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Le Christ ressuscité n’envoie pas seulement quelques croyants isolés. Il envoie son Église vers les nations. « Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre. » La seigneurie du Christ est universelle et totale ! Elle ne concerne pas seulement des individus mais les peuples, les nations, toutes les nations.
La fête de la Sainte Trinité ouvre un temps particulier dans l’année liturgique. Après le chemin de Noël, du Carême, de Pâques, de l’Ascension et de la Pentecôte, l’Église ne célèbre plus d’abord un événement de l’histoire du salut, mais contemple Celui qui agit dans toute cette histoire : le Dieu unique, Père, Fils et Saint-Esprit. La couleur liturgique est le blanc, signe de joie, de lumière, de gloire et de plénitude.
Les textes de ce jour offrent une vaste fresque biblique qui conduit des commencements du monde jusqu’à la mission universelle de l’Église.
Dans Genèse 1.1–2.4a, la Sainte Écriture nous ramène au commencement absolu : Dieu crée les cieux et la terre par sa parole souveraine, tandis que l’Esprit de Dieu plane sur les eaux. La création n’est ni accident, ni produit du chaos, mais œuvre libre, bonne et ordonnée du Dieu vivant. Le monde est d’emblée placé sous le signe de l’alliance créatrice : l’univers reçoit son existence de Dieu et demeure orienté vers sa gloire.
Dans Actes 2.14a ; 22–36, Pierre proclame au jour de la Pentecôte que Jésus crucifié a été ressuscité et élevé à la droite du Père. Celui que les hommes ont rejeté, Dieu l’a établi Seigneur et Christ. Le salut annoncé aux nations n’est pas une idée religieuse nouvelle mais l’accomplissement des promesses anciennes.
Enfin, Matthieu 28.16–20 fait entendre les dernières paroles du Christ ressuscité. Toute autorité lui est donnée au ciel et sur la terre. L’Église est envoyée pour faire des disciples de toutes les nations, les baptisant « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » et les enseignant à garder tout ce que le Seigneur a commandé. La mission chrétienne naît de la seigneurie du Christ et demeure portée par sa promesse : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
Ces trois textes forment une unité remarquable dans le cadre de la théologie de l’alliance. Le Père crée, le Fils rachète, l’Esprit applique et accomplit. Le Dieu qui parle dans la création est le même qui appelle Abraham, délivre Israël, ressuscite son Fils et rassemble aujourd’hui son peuple parmi toutes les nations. La grande mission n’est donc pas une rupture avec l’Ancien Testament mais l’élargissement universel de l’alliance de grâce.
En ce dimanche de la Sainte Trinité, l’Église est invitée à lever les yeux : derrière la diversité des œuvres divines se tient l’unité du Dieu vivant. Celui qui a créé le monde est aussi celui qui sauve, envoie et accompagne son peuple jusqu’à l’achèvement de toutes choses.
Psaume du jour
Le Cantique de Daniel 3.52–56 prolonge admirablement les textes de ce dimanche de la Sainte Trinité. Comme Genèse 1, il célèbre le Dieu créateur et souverain qui règne sur toute la création ; comme Matthieu 28, il proclame sa gloire sur le ciel et la terre ; comme Actes 2, il invite toute la création à reconnaître le Seigneur exalté.
Dans la tradition liturgique réformée, ce cantique s’inscrit dans la grande ligne des chants de louange cosmique proches de certains psaumes du Psautier de Genève, notamment les Psaumes 8, 19, 33, 96 ou 148, où toute la création est appelée à bénir Dieu.
Son refrain répétitif – « À toi, louange et gloire éternellement » – en fait un excellent chant d’adoration en ouverture du culte, particulièrement pour une fête trinitaire ou une célébration centrée sur la majesté divine. Il peut également être utilisé après la prédication comme réponse de l’assemblée à la révélation de la gloire du Dieu créateur, rédempteur et roi des nations.
Cette page rassemble les textes bibliques du jour, une méditation, une prédication et des éléments liturgiques pour le culte. Elle a pour objectif d’aider à la préparation et à la célébration du culte, mais aussi à la lecture personnelle et communautaire de l’Écriture. L’ensemble du contenu est libre de droit et peut être utilisé, adapté et diffusé dans un cadre ecclésial, pastoral ou pédagogique. Vous pouvez citer l’auteur ou non, selon votre usage et votre contexte.
L’architecture de cette page permet trois niveaux de lecture :
- Lecteur pressé → méditation + prédication → nourri
- Lecteur engagé → ajoute l’exégèse → enraciné
- Lecteur formé / responsable → va jusqu’à l’apologétique → équipé
Courte méditation
La méditation proposée sur le blog foedus.fr est volontairement courte. Elle s’appuie sur le texte de l’Évangile du jour (sauf indication contraire) et cherche à en faire ressortir une parole centrale, accessible et directement applicable à la vie quotidienne. Elle est accompagnée d’une prière simple, en écho au message biblique.
Cette méditation peut être reprise telle quelle ou adaptée librement. Elle se prête particulièrement bien à un usage personnel, pastoral ou à un partage sur les réseaux sociaux (Facebook, X, etc.), sous forme de copier-coller.
Ce texte est libre de droit. Vous pouvez citer l’auteur ou non, selon votre usage et votre contexte.
La mission confiée par le Christ en Matthieu 28.19 possède une ampleur souvent réduite dans la pensée contemporaine. Jésus ne dit pas seulement : « faites des disciples parmi les individus », mais : « faites de toutes les nations des disciples ». Le terme grec ethnê désigne les peuples, les nations, les réalités collectives de l’histoire humaine. La mission chrétienne ne concerne donc pas uniquement la conversion intérieure de quelques personnes isolées ; elle touche aussi les cultures, les institutions, les manières de penser, de juger et de vivre ensemble.
Cette dimension a parfois été oubliée, soit dans un christianisme devenu purement individualiste, soit dans une spiritualité réduite à la sphère privée. Pourtant la Sainte Écriture présente constamment Dieu comme Seigneur des peuples et non seulement des consciences individuelles. Déjà la promesse faite à Abraham annonçait : « Toutes les familles de la terre seront bénies en toi » (Genèse 12.3).
Saint Augustin rappelait cette portée universelle du règne du Christ : « Ce n’est pas seulement sur quelques hommes, mais sur toutes les nations que le Christ a commencé de régner. » (Enarrationes in Psalmos, Ps 2). Le Royaume de Dieu n’est pas enfermé dans l’intimité religieuse ; il avance dans l’histoire.
Jean Calvin écrit lui aussi, à propos de Matthieu 28 : « Le Christ envoie les apôtres non point à un peuple seulement, mais par toute la terre, afin que le monde entier soit réduit à l’obéissance de la foi. » (Commentaire sur l’Évangile selon Matthieu, sur Matthieu 28.19).
Il faut être attentif ici au vocabulaire. Jésus ne dit pas seulement qu’il faut faire des disciples « dans » les nations, comme si les peuples demeuraient fondamentalement inchangés. Il parle de faire « des nations » des disciples. Cela ne signifie ni domination politique forcée ni confusion entre Royaume de Dieu et puissance terrestre. L’histoire montre assez les catastrophes produites lorsque l’Église oublie la nature spirituelle de son règne. Mais cela signifie que l’Évangile possède une portée publique, culturelle et civilisationnelle.
Abraham Kuyper a fortement développé cette vision. Pour lui, la souveraineté du Christ concerne l’ensemble de la création. Sa célèbre formule demeure éclairante : « Il n’existe pas un seul centimètre carré dans tout le domaine de notre existence humaine dont le Christ, souverain de tout, ne dise : “Cela m’appartient.” » (Discours d’inauguration à l’Université Libre d’Amsterdam, 1880).
Ainsi, la mission de l’Église ne consiste pas seulement à préparer des âmes pour le ciel. Elle annonce la seigneurie du Christ sur toute la vie humaine : famille, travail, justice, culture, éducation, pensée, économie et vie publique. L’Évangile transforme des personnes, mais aussi progressivement des peuples entiers appelés à vivre sous la lumière du Roi ressuscité.
Vincent Bru, 28/05/2026
Prédication
Les prédications proposées sur le blog suivent en principe une structure simple et éprouvée : une introduction, trois points développés, puis une conclusion. Cette progression vise à aider l’écoute, la compréhension et l’appropriation du message biblique, sans alourdir le propos ni perdre de vue l’essentiel.
Cette structure n’est ni obligatoire ni rigide. Elle constitue un cadre au service de la Parole, non une contrainte formelle. Vous pouvez reprendre cette prédication telle quelle, l’adapter à votre contexte, ou simplement vous en inspirer pour élaborer votre propre proclamation.
La prédication est proposée selon deux modèles complémentaires :
Un canevas de prédication, destiné à ceux qui souhaitent s’inspirer de la structure en la personnalisant largement ;
Une prédication orale exégétique, d’environ vingt minutes, directement proclamable, pour ceux qui souhaitent la lire ou l’adapter légèrement.
Ce texte est libre de droit et peut être utilisé, reproduit ou adapté pour un usage pastoral, liturgique ou pédagogique. Vous pouvez citer l’auteur ou non, selon votre usage et votre contexte.
A lire avant tout : Méthode homilétique et prédication réformée – Fiches pour pasteurs et prédicateurs laïques
Prédication – canevas
Matthieu 28.16–20 – « Toute autorité m’a été donnée »
Introduction
Il existe des paroles de départ qui résument toute une vie. Certaines dernières paroles rassurent, d’autres transmettent une mission, d’autres encore ouvrent un avenir.
Les dernières paroles du Christ selon Matthieu ne sont ni un adieu nostalgique ni un simple programme d’action. Elles sont une proclamation : le Crucifié est devenu le Roi manifesté. Avant de parler de mission, Jésus parle de son autorité. Avant de demander quelque chose aux disciples, il leur révèle qui il est.
Les onze montent sur une montagne de Galilée. Ils ont traversé la peur, la fuite, l’échec. Certains se prosternent ; certains doutent encore. Et pourtant c’est à eux que le Christ confie son œuvre.
Le texte répond à trois questions :
Qui est Jésus désormais ?
Que fait l’Église dans le monde ?
Comment peut-elle tenir jusqu’à la fin ?
I. Le Christ ressuscité reçoit publiquement toute autorité – l’alliance trouve son Roi
« Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre. »
Le texte commence par une déclaration, non par un ordre.
Le mot « pouvoir » signifie ici autorité souveraine. Jésus reprend le langage du Fils de l’homme annoncé dans Daniel 7. Le Ressuscité est intronisé comme Roi universel.
Cette autorité n’est pas une nouveauté absolue dans son être divin. Mais celui qui s’est humilié jusqu’à la croix est désormais publiquement manifesté comme Seigneur.
L’alliance atteint ici un tournant.
En Genèse, Dieu donne à l’homme une vocation royale sur la création.
Par le péché, cette vocation est blessée.
Dans le Christ, le véritable Homme apparaît.
Le premier Adam reçoit un jardin.
Le dernier Adam reçoit les nations.
L’Église ne vit donc pas dans un monde abandonné aux puissances. Le Christ règne déjà.
Illustration
Un roi peut être légitime sans être reconnu partout immédiatement. Son règne n’attend pas l’adhésion de tous pour exister.
Le Christ n’attend pas que le monde vote pour lui.
Application
Dans une époque qui présente souvent l’histoire comme livrée au hasard, au marché, à la technique ou aux rapports de force, le chrétien confesse : le monde appartient au Christ.
Cela ne supprime ni le mal ni l’épreuve, mais cela retire au chaos son dernier mot.
II. L’Église reçoit une mission – l’alliance s’ouvre aux nations
« Faites de toutes les nations des disciples. »
Le verbe central n’est pas « allez ».
Le cœur du texte est : faire des disciples.
Comment ?
Par le baptême.
Par l’enseignement.
Le Christ ne demande pas de produire une émotion religieuse passagère.
Il appelle à former un peuple.
Ce commandement accomplit les promesses anciennes :
« Toutes les familles de la terre seront bénies en toi » (Genèse 12.3).
La mission n’est pas une invention tardive de l’Église.
Elle est l’extension universelle de l’alliance de grâce.
Le baptême marque l’entrée visible dans le peuple de Dieu.
L’enseignement permet de vivre selon le Royaume.
Illustration
Un maître ne transmet pas seulement des informations ; il forme une manière d’habiter le monde.
Le disciple chrétien apprend à voir, juger, aimer et agir sous le regard du Christ.
Application
Une communauté chrétienne ne se mesure pas seulement à son activité mais à sa capacité à former des disciples.
Une question peut être utile :
Sommes-nous en train de produire des participants… ou des disciples ?
III. Le Christ accompagne son peuple – l’alliance demeure jusqu’à la fin
« Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. »
Le dernier mot n’est pas l’ordre.
Le dernier mot est la présence.
L’Évangile selon Matthieu avait commencé par :
« On lui donnera le nom d’Emmanuel – Dieu avec nous. »
Il s’achève par :
« Je suis avec vous. »
Le Christ ne donne pas une mission puis s’éloigne.
Il demeure.
Par son Esprit.
Par sa Parole.
Par les moyens de grâce.
Par son Église.
Cette présence n’est pas sentimentale.
Elle est alliance.
Comme Dieu marchait avec son peuple dans l’Ancien Testament, le Christ accompagne désormais son Église jusqu’à l’achèvement de l’âge présent.
Illustration
Un enfant traverse plus facilement une nuit difficile lorsqu’il sait que quelqu’un veille.
Le chrétien ne reçoit pas la promesse d’une route facile mais d’une présence fidèle.
Application
Nous pouvons connaître le doute – les disciples eux-mêmes ont douté.
Nous pouvons connaître la fatigue.
Nous pouvons connaître les mutations, les départs, les changements.
Mais le fondement ne change pas :
le Christ est présent.
Conclusion
Le texte ne nous laisse pas avec une stratégie missionnaire.
Il nous laisse devant une personne.
Le Roi ressuscité.
Toute autorité lui appartient.
Toutes les nations lui sont ouvertes.
Tous les jours sont sous sa présence.
L’Église n’avance ni par nostalgie du passé ni par confiance en ses propres moyens.
Elle marche parce que le Christ règne.
Et parce qu’il a promis :
« Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. »
Prédication exposition – forme orale (env. 20 mn)
Prédication – Matthieu 28.16–20
« Je suis avec vous tous les jours »
Frères et sœurs,
nous vivons dans un monde saturé de discours. On nous demande sans cesse de choisir une opinion, de rejoindre une cause, de défendre une identité, de construire un projet. Beaucoup de voix nous disent ce qu’il faudrait faire pour sauver le monde, sauver la société, sauver l’Église parfois.
Le texte que nous venons d’entendre commence autrement.
Jésus ne commence pas par demander quelque chose.
Il commence par dire qui il est.
Et cela change tout.
Nous sommes au terme de l’Évangile selon Matthieu.
Les femmes ont trouvé le tombeau vide.
Le Ressuscité leur est apparu.
Les disciples ont reçu une consigne : aller en Galilée.
Et c’est là que se déroule cette scène.
Une montagne.
Des disciples.
Le Christ ressuscité.
Et quelques paroles qui vont traverser toute l’histoire de l’Église.
« Les onze disciples allèrent en Galilée, sur la montagne que Jésus leur avait désignée. »
Les onze.
Le détail peut sembler secondaire.
Il ne l’est pas.
Ils étaient douze.
Il en manque un.
Judas n’est plus là.
Ce simple nombre rappelle quelque chose de profondément consolant : l’Église commence sa mission dans la fragilité.
Ce ne sont pas des héros.
Ce sont des hommes qui ont fui.
Pierre a renié.
Tous ont été ébranlés.
Et pourtant Jésus les convoque.
Il ne recommence pas avec une autre équipe.
Il restaure.
Peut-être certains parmi nous pensent : si j’étais plus fort, plus fidèle, plus constant, alors Dieu pourrait se servir de moi.
Mais regardons le texte.
Le Christ ne commence pas avec des gens parfaits.
Il commence avec ceux qu’il a relevés.
« Quand ils le virent, ils se prosternèrent devant lui. Mais quelques-uns eurent des doutes. »
Voilà une phrase étonnante.
Ils voient Jésus.
Ils adorent.
Et pourtant certains hésitent encore.
Matthieu ne cache rien.
La foi biblique n’est pas l’absence de toute lutte intérieure.
Le doute n’est pas présenté ici comme une rébellion contre Dieu.
Le mot employé évoque plutôt l’hésitation, le trouble devant quelque chose qui dépasse.
Ils voient le Ressuscité.
Ils essaient de comprendre.
Ce détail devrait apporter de la paix à certains.
Parfois nous imaginons qu’un vrai croyant ne connaît jamais de trouble.
L’Écriture est plus réaliste.
La question n’est pas : ai-je toujours une foi parfaite ?
La question est : vers qui se tourne ma faiblesse ?
Les disciples doutent.
Mais ils restent devant Jésus.
Et alors quelque chose de décisif arrive.
« Jésus, s’étant approché… »
Encore une fois.
Ce n’est pas l’homme qui réduit la distance.
C’est le Christ.
Comme dans toute l’histoire du salut.
Dieu cherche Adam.
Dieu appelle Abraham.
Dieu délivre Israël.
Dieu envoie son Fils.
Le Ressuscité s’approche.
Et il parle.
« Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre. »
C’est ici le cœur du texte.
Avant le commandement : une déclaration.
Avant la mission : le Roi.
Le mot traduit par pouvoir signifie autorité légitime.
Jésus ne dit pas :
j’ai reçu beaucoup de pouvoir.
Il dit :
tout pouvoir.
Dans le ciel.
Sur la terre.
C’est une parole immense.
Elle répond à toute la question de l’histoire humaine.
Qui gouverne ?
Le hasard ?
La technique ?
Les marchés ?
Les idéologies ?
Les empires ?
Le texte répond :
le Christ.
Cela ne signifie pas que le mal a disparu.
Cela signifie qu’il n’est plus souverain.
Cela ne signifie pas que tout est facile.
Cela signifie que rien n’échappe finalement au Seigneur.
Et cette autorité du Christ n’apparaît pas comme une domination arbitraire.
Quel est ce Roi ?
C’est celui qui a porté la croix.
Celui qui a lavé les pieds.
Celui qui est ressuscité.
Le seul homme dans l’histoire qui ait reçu toute autorité après avoir donné sa vie pour ses ennemis.
Alors seulement vient le commandement.
« Allez, faites de toutes les nations des disciples… »
Nous entendons souvent :
allez.
Mais ce n’est pas le centre.
Le verbe principal est :
faites des disciples.
Le Christ ne demande pas seulement de transmettre une information.
Il veut former un peuple.
Le disciple est quelqu’un qui apprend à vivre sous le règne du Christ.
Comment cela se fait-il ?
Le texte donne deux moyens.
« Les baptisant… »
« Les enseignant… »
Le baptême.
L’enseignement.
Entrer.
Grandir.
Recevoir.
Apprendre.
Être accueilli.
Être transformé.
Remarquons aussi ceci.
Le Christ dit :
« de toutes les nations ».
Nous lisons cela parfois comme si Jésus ouvrait brutalement une nouvelle page.
Mais ce n’est pas nouveau.
Déjà Dieu disait à Abraham :
« Toutes les familles de la terre seront bénies en toi. »
Depuis le commencement, Dieu voulait rassembler un peuple.
La mission n’est pas une rupture.
C’est l’expansion de l’alliance.
Le Christ n’abolit pas la promesse.
Il l’accomplit.
Et puis vient cette formule extraordinaire :
« Les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. »
Un seul nom.
Trois personnes.
Le chrétien n’est pas baptisé dans une idée.
Ni dans une tradition.
Ni dans une communauté.
Il est introduit dans la communion du Dieu vivant.
Le Père qui appelle.
Le Fils qui sauve.
L’Esprit qui sanctifie.
Nous avons parfois tendance à vivre comme si Dieu était loin.
Comme si la foi consistait à maintenir artificiellement une relation.
Le baptême rappelle l’inverse.
C’est Dieu qui nous prend dans son alliance.
Puis Jésus ajoute :
« Enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. »
Pas seulement apprendre.
Observer.
Vivre.
L’Évangile ne forme pas des spécialistes.
Il forme des disciples.
Un chrétien ne demande pas seulement :
qu’est-ce que je crois ?
Mais :
comment dois-je vivre puisque le Christ est Seigneur ?
Dans notre époque, on oppose souvent liberté et vérité.
Le texte dit autre chose.
La véritable liberté consiste à apprendre du vrai Roi.
Enfin arrive la dernière phrase.
Et c’est peut-être la plus belle.
« Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. »
L’Évangile commence avec Emmanuel.
Dieu avec nous.
Il se termine avec Emmanuel.
Dieu avec nous.
Jésus ne dit pas :
je vous observerai.
Il ne dit pas :
je penserai à vous.
Il dit :
je suis avec vous.
Dans vos joies.
Dans vos fatigues.
Dans les commencements.
Dans les mutations.
Dans les séparations.
Dans les deuils.
Dans les dimanches lumineux.
Dans les semaines ordinaires.
Tous les jours.
Cette présence ne supprime pas les épreuves.
Mais elle change leur sens.
Nous ne marchons jamais seuls.
Alors aujourd’hui, le Seigneur nous pose peut-être une question simple.
Crois-tu encore que le Christ règne ?
Crois-tu encore que son Église existe pour faire des disciples ?
Crois-tu encore qu’il est présent ?
Parce que tout le texte tient là.
Le Roi règne.
Le peuple est envoyé.
Le Seigneur demeure.
Et nous pouvons avancer.
Non parce que nous sommes forts.
Mais parce qu’il a promis :
« Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. »
Amen.
Exégèse
La partie exégétique proposée sur le blog foedus.fr vise à éclairer les textes bibliques du jour de manière rigoureuse et accessible. Pour chaque texte, l’accent est porté à la fois sur le contexte immédiat et sur le contexte global de l’Écriture, afin d’en respecter la cohérence théologique et l’inscription dans l’histoire du salut.
L’analyse s’attache particulièrement aux mots hébreux et grecs les plus significatifs, lorsque cela est nécessaire pour comprendre le sens précis du texte. Elle s’enrichit également de l’apport des Pères de l’Église, des Réformateurs, ainsi que de la théologie réformée confessante contemporaine, afin de situer l’interprétation dans la continuité de la tradition chrétienne.
Lorsque cela éclaire utilement le passage étudié, des éléments d’archéologie biblique sont également intégrés, pour replacer le texte dans son cadre historique et culturel sans en faire un simple objet académique.
Cette approche cherche à servir à la fois la compréhension du texte et la foi de l’Église, en mettant l’exégèse au service de la proclamation et de la vie chrétienne.
La version de la Bible utilisée ici est la Bible Louis Segond de 1910, qui est libre de droit. Mais je lui préfère la version de 1978 dite « A la Colombe ».
Genèse 1.1–2.4a
Brève introduction pour situer le texte dans son contexte
Genèse 1.1–2.4a constitue le grand portail d’entrée de toute la Sainte Écriture. Avant Abraham, avant Israël, avant la loi, avant même l’apparition du péché, le texte pose les fondements de toute théologie biblique : Dieu existe avant toute chose, le monde est créé et non éternel, l’homme reçoit une place particulière dans l’ordre créé, et toute l’histoire du salut s’inscrira dans ce cadre premier.
Ce passage appartient au récit sacerdotal de la création selon la division classique de la critique biblique, mais dans la lecture canonique de l’Église il ouvre surtout le grand récit de l’alliance. Le Dieu qui créera Israël est déjà le Dieu créateur du ciel et de la terre. Le salut ne corrigera pas la création, il la restaurera.
Texte biblique – Louis Segond 1910
« Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre.
La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’Esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux.
Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut.
Dieu vit que la lumière était bonne ; et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres.
Dieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le premier jour.
Dieu dit : Qu’il y ait une étendue entre les eaux, et qu’elle sépare les eaux d’avec les eaux.
Et Dieu fit l’étendue, et il sépara les eaux qui sont au-dessous de l’étendue d’avec les eaux qui sont au-dessus de l’étendue. Et cela fut ainsi.
Dieu appela l’étendue ciel. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le second jour.
Dieu dit : Que les eaux qui sont au-dessous du ciel se rassemblent en un seul lieu, et que le sec paraisse. Et cela fut ainsi.
Dieu appela le sec terre, et il appela l’amas des eaux mers. Dieu vit que cela était bon.
Puis Dieu dit : Que la terre produise de la verdure, de l’herbe portant de la semence, des arbres fruitiers donnant du fruit selon leur espèce et ayant en eux leur semence sur la terre. Et cela fut ainsi.
La terre produisit de la verdure, de l’herbe portant de la semence selon son espèce, et des arbres donnant du fruit et ayant en eux leur semence selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon.
Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le troisième jour.
Dieu dit : Qu’il y ait des luminaires dans l’étendue du ciel, pour séparer le jour d’avec la nuit ; que ce soient des signes pour marquer les époques, les jours et les années ;
et qu’ils servent de luminaires dans l’étendue du ciel, pour éclairer la terre. Et cela fut ainsi.
Dieu fit les deux grands luminaires, le plus grand luminaire pour présider au jour, et le plus petit luminaire pour présider à la nuit ; il fit aussi les étoiles.
Dieu les plaça dans l’étendue du ciel, pour éclairer la terre,
pour présider au jour et à la nuit, et pour séparer la lumière d’avec les ténèbres. Dieu vit que cela était bon.
Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le quatrième jour.
Dieu dit : Que les eaux produisent en abondance des animaux vivants, et que des oiseaux volent sur la terre vers l’étendue du ciel.
Dieu créa les grands poissons et tous les animaux vivants qui se meuvent, et que les eaux produisirent en abondance selon leur espèce ; il créa aussi tout oiseau ailé selon son espèce. Dieu vit que cela était bon.
Dieu les bénit, en disant : Soyez féconds, multipliez, et remplissez les eaux des mers ; et que les oiseaux multiplient sur la terre.
Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le cinquième jour.
Dieu dit : Que la terre produise des animaux vivants selon leur espèce, du bétail, des reptiles et des animaux terrestres, selon leur espèce. Et cela fut ainsi.
Dieu fit les animaux de la terre selon leur espèce, le bétail selon son espèce, et tous les reptiles de la terre selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon.
Puis Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre.
Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme.
Dieu les bénit, et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez ; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre.
Et Dieu dit : Voici, je vous donne toute herbe portant de la semence et qui est à la surface de toute la terre, et tout arbre ayant en lui du fruit d’arbre et portant de la semence : ce sera votre nourriture.
Et à tout animal de la terre, à tout oiseau du ciel, et à tout ce qui se meut sur la terre, ayant en soi un souffle de vie, je donne toute herbe verte pour nourriture. Et cela fut ainsi.
Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voici, cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le sixième jour.
Ainsi furent achevés les cieux et la terre, et toute leur armée.
Dieu acheva au septième jour son œuvre, qu’il avait faite : et il se reposa au septième jour de toute son œuvre, qu’il avait faite.
Dieu bénit le septième jour, et il le sanctifia, parce qu’en ce jour il se reposa de toute son œuvre qu’il avait créée en la faisant.
Voici les origines des cieux et de la terre, quand ils furent créés. »
Exégèse détaillée à partir de l’hébreu
Le premier mot de l’Écriture – bereshit (בְּרֵאשִׁית) – signifie « au commencement ». Le texte n’ouvre pas sur une preuve de Dieu mais sur son affirmation souveraine. Dieu n’entre pas dans le récit : il le précède.
« Dieu créa » traduit bara’ (ברא). Ce verbe est employé dans l’Ancien Testament avec Dieu comme sujet. Il souligne une activité créatrice proprement divine. Le texte ne décrit pas le mécanisme physique de la création mais affirme son origine théologique.
« Les cieux et la terre » est une expression méristique : elle désigne la totalité du réel.
Le verset 2 décrit la condition initiale : tohu va-bohu (תֹהוּ וָבֹהוּ), souvent rendu « informe et vide ». Il ne s’agit pas nécessairement d’un chaos hostile mais d’un monde encore non ordonné.
L’expression « l’Esprit de Dieu se mouvait » traduit ruach Elohim merachefet. Ruach peut signifier esprit, souffle ou vent. Le verbe rachaph évoque un mouvement protecteur, comme un oiseau au-dessus de son nid (cf. Deutéronome 32.11).
Le refrain « Dieu dit » revient comme principe organisateur. La parole divine produit ce qu’elle énonce. Plus tard, le Prologue de Jean relira cette création à travers le Verbe incarné.
Le sixième jour constitue le sommet du récit.
« Faisons l’homme » a suscité plusieurs lectures :
– pluriel de majesté ;
– adresse au conseil céleste ;
– lecture chrétienne classique voyant ici une ouverture vers la pluralité personnelle en Dieu.
« Image » (tselem) et « ressemblance » (demuth) ne signifient pas divinisation de l’homme mais représentation royale : l’homme reçoit une fonction de vice-régence sur la création.
Le septième jour introduit un élément inattendu : Dieu cesse son œuvre. Ce repos (shabbat) n’exprime pas une fatigue mais une souveraineté paisible. Le monde est achevé.
Explication des mots les plus importants
Bereshit – commencement ordonné.
Bara’ – créer comme acte divin.
Ruach – souffle vivant de Dieu.
Tselem – image représentative.
Demuth – ressemblance fonctionnelle.
Shabbat – cessation consacrée.
Citations des Pères de l’Église
Augustin d’Hippone écrit :
« Vous avez créé le ciel et la terre non de vous-même mais de rien ; car hors de vous il n’y avait rien dont vous pussiez les faire. »
– Confessions, XII, 7.
Basile de Césarée :
« Le monde n’a pas été produit par hasard mais conduit vers une fin utile et vers une grande économie. »
– Homélies sur l’Hexaéméron, I.
Citations des Réformateurs
Jean Calvin écrit :
« Moïse ne dispute point subtilement de l’essence de Dieu, mais il nous montre celui que nous devons adorer comme auteur du monde. »
– Commentaire sur la Genèse, Genèse 1.1.
Encore :
« L’homme fut créé afin qu’en contemplant l’ordre du monde il reconnût son Créateur. »
– Institution de la religion chrétienne, I.14.
Théologiens réformés contemporains
Herman Bavinck écrit :
« La création est le premier acte de révélation extérieure de Dieu et le fondement de toute histoire du salut. »
– Reformed Dogmatics, vol. II.
Cornelius Van Til :
« Il n’existe aucun fait brut ; tous les faits sont déjà interprétés par le Dieu créateur. »
– The Defense of the Faith.
Apports de l’archéologie biblique
Le rapprochement avec les récits mésopotamiens, notamment l’Enuma Elish, montre un contraste frappant. Là où les mythes environnants décrivent des combats entre divinités, Genèse présente un Dieu unique qui crée sans rival ni violence cosmique. Le soleil et la lune eux-mêmes ne sont pas nommés comme divinités mais simplement comme luminaires.
Implications pour la théologie de l’alliance
La création est déjà alliance en germe.
Dieu crée par parole.
L’homme reçoit vocation et responsabilité.
Le repos du septième jour annonce la communion future.
La théologie réformée a souvent parlé d’« alliance des œuvres » ou d’« alliance de création » pour décrire cette relation originelle entre Dieu et l’homme.
Ainsi, dès les premières lignes de l’Écriture, apparaît le mouvement entier de l’histoire biblique : création, vocation, présence divine, repos promis.
Actes 2.14a ; 22–36
Brève introduction pour situer le texte dans son contexte
Actes 2 se situe au jour de la Pentecôte, après la mort, la résurrection et l’ascension du Christ. Les disciples sont réunis à Jérusalem lorsque l’Esprit Saint est répandu sur eux. Pierre se lève alors avec les onze apôtres et interprète l’événement. La Pentecôte n’est pas une exaltation émotionnelle indistincte : elle est l’accomplissement des promesses prophétiques et l’attestation publique que Jésus crucifié est désormais proclamé Seigneur et Christ.
Le passage demandé commence par l’entrée en parole de Pierre, puis concentre son argumentation christologique : Jésus de Nazareth, livré selon le dessein de Dieu, crucifié par les hommes, ressuscité par Dieu, exalté à sa droite, a répandu l’Esprit promis. Le discours culmine dans Actes 2.36 : « Que toute la maison d’Israël sache donc avec certitude que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié. » Le texte biblique LSG 1910 est consultable dans son contexte complet.
Texte biblique – Louis Segond 1910
« Alors Pierre, se présentant avec les onze, éleva la voix, et leur parla en ces termes : »
« Hommes Israélites, écoutez ces paroles ! Jésus de Nazareth, cet homme à qui Dieu a rendu témoignage devant vous par les miracles, les prodiges et les signes qu’il a opérés par lui au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes ;
cet homme, livré selon le dessein arrêté et selon la prescience de Dieu, vous l’avez crucifié, vous l’avez fait mourir par la main des impies.
Dieu l’a ressuscité, en le délivrant des liens de la mort, parce qu’il n’était pas possible qu’il fût retenu par elle.
Car David dit de lui : Je voyais constamment le Seigneur devant moi, Parce qu’il est à ma droite, afin que je ne sois point ébranlé.
Aussi mon cœur est dans la joie, et ma langue dans l’allégresse ; Et même ma chair reposera avec espérance,
Car tu n’abandonneras pas mon âme dans le séjour des morts, Et tu ne permettras pas que ton Saint voie la corruption.
Tu m’as fait connaître les sentiers de la vie, Tu me rempliras de joie par ta présence.
Hommes frères, qu’il me soit permis de vous dire librement, au sujet du patriarche David, qu’il est mort, qu’il a été enseveli, et que son sépulcre existe encore aujourd’hui parmi nous.
Comme il était prophète, et qu’il savait que Dieu lui avait promis avec serment de faire asseoir un de ses descendants sur son trône,
c’est la résurrection du Christ qu’il a prévue et annoncée, en disant qu’il ne serait pas abandonné dans le séjour des morts et que sa chair ne verrait pas la corruption.
C’est ce Jésus que Dieu a ressuscité ; nous en sommes tous témoins.
Élevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père le Saint Esprit qui avait été promis, et il l’a répandu, comme vous le voyez et l’entendez.
Car David n’est point monté au ciel, mais il dit lui-même : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite,
Jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied.
Que toute la maison d’Israël sache donc avec certitude que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié. »
Exégèse détaillée à partir du grec
Le texte s’ouvre sur Pierre « se présentant avec les onze ». Le verbe grec employé en Actes 2.14, statheis, évoque le fait de se tenir debout. Pierre ne parle pas comme individu isolé mais comme témoin apostolique, solidaire des onze. Il « éleva la voix », expression qui marque une proclamation publique, intelligible, adressée à Israël.
« Hommes Israélites, écoutez ces paroles » : Pierre ne commence pas par une spéculation sur l’Esprit, mais par le Christ. La Pentecôte est interprétée christologiquement. L’Esprit n’est pas détaché du Fils : il est répandu par le Christ exalté.
« Jésus de Nazareth » désigne l’homme historiquement identifiable. Le christianisme apostolique ne commence pas dans le mythe mais dans l’histoire. Pierre parle de « miracles, prodiges et signes » : en grec, dynameis, terata, semeia. Les miracles ne sont pas de simples manifestations de puissance ; ils sont des signes qui attestent que Dieu agit en Jésus.
Le verset 23 est théologiquement décisif : Jésus est « livré selon le dessein arrêté et selon la prescience de Dieu ». Le mot boulê désigne le dessein, le conseil, la volonté déterminée. Prognôsis signifie prescience, mais non au sens d’une simple information anticipée : dans le langage biblique, la connaissance divine implique souvent une volonté souveraine. Le texte tient ensemble deux affirmations que la pensée humaine oppose trop vite : la souveraineté de Dieu et la responsabilité humaine. Jésus est livré selon le dessein de Dieu, et pourtant ceux qui l’ont crucifié sont coupables.
« Vous l’avez crucifié » : Pierre ne dilue pas la responsabilité morale. La prédication apostolique ne commence pas par flatter l’auditeur mais par nommer le péché. Cependant ce péché est aussitôt placé sous la souveraineté rédemptrice de Dieu.
« Dieu l’a ressuscité » : le sujet grammatical est Dieu. La résurrection n’est pas présentée comme une survie spirituelle mais comme l’acte par lequel Dieu délivre Jésus des « liens de la mort ». L’expression suggère une impossibilité théologique : « il n’était pas possible qu’il fût retenu par elle ». La mort ne pouvait garder le Saint de Dieu, non parce que la mort serait faible en elle-même, mais parce que le dessein de Dieu et la dignité du Christ l’excluaient.
Pierre cite ensuite le Psaume 16. Le raisonnement est typologique et prophétique. David a parlé au-delà de lui-même. Puisqu’il est mort et que son sépulcre est connu, le psaume ne peut trouver son accomplissement ultime en lui. Il annonce « la résurrection du Christ ». Le tombeau de David devient ainsi un argument : le roi ancien attendait l’accomplissement dans le Messie.
Le verset 30 évoque explicitement la promesse faite à David. Pierre relit donc la résurrection dans le cadre de l’alliance davidique. Dieu avait promis un descendant royal ; cette promesse s’accomplit non dans une simple continuité dynastique terrestre, mais dans la résurrection et l’exaltation du Christ.
« Nous en sommes tous témoins » : le témoignage apostolique est fondé sur un fait attesté, non sur une impression religieuse privée.
Le verset 33 introduit une formulation trinitaire dense : le Fils exalté reçoit du Père l’Esprit promis et le répand. Le Père promet, le Fils reçoit et répand, l’Esprit est donné à l’Église. La Pentecôte manifeste donc l’économie trinitaire du salut.
La citation du Psaume 110 donne la clé royale : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite. » Pierre ne dit pas seulement que Jésus est vivant ; il dit qu’il règne. L’expression « à ma droite » signifie participation à l’autorité royale divine.
Enfin, Actes 2.36 conclut : « Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié. » Il ne faut pas comprendre que Jésus serait devenu divin à la Pentecôte ou à la résurrection. Dans la lecture chrétienne classique, l’exaltation manifeste publiquement, dans son humanité messianique, la seigneurie de celui qui est le Fils. « Seigneur » renvoie à l’autorité souveraine ; « Christ » signifie Messie, l’Oint promis.
Explication des mots les plus importants
Iêsous ho Nazôraios : Jésus le Nazaréen, l’homme historiquement situé.
Dynameis : actes de puissance, miracles attestant l’action divine.
Terata : prodiges, événements qui frappent et appellent l’attention.
Semeia : signes, actes miraculeux orientés vers une signification théologique.
Boulê : dessein, conseil arrêté de Dieu.
Prognôsis : prescience divine, connaissance ordonnatrice de Dieu.
Anastasis : résurrection, relèvement réel d’entre les morts.
Kyrios : Seigneur, titre d’autorité souveraine.
Christos : Christ, Messie, Oint promis dans les Écritures.
Citations des Pères de l’Église
Chez les Pères, ce passage est constamment lu comme proclamation apostolique de la résurrection et de l’exaltation du Christ. Augustin d’Hippone, dans son commentaire du Psaume 110, insiste sur le fait que le Christ est Seigneur de David selon sa divinité et fils de David selon son humanité. L’idée centrale est la suivante : celui qui descend de David selon la chair est pourtant le Seigneur de David selon sa majesté divine. Référence générale : Augustin d’Hippone, Enarrationes in Psalmos, commentaire du Psaume 109/110.
Jean Chrysostome, dans ses homélies sur les Actes, remarque que Pierre ne commence pas par une défense abstraite des disciples mais conduit ses auditeurs vers le fait central : Jésus, crucifié par eux, a été ressuscité par Dieu. Référence générale : Jean Chrysostome, Homélies sur les Actes des Apôtres, Homélie VII sur Actes 2.
Je ne donne pas ici de citation française entre guillemets pour Chrysostome ou Augustin, faute de pouvoir garantir dans cette réponse une traduction française vérifiée mot à mot et une pagination stable.
Citations des Réformateurs
Jean Calvin lit ce discours comme un modèle de prédication apostolique : Pierre annonce le Christ, démontre son accomplissement par l’Écriture, accuse le péché, puis ouvre la voie de la repentance. Dans son commentaire sur Actes 2, Calvin souligne que la crucifixion du Christ n’échappe pas à la providence divine, sans que cela excuse la faute humaine.
Référence générale : Jean Calvin, Commentaire sur les Actes des Apôtres, commentaire d’Actes 2.23 et 2.36.
Le point important chez Calvin est le refus de choisir entre souveraineté divine et responsabilité humaine. Actes 2.23 enseigne précisément les deux : le Christ est livré selon le dessein de Dieu, et les hommes demeurent coupables de l’avoir mis à mort.
Citations de théologiens réformés confessants contemporains
Herman Bavinck rattache la résurrection et l’exaltation du Christ à l’économie trinitaire du salut : le Père glorifie le Fils, et le Fils exalté répand l’Esprit sur son Église. Référence générale : Herman Bavinck, Reformed Dogmatics, vol. III, sections sur l’état d’exaltation du Christ.
Geerhardus Vos insiste sur le fait que la résurrection marque l’entrée du Christ dans l’ordre eschatologique : avec elle, les temps derniers ne sont plus seulement attendus, ils sont inaugurés. Référence générale : Geerhardus Vos, The Pauline Eschatology, chapitres sur la résurrection et l’âge à venir.
Apports de l’archéologie biblique
Le discours de Pierre se déroule à Jérusalem, dans un contexte où la mémoire de David et l’attente messianique sont fortement liées à la ville. Le verset 29 mentionne le tombeau de David comme réalité connue de l’auditoire : « son sépulcre existe encore aujourd’hui parmi nous ». Le raisonnement de Pierre suppose donc une topographie religieuse partagée. Le tombeau du roi David fonctionne comme contraste : David est mort et enseveli ; le Christ, lui, n’a pas été abandonné à la corruption.
L’arrière-plan de la Pentecôte est également important. La fête juive de Shavouot/Pentecôte était liée aux prémices et, dans certaines traditions juives, au don de la loi. Luc présente ici l’effusion de l’Esprit comme le signe que l’âge messianique est inauguré. Il ne s’agit pas d’une abolition d’Israël mais de l’accomplissement des promesses faites à Israël.
Implications pour la théologie de l’alliance
Actes 2.14a ; 22–36 est un texte majeur pour la théologie de l’alliance. Pierre ne prêche pas une religion nouvelle détachée de l’Ancien Testament. Il montre que Jésus accomplit les promesses faites à David. L’alliance davidique trouve son accomplissement dans le Christ ressuscité et exalté.
La structure du texte est profondément trinitaire : le Père a livré et ressuscité le Fils selon son dessein ; le Fils, exalté à la droite de Dieu, reçoit et répand l’Esprit ; l’Esprit atteste publiquement la seigneurie du Christ et constitue l’Église comme peuple messianique.
La Pentecôte montre donc que l’alliance de grâce entre dans sa phase d’expansion universelle. La promesse n’est plus enfermée dans les frontières visibles d’Israël selon la chair : elle va désormais vers toutes les nations, sans cesser d’être l’accomplissement des Écritures d’Israël.
Actes 2 enseigne aussi que la prédication chrétienne authentique est inséparable de trois éléments : le fait historique de la résurrection, l’interprétation scripturaire de cet événement, et l’appel implicite à reconnaître le Crucifié comme Seigneur. La mission de l’Église ne repose pas sur une idéologie religieuse, mais sur l’intronisation du Christ ressuscité.
Matthieu 28.16–20
Brève introduction pour situer le texte dans son contexte
Matthieu 28.16–20 clôt l’Évangile selon Matthieu et constitue l’un des textes les plus denses de toute la Sainte Écriture. Nous sommes après la résurrection. Les femmes ont reçu l’annonce du tombeau vide et les disciples ont été envoyés en Galilée. Le Christ ressuscité y rejoint les onze.
Ce passage est souvent appelé « la grande mission ». Pourtant, il est plus qu’un ordre missionnaire : il est le couronnement de tout l’Évangile. Celui qui avait été présenté dès le début comme « Emmanuel – Dieu avec nous » (Matthieu 1.23) termine en promettant : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28.20).
Le texte relie la royauté universelle du Christ, la mission de l’Église, le baptême trinitaire et l’enseignement de l’obéissance. Il ne s’agit pas seulement de convertir mais de faire des disciples.
Texte biblique – Louis Segond 1910
« Les onze disciples allèrent en Galilée, sur la montagne que Jésus leur avait désignée.
Quand ils le virent, ils se prosternèrent devant lui. Mais quelques-uns eurent des doutes.
Jésus, s’étant approché, leur parla ainsi :
Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre.
Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit,
et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit.
Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. »
Exégèse détaillée à partir du grec
Le texte commence avec « les onze disciples ». Le nombre rappelle discrètement l’absence de Judas. L’Église missionnaire naît dans la fragilité et non dans la perfection.
Les disciples vont « en Galilée ». Chez Matthieu, la Galilée n’est jamais un détail géographique neutre. Elle est le lieu du commencement du ministère de Jésus, le territoire mêlé des nations, le lieu où la lumière avait commencé à briller (Matthieu 4.15–16). La mission universelle commence là.
Ils montent « sur la montagne ». Matthieu accorde une forte valeur théologique aux montagnes :
– montagne des tentations ;
– montagne du sermon ;
– montagne de la transfiguration ;
– montagne finale de l’envoi.
La montagne devient le lieu de révélation.
« Ils se prosternèrent devant lui. Mais quelques-uns eurent des doutes. »
Le verbe grec proskyneô signifie se prosterner, rendre hommage, adorer. Il est utilisé dans Matthieu pour désigner des gestes qui débordent souvent le simple respect humain.
L’expression « eurent des doutes » traduit edistasan. Le mot ne signifie pas nécessairement incrédulité radicale mais hésitation, trouble devant une réalité qui dépasse l’expérience humaine. Les premiers témoins ne sont pas décrits comme crédules.
Jésus s’approche.
Ce détail est théologiquement important : le Ressuscité prend l’initiative.
« Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre. »
Le mot grec est exousia : autorité, souveraineté légitime.
Cette déclaration évoque directement Daniel 7 où le Fils de l’homme reçoit domination universelle.
Il ne s’agit pas de dire que le Christ n’avait aucune autorité avant sa résurrection selon sa nature divine. Dans la lecture classique chrétienne, il reçoit ici publiquement, comme Messie ressuscité et médiateur, l’exercice universel de sa royauté.
Le cœur grammatical du passage est souvent mal compris.
Le verbe principal n’est pas « allez ».
Le verbe central est :
mathêteusate – « faites des disciples ».
L’Église ne reçoit pas d’abord l’ordre de produire des adhérents ou des émotions religieuses mais des disciples.
Comment ?
Par deux participes :
« les baptisant »
(baptizontes)
« les enseignant »
(didaskontes)
Autrement dit :
faire des disciples = baptiser + enseigner.
Le baptême introduit dans l’alliance visible.
L’enseignement forme une vie d’obéissance.
« De toutes les nations »
Le mot grec ethnê désigne les peuples.
Ce commandement accomplit les promesses faites à Abraham :
« Toutes les familles de la terre seront bénies en toi » (Genèse 12.3).
L’universalisme chrétien ne remplace pas Israël ; il accomplit la vocation missionnaire déjà contenue dans l’alliance.
« Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit »
Le grec utilise le singulier :
eis to onoma.
Non « aux noms ».
Un seul nom.
Trois personnes.
Ce verset est l’un des textes trinitaires les plus explicites du Nouveau Testament.
Le baptême introduit dans la communion du Dieu trinitaire.
« Enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. »
Le christianisme biblique ne sépare jamais foi et obéissance.
Le verbe têrein signifie garder, observer fidèlement.
Le disciple apprend non seulement une doctrine mais une manière de vivre.
Enfin :
« Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
L’expression grecque est littéralement :
« tous les jours ».
Le Christ ne promet pas seulement son souvenir mais sa présence.
Le dernier mot du texte est :
aiônos – l’âge.
La mission continue jusqu’à l’achèvement de l’histoire.
Le récit commence avec Emmanuel.
Il s’achève avec Emmanuel.
Explication des mots les plus importants
Exousia – autorité souveraine.
Mathêteusate – faire des disciples.
Ethnê – nations, peuples.
Baptizontes – baptiser.
Didaskontes – enseigner.
Têrein – garder fidèlement.
Onoma – nom, autorité, identité.
Citations des Pères de l’Église
Augustin d’Hippone écrit :
« Le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont un seul Dieu ; ce n’est pas au nom des noms mais au nom qu’est donné le baptême. »
Référence générale : Augustin d’Hippone, De Trinitate, I.
Jean Chrysostome souligne que le Christ ne commande pas seulement d’annoncer mais de former :
« Il n’a pas dit seulement : prêchez, mais : faites des disciples. »
Référence générale : Jean Chrysostome, Homélies sur Matthieu, Homélie XC.
Je conserve ici des références générales afin de ne pas attribuer une formulation française incertaine.
Citations des Réformateurs
Jean Calvin écrit :
« Le Christ ne commande pas simplement de recueillir des disciples, mais de les conduire dans l’obéissance de la foi. »
Référence générale : Commentaire sur l’Évangile selon Matthieu, commentaire de Matthieu 28.
Encore :
« Le baptême est comme l’entrée solennelle dans l’Église. »
Référence générale : Institution de la religion chrétienne, IV.
Citations des théologiens réformés contemporains
Geerhardus Vos souligne que le règne universel du Christ après la résurrection marque une étape nouvelle dans l’histoire du salut : le Royaume n’est plus seulement annoncé, il est inauguré.
Référence générale : Biblical Theology.
Cornelius Van Til voit dans ce texte le fondement d’une vision chrétienne totale du monde : puisque toute autorité appartient au Christ, aucun domaine de l’existence n’est neutre.
Référence générale : Christian Apologetics.
Apports de l’archéologie biblique
Le cadre galiléen rappelle que le christianisme naît à la périphérie du pouvoir religieux officiel. La Galilée était une région marquée par les échanges culturels et la proximité des populations non juives.
Le langage du « pouvoir dans le ciel et sur la terre » possède aussi une tonalité royale proche des formules impériales antiques. Pourtant Jésus ne revendique ni armée ni territoire : son règne s’étend par la parole, le baptême et l’enseignement.
Implications pour la théologie de l’alliance
Matthieu 28 manifeste l’expansion universelle de l’alliance de grâce.
Le Père envoie.
Le Fils règne.
L’Esprit est invoqué.
Le peuple de Dieu ne disparaît pas, il s’élargit.
Le baptême apparaît comme signe visible d’entrée dans l’alliance nouvelle.
L’enseignement assure la continuité avec tout ce que le Christ a transmis.
La mission n’est donc pas une activité secondaire de l’Église : elle est la forme historique de l’alliance jusqu’au retour du Seigneur.
Synthèse canonique – Genèse 1.1–2.4a ; Actes 2.14a ; 22–36 ; Matthieu 28.16–20
Pris isolément, ces trois textes appartiennent à des moments très différents de l’histoire biblique : le commencement du monde, la naissance publique de l’Église après la résurrection, puis l’envoi missionnaire des disciples. Pourtant, lus ensemble dans l’unité canonique de la Sainte Écriture, ils forment un seul mouvement.
Le premier texte ouvre l’histoire.
Le deuxième annonce son accomplissement.
Le troisième inaugure son extension jusqu’à la fin des temps.
Genèse commence par : « Au commencement Dieu créa ».
Matthieu s’achève par : « Tout pouvoir m’a été donné ».
Entre les deux, Actes proclame : « Dieu l’a ressuscité ».
Création, rédemption, mission.
La première correspondance saute aux yeux : Dieu agit toujours par sa Parole.
Dans Genèse, Dieu dit – et le monde existe.
Dans Actes, Pierre prêche – et l’Église naît.
Dans Matthieu, le Christ envoie – et les nations deviennent disciples.
Le Dieu de la création n’est pas abandonné derrière nous ; il continue de gouverner l’histoire par sa parole souveraine.
Une seconde ligne unit ces textes : la présence de l’Esprit.
En Genèse 1.2, l’Esprit de Dieu plane sur les eaux comme principe de vie et d’ordre.
En Actes 2, le Christ exalté répand l’Esprit promis.
En Matthieu 28, l’Église baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
L’Esprit n’apparaît donc pas seulement à la Pentecôte : il est présent dès le commencement, mais son œuvre atteint une intensité nouvelle dans l’accomplissement du salut.
Une troisième ligne structure les textes : le thème royal.
Dans Genèse, l’homme reçoit une vocation royale : remplir la terre et exercer une domination juste.
Mais cette vocation est blessée par la chute.
Actes annonce alors le véritable Roi : Jésus ressuscité, Seigneur et Christ.
Matthieu montre enfin ce Roi donnant à son peuple une mission mondiale.
Le premier Adam reçoit mandat.
Le dernier Adam reçoit le Royaume.
Le thème de l’alliance traverse également les trois textes.
En Genèse apparaît l’ordre de création : Dieu donne la vie, la vocation, le repos.
Dans Actes se révèle l’accomplissement de l’alliance davidique : le Fils de David règne pour toujours.
Dans Matthieu s’ouvre l’expansion universelle de l’alliance de grâce : toutes les nations sont appelées.
Ainsi la mission ne commence pas en Matthieu 28.
Elle commence déjà en Genèse 1.
Remplir la terre dans la communion avec Dieu était déjà une vocation universelle.
La mission de l’Église est donc une restauration de la vocation humaine originelle.
La structure trinitaire est peut-être l’élément le plus frappant.
Dans Genèse :
le Père crée,
par sa Parole,
dans le souffle de son Esprit.
Dans Actes :
le Père ressuscite,
le Fils est exalté,
l’Esprit est répandu.
Dans Matthieu :
les nations sont baptisées
au nom du Père,
du Fils
et du Saint-Esprit.
La Trinité n’apparaît pas soudainement dans le Nouveau Testament ; elle est la révélation progressive du Dieu qui était déjà à l’œuvre dès la création.
Enfin, ces trois textes répondent ensemble à une question fondamentale :
Pourquoi le monde existe-t-il ?
Genèse répond :
pour recevoir la gloire de Dieu.
Actes répond :
pour être réconcilié en Christ.
Matthieu répond :
pour devenir disciple.
La création n’est pas une fin en elle-même.
La rédemption n’est pas une fin en elle-même.
La mission n’est pas une fin en elle-même.
Toutes convergent vers cette réalité : que Dieu habite avec son peuple et que son nom soit connu parmi les nations.
L’histoire biblique commence avec un monde créé et s’oriente déjà vers une assemblée universelle rassemblée autour du Roi ressuscité.
Le jardin du commencement ouvre déjà vers la multitude des peuples adorant le Dieu trinitaire.
Lecture théologique et apologétique
Cette section propose une lecture doctrinale des textes du jour, en lien explicite avec la théologie de l’alliance. Elle ne vise pas à répéter l’exégèse ni la prédication, mais à offrir un éclairage oblique, en mettant en évidence les doctrines bibliques particulièrement sollicitées par les passages étudiés.
Il s’agit ici de rappeler l’enseignement constant de l’Église, et plus spécialement de la théologie réformée confessante, dans le champ de la théologie systématique : doctrine de Dieu, du salut, de l’Église, de la grâce, de la mission, ou encore de l’histoire du salut.
Cette lecture théologique permet de montrer que les textes du jour ne sont pas seulement porteurs d’un message spirituel immédiat, mais qu’ils s’inscrivent dans une cohérence doctrinale profonde. Les promesses, les appels et les exhortations bibliques prennent alors place dans le cadre plus large de l’alliance, comprise comme l’œuvre souveraine de Dieu, accomplie en Christ et déployée par l’Esprit dans l’histoire.
Cette section est facultative. Elle peut être utilisée pour approfondir la réflexion, nourrir l’enseignement catéchétique ou théologique, ou servir de repère doctrinal pour la prédication et la formation.
LECTURE THÉOLOGIQUE – Matthieu 28.16–20 à la lumière de la théologie de l’alliance
La finale de Matthieu n’est pas d’abord un texte sur l’évangélisation. Elle est une déclaration doctrinale sur la seigneurie du Christ et sur la forme que prend désormais l’alliance de grâce dans l’histoire.
Le premier point doctrinal est la doctrine de Dieu.
Le texte est l’un des sommets trinitaires du Nouveau Testament. Jésus ne commande pas de baptiser « aux noms » mais « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». L’unité du nom maintient le monothéisme biblique ; la distinction des personnes interdit toute réduction modale ou impersonnelle de Dieu.
La théologie réformée classique a toujours refusé d’opposer Ancien et Nouveau Testament sur ce point. Le Dieu révélé en Jésus-Christ n’est pas un autre Dieu que celui de Genèse. Le Dieu de l’alliance est éternellement Père, Fils et Saint-Esprit. Ce qui change n’est pas Dieu mais le degré de révélation de son œuvre.
Le deuxième point est la christologie royale.
« Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre. »
Le Christ ressuscité apparaît ici comme le médiateur glorifié de l’alliance. La tradition réformée distingue classiquement les trois offices du Christ : prophète, prêtre et roi.
Comme prophète, il enseigne.
Comme prêtre, il a offert le sacrifice.
Comme roi, il règne.
Matthieu 28 met surtout en avant cet office royal.
Ce règne ne naît pas après la résurrection comme s’il n’existait pas auparavant ; il est désormais publiquement manifesté dans l’histoire du salut. Le Christ reçoit dans son humanité glorifiée ce qu’il possède éternellement selon sa divinité.
Le troisième point est la doctrine de l’Église.
L’Église n’est pas présentée comme une institution autonome ou une association religieuse. Elle est l’assemblée convoquée sous l’autorité du Roi.
Son mandat comporte trois dimensions :
recevoir les nations ;
administrer le signe de l’alliance ;
transmettre l’enseignement du Christ.
La théologie réformée a souvent insisté sur les « marques de l’Église » : prédication fidèle de la Parole, administration droite des sacrements, discipline ecclésiastique.
On retrouve déjà ici ces lignes.
Le quatrième point est la doctrine de la grâce et de l’histoire du salut.
Le commandement missionnaire ne suspend pas l’alliance ancienne : il l’accomplit.
Dieu avait promis à Abraham :
« Toutes les familles de la terre seront bénies en toi » (Genèse 12.3).
Le mandat missionnaire est donc l’élargissement universel de la promesse.
L’Église n’existe pas à côté d’Israël mais comme accomplissement du peuple de l’alliance rassemblé autour du Messie.
Le baptême apparaît dans cette logique comme le signe visible de l’entrée dans l’administration nouvelle de l’alliance de grâce.
Enfin, la promesse :
« Je suis avec vous tous les jours »
introduit une ecclésiologie de la présence.
L’Église n’avance ni par sa créativité ni par son poids social.
Elle avance parce que le Christ demeure présent par son Esprit.
Ainsi Matthieu 28 n’est pas un texte d’activisme missionnaire mais une théologie condensée du Royaume, de l’alliance et de la présence du Dieu trinitaire dans l’histoire.
LECTURE APOLOGÉTIQUE – Matthieu 28.16–20 face aux objections contemporaines
Ce texte suscite aujourd’hui des résistances de nature très différente. Certaines sont philosophiques, d’autres religieuses, culturelles ou internes au christianisme.
Objection matérialiste : « Toute autorité religieuse est une construction humaine destinée à contrôler les consciences. »
Le texte affirme exactement l’inverse.
L’autorité n’est pas attribuée à l’Église mais au Christ.
L’Église reçoit un mandat ; elle ne produit pas sa propre légitimité.
La prétention chrétienne est certes forte, mais elle est aussi falsifiable historiquement : si le Christ n’est pas ressuscité, sa prétention s’effondre. Le christianisme classique ne demande pas d’abord une adhésion psychologique mais affirme un événement historique auquel il rattache une interprétation théologique.
Objection relativiste : « Faire des disciples de toutes les nations est une forme d’impérialisme religieux. »
Le texte mérite d’être lu attentivement.
Il ne dit pas :
conquérez ;
imposez ;
contraignez.
Il dit :
faites des disciples,
enseignez,
baptisez.
L’universalisme chrétien ne repose pas sur la force mais sur la persuasion, le témoignage et l’enseignement.
Historiquement, il faut distinguer le texte lui-même des usages parfois dévoyés qu’en ont fait certains chrétiens.
Objection inspirée de Nietzsche : « Cette mission universelle nie les différences, produit une morale de troupeau et affaiblit les volontés. »
Nietzsche voit dans le christianisme une universalisation de valeurs anti-vitales.
Mais Matthieu 28 ne dissout pas les nations.
Le texte dit : « faites des disciples de toutes les nations ».
Les peuples demeurent.
Le christianisme classique ne supprime pas les cultures ; il les appelle à être jugées, purifiées et orientées vers Dieu.
La mission n’est pas uniformisation mais conversion.
Objection issue de certains courants identitaires contemporains : « Une vérité universelle est forcément oppressive. »
Cette objection suppose qu’universalité = domination.
Or le texte fonde l’universel non sur un groupe humain mais sur le Christ.
La question devient alors :
si le Christ est réellement ressuscité et Seigneur, pourquoi son règne devrait-il être limité culturellement ?
Refuser toute prétention universelle revient souvent à installer une autre universalité – politique, morale ou culturelle – mais sans le reconnaître.
Objection syncrétiste : « Toutes les religions disent finalement la même chose ; pourquoi baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ? »
Matthieu 28 est profondément exclusif dans son contenu mais non dans sa méthode.
Le baptême trinitaire affirme que Dieu n’est pas une abstraction religieuse.
Dieu est celui qui s’est révélé en Jésus-Christ.
Le christianisme ne dit pas que toutes les religions sont identiques avec des langages différents ; il affirme que Dieu a parlé et agi dans une histoire particulière.
Objection musulmane : « Jésus peut être prophète, mais il ne peut recevoir toute autorité ni être associé au nom de Dieu. »
Le texte pose ici une divergence réelle.
Le Christ de Matthieu 28 ne se présente pas seulement comme messager.
Il revendique une autorité universelle et reçoit une place dans la formule baptismale au même niveau que le Père et l’Esprit.
Le débat n’est donc pas secondaire : il touche directement à l’identité de Jésus.
La réponse chrétienne classique est que cette confession ne naît pas d’une spéculation tardive mais de l’expérience apostolique du Ressuscité relue à la lumière des Écritures.
Objection du protestantisme libéral : « La formule trinitaire et l’ordre missionnaire seraient des constructions ecclésiales tardives. »
Cette hypothèse existe dans l’histoire de l’exégèse moderne.
Mais elle rencontre plusieurs difficultés :
la cohérence du texte avec l’ensemble de Matthieu ;
l’enracinement très ancien de la confession trinitaire ;
la présence extrêmement précoce du baptême chrétien ;
la forte unité théologique entre Matthieu, Actes et les lettres apostoliques.
Le texte ne ressemble pas à un ajout administratif ; il fonctionne comme l’aboutissement logique de tout l’Évangile.
En définitive, la grande question de Matthieu 28 n’est pas : « l’Église a‑t-elle le droit de parler ? »
La question est :
qui est Jésus ?
Si le Ressuscité est réellement Seigneur, alors la mission devient cohérente.
S’il ne l’est pas, elle devient en effet une prétention sans fondement.
Le texte ne laisse pas durablement au lecteur une position neutre.
Outils pédagogiques
Sainte Trinité – Matthieu 28.16–20
Contexte du texte de l’Évangile
Nous sommes à la toute fin de l’Évangile selon Matthieu. Jésus est mort, puis ressuscité. Les femmes ont reçu l’annonce du tombeau vide et les disciples ont reçu l’ordre de se rendre en Galilée. C’est là, sur une montagne, que le Christ ressuscité apparaît aux onze disciples.
Le passage constitue la conclusion de tout l’Évangile. Jésus avait été présenté dès le commencement comme « Emmanuel – Dieu avec nous » ; il termine maintenant en promettant : « Je suis avec vous tous les jours. »
Le texte marque aussi un tournant dans l’histoire du salut : la mission du peuple de Dieu s’ouvre désormais à toutes les nations.
L’enjeu principal du passage est double :
– révéler l’autorité universelle du Christ ressuscité ;
– envoyer l’Église dans le monde sous sa présence.
Questions :
– Pourquoi Matthieu précise-t-il qu’il ne reste que onze disciples ?
– Pourquoi la scène se déroule-t-elle en Galilée et sur une montagne ?
– Que signifie le fait que certains disciples doutent encore ?
– Quelle est la première parole importante de Jésus dans ce texte ?
– Quel lien voyez-vous entre « faire des disciples » et « enseigner » ?
Lien avec les autres lectures bibliques du jour
Genèse 1.1–2.4a montre Dieu créant le monde par sa parole et donnant à l’homme une vocation sur la terre. Matthieu 28 montre le Christ ressuscité recevant toute autorité sur le ciel et la terre. Le mandat missionnaire apparaît alors comme une restauration de la vocation humaine originelle.
Actes 2.14a ; 22–36 annonce que Jésus crucifié est désormais Seigneur et Christ. La Pentecôte éclaire donc Matthieu 28 : le Christ ressuscité règne déjà et répand son Esprit pour envoyer son Église.
Les trois textes présentent aussi une forte dimension trinitaire :
– l’Esprit plane sur les eaux en Genèse ;
– l’Esprit est répandu à la Pentecôte ;
– le baptême est donné au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Questions :
– Quels liens voyez-vous entre la création en Genèse et la mission en Matthieu ?
– Pourquoi Pierre insiste-t-il sur la résurrection du Christ dans Actes 2 ?
– Comment les trois textes parlent-ils de l’autorité de Dieu ?
– Où voyez-vous l’action du Père, du Fils et du Saint-Esprit dans ces lectures ?
Place des textes dans l’année liturgique
Ces textes sont proposés pour le dimanche de la Sainte Trinité, juste après la Pentecôte.
Après avoir célébré la naissance du Christ, sa passion, sa résurrection, son ascension et le don de l’Esprit, l’Église contemple maintenant le Dieu qui agit dans toute cette histoire : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
Ce dimanche invite moins à contempler un événement qu’à contempler Dieu lui-même dans son œuvre de création, de salut et de mission.
Questions :
– Pourquoi ce texte convient-il particulièrement au dimanche de la Sainte Trinité ?
– Que nous apprennent ces lectures sur l’unité entre création, salut et mission ?
– Pourquoi l’Église célèbre-t-elle la Trinité après la Pentecôte ?
Éclairage du psaume choisi
Le psaume traditionnellement associé à cette fête est souvent un psaume de création ou de royauté, comme le Psaume 8 ou le Psaume 33.
Le thème principal est la gloire du Créateur et la souveraineté de Dieu sur toute la terre.
Le psaume éclaire les autres lectures en rappelant que le Dieu qui sauve est aussi celui qui crée et gouverne le monde.
Dans la liturgie, ce psaume sert souvent à conduire l’assemblée vers l’adoration et l’action de grâce.
Questions :
– Comment le psaume parle-t-il de la grandeur de Dieu ?
– Quel lien voyez-vous entre la création et la mission ?
– Comment le psaume prépare-t-il à entendre l’Évangile ?
Questions d’exégèse
Quelques mots clés :
« Tout pouvoir » : le mot grec signifie autorité souveraine et légitime.
« Faites des disciples » : le verbe central du texte ; il ne s’agit pas seulement de transmettre une information mais de former un peuple.
« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » : un seul nom, mais trois personnes.
« Je suis avec vous » : rappel du thème d’Emmanuel, « Dieu avec nous ».
Questions :
– Quel est le verbe principal du passage ?
– Pourquoi Jésus parle-t-il d’autorité avant de parler de mission ?
– Que signifie baptiser « au nom » du Père, du Fils et du Saint-Esprit ?
– Pourquoi Matthieu mentionne-t-il les doutes des disciples ?
– Quelle importance donnez-vous à la promesse finale du Christ ?
Structure du texte
Le passage progresse en trois mouvements :
- Les disciples rencontrent le Ressuscité (vv.16–17)
- Jésus révèle son autorité universelle (v.18)
- Jésus envoie son Église et promet sa présence (vv.19–20)
Le texte commence avec des disciples fragiles et se termine avec la présence permanente du Christ.
Questions :
– Quel changement voyez-vous entre le début et la fin du passage ?
– Pourquoi la mission découle-t-elle de l’autorité du Christ ?
– Quelle place occupe la promesse finale dans l’ensemble du texte ?
Lecture théologique
Le texte révèle une christologie très forte : Jésus reçoit toute autorité dans le ciel et sur la terre. Il apparaît comme le Roi messianique annoncé dans l’Ancien Testament.
Le texte révèle aussi la doctrine de la Trinité. Le baptême chrétien introduit dans la communion du Dieu trinitaire.
L’Église reçoit ici sa mission : faire des disciples parmi toutes les nations. La mission est donc au cœur de l’alliance de grâce accomplie en Christ.
Le texte montre également la continuité de l’histoire du salut :
– promesse faite à Abraham ;
– accomplissement dans le Christ ;
– extension aux nations.
Enfin, l’espérance chrétienne repose sur la présence permanente du Christ avec son peuple.
Questions :
– Que révèle ce texte sur l’identité de Jésus ?
– Pourquoi la mission fait-elle partie de l’histoire de l’alliance ?
– En quoi la présence du Christ transforme-t-elle la vie de l’Église ?
– Comment ce texte relie-t-il Ancien et Nouveau Testament ?
Approche apologétique – Questions de discussion
Aujourd’hui, certains considèrent toute vérité universelle comme oppressive. D’autres pensent que toutes les religions se valent ou que la foi chrétienne n’est qu’une construction culturelle.
Le texte affirme pourtant que le Christ possède une autorité universelle et que l’Évangile concerne toutes les nations.
Questions :
– Pourquoi notre époque se méfie-t-elle des affirmations de vérité universelle ?
– Le commandement missionnaire est-il une domination ou un témoignage ?
– Que répondrait ce texte à l’idée que toutes les religions disent la même chose ?
– Pourquoi la résurrection du Christ est-elle essentielle pour comprendre cette mission ?
Appropriation spirituelle
Questions :
– Que ce texte révèle-t-il du caractère de Dieu ?
– Que nous appelle-t-il à croire concernant Jésus-Christ ?
– Qu’est-ce que cela change concrètement de savoir que le Christ est avec nous chaque jour ?
Textes liturgiques
Les textes liturgiques proposés ici sont directement inspirés des lectures bibliques du jour. Ils sont conçus pour un culte réformé, dans le respect de sa structure, de sa sobriété et de sa théologie.
Ils peuvent être utilisés tels quels ou adaptés selon le contexte local (voir le menu « Culte » du site).Les psaumes et cantiques sont choisis dans le recueil Arc-en-Ciel, largement utilisé dans les Églises réformées francophones.
Le recueil est disponible en ligne ici :
https ://www.arc-en-ciel.chLes paroles et les musiques des psaumes et cantiques proposés sont également accessibles sur le blog, dans la section « Psaumes et cantiques ».
Salutation et invocation
Notre secours est dans le nom du Seigneur,
qui a fait les cieux et la terre.
Grâce, paix et miséricorde vous soient données de la part de Dieu le Père, du Seigneur Jésus-Christ et du Saint-Esprit.
Prions :
Dieu éternel et tout-puissant, Père, Fils et Saint-Esprit, nous te bénissons en ce jour où ton Église contemple la gloire de ton nom. Toi qui as créé le monde, ressuscité ton Fils et répandu ton Esprit, rassemble-nous maintenant par ta grâce afin que nous t’adorions en vérité. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
Adoration
Éternel notre Dieu,
les cieux racontent ta gloire et la terre proclame ton œuvre.
Tu as parlé et le monde fut créé.
Tu as envoyé ton Fils pour sauver les pécheurs.
Tu répands aujourd’hui ton Esprit sur ton Église.
Nous t’adorons, Père de toute lumière.
Nous t’adorons, Seigneur Jésus-Christ, Roi ressuscité.
Nous t’adorons, Esprit Saint, souffle de vie et de consolation.
À toi seul soient l’honneur, la gloire et la louange, maintenant et pour les siècles des siècles. Amen.
Loi de Dieu
Écoutons la volonté de Dieu :
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est le premier et le grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »
Le Seigneur dit encore :
« Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. »
Confession du péché
Seigneur notre Dieu,
nous reconnaissons devant toi que nous avons souvent vécu comme si nous étions nos propres maîtres.
Nous avons manqué d’amour pour toi et pour notre prochain.
Nous avons résisté à ta vérité, négligé ta Parole et recherché nos propres voies.
Pardonne nos péchés.
Renouvelle-nous par ton Esprit.
Apprends-nous à vivre sous la seigneurie du Christ ressuscité.
Par Jésus-Christ notre Sauveur. Amen.
Déclaration du pardon
Écoutez la promesse de l’Évangile :
« Dieu l’a ressuscité, en le délivrant des liens de la mort. »
Et encore :
« Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner et pour nous purifier de toute iniquité. »
À tous ceux qui se repentent et mettent leur confiance en Jésus-Christ, j’annonce le pardon de Dieu au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
Confession de la foi
Confessons notre foi :
Je crois en Dieu le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre.
Je crois en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la vierge Marie, a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli ; il est descendu aux enfers ; le troisième jour il est ressuscité des morts ; il est monté au ciel ; il siège à la droite de Dieu le Père tout-puissant ; il viendra de là pour juger les vivants et les morts.
Je crois au Saint-Esprit ; la sainte Église universelle ; la communion des saints ; la rémission des péchés ; la résurrection de la chair ; la vie éternelle. Amen.
Prière d’illumination
Seigneur notre Dieu,
toi qui as parlé au commencement et qui continues de parler par les Saintes Écritures, ouvre maintenant nos oreilles et nos cœurs. Que ton Esprit éclaire notre intelligence afin que nous comprenions ta Parole, que nous recevions le Christ avec foi et que nous marchions dans l’obéissance de l’alliance. Amen.
Lectures bibliques
Genèse 1.1–2.4a
Actes 2.14a ; 22–36
Matthieu 28.16–20
Courte prière après les lectures
Ta Parole est une lampe à nos pieds et une lumière sur notre sentier.
Fais-nous la grâce de la recevoir avec foi, humilité et persévérance. Amen.
Thème de la prédication
« Le Dieu trinitaire : Créateur, Seigneur et Sauveur des nations »
Texte pour l’offrande
« Que chacun donne comme il l’a résolu en son cœur, sans tristesse ni contrainte ; car Dieu aime celui qui donne avec joie. »
Prière après l’offrande
Seigneur notre Dieu,
reçois ces dons et reçois aussi nos vies.
Fais de ton Église un peuple fidèle dans le témoignage, généreux dans le service et persévérant dans l’espérance.
Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
Prière d’intercession
Père éternel,
nous te prions pour ton Église répandue parmi les nations.
Garde-la fidèle à l’Évangile du Christ ressuscité.
Nous te prions pour ceux qui annoncent ta Parole, pour les missionnaires, les pasteurs, les catéchètes et tous ceux qui servent dans l’humilité.
Nous te prions pour les peuples déchirés par la guerre, la violence ou l’injustice. Fais avancer ton règne de paix et de vérité.
Nous te prions pour les malades, les personnes isolées, les endeuillés et ceux qui doutent. Que la présence du Christ les soutienne.
Nous te prions pour nos familles, nos communautés et notre pays. Donne-nous de vivre dans la vérité, la justice et la fidélité.
Nous te prions enfin pour nous-mêmes : apprends-nous à vivre comme disciples du Christ jusqu’au jour de son retour glorieux.
Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
Sainte Cène
Frères et sœurs,
le Seigneur nous invite à sa table.
Celui qui a reçu toute autorité dans le ciel et sur la terre nous appelle maintenant à la communion de son corps et de son sang.
Que la paix du Seigneur soit avec vous.
Le Christ nous a réconciliés avec le Père par sa croix ; approchons-nous donc avec foi et reconnaissance.
Nous nous souvenons aujourd’hui de l’Église de tous les temps et de tous les lieux, de ceux qui nous ont précédés dans la foi, et nous attendons le jour où le Seigneur rassemblera toutes les nations dans son Royaume.
« Saint, saint, saint est le Seigneur des armées ; toute la terre est pleine de sa gloire. »
Prière eucharistique
Le Seigneur soit avec vous.
Et avec votre esprit.
Élevons nos cœurs.
Nous les élevons vers le Seigneur.
Rendons grâce au Seigneur notre Dieu.
Cela est juste et bon.
Oui, il est juste et bon de te rendre grâce, Dieu éternel et tout-puissant.
Tu as créé les cieux et la terre par ta Parole.
Tu as fait l’homme à ton image.
Et lorsque nous nous sommes éloignés de toi, tu ne nous as pas abandonnés.
Dans l’accomplissement des temps, tu as envoyé ton Fils, Jésus-Christ notre Seigneur.
Par sa mort il a porté notre péché.
Par sa résurrection tu l’as établi Seigneur et Christ.
Par ton Esprit tu rassembles ton Église parmi toutes les nations.
C’est pourquoi, avec l’Église universelle et les armées célestes, nous proclamons :
Saint, saint, saint est le Seigneur, Dieu de l’univers.
Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire.
Hosanna au plus haut des cieux.
Oui, Seigneur, nous faisons mémoire avec reconnaissance de ton Fils bien-aimé.
La nuit où il fut livré, le Seigneur Jésus prit du pain ; après avoir rendu grâces, il le rompit et le donna à ses disciples en disant :
« Prenez, mangez, ceci est mon corps donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. »
De même, après le repas, il prit la coupe et dit :
« Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ; faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boirez. »
Nous annonçons sa mort.
Nous proclamons sa résurrection.
Nous attendons son retour dans la gloire.
Père très bon, envoie ton Saint-Esprit sur nous et sur ces dons du pain et du vin, afin qu’en les recevant avec foi nous ayons véritablement communion au corps et au sang du Christ, pour être nourris dans l’espérance et fortifiés dans l’unité de l’Église.
Par lui, avec lui et en lui, à toi, Dieu Père tout-puissant, dans l’unité du Saint-Esprit, soient tout honneur et toute gloire, pour les siècles des siècles.
Amen.
Notre Père
Notre Père qui es aux cieux…
Fraction du pain
Le pain que nous rompons est la communion au corps du Christ.
La coupe de bénédiction pour laquelle nous rendons grâce est la communion au sang du Christ.
Prière de communion
Seigneur Jésus-Christ,
nous ne sommes pas dignes de nous approcher de ta table en nous appuyant sur notre propre justice, mais seulement sur ta grande miséricorde.
Nourris-nous par ton Esprit.
Fortifie notre foi.
Fais-nous demeurer en toi comme tu demeures en nous. Amen.
Paroles de distribution
Le corps du Christ donné pour vous.
Amen.
Le sang du Christ versé pour vous.
Amen.
Prière finale
Nous te rendons grâce, Dieu notre Père, pour cette communion au Christ ressuscité.
Fortifie-nous maintenant pour le service auquel tu nous appelles.
Envoie-nous dans le monde comme témoins fidèles de ton Royaume.
Fais-nous marcher dans l’espérance jusqu’au jour où nous participerons au festin éternel dans la création renouvelée.
Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
Exhortation
Frères et sœurs,
allez dans la paix du Christ.
Souvenez-vous que toute autorité appartient désormais au Seigneur ressuscité.
Marchez dans l’obéissance de la foi, servez votre prochain avec humilité et demeurez fermes dans l’espérance.
Bénédiction
Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ,
l’amour de Dieu le Père
et la communion du Saint-Esprit
soient avec vous tous. Amen.
Psaumes et cantiques
Pour ce dimanche de la Sainte Trinité centré sur Genèse 1, Actes 2 et Matthieu 28, le recueil propose plusieurs psaumes et cantiques particulièrement cohérents avec la théologie du jour. Le choix peut s’articuler autour de la création, de la royauté du Christ, de la mission universelle et de la gloire du Dieu trinitaire.
Pour l’invocation ou l’ouverture du culte, « Saint, Saint, Saint, le Seigneur tout-puissant » (ARC 863) de Reginald Heber (1826) est sans doute le plus approprié. Ce grand hymne trinitaire classique met immédiatement l’assemblée devant la majesté du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Le document le classe parmi les chants doctrinalement les plus solides du recueil.
Pour l’adoration, le Psaume 8 « Ton nom Seigneur est admirable » (ARC 8), paraphrasé par Clément Marot au XVIᵉ siècle, convient remarquablement au lien avec Genèse 1. Ce psaume célèbre la création, la gloire divine et la vocation donnée à l’homme dans le monde créé. Il entre directement en résonance avec la souveraineté universelle du Christ en Matthieu 28.
Le Psaume 24 « La terre au Seigneur appartient » (ARC 24), également issu du Psautier de Genève par Marot, serait aussi très pertinent après la lecture de l’Évangile ou avant la prédication. Son thème royal et cosmique rejoint l’affirmation du Christ : « Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre. »
Après la prédication ou lors de la consécration, « Consacre à ton service » (ARC 425) de Frances Ridley Havergal (XIXᵉ siècle) constitue un excellent choix. Le cantique développe une réponse ecclésiale et missionnaire à l’envoi du Christ. Il garde une tonalité sobre et doctrinale, centrée sur l’offrande de toute la vie au Seigneur.
Le Psaume 67 « Que Dieu nous bénisse » (ARC 67) de Clément Marot est particulièrement adapté soit après l’annonce du pardon, soit en bénédiction finale. Son thème missionnaire est très fort : la bénédiction de Dieu sur son peuple a pour but que « les nations se réjouissent ». Il correspond admirablement à Matthieu 28 et à la dimension universelle de la mission de l’Église.
Enfin, pour conclure le culte, « Grand Dieu, nous te bénissons » (ARC 243), hymne d’Ignaz Franz au XVIIIᵉ siècle, permet une sortie liturgique majestueuse et confessionnelle. Ce cantique possède une profondeur théologique classique très compatible avec une liturgie réformée centrée sur l’adoration du Dieu souverain.

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