Manifestation féministe radicale

Qu’est-ce que le féminisme ? Origine, courants et objectifs

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Cette scène de mani­fes­ta­tion montre le fémi­nisme sous sa forme mili­tante et contes­ta­taire. Les slo­gans et les gestes expriment une dénon­cia­tion expli­cite du « pou­voir mâle », c’est-à-dire d’un ordre social inter­pré­té comme struc­tu­ré par la domi­na­tion mas­cu­line. L’image illustre ain­si l’un des traits mar­quants de cer­tains cou­rants fémi­nistes contem­po­rains : la trans­for­ma­tion d’une reven­di­ca­tion d’égalité en une cri­tique glo­bale des struc­tures cultu­relles, poli­tiques et sym­bo­liques jugées patriar­cales. Elle intro­duit donc la ques­tion cen­trale de l’article : que recouvre réel­le­ment le mot « fémi­nisme », et quelles visions du monde dif­fé­rentes se cachent der­rière ce terme unique.


Qu’appelle-t-on exac­te­ment « fémi­nisme » ? Le terme recouvre en réa­li­té une grande diver­si­té de cou­rants, d’analyses et d’objectifs qui se sont déve­lop­pés depuis la fin du XVIIIᵉ siècle. Com­prendre ces évo­lu­tions est indis­pen­sable pour dis­cer­ner les pré­sup­po­sés anthro­po­lo­giques1 qui façonnent aujourd’hui les débats sur l’homme, la femme, le couple et la socié­té.

Cet article pro­pose un pre­mier repère : ori­gine du fémi­nisme moderne, prin­ci­pales vagues his­to­riques, diver­si­té des cou­rants contem­po­rains et enjeux cultu­rels actuels. Il est accom­pa­gné de plu­sieurs annexes consa­crées notam­ment aux rela­tions entre fémi­nisme et pro­tes­tan­tisme, ain­si qu’à l’émergence de la théo­lo­gie dite inclu­sive.

Un point de départ pour abor­der ces ques­tions avec luci­di­té et les confron­ter ensuite à l’anthropologie biblique de la créa­tion, de la chute et de la rédemp­tion.

Dos­sier Fémi­nisme, mas­cu­li­nisme et foi chré­tienne

Qu’est-ce que le féminisme ?

Le fémi­nisme est géné­ra­le­ment défi­ni comme un ensemble de mou­ve­ments et de réflexions visant à dénon­cer les injus­tices subies par les femmes et à pro­mou­voir leur éga­li­té avec les hommes dans la socié­té2. Tou­te­fois, der­rière cette défi­ni­tion simple se cache une réa­li­té beau­coup plus com­plexe. Le fémi­nisme n’est pas un mou­ve­ment unique et homo­gène3. Il s’agit plu­tôt d’un ensemble de cou­rants qui se sont déve­lop­pés au fil du temps, cha­cun repo­sant sur des ana­lyses dif­fé­rentes de la condi­tion fémi­nine et des causes de l’inégalité entre les sexes.

Com­prendre le fémi­nisme sup­pose donc d’examiner à la fois son ori­gine his­to­rique, ses prin­ci­pales étapes et les diverses visions du monde qui le struc­turent aujourd’hui.

Un mot, plu­sieurs réa­li­tés

Le mot « fémi­nisme » est sou­vent uti­li­sé comme s’il dési­gnait une doc­trine unique. En réa­li­té, il s’agit d’un terme géné­rique qui regroupe des cou­rants très dif­fé­rents. Cer­tains cherchent prin­ci­pa­le­ment l’égalité juri­dique et poli­tique entre hommes et femmes, tan­dis que d’autres pro­posent une trans­for­ma­tion beau­coup plus pro­fonde des struc­tures sociales, cultu­relles ou sym­bo­liques. Selon les auteurs, l’inégalité entre les sexes est expli­quée par des fac­teurs juri­diques, éco­no­miques, cultu­rels ou anthro­po­lo­giques. Par­ler du fémi­nisme au sin­gu­lier peut donc être trom­peur : il est plus juste de par­ler de fémi­nismes, tant les ana­lyses et les objec­tifs peuvent diver­ger.

Les ori­gines du fémi­nisme moderne

Les pre­mières reven­di­ca­tions fémi­nistes appa­raissent dans le monde occi­den­tal à la fin du XVIIIᵉ siècle4, dans le contexte des révo­lu­tions poli­tiques et de l’affirmation des droits de l’homme. Cer­taines femmes com­mencent alors à sou­li­gner une contra­dic­tion : les prin­cipes d’égalité pro­cla­més par les socié­tés modernes ne s’appliquent pas plei­ne­ment aux femmes.

L’une des pre­mières figures emblé­ma­tiques de cette cri­tique est Mary Woll­sto­ne­craft, qui publie en 1792 A Vin­di­ca­tion of the Rights of Woman5. Elle y défend l’idée que les femmes doivent avoir accès à l’éducation et être recon­nues comme des êtres ration­nels capables de par­ti­ci­per à la vie sociale et intel­lec­tuelle.

Au XIXᵉ siècle, ces reven­di­ca­tions se struc­turent dans plu­sieurs pays occi­den­taux autour de mou­ve­ments récla­mant des droits civiques pour les femmes, notam­ment le droit de vote, l’accès à l’éducation et la recon­nais­sance juri­dique.

Cette pre­mière phase du fémi­nisme est sou­vent appe­lée fémi­nisme libé­ral6. Elle s’inscrit dans la tra­di­tion poli­tique des droits indi­vi­duels et cherche prin­ci­pa­le­ment à obte­nir l’égalité devant la loi.

Les grandes vagues du fémi­nisme

Les his­to­riens dis­tinguent géné­ra­le­ment plu­sieurs « vagues » du fémi­nisme moderne. La pre­mière vague (XIXᵉ – début XXᵉ siècle) se concentre sur­tout sur les droits civiques : édu­ca­tion, pro­prié­té, droit de vote. La seconde vague, dans les années 1960–1980, élar­git la cri­tique aux struc­tures sociales, à la famille et aux normes cultu­relles. À par­tir des années 1990, une troi­sième phase met davan­tage l’accent sur les iden­ti­tés, les expé­riences indi­vi­duelles et la diver­si­té des situa­tions fémi­nines. Cer­tains parlent aujourd’hui d’une qua­trième vague, mar­quée par les réseaux sociaux, les mobi­li­sa­tions contre les vio­lences sexuelles et les débats sur le genre. Ces pério­di­sa­tions res­tent tou­te­fois dis­cu­tées par les cher­cheurs.

La seconde vague : cri­tique des struc­tures sociales

Au milieu du XXᵉ siècle, le fémi­nisme connaît un nou­veau déve­lop­pe­ment, sou­vent dési­gné comme la « seconde vague ». Les reven­di­ca­tions ne portent plus seule­ment sur les droits juri­diques mais sur les struc­tures sociales elles-mêmes.

L’une des figures intel­lec­tuelles mar­quantes de cette période est Simone de Beau­voir, dont l’ouvrage Le Deuxième Sexe (1949) affirme que la condi­tion fémi­nine est lar­ge­ment construite par la socié­té et les rôles cultu­rels attri­bués aux femmes. La célèbre for­mule « on ne naît pas femme : on le devient »7 résume cette pers­pec­tive.

Dans cette approche, les inéga­li­tés ne sont plus inter­pré­tées sim­ple­ment comme des injus­tices indi­vi­duelles mais comme le résul­tat d’un sys­tème social glo­bal sou­vent dési­gné par le terme de patriar­cat8.

Cette ana­lyse conduit à une cri­tique beau­coup plus large des ins­ti­tu­tions : famille, reli­gion, culture et normes sexuelles.

Diver­si­fi­ca­tion des cou­rants fémi­nistes

À par­tir des années 1970, le fémi­nisme se diver­si­fie en plu­sieurs cou­rants dis­tincts.

Le fémi­nisme libé­ral conti­nue de défendre l’égalité des droits et des oppor­tu­ni­tés dans les ins­ti­tu­tions exis­tantes.

Le fémi­nisme radi­cal consi­dère que la domi­na­tion mas­cu­line est pro­fon­dé­ment enra­ci­née dans les struc­tures sociales et qu’elle doit être trans­for­mée de manière plus radi­cale.

Le fémi­nisme mar­xiste inter­prète les inéga­li­tés entre hommes et femmes à par­tir des struc­tures éco­no­miques et des rap­ports de pro­duc­tion9.

Plus récem­ment, le fémi­nisme inter­sec­tion­nel affirme que dif­fé­rentes formes d’oppression – liées au sexe, à la race ou à la classe sociale – se com­binent dans l’organisation des socié­tés10.

Ces cou­rants ne par­tagent pas tou­jours les mêmes objec­tifs ni les mêmes ana­lyses, mais ils ont en com­mun la volon­té d’expliquer les inéga­li­tés entre hommes et femmes et de trans­for­mer les struc­tures sociales jugées res­pon­sables de ces inéga­li­tés.

Fémi­nisme libé­ral, radi­cal et mar­xiste

Les prin­ci­paux cou­rants fémi­nistes reposent sur des ana­lyses dif­fé­rentes des causes de l’inégalité entre les sexes. Le fémi­nisme libé­ral attri­bue ces inéga­li­tés à des dis­cri­mi­na­tions juri­diques ou sociales et cherche à cor­ri­ger ces injus­tices par des réformes ins­ti­tu­tion­nelles. Le fémi­nisme radi­cal consi­dère que la domi­na­tion mas­cu­line consti­tue une struc­ture fon­da­men­tale de la socié­té, sou­vent dési­gnée par le terme de patriar­cat. Le fémi­nisme mar­xiste inter­prète quant à lui la situa­tion des femmes à par­tir des rap­ports éco­no­miques et du sys­tème capi­ta­liste. Ces approches peuvent par­fois se rejoindre dans cer­taines reven­di­ca­tions, mais leurs diag­nos­tics et leurs solu­tions dif­fèrent sen­si­ble­ment.

Objec­tifs et reven­di­ca­tions

Les objec­tifs du fémi­nisme varient selon les cou­rants, mais plu­sieurs thèmes reviennent fré­quem­ment dans les reven­di­ca­tions contem­po­raines.

Par­mi eux figurent la pro­mo­tion de l’égalité juri­dique et sociale, la cri­tique des rôles tra­di­tion­nels asso­ciés à la mas­cu­li­ni­té et à la fémi­ni­té, la lutte contre les vio­lences faites aux femmes, ain­si qu’une réflexion plus large sur la sexua­li­té, le corps et l’identité.

Dans cer­taines formes de fémi­nisme contem­po­rain, ces reven­di­ca­tions s’accompagnent d’une remise en ques­tion des caté­go­ries tra­di­tion­nelles de l’identité sexuelle et des struc­tures fami­liales héri­tées de l’histoire.

Un mou­ve­ment influent dans les socié­tés occi­den­tales

Aujourd’hui, le fémi­nisme exerce une influence impor­tante dans de nom­breux domaines : uni­ver­si­tés, médias, ins­ti­tu­tions poli­tiques, orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales et débats cultu­rels11.

Ses idées façonnent en par­tie la manière dont les socié­tés contem­po­raines abordent les ques­tions liées au genre, à la sexua­li­té et aux rela­tions entre hommes et femmes.

Dans le même temps, ces trans­for­ma­tions sus­citent éga­le­ment des cri­tiques et des réac­tions diverses, par­fois regrou­pées sous l’étiquette de mas­cu­li­nisme, qui dénoncent ce qu’elles per­çoivent comme un dés­équi­libre nou­veau dans les rap­ports entre les sexes.

Une ques­tion plus pro­fonde : la vision de l’homme

Au-delà des débats poli­tiques et sociaux, le fémi­nisme sou­lève une ques­tion plus fon­da­men­tale : quelle concep­tion de l’homme et de la femme doit gui­der l’organisation de la socié­té ?

Cer­tains cou­rants fémi­nistes inter­prètent les rela­tions entre les sexes prin­ci­pa­le­ment en termes de struc­tures de pou­voir et de domi­na­tion. D’autres mettent l’accent sur la liber­té indi­vi­duelle et l’autonomie per­son­nelle.

Ces dif­fé­rentes pers­pec­tives reposent sur des concep­tions phi­lo­so­phiques et anthro­po­lo­giques par­ti­cu­lières.

Pour la réflexion chré­tienne, la ques­tion cen­trale devient donc la sui­vante : com­ment ces visions du monde se situent-elles par rap­port à l’anthropologie biblique ?

La Bible pré­sente l’homme et la femme comme créés ensemble à l’image de Dieu12, appe­lés à une voca­tion com­mune dans l’ordre de la créa­tion, mais aus­si mar­qués par les consé­quences du péché qui intro­duit conflits, domi­na­tion et désordre dans les rela­tions humaines13.

L’anthropologie biblique : créa­tion, chute, rédemp­tion

Dans la pers­pec­tive biblique clas­sique, la rela­tion entre l’homme et la femme s’inscrit dans une his­toire théo­lo­gique plus large. La créa­tion affirme la digni­té com­mune de l’homme et de la femme, tous deux créés à l’image de Dieu (Genèse 1.27). La chute intro­duit ensuite le désordre dans les rela­tions humaines, mar­qué par la domi­na­tion et le conflit (Genèse 3.16). La rédemp­tion en Christ ouvre enfin une res­tau­ra­tion pro­gres­sive de cette rela­tion dans la com­mu­nion et la voca­tion com­mune du peuple de Dieu (Galates 3.28). Cette struc­ture création–chute–rédemption consti­tue un cadre cen­tral pour la réflexion chré­tienne sur les rela­tions entre les sexes.

Com­prendre le fémi­nisme sup­pose donc non seule­ment d’en exa­mi­ner l’histoire et les reven­di­ca­tions, mais aus­si d’en ana­ly­ser les pré­sup­po­sés anthro­po­lo­giques afin de les confron­ter à la vision biblique de l’homme, de la femme et de leur rela­tion14.

C’est à cette ana­lyse que les articles sui­vants de ce dos­sier seront consa­crés.


Annexes

Annexe 1 – Les positions chrétiennes face au féminisme : un aperçu

Les Églises chré­tiennes n’ont pas adop­té une posi­tion unique face au fémi­nisme. Les réponses varient selon les tra­di­tions théo­lo­giques, les concep­tions de l’autorité de l’Écriture et les com­pré­hen­sions de l’anthropologie chré­tienne15. On peut néan­moins dis­tin­guer plu­sieurs grandes orien­ta­tions.

Dans le catho­li­cisme romain, la réflexion sur la femme s’est déve­lop­pée dans le cadre de ce que le magis­tère appelle sou­vent la « com­plé­men­ta­ri­té » entre l’homme et la femme16. Les textes pon­ti­fi­caux récents, notam­ment ceux de Jean-Paul II, affirment l’égale digni­té des deux sexes tout en main­te­nant une dis­tinc­tion des voca­tions. L’Église catho­lique sou­tient l’égalité de digni­té et de droits mais refuse l’ordination sacer­do­tale des femmes17, consi­dé­rant que le sacer­doce minis­té­riel appar­tient à la struc­ture sacra­men­telle de l’Église.

Dans le pro­tes­tan­tisme libé­ral, la récep­tion du fémi­nisme a été beau­coup plus large18. Dans de nom­breuses Églises issues de cette tra­di­tion, les reven­di­ca­tions fémi­nistes ont influen­cé la théo­lo­gie, la litur­gie et l’organisation ecclé­siale. L’ordi­na­tion des femmes y est géné­ra­le­ment admise depuis plu­sieurs décen­nies, et cer­tains milieux théo­lo­giques déve­loppent des approches expli­ci­te­ment fémi­nistes ou inclu­sives19 qui réin­ter­prètent cer­tains pas­sages bibliques à la lumière des débats contem­po­rains sur le genre.

Le pro­tes­tan­tisme évan­gé­lique pré­sente une situa­tion plus diverse. Une par­tie des Églises évan­gé­liques adopte une posi­tion dite « com­plé­men­ta­rienne »20, selon laquelle l’homme et la femme ont une digni­té égale devant Dieu mais des rôles dis­tincts dans la famille et dans l’Église. D’autres milieux évan­gé­liques défendent une posi­tion « éga­li­ta­rienne »21, qui affirme que les minis­tères et res­pon­sa­bi­li­tés ecclé­siales doivent être ouverts indif­fé­rem­ment aux hommes et aux femmes.

Dans les Églises réfor­mées confes­santes, la réflexion s’inscrit géné­ra­le­ment dans le cadre de l’anthropologie biblique de la créa­tion et de l’alliance22. L’égalité de digni­té entre l’homme et la femme est for­te­ment affir­mée, mais l’accent est mis sur la dis­tinc­tion des voca­tions dans l’ordre de la créa­tion et sur l’autorité nor­ma­tive de l’Écriture dans l’organisation de l’Église23. Cette approche se montre sou­vent cri­tique envers cer­taines formes contem­po­raines de fémi­nisme, en par­ti­cu­lier lorsqu’elles reposent sur une anthro­po­lo­gie qui remet en ques­tion la dif­fé­ren­cia­tion sexuelle ou les struc­tures fami­liales.

Ces dif­fé­rentes posi­tions montrent que le débat entre chris­tia­nisme et fémi­nisme ne se réduit pas à une oppo­si­tion simple entre tra­di­tion et moder­ni­té. Il ren­voie plus pro­fon­dé­ment à des ques­tions théo­lo­giques fon­da­men­tales24 : l’autorité de l’Écriture, l’anthropologie chré­tienne, la com­pré­hen­sion de la créa­tion et la place de l’Église dans les trans­for­ma­tions cultu­relles. Les articles sui­vants du dos­sier exa­mi­ne­ront plus en détail ces dif­fé­rentes pers­pec­tives.


Annexe 2 – Féminisme et protestantisme : figures et réseaux

La théo­lo­gie fémi­niste s’est déve­lop­pée prin­ci­pa­le­ment dans le monde pro­tes­tant occi­den­tal au cours de la seconde moi­tié du XXᵉ siècle25. Elle s’inscrit dans un contexte intel­lec­tuel mar­qué par les trans­for­ma­tions cultu­relles des socié­tés occi­den­tales, l’essor des études cri­tiques de la Bible et l’influence des mou­ve­ments fémi­nistes contem­po­rains. Si ses expres­sions varient selon les contextes ecclé­siaux, elle a don­né nais­sance à plu­sieurs figures influentes et à des réseaux struc­tu­rés.

Au niveau inter­na­tio­nal, plu­sieurs théo­lo­giennes ont joué un rôle majeur dans l’élaboration de la théo­lo­gie fémi­niste. Par­mi les plus influentes figure Eli­sa­beth Schüss­ler Fio­ren­za, spé­cia­liste du Nou­veau Tes­ta­ment, qui a pro­po­sé une relec­ture des ori­gines chré­tiennes en met­tant en avant la par­ti­ci­pa­tion des femmes dans les pre­mières com­mu­nau­tés26. Une autre figure impor­tante est Rose­ma­ry Rad­ford Rue­ther, dont les tra­vaux ont pro­fon­dé­ment mar­qué les débats théo­lo­giques sur le patriar­cat et les struc­tures ecclé­siales27. Dans une approche plus radi­cale, Mary Daly a sou­te­nu que la tra­di­tion chré­tienne serait intrin­sè­que­ment mar­quée par des struc­tures patriar­cales, appe­lant à une trans­for­ma­tion pro­fonde du lan­gage et de la théo­lo­gie28.

Dans le pro­tes­tan­tisme fran­co­phone, la théo­lo­gie fémi­niste s’est déve­lop­pée de manière plus tar­dive et sou­vent dans des contextes aca­dé­miques ou ins­ti­tu­tion­nels. Par­mi les figures les plus connues figure Éli­sa­beth Par­men­tier29, pro­fes­seure de théo­lo­gie sys­té­ma­tique, qui a contri­bué aux débats sur l’ecclésiologie et la place des femmes dans l’Église. Dans les milieux évan­gé­liques fran­co­phones, Valé­rie Duval-Pou­jol est deve­nue une voix impor­tante dans les dis­cus­sions sur l’ordination des femmes et sur la lutte contre les vio­lences conju­gales30.

Dans le champ plus large de la réflexion pro­tes­tante fran­co­phone, cer­taines per­son­na­li­tés ont éga­le­ment contri­bué à ouvrir un espace de réflexion sur les rap­ports hommes-femmes dans la tra­di­tion chré­tienne. On peut citer par exemple France Qué­ré31 ou encore Marion Mul­ler-Colard32, dont les tra­vaux abordent régu­liè­re­ment les ques­tions de vul­né­ra­bi­li­té, de jus­tice et de rela­tion.

Ces réflexions s’appuient aus­si sur plu­sieurs réseaux et ins­ti­tu­tions. En France, des orga­ni­sa­tions liées au pro­tes­tan­tisme ins­ti­tu­tion­nel, comme Fédé­ra­tion pro­tes­tante de France, accueillent régu­liè­re­ment des ini­tia­tives consa­crées à la place des femmes dans l’Église et dans la socié­té. Des pla­te­formes média­tiques comme Regards pro­tes­tants relaient éga­le­ment ces débats dans l’espace public pro­tes­tant.

Aujourd’hui, la dif­fu­sion des idées fémi­nistes dans le pro­tes­tan­tisme fran­co­phone ne passe plus seule­ment par les facul­tés de théo­lo­gie. Elle s’appuie aus­si sur des réseaux asso­cia­tifs, des confé­rences, des for­ma­tions pas­to­rales et des espaces média­tiques comme les pod­casts ou les réseaux sociaux. Cette plu­ra­li­té d’acteurs contri­bue à faire de ces ques­tions un sujet de dis­cus­sion crois­sant dans les Églises pro­tes­tantes contem­po­raines.


Annexe 3 – Par-delà le féminisme : la théologie inclusive

Les débats contem­po­rains autour du fémi­nisme dans les Églises s’inscrivent sou­vent dans un mou­ve­ment plus large que cer­tains théo­lo­giens appellent la « théo­lo­gie inclu­sive »33. Ce terme désigne un ensemble d’approches cher­chant à adap­ter le lan­gage, les struc­tures ecclé­siales et l’interprétation des Écri­tures34 afin de reflé­ter davan­tage les idéaux modernes d’inclusion et d’égalité.

La théo­lo­gie inclu­sive ne se limite pas à la ques­tion de la place des femmes dans l’Église. Elle s’étend aus­si à d’autres domaines : le lan­gage uti­li­sé pour par­ler de Dieu, la repré­sen­ta­tion sym­bo­lique de l’autorité, l’interprétation des textes bibliques concer­nant la sexua­li­té ou encore la recon­nais­sance de diverses iden­ti­tés humaines dans la vie ecclé­siale.

Dans ce cadre, plu­sieurs pro­po­si­tions ont émer­gé dans cer­taines Églises et ins­ti­tu­tions théo­lo­giques. Cer­taines concernent l’usage d’un lan­gage dit « inclu­sif » dans la litur­gie35et les tra­duc­tions bibliques, cher­chant à évi­ter des for­mu­la­tions per­çues comme exclu­si­ve­ment mas­cu­lines. D’autres concernent la relec­ture de pas­sages bibliques tra­di­tion­nel­le­ment inter­pré­tés comme limi­tant cer­tains minis­tères ou cer­taines pra­tiques.

Cette approche s’inscrit géné­ra­le­ment dans une pers­pec­tive her­mé­neu­tique par­ti­cu­lière : la convic­tion que l’Écriture doit être inter­pré­tée à la lumière de prin­cipes moraux consi­dé­rés comme cen­traux dans la culture contem­po­raine36, notam­ment l’égalité, l’inclusion et la recon­nais­sance des iden­ti­tés indi­vi­duelles.

Pour ses défen­seurs, la théo­lo­gie inclu­sive vise à rendre le mes­sage chré­tien plus acces­sible et plus audible dans les socié­tés modernes. Elle cherche à cor­ri­ger ce qui est per­çu comme des héri­tages cultu­rels patriar­caux ou exclu­sifs dans les tra­di­tions ecclé­siales.

Ses cri­tiques, en revanche, sou­lignent que cette approche peut conduire à redé­fi­nir pro­gres­si­ve­ment cer­taines caté­go­ries théo­lo­giques fon­da­men­tales. Lorsque les cri­tères d’inclusion deviennent un prin­cipe her­mé­neu­tique domi­nant, il peut en résul­ter une relec­ture des textes bibliques où cer­taines affir­ma­tions de l’Écriture sont rela­ti­vi­sées ou refor­mu­lées37.

Ces débats sou­lignent une ques­tion théo­lo­gique plus pro­fonde : quelle est l’autorité nor­ma­tive dans l’interprétation chré­tienne38 ? La culture contem­po­raine et ses idéaux moraux, ou la révé­la­tion biblique elle-même dans son contexte his­to­rique et théo­lo­gique ?

La réflexion sur la théo­lo­gie inclu­sive dépasse donc lar­ge­ment la seule ques­tion du fémi­nisme. Elle touche au rap­port entre l’Église, l’Écriture et la culture dans le monde contem­po­rain.


Bibliographie sommaire

Études his­to­riques sur le fémi­nisme

Le Deuxième Sexe – Simone de Beau­voir
Beau­voir Simone, Le Deuxième Sexe, 2 vol., Paris, Gal­li­mard, 1949 (éd. cou­rante : coll. Folio essais).
Ouvrage majeur du fémi­nisme du XXᵉ siècle. L’auteure ana­lyse la condi­tion fémi­nine dans les socié­tés occi­den­tales et sou­tient que l’identité fémi­nine est lar­ge­ment façon­née par des construc­tions sociales et cultu­relles.

The Femi­nine Mys­tique – Bet­ty Frie­dan
Frie­dan Bet­ty, The Femi­nine Mys­tique, New York, W. W. Nor­ton & Com­pa­ny, 1963.
Livre sou­vent asso­cié à la « seconde vague » fémi­niste aux États-Unis. Frie­dan y cri­tique l’idéal domes­tique impo­sé aux femmes dans l’Amérique d’après-guerre et appelle à une redé­fi­ni­tion du rôle fémi­nin dans la socié­té.

The Crea­tion of Patriar­chy – Ger­da Ler­ner
Ler­ner Ger­da, The Crea­tion of Patriar­chy, New York / Oxford, Oxford Uni­ver­si­ty Press, 1986.
Étude his­to­rique consa­crée à l’émergence des struc­tures patriar­cales dans les socié­tés du Proche-Orient ancien et du monde antique. L’ouvrage cherche à expli­quer l’origine his­to­rique des rap­ports de domi­na­tion entre les sexes.


Théo­lo­gie fémi­niste

In Memo­ry of Her – Eli­sa­beth Schüss­ler Fio­ren­za
Schüss­ler Fio­ren­za Eli­sa­beth, In Memo­ry of Her : A Femi­nist Theo­lo­gi­cal Recons­truc­tion of Chris­tian Ori­gins, New York, Cross­road Publi­shing Com­pa­ny, 1983 ; trad. fr. : En mémoire d’elle. Essai de recons­truc­tion des ori­gines chré­tiennes selon la théo­lo­gie fémi­niste, Paris, Cerf, 1986.
L’auteure pro­pose une relec­ture des ori­gines chré­tiennes en met­tant en évi­dence la par­ti­ci­pa­tion des femmes dans les pre­mières com­mu­nau­tés. L’ouvrage consti­tue une réfé­rence impor­tante de la théo­lo­gie fémi­niste appli­quée aux études bibliques.

Sexism and God-Talk – Rose­ma­ry Rad­ford Rue­ther
Rue­ther Rose­ma­ry Rad­ford, Sexism and God-Talk : Toward a Femi­nist Theo­lo­gy, Bos­ton, Bea­con Press, 1983.
Essai de théo­lo­gie fémi­niste exa­mi­nant les impli­ca­tions du patriar­cat dans le lan­gage théo­lo­gique et les struc­tures ecclé­siales. Rue­ther pro­pose une recons­truc­tion du dis­cours chré­tien à par­tir d’une cri­tique du sexisme reli­gieux.

Beyond God the Father – Mary Daly
Daly Mary, Beyond God the Father : Toward a Phi­lo­so­phy of Women’s Libe­ra­tion, Bos­ton, Bea­con Press, 1973.
Ouvrage influent du fémi­nisme radi­cal appli­qué à la reli­gion. Daly y déve­loppe une cri­tique de la tra­di­tion chré­tienne qu’elle consi­dère comme mar­quée par des struc­tures patriar­cales.


Réflexions pro­tes­tantes fran­co­phones

Une théo­lo­gie pour aujourd’hui – Éli­sa­beth Par­men­tier
Par­men­tier Éli­sa­beth, Une théo­lo­gie pour aujourd’hui, Genève, Labor et Fides, 2004.
Ouvrage de théo­lo­gie sys­té­ma­tique abor­dant plu­sieurs ques­tions contem­po­raines de l’ecclésiologie et de la vie de l’Église. Il par­ti­cipe aux débats pro­tes­tants sur l’évolution des minis­tères et la place des femmes dans les com­mu­nau­tés chré­tiennes.

La Bible est-elle sexiste ? – Valé­rie Duval-Pou­jol
Duval-Pou­jol Valé­rie, La Bible est-elle sexiste ? Par­cours biblique, Portes-lès-Valence, Empreinte Temps Pré­sent, 2021.
Étude biblique des­ti­née à exa­mi­ner plu­sieurs pas­sages contro­ver­sés concer­nant la place des femmes dans l’Église. L’auteure pro­pose une inter­pré­ta­tion éga­li­ta­rienne de ces textes dans une pers­pec­tive évan­gé­lique.

Les femmes de l’Évangile – France Qué­ré
Qué­ré France, Les femmes de l’Évangile, Paris, Seuil, 1982.
Essai spi­ri­tuel et phi­lo­so­phique consa­cré aux figures fémi­nines du Nou­veau Tes­ta­ment. L’ouvrage a contri­bué à nour­rir la réflexion pro­tes­tante fran­co­phone sur la condi­tion fémi­nine dans la tra­di­tion chré­tienne.


Réponses chré­tiennes et anthro­po­lo­gie biblique

Reco­ve­ring Bibli­cal Man­hood and Woman­hood – John Piper et Wayne Gru­dem
Piper John, Gru­dem Wayne (dir.), Reco­ve­ring Bibli­cal Man­hood and Woman­hood : A Res­ponse to Evan­ge­li­cal Femi­nism, Whea­ton (Illi­nois), Cross­way Books, 1991.
Ouvrage col­lec­tif défen­dant une approche com­plé­men­ta­rienne des rela­tions entre hommes et femmes dans l’Église et la famille. Les auteurs exa­minent les prin­ci­paux textes bibliques uti­li­sés dans les débats contem­po­rains.

Men and Women in Christ – Andrew Bart­lett
Bart­lett Andrew, Men and Women in Christ : Fresh Light from the Bibli­cal Texts, Lon­don, Inter-Var­si­ty Press, 2019.
Étude exé­gé­tique consa­crée aux pas­sages bibliques invo­qués dans les dis­cus­sions sur l’autorité et l’égalité entre hommes et femmes. L’auteur pro­pose une ana­lyse détaillée des textes du Nou­veau Tes­ta­ment dans le contexte du débat évan­gé­lique contem­po­rain.


Phi­lo­so­phie et apo­lo­gé­tique

The Defense of the Faith – Cor­ne­lius Van Til
Van Til Cor­ne­lius, The Defense of the Faith, Phi­la­del­phia, Pres­by­te­rian and Refor­med Publi­shing, 1955 (éd. révi­sée 2008).
Ouvrage clas­sique de l’apologétique pré­sup­po­si­tion­na­liste réfor­mée. Van Til y ana­lyse les fon­de­ments phi­lo­so­phiques des visions du monde modernes et insiste sur le rôle des pré­sup­po­sés reli­gieux dans toute pen­sée humaine.

Essais sur le cal­vi­nisme – Abra­ham Kuy­per
Kuy­per Abra­ham, Essais sur le cal­vi­nisme, Aix-en-Pro­vence, Keryg­ma, 2020 (éd. ori­gi­nale : Lec­tures on Cal­vi­nism, Grand Rapids, Eerd­mans, 1931).
Ces confé­rences célèbres pré­sentent le cal­vi­nisme comme une vision du monde glo­bale influen­çant la culture, la poli­tique et la socié­té. Elles offrent un cadre pour com­prendre la manière dont les convic­tions reli­gieuses façonnent les ins­ti­tu­tions et la vie sociale.

A New Cri­tique of Theo­re­ti­cal Thought – Her­man Dooye­weerd
Dooye­weerd Her­man, A New Cri­tique of Theo­re­ti­cal Thought, 4 vol., Amster­dam / Phi­la­del­phia, Pres­by­te­rian and Refor­med Publi­shing Com­pa­ny, 1953–1958.
Œuvre majeure de la phi­lo­so­phie réfor­mée du XXᵉ siècle. Dooye­weerd y exa­mine les fon­de­ments reli­gieux des sys­tèmes phi­lo­so­phiques occi­den­taux et ana­lyse l’influence des pré­sup­po­sés spi­ri­tuels dans la pen­sée moderne.


Pour aller plus loin

Les débats contem­po­rains sur le fémi­nisme, le mas­cu­li­nisme et l’anthropologie chré­tienne touchent à des ques­tions pro­fondes : iden­ti­té humaine, dif­fé­rence sexuelle, liber­té indi­vi­duelle et ordre de la créa­tion. La consul­ta­tion d’ouvrages pro­ve­nant de tra­di­tions intel­lec­tuelles diverses per­met de mieux com­prendre la diver­si­té des ana­lyses et des pré­sup­po­sés qui struc­turent ces dis­cus­sions.


Outils pédagogiques

Cette sec­tion ras­semble quelques outils des­ti­nés à accom­pa­gner la lec­ture du dos­sier et à faci­li­ter le tra­vail de dis­cer­ne­ment. Les ques­tions sou­le­vées par le fémi­nisme, le mas­cu­li­nisme et les trans­for­ma­tions contem­po­raines de l’anthropologie touchent sou­vent des expé­riences per­son­nelles, des situa­tions pas­to­rales sen­sibles et des débats cultu­rels com­plexes. Il est donc utile de dis­po­ser de repères simples pour réflé­chir de manière à la fois biblique, lucide et pai­sible.

Ques­tions pour ana­ly­ser un dis­cours

Face à un article, un livre ou une inter­ven­tion sur ces sujets, plu­sieurs ques­tions peuvent aider à iden­ti­fier les pré­sup­po­sés en jeu.

Quel est le diag­nos­tic posé sur la condi­tion humaine ?
Le pro­blème fon­da­men­tal est-il pré­sen­té comme une injus­tice sociale, une struc­ture de domi­na­tion, une crise iden­ti­taire ou le péché humain tel que l’Écriture le décrit ?

Quelle concep­tion de l’homme et de la femme est pré­sup­po­sée ?
La dif­fé­rence sexuelle est-elle consi­dé­rée comme une réa­li­té créée, ou comme une construc­tion sociale sus­cep­tible d’être redé­fi­nie ?

Quel est le cri­tère d’autorité uti­li­sé ?
La réflexion s’appuie-t-elle d’abord sur l’Écriture, ou sur des caté­go­ries cultu­relles contem­po­raines qui servent ensuite à relire les textes bibliques ?

Com­ment la rela­tion entre hommes et femmes est-elle décrite ?
Comme une coopé­ra­tion dans l’ordre de la créa­tion, comme un rap­port de domi­na­tion, ou comme un conflit struc­tu­rel entre groupes sociaux ?

Ces ques­tions per­mettent sou­vent de cla­ri­fier rapi­de­ment la vision du monde qui sous-tend un dis­cours.

Repères bibliques

La réflexion chré­tienne sur l’homme et la femme s’enracine dans plu­sieurs pas­sages fon­da­men­taux de l’Écriture.

Genèse 1–2 décrit la créa­tion de l’homme et de la femme à l’image de Dieu et leur voca­tion com­mune dans l’ordre de la créa­tion.
Genèse 3 montre com­ment la chute intro­duit la rup­ture, le conflit et la domi­na­tion dans les rela­tions humaines.
Éphé­siens 5 pré­sente la rela­tion entre mari et femme dans la pers­pec­tive de l’amour du Christ pour son Église.
Galates 3.28 affirme l’égalité spi­ri­tuelle des croyants en Christ.

Ces textes doivent être lus ensemble pour com­prendre l’anthropologie biblique dans sa cohé­rence.

Conseils pour la dis­cus­sion dans l’Église

Les débats autour de ces sujets peuvent rapi­de­ment deve­nir sen­sibles. Quelques atti­tudes peuvent aider à pré­ser­ver un cli­mat de réflexion hon­nête et fra­ter­nel.

Évi­ter les cari­ca­tures et cher­cher à com­prendre les argu­ments réels.
Dis­tin­guer les abus his­to­riques des prin­cipes bibliques eux-mêmes.
Refu­ser les logiques de guerre des sexes qui opposent sys­té­ma­ti­que­ment hommes et femmes.
Main­te­nir l’autorité de l’Écriture tout en fai­sant preuve de patience et de cha­ri­té dans les dis­cus­sions.

L’objectif n’est pas de rem­por­ter un débat cultu­rel, mais de cher­cher ensemble la véri­té révé­lée par Dieu.

Dis­cer­ne­ment et espé­rance

La Bible ne pré­sente pas la rela­tion entre l’homme et la femme comme une lutte per­ma­nente entre deux groupes rivaux. Elle montre au contraire que la domi­na­tion et les conflits qui marquent l’histoire humaine sont les consé­quences de la chute.

L’Évangile annonce la res­tau­ra­tion pro­gres­sive de cette rela­tion dans l’œuvre du Christ. Com­prendre les débats contem­po­rains demande donc à la fois luci­di­té sur les idées qui façonnent la culture et confiance dans la sagesse de la révé­la­tion biblique.

Ces outils ont pour but d’aider les lec­teurs à exer­cer ce dis­cer­ne­ment.


  1. L’approche apo­lo­gé­tique adop­tée par foedus.fr s’inscrit dans la tra­di­tion pré­sup­po­si­tion­na­liste déve­lop­pée notam­ment par Cor­ne­lius Van Til et pour­sui­vie par plu­sieurs pen­seurs de la théo­lo­gie réfor­mée. Elle part d’un prin­cipe simple : toute réflexion sur l’homme, la socié­té ou la morale repose tou­jours sur des pré­sup­po­sés fon­da­men­taux concer­nant Dieu, la véri­té et la nature du monde.
    Dans cette pers­pec­tive, aucune ques­tion cultu­relle ou intel­lec­tuelle n’est taboue. Les débats contem­po­rains – y com­pris ceux liés au fémi­nisme – peuvent être abor­dés serei­ne­ment, sans polé­mique inutile et sans sim­pli­fi­ca­tion cari­ca­tu­rale. Il ne s’agit ni d’adopter sans dis­cer­ne­ment les caté­go­ries d’une idéo­lo­gie, ni de reje­ter en bloc toutes les inter­ro­ga­tions qu’elle sou­lève.
    L’examen théo­lo­gique consiste plu­tôt à confron­ter les dif­fé­rentes affir­ma­tions à l’enseignement de la Sainte Écri­ture, recon­nue comme norme ultime de véri­té. Cette confron­ta­tion per­met de dis­cer­ner ce qui relève d’une juste intui­tion concer­nant la digni­té humaine et la jus­tice, et ce qui pro­cède de pré­sup­po­sés incom­pa­tibles avec l’anthropologie biblique.
    Une telle démarche évite deux écueils oppo­sés. Le pre­mier serait l’adhésion naïve à des caté­go­ries cultu­relles contem­po­raines sans exa­men cri­tique. Le second serait le rejet glo­bal de toute ques­tion posée par le débat actuel. L’apologétique réfor­mée cherche au contraire à exer­cer un dis­cer­ne­ment fon­dé sur la révé­la­tion divine, afin de dis­tin­guer le vrai du faux, le légi­time du trom­peur, et de rame­ner toute réflexion humaine à la lumière de la Parole de Dieu. ↩︎
  2. Karen Offen, Euro­pean Femi­nisms 1700–1950 : A Poli­ti­cal His­to­ry, Stan­ford Uni­ver­si­ty Press, Stan­ford, 2000, p. 20–24. ↩︎
  3. Nan­cy F. Cott, The Groun­ding of Modern Femi­nism, Yale Uni­ver­si­ty Press, New Haven, 1987, chap. 1–2. ↩︎
  4. Joan Wal­lach Scott, Only Para­doxes to Offer : French Femi­nists and the Rights of Man, Har­vard Uni­ver­si­ty Press, Cam­bridge (Mass.), 1996. ↩︎
  5. Mary Woll­sto­ne­craft, A Vin­di­ca­tion of the Rights of Woman, Joseph John­son, Londres, 1792 ; éd. moderne : Pen­guin Clas­sics, Londres, 2004. ↩︎
  6. Rose­ma­rie Tong, Femi­nist Thought : A More Com­pre­hen­sive Intro­duc­tion, West­view Press, Boul­der (Colo­ra­do), 2009, p. 1–32. ↩︎
  7. Simone de Beau­voir, Le Deuxième Sexe, Gal­li­mard, Paris, 1949, t. II, p. 13 (éd. Folio essais). ↩︎
  8. Syl­via Wal­by, Theo­ri­zing Patriar­chy, Basil Bla­ck­well, Oxford, 1990, chap. 1–3. ↩︎
  9. Frie­drich Engels, Der Urs­prung der Fami­lie, des Pri­va­tei­gen­thums und des Staats, Dietz Ver­lag, Stutt­gart, 1884 ; trad. angl. The Ori­gin of the Fami­ly, Pri­vate Pro­per­ty and the State, Pen­guin Clas­sics, Londres, 2010. ↩︎
  10. Kim­ber­lé Cren­shaw, « Map­ping the Mar­gins : Inter­sec­tio­na­li­ty, Iden­ti­ty Poli­tics, and Vio­lence against Women of Color », Stan­ford Law Review, vol. 43, n° 6, 1991, p. 1241–1299. ↩︎
  11. Judith But­ler, Gen­der Trouble : Femi­nism and the Sub­ver­sion of Iden­ti­ty, Rout­ledge, New York, 1990. ↩︎
  12. Genèse 1.26–27 ; Genèse 2.18–25. Voir éga­le­ment Her­man Bavinck, Gere­for­meerde Dog­ma­tiek, J.H. Kok, Kam­pen, 1895–1901 ; trad. angl. Refor­med Dog­ma­tics, Baker Aca­de­mic, Grand Rapids, 2004, vol. 2, p. 554–568. ↩︎
  13. Genèse 3.16 ; Jean Cal­vin, Com­men­ta­rius in Gene­sin, Genève, 1554 ; éd. angl. Com­men­ta­ries on the First Book of Moses Cal­led Gene­sis, Cal­vin Trans­la­tion Socie­ty, Édim­bourg, 1847, ad loc. ↩︎
  14. Cor­ne­lius Van Til, The Defense of the Faith, Pres­by­te­rian and Refor­med Publi­shing, Phi­la­del­phia, 1955, chap. 1–2.
    Abra­ham Kuy­per, Lec­tures on Cal­vi­nism, Eerd­mans, Grand Rapids, 1931 (confé­rences de Prin­ce­ton, 1898), confé­rence 1 : « Cal­vi­nism as a Life-Sys­tem ». ↩︎
  15. Carl R. True­man, The Rise and Triumph of the Modern Self : Cultu­ral Amne­sia, Expres­sive Indi­vi­dua­lism, and the Road to Sexual Revo­lu­tion, Cross­way, Whea­ton (Illi­nois), 2020, chap. 8–10.
    Carl R. True­man, L’étrange nou­velle reli­gion de l’individu : essai sur la révo­lu­tion sexuelle et cultu­relle, BLF Édi­tions, Cha­rols, 2022 (éd. ori­gi­nale anglaise : The Rise and Triumph of the Modern Self, Cross­way, Whea­ton, 2020). ↩︎
  16. Jean-Paul II, Mulie­ris digni­ta­tem. Lettre apos­to­lique sur la digni­té et la voca­tion de la femme, Vati­can, 1988. ↩︎
  17. Jean-Paul II, Ordi­na­tio sacer­do­ta­lis : lettre apos­to­lique sur l’ordination sacer­do­tale réser­vée aux hommes, Vati­can, 1994 ↩︎
  18. Rose­ma­ry Rad­ford Rue­ther, Sexisme et dis­cours sur Dieu : vers une théo­lo­gie fémi­niste, trad. fr., Cerf, Paris, 1991 (éd. ori­gi­nale : Sexism and God-Talk, Bea­con Press, Bos­ton, 1983). ↩︎
  19. Eli­sa­beth Schüss­ler Fio­ren­za, En mémoire d’elle : essai de recons­truc­tion des ori­gines chré­tiennes selon une pers­pec­tive fémi­niste, Cerf, Paris, 1994 (éd. ori­gi­nale : In Memo­ry of Her, Cross­road, New York, 1983). ↩︎
  20. John Piper et Wayne Gru­dem (dir.), La vision biblique de l’homme et de la femme, Impact Aca­dé­mia / Cru­ci­forme, Qué­bec, 2019 (éd. ori­gi­nale : Reco­ve­ring Bibli­cal Man­hood and Woman­hood, Cross­way, Whea­ton, 1991). ↩︎
  21. Ronald W. Pierce et Rebec­ca Mer­rill Groo­thuis (dir.), Dis­co­ve­ring Bibli­cal Equa­li­ty, IVP Aca­de­mic, Dow­ners Grove, 2004. ↩︎
  22. Her­man Bavinck, Dog­ma­tique réfor­mée, vol. 2 : Dieu et la créa­tion, Excel­sis / Labor et Fides, Cha­rols – Genève, 2019 (éd. ori­gi­nale : Gere­for­meerde Dog­ma­tiek, Kam­pen, 1895–1901). ↩︎
  23. Confes­sion de foi de West­mins­ter, cha­pitres 1 et 25, trad. fran­çaise, Édi­tions Keryg­ma / Euro­presse, 2008. ↩︎
  24. John Frame, La doc­trine de la vie chré­tienne, Impact Aca­dé­mia, Qué­bec, 2017 (éd. ori­gi­nale : The Doc­trine of the Chris­tian Life, P&R Publi­shing, 2008). ↩︎
  25. Alis­ter E. McGrath, Intro­duc­tion à la théo­lo­gie chré­tienne, Excel­sis / Labor et Fides, Cha­rols – Genève, 2013. ↩︎
  26. Eli­sa­beth Schüss­ler Fio­ren­za, En mémoire d’elle, Cerf, Paris, 1994. ↩︎
  27. Rose­ma­ry Rad­ford Rue­ther, Sexisme et dis­cours sur Dieu, Cerf, Paris, 1991. ↩︎
  28. Mary Daly, Au-delà de Dieu le Père : vers une phi­lo­so­phie de la libé­ra­tion des femmes, Bea­con Press, Bos­ton, 1973. ↩︎
  29. Éli­sa­beth Par­men­tier, Une théo­lo­gie pour aujourd’hui, Labor et Fides, Genève, 2004. ↩︎
  30. Valé­rie Duval-Pou­jol, La Bible est-elle sexiste ?, Empreinte Temps Pré­sent, Portes-lès-Valence, 2017. ↩︎
  31. France Qué­ré, Les femmes de l’Évangile, Seuil, Paris, 1982. ↩︎
  32. Marion Mul­ler-Colard, L’Autre Dieu : la plainte, la menace et la grâce, Labor et Fides, Genève, 2014. ↩︎
  33. Susan­nah Corn­wall, Sex and Uncer­tain­ty in the Body of Christ, Equi­nox Publi­shing, Shef­field, 2010. ↩︎
  34. Eli­za­beth A. John­son, Dieu au fémi­nin : la théo­lo­gie fémi­niste et le mys­tère de Dieu, Cerf, Paris, 1999 (éd. ori­gi­nale : She Who Is, Cross­road, New York, 1992). ↩︎
  35. Anne-Marie Pel­le­tier, La Bible et l’herméneutique contem­po­raine, Cerf, Paris, 2004. ↩︎
  36. Kevin J. Van­hoo­zer, Y a‑t-il un sens dans ce texte ?, Impact Aca­dé­mia, Qué­bec, 2012 (éd. ori­gi­nale : Is There a Mea­ning in This Text ?, Zon­der­van, 1998). ↩︎
  37. Cor­ne­lius Van Til, La défense de la foi chré­tienne, Impact Aca­dé­mia, Qué­bec, 2014 (éd. ori­gi­nale : The Defense of the Faith, Pres­by­te­rian and Refor­med, Phi­la­del­phia, 1955). ↩︎
  38. Abra­ham Kuy­per, Essais sur le cal­vi­nisme, Keryg­ma / Facul­té Jean Cal­vin, Aix-en-Pro­vence, 2020. (éd. ori­gi­nale : Lec­tures on Cal­vi­nism, 1898). ↩︎

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