Pour lire l’image
Dans cette fresque de Michel-Ange, la tentation et la chute d’Adam et Ève sont immédiatement suivies de leur expulsion du paradis. L’image met ainsi en regard la bonté de l’ordre créé, la désobéissance humaine et ses conséquences. Elle rappelle que le péché sexuel ne peut être compris isolément : il s’inscrit dans le dérèglement plus profond de l’être humain après la chute.
La Bible parle de sexualité avec une franchise qui déconcerte parfois aussi bien le rigorisme religieux que la permissivité contemporaine. Elle ne considère pas le corps comme mauvais, le désir sexuel comme honteux ou le plaisir conjugal comme une concession regrettable. Mais elle ne considère pas davantage la sexualité comme un domaine où chacun pourrait définir lui-même le bien et le mal. Pour comprendre ce qu’elle appelle péché sexuel, il faut donc commencer non par les interdits, mais par le dessein positif du Créateur. C’est seulement à partir du mariage, de l’union corporelle, de la fidélité et de la sainteté du corps que peuvent être comprises les différentes transgressions sexuelles. Et celles-ci doivent ensuite être distinguées avec soin : adultère, fornication, convoitise, homosexualité, abus sexuel d’un enfant ou zoophilie ne sont ni identiques ni moralement interchangeables, même si l’éthique biblique les évalue toutes à partir d’une même question fondamentale : qu’a voulu Dieu pour la sexualité humaine ?
La sexualité biblique commence par un don, non par un interdit
Il serait possible d’ouvrir une étude biblique sur la sexualité avec le septième commandement : « Tu ne commettras pas d’adultère » (Exode 20.14). Ce ne serait pourtant pas commencer au commencement.
Avant l’interdit vient le don.
Dans Genèse 1, l’humanité est créée homme et femme, à l’image de Dieu, et reçoit la bénédiction divine avec l’appel à être féconde (Genèse 1.27–28). Genèse 2 précise ensuite la forme relationnelle fondamentale de cette différence sexuelle : l’homme quitte son père et sa mère, s’attache à sa femme et les deux deviennent « une seule chair » (Genèse 2.24).
Trois réalités apparaissent donc avant même l’entrée du péché dans le monde : la différence sexuelle, l’alliance conjugale et l’union corporelle.
La sexualité n’est pas le produit de la chute.
Elle appartient à la bonne création de Dieu.
Cela change profondément le point de départ d’une morale chrétienne. Le christianisme biblique n’enseigne pas que le sexe serait impur et que Dieu tolérerait seulement son existence à l’intérieur du mariage. L’union sexuelle des époux appartient positivement à la réalité conjugale voulue par Dieu. Le livre des Proverbes peut même parler sans embarras de la joie érotique entre mari et femme (Proverbes 5.15–19), tandis que Paul demande aux époux de ne pas se priver arbitrairement l’un de l’autre (1 Corinthiens 7.3–5).
Le plaisir n’est donc pas l’ennemi de la sainteté. Il devient désordonné lorsqu’il est séparé du bien auquel Dieu l’a ordonné.
Le mariage donne sa forme à la sexualité
Lorsque Jésus est interrogé sur le mariage et le divorce, il ne commence pas par les usages de son époque. Il revient à la création : « au commencement », Dieu fit l’homme et la femme et les deux deviennent une seule chair (Matthieu 19.4–6).
Cette reprise de Genèse 1 et 2 est importante. Pour Jésus, le mariage n’est pas simplement une institution sociale dont la définition pourrait être reconstruite à chaque époque. Il possède un enracinement créationnel.
L’union sexuelle biblique possède ainsi plusieurs dimensions inséparables.
Elle est corporelle – deux êtres sexués s’unissent réellement.
Elle est conjugale – cette union appartient à l’alliance entre un homme et une femme.
Elle est fidèle – l’exclusivité fait partie de la nature même du mariage.
Elle est potentiellement féconde – l’union de l’homme et de la femme est, par sa structure même, celle dont procède la génération humaine, même lorsque la conception est impossible.
Elle est aussi relationnelle – l’Écriture ne réduit jamais le mariage à la reproduction. L’homme et la femme deviennent compagnons, secours mutuels et partenaires d’une communauté de vie.
C’est pourquoi Paul peut employer cette union pour parler analogiquement du mystère de l’union du Christ et de son Église (Éphésiens 5.31–32). Il ne divinise pas le mariage, mais il en souligne la profondeur d’alliance.
La sexualité biblique n’est donc pas simplement définie par une question : « Deux personnes le veulent-elles ? » Le consentement est moralement indispensable, mais il n’épuise pas la question. L’éthique biblique demande également : cette relation correspond-elle à la structure que Dieu a donnée à l’union sexuelle ?
Qu’est-ce donc que le péché sexuel ?
Une définition trop étroite consisterait à identifier le péché sexuel aux seules pratiques que notre société juge particulièrement scandaleuses.
Ce n’est pas ainsi que raisonne Jésus.
Dans le Sermon sur la montagne, il reprend l’interdit de l’adultère et le porte jusqu’au regard et au désir (Matthieu 5.27–30). La faute sexuelle n’existe donc pas seulement lorsque deux corps accomplissent matériellement un acte interdit. Le cœur humain est également concerné.
Paul emploie fréquemment le vocabulaire de la porneia – terme assez large désignant différentes formes d’immoralité sexuelle – et appelle les chrétiens à la sanctification de leur corps (1 Corinthiens 6.12–20 ; 1 Thessaloniciens 4.3–8). Hébreux 13.4 associe de même l’honneur dû au mariage à la pureté de la vie sexuelle.
On peut donc définir le péché sexuel, au sens large, comme tout désir volontairement entretenu, toute parole, toute pratique ou toute relation sexuelle qui détourne la sexualité du dessein saint que Dieu lui a donné.
Cette définition demande cependant immédiatement plusieurs distinctions.
Tentation, désir et acte ne sont pas identiques
Être tenté n’est pas encore accomplir le péché auquel la tentation sollicite. Le Christ lui-même a été tenté sans pécher (Hébreux 4.15). Une pensée intrusive, une attirance ressentie ou une sollicitation involontaire ne doivent donc pas être mécaniquement confondues avec un acte délibéré.
Mais l’Écriture ne s’arrête pas non plus aux actes extérieurs. Jacques décrit la dynamique par laquelle le désir attire, séduit et, lorsqu’il est accueilli, enfante le péché (Jacques 1.14–15). Jésus condamne le regard qui transforme volontairement l’autre en objet de convoitise.
Il faut donc distinguer au moins :
- la tentation rencontrée ;
- l’inclination ou l’attirance éprouvée ;
- le désir volontairement nourri ;
- la décision ;
- et l’acte accompli.
Ces réalités sont liées, mais elles ne sont pas interchangeables.
Cette distinction est particulièrement importante pastoralement. Elle interdit aussi bien de déclarer innocente toute vie intérieure tant qu’aucun acte extérieur n’a été commis que de traiter comme coupable d’un acte une personne simplement parce qu’elle subit une tentation qu’elle refuse.
Le Catéchisme de Heidelberg exprime cette ampleur du septième commandement lorsqu’il traite ensemble la chasteté dans le mariage et hors du mariage, puis étend la pureté chrétienne aux actions, paroles, pensées et désirs (questions 108–109). Les Catéchismes de Westminster développent le même principe en parlant de chasteté du corps, de l’esprit, des affections, des paroles et de la conduite.
Tous les péchés sexuels ne sont pas identiques
Dire que plusieurs comportements sont pécheurs selon l’Écriture ne signifie pas qu’ils soient identiques en nature, en gravité, en conséquences ou en responsabilité.
L’adultère ajoute à l’immoralité sexuelle la trahison d’une alliance conjugale.
Le viol ajoute la violence et l’atteinte radicale portée à la personne.
L’abus sexuel d’un enfant implique l’exploitation d’un être vulnérable incapable d’un consentement adulte.
Une relation sexuelle entre adultes consentants soulève une question différente de celle d’une agression.
La zoophilie pose encore une autre question, puisqu’elle implique un être qui n’appartient pas à l’humanité et ne peut entrer dans une relation conjugale ou donner un consentement humain.
Une éthique chrétienne rigoureuse doit donc refuser deux erreurs contraires : relativiser les pratiques parce qu’elles concernent la sexualité, mais aussi mettre toutes les transgressions dans un même sac comme si aucune distinction morale n’existait entre désir, relation consentie, infidélité, exploitation et violence.
La Bible fournit une norme commune. Elle n’abolit pas pour autant les distinctions nécessaires au jugement moral.
C’est précisément ce qui permettra d’examiner plus clairement trois réalités aujourd’hui souvent mentionnées ensemble, parfois pour de mauvaises raisons : l’homosexualité, la pédophilie et la zoophilie.
L’homosexualité : ce que la Bible affirme réellement
Sur ce point, une présentation chrétienne ne gagne rien à employer des périphrases destinées à rendre le texte biblique plus acceptable : les relations sexuelles entre personnes de même sexe sont considérées comme péché dans l’Écriture.
Cette affirmation doit cependant être établie correctement.
Elle ne repose pas sur un verset isolé ni sur une hostilité particulière envers les personnes homosexuelles. Elle découle d’abord de la conception positive de la sexualité déjà exposée : Dieu crée l’être humain homme et femme, puis institue l’union d’une seule chair dans le mariage de l’homme et de la femme (Genèse 1.27 ; 2.24). Jésus reprend explicitement cette structure lorsqu’il parle du mariage (Matthieu 19.4–6).
À cette norme créationnelle s’ajoutent des interdictions explicites.
Lévitique 18.22 et 20.13 prohibent les relations sexuelles entre hommes. Dans le Nouveau Testament, Paul décrit en Romains 1.26–27 des relations sexuelles entre personnes de même sexe comme contraires à l’ordre voulu par Dieu. Il mentionne également les pratiques homosexuelles dans les listes de péchés de 1 Corinthiens 6.9–11 et 1 Timothée 1.9–10.
Certains débats exégétiques portent sur la traduction précise de certains termes grecs employés dans ces listes, notamment en 1 Corinthiens 6. Il serait donc imprudent de construire toute la doctrine biblique sur la traduction française d’un seul mot. Mais ces discussions lexicales ne font pas disparaître le témoignage beaucoup plus explicite de Romains 1, pas plus qu’elles ne modifient l’arrière-plan créationnel de Genèse 1–2 repris par Jésus.
La conclusion est ainsi difficile à éviter : l’éthique sexuelle biblique ne reconnaît pas les relations homosexuelles comme une forme alternative du mariage ou de l’union sexuelle légitime.
Orientation, tentation et pratique
Il faut cependant employer ici des catégories précises.
Le vocabulaire moderne de l’« orientation sexuelle » n’est pas celui de la Bible. L’Écriture parle de désirs, de passions, de tentations, de comportements et d’actes, mais elle ne développe pas notre classification psychologique contemporaine des orientations sexuelles.
Cela ne signifie pas que l’expérience d’une attirance durable soit imaginaire. Cela signifie simplement qu’il faut éviter de faire dire directement à un texte antique ce qu’il ne formule pas dans ces catégories.
Une personne peut ainsi éprouver une attirance homosexuelle sans avoir choisi de l’éprouver et sans accomplir d’acte homosexuel. Cette situation ne doit pas être confondue avec l’engagement volontaire dans une relation sexuelle.
La distinction vaut d’ailleurs pour toute sexualité. Un homme marié peut éprouver une attirance pour une femme qui n’est pas son épouse sans avoir encore commis l’adultère. Cela ne rend pas toute disposition intérieure moralement neutre – Jésus prend très au sérieux le désir volontairement cultivé –, mais cela oblige à distinguer tentation, consentement intérieur et passage à l’acte.
La réponse chrétienne ne consiste donc ni à nier la réalité de certaines attirances ni à leur reconnaître automatiquement une autorité morale. Le chrétien ne demande pas seulement : « Qu’est-ce que je désire ? » Il demande : « Comment mes désirs doivent-ils être ordonnés à la volonté de Dieu ? »
C’est la question de toute sanctification.
Ne pas confondre homosexualité, pédophilie et zoophilie
Il faut ici écarter un raisonnement qui serait à la fois théologiquement mauvais et humainement injuste.
Parce que la Bible condamne plusieurs comportements sexuels, il ne s’ensuit pas qu’elle les considère comme identiques.
Une relation homosexuelle entre deux adultes consentants n’est pas une relation pédophile.
Elle n’est pas davantage une relation zoophile.
Les assimiler produirait une faute de raisonnement : appartenir à la même catégorie générale de « péché sexuel » ne signifie pas posséder la même structure morale.
L’adultère est péché. Le viol est péché. La prostitution est péché. La convoitise est péché. Les relations homosexuelles sont péché. Mais personne n’en conclut raisonnablement que toutes ces réalités seraient identiques.
La théologie morale doit donc être suffisamment précise pour dire simultanément deux choses : une conduite peut être réellement pécheresse sans être moralement équivalente à toutes les autres conduites pécheresses.
Cette distinction est particulièrement importante lorsque sont évoquées la pédophilie et la zoophilie.
La pédophilie et l’abus sexuel des enfants
Le mot « pédophilie » appartient à une classification moderne et ne correspond pas à une catégorie technique développée comme telle dans la Bible.
Il faut en outre distinguer, même si cette distinction est difficile, l’attirance sexuelle ressentie envers des enfants et l’agression ou l’exploitation sexuelle effective d’un enfant. Une inclination ou une pulsion n’est pas identique à un acte commis. En revanche, tout passage à l’acte constitue une transgression d’une gravité particulière parce qu’il ajoute au désordre sexuel l’exploitation d’un être vulnérable qui ne peut entrer dans une relation conjugale adulte.
La norme biblique du mariage suffit déjà à exclure une telle relation : l’union sexuelle est ordonnée à l’alliance conjugale entre un homme et une femme capables de cette communauté de vie. Mais la Bible condamne également la violence sexuelle, l’exploitation et l’atteinte portée au faible. Jésus emploie lui-même un langage d’une extrême sévérité lorsqu’il parle de celui qui fait tomber « un de ces petits » (Matthieu 18.6), même si ce passage ne traite pas spécifiquement de pédophilie et ne doit donc pas être détourné de son contexte pour en faire un texte technique sur l’abus sexuel.
Sur le plan pastoral, cette précision a des conséquences très concrètes. Lorsqu’un enfant révèle une agression sexuelle, la priorité n’est pas de préserver la réputation d’une famille, d’une Église ou d’un responsable. La victime doit être protégée, l’abus interrompu et les autorités compétentes saisies selon les obligations légales applicables. Le pardon chrétien ne supprime ni la justice ni la responsabilité pénale.
La grâce n’est jamais un dispositif permettant au coupable d’échapper aux conséquences de son crime.
La zoophilie : une interdiction explicite
La situation est encore différente pour la zoophilie.
Ici, l’Ancien Testament formule des interdictions directes. Lévitique 18.23 interdit les relations sexuelles avec un animal ; Lévitique 20.15–16 les condamne également. Exode 22.18–19, selon la numérotation des traductions, contient la même prohibition.
La raison théologique profonde apparaît là encore lorsque ces textes sont replacés dans l’anthropologie biblique.
L’homme et la femme sont créés ensemble à l’image de Dieu. Les animaux appartiennent également à la bonne création divine, mais aucun d’eux n’est le partenaire correspondant à l’homme. Genèse 2 souligne précisément cette différence avant la création de la femme : parmi les animaux, aucun secours qui corresponde à l’homme n’est trouvé (Genèse 2.18–23).
La zoophilie transgresse donc non seulement la frontière du mariage, mais la distinction créationnelle entre l’être humain et l’animal. Elle ne peut en outre comporter la réciprocité personnelle et le consentement moral propres à une relation humaine.
Là encore, aucune assimilation simpliste avec l’homosexualité n’est nécessaire pour établir le jugement biblique. Chaque comportement doit être jugé pour ce qu’il est.
Le problème du péché sexuel ne concerne pas seulement « les autres »
Il existe un danger spirituel particulier à écrire un article sur l’homosexualité, la pédophilie ou la zoophilie : permettre au lecteur hétérosexuel marié de terminer sa lecture avec le sentiment rassurant que le problème du péché sexuel concerne essentiellement d’autres personnes.
Jésus interdit précisément cette échappatoire.
Lorsque le Christ dit que celui qui regarde une femme pour la convoiter a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur (Matthieu 5.27–28), il fait tomber la frontière confortable entre les pécheurs sexuellement respectables et les autres.
La pornographie relève du péché sexuel.
L’adultère relève du péché sexuel.
Les relations sexuelles hors mariage relèvent du péché sexuel.
La prostitution et son exploitation relèvent du péché sexuel.
La convoitise volontairement entretenue relève du péché sexuel.
Les relations homosexuelles relèvent du péché sexuel.
Le viol, l’inceste et l’abus sexuel ajoutent à cette transgression des dimensions de violence, de domination ou d’exploitation qui en aggravent profondément la nature.
La Bible ne permet donc ni la permissivité sexuelle contemporaine ni la respectabilité pharisienne.
Le même Dieu qui interdit à deux hommes ou à deux femmes d’unir sexuellement leur corps interdit au mari de tromper son épouse et au célibataire d’utiliser le corps d’autrui pour satisfaire ses désirs.
La chasteté chrétienne n’est pas une exigence particulière imposée aux homosexuels.
Elle est une vocation commune.
Pour le célibataire, elle signifie l’abstinence sexuelle et la maîtrise de soi.
Pour l’époux, elle signifie la fidélité exclusive.
Pour tous, elle signifie apprendre à recevoir son corps et celui d’autrui comme appartenant au Seigneur.
« Et c’est là ce que vous étiez, quelques-uns d’entre vous »
Si l’article s’arrêtait ici, il aurait exposé la loi mais pas encore pleinement l’Évangile.
Or Paul, après avoir énuméré en 1 Corinthiens 6 plusieurs conduites incompatibles avec le royaume de Dieu – et les péchés sexuels n’y sont pas seuls –, ajoute immédiatement :
« Et c’est là ce que vous étiez, quelques-uns d’entre vous. »
Puis il parle de purification, de sanctification et de justification au nom du Seigneur Jésus-Christ et par l’Esprit de Dieu (1 Corinthiens 6.11).
Le temps du verbe compte.
Paul ne dit pas que l’Église est composée de personnes qui n’ont jamais connu le désordre moral. Il écrit à des hommes et des femmes dont certains avaient précisément vécu dans les péchés qu’il vient d’énumérer.
Le christianisme ne propose donc pas deux catégories d’êtres humains : les purs qui pourraient juger les impurs, et les impurs qui devraient être tenus à distance.
Il annonce des pécheurs sauvés par grâce.
La repentance chrétienne ne consiste pourtant pas à rebaptiser le mal pour pouvoir continuer à le pratiquer. La grâce pardonne le péché précisément en nous arrachant à sa condamnation et en nous engageant dans une vie nouvelle.
C’est pourquoi Paul peut écrire dans le même chapitre : « Vous ne vous appartenez point à vous-mêmes » et appeler les croyants à glorifier Dieu dans leur corps (1 Corinthiens 6.19–20).
Le corps chrétien n’est donc ni méprisable ni souverain.
Il appartient au Christ.
Une éthique du corps placée sous la grâce
La question décisive n’est finalement pas : « Jusqu’où puis-je aller sans pécher ? »
Elle est : « À qui mon corps appartient-il ? »
Si notre corps n’est qu’un matériau biologique dont notre volonté souveraine pourrait déterminer l’usage, aucune norme extérieure ne peut véritablement s’imposer à nos désirs. Mais si l’être humain est créature, si son corps est reçu et non inventé, si la différence sexuelle appartient à la bonne création et si le croyant a été racheté par le Christ, alors la liberté sexuelle change radicalement de sens.
La liberté chrétienne n’est pas le pouvoir de faire de son corps tout ce que l’on désire.
Elle est la liberté nouvelle de servir Dieu avec ce corps.
Cela signifie que l’Église doit pouvoir appeler péché ce que l’Écriture appelle péché – y compris les relations homosexuelles – sans haine et sans mensonge. Mais elle doit également regarder avec la même vérité l’adultère, la pornographie, la fornication, la convoitise et les compromissions sexuelles qu’elle est parfois davantage disposée à tolérer.
La vérité sans grâce devient facilement une arme entre les mains des pécheurs.
La grâce sans vérité devient une permission de rester esclave.
L’Évangile refuse les deux.
Il nous révèle un Christ qui accueille les pécheurs sans déclarer leur péché bon, qui pardonne sans banaliser le mal et qui sanctifie ceux qu’il justifie.
C’est pourquoi la réponse chrétienne au désordre sexuel ne peut être ni : « Fais simplement ce que tu ressens », ni : « Rends-toi digne de Dieu avant de venir à lui. »
Elle est : viens au Christ tel que tu es, mais ne prétends pas que sa grâce doive te laisser tel que tu es.
Le but ultime de l’éthique sexuelle chrétienne n’est donc pas de produire des individus extérieurement respectables.
Il est que nos corps eux-mêmes deviennent les instruments d’une vie offerte à Dieu, dans la fidélité, la maîtrise de soi, l’amour du prochain et la sainteté.
Car le Dieu qui commande est aussi le Dieu qui pardonne, relève et transforme.
Annexes
Principaux textes bibliques mobilisés
- Création, mariage et union d’une seule chair : Genèse 1.27–28 ; 2.18–24 ; Matthieu 19.4–6.
- Alliance conjugale, désir et chasteté : Exode 20.14 ; Proverbes 5.15–19 ; Matthieu 5.27–30 ; 1 Corinthiens 6.12–20 ; 7.3–5 ; 1 Thessaloniciens 4.3–8 ; Hébreux 13.4.
- Relations homosexuelles : Lévitique 18.22 ; 20.13 ; Romains 1.26–27 ; 1 Corinthiens 6.9–11 ; 1 Timothée 1.9–10.
- Protection du faible et responsabilité : Matthieu 18.6.
- Zoophilie : Exode 22.18–19 ; Lévitique 18.23 ; 20.15–16.
- Grâce et sanctification : 1 Corinthiens 6.11, 19–20.
Bibliographie sommaire
– Catéchisme de Heidelberg, questions 108–109.
– Grand Catéchisme de Westminster, questions 138–139.
Pour aller plus loin
– Le mariage dans la Bible – Vincent Bru
– Sexualité, création et vérité morale : discerner les relectures contemporaines à la lumière de la foi chrétienne
– « Mâle et femelle il les créa » : une anthropologie face au constructivisme

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