Gravure de Jan Luyken (1685) représentant un voleur dérobant la bourse d’une femme sur une place de marché parmi les passants.

Tu ne commettras pas de vol – La propriété, la justice et la convoitise à la lumière de la Bible

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Sur une place de mar­ché, Jan Luy­ken repré­sente un voleur qui dérobe la bourse d’une femme dis­traite. Le geste semble presque invi­sible par­mi les occu­pa­tions quo­ti­diennes. Cette gra­vure de 1685 rap­pelle que le vol n’est jamais une simple affaire d’objet : il atteint une per­sonne et rompt la confiance qui rend pos­sible la vie com­mune.


Le 17 octobre 2026, tan­dis que des cen­taines de mil­liers de per­sonnes mani­fes­taient en France contre la vie chère, des com­merces étaient atta­qués, des vitrines bri­sées et des mar­chan­dises empor­tées dans plu­sieurs villes. La misère et les inéga­li­tés méritent d’être enten­dues ; elles ne sau­raient pour­tant trans­for­mer le pillage en acte de jus­tice. La Sainte Écri­ture pro­nonce un com­man­de­ment d’une sim­pli­ci­té désar­mante : « Tu ne déro­be­ras point » (Exode 20.15, Louis Segond 1910). Mais cette parole ne se borne pas à défendre les biens des pos­sé­dants. Elle dénonce aus­si les fraudes des puis­sants, l’exploitation des tra­vailleurs, la cupi­di­té et l’indifférence envers les pauvres. De l’hébreu du Déca­logue à l’enseignement du Christ et des apôtres, la pro­prié­té appa­raît comme un bien réel, mais rela­tif : elle est pro­té­gée contre le vol et pla­cée sous la sou­ve­rai­ne­té de Dieu. Le hui­tième com­man­de­ment inter­dit de prendre injus­te­ment. Il com­mande aus­si d’apprendre à don­ner.

Quand une colère sociale se transforme en pillage

Les repor­tages consa­crés au 17 octobre 2026 font état de maga­sins pillés et de bâti­ments van­da­li­sés à Paris, Bor­deaux, Lyon et dans d’autres villes. Il serait injuste de tenir les cen­taines de mil­liers de mani­fes­tants pour res­pon­sables des actes com­mis par cer­tains groupes, par­fois en marge des cor­tèges. Il serait éga­le­ment faux de faire des pillages une réponse mora­le­ment rece­vable à la cher­té de la vie. La légi­ti­mi­té éven­tuelle d’une reven­di­ca­tion ne confère pas une légi­ti­mi­té aux moyens employés. Un com­mer­çant, ses sala­riés, ses four­nis­seurs, les per­sonnes qui habitent au-des­sus d’une bou­tique incen­diée ne sont pas des abs­trac­tions : ce sont des pro­chains. Leur sécu­ri­té, leur tra­vail et leurs biens ont une valeur morale.

Le chré­tien ne doit pas choi­sir entre la condam­na­tion des pillards et l’attention por­tée aux dif­fi­cul­tés sociales. Il doit tenir les deux. L’Écriture condamne celui qui s’empare du bien d’autrui ; elle condamne aus­si celui qui s’enrichit en écra­sant le pauvre. Ce refus simul­ta­né de la vio­lence et de l’exploitation échappe aux sim­pli­fi­ca­tions idéo­lo­giques. Il oblige cha­cun à regar­der ses propres res­pon­sa­bi­li­tés.

Exode 20.15 : ce que dit l’hébreu

Le hui­tième com­man­de­ment tient en deux mots hébreux : לֹא תִּגְנֹב, lōʾ tignōḇ. La par­ti­cule lōʾ exprime la néga­tion ; tignōḇ est une forme ver­bale de la racine גנב, g‑n-b, « voler, déro­ber ». La construc­tion est une pro­hi­bi­tion directe, adres­sée à chaque membre du peuple de l’alliance : « Tu ne vole­ras pas ». La briè­ve­té de la for­mule n’en rétré­cit pas la por­tée ; elle appelle au contraire une lec­ture à la lumière de l’ensemble de la loi.

La racine g‑n-b vise l’appropriation illé­gi­time, sou­vent clan­des­tine, et peut aus­si dési­gner l’enlèvement d’une per­sonne dans d’autres dis­po­si­tions légales. Le voca­bu­laire biblique connaît éga­le­ment גזל, g‑z-l, pour l’action de dépouiller ou de spo­lier, fré­quem­ment par vio­lence. Il serait cepen­dant impru­dent d’ériger cette nuance en fron­tière rigide : les contextes et les emplois se recoupent. Le Déca­logue pose le prin­cipe ; les lois qui suivent donnent des exemples concrets et des répa­ra­tions.

Le com­man­de­ment appar­tient à la seconde table du Déca­logue, qui ordonne le res­pect du pro­chain. Il est insé­pa­rable du sixième com­man­de­ment qui pro­tège sa vie, du neu­vième qui pro­tège sa répu­ta­tion, et du dixième qui met en cause le désir même de s’approprier ce qui lui appar­tient. Voler n’est jamais seule­ment dépla­cer un objet. C’est mépri­ser une rela­tion de jus­tice avec autrui.

La propriété : un droit réel, mais non absolu

L’interdiction de déro­ber pré­sup­pose la pos­si­bi­li­té qu’un bien appar­tienne légi­ti­me­ment à quelqu’un. Dans la légis­la­tion d’Israël, champs, mai­sons, trou­peaux et outils peuvent être déte­nus, trans­mis, tra­vaillés et échan­gés. La vigne de Naboth (1 Rois 21) four­nit une illus­tra­tion sai­sis­sante : le roi Achab ne peut s’emparer d’un héri­tage sim­ple­ment parce qu’il le désire et pos­sède le pou­voir poli­tique. La vio­la­tion du droit du plus faible n’est pas ren­due juste par l’autorité du plus fort.

Il faut néan­moins se gar­der de trans­po­ser direc­te­ment le régime fon­cier d’Israël dans une théo­rie moderne du droit de pro­prié­té. La terre d’Israël appar­tient d’abord à l’Éternel (Lévi­tique 25.23) ; les familles la reçoivent dans le cadre par­ti­cu­lier de l’alliance mosaïque. Les règles du jubi­lé, des dettes et de la récolte rap­pellent que la jouis­sance des biens ne confère jamais une sou­ve­rai­ne­té illi­mi­tée sur eux. Le pro­prié­taire n’est pas Dieu. Il est un gérant res­pon­sable de ce qu’il a reçu.

La créa­tion situe déjà cette res­pon­sa­bi­li­té. L’homme et la femme sont créés à l’image de Dieu (Genèse 1.26–28) pour culti­ver et gar­der ce qui leur est confié (Genèse 2.15). La digni­té d’une per­sonne pré­cède donc la taille de son patri­moine. Le pauvre ne vaut pas moins que le riche ; le riche ne cesse pas non plus d’être un pro­chain parce qu’il pos­sède davan­tage. Le droit pro­tège des per­sonnes concrètes, non une pré­ten­due sain­te­té de l’argent.

Cal­vin rat­tache cette exi­gence au regard que Dieu porte sur les per­sonnes : « nous devons consi­dé­rer l’image de Dieu en tous ». Cette digni­té inter­dit de mépri­ser les biens d’autrui, mais elle oblige éga­le­ment celui qui pos­sède à consi­dé­rer les besoins de son pro­chain.

– Jean Cal­vin, Ins­ti­tu­tion de la reli­gion chré­tienne, III.7.6.

La gravité du vol dans la loi de Moïse

La légis­la­tion mosaïque ne traite pas le vol comme une pec­ca­dille. Elle pres­crit répa­ra­tion. Exode 22.1–4, selon la numé­ro­ta­tion habi­tuelle des tra­duc­tions fran­çaises, dis­tingue les cas : lorsqu’un bœuf volé a été abat­tu ou ven­du, la res­ti­tu­tion est por­tée à cinq bœufs ; pour un mou­ton dans une situa­tion ana­logue, à quatre mou­tons ; lorsqu’un ani­mal volé est retrou­vé vivant, la res­ti­tu­tion est double. Lévi­tique 5.20–26 dans cer­taines numé­ro­ta­tions fran­çaises (Lévi­tique 6.1–7 dans d’autres) asso­cie aveu, res­ti­tu­tion du bien et sup­plé­ment d’un cin­quième à un sacri­fice de culpa­bi­li­té.

Il faut ici être pré­cis. Contrai­re­ment à une idée répan­due, le vol ordi­naire n’est pas, en règle géné­rale, puni de mort dans la loi de Moïse. La logique domi­nante est la res­ti­tu­tion et la répa­ra­tion du tort cau­sé. L’enlèvement et le com­merce d’êtres humains, en revanche, relèvent d’une caté­go­rie extrê­me­ment grave et sont pas­sibles de mort (Exode 21.16 ; Deu­té­ro­nome 24.7). De même, la ques­tion de la vio­lence lors d’une intru­sion noc­turne, évo­quée en Exode 22.2–3, ne sau­rait être conver­tie en per­mis géné­ral de tuer un voleur.

Cette gra­da­tion mani­feste deux véri­tés. L’acte porte réel­le­ment atteinte à la jus­tice et appelle une sanc­tion ; la sanc­tion doit néan­moins être qua­li­fiée selon l’acte. La loi biblique n’autorise pas une indi­gna­tion indis­tincte. Elle vise une jus­tice déter­mi­née et pro­por­tion­née.

Du vol à la convoitise : le péché avant le geste

Le hui­tième com­man­de­ment juge l’acte ; le dixième découvre une par­tie de sa source inté­rieure. Exode 20.17 emploie le verbe חמד, ḥ‑m-d, dans la for­mule lōʾ taḥmōḏ : ne convoite pas la mai­son ni ce qui appar­tient à ton pro­chain. Deu­té­ro­nome 5.21 reprend le verbe et emploie aus­si תִתְאַוֶּה, titʾaw­weh, issu de la racine אוה, ʾ‑w-h, qui exprime le désir. Ces verbes ne signi­fient pas que tout désir est mau­vais ; le contexte condamne le désir pos­ses­sif diri­gé vers ce qui appar­tient à autrui.

La convoi­tise ne consiste pas sim­ple­ment à admi­rer un beau loge­ment ou à sou­hai­ter amé­lio­rer sa condi­tion. Elle appa­raît lorsque le bien d’autrui devient un objet à obte­nir contre le droit d’autrui, lorsqu’on ne sup­porte plus qu’un autre pos­sède ce que l’on vou­drait pour soi. Le vol com­mence alors à trou­ver ses jus­ti­fi­ca­tions inté­rieures. On finit par­fois par appe­ler injus­tice le simple fait de ne pas pos­sé­der ce qu’un autre pos­sède.

Sénèque, sans par­ta­ger la foi chré­tienne, a for­mu­lé une obser­va­tion péné­trante : « Ce n’est pas celui qui pos­sède peu qui est pauvre, mais celui qui désire davan­tage. »

– Sénèque, Lettres à Luci­lius, II, 6.

Cette for­mule ne nie pas la pau­vre­té maté­rielle réelle ; elle dis­tingue la pri­va­tion de la cupi­di­té. L’anthropologie biblique va plus loin. Depuis la chute, le cœur humain est capable de détour­ner un bien créé en objet d’adoration. Jacques 4.1–3 met les conflits en rela­tion avec les dési­rs qui com­battent en l’homme. La convoi­tise peut se ren­con­trer chez le pauvre comme chez le riche ; l’aisance ne l’éteint pas néces­sai­re­ment et la souf­france ne la rend pas ver­tueuse.

La Bible dénonce aussi les vols des puissants

Qui­conque ne lirait dans ce com­man­de­ment qu’une pro­tec­tion des vitrines contre les pillards man­que­rait la moi­tié du témoi­gnage biblique. Les pro­phètes accusent les notables qui fal­si­fient balances et mesures, achètent les pauvres pour presque rien, acca­parent les terres et refusent de rendre jus­tice. Amos 8.4–6, Michée 2.1–2, Ésaïe 5.8 et Jéré­mie 22.13–17 condamnent des méca­nismes de dépos­ses­sion par­fois cou­verts par une appa­rence de léga­li­té.

Le vol peut se com­mettre der­rière un bureau, au moyen d’un contrat frau­du­leux, d’un salaire rete­nu ou d’un abus de dépen­dance. Jacques 5.1–6 reprend, dans le Nou­veau Tes­ta­ment, la dénon­cia­tion des riches qui ont pri­vé leurs ouvriers de leur salaire. Le hui­tième com­man­de­ment s’adresse donc au pilleur et au patron mal­hon­nête, au frau­deur ordi­naire et à l’institution qui abuse de sa puis­sance. Aucun ne reçoit un sauf-conduit en rai­son de sa condi­tion sociale.

Augus­tin rap­pelle qu’un pou­voir pri­vé de jus­tice peut res­sem­bler, mal­gré son pres­tige, à une orga­ni­sa­tion de bri­gands : « La jus­tice ôtée, que sont les royaumes sinon de grandes bandes de bri­gands ? »

– Augus­tin d’Hippone, La Cité de Dieu, IV, 4.

La for­mule vise d’abord la légi­ti­mi­té du pou­voir poli­tique ; elle rap­pelle ici qu’une confis­ca­tion peut res­ter une injus­tice même lorsqu’elle s’exerce avec auto­ri­té. Elle ne légi­time pas la ven­geance pri­vée.

Le Christ ne supprime pas le commandement : il en révèle la profondeur

Jésus reprend expli­ci­te­ment l’interdiction du vol par­mi les com­man­de­ments rap­pe­lés au jeune homme riche (Mat­thieu 19.18 ; Marc 10.19 ; Luc 18.20). Pour­tant, il dénonce en même temps l’asservissement de l’homme aux richesses. Dans cette même ren­contre, le jeune homme repart triste parce qu’il pos­sède de grands biens (Mat­thieu 19.22). Le pro­blème n’est pas que tout patri­moine serait cou­pable, mais que son cœur lui appar­tient déjà à un autre maître.

Jésus situe la cupi­di­té par­mi les dis­po­si­tions qui souillent l’homme de l’intérieur (Marc 7.21–23). Il aver­tit que la vie ne dépend pas de l’abondance des pos­ses­sions (Luc 12.15). Et il offre, avec Zachée, l’image concrète d’une conver­sion qui trans­forme la rela­tion aux biens : le col­lec­teur d’impôts res­ti­tue lar­ge­ment ce qu’il a acquis injus­te­ment et décide de don­ner aux pauvres (Luc 19.1–10). Le par­don ne rend pas la répa­ra­tion super­flue ; il pro­duit un cœur qui veut désor­mais faire jus­tice.

En Christ, nous ne trou­vons pas seule­ment une règle pour condam­ner les autres. Nous décou­vrons notre propre péché, y com­pris celui qui se dis­si­mule sous des habi­tudes socia­le­ment accep­tées. Nous rece­vons aus­si la grâce qui relève le cou­pable et lui donne la force de res­ti­tuer, de tra­vailler hon­nê­te­ment et de secou­rir son pro­chain.

Des épîtres à la vie de l’Église : travailler pour donner

Paul opère dans Éphé­siens 4.28 un ren­ver­se­ment admi­rable : celui qui déro­bait ne doit plus voler ; il doit tra­vailler de ses mains pour faire le bien, afin d’avoir de quoi par­ta­ger avec celui qui est dans le besoin. L’obéissance ne se limite pas à ne plus prendre. Elle abou­tit à don­ner. La même logique se retrouve dans 1 Timo­thée 6.17–19 : ceux qui dis­posent de res­sources sont appe­lés à ne pas pla­cer leur confiance dans leurs richesses, mais à être géné­reux.

Les pre­mières com­mu­nau­tés chré­tiennes ont déve­lop­pé une soli­da­ri­té maté­rielle remar­quable (Actes 2.44–45 ; 4.32–35). Il serait tou­te­fois ana­chro­nique d’y lire le modèle immé­diat d’une abo­li­tion coer­ci­tive et uni­ver­selle de la pro­prié­té. Pierre rap­pelle à Ana­nias que son champ lui appar­te­nait avant la vente et que le pro­duit de celle-ci demeu­rait sous sa res­pon­sa­bi­li­té (Actes 5.4). Le péché dénon­cé est le men­songe, non le refus de se sou­mettre à une col­lec­ti­vi­sa­tion obli­ga­toire.

La soli­da­ri­té de l’Église pro­cède du don et de la foi, non d’une licence accor­dée aux forts de dépouiller les autres. Les besoins d’autrui créent une véri­table obli­ga­tion morale de cha­ri­té. Ils ne donnent pas auto­ma­ti­que­ment à n’importe quel tiers le droit de sai­sir ce qu’il veut.

Propriété privée et utopie communiste : où est le véritable désaccord ?

Une confron­ta­tion avec le com­mu­nisme exige davan­tage de pré­ci­sion que le rac­cour­ci selon lequel les com­mu­nistes vou­draient voler tous les objets per­son­nels. Dans le Mani­feste du par­ti com­mu­niste (1848), Karl Marx et Frie­drich Engels visent d’abord l’abolition de la pro­prié­té pri­vée bour­geoise des moyens de pro­duc­tion, qu’ils ana­lysent comme un rap­port d’exploitation ; ils dis­tinguent cette ques­tion de l’usage per­son­nel des biens de consom­ma­tion. Il faut juger cette doc­trine à par­tir de ce qu’elle affirme réel­le­ment.

La diver­gence avec une anthro­po­lo­gie réfor­mée confes­sante ne réside donc pas sim­ple­ment dans le fait de par­ta­ger ou de mettre des res­sources en com­mun. L’Église par­tage volon­tai­re­ment ; des ins­ti­tu­tions publiques peuvent orga­ni­ser des secours ; une fis­ca­li­té légi­time peut contri­buer au bien com­mun. Le désac­cord porte notam­ment sur la manière de conce­voir la per­sonne, le péché, l’autorité poli­tique et la pro­messe de libé­ra­tion humaine. La théo­lo­gie chré­tienne ne sup­pose pas que la dis­pa­ri­tion d’une caté­go­rie de pro­prié­té suf­fi­rait à puri­fier les dési­rs, à détruire la cupi­di­té ou à rendre le pou­voir inca­pable d’abuser de lui-même.

Il faut cepen­dant appli­quer la même luci­di­té aux socié­tés qui recon­naissent lar­ge­ment la pro­prié­té pri­vée. Le mar­ché ne gué­rit pas spon­ta­né­ment l’égoïsme ; le titre légal ne suf­fit pas à prou­ver la jus­tice d’une acqui­si­tion ; l’accumulation de biens peut elle aus­si deve­nir ido­lâtre. L’Écriture juge toutes les formes de pou­voir éco­no­mique. La ques­tion théo­lo­gique déci­sive n’est pas de sacra­li­ser un sys­tème humain, mais de savoir si la jus­tice envers le pro­chain et la res­pon­sa­bi­li­té devant Dieu y sont réel­le­ment hono­rées.

Ne pas voler, mais ne pas refuser de donner

La loi d’Israël orga­nise une atten­tion par­ti­cu­lière à ceux qui ne peuvent sub­ve­nir aisé­ment à leurs besoins. Les coins des champs et les grappes lais­sées lors de la récolte sont réser­vés à l’étranger, à l’orphelin et à la veuve (Lévi­tique 19.9–10 ; Deu­té­ro­nome 24.19–22). Deu­té­ro­nome 15.7–11 défend de fer­mer son cœur et sa main devant le pauvre. Le soin du plus fra­gile n’est donc pas une conces­sion tar­dive venue tem­pé­rer une loi pos­ses­sive ; il appar­tient à la jus­tice biblique elle-même.

La tra­di­tion réfor­mée a su expri­mer cette double exi­gence. Le Caté­chisme de Hei­del­berg, au 42e dimanche, condamne non seule­ment le vol mani­feste mais aus­si la fraude et l’avidité ; il enseigne posi­ti­ve­ment que nous devons recher­cher l’intérêt du pro­chain et tra­vailler pour pou­voir secou­rir ceux qui manquent du néces­saire. Le Grand Caté­chisme de West­mins­ter, ques­tions 141–142, unit éga­le­ment l’honnêteté com­mer­ciale, la res­ti­tu­tion et la géné­ro­si­té. Ces confes­sions n’opposent donc pas pro­prié­té et com­pas­sion ; elles sou­mettent l’une et l’autre à l’amour de Dieu et du pro­chain.

Il existe une géné­ro­si­té de façade : affi­cher une affec­tion abs­traite pour les pauvres en mépri­sant les per­sonnes réel­le­ment pla­cées sur notre route. Rous­seau l’avait déjà rele­vé dans une cri­tique morale des cos­mo­po­lites : « Défiez-vous de ces cos­mo­po­lites qui vont cher­cher loin dans leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de rem­plir autour d’eux. Tel Phi­lo­sophe aime les Tar­tares, pour être dis­pen­sé d’aimer ses voi­sins. »

– Jean-Jacques Rous­seau, Émile, ou De l’éducation, livre I.

L’observation vaut comme aver­tis­se­ment, sans qu’il soit néces­saire d’adopter la phi­lo­so­phie poli­tique de Rous­seau. L’amour du pauvre ne peut être invo­qué pour mépri­ser le com­mer­çant de son quar­tier, pas plus que le res­pect du com­mer­çant ne dis­pense de por­ter secours au pauvre.

Conclusion : le bien d’autrui et le cœur humain

Rien n’excuse mora­le­ment le pillage au motif qu’il se réclame d’une colère sociale, d’une idéo­lo­gie ou d’une cause géné­reuse. Cela n’autorise ni à fer­mer les yeux sur les injus­tices subies par les pauvres ni à nier la com­plexi­té de cer­taines situa­tions de néces­si­té extrême, qui demandent un juge­ment dis­tinct. La loi de Dieu inter­dit de voler ; elle com­mande aus­si de rendre ce qui a été pris, de payer ce qui est dû et de par­ta­ger ce qui a été reçu.

Le Christ ne nous appelle ni à l’adoration de la pro­prié­té ni à la célé­bra­tion de sa vio­la­tion. Il nous délivre de l’avidité, nous apprend à voir dans autrui un pro­chain et renou­velle l’usage que nous fai­sons de nos biens. Une socié­té juste ne se construi­ra pas avec des vitrines bri­sées ; elle ne se construi­ra pas davan­tage par le mépris des affa­més. Elle exige véri­té, res­ti­tu­tion, tra­vail hon­nête, com­pas­sion et res­pon­sa­bi­li­té. Et l’Église, qui annonce la grâce, doit com­men­cer par vivre elle-même ce qu’elle enseigne.


Annexes

Annexe 1 – Éclairage biblique : les principaux textes à lire ensemble

Exode 20.15 et Deu­té­ro­nome 5.19 éta­blissent l’interdiction géné­rale du vol. Leur place dans le Déca­logue rap­pelle que ce com­man­de­ment pro­tège une rela­tion juste entre per­sonnes. Le texte ne pré­cise pas à lui seul les peines encou­rues : celles-ci doivent être recher­chées dans les autres dis­po­si­tions de la Torah.

Exode 22.1–4 règle divers cas de vol de bétail. La répa­ra­tion peut être double, qua­druple ou quin­tuple selon les cir­cons­tances. Lévi­tique 5.20–26, cor­res­pon­dant à 6.1–7 dans d’autres numé­ro­ta­tions, ajoute l’exigence de res­ti­tu­tion et, pour cer­tains délits accom­pa­gnés de trom­pe­rie, un sup­plé­ment du cin­quième. Exode 21.16 et Deu­té­ro­nome 24.7 traitent spé­ci­fi­que­ment de l’enlèvement et de la vente d’une per­sonne ; il est indis­pen­sable de ne pas confondre ces dis­po­si­tions avec le simple vol d’objet.

Exode 20.17 et Deu­té­ro­nome 5.21 pro­longent le hui­tième com­man­de­ment par l’interdiction de convoi­ter ce qui appar­tient au pro­chain. Josué 7 montre, dans le récit d’Akân, com­ment la convoi­tise peut mener à la prise frau­du­leuse. Le contexte mili­taire et cultuel par­ti­cu­lier du récit inter­dit tou­te­fois d’en déduire une peine géné­rale pour tous les vols.

Lévi­tique 19.9–10 ; 25.23 ; Deu­té­ro­nome 15.7–11 ; 24.19–22 mettent en regard le droit de dis­po­ser de ses terres et les obli­ga­tions envers l’étranger, la veuve et l’orphelin. Le carac­tère dis­tinc­tif de l’alliance mosaïque doit être pris en compte avant toute trans­po­si­tion légis­la­tive moderne. 1 Rois 21 montre l’injustice d’une confis­ca­tion orches­trée par le pou­voir royal ; Amos 8.4–6 et Michée 2.1–2 dénoncent les fraudes et les expro­pria­tions com­mises par les puis­sants.

Pro­verbes 6.30–31 est un texte par­ti­cu­liè­re­ment impor­tant pour dis­cu­ter la néces­si­té : la faim explique le geste du voleur et peut atté­nuer le juge­ment humain, mais le pro­verbe conserve l’exigence de répa­ra­tion. Une maxime sapien­tielle ne devient pas auto­ma­ti­que­ment un code pénal. Éphé­siens 4.28 pré­sente la trans­for­ma­tion chré­tienne posi­tive : ces­ser de voler, tra­vailler, puis par­ta­ger. Luc 19.1–10 unit conver­sion, géné­ro­si­té et res­ti­tu­tion chez Zachée. Actes 5.1–4 pré­cise le carac­tère volon­taire de la dis­po­si­tion des biens dans la com­mu­nau­té pri­mi­tive. Jacques 5.1–6 condamne la rete­nue injuste des salaires. Ces textes consti­tuent ensemble le cadre biblique de l’article : jus­tice, pro­prié­té res­pon­sable, répa­ra­tion et cha­ri­té.

Annexe 2 – Éclairage confessionnel : Heidelberg et Westminster

Le Caté­chisme de Hei­del­berg, rédi­gé en 1563, consacre son 42e dimanche aux ques­tions 110 et 111 sur le hui­tième com­man­de­ment. La ques­tion 110 ne limite pas le vol au pillage visible. Elle y rat­tache les fraudes com­mer­ciales, les fausses mesures, les trom­pe­ries qui per­mettent de s’emparer des biens du pro­chain et les désordres de l’avidité. Ce fai­sant, le caté­chisme empêche une lec­ture exclu­si­ve­ment poli­cière de la loi. Le même com­man­de­ment juge aus­si la conduite de l’employeur, du mar­chand, du créan­cier et du consom­ma­teur. Il rap­pelle que la léga­li­té appa­rente d’une tran­sac­tion n’en garan­tit pas la rec­ti­tude devant Dieu.

La ques­tion 111 fait fran­chir un pas déci­sif : il ne suf­fit pas de s’abstenir du mal. Il faut recher­cher le bien du pro­chain, agir avec lui selon la règle de réci­pro­ci­té ensei­gnée par Jésus, et tra­vailler fidè­le­ment pour être en mesure de secou­rir ceux qui sont dans le besoin. Le posi­tif et le néga­tif sont donc indis­so­ciables. L’honnêteté qui refuse de prendre et la géné­ro­si­té qui consent à don­ner pro­cèdent de la même obéis­sance.

Le Grand Caté­chisme de West­mins­ter (1647), ques­tions 140–142, déve­loppe une approche com­pa­rable avec plus de détails. Il rat­tache au com­man­de­ment la fidé­li­té dans les contrats, la res­ti­tu­tion des biens indû­ment rete­nus, la pru­dence dans la ges­tion et l’aide aux per­sonnes néces­si­teuses. Il condamne le vol, la fraude, l’extorsion, les abus de confiance, la réten­tion injuste, la convoi­tise, ain­si que des pra­tiques sociales et com­mer­ciales qui portent atteinte au pro­chain.

Deux pré­cau­tions sont néces­saires. D’abord, ces caté­chismes ne rem­placent jamais l’exégèse : ils pro­posent une syn­thèse de la doc­trine chré­tienne sou­mise à l’Écriture. Ensuite, ils ne consti­tuent pas un pro­gramme de poli­tique éco­no­mique prêt à l’emploi. Leur inté­rêt est de fixer des normes morales qui s’appliquent aux divers régimes éco­no­miques sans se confondre avec aucun. À leur lumière, on ne peut ni excu­ser le pillage en invo­quant les pauvres, ni excu­ser l’indifférence aux pauvres en invo­quant la pro­prié­té.

Annexe 3 – Peut-on voler un voleur ou voler pour donner aux pauvres ? Le cas Robin des Bois

Le per­son­nage de Robin des Bois incarne, dans son image popu­laire, le bri­gand géné­reux qui dérobe aux riches pour don­ner aux pauvres. Cette image résulte d’une tra­di­tion légen­daire longue et chan­geante ; les témoi­gnages médié­vaux conser­vés ne coïn­cident pas tou­jours avec la repré­sen­ta­tion moderne. Les his­to­riens dis­tinguent les pre­miers récits de l’élaboration pro­gres­sive d’un héros défen­seur des oppri­més. Il serait donc pru­dent de par­ler d’un mythe moral plu­tôt que de pré­sen­ter les exploits de Robin des Bois comme des faits his­to­riques éta­blis.

Une dis­tinc­tion préa­lable est essen­tielle : reprendre un objet dont on a été réel­le­ment dépouillé et qui nous appar­tient encore peut rele­ver d’une res­ti­tu­tion, mais elle doit être recher­chée par des moyens justes, non par une ven­geance incon­trô­lée. « Voler un voleur » ne consti­tue pas une caté­go­rie morale auto­nome capable de rendre inno­cente n’importe quelle appro­pria­tion. Un bien acquis injus­te­ment n’appartient pas de plein droit au pre­mier pas­sant qui le convoite. Le droit du pro­prié­taire lésé, les preuves, l’autorité com­pé­tente et les droits des tiers res­tent per­ti­nents.

Une seconde dis­tinc­tion porte sur l’intention. Don­ner à une per­sonne pauvre un pro­duit acquis par effrac­tion ne change pas rétros­pec­ti­ve­ment la nature de l’effraction. On ne peut pas attri­buer aux pauvres une auto­ri­sa­tion géné­rale de piller en leur nom. L’argument de la bonne fin ne rend pas auto­ma­ti­que­ment les moyens justes. De plus, celui qui dis­tri­bue le butin ne porte pas tou­jours lui-même la charge réelle du dom­mage cau­sé : ce sont d’autres per­sonnes qui en paient le prix.

Reste la situa­tion extrême d’une per­sonne mena­cée de mou­rir de faim et n’ayant aucun recours immé­diat. On ne peut rai­son­na­ble­ment la trai­ter comme le pillard qui s’empare d’objets de luxe dans une émeute. Pro­verbes 6.30–31 invite pré­ci­sé­ment à dis­tin­guer le regard por­té sur la détresse et le devoir de répa­ra­tion. Une par­tie de la tra­di­tion chré­tienne, notam­ment chez Tho­mas d’Aquin (Somme théo­lo­gique, IIa-IIae, q. 66, a. 7), a trai­té la néces­si­té urgente comme un cas limite où l’usage des biens est ordon­né à la sur­vie et où la qua­li­fi­ca­tion de vol peut être dis­cu­tée. Il ne faut pas faire pas­ser cette ana­lyse tho­miste pour un consen­sus pro­tes­tant sans dis­cus­sion.

Le prin­cipe biblique demeure : secou­rir celui qui souffre, répa­rer celui qui a été lésé et recher­cher des moyens justes. L’urgence peut modi­fier radi­ca­le­ment l’évaluation d’un acte et la res­pon­sa­bi­li­té de ceux qui auraient dû por­ter secours. Elle ne sau­rait ser­vir de jus­ti­fi­ca­tion géné­rale au pillage poli­tique ou oppor­tu­niste. Le récit de Robin des Bois est utile pré­ci­sé­ment parce qu’il nous oblige à dis­tin­guer la com­pas­sion, la jus­tice véri­table et la ten­ta­tion de se faire jus­tice soi-même.


Bibliographie sommaire

Jean Cal­vin, Ins­ti­tu­tion de la reli­gion chré­tienne, II, 8, §§ 45–46. Le com­men­taire cal­vi­nien du hui­tième com­man­de­ment montre que l’interdiction ne porte pas seule­ment sur le vol visible, mais sur les pro­fits illi­cites, l’exploitation et le défaut d’assistance. C’est l’un des textes réfor­més les plus direc­te­ment adap­tés au sujet. Texte anglais véri­fiable dans la tra­duc­tion de Hen­ry Beve­ridge sur Chris­tian Clas­sics Ethe­real Libra­ry. Consul­ter l’édition anglaise.

Caté­chisme de Hei­del­berg, 42e dimanche, ques­tions 110–111, 1563. Ce texte confes­sion­nel relie avec une rare clar­té la condam­na­tion du vol, des fraudes et de la cupi­di­té à la res­pon­sa­bi­li­té posi­tive de tra­vailler pour secou­rir autrui. Texte fran­çais des ques­tions 110–111. Consul­ter les ques­tions 110–111.

Assem­blée de West­mins­ter, Grand Caté­chisme, ques­tions 140–142, 1647. Déve­lop­pe­ment sys­té­ma­tique des obli­ga­tions et des péchés asso­ciés au hui­tième com­man­de­ment. Sa pré­ci­sion sur la res­ti­tu­tion, les contrats, l’abus de confiance et les devoirs envers les néces­si­teux est par­ti­cu­liè­re­ment utile pour une réflexion morale contem­po­raine. Texte ori­gi­nal. Consul­ter le texte ori­gi­nal.

Augus­tin d’Hippone, La Cité de Dieu, IV, 4. La com­pa­rai­son entre royaume injuste et grande bande de bri­gands montre que la jus­tice ne se réduit pas à la pos­ses­sion du pou­voir. La cita­tion ne doit pas être détour­née en légi­ti­ma­tion géné­rale de la révolte pri­vée. Tra­duc­tion fran­çaise his­to­rique. Consul­ter la tra­duc­tion fran­çaise.

Karl Marx et Frie­drich Engels, Mani­feste du par­ti com­mu­niste, 1848, cha­pitre II. Source pri­maire indis­pen­sable pour pré­sen­ter cor­rec­te­ment la dis­tinc­tion mar­xiste entre pro­prié­té bour­geoise des moyens de pro­duc­tion et appro­pria­tion per­son­nelle des biens. Elle per­met de dis­cu­ter les pré­sup­po­sés anthro­po­lo­giques sans cari­ca­ture. Ver­sion fran­çaise. Consul­ter la ver­sion fran­çaise.

A. J. Pol­lard, « Idea­li­sing cri­mi­na­li­ty : Robin Hood in the fif­teenth cen­tu­ry », dans Prag­ma­tic Uto­pias : Ideals and Com­mu­ni­ties, 1200–1630, 2001, p. 156–173. Étude his­to­rique utile pour dis­tin­guer la for­ma­tion de la légende de Robin des Bois de l’argument moral moderne qui pré­tend jus­ti­fier le vol par sa des­ti­na­tion. Réfé­rence. Consul­ter la source.


Pour aller plus loin

La pre­mière piste consiste à relire ensemble Exode 20.15–17, Deu­té­ro­nome 5.19–21 et Éphé­siens 4.28. Qu’ajoute l’interdiction de convoi­ter à l’interdiction de voler ? Pour­quoi Paul ne s’arrête-t-il pas à l’exigence néga­tive de ces­ser de déro­ber, mais demande-t-il de tra­vailler pour par­ta­ger ? Quelle concep­tion de l’homme se laisse entre­voir dans ce pas­sage du geste exté­rieur au désir inté­rieur, puis à l’amour du pro­chain ?

Une deuxième piste invite à rap­pro­cher la vigne de Naboth (1 Rois 21), la pré­di­ca­tion d’Amos contre les com­mer­çants frau­du­leux (Amos 8.4–6), l’épisode de Zachée (Luc 19.1–10) et la dénon­cia­tion des salaires rete­nus (Jacques 5.1–6). Ces textes concernent des situa­tions très dif­fé­rentes. Qu’ont-ils en com­mun ? À par­tir de quel moment une acqui­si­tion appa­rem­ment régu­lière devient-elle une injus­tice ? Une res­ti­tu­tion peut-elle être authen­tique si elle n’est accom­pa­gnée d’aucune conver­sion du cœur ?

Une troi­sième piste concerne l’Église. Com­ment peut-elle encou­ra­ger le tra­vail hon­nête, sou­te­nir les per­sonnes pri­vées du néces­saire, accom­pa­gner des vic­times de vols, et aider un auteur d’injustice à recon­naître sa faute et à répa­rer ? La com­pas­sion doit être concrète ; elle ne se satis­fait ni d’une jus­ti­fi­ca­tion géné­rale de la vio­lence ni d’une exhor­ta­tion abs­traite adres­sée aux pauvres.

Enfin, l’opposition entre pro­prié­té pri­vée et pro­prié­té col­lec­tive gagne à être exa­mi­née sans slo­gans. Dis­tin­guer pos­ses­sion per­son­nelle, pro­prié­té pro­duc­tive, pro­prié­té publique, don volon­taire et confis­ca­tion est indis­pen­sable. Il est tout aus­si néces­saire de dis­tin­guer jus­tice dis­tri­bu­tive, devoir de cha­ri­té et res­ti­tu­tion d’un tort anté­rieur. La Bible ne résout pas à notre place tous les débats ins­ti­tu­tion­nels modernes ; elle donne néan­moins un cri­tère pour juger nos pra­tiques : res­pec­tons-nous la digni­té du pro­chain, ses droits légi­times et ses besoins véri­tables ? Et nos biens nous rendent-ils plus dis­po­sés à ser­vir ou plus prompts à convoi­ter ?


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