit conduit le croyant vers une conso­la­tion ferme et une assu­rance pai­sible en Dieu.

Le peuple de Dieu n’est pas appe­lé seule­ment à tenir.

Il est appe­lé à se réjouir.

Et peut-être faut-il nous deman­der :

Quand le monde regarde nos Églises…

voit-il seule­ment des gar­diens fidèles ?

Ou voit-il aus­si un peuple qui a encore des rai­sons de chan­ter ?

Car annon­cer les mer­veilles de Dieu sans joie finit par deve­nir contra­dic­toire.

Alors quelle est la ques­tion que pose fina­le­ment la Pen­te­côte ?

Pas :

Sommes-nous assez nom­breux ?

Pas :

Sommes-nous assez influents ?

Mais :

Avons-nous encore des mer­veilles à racon­ter ?

Conclusion – Se lever – vivre aujourd’hui du souffle du Ressuscité

Alors main­te­nant il faut reve­nir à la ques­tion que pose le texte.

Parce que Luc ne raconte pas la Pen­te­côte pour que nous admi­rions un évé­ne­ment ancien.

Il raconte la Pen­te­côte pour que nous com­pre­nions dans quel temps nous vivons.

Le Christ est res­sus­ci­té.

Le Christ règne.

Le Christ a don­né son Esprit.

Et cela change tout.

Reve­nons au début.

Ils étaient dans une mai­son.

Quelques dis­ciples.

Pas de pou­voir.
Pas d’influence.
Pas de majo­ri­té.

Et pour­tant Dieu com­mence là.

Il faut entendre cela aujourd’hui.

Parce que nous pou­vons par­fois regar­der le monde avec inquié­tude.

Nous voyons des trans­for­ma­tions pro­fondes.

Des visions de l’homme qui s’éloignent de plus en plus de l’anthropologie biblique.

Des concep­tions de la liber­té qui veulent par­fois s’émanciper de toute limite don­née.

Des dis­cours qui pré­sentent l’histoire chré­tienne uni­que­ment comme une his­toire de domi­na­tion ou d’échec.

Et par­fois la pres­sion n’est même pas fron­tale.

Elle est plus silen­cieuse.

On ne nous demande pas de renier publi­que­ment le Christ.

Mais on nous sug­gère par­fois dou­ce­ment :

gar­dez votre foi pour vous ;
qu’elle reste pri­vée ;
qu’elle n’interroge pas trop le monde ;
qu’elle ne pré­tende plus par­ler de véri­té.

Mais regar­dez Actes 2.

Les dis­ciples ne répondent pas par la peur.

Ils ne répondent pas par la colère.

Ils ne répondent pas par la nos­tal­gie.

Ils ne passent pas leur temps à com­men­ter l’Empire.

Ils parlent des mer­veilles de Dieu.

Voi­là peut-être le pre­mier appel de Pen­te­côte.

Ne pas deve­nir obsé­dés par ce que le monde devient.

Res­ter fas­ci­nés par ce que Dieu fait.

Car l’Église n’a jamais gran­di prin­ci­pa­le­ment par réac­tion.

Elle gran­dit lorsqu’elle retrouve la beau­té du Christ.

Et cela nous conduit à une autre ques­tion.

Quand nous par­lons de réveil…

de quoi par­lons-nous ?

Par­fois nous ima­gi­nons :

plus de monde ;
plus d’énergie ;
plus d’événements.

Mais regar­dez Actes.

Le pre­mier réveil est plus pro­fond.

Le peuple reçoit à nou­veau le souffle.

Ézé­chiel avait vu une val­lée rem­plie d’ossements.

Et Dieu lui pose une ques­tion étrange :

« Fils de l’homme, ces os pour­ront-ils revivre ? »

Ques­tion presque cruelle.

Quand tout semble ter­mi­né.

Quand il ne reste plus que des traces.

Et Ézé­chiel répond :

« Sei­gneur Éter­nel, tu le sais. »

Alors Dieu dit :

« Pro­phé­tise. »

Pas :

orga­nise.

Pas :

maî­trise.

Pas :

pro­duis.

Mais :

Annonce.

Et le souffle vient.

Et les morts se lèvent.

Frères et sœurs,

la Pen­te­côte est Ézé­chiel 37 deve­nu his­toire.

Le souffle vient.

Le peuple se relève.

Et cela veut dire quelque chose de très concret.

Peut-être que cer­tains par­mi nous sont fati­gués.

Fati­gués spi­ri­tuel­le­ment.

Fati­gués par les com­bats.

Fati­gués de voir peu de fruits.

Fati­gués d’avoir l’impression que le chris­tia­nisme recule.

Peut-être que cer­tains se disent :

nous sommes trop petits ;
trop faibles ;
trop tard.

Mais la Pen­te­côte répond :

Regar­dez moins vos forces.

Regar­dez davan­tage le Christ.

Car le miracle de Pen­te­côte n’est pas d’abord que les dis­ciples parlent.

Le miracle de Pen­te­côte, c’est qu’ils se lèvent.

Quelques heures plus tôt, dans Jean 20, ils étaient enfer­més.

Les mêmes hommes.

Le même monde.

Les mêmes auto­ri­tés.

Les mêmes risques.

Mais ils ont reçu le souffle.

Le Saint-Esprit n’a pas sup­pri­mé les dif­fi­cul­tés.

Il a chan­gé les dis­ciples.

Et cela a suf­fi pour que l’histoire com­mence autre­ment.

Alors ne deman­dons pas seule­ment :

Com­bien sommes-nous ?

Deman­dons :

Atten­dons-nous encore quelque chose de Dieu ?

Prions-nous encore ?

Annon­çons-nous encore les mer­veilles de Dieu ?

Avons-nous encore de la joie à trans­mettre ?

Car le peuple de Pen­te­côte n’est pas un peuple qui sur­vit.

C’est un peuple qui reçoit.

Un peuple qui annonce.

Un peuple qui chante.

Un peuple qui se lève.

Le Christ règne.

L’Esprit agit.

Et les portes du séjour des morts ne pré­vau­dront jamais contre l’Église.

Pierre Cour­thial, mon maître en théo­lo­gie, qui a long­temps été le doyen de la Facul­té Jean Cal­vin, a écrit dans son livre Le jour des petits recom­men­ce­ments,

dont je ne sau­rais trop vous recom­man­der la lec­ture,

je cite, et ce sera le mot de la fin :

« Notre Sei­gneur règne, et agit d’en Haut sur la terre ; mais, para­doxa­le­ment, il agit en géné­ral en par­tant d’en bas, en par­tant des diverses petites com­mu­nau­tés de la socié­té, en par­tant de familles, d’Églises parois­siales, d’entreprises pro­fes­sion­nelles ou cultu­relles qui lui sont fidèles, qui écoutent et suivent sa Loi morale, révé­lée dans l’Écriture (qu’est l’Écriture!).

De petites semences sortent de grands arbres par­fois.

Nous n’avons pas, à la manière des révo­lu­tion­naires, à attendre ce que déci­de­ront les gens qui vou­dront ou conquer­ront le pou­voir, en par­tant d’en haut ; mais à la manière des Réfor­ma­teurs, nous avons à semer, à plan­ter, en par­tant donc d’en bas.

Hum­ble­ment.

Dans une patiente espé­rance.

C’est le temps, c’est LE JOUR DES PETITS RECOMMENCEMENTS. »

Amen.


Pour aller plus loin

Contexte du texte – Actes 2.1–11

Nous sommes cin­quante jours après Pâques. Jésus est mort, res­sus­ci­té, puis mon­té au ciel (Actes 1). Avant son départ, il a don­né une pro­messe à ses dis­ciples : ils rece­vront le Saint-Esprit et devien­dront ses témoins jusqu’aux extré­mi­tés de la terre.

Actes 2 raconte l’accomplissement de cette pro­messe.

Le jour choi­si n’est pas neutre : il s’agit de la Pen­te­côte juive (Sha­vouot), fête des pré­mices et mémoire du don de la Loi au Sinaï. Luc montre ain­si que Dieu accom­plit ses pro­messes anciennes : comme Dieu avait consti­tué Israël au Sinaï, il consti­tue main­te­nant son peuple renou­ve­lé par l’Esprit.

Les dis­ciples ne sont ni en mis­sion ni dans l’action. Ils attendent ensemble. Puis Dieu agit : souffle, feu, parole, ras­sem­ble­ment.

L’enjeu prin­ci­pal du texte est celui-ci : com­ment Dieu donne-t-il nais­sance à son peuple mis­sion­naire ?

Ques­tions pour entrer dans le texte :
– Pour­quoi les dis­ciples attendent-ils au lieu d’agir ?
– Pour­quoi Luc pré­cise-t-il que nous sommes au jour de la Pen­te­côte ?
– Qu’est-ce qui change entre Jean 20 et Actes 2 ?
– Pour­quoi Dieu agit-il dans une mai­son et non dans le Temple ?
– Qu’est-ce que cela nous apprend sur l’Église ?

Lien avec les autres lec­tures du jour – Jean 20.19–23 et 1 Corin­thiens 12.3–13

Jean 20 montre le moment où le Christ res­sus­ci­té souffle sur ses dis­ciples et leur dit : « Rece­vez le Saint-Esprit ». Actes 2 montre l’accomplissement public de cette pro­messe.

1 Corin­thiens 12 explique ensuite le sens de Pen­te­côte : le même Esprit forme un seul corps com­po­sé de membres dif­fé­rents.

Jean montre le don.
Actes montre la venue.
1 Corin­thiens montre les consé­quences.

L’Écriture explique l’Écriture.

Ques­tions :
– Quels liens vois-tu entre le souffle de Jésus et le souffle de Pen­te­côte ?
– Pour­quoi Paul insiste-t-il sur l’unité du corps ?
– Que signi­fie être bap­ti­sé dans un seul Esprit ?
– En quoi les trois textes parlent-ils davan­tage de Dieu que de l’homme ?

Place des textes dans l’année litur­gique

La Pen­te­côte clôt le grand cycle pas­cal. Après avoir contem­plé la mort, la résur­rec­tion et l’ascension du Christ, l’Église reçoit main­te­nant le don de l’Esprit.

Ce temps rap­pelle que l’œuvre du salut n’est pas ter­mi­née à la résur­rec­tion : le Christ règne et agit encore par son Esprit.

Le fil conduc­teur est : Christ res­sus­ci­té → Esprit don­né → Église envoyée.

Ques­tions :
– Pour­quoi la Pen­te­côte vient-elle après Pâques et l’Ascension ?
– Que man­que­rait-il si l’Église célé­brait seule­ment Pâques ?
– Que change le don de l’Esprit dans notre com­pré­hen­sion du salut ?

Éclai­rage du psaume choi­si – Psaume 104

Le Psaume 104 célèbre Dieu comme Créa­teur qui donne et renou­velle la vie.

Le ver­set sou­vent asso­cié à Pen­te­côte est par­ti­cu­liè­re­ment éclai­rant :

« Tu envoies ton souffle : ils sont créés, et tu renou­velles la face de la terre » (Ps 104.30).

Le psaume éclaire Actes 2 : le même Dieu qui donne la vie au monde donne main­te­nant son Esprit à son peuple.

Fonc­tion litur­gique pri­vi­lé­giée : ado­ra­tion et action de grâce.

Ques­tions :
– Que relie ce psaume entre créa­tion et Pen­te­côte ?
– Pour­quoi le souffle de Dieu est-il asso­cié à la vie ?
– Com­ment ce psaume pré­pare-t-il l’écoute de l’Évangile ?

Ques­tions d’exégèse

Mots clés :

Pen­te­côte (Pen­tê­kos­tê) : cin­quan­tième jour ; accom­plis­se­ment du Sinaï.

Esprit (Pneu­ma) : souffle, vent, vie don­née par Dieu.

Langues : signe d’une parole ren­due com­pré­hen­sible.

Rem­plis : être sai­si, conduit, orien­té par Dieu.

Mer­veilles de Dieu : grandes œuvres du salut.

Ques­tions :
– Pour­quoi Luc dit-il « comme un souffle » et « comme du feu » ?
– Pour­quoi les langues appa­raissent-elles avant la parole ?
– Pour­quoi cha­cun entend-il dans sa langue ?
– Que révèle le mot « rem­plis » ?
– Que signi­fie annon­cer « les mer­veilles de Dieu » ?

Struc­ture du texte

  1. Le peuple ras­sem­blé (v.1)
  2. Dieu des­cend et donne son Esprit (v.2–4)
  3. Le peuple reçoit une parole (v.4)
  4. Les nations entendent (v.5–11)

Le mou­ve­ment est simple :

attente → don → témoi­gnage → mis­sion.

Ques­tions :
– Quel est le tour­nant du récit ?
– Qui agit le plus dans ce texte : Dieu ou les dis­ciples ?
– Com­ment passe-t-on de l’intérieur de la mai­son au monde ?

Lec­ture théo­lo­gique

Doc­trine de Dieu : Dieu accom­plit fidè­le­ment son alliance.

Chris­to­lo­gie : le Christ res­sus­ci­té conti­nue d’agir.

Salut : Dieu donne ce que l’homme ne peut pro­duire.

Église : peuple habi­té par l’Esprit.

Mis­sion : annon­cer les mer­veilles de Dieu.

Espé­rance : Dieu conti­nue de renou­ve­ler son peuple.

Lec­ture de l’alliance :

Pro­messe → Abra­ham
Consti­tu­tion → Sinaï
Accom­plis­se­ment → Pen­te­côte
Exten­sion → nations

Ques­tions :
– Que révèle ce texte du carac­tère de Dieu ?
– Pour­quoi l’Église naît-elle de l’action de Dieu ?
– Que signi­fie être gref­fé sur la pro­messe ?
– En quoi Pen­te­côte est-elle une nou­velle créa­tion ?

Approche apo­lo­gé­tique – ques­tions de dis­cus­sion

Aujourd’hui cer­tains disent :
– la reli­gion n’est qu’un phé­no­mène col­lec­tif ;
– toutes les spi­ri­tua­li­tés se valent ;
– la foi doit res­ter pri­vée ;
– l’Église appar­tient au pas­sé.

Ques­tions :
– Pour­quoi Actes insiste-t-il autant sur l’histoire et les témoins ?
– Peut-on annon­cer une véri­té sans impo­ser ?
– L’unité chré­tienne sup­prime-t-elle les dif­fé­rences ?
– Pour­quoi l’Église conti­nue-t-elle mal­gré sa fai­blesse ?

Appro­pria­tion spi­ri­tuelle

– Qu’est-ce que ce texte révèle de Dieu que je tends à oublier ?
– Qu’est-ce qu’il m’appelle à croire aujourd’hui ?
– Com­ment puis-je annon­cer davan­tage les mer­veilles de Dieu dans ma vie quo­ti­dienne ?


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