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Cette scène de manifestation montre le féminisme sous sa forme militante et contestataire. Les slogans et les gestes expriment une dénonciation explicite du « pouvoir mâle », c’est-à-dire d’un ordre social interprété comme structuré par la domination masculine. L’image illustre ainsi l’un des traits marquants de certains courants féministes contemporains : la transformation d’une revendication d’égalité en une critique globale des structures culturelles, politiques et symboliques jugées patriarcales. Elle introduit donc la question centrale de l’article : que recouvre réellement le mot « féminisme », et quelles visions du monde différentes se cachent derrière ce terme unique.
Qu’appelle-t-on exactement « féminisme » ? Le terme recouvre en réalité une grande diversité de courants, d’analyses et d’objectifs qui se sont développés depuis la fin du XVIIIᵉ siècle. Comprendre ces évolutions est indispensable pour discerner les présupposés anthropologiques1 qui façonnent aujourd’hui les débats sur l’homme, la femme, le couple et la société.
Cet article propose un premier repère : origine du féminisme moderne, principales vagues historiques, diversité des courants contemporains et enjeux culturels actuels. Il est accompagné de plusieurs annexes consacrées notamment aux relations entre féminisme et protestantisme, ainsi qu’à l’émergence de la théologie dite inclusive.
Un point de départ pour aborder ces questions avec lucidité et les confronter ensuite à l’anthropologie biblique de la création, de la chute et de la rédemption.
Dossier Féminisme, masculinisme et foi chrétienne
Qu’est-ce que le féminisme ?
Le féminisme est généralement défini comme un ensemble de mouvements et de réflexions visant à dénoncer les injustices subies par les femmes et à promouvoir leur égalité avec les hommes dans la société2. Toutefois, derrière cette définition simple se cache une réalité beaucoup plus complexe. Le féminisme n’est pas un mouvement unique et homogène3. Il s’agit plutôt d’un ensemble de courants qui se sont développés au fil du temps, chacun reposant sur des analyses différentes de la condition féminine et des causes de l’inégalité entre les sexes.
Comprendre le féminisme suppose donc d’examiner à la fois son origine historique, ses principales étapes et les diverses visions du monde qui le structurent aujourd’hui.
Un mot, plusieurs réalités
Le mot « féminisme » est souvent utilisé comme s’il désignait une doctrine unique. En réalité, il s’agit d’un terme générique qui regroupe des courants très différents. Certains cherchent principalement l’égalité juridique et politique entre hommes et femmes, tandis que d’autres proposent une transformation beaucoup plus profonde des structures sociales, culturelles ou symboliques. Selon les auteurs, l’inégalité entre les sexes est expliquée par des facteurs juridiques, économiques, culturels ou anthropologiques. Parler du féminisme au singulier peut donc être trompeur : il est plus juste de parler de féminismes, tant les analyses et les objectifs peuvent diverger.
Les origines du féminisme moderne
Les premières revendications féministes apparaissent dans le monde occidental à la fin du XVIIIᵉ siècle4, dans le contexte des révolutions politiques et de l’affirmation des droits de l’homme. Certaines femmes commencent alors à souligner une contradiction : les principes d’égalité proclamés par les sociétés modernes ne s’appliquent pas pleinement aux femmes.
L’une des premières figures emblématiques de cette critique est Mary Wollstonecraft, qui publie en 1792 A Vindication of the Rights of Woman5. Elle y défend l’idée que les femmes doivent avoir accès à l’éducation et être reconnues comme des êtres rationnels capables de participer à la vie sociale et intellectuelle.
Au XIXᵉ siècle, ces revendications se structurent dans plusieurs pays occidentaux autour de mouvements réclamant des droits civiques pour les femmes, notamment le droit de vote, l’accès à l’éducation et la reconnaissance juridique.
Cette première phase du féminisme est souvent appelée féminisme libéral6. Elle s’inscrit dans la tradition politique des droits individuels et cherche principalement à obtenir l’égalité devant la loi.
Les grandes vagues du féminisme
Les historiens distinguent généralement plusieurs « vagues » du féminisme moderne. La première vague (XIXᵉ – début XXᵉ siècle) se concentre surtout sur les droits civiques : éducation, propriété, droit de vote. La seconde vague, dans les années 1960–1980, élargit la critique aux structures sociales, à la famille et aux normes culturelles. À partir des années 1990, une troisième phase met davantage l’accent sur les identités, les expériences individuelles et la diversité des situations féminines. Certains parlent aujourd’hui d’une quatrième vague, marquée par les réseaux sociaux, les mobilisations contre les violences sexuelles et les débats sur le genre. Ces périodisations restent toutefois discutées par les chercheurs.
La seconde vague : critique des structures sociales
Au milieu du XXᵉ siècle, le féminisme connaît un nouveau développement, souvent désigné comme la « seconde vague ». Les revendications ne portent plus seulement sur les droits juridiques mais sur les structures sociales elles-mêmes.
L’une des figures intellectuelles marquantes de cette période est Simone de Beauvoir, dont l’ouvrage Le Deuxième Sexe (1949) affirme que la condition féminine est largement construite par la société et les rôles culturels attribués aux femmes. La célèbre formule « on ne naît pas femme : on le devient »7 résume cette perspective.
Dans cette approche, les inégalités ne sont plus interprétées simplement comme des injustices individuelles mais comme le résultat d’un système social global souvent désigné par le terme de patriarcat8.
Cette analyse conduit à une critique beaucoup plus large des institutions : famille, religion, culture et normes sexuelles.
Diversification des courants féministes
À partir des années 1970, le féminisme se diversifie en plusieurs courants distincts.
Le féminisme libéral continue de défendre l’égalité des droits et des opportunités dans les institutions existantes.
Le féminisme radical considère que la domination masculine est profondément enracinée dans les structures sociales et qu’elle doit être transformée de manière plus radicale.
Le féminisme marxiste interprète les inégalités entre hommes et femmes à partir des structures économiques et des rapports de production9.
Plus récemment, le féminisme intersectionnel affirme que différentes formes d’oppression – liées au sexe, à la race ou à la classe sociale – se combinent dans l’organisation des sociétés10.
Ces courants ne partagent pas toujours les mêmes objectifs ni les mêmes analyses, mais ils ont en commun la volonté d’expliquer les inégalités entre hommes et femmes et de transformer les structures sociales jugées responsables de ces inégalités.
Féminisme libéral, radical et marxiste
Les principaux courants féministes reposent sur des analyses différentes des causes de l’inégalité entre les sexes. Le féminisme libéral attribue ces inégalités à des discriminations juridiques ou sociales et cherche à corriger ces injustices par des réformes institutionnelles. Le féminisme radical considère que la domination masculine constitue une structure fondamentale de la société, souvent désignée par le terme de patriarcat. Le féminisme marxiste interprète quant à lui la situation des femmes à partir des rapports économiques et du système capitaliste. Ces approches peuvent parfois se rejoindre dans certaines revendications, mais leurs diagnostics et leurs solutions diffèrent sensiblement.
Objectifs et revendications
Les objectifs du féminisme varient selon les courants, mais plusieurs thèmes reviennent fréquemment dans les revendications contemporaines.
Parmi eux figurent la promotion de l’égalité juridique et sociale, la critique des rôles traditionnels associés à la masculinité et à la féminité, la lutte contre les violences faites aux femmes, ainsi qu’une réflexion plus large sur la sexualité, le corps et l’identité.
Dans certaines formes de féminisme contemporain, ces revendications s’accompagnent d’une remise en question des catégories traditionnelles de l’identité sexuelle et des structures familiales héritées de l’histoire.
Un mouvement influent dans les sociétés occidentales
Aujourd’hui, le féminisme exerce une influence importante dans de nombreux domaines : universités, médias, institutions politiques, organisations internationales et débats culturels11.
Ses idées façonnent en partie la manière dont les sociétés contemporaines abordent les questions liées au genre, à la sexualité et aux relations entre hommes et femmes.
Dans le même temps, ces transformations suscitent également des critiques et des réactions diverses, parfois regroupées sous l’étiquette de masculinisme, qui dénoncent ce qu’elles perçoivent comme un déséquilibre nouveau dans les rapports entre les sexes.
Une question plus profonde : la vision de l’homme
Au-delà des débats politiques et sociaux, le féminisme soulève une question plus fondamentale : quelle conception de l’homme et de la femme doit guider l’organisation de la société ?
Certains courants féministes interprètent les relations entre les sexes principalement en termes de structures de pouvoir et de domination. D’autres mettent l’accent sur la liberté individuelle et l’autonomie personnelle.
Ces différentes perspectives reposent sur des conceptions philosophiques et anthropologiques particulières.
Pour la réflexion chrétienne, la question centrale devient donc la suivante : comment ces visions du monde se situent-elles par rapport à l’anthropologie biblique ?
La Bible présente l’homme et la femme comme créés ensemble à l’image de Dieu12, appelés à une vocation commune dans l’ordre de la création, mais aussi marqués par les conséquences du péché qui introduit conflits, domination et désordre dans les relations humaines13.
L’anthropologie biblique : création, chute, rédemption
Dans la perspective biblique classique, la relation entre l’homme et la femme s’inscrit dans une histoire théologique plus large. La création affirme la dignité commune de l’homme et de la femme, tous deux créés à l’image de Dieu (Genèse 1.27). La chute introduit ensuite le désordre dans les relations humaines, marqué par la domination et le conflit (Genèse 3.16). La rédemption en Christ ouvre enfin une restauration progressive de cette relation dans la communion et la vocation commune du peuple de Dieu (Galates 3.28). Cette structure création–chute–rédemption constitue un cadre central pour la réflexion chrétienne sur les relations entre les sexes.
Comprendre le féminisme suppose donc non seulement d’en examiner l’histoire et les revendications, mais aussi d’en analyser les présupposés anthropologiques afin de les confronter à la vision biblique de l’homme, de la femme et de leur relation14.
C’est à cette analyse que les articles suivants de ce dossier seront consacrés.
Annexes
Annexe 1 – Les positions chrétiennes face au féminisme : un aperçu
Les Églises chrétiennes n’ont pas adopté une position unique face au féminisme. Les réponses varient selon les traditions théologiques, les conceptions de l’autorité de l’Écriture et les compréhensions de l’anthropologie chrétienne15. On peut néanmoins distinguer plusieurs grandes orientations.
Dans le catholicisme romain, la réflexion sur la femme s’est développée dans le cadre de ce que le magistère appelle souvent la « complémentarité » entre l’homme et la femme16. Les textes pontificaux récents, notamment ceux de Jean-Paul II, affirment l’égale dignité des deux sexes tout en maintenant une distinction des vocations. L’Église catholique soutient l’égalité de dignité et de droits mais refuse l’ordination sacerdotale des femmes17, considérant que le sacerdoce ministériel appartient à la structure sacramentelle de l’Église.
Dans le protestantisme libéral, la réception du féminisme a été beaucoup plus large18. Dans de nombreuses Églises issues de cette tradition, les revendications féministes ont influencé la théologie, la liturgie et l’organisation ecclésiale. L’ordination des femmes y est généralement admise depuis plusieurs décennies, et certains milieux théologiques développent des approches explicitement féministes ou inclusives19 qui réinterprètent certains passages bibliques à la lumière des débats contemporains sur le genre.
Le protestantisme évangélique présente une situation plus diverse. Une partie des Églises évangéliques adopte une position dite « complémentarienne »20, selon laquelle l’homme et la femme ont une dignité égale devant Dieu mais des rôles distincts dans la famille et dans l’Église. D’autres milieux évangéliques défendent une position « égalitarienne »21, qui affirme que les ministères et responsabilités ecclésiales doivent être ouverts indifféremment aux hommes et aux femmes.
Dans les Églises réformées confessantes, la réflexion s’inscrit généralement dans le cadre de l’anthropologie biblique de la création et de l’alliance22. L’égalité de dignité entre l’homme et la femme est fortement affirmée, mais l’accent est mis sur la distinction des vocations dans l’ordre de la création et sur l’autorité normative de l’Écriture dans l’organisation de l’Église23. Cette approche se montre souvent critique envers certaines formes contemporaines de féminisme, en particulier lorsqu’elles reposent sur une anthropologie qui remet en question la différenciation sexuelle ou les structures familiales.
Ces différentes positions montrent que le débat entre christianisme et féminisme ne se réduit pas à une opposition simple entre tradition et modernité. Il renvoie plus profondément à des questions théologiques fondamentales24 : l’autorité de l’Écriture, l’anthropologie chrétienne, la compréhension de la création et la place de l’Église dans les transformations culturelles. Les articles suivants du dossier examineront plus en détail ces différentes perspectives.
Annexe 2 – Féminisme et protestantisme : figures et réseaux
La théologie féministe s’est développée principalement dans le monde protestant occidental au cours de la seconde moitié du XXᵉ siècle25. Elle s’inscrit dans un contexte intellectuel marqué par les transformations culturelles des sociétés occidentales, l’essor des études critiques de la Bible et l’influence des mouvements féministes contemporains. Si ses expressions varient selon les contextes ecclésiaux, elle a donné naissance à plusieurs figures influentes et à des réseaux structurés.
Au niveau international, plusieurs théologiennes ont joué un rôle majeur dans l’élaboration de la théologie féministe. Parmi les plus influentes figure Elisabeth Schüssler Fiorenza, spécialiste du Nouveau Testament, qui a proposé une relecture des origines chrétiennes en mettant en avant la participation des femmes dans les premières communautés26. Une autre figure importante est Rosemary Radford Ruether, dont les travaux ont profondément marqué les débats théologiques sur le patriarcat et les structures ecclésiales27. Dans une approche plus radicale, Mary Daly a soutenu que la tradition chrétienne serait intrinsèquement marquée par des structures patriarcales, appelant à une transformation profonde du langage et de la théologie28.
Dans le protestantisme francophone, la théologie féministe s’est développée de manière plus tardive et souvent dans des contextes académiques ou institutionnels. Parmi les figures les plus connues figure Élisabeth Parmentier29, professeure de théologie systématique, qui a contribué aux débats sur l’ecclésiologie et la place des femmes dans l’Église. Dans les milieux évangéliques francophones, Valérie Duval-Poujol est devenue une voix importante dans les discussions sur l’ordination des femmes et sur la lutte contre les violences conjugales30.
Dans le champ plus large de la réflexion protestante francophone, certaines personnalités ont également contribué à ouvrir un espace de réflexion sur les rapports hommes-femmes dans la tradition chrétienne. On peut citer par exemple France Quéré31 ou encore Marion Muller-Colard32, dont les travaux abordent régulièrement les questions de vulnérabilité, de justice et de relation.
Ces réflexions s’appuient aussi sur plusieurs réseaux et institutions. En France, des organisations liées au protestantisme institutionnel, comme Fédération protestante de France, accueillent régulièrement des initiatives consacrées à la place des femmes dans l’Église et dans la société. Des plateformes médiatiques comme Regards protestants relaient également ces débats dans l’espace public protestant.
Aujourd’hui, la diffusion des idées féministes dans le protestantisme francophone ne passe plus seulement par les facultés de théologie. Elle s’appuie aussi sur des réseaux associatifs, des conférences, des formations pastorales et des espaces médiatiques comme les podcasts ou les réseaux sociaux. Cette pluralité d’acteurs contribue à faire de ces questions un sujet de discussion croissant dans les Églises protestantes contemporaines.
Annexe 3 – Par-delà le féminisme : la théologie inclusive
Les débats contemporains autour du féminisme dans les Églises s’inscrivent souvent dans un mouvement plus large que certains théologiens appellent la « théologie inclusive »33. Ce terme désigne un ensemble d’approches cherchant à adapter le langage, les structures ecclésiales et l’interprétation des Écritures34 afin de refléter davantage les idéaux modernes d’inclusion et d’égalité.
La théologie inclusive ne se limite pas à la question de la place des femmes dans l’Église. Elle s’étend aussi à d’autres domaines : le langage utilisé pour parler de Dieu, la représentation symbolique de l’autorité, l’interprétation des textes bibliques concernant la sexualité ou encore la reconnaissance de diverses identités humaines dans la vie ecclésiale.
Dans ce cadre, plusieurs propositions ont émergé dans certaines Églises et institutions théologiques. Certaines concernent l’usage d’un langage dit « inclusif » dans la liturgie35et les traductions bibliques, cherchant à éviter des formulations perçues comme exclusivement masculines. D’autres concernent la relecture de passages bibliques traditionnellement interprétés comme limitant certains ministères ou certaines pratiques.
Cette approche s’inscrit généralement dans une perspective herméneutique particulière : la conviction que l’Écriture doit être interprétée à la lumière de principes moraux considérés comme centraux dans la culture contemporaine36, notamment l’égalité, l’inclusion et la reconnaissance des identités individuelles.
Pour ses défenseurs, la théologie inclusive vise à rendre le message chrétien plus accessible et plus audible dans les sociétés modernes. Elle cherche à corriger ce qui est perçu comme des héritages culturels patriarcaux ou exclusifs dans les traditions ecclésiales.
Ses critiques, en revanche, soulignent que cette approche peut conduire à redéfinir progressivement certaines catégories théologiques fondamentales. Lorsque les critères d’inclusion deviennent un principe herméneutique dominant, il peut en résulter une relecture des textes bibliques où certaines affirmations de l’Écriture sont relativisées ou reformulées37.
Ces débats soulignent une question théologique plus profonde : quelle est l’autorité normative dans l’interprétation chrétienne38 ? La culture contemporaine et ses idéaux moraux, ou la révélation biblique elle-même dans son contexte historique et théologique ?
La réflexion sur la théologie inclusive dépasse donc largement la seule question du féminisme. Elle touche au rapport entre l’Église, l’Écriture et la culture dans le monde contemporain.
Bibliographie sommaire
Études historiques sur le féminisme
Le Deuxième Sexe – Simone de Beauvoir
Beauvoir Simone, Le Deuxième Sexe, 2 vol., Paris, Gallimard, 1949 (éd. courante : coll. Folio essais).
Ouvrage majeur du féminisme du XXᵉ siècle. L’auteure analyse la condition féminine dans les sociétés occidentales et soutient que l’identité féminine est largement façonnée par des constructions sociales et culturelles.
The Feminine Mystique – Betty Friedan
Friedan Betty, The Feminine Mystique, New York, W. W. Norton & Company, 1963.
Livre souvent associé à la « seconde vague » féministe aux États-Unis. Friedan y critique l’idéal domestique imposé aux femmes dans l’Amérique d’après-guerre et appelle à une redéfinition du rôle féminin dans la société.
The Creation of Patriarchy – Gerda Lerner
Lerner Gerda, The Creation of Patriarchy, New York / Oxford, Oxford University Press, 1986.
Étude historique consacrée à l’émergence des structures patriarcales dans les sociétés du Proche-Orient ancien et du monde antique. L’ouvrage cherche à expliquer l’origine historique des rapports de domination entre les sexes.
Théologie féministe
In Memory of Her – Elisabeth Schüssler Fiorenza
Schüssler Fiorenza Elisabeth, In Memory of Her : A Feminist Theological Reconstruction of Christian Origins, New York, Crossroad Publishing Company, 1983 ; trad. fr. : En mémoire d’elle. Essai de reconstruction des origines chrétiennes selon la théologie féministe, Paris, Cerf, 1986.
L’auteure propose une relecture des origines chrétiennes en mettant en évidence la participation des femmes dans les premières communautés. L’ouvrage constitue une référence importante de la théologie féministe appliquée aux études bibliques.
Sexism and God-Talk – Rosemary Radford Ruether
Ruether Rosemary Radford, Sexism and God-Talk : Toward a Feminist Theology, Boston, Beacon Press, 1983.
Essai de théologie féministe examinant les implications du patriarcat dans le langage théologique et les structures ecclésiales. Ruether propose une reconstruction du discours chrétien à partir d’une critique du sexisme religieux.
Beyond God the Father – Mary Daly
Daly Mary, Beyond God the Father : Toward a Philosophy of Women’s Liberation, Boston, Beacon Press, 1973.
Ouvrage influent du féminisme radical appliqué à la religion. Daly y développe une critique de la tradition chrétienne qu’elle considère comme marquée par des structures patriarcales.
Réflexions protestantes francophones
Une théologie pour aujourd’hui – Élisabeth Parmentier
Parmentier Élisabeth, Une théologie pour aujourd’hui, Genève, Labor et Fides, 2004.
Ouvrage de théologie systématique abordant plusieurs questions contemporaines de l’ecclésiologie et de la vie de l’Église. Il participe aux débats protestants sur l’évolution des ministères et la place des femmes dans les communautés chrétiennes.
La Bible est-elle sexiste ? – Valérie Duval-Poujol
Duval-Poujol Valérie, La Bible est-elle sexiste ? Parcours biblique, Portes-lès-Valence, Empreinte Temps Présent, 2021.
Étude biblique destinée à examiner plusieurs passages controversés concernant la place des femmes dans l’Église. L’auteure propose une interprétation égalitarienne de ces textes dans une perspective évangélique.
Les femmes de l’Évangile – France Quéré
Quéré France, Les femmes de l’Évangile, Paris, Seuil, 1982.
Essai spirituel et philosophique consacré aux figures féminines du Nouveau Testament. L’ouvrage a contribué à nourrir la réflexion protestante francophone sur la condition féminine dans la tradition chrétienne.
Réponses chrétiennes et anthropologie biblique
Recovering Biblical Manhood and Womanhood – John Piper et Wayne Grudem
Piper John, Grudem Wayne (dir.), Recovering Biblical Manhood and Womanhood : A Response to Evangelical Feminism, Wheaton (Illinois), Crossway Books, 1991.
Ouvrage collectif défendant une approche complémentarienne des relations entre hommes et femmes dans l’Église et la famille. Les auteurs examinent les principaux textes bibliques utilisés dans les débats contemporains.
Men and Women in Christ – Andrew Bartlett
Bartlett Andrew, Men and Women in Christ : Fresh Light from the Biblical Texts, London, Inter-Varsity Press, 2019.
Étude exégétique consacrée aux passages bibliques invoqués dans les discussions sur l’autorité et l’égalité entre hommes et femmes. L’auteur propose une analyse détaillée des textes du Nouveau Testament dans le contexte du débat évangélique contemporain.
Philosophie et apologétique
The Defense of the Faith – Cornelius Van Til
Van Til Cornelius, The Defense of the Faith, Philadelphia, Presbyterian and Reformed Publishing, 1955 (éd. révisée 2008).
Ouvrage classique de l’apologétique présuppositionnaliste réformée. Van Til y analyse les fondements philosophiques des visions du monde modernes et insiste sur le rôle des présupposés religieux dans toute pensée humaine.
Essais sur le calvinisme – Abraham Kuyper
Kuyper Abraham, Essais sur le calvinisme, Aix-en-Provence, Kerygma, 2020 (éd. originale : Lectures on Calvinism, Grand Rapids, Eerdmans, 1931).
Ces conférences célèbres présentent le calvinisme comme une vision du monde globale influençant la culture, la politique et la société. Elles offrent un cadre pour comprendre la manière dont les convictions religieuses façonnent les institutions et la vie sociale.
A New Critique of Theoretical Thought – Herman Dooyeweerd
Dooyeweerd Herman, A New Critique of Theoretical Thought, 4 vol., Amsterdam / Philadelphia, Presbyterian and Reformed Publishing Company, 1953–1958.
Œuvre majeure de la philosophie réformée du XXᵉ siècle. Dooyeweerd y examine les fondements religieux des systèmes philosophiques occidentaux et analyse l’influence des présupposés spirituels dans la pensée moderne.
Pour aller plus loin
Les débats contemporains sur le féminisme, le masculinisme et l’anthropologie chrétienne touchent à des questions profondes : identité humaine, différence sexuelle, liberté individuelle et ordre de la création. La consultation d’ouvrages provenant de traditions intellectuelles diverses permet de mieux comprendre la diversité des analyses et des présupposés qui structurent ces discussions.
Outils pédagogiques
Cette section rassemble quelques outils destinés à accompagner la lecture du dossier et à faciliter le travail de discernement. Les questions soulevées par le féminisme, le masculinisme et les transformations contemporaines de l’anthropologie touchent souvent des expériences personnelles, des situations pastorales sensibles et des débats culturels complexes. Il est donc utile de disposer de repères simples pour réfléchir de manière à la fois biblique, lucide et paisible.
Questions pour analyser un discours
Face à un article, un livre ou une intervention sur ces sujets, plusieurs questions peuvent aider à identifier les présupposés en jeu.
Quel est le diagnostic posé sur la condition humaine ?
Le problème fondamental est-il présenté comme une injustice sociale, une structure de domination, une crise identitaire ou le péché humain tel que l’Écriture le décrit ?
Quelle conception de l’homme et de la femme est présupposée ?
La différence sexuelle est-elle considérée comme une réalité créée, ou comme une construction sociale susceptible d’être redéfinie ?
Quel est le critère d’autorité utilisé ?
La réflexion s’appuie-t-elle d’abord sur l’Écriture, ou sur des catégories culturelles contemporaines qui servent ensuite à relire les textes bibliques ?
Comment la relation entre hommes et femmes est-elle décrite ?
Comme une coopération dans l’ordre de la création, comme un rapport de domination, ou comme un conflit structurel entre groupes sociaux ?
Ces questions permettent souvent de clarifier rapidement la vision du monde qui sous-tend un discours.
Repères bibliques
La réflexion chrétienne sur l’homme et la femme s’enracine dans plusieurs passages fondamentaux de l’Écriture.
Genèse 1–2 décrit la création de l’homme et de la femme à l’image de Dieu et leur vocation commune dans l’ordre de la création.
Genèse 3 montre comment la chute introduit la rupture, le conflit et la domination dans les relations humaines.
Éphésiens 5 présente la relation entre mari et femme dans la perspective de l’amour du Christ pour son Église.
Galates 3.28 affirme l’égalité spirituelle des croyants en Christ.
Ces textes doivent être lus ensemble pour comprendre l’anthropologie biblique dans sa cohérence.
Conseils pour la discussion dans l’Église
Les débats autour de ces sujets peuvent rapidement devenir sensibles. Quelques attitudes peuvent aider à préserver un climat de réflexion honnête et fraternel.
Éviter les caricatures et chercher à comprendre les arguments réels.
Distinguer les abus historiques des principes bibliques eux-mêmes.
Refuser les logiques de guerre des sexes qui opposent systématiquement hommes et femmes.
Maintenir l’autorité de l’Écriture tout en faisant preuve de patience et de charité dans les discussions.
L’objectif n’est pas de remporter un débat culturel, mais de chercher ensemble la vérité révélée par Dieu.
Discernement et espérance
La Bible ne présente pas la relation entre l’homme et la femme comme une lutte permanente entre deux groupes rivaux. Elle montre au contraire que la domination et les conflits qui marquent l’histoire humaine sont les conséquences de la chute.
L’Évangile annonce la restauration progressive de cette relation dans l’œuvre du Christ. Comprendre les débats contemporains demande donc à la fois lucidité sur les idées qui façonnent la culture et confiance dans la sagesse de la révélation biblique.
Ces outils ont pour but d’aider les lecteurs à exercer ce discernement.
- L’approche apologétique adoptée par foedus.fr s’inscrit dans la tradition présuppositionnaliste développée notamment par Cornelius Van Til et poursuivie par plusieurs penseurs de la théologie réformée. Elle part d’un principe simple : toute réflexion sur l’homme, la société ou la morale repose toujours sur des présupposés fondamentaux concernant Dieu, la vérité et la nature du monde.
Dans cette perspective, aucune question culturelle ou intellectuelle n’est taboue. Les débats contemporains – y compris ceux liés au féminisme – peuvent être abordés sereinement, sans polémique inutile et sans simplification caricaturale. Il ne s’agit ni d’adopter sans discernement les catégories d’une idéologie, ni de rejeter en bloc toutes les interrogations qu’elle soulève.
L’examen théologique consiste plutôt à confronter les différentes affirmations à l’enseignement de la Sainte Écriture, reconnue comme norme ultime de vérité. Cette confrontation permet de discerner ce qui relève d’une juste intuition concernant la dignité humaine et la justice, et ce qui procède de présupposés incompatibles avec l’anthropologie biblique.
Une telle démarche évite deux écueils opposés. Le premier serait l’adhésion naïve à des catégories culturelles contemporaines sans examen critique. Le second serait le rejet global de toute question posée par le débat actuel. L’apologétique réformée cherche au contraire à exercer un discernement fondé sur la révélation divine, afin de distinguer le vrai du faux, le légitime du trompeur, et de ramener toute réflexion humaine à la lumière de la Parole de Dieu. ↩︎ - Karen Offen, European Feminisms 1700–1950 : A Political History, Stanford University Press, Stanford, 2000, p. 20–24. ↩︎
- Nancy F. Cott, The Grounding of Modern Feminism, Yale University Press, New Haven, 1987, chap. 1–2. ↩︎
- Joan Wallach Scott, Only Paradoxes to Offer : French Feminists and the Rights of Man, Harvard University Press, Cambridge (Mass.), 1996. ↩︎
- Mary Wollstonecraft, A Vindication of the Rights of Woman, Joseph Johnson, Londres, 1792 ; éd. moderne : Penguin Classics, Londres, 2004. ↩︎
- Rosemarie Tong, Feminist Thought : A More Comprehensive Introduction, Westview Press, Boulder (Colorado), 2009, p. 1–32. ↩︎
- Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe, Gallimard, Paris, 1949, t. II, p. 13 (éd. Folio essais). ↩︎
- Sylvia Walby, Theorizing Patriarchy, Basil Blackwell, Oxford, 1990, chap. 1–3. ↩︎
- Friedrich Engels, Der Ursprung der Familie, des Privateigenthums und des Staats, Dietz Verlag, Stuttgart, 1884 ; trad. angl. The Origin of the Family, Private Property and the State, Penguin Classics, Londres, 2010. ↩︎
- Kimberlé Crenshaw, « Mapping the Margins : Intersectionality, Identity Politics, and Violence against Women of Color », Stanford Law Review, vol. 43, n° 6, 1991, p. 1241–1299. ↩︎
- Judith Butler, Gender Trouble : Feminism and the Subversion of Identity, Routledge, New York, 1990. ↩︎
- Genèse 1.26–27 ; Genèse 2.18–25. Voir également Herman Bavinck, Gereformeerde Dogmatiek, J.H. Kok, Kampen, 1895–1901 ; trad. angl. Reformed Dogmatics, Baker Academic, Grand Rapids, 2004, vol. 2, p. 554–568. ↩︎
- Genèse 3.16 ; Jean Calvin, Commentarius in Genesin, Genève, 1554 ; éd. angl. Commentaries on the First Book of Moses Called Genesis, Calvin Translation Society, Édimbourg, 1847, ad loc. ↩︎
- Cornelius Van Til, The Defense of the Faith, Presbyterian and Reformed Publishing, Philadelphia, 1955, chap. 1–2.
Abraham Kuyper, Lectures on Calvinism, Eerdmans, Grand Rapids, 1931 (conférences de Princeton, 1898), conférence 1 : « Calvinism as a Life-System ». ↩︎ - Carl R. Trueman, The Rise and Triumph of the Modern Self : Cultural Amnesia, Expressive Individualism, and the Road to Sexual Revolution, Crossway, Wheaton (Illinois), 2020, chap. 8–10.
Carl R. Trueman, L’étrange nouvelle religion de l’individu : essai sur la révolution sexuelle et culturelle, BLF Éditions, Charols, 2022 (éd. originale anglaise : The Rise and Triumph of the Modern Self, Crossway, Wheaton, 2020). ↩︎ - Jean-Paul II, Mulieris dignitatem. Lettre apostolique sur la dignité et la vocation de la femme, Vatican, 1988. ↩︎
- Jean-Paul II, Ordinatio sacerdotalis : lettre apostolique sur l’ordination sacerdotale réservée aux hommes, Vatican, 1994 ↩︎
- Rosemary Radford Ruether, Sexisme et discours sur Dieu : vers une théologie féministe, trad. fr., Cerf, Paris, 1991 (éd. originale : Sexism and God-Talk, Beacon Press, Boston, 1983). ↩︎
- Elisabeth Schüssler Fiorenza, En mémoire d’elle : essai de reconstruction des origines chrétiennes selon une perspective féministe, Cerf, Paris, 1994 (éd. originale : In Memory of Her, Crossroad, New York, 1983). ↩︎
- John Piper et Wayne Grudem (dir.), La vision biblique de l’homme et de la femme, Impact Académia / Cruciforme, Québec, 2019 (éd. originale : Recovering Biblical Manhood and Womanhood, Crossway, Wheaton, 1991). ↩︎
- Ronald W. Pierce et Rebecca Merrill Groothuis (dir.), Discovering Biblical Equality, IVP Academic, Downers Grove, 2004. ↩︎
- Herman Bavinck, Dogmatique réformée, vol. 2 : Dieu et la création, Excelsis / Labor et Fides, Charols – Genève, 2019 (éd. originale : Gereformeerde Dogmatiek, Kampen, 1895–1901). ↩︎
- Confession de foi de Westminster, chapitres 1 et 25, trad. française, Éditions Kerygma / Europresse, 2008. ↩︎
- John Frame, La doctrine de la vie chrétienne, Impact Académia, Québec, 2017 (éd. originale : The Doctrine of the Christian Life, P&R Publishing, 2008). ↩︎
- Alister E. McGrath, Introduction à la théologie chrétienne, Excelsis / Labor et Fides, Charols – Genève, 2013. ↩︎
- Elisabeth Schüssler Fiorenza, En mémoire d’elle, Cerf, Paris, 1994. ↩︎
- Rosemary Radford Ruether, Sexisme et discours sur Dieu, Cerf, Paris, 1991. ↩︎
- Mary Daly, Au-delà de Dieu le Père : vers une philosophie de la libération des femmes, Beacon Press, Boston, 1973. ↩︎
- Élisabeth Parmentier, Une théologie pour aujourd’hui, Labor et Fides, Genève, 2004. ↩︎
- Valérie Duval-Poujol, La Bible est-elle sexiste ?, Empreinte Temps Présent, Portes-lès-Valence, 2017. ↩︎
- France Quéré, Les femmes de l’Évangile, Seuil, Paris, 1982. ↩︎
- Marion Muller-Colard, L’Autre Dieu : la plainte, la menace et la grâce, Labor et Fides, Genève, 2014. ↩︎
- Susannah Cornwall, Sex and Uncertainty in the Body of Christ, Equinox Publishing, Sheffield, 2010. ↩︎
- Elizabeth A. Johnson, Dieu au féminin : la théologie féministe et le mystère de Dieu, Cerf, Paris, 1999 (éd. originale : She Who Is, Crossroad, New York, 1992). ↩︎
- Anne-Marie Pelletier, La Bible et l’herméneutique contemporaine, Cerf, Paris, 2004. ↩︎
- Kevin J. Vanhoozer, Y a‑t-il un sens dans ce texte ?, Impact Académia, Québec, 2012 (éd. originale : Is There a Meaning in This Text ?, Zondervan, 1998). ↩︎
- Cornelius Van Til, La défense de la foi chrétienne, Impact Académia, Québec, 2014 (éd. originale : The Defense of the Faith, Presbyterian and Reformed, Philadelphia, 1955). ↩︎
- Abraham Kuyper, Essais sur le calvinisme, Kerygma / Faculté Jean Calvin, Aix-en-Provence, 2020. (éd. originale : Lectures on Calvinism, 1898). ↩︎

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