Gravure ancienne de Moïse, homme âgé à la longue barbe, tenant un bâton et les Tables de la Loi portant les Dix Commandements en français.

Moïse est-il l’auteur de la Torah ?

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Moïse pré­sente les Tables de la Loi, sur­mon­tées de l’appel « Écoute, Israël ». Son visage mar­qué et son regard grave sou­lignent la res­pon­sa­bi­li­té de trans­mettre la parole reçue de Dieu. La gra­vure dis­tingue la per­sonne du légis­la­teur et le texte de l’alliance : elle illustre ain­si le rôle de Moïse comme dépo­si­taire et trans­met­teur, sans pré­tendre repré­sen­ter l’écriture entière du Penta­teuque.

D’après Phi­lippe de Cham­paigne, Moïse pré­sen­tant les Tables de la Loi, gra­vure de Robert Nan­teuil et Gérard Ede­linck, 1699, Thor­vald­sens Museum, Copen­hague, inv. E292. Œuvre du domaine public ; repro­duc­tion CC0 selon la poli­tique du musée.


Les rai­sons de main­te­nir l’attribution mosaïque du Penta­teuque

La Genèse, l’Exode, le Lévi­tique, les Nombres et le Deu­té­ro­nome sont tra­di­tion­nel­le­ment appe­lés les « livres de Moïse ». Cette attri­bu­tion appar­tient à la mémoire d’Israël, à l’enseignement de Jésus et à la tra­di­tion chré­tienne. Pour­tant, la recherche moderne consi­dère majo­ri­tai­re­ment le Penta­teuque comme le résul­tat d’une com­po­si­tion longue et plu­rielle. Peut-on encore défendre sérieu­se­ment son ori­gine mosaïque ? Oui, à condi­tion de dis­tin­guer ce que les textes attestent, ce que la tra­di­tion trans­met et ce qu’une recons­truc­tion his­to­rique peut seule­ment pro­po­ser.

De quoi parle-t-on quand on dit « auteur » ?

Le mot hébreu תּוֹרָה (Torah) signi­fie fon­da­men­ta­le­ment « ins­truc­tion » ou « ensei­gne­ment » ; il peut dési­gner une pres­crip­tion par­ti­cu­lière, un ensemble de lois ou, dans l’usage juif tra­di­tion­nel, les cinq pre­miers livres de la Bible. « Penta­teuque » est le nom grec de ce cor­pus en cinq livres : Genèse, Exode, Lévi­tique, Nombres et Deu­té­ro­nome.

Il faut d’abord dis­tin­guer quatre ques­tions. Moïse est-il le per­son­nage his­to­rique à l’origine de l’alliance du Sinaï et de sa légis­la­tion ? A‑t-il per­son­nel­le­ment mis par écrit des paroles et des évé­ne­ments ? Est-il le res­pon­sable prin­ci­pal de la com­po­si­tion d’un ensemble de tra­di­tions, de récits et de lois ? Enfin, cha­cun des mots du texte hébreu tel que nous le lisons aujourd’hui remonte-t-il à sa propre main ? Ces ques­tions sont liées, mais elles ne sont pas iden­tiques. Refu­ser la qua­trième pro­po­si­tion ne suf­fit pas à réfu­ter les trois pre­mières.

Une posi­tion mosaïque rai­son­na­ble­ment for­mu­lée recon­naît en Moïse le média­teur de la révé­la­tion sinaï­tique et la figure déter­mi­nante de la rédac­tion ou de l’organisation ori­gi­nelle du cor­pus, tout en admet­tant la pos­si­bi­li­té de tra­di­tions anté­rieures et de pré­ci­sions ulté­rieures. Elle ne doit pas se trans­for­mer en cer­ti­tude his­to­rique là où les témoins ne la per­mettent pas.

Ce que la Torah affirme réellement de l’écriture de Moïse

Le Penta­teuque ne com­mence pas par une signa­ture : « Moi, Moïse, j’ai écrit les cinq livres. » Il com­porte pour­tant plu­sieurs men­tions expli­cites de son acti­vi­té d’écriture. En Exode 17.14, Dieu lui ordonne de consi­gner le sou­ve­nir de la lutte contre Ama­lec. En Exode 24.4, Moïse met par écrit les paroles de l’Éternel dans le contexte de la rati­fi­ca­tion de l’alliance. Exode 34.27 lui adresse un nou­vel ordre d’écriture. Nombres 33.2 lui attri­bue la consi­gna­tion des étapes du voyage d’Israël. Enfin, Deu­té­ro­nome 31.9 et 31.24–26 pré­sentent la rédac­tion et la remise d’un « livre de la loi » aux lévites, afin qu’il serve de témoin auprès du peuple.

Ces pas­sages éta­blissent, dans le récit biblique, que Moïse n’est pas seule­ment celui qui parle : il trans­met aus­si par écrit. Ils ne prouvent pas méca­ni­que­ment qu’il a rédi­gé chaque cha­pitre de Genèse 1 à Deu­té­ro­nome 34. Le « livre de la loi » du Deu­té­ro­nome pos­sède un contexte propre, et l’étendue exacte de ce qu’il désigne demeure dis­cu­tée. L’argument doit conser­ver toute sa force, mais pas davan­tage.

Les livres sui­vants asso­cient néan­moins dura­ble­ment la Loi à Moïse : Josué 1.7–8 ; 8.31–35 ; 2 Rois 14.6 ; Esdras 6.18 ; Néhé­mie 8.1. Dans la forme cano­nique des Écri­tures, la Torah appa­raît comme la légis­la­tion don­née par Dieu à Israël à tra­vers son ser­vi­teur Moïse. Cette conti­nui­té est his­to­ri­que­ment signi­fi­ca­tive, même si elle ne consti­tue pas, à elle seule, une démons­tra­tion paléo­gra­phique de l’auteur de chaque pas­sage.

Jésus et les apôtres : le témoignage qui compte pour l’Église

Le Nou­veau Tes­ta­ment ne traite pas Moïse comme un nom arbi­trai­re­ment col­lé sur une œuvre ano­nyme. Jésus ren­voie au « livre de Moïse » à pro­pos du buis­son ardent (Marc 12.26), rap­porte à Moïse les pres­crip­tions sur le divorce (Mat­thieu 19.7–8) et oppose à ses inter­lo­cu­teurs les écrits de Moïse qu’ils pré­tendent croire (Jean 5.45–47). En Luc 24.27 et 24.44, la Loi de Moïse appar­tient à l’ensemble des Écri­tures qui témoignent du Christ. Les apôtres reprennent cette manière de par­ler : Actes 15.21, par exemple, évoque la lec­ture de Moïse dans les syna­gogues.

Pour une Église qui reçoit l’autorité du Christ, cette attri­bu­tion ne peut être trai­tée comme une don­née insi­gni­fiante. Elle engage au mini­mum la recon­nais­sance de l’autorité mosaïque de la Torah. Mais il faut dis­tin­guer l’affirmation théo­lo­gique cer­taine — l’Écriture pré­sente la Loi comme reçue et trans­mise par Moïse — de la conclu­sion his­to­rique plus pré­cise selon laquelle aucun dis­ciple, scribe ou rédac­teur pos­té­rieur n’aurait jamais com­plé­té le cor­pus. Le Nou­veau Tes­ta­ment ne décrit pas le pro­ces­sus édi­to­rial de la Torah.

Il n’y a donc aucune néces­si­té de choi­sir entre le res­pect de l’enseignement de Jésus et l’examen atten­tif des ques­tions tex­tuelles. La fidé­li­té à l’Écriture demande de ne lui faire dire ni moins ni plus que ce qu’elle dit.

Une attribution reçue par le judaïsme et le christianisme

La tra­di­tion mosaïque ne naît pas dans la polé­mique moderne. Au Ier siècle, Fla­vius Josèphe asso­cie à Moïse cinq livres conte­nant les lois et le récit des ori­gines jusqu’à sa mort (Contre Apion, I, 37–40). Le Tal­mud de Baby­lone, Baba Batra 14b–15a, attri­bue lui aus­si la Torah à Moïse, tout en dis­cu­tant l’attribution à Josué des huit der­niers ver­sets du Deu­té­ro­nome. Cette dis­cus­sion est pré­cieuse : elle atteste que l’attribution mosaïque pou­vait s’accompagner, au sein même de la tra­di­tion rab­bi­nique, d’une réflexion sur la conclu­sion du texte.

L’Église ancienne, puis les Réfor­ma­teurs, ont lar­ge­ment repris cet héri­tage. Dans son Com­men­taire sur la Genèse (1554) et son Har­mo­nie des quatre der­niers livres de Moïse (1563), Jean Cal­vin lit ces textes comme les par­ties d’un même témoi­gnage scrip­tu­raire lié à Moïse. Il ne s’agit pas de pré­tendre que Cal­vin dis­po­sait des ins­tru­ments de la cri­tique lit­té­raire moderne ; son témoi­gnage éta­blit la place ordi­naire de la mosaï­ci­té dans l’exégèse réfor­mée. Il est signi­fi­ca­tif que le théo­lo­gien réfor­mé fran­çais Auguste Lecerf, dans « Le prin­cipe for­mel de la foi réfor­mée », publié sur FOEDUS, dis­tingue lui aus­si la doc­trine de l’inspiration de l’obligation d’attribuer à Moïse chaque ligne du Penta­teuque. Une tra­di­tion confes­sion­nelle peut donc recon­naître des modi­fi­ca­tions rédac­tion­nelles sans aban­don­ner l’inspiration du texte cano­nique.

L’attribution tra­di­tion­nelle pos­sède ain­si une pro­fon­deur his­to­rique réelle. Tou­te­fois, l’antiquité et la conti­nui­té d’une tra­di­tion démontrent d’abord son exis­tence et son impor­tance ; elles ne rem­placent pas l’enquête sur la for­ma­tion du texte. C’est en gar­dant les deux aspects que l’on peut évi­ter aus­si bien le scep­ti­cisme de prin­cipe que l’argument d’autorité mal employé.

Pourquoi l’hypothèse documentaire a‑t-elle remis Moïse en question ?

À par­tir des XVIIe et XVIIIe siècles, puis par­ti­cu­liè­re­ment au XIXe siècle, l’exégèse cri­tique a étu­dié les chan­ge­ments de voca­bu­laire, les répé­ti­tions, les dif­fé­rences de style et les ten­sions entre récits et lois. Des modèles ont répar­ti les textes entre plu­sieurs tra­di­tions ou docu­ments, sou­vent dési­gnés par les sigles J, E, D et P : yah­viste, élo­histe, deu­té­ro­no­miste et sacer­do­tal. Dans les recons­truc­tions clas­siques, ces tra­di­tions sont pour une large part pos­té­rieures à l’époque tra­di­tion­nel­le­ment attri­buée à Moïse.

L’argument ne se réduit pas à l’alternance des noms divins. Les spé­cia­listes dis­cutent aus­si les récits de créa­tion en Genèse 1–2, la com­po­si­tion du récit du déluge, les dif­fé­rences entre cer­taines lois, les dis­cours du Deu­té­ro­nome et les pers­pec­tives ins­ti­tu­tion­nelles ou cultuelles. Ces obser­va­tions sont suf­fi­sam­ment nom­breuses pour qu’il serait impru­dent de les balayer d’un revers de main.

Mais il serait tout aus­si impru­dent de pré­sen­ter le modèle docu­men­taire clas­sique comme une opé­ra­tion de labo­ra­toire ayant iso­lé quatre manus­crits ori­gi­naux. Les sources pro­po­sées sont des recons­truc­tions lit­té­raires, et leurs limites, dates et rap­ports varient selon les cher­cheurs. Les modèles docu­men­taires, com­plé­men­taires et rédac­tion­nels se dis­cutent aujourd’hui entre eux. La recherche uni­ver­si­taire majo­ri­taire écarte la rédac­tion inté­gra­le­ment mosaïque de la forme finale du Penta­teuque ; elle n’est pas pour autant una­nime sur la manière dont les textes ont été consti­tués. Cette dis­tinc­tion est essen­tielle : la diver­si­té des modèles n’invalide pas toutes leurs obser­va­tions, mais elle inter­dit de trans­for­mer une recons­truc­tion par­ti­cu­lière en fait direc­te­ment consta­té.

La Genèse : Moïse peut-il avoir reçu des traditions antérieures ?

Le livre de la Genèse raconte des évé­ne­ments situés bien avant Moïse. Cela ne pose en soi aucune dif­fi­cul­té à une attri­bu­tion mosaïque : un auteur peut recueillir des témoi­gnages et orga­ni­ser une mémoire héri­tée. Genèse 5.1 men­tionne même un « livre » ou un écrit rela­tif à la des­cen­dance d’Adam. Le mot hébreu תּוֹלְדוֹת (tôle­dôt), sou­vent ren­du par « géné­ra­tions », « ori­gines » ou « des­cen­dance », marque les arti­cu­la­tions du livre : Genèse 2.4 ; 5.1 ; 6.9 ; 11.10 ; 11.27 ; 25.19 ; 37.2, entre autres.

Dans son article « Qui a écrit la Genèse ? » du 27 octobre 2026, le théo­lo­gien réfor­mé Pierre-Sovann Chau­ny pro­pose une piste : cer­taines de ces for­mules auraient pu fonc­tion­ner comme des colo­phons, c’est-à-dire des indi­ca­tions ter­mi­nant des docu­ments fami­liaux ; Moïse aurait alors com­pi­lé des archives patriar­cales anté­rieures. Sa pro­po­si­tion est inté­res­sante parce qu’elle invite à obser­ver d’abord l’organisation réelle du livre et à dis­tin­guer l’ancienneté des maté­riaux de la mise en forme finale.

Il faut cepen­dant recon­naître les limites de l’hypothèse. Plu­sieurs tôle­dôt intro­duisent très natu­rel­le­ment ce qui suit : en Genèse 11.27 com­mence l’histoire fami­liale de Térah et d’Abram ; en 25.19 s’ouvre celle de la des­cen­dance d’Isaac ; en 37.2 com­mence le récit de Joseph au sein de la mai­son de Jacob. Le terme ne consti­tue pas par lui-même la signa­ture d’un archi­viste, et aucun registre patriar­cal datable n’a été retrou­vé pour éta­blir cette chaîne de trans­mis­sion. L’hypothèse de Chau­ny montre une pos­si­bi­li­té cohé­rente ; elle n’est pas la preuve retrou­vée d’un fonds d’archives fami­liales.

L’important demeure : la pré­sence de récits anté­rieurs à Moïse n’empêche nul­le­ment qu’il les ait recueillis, ordon­nés et trans­mis dans une œuvre fon­da­trice. L’unité de la Genèse mérite d’être expli­quée autant que ses dif­fé­rences de forme.

Les difficultés honnêtes de la position classique

Une défense sérieuse de l’attribution mosaïque doit recon­naître trois dif­fi­cul­tés. La pre­mière est évi­dente : Deu­té­ro­nome 34 raconte la mort de Moïse et porte un regard rétros­pec­tif sur sa place par­mi les pro­phètes. La tra­di­tion rab­bi­nique qui attri­bue sa fin à Josué recon­naît pré­ci­sé­ment cette dif­fi­cul­té. Une inter­ven­tion rédac­tion­nelle finale n’est donc pas une inven­tion pure­ment moderne.

La deuxième concerne cer­tains repères de pers­pec­tive : Genèse 12.6 men­tionne la pré­sence des Cana­néens « alors » dans le pays ; Genèse 36.31 fait réfé­rence aux rois d’Israël ; Deu­té­ro­nome 1.1 est situé « de l’autre côté du Jour­dain » selon une for­mule dont l’orientation doit être exa­mi­née. Ces expres­sions peuvent par­fois rece­voir une lec­ture com­pa­tible avec l’époque mosaïque, mais l’hypothèse de pré­ci­sions géo­gra­phiques ou his­to­riques ulté­rieures demeure pos­sible. Il vaut mieux exa­mi­ner chaque cas que pro­duire une har­mo­ni­sa­tion auto­ma­tique.

La troi­sième tient à la varié­té lit­té­raire des cinq livres : récits, généa­lo­gies, lois, poèmes, listes d’étapes, béné­dic­tions et dis­cours d’adieu n’emploient pas néces­sai­re­ment les mêmes pro­cé­dés. Un écri­vain ancien peut varier son style et incor­po­rer des sources, mais invo­quer cette pos­si­bi­li­té ne résout pas sans exa­men chaque ten­sion interne.

En d’autres termes, la posi­tion clas­sique ne gagne rien à s’enfermer dans une théo­rie selon laquelle chaque phrase du Penta­teuque, y com­pris les notices pos­té­rieures, aurait néces­sai­re­ment été rédi­gée de la main de Moïse. Elle gagne au contraire à défi­nir clai­re­ment ce qu’elle sou­tient : le rôle ori­gi­nel, his­to­rique et déter­mi­nant de Moïse dans la trans­mis­sion de la Torah.

Des défenseurs sérieux de la mosaïcité, sans simplification

Par­mi les réfor­més confes­sants, Oswald T. Allis a entre­pris dans The Five Books of Moses (1943) une cri­tique détaillée de la divi­sion du Penta­teuque en docu­ments tar­difs et contra­dic­toires. Edward J. Young, dans An Intro­duc­tion to the Old Tes­ta­ment, a défen­du l’attribution tra­di­tion­nelle en exa­mi­nant les objec­tions lit­té­raires. Glea­son L. Archer, dans A Sur­vey of Old Tes­ta­ment Intro­duc­tion, a éga­le­ment argu­men­té en faveur d’une ori­gine mosaïque du cor­pus. Il ne s’agit pas de démons­tra­tions iden­tiques : leurs pro­po­si­tions, leur degré d’ouverture à l’édition pos­té­rieure et leurs ana­lyses par­ti­cu­lières doivent être dis­tin­gués.

L’égyptologue Ken­neth A. Kit­chen a insis­té sur la néces­si­té de repla­cer les textes dans les pra­tiques his­to­riques et lit­té­raires du Proche-Orient ancien. Ses rap­pro­che­ments montrent que des formes d’écriture, de trans­mis­sion et de for­mu­la­tion juri­dique exis­taient bien avant l’époque perse. Mais ni l’existence de scribes en Égypte ni des paral­lèles de trai­tés antiques n’établissent à eux seuls que Moïse est l’auteur des cinq livres. Ils empêchent seule­ment de décla­rer l’hypothèse impos­sible au nom d’une sup­po­sée absence de culture écrite.

Du côté juif, le rab­bin et savant David Zvi Hoff­mann a ten­té de défendre l’ancienneté et la mosaï­ci­té de la Torah face à la cri­tique moderne. Umber­to Cas­su­to a contes­té, pour sa part, plu­sieurs cri­tères employés par l’hypothèse docu­men­taire, notam­ment le recours méca­nique aux noms divins et aux répé­ti­tions. Il ne faut pour­tant pas le pré­sen­ter abu­si­ve­ment comme défen­seur d’une rédac­tion inté­gra­le­ment mosaïque : sa cri­tique de Well­hau­sen ne revient pas à adop­ter toutes les conclu­sions de l’exégèse confes­sion­nelle.

Par­mi les auteurs catho­liques atta­chés à la tra­di­tion, Ful­cran Vigou­roux, prêtre de Saint-Sul­pice, exa­mine le Penta­teuque dans son Manuel biblique (tome I, 8e édi­tion, 1892) et confronte les récits anciens aux don­nées his­to­riques dans La Bible et les décou­vertes modernes (1881). Le jésuite Rudolf Cor­ne­ly, auteur de l’Intro­duc­tio spe­cia­lis in his­to­ri­cos Vete­ris Tes­ta­men­ti libros (1887), appar­tient aus­si à cette école. Un compte ren­du uni­ver­si­taire de 1928 confirme que le manuel de Cor­ne­ly et Merk main­tient l’attribution mosaïque tout en dis­tin­guant Moïse, auteur prin­ci­pal, des rédac­teurs aux­quels il aurait pu confier le tra­vail maté­riel.

La Com­mis­sion biblique pon­ti­fi­cale, le 27 juin 1906, sou­te­nait l’authenticité mosaïque tout en per­met­tant expli­ci­te­ment le recours à des docu­ments ou tra­di­tions anté­rieurs et des addi­tions ulté­rieures. Sa lettre au car­di­nal Suhard du 16 jan­vier 1948 deman­dait de pour­suivre libre­ment la recherche et recon­nais­sait un déve­lop­pe­ment his­to­rique des tra­di­tions et des lois. Cette évo­lu­tion offi­cielle inter­dit d’opposer trop sim­ple­ment un catho­li­cisme tra­di­tion­nel figé à une cri­tique moderne homo­gène.

Ces auteurs et ins­ti­tu­tions ne forment pas une école unique. Ils montrent néan­moins qu’il existe plu­sieurs manières argu­men­tées de refu­ser la thèse selon laquelle l’œuvre de Moïse serait, par prin­cipe, sans rap­port réel avec le Penta­teuque.

Une attribution raisonnable, une foi qui ne repose pas sur un manuscrit perdu

Au terme de l’enquête, trois constats doivent être dis­tin­gués. D’abord, l’Écriture affirme expres­sé­ment que Moïse a écrit cer­tains élé­ments fon­da­men­taux de la révé­la­tion don­née à Israël ; la tra­di­tion juive et le Nou­veau Tes­ta­ment asso­cient pro­fon­dé­ment son nom aux cinq livres. Ensuite, la forme finale du Penta­teuque pré­sente des indices qui rendent plau­sibles des trans­mis­sions, des révi­sions et des addi­tions, dont l’étendue et la chro­no­lo­gie demeurent dis­cu­tées. Enfin, nous ne pos­sé­dons ni manus­crit auto­graphe de Moïse ni preuve exté­rieure déci­sive per­met­tant de recons­ti­tuer le pro­ces­sus com­plet de com­po­si­tion.

Dans ces condi­tions, conti­nuer de par­ler du Penta­teuque comme des « livres de Moïse » n’est ni une absur­di­té his­to­rique ni un refus de toute étude cri­tique. C’est une posi­tion tra­di­tion­nelle que l’on peut défendre en rai­son du témoi­gnage scrip­tu­raire, de l’ancienneté de la récep­tion juive et chré­tienne et de la plau­si­bi­li­té d’un noyau mosaïque sub­stan­tiel. Elle demeure contes­tée dans la recherche contem­po­raine et ne peut être impo­sée à l’historien comme une conclu­sion démon­trée par les seuls indices lit­té­raires.

Pour le chré­tien réfor­mé, l’enjeu ultime n’est pas de sau­ver arti­fi­ciel­le­ment chaque détail d’une recons­truc­tion rédac­tion­nelle. Il est d’entendre la Torah comme l’Écriture ins­pi­rée qui atteste la sain­te­té de Dieu, révèle le péché, ordonne la vie de l’alliance et pré­pare l’accomplissement de la pro­messe en Jésus-Christ. Lorsque le Sei­gneur affirme que Moïse a écrit à son sujet (Jean 5.46), il rap­pelle avant tout le témoi­gnage de l’Écriture ren­du au Mes­sie. Recon­naître ce témoi­gnage n’oblige pas à renon­cer à l’histoire ; cela oblige à mener l’enquête avec humi­li­té, rigueur et fidé­li­té.


Annexes

Annexe 1 – Les textes bibliques à examiner

Exode 17.14 concerne un écrit pré­cis sur Ama­lec : il ne nomme pas expli­ci­te­ment les cinq livres. Exode 24.3–8 rap­porte ensuite que Moïse écrit les paroles de l’Éternel et les lit au peuple lors de la conclu­sion de l’alliance. Exode 34.27 pré­sente encore un ordre de consi­gna­tion. Ces trois scènes démontrent que le récit biblique attri­bue à Moïse une acti­vi­té rédac­tion­nelle réelle, liée à des cir­cons­tances déter­mi­nées. Elles invitent tou­te­fois à dis­tin­guer les docu­ments men­tion­nés de la Torah entière, dont le texte final n’est pas décrit dans ces épi­sodes.

Nombres 33.2 pré­cise que Moïse consigne les étapes par­cou­rues par les Israé­lites. Le cadre est celui de l’itinéraire depuis l’Égypte jusqu’aux plaines de Moab. Il s’agit d’un témoi­gnage impor­tant sur la pro­duc­tion de maté­riaux nar­ra­tifs et his­to­riques ; mais l’affirmation ne concerne direc­te­ment que la liste des sta­tions. Dans Deu­té­ro­nome 31.9 puis 31.24–26, Moïse écrit et confie un « livre de la loi » aux lévites. Le contexte com­prend notam­ment l’alliance et les exhor­ta­tions du Deu­té­ro­nome. L’étendue exacte du « livre » demeure une ques­tion exé­gé­tique : il serait exces­sif de sup­po­ser sans preuve qu’il recouvre déjà les cinq livres sous leur forme actuelle.

Deu­té­ro­nome 34.5–12 rap­porte la mort, l’ensevelissement et l’héritage pro­phé­tique de Moïse, puis for­mule une appré­cia­tion rétros­pec­tive de son minis­tère. Le pas­sage ne peut être pré­sen­té sim­ple­ment comme le jour­nal auto­bio­gra­phique du pro­phète. La dis­cus­sion rab­bi­nique sur l’attribution des ver­sets finaux à Josué montre qu’une récep­tion ancienne de la Torah a su dis­tin­guer l’attribution prin­ci­pale de la rédac­tion d’une conclu­sion. Cette pos­si­bi­li­té rédac­tion­nelle ne prouve ni la date de ces ver­sets ni l’ampleur des autres révi­sions pro­po­sées par cer­tains cri­tiques.

Josué 1.7–8 et 8.30–35, 2 Rois 14.6 et Néhé­mie 8.1 pré­sentent la Loi de Moïse comme un texte fai­sant auto­ri­té dans la vie du peuple de l’alliance. Leur témoi­gnage concerne la récep­tion cano­nique et l’autorité nor­ma­tive ; il ne per­met pas à lui seul de recons­ti­tuer la tota­li­té des étapes maté­rielles de rédac­tion. Dans le Nou­veau Tes­ta­ment, Marc 12.26, Jean 5.45–47 et Luc 24.27, 44 confirment que Jésus recon­naît ce cor­pus en rap­port avec Moïse et en dis­cerne le témoi­gnage mes­sia­nique. Le res­pect de ces affir­ma­tions est une don­née théo­lo­gique majeure pour l’Église.

Pour la Genèse, enfin, les for­mules תּוֹלְדוֹת des pas­sages Genèse 2.4 ; 5.1 ; 6.9 ; 11.27 ; 25.19 et 37.2 struc­turent le récit. Elles ne dési­gnent pas expli­ci­te­ment des auteurs ni des manus­crits retrou­vés. Les com­prendre comme des titres de sec­tions ou comme des indices éven­tuels de tra­di­tions anté­rieures demande une argu­men­ta­tion indé­pen­dante. L’enquête biblique doit donc dis­tin­guer trois niveaux : les acti­vi­tés d’écriture expres­sé­ment attri­buées à Moïse, l’autorité de l’ensemble recon­nu sous son nom, et les hypo­thèses sur les maté­riaux trans­mis et l’édition finale.

Annexe 2 – Ce que disent les confessions réformées

La Confes­sion de foi des Pays-Bas, dite Confes­sion belge (1561), consti­tue un témoi­gnage par­ti­cu­liè­re­ment appro­prié à cette ques­tion. Son article 3 enseigne que Dieu a fait consi­gner par écrit sa Parole révé­lée ; son article 4 énu­mère les livres cano­niques et désigne expres­sé­ment les cinq pre­miers comme les « cinq livres de Moïse ». L’article 5 pré­cise les rai­sons de rece­voir ces livres comme saints et cano­niques. La confes­sion trans­met donc clai­re­ment l’appellation mosaïque tra­di­tion­nelle et la recon­nais­sance ecclé­siale de la Torah. Tou­te­fois, elle ne pro­pose pas de recons­truc­tion tech­nique des sources employées, des secré­taires éven­tuels ou des variantes appa­rues au cours de la trans­mis­sion.

La Confes­sion de foi de West­mins­ter (1647), cha­pitre I, § 2, ins­crit la Genèse, l’Exode, le Lévi­tique, les Nombres et le Deu­té­ro­nome dans le canon ins­pi­ré de l’Ancien Tes­ta­ment. Les para­graphes 4 et 5 rat­tachent l’autorité de l’Écriture à Dieu plu­tôt qu’à l’approbation humaine. Le para­graphe 8 insiste sur les langues ori­gi­nales et leur valeur nor­ma­tive ; le para­graphe 9 fait de l’Écriture elle-même sa règle d’interprétation. Le cha­pitre n’établit pas une liste d’auteurs indi­vi­duels dont chaque por­tion de chaque livre devrait pro­ve­nir direc­te­ment. Il serait donc incor­rect de faire de l’affirmation « Moïse a tenu lui-même la plume pour chaque ver­set » une for­mule expresse du cha­pitre I.

Cette dis­tinc­tion entre l’autorité de la Parole et l’enquête sur les étapes de sa trans­mis­sion n’implique aucune rela­ti­vi­sa­tion du canon. Une Église réfor­mée confes­sante peut défendre une attri­bu­tion mosaïque fon­da­men­tale du Penta­teuque, prendre au sérieux le témoi­gnage du Sei­gneur Jésus et exa­mi­ner les indices de notices tar­dives. Elle ne doit pas trans­for­mer une conjec­ture his­to­rique en article de foi, mais ne doit pas davan­tage effa­cer le lan­gage biblique et confes­sion­nel qui recon­naît l’autorité de Moïse. Ici encore, l’Écriture demeure l’autorité sou­ve­raine, tan­dis que la confes­sion résume, avec une auto­ri­té ecclé­siale subor­don­née, ce qu’elle enseigne.

Pour éclai­rer la dif­fé­rence entre une conclu­sion confes­sion­nelle et une moda­li­té his­to­rique pré­cise, les docu­ments catho­liques de la Com­mis­sion biblique pon­ti­fi­cale de 1906 et 1948 four­nissent une com­pa­rai­son ins­truc­tive, sans pos­sé­der l’autorité d’une confes­sion réfor­mée. Le décret de 1906 sou­tient l’authenticité mosaïque tout en admet­tant des tra­di­tions anté­rieures, l’intervention de rédac­teurs et des addi­tions pos­té­rieures. La lettre de 1948 encou­rage la recherche sur les sources et le déve­lop­pe­ment des lois. Cette com­pa­rai­son montre que la dis­tinc­tion entre ori­gine sub­stan­tielle et forme finale n’est pas une conces­sion inven­tée pour les besoins de l’apologétique contem­po­raine.


Bibliographie sommaire

Jean Cal­vin, Com­men­taire sur la Genèse (pre­mière édi­tion 1554), et Har­mo­nie des quatre der­niers livres de Moïse (1563). Deux réfé­rences pri­maires de la récep­tion réfor­mée de la Torah. Les édi­tions et tra­duc­tions doivent être pré­ci­sées avant cita­tion ver­ba­tim ; la men­tion de ces tra­vaux n’implique pas un contrôle inté­gral de leur conte­nu dans ce dos­sier.

Oswald T. Allis, The Five Books of Moses, Phi­la­del­phia, Pres­by­te­rian and Refor­med Publi­shing Com­pa­ny, 1943. Réfé­rence réfor­mée confes­sante consa­crée à la cri­tique des théo­ries docu­men­taires. L’existence du livre et ses don­nées édi­to­riales sont confir­mées par la biblio­gra­phie de l’historien pres­by­té­rien PCA.

Edward J. Young, An Intro­duc­tion to the Old Tes­ta­ment, Grand Rapids, Eerd­mans, 1949, édi­tions révi­sées ulté­rieures. La pre­mière par­tie, « The Law of Moses », et les déve­lop­pe­ments consa­crés à chaque livre et à la cri­tique lit­té­raire four­nissent une défense théo­lo­gique et exé­gé­tique de l’attribution clas­sique.

Glea­son L. Archer, A Sur­vey of Old Tes­ta­ment Intro­duc­tion, Chi­ca­go, Moo­dy Press, 1964, révi­sions ulté­rieures ; tra­duc­tion fran­çaise : Intro­duc­tion à l’Ancien Tes­ta­ment, Édi­tions Emmaüs, 5e éd., 2006. Manuel évan­gé­lique argu­men­tant sur la rédac­tion mosaïque et les objec­tions modernes ; sa lec­ture doit être com­plé­tée par des études cri­tiques récentes.

Pierre-Sovann Chau­ny, « Qui a écrit la Genèse ? », Évan­gile 21, 27 octobre 2026. Pro­po­si­tion contem­po­raine de sen­si­bi­li­té réfor­mée sur les tôle­dôt, les archives patriar­cales pos­sibles et la mise en forme mosaïque. Hypo­thèse sti­mu­lante mais non démons­tra­tion de l’existence d’archives patriar­cales.

Umber­to Cas­su­to, The Docu­men­ta­ry Hypo­the­sis and the Com­po­si­tion of the Penta­teuch, trad. Israel Abra­hams, Jéru­sa­lem, Magnes Press, 1961. Cri­tique juive savante de plu­sieurs piliers du modèle docu­men­taire clas­sique. L’utiliser pour exa­mi­ner les argu­ments lit­té­raires, sans lui attri­buer une défense incon­di­tion­nelle de Moïse comme rédac­teur final.

Com­mis­sion biblique pon­ti­fi­cale, « De mosai­ca authen­tia Penta­teu­chi », 27 juin 1906, et « Des sources du Penta­teuque et de l’historicité de Genèse 1–11 », 16 jan­vier 1948. Deux textes pri­maires per­met­tant de suivre la posi­tion catho­lique et la place recon­nue aux docu­ments anté­rieurs, aux addi­tions et aux déve­lop­pe­ments his­to­riques.

Ful­cran Vigou­roux, Manuel biblique, tome I : Intro­duc­tion géné­rale – Penta­teuque, 8e édi­tion, Paris, 1892 ; Rudolf Cor­ne­ly, Intro­duc­tio spe­cia­lis in his­to­ri­cos Vete­ris Tes­ta­men­ti libros, Paris, 1887 ; R. Cor­ne­ly et A. Merk, Manuel d’introduction his­to­rique et cri­tique à toutes les Saintes Écri­tures, tome I : Ancien Tes­ta­ment, Paris, 1928. Témoins de la défense catho­lique tra­di­tion­nelle, à situer dans le contexte du décret romain de 1906.

David Zvi Hoff­mann, Die wich­tig­sten Ins­tan­zen gegen die Graf-Well­hau­sensche Hypo­these, Ber­lin, H. Itz­kows­ki, 1904. Le rab­bin ortho­doxe étu­die métho­di­que­ment les argu­ments de l’hypothèse docu­men­taire. Réfé­rence par­ti­cu­liè­re­ment utile pour com­prendre qu’une cri­tique savante du modèle de Well­hau­sen existe aus­si dans le judaïsme confes­sion­nel, sans confondre cette approche avec une démons­tra­tion una­ni­me­ment reçue.

Ken­neth A. Kit­chen, On the Relia­bi­li­ty of the Old Tes­ta­ment, Grand Rapids, Eerd­mans, 2003. L’égyptologue confronte plu­sieurs récits de l’Ancien Tes­ta­ment aux textes et aux pra­tiques du Proche-Orient ancien. Cette approche sert à éva­luer les argu­ments de vrai­sem­blance his­to­rique. Ses com­pa­rai­sons ne consti­tuent cepen­dant pas une preuve maté­rielle de la rédac­tion inté­grale du Penta­teuque par Moïse.

Dia­na V. Edel­man, Phi­lip R. Davies, Chris­tophe Nihan et Tho­mas Römer, Ope­ning the Books of Moses, Acu­men, 2012. Pré­sen­ta­tion uni­ver­si­taire de la for­ma­tion du Penta­teuque et des débats contem­po­rains sur les sources, les dates et la rédac­tion. Utile comme contre­point cri­tique aux ouvrages d’Allis, Young et Archer : pré­sen­ter loya­le­ment les argu­ments adverses évite de prendre une réfu­ta­tion du seul modèle docu­men­taire clas­sique pour une vali­da­tion auto­ma­tique de la mosaï­ci­té.


Pour aller plus loin

Pour exa­mi­ner la ques­tion par soi-même, il est utile de pro­cé­der en trois lec­tures suc­ces­sives. Lire d’abord Exode 17.14 ; 24.3–8 ; 34.27 et Nombres 33.2, puis Deu­té­ro­nome 31.9–26 : que ces textes attri­buent-ils expres­sé­ment à l’activité d’écriture de Moïse ? Quelle est, dans chaque contexte, l’étendue pro­bable du docu­ment dési­gné ? Évi­ter de trans­for­mer une men­tion d’écriture par­tielle en signa­ture auto­ma­tique des cinq livres.

Reprendre ensuite Marc 12.26, Jean 5.45–47 et Luc 24.27, 44. L’expression « Moïse » y désigne-t-elle un auteur, un cor­pus recon­nu, une auto­ri­té pro­phé­tique, ou plu­sieurs de ces réa­li­tés à la fois ? Pour­quoi Jésus rat­tache-t-il si étroi­te­ment la Torah à la recon­nais­sance du Mes­sie ? Cette lec­ture per­met de dis­tin­guer une ques­tion lit­té­raire d’une ques­tion d’autorité cano­nique.

Enfin, relire les grandes tran­si­tions de la Genèse : 2.4 ; 5.1 ; 6.9 ; 11.10 ; 11.27 ; 25.19 ; 37.2. Noter ce qui suit immé­dia­te­ment la for­mule tôle­dôt et ce qui la pré­cède. Se deman­der hon­nê­te­ment si chaque occur­rence fonc­tionne plu­tôt comme un titre d’ouverture, une tran­si­tion ou un pos­sible colo­phon. Com­pa­rer ensuite l’hypothèse de Pierre-Sovann Chau­ny à une lec­ture qui com­prend la plu­part de ces for­mules comme des titres pros­pec­tifs. Une bonne exé­gèse ne choi­sit pas d’avance l’analyse qui conforte sa conclu­sion.

Quatre ques­tions peuvent nour­rir une étude biblique en groupe : pour­quoi faut-il dis­tin­guer l’autorité de la Torah de la main qui a rédi­gé cha­cune de ses phrases ? Une édi­tion pos­té­rieure de quelques notices chan­ge­rait-elle néces­sai­re­ment la valeur du témoi­gnage mosaïque ? Com­ment rece­voir loya­le­ment les obser­va­tions d’une recherche cri­tique dont on ne par­tage pas toutes les conclu­sions ? Et com­ment le Penta­teuque conduit-il fina­le­ment à com­prendre la per­sonne et l’œuvre du Christ ?

Pour com­plé­ter ce par­cours sur FOEDUS, consul­ter les intro­duc­tions à la Torah, à la Genèse et au Deu­té­ro­nome, puis l’étude d’Auguste Lecerf sur le prin­cipe for­mel de la foi réfor­mée.

La lec­ture la plus féconde ne consiste pas à oppo­ser une foi sans argu­ments à une science sans pré­sup­po­sés. Elle consiste à sou­mettre toutes les pro­po­si­tions aux don­nées réel­le­ment acces­sibles, en lais­sant à l’Écriture le pre­mier rôle dans l’intelligence chré­tienne de son propre témoi­gnage.


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