Fresque de Michel-Ange montrant la Chute d’Adam et Ève à gauche et leur expulsion du jardin d’Éden à droite.

Bible, mariage et sexualité : qu’est-ce que le péché sexuel ?

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Dans cette fresque de Michel-Ange, la ten­ta­tion et la chute d’Adam et Ève sont immé­dia­te­ment sui­vies de leur expul­sion du para­dis. L’image met ain­si en regard la bon­té de l’ordre créé, la déso­béis­sance humaine et ses consé­quences. Elle rap­pelle que le péché sexuel ne peut être com­pris iso­lé­ment : il s’inscrit dans le dérè­gle­ment plus pro­fond de l’être humain après la chute.


La Bible parle de sexua­li­té avec une fran­chise qui décon­certe par­fois aus­si bien le rigo­risme reli­gieux que la per­mis­si­vi­té contem­po­raine. Elle ne consi­dère pas le corps comme mau­vais, le désir sexuel comme hon­teux ou le plai­sir conju­gal comme une conces­sion regret­table. Mais elle ne consi­dère pas davan­tage la sexua­li­té comme un domaine où cha­cun pour­rait défi­nir lui-même le bien et le mal. Pour com­prendre ce qu’elle appelle péché sexuel, il faut donc com­men­cer non par les inter­dits, mais par le des­sein posi­tif du Créa­teur. C’est seule­ment à par­tir du mariage, de l’union cor­po­relle, de la fidé­li­té et de la sain­te­té du corps que peuvent être com­prises les dif­fé­rentes trans­gres­sions sexuelles. Et celles-ci doivent ensuite être dis­tin­guées avec soin : adul­tère, for­ni­ca­tion, convoi­tise, homo­sexua­li­té, abus sexuel d’un enfant ou zoo­phi­lie ne sont ni iden­tiques ni mora­le­ment inter­chan­geables, même si l’éthique biblique les éva­lue toutes à par­tir d’une même ques­tion fon­da­men­tale : qu’a vou­lu Dieu pour la sexua­li­té humaine ?

La sexualité biblique commence par un don, non par un interdit

Il serait pos­sible d’ouvrir une étude biblique sur la sexua­li­té avec le sep­tième com­man­de­ment : « Tu ne com­met­tras pas d’adultère » (Exode 20.14). Ce ne serait pour­tant pas com­men­cer au com­men­ce­ment.

Avant l’interdit vient le don.

Dans Genèse 1, l’humanité est créée homme et femme, à l’image de Dieu, et reçoit la béné­dic­tion divine avec l’appel à être féconde (Genèse 1.27–28). Genèse 2 pré­cise ensuite la forme rela­tion­nelle fon­da­men­tale de cette dif­fé­rence sexuelle : l’homme quitte son père et sa mère, s’attache à sa femme et les deux deviennent « une seule chair » (Genèse 2.24).

Trois réa­li­tés appa­raissent donc avant même l’entrée du péché dans le monde : la dif­fé­rence sexuelle, l’alliance conju­gale et l’union cor­po­relle.

La sexua­li­té n’est pas le pro­duit de la chute.

Elle appar­tient à la bonne créa­tion de Dieu.

Cela change pro­fon­dé­ment le point de départ d’une morale chré­tienne. Le chris­tia­nisme biblique n’enseigne pas que le sexe serait impur et que Dieu tolé­re­rait seule­ment son exis­tence à l’intérieur du mariage. L’union sexuelle des époux appar­tient posi­ti­ve­ment à la réa­li­té conju­gale vou­lue par Dieu. Le livre des Pro­verbes peut même par­ler sans embar­ras de la joie éro­tique entre mari et femme (Pro­verbes 5.15–19), tan­dis que Paul demande aux époux de ne pas se pri­ver arbi­trai­re­ment l’un de l’autre (1 Corin­thiens 7.3–5).

Le plai­sir n’est donc pas l’ennemi de la sain­te­té. Il devient désor­don­né lorsqu’il est sépa­ré du bien auquel Dieu l’a ordon­né.

Le mariage donne sa forme à la sexualité

Lorsque Jésus est inter­ro­gé sur le mariage et le divorce, il ne com­mence pas par les usages de son époque. Il revient à la créa­tion : « au com­men­ce­ment », Dieu fit l’homme et la femme et les deux deviennent une seule chair (Mat­thieu 19.4–6).

Cette reprise de Genèse 1 et 2 est impor­tante. Pour Jésus, le mariage n’est pas sim­ple­ment une ins­ti­tu­tion sociale dont la défi­ni­tion pour­rait être recons­truite à chaque époque. Il pos­sède un enra­ci­ne­ment créa­tion­nel.

L’union sexuelle biblique pos­sède ain­si plu­sieurs dimen­sions insé­pa­rables.

Elle est cor­po­relle – deux êtres sexués s’unissent réel­le­ment.

Elle est conju­gale – cette union appar­tient à l’alliance entre un homme et une femme.

Elle est fidèle – l’exclusivité fait par­tie de la nature même du mariage.

Elle est poten­tiel­le­ment féconde – l’union de l’homme et de la femme est, par sa struc­ture même, celle dont pro­cède la géné­ra­tion humaine, même lorsque la concep­tion est impos­sible.

Elle est aus­si rela­tion­nelle – l’Écriture ne réduit jamais le mariage à la repro­duc­tion. L’homme et la femme deviennent com­pa­gnons, secours mutuels et par­te­naires d’une com­mu­nau­té de vie.

C’est pour­quoi Paul peut employer cette union pour par­ler ana­lo­gi­que­ment du mys­tère de l’union du Christ et de son Église (Éphé­siens 5.31–32). Il ne divi­nise pas le mariage, mais il en sou­ligne la pro­fon­deur d’alliance.

La sexua­li­té biblique n’est donc pas sim­ple­ment défi­nie par une ques­tion : « Deux per­sonnes le veulent-elles ? » Le consen­te­ment est mora­le­ment indis­pen­sable, mais il n’épuise pas la ques­tion. L’éthique biblique demande éga­le­ment : cette rela­tion cor­res­pond-elle à la struc­ture que Dieu a don­née à l’union sexuelle ?

Qu’est-ce donc que le péché sexuel ?

Une défi­ni­tion trop étroite consis­te­rait à iden­ti­fier le péché sexuel aux seules pra­tiques que notre socié­té juge par­ti­cu­liè­re­ment scan­da­leuses.

Ce n’est pas ain­si que rai­sonne Jésus.

Dans le Ser­mon sur la mon­tagne, il reprend l’interdit de l’adultère et le porte jusqu’au regard et au désir (Mat­thieu 5.27–30). La faute sexuelle n’existe donc pas seule­ment lorsque deux corps accom­plissent maté­riel­le­ment un acte inter­dit. Le cœur humain est éga­le­ment concer­né.

Paul emploie fré­quem­ment le voca­bu­laire de la por­neia – terme assez large dési­gnant dif­fé­rentes formes d’immoralité sexuelle – et appelle les chré­tiens à la sanc­ti­fi­ca­tion de leur corps (1 Corin­thiens 6.12–20 ; 1 Thes­sa­lo­ni­ciens 4.3–8). Hébreux 13.4 asso­cie de même l’honneur dû au mariage à la pure­té de la vie sexuelle.

On peut donc défi­nir le péché sexuel, au sens large, comme tout désir volon­tai­re­ment entre­te­nu, toute parole, toute pra­tique ou toute rela­tion sexuelle qui détourne la sexua­li­té du des­sein saint que Dieu lui a don­né.

Cette défi­ni­tion demande cepen­dant immé­dia­te­ment plu­sieurs dis­tinc­tions.

Tentation, désir et acte ne sont pas identiques

Être ten­té n’est pas encore accom­plir le péché auquel la ten­ta­tion sol­li­cite. Le Christ lui-même a été ten­té sans pécher (Hébreux 4.15). Une pen­sée intru­sive, une atti­rance res­sen­tie ou une sol­li­ci­ta­tion invo­lon­taire ne doivent donc pas être méca­ni­que­ment confon­dues avec un acte déli­bé­ré.

Mais l’Écriture ne s’arrête pas non plus aux actes exté­rieurs. Jacques décrit la dyna­mique par laquelle le désir attire, séduit et, lorsqu’il est accueilli, enfante le péché (Jacques 1.14–15). Jésus condamne le regard qui trans­forme volon­tai­re­ment l’autre en objet de convoi­tise.

Il faut donc dis­tin­guer au moins :

  • la ten­ta­tion ren­con­trée ;
  • l’inclination ou l’attirance éprou­vée ;
  • le désir volon­tai­re­ment nour­ri ;
  • la déci­sion ;
  • et l’acte accom­pli.

Ces réa­li­tés sont liées, mais elles ne sont pas inter­chan­geables.

Cette dis­tinc­tion est par­ti­cu­liè­re­ment impor­tante pas­to­ra­le­ment. Elle inter­dit aus­si bien de décla­rer inno­cente toute vie inté­rieure tant qu’aucun acte exté­rieur n’a été com­mis que de trai­ter comme cou­pable d’un acte une per­sonne sim­ple­ment parce qu’elle subit une ten­ta­tion qu’elle refuse.

Le Caté­chisme de Hei­del­berg exprime cette ampleur du sep­tième com­man­de­ment lorsqu’il traite ensemble la chas­te­té dans le mariage et hors du mariage, puis étend la pure­té chré­tienne aux actions, paroles, pen­sées et dési­rs (ques­tions 108–109). Les Caté­chismes de West­mins­ter déve­loppent le même prin­cipe en par­lant de chas­te­té du corps, de l’esprit, des affec­tions, des paroles et de la conduite.

Tous les péchés sexuels ne sont pas identiques

Dire que plu­sieurs com­por­te­ments sont pécheurs selon l’Écriture ne signi­fie pas qu’ils soient iden­tiques en nature, en gra­vi­té, en consé­quences ou en res­pon­sa­bi­li­té.

L’adultère ajoute à l’immoralité sexuelle la tra­hi­son d’une alliance conju­gale.

Le viol ajoute la vio­lence et l’atteinte radi­cale por­tée à la per­sonne.

L’abus sexuel d’un enfant implique l’exploitation d’un être vul­né­rable inca­pable d’un consen­te­ment adulte.

Une rela­tion sexuelle entre adultes consen­tants sou­lève une ques­tion dif­fé­rente de celle d’une agres­sion.

La zoo­phi­lie pose encore une autre ques­tion, puisqu’elle implique un être qui n’appartient pas à l’humanité et ne peut entrer dans une rela­tion conju­gale ou don­ner un consen­te­ment humain.

Une éthique chré­tienne rigou­reuse doit donc refu­ser deux erreurs contraires : rela­ti­vi­ser les pra­tiques parce qu’elles concernent la sexua­li­té, mais aus­si mettre toutes les trans­gres­sions dans un même sac comme si aucune dis­tinc­tion morale n’existait entre désir, rela­tion consen­tie, infi­dé­li­té, exploi­ta­tion et vio­lence.

La Bible four­nit une norme com­mune. Elle n’abolit pas pour autant les dis­tinc­tions néces­saires au juge­ment moral.

C’est pré­ci­sé­ment ce qui per­met­tra d’examiner plus clai­re­ment trois réa­li­tés aujourd’hui sou­vent men­tion­nées ensemble, par­fois pour de mau­vaises rai­sons : l’homosexualité, la pédo­phi­lie et la zoo­phi­lie.

L’homosexualité : ce que la Bible affirme réellement

Sur ce point, une pré­sen­ta­tion chré­tienne ne gagne rien à employer des péri­phrases des­ti­nées à rendre le texte biblique plus accep­table : les rela­tions sexuelles entre per­sonnes de même sexe sont consi­dé­rées comme péché dans l’Écriture.

Cette affir­ma­tion doit cepen­dant être éta­blie cor­rec­te­ment.

Elle ne repose pas sur un ver­set iso­lé ni sur une hos­ti­li­té par­ti­cu­lière envers les per­sonnes homo­sexuelles. Elle découle d’abord de la concep­tion posi­tive de la sexua­li­té déjà expo­sée : Dieu crée l’être humain homme et femme, puis ins­ti­tue l’union d’une seule chair dans le mariage de l’homme et de la femme (Genèse 1.27 ; 2.24). Jésus reprend expli­ci­te­ment cette struc­ture lorsqu’il parle du mariage (Mat­thieu 19.4–6).

À cette norme créa­tion­nelle s’ajoutent des inter­dic­tions expli­cites.

Lévi­tique 18.22 et 20.13 pro­hibent les rela­tions sexuelles entre hommes. Dans le Nou­veau Tes­ta­ment, Paul décrit en Romains 1.26–27 des rela­tions sexuelles entre per­sonnes de même sexe comme contraires à l’ordre vou­lu par Dieu. Il men­tionne éga­le­ment les pra­tiques homo­sexuelles dans les listes de péchés de 1 Corin­thiens 6.9–11 et 1 Timo­thée 1.9–10.

Cer­tains débats exé­gé­tiques portent sur la tra­duc­tion pré­cise de cer­tains termes grecs employés dans ces listes, notam­ment en 1 Corin­thiens 6. Il serait donc impru­dent de construire toute la doc­trine biblique sur la tra­duc­tion fran­çaise d’un seul mot. Mais ces dis­cus­sions lexi­cales ne font pas dis­pa­raître le témoi­gnage beau­coup plus expli­cite de Romains 1, pas plus qu’elles ne modi­fient l’arrière-plan créa­tion­nel de Genèse 1–2 repris par Jésus.

La conclu­sion est ain­si dif­fi­cile à évi­ter : l’éthique sexuelle biblique ne recon­naît pas les rela­tions homo­sexuelles comme une forme alter­na­tive du mariage ou de l’union sexuelle légi­time.

Orientation, tentation et pratique

Il faut cepen­dant employer ici des caté­go­ries pré­cises.

Le voca­bu­laire moderne de l’« orien­ta­tion sexuelle » n’est pas celui de la Bible. L’Écriture parle de dési­rs, de pas­sions, de ten­ta­tions, de com­por­te­ments et d’actes, mais elle ne déve­loppe pas notre clas­si­fi­ca­tion psy­cho­lo­gique contem­po­raine des orien­ta­tions sexuelles.

Cela ne signi­fie pas que l’expérience d’une atti­rance durable soit ima­gi­naire. Cela signi­fie sim­ple­ment qu’il faut évi­ter de faire dire direc­te­ment à un texte antique ce qu’il ne for­mule pas dans ces caté­go­ries.

Une per­sonne peut ain­si éprou­ver une atti­rance homo­sexuelle sans avoir choi­si de l’éprouver et sans accom­plir d’acte homo­sexuel. Cette situa­tion ne doit pas être confon­due avec l’engagement volon­taire dans une rela­tion sexuelle.

La dis­tinc­tion vaut d’ailleurs pour toute sexua­li­té. Un homme marié peut éprou­ver une atti­rance pour une femme qui n’est pas son épouse sans avoir encore com­mis l’adultère. Cela ne rend pas toute dis­po­si­tion inté­rieure mora­le­ment neutre – Jésus prend très au sérieux le désir volon­tai­re­ment culti­vé –, mais cela oblige à dis­tin­guer ten­ta­tion, consen­te­ment inté­rieur et pas­sage à l’acte.

La réponse chré­tienne ne consiste donc ni à nier la réa­li­té de cer­taines atti­rances ni à leur recon­naître auto­ma­ti­que­ment une auto­ri­té morale. Le chré­tien ne demande pas seule­ment : « Qu’est-ce que je désire ? » Il demande : « Com­ment mes dési­rs doivent-ils être ordon­nés à la volon­té de Dieu ? »

C’est la ques­tion de toute sanc­ti­fi­ca­tion.

Ne pas confondre homosexualité, pédophilie et zoophilie

Il faut ici écar­ter un rai­son­ne­ment qui serait à la fois théo­lo­gi­que­ment mau­vais et humai­ne­ment injuste.

Parce que la Bible condamne plu­sieurs com­por­te­ments sexuels, il ne s’ensuit pas qu’elle les consi­dère comme iden­tiques.

Une rela­tion homo­sexuelle entre deux adultes consen­tants n’est pas une rela­tion pédo­phile.

Elle n’est pas davan­tage une rela­tion zoo­phile.

Les assi­mi­ler pro­dui­rait une faute de rai­son­ne­ment : appar­te­nir à la même caté­go­rie géné­rale de « péché sexuel » ne signi­fie pas pos­sé­der la même struc­ture morale.

L’adultère est péché. Le viol est péché. La pros­ti­tu­tion est péché. La convoi­tise est péché. Les rela­tions homo­sexuelles sont péché. Mais per­sonne n’en conclut rai­son­na­ble­ment que toutes ces réa­li­tés seraient iden­tiques.

La théo­lo­gie morale doit donc être suf­fi­sam­ment pré­cise pour dire simul­ta­né­ment deux choses : une conduite peut être réel­le­ment péche­resse sans être mora­le­ment équi­va­lente à toutes les autres conduites péche­resses.

Cette dis­tinc­tion est par­ti­cu­liè­re­ment impor­tante lorsque sont évo­quées la pédo­phi­lie et la zoo­phi­lie.

La pédophilie et l’abus sexuel des enfants

Le mot « pédo­phi­lie » appar­tient à une clas­si­fi­ca­tion moderne et ne cor­res­pond pas à une caté­go­rie tech­nique déve­lop­pée comme telle dans la Bible.

Il faut en outre dis­tin­guer, même si cette dis­tinc­tion est dif­fi­cile, l’attirance sexuelle res­sen­tie envers des enfants et l’agression ou l’exploitation sexuelle effec­tive d’un enfant. Une incli­na­tion ou une pul­sion n’est pas iden­tique à un acte com­mis. En revanche, tout pas­sage à l’acte consti­tue une trans­gres­sion d’une gra­vi­té par­ti­cu­lière parce qu’il ajoute au désordre sexuel l’exploitation d’un être vul­né­rable qui ne peut entrer dans une rela­tion conju­gale adulte.

La norme biblique du mariage suf­fit déjà à exclure une telle rela­tion : l’union sexuelle est ordon­née à l’alliance conju­gale entre un homme et une femme capables de cette com­mu­nau­té de vie. Mais la Bible condamne éga­le­ment la vio­lence sexuelle, l’exploitation et l’atteinte por­tée au faible. Jésus emploie lui-même un lan­gage d’une extrême sévé­ri­té lorsqu’il parle de celui qui fait tom­ber « un de ces petits » (Mat­thieu 18.6), même si ce pas­sage ne traite pas spé­ci­fi­que­ment de pédo­phi­lie et ne doit donc pas être détour­né de son contexte pour en faire un texte tech­nique sur l’abus sexuel.

Sur le plan pas­to­ral, cette pré­ci­sion a des consé­quences très concrètes. Lorsqu’un enfant révèle une agres­sion sexuelle, la prio­ri­té n’est pas de pré­ser­ver la répu­ta­tion d’une famille, d’une Église ou d’un res­pon­sable. La vic­time doit être pro­té­gée, l’abus inter­rom­pu et les auto­ri­tés com­pé­tentes sai­sies selon les obli­ga­tions légales appli­cables. Le par­don chré­tien ne sup­prime ni la jus­tice ni la res­pon­sa­bi­li­té pénale.

La grâce n’est jamais un dis­po­si­tif per­met­tant au cou­pable d’échapper aux consé­quences de son crime.

La zoophilie : une interdiction explicite

La situa­tion est encore dif­fé­rente pour la zoo­phi­lie.

Ici, l’Ancien Tes­ta­ment for­mule des inter­dic­tions directes. Lévi­tique 18.23 inter­dit les rela­tions sexuelles avec un ani­mal ; Lévi­tique 20.15–16 les condamne éga­le­ment. Exode 22.18–19, selon la numé­ro­ta­tion des tra­duc­tions, contient la même pro­hi­bi­tion.

La rai­son théo­lo­gique pro­fonde appa­raît là encore lorsque ces textes sont repla­cés dans l’anthropologie biblique.

L’homme et la femme sont créés ensemble à l’image de Dieu. Les ani­maux appar­tiennent éga­le­ment à la bonne créa­tion divine, mais aucun d’eux n’est le par­te­naire cor­res­pon­dant à l’homme. Genèse 2 sou­ligne pré­ci­sé­ment cette dif­fé­rence avant la créa­tion de la femme : par­mi les ani­maux, aucun secours qui cor­res­ponde à l’homme n’est trou­vé (Genèse 2.18–23).

La zoo­phi­lie trans­gresse donc non seule­ment la fron­tière du mariage, mais la dis­tinc­tion créa­tion­nelle entre l’être humain et l’animal. Elle ne peut en outre com­por­ter la réci­pro­ci­té per­son­nelle et le consen­te­ment moral propres à une rela­tion humaine.

Là encore, aucune assi­mi­la­tion sim­pliste avec l’homosexualité n’est néces­saire pour éta­blir le juge­ment biblique. Chaque com­por­te­ment doit être jugé pour ce qu’il est.

Le problème du péché sexuel ne concerne pas seulement « les autres »

Il existe un dan­ger spi­ri­tuel par­ti­cu­lier à écrire un article sur l’homosexualité, la pédo­phi­lie ou la zoo­phi­lie : per­mettre au lec­teur hété­ro­sexuel marié de ter­mi­ner sa lec­ture avec le sen­ti­ment ras­su­rant que le pro­blème du péché sexuel concerne essen­tiel­le­ment d’autres per­sonnes.

Jésus inter­dit pré­ci­sé­ment cette échap­pa­toire.

Lorsque le Christ dit que celui qui regarde une femme pour la convoi­ter a déjà com­mis l’adultère avec elle dans son cœur (Mat­thieu 5.27–28), il fait tom­ber la fron­tière confor­table entre les pécheurs sexuel­le­ment res­pec­tables et les autres.

La por­no­gra­phie relève du péché sexuel.

L’adultère relève du péché sexuel.

Les rela­tions sexuelles hors mariage relèvent du péché sexuel.

La pros­ti­tu­tion et son exploi­ta­tion relèvent du péché sexuel.

La convoi­tise volon­tai­re­ment entre­te­nue relève du péché sexuel.

Les rela­tions homo­sexuelles relèvent du péché sexuel.

Le viol, l’inceste et l’abus sexuel ajoutent à cette trans­gres­sion des dimen­sions de vio­lence, de domi­na­tion ou d’exploitation qui en aggravent pro­fon­dé­ment la nature.

La Bible ne per­met donc ni la per­mis­si­vi­té sexuelle contem­po­raine ni la res­pec­ta­bi­li­té pha­ri­sienne.

Le même Dieu qui inter­dit à deux hommes ou à deux femmes d’unir sexuel­le­ment leur corps inter­dit au mari de trom­per son épouse et au céli­ba­taire d’utiliser le corps d’autrui pour satis­faire ses dési­rs.

La chas­te­té chré­tienne n’est pas une exi­gence par­ti­cu­lière impo­sée aux homo­sexuels.

Elle est une voca­tion com­mune.

Pour le céli­ba­taire, elle signi­fie l’abstinence sexuelle et la maî­trise de soi.

Pour l’époux, elle signi­fie la fidé­li­té exclu­sive.

Pour tous, elle signi­fie apprendre à rece­voir son corps et celui d’autrui comme appar­te­nant au Sei­gneur.

« Et c’est là ce que vous étiez, quelques-uns d’entre vous »

Si l’article s’arrêtait ici, il aurait expo­sé la loi mais pas encore plei­ne­ment l’Évangile.

Or Paul, après avoir énu­mé­ré en 1 Corin­thiens 6 plu­sieurs conduites incom­pa­tibles avec le royaume de Dieu – et les péchés sexuels n’y sont pas seuls –, ajoute immé­dia­te­ment :

« Et c’est là ce que vous étiez, quelques-uns d’entre vous. »

Puis il parle de puri­fi­ca­tion, de sanc­ti­fi­ca­tion et de jus­ti­fi­ca­tion au nom du Sei­gneur Jésus-Christ et par l’Esprit de Dieu (1 Corin­thiens 6.11).

Le temps du verbe compte.

Paul ne dit pas que l’Église est com­po­sée de per­sonnes qui n’ont jamais connu le désordre moral. Il écrit à des hommes et des femmes dont cer­tains avaient pré­ci­sé­ment vécu dans les péchés qu’il vient d’énumérer.

Le chris­tia­nisme ne pro­pose donc pas deux caté­go­ries d’êtres humains : les purs qui pour­raient juger les impurs, et les impurs qui devraient être tenus à dis­tance.

Il annonce des pécheurs sau­vés par grâce.

La repen­tance chré­tienne ne consiste pour­tant pas à rebap­ti­ser le mal pour pou­voir conti­nuer à le pra­ti­quer. La grâce par­donne le péché pré­ci­sé­ment en nous arra­chant à sa condam­na­tion et en nous enga­geant dans une vie nou­velle.

C’est pour­quoi Paul peut écrire dans le même cha­pitre : « Vous ne vous appar­te­nez point à vous-mêmes » et appe­ler les croyants à glo­ri­fier Dieu dans leur corps (1 Corin­thiens 6.19–20).

Le corps chré­tien n’est donc ni mépri­sable ni sou­ve­rain.

Il appar­tient au Christ.

Une éthique du corps placée sous la grâce

La ques­tion déci­sive n’est fina­le­ment pas : « Jusqu’où puis-je aller sans pécher ? »

Elle est : « À qui mon corps appar­tient-il ? »

Si notre corps n’est qu’un maté­riau bio­lo­gique dont notre volon­té sou­ve­raine pour­rait déter­mi­ner l’usage, aucune norme exté­rieure ne peut véri­ta­ble­ment s’imposer à nos dési­rs. Mais si l’être humain est créa­ture, si son corps est reçu et non inven­té, si la dif­fé­rence sexuelle appar­tient à la bonne créa­tion et si le croyant a été rache­té par le Christ, alors la liber­té sexuelle change radi­ca­le­ment de sens.

La liber­té chré­tienne n’est pas le pou­voir de faire de son corps tout ce que l’on désire.

Elle est la liber­té nou­velle de ser­vir Dieu avec ce corps.

Cela signi­fie que l’Église doit pou­voir appe­ler péché ce que l’Écriture appelle péché – y com­pris les rela­tions homo­sexuelles – sans haine et sans men­songe. Mais elle doit éga­le­ment regar­der avec la même véri­té l’adultère, la por­no­gra­phie, la for­ni­ca­tion, la convoi­tise et les com­pro­mis­sions sexuelles qu’elle est par­fois davan­tage dis­po­sée à tolé­rer.

La véri­té sans grâce devient faci­le­ment une arme entre les mains des pécheurs.

La grâce sans véri­té devient une per­mis­sion de res­ter esclave.

L’Évangile refuse les deux.

Il nous révèle un Christ qui accueille les pécheurs sans décla­rer leur péché bon, qui par­donne sans bana­li­ser le mal et qui sanc­ti­fie ceux qu’il jus­ti­fie.

C’est pour­quoi la réponse chré­tienne au désordre sexuel ne peut être ni : « Fais sim­ple­ment ce que tu res­sens », ni : « Rends-toi digne de Dieu avant de venir à lui. »

Elle est : viens au Christ tel que tu es, mais ne pré­tends pas que sa grâce doive te lais­ser tel que tu es.

Le but ultime de l’éthique sexuelle chré­tienne n’est donc pas de pro­duire des indi­vi­dus exté­rieu­re­ment res­pec­tables.

Il est que nos corps eux-mêmes deviennent les ins­tru­ments d’une vie offerte à Dieu, dans la fidé­li­té, la maî­trise de soi, l’amour du pro­chain et la sain­te­té.

Car le Dieu qui com­mande est aus­si le Dieu qui par­donne, relève et trans­forme.


Annexes

Prin­ci­paux textes bibliques mobi­li­sés

  • Créa­tion, mariage et union d’une seule chair : Genèse 1.27–28 ; 2.18–24 ; Mat­thieu 19.4–6.
  • Alliance conju­gale, désir et chas­te­té : Exode 20.14 ; Pro­verbes 5.15–19 ; Mat­thieu 5.27–30 ; 1 Corin­thiens 6.12–20 ; 7.3–5 ; 1 Thes­sa­lo­ni­ciens 4.3–8 ; Hébreux 13.4.
  • Rela­tions homo­sexuelles : Lévi­tique 18.22 ; 20.13 ; Romains 1.26–27 ; 1 Corin­thiens 6.9–11 ; 1 Timo­thée 1.9–10.
  • Pro­tec­tion du faible et res­pon­sa­bi­li­té : Mat­thieu 18.6.
  • Zoo­phi­lie : Exode 22.18–19 ; Lévi­tique 18.23 ; 20.15–16.
  • Grâce et sanc­ti­fi­ca­tion : 1 Corin­thiens 6.11, 19–20.

Bibliographie sommaire

– Caté­chisme de Hei­del­berg, ques­tions 108–109.
– Grand Caté­chisme de West­mins­ter, ques­tions 138–139.


Pour aller plus loin

– Le mariage dans la Bible – Vincent Bru
– Sexua­li­té, créa­tion et véri­té morale : dis­cer­ner les relec­tures contem­po­raines à la lumière de la foi chré­tienne
– « Mâle et femelle il les créa » : une anthro­po­lo­gie face au construc­ti­visme


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