Éros et Agapè

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Dans cette étreinte sculp­tée, deux corps se rejoignent dans un mou­ve­ment à la fois pas­sion­né et recueilli. La ten­sion des gestes exprime le désir, tan­dis que la dou­ceur des visages sug­gère une com­mu­nion plus pro­fonde que la seule attrac­tion char­nelle. L’image évoque ain­si l’union mys­té­rieuse de l’éros et de l’agapè, où la beau­té du corps devient lan­gage de l’âme.

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Éros et Aga­pè

« Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni. »

Il est des oppo­si­tions qui appau­vrissent la véri­té. L’une d’elles consiste à oppo­ser l’éros et l’agapè, comme si la pas­sion humaine et l’amour spi­ri­tuel rele­vaient de deux mondes incom­pa­tibles. Or l’expérience humaine, la sagesse des poètes et la lumière du Texte sacré sug­gèrent plu­tôt qu’ils appar­tiennent à une même réa­li­té pro­fonde. L’éros est l’élan, le désir, la force qui attire et met l’être en mou­ve­ment. L’agapè est l’amour qui se donne, qui élève et qui trans­fi­gure. Lorsque ces deux dimen­sions se ren­contrent har­mo­nieu­se­ment, l’amour devient une force de vie capable d’unir la chair et l’âme, le cœur et l’esprit.

Ce recueil s’inscrit dans cette intui­tion. Il tente de dire, à tra­vers la poé­sie, ce mys­tère de l’amour qui brûle et qui apaise, qui blesse par­fois et qui gué­rit sou­vent. L’amour humain y est envi­sa­gé comme une expé­rience concrète et incar­née, mais aus­si comme une voie inté­rieure qui ouvre l’âme à quelque chose de plus grand qu’elle-même. La poé­sie devient alors un lieu où la pas­sion et la lumière peuvent se répondre.

Je dois beau­coup, dans cette recherche, à plu­sieurs voix qui ont nour­ri ma réflexion et mon ima­gi­naire. Denis de Rou­ge­mont a mon­tré avec force com­bien l’Occident a sou­vent confon­du pas­sion et amour véri­table, et com­bien la pas­sion pou­vait aus­si être un che­min vers la véri­té de l’amour. Gus­tave Thi­bon a rap­pe­lé, avec une sagesse pro­fonde, que l’amour humain n’est jamais plei­ne­ment com­pris lorsqu’on le coupe de sa dimen­sion spi­ri­tuelle. Anders Nygren, dans son grand ouvrage Éros et Aga­pè, a ten­té de pen­ser la ten­sion entre ces deux formes de l’amour qui tra­versent toute l’histoire de la pen­sée chré­tienne.

Mais plus encore, cette réflexion doit beau­coup à la fré­quen­ta­tion du Texte sacré, et tout par­ti­cu­liè­re­ment au Can­tique des Can­tiques, ce livre éton­nant où la Bible célèbre l’amour humain avec une liber­té et une inten­si­té qui ont sur­pris des géné­ra­tions de lec­teurs. On y découvre que la pas­sion, loin d’être mépri­sée, peut deve­nir le sym­bole même de l’alliance et de la fidé­li­té.

La poé­sie elle-même a tou­jours été l’un des lieux pri­vi­lé­giés où cette ten­sion entre éros et aga­pè s’exprime. Agrip­pa d’Aubigné, dans une veine tra­gique et brû­lante, a su don­ner à l’amour une pro­fon­deur spi­ri­tuelle. Edmond Ros­tand, avec Cyra­no, a mon­tré que l’amour peut être à la fois pas­sion ardente et géné­ro­si­té héroïque. Et com­ment ne pas évo­quer Cer­vantes, dont l’inimitable Don Qui­chotte incarne cette folie lumi­neuse qui pousse l’homme à croire envers et contre tout à la beau­té, à la jus­tice et à l’amour ? Il m’arrive sou­vent de me recon­naître dans ce che­va­lier errant qui pré­fère l’idéal à la rési­gna­tion.

L’amour est une force vive. Il tra­verse les siècles, les cultures et les vies humaines. Il peut éga­rer lorsqu’il se replie sur lui-même, mais il peut aus­si sau­ver lorsqu’il s’ouvre à la véri­té et au don.

Je ne sais pas si la beau­té sau­ve­ra le monde. Mais je crois que l’amour, lui, le peut.

Car, au fond, toute véri­table médi­ta­tion sur l’amour conduit à cette affir­ma­tion simple et ver­ti­gi­neuse :

Dieu est Amour !


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