Le Christ ressuscité envoie son Église – Matthieu 28.16–20

Dimanche de la Sainte Trinité – Année A : Envoyés au nom du Dieu trinitaire (Matthieu 28.16–20)

Pour lire l’i­mage
Le Christ res­sus­ci­té n’envoie pas seule­ment quelques croyants iso­lés. Il envoie son Église vers les nations. « Tout pou­voir m’a été don­né dans le ciel et sur la terre. » La sei­gneu­rie du Christ est uni­ver­selle et totale ! Elle ne concerne pas seule­ment des indi­vi­dus mais les peuples, les nations, toutes les nations.


La fête de la Sainte Tri­ni­té ouvre un temps par­ti­cu­lier dans l’année litur­gique. Après le che­min de Noël, du Carême, de Pâques, de l’Ascension et de la Pen­te­côte, l’Église ne célèbre plus d’abord un évé­ne­ment de l’histoire du salut, mais contemple Celui qui agit dans toute cette his­toire : le Dieu unique, Père, Fils et Saint-Esprit. La cou­leur litur­gique est le blanc, signe de joie, de lumière, de gloire et de plé­ni­tude.

Les textes de ce jour offrent une vaste fresque biblique qui conduit des com­men­ce­ments du monde jusqu’à la mis­sion uni­ver­selle de l’Église.

Dans Genèse 1.1–2.4a, la Sainte Écri­ture nous ramène au com­men­ce­ment abso­lu : Dieu crée les cieux et la terre par sa parole sou­ve­raine, tan­dis que l’Esprit de Dieu plane sur les eaux. La créa­tion n’est ni acci­dent, ni pro­duit du chaos, mais œuvre libre, bonne et ordon­née du Dieu vivant. Le monde est d’emblée pla­cé sous le signe de l’alliance créa­trice : l’univers reçoit son exis­tence de Dieu et demeure orien­té vers sa gloire.

Dans Actes 2.14a ; 22–36, Pierre pro­clame au jour de la Pen­te­côte que Jésus cru­ci­fié a été res­sus­ci­té et éle­vé à la droite du Père. Celui que les hommes ont reje­té, Dieu l’a éta­bli Sei­gneur et Christ. Le salut annon­cé aux nations n’est pas une idée reli­gieuse nou­velle mais l’accomplissement des pro­messes anciennes.

Enfin, Mat­thieu 28.16–20 fait entendre les der­nières paroles du Christ res­sus­ci­té. Toute auto­ri­té lui est don­née au ciel et sur la terre. L’Église est envoyée pour faire des dis­ciples de toutes les nations, les bap­ti­sant « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » et les ensei­gnant à gar­der tout ce que le Sei­gneur a com­man­dé. La mis­sion chré­tienne naît de la sei­gneu­rie du Christ et demeure por­tée par sa pro­messe : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

Ces trois textes forment une uni­té remar­quable dans le cadre de la théo­lo­gie de l’alliance. Le Père crée, le Fils rachète, l’Esprit applique et accom­plit. Le Dieu qui parle dans la créa­tion est le même qui appelle Abra­ham, délivre Israël, res­sus­cite son Fils et ras­semble aujourd’hui son peuple par­mi toutes les nations. La grande mis­sion n’est donc pas une rup­ture avec l’Ancien Tes­ta­ment mais l’élargissement uni­ver­sel de l’alliance de grâce.

En ce dimanche de la Sainte Tri­ni­té, l’Église est invi­tée à lever les yeux : der­rière la diver­si­té des œuvres divines se tient l’unité du Dieu vivant. Celui qui a créé le monde est aus­si celui qui sauve, envoie et accom­pagne son peuple jusqu’à l’achèvement de toutes choses.


Psaume du jour

Le Can­tique de Daniel 3.52–56 pro­longe admi­ra­ble­ment les textes de ce dimanche de la Sainte Tri­ni­té. Comme Genèse 1, il célèbre le Dieu créa­teur et sou­ve­rain qui règne sur toute la créa­tion ; comme Mat­thieu 28, il pro­clame sa gloire sur le ciel et la terre ; comme Actes 2, il invite toute la créa­tion à recon­naître le Sei­gneur exal­té.

Dans la tra­di­tion litur­gique réfor­mée, ce can­tique s’inscrit dans la grande ligne des chants de louange cos­mique proches de cer­tains psaumes du Psau­tier de Genève, notam­ment les Psaumes 8, 19, 33, 96 ou 148, où toute la créa­tion est appe­lée à bénir Dieu.

Son refrain répé­ti­tif – « À toi, louange et gloire éter­nel­le­ment » – en fait un excellent chant d’adoration en ouver­ture du culte, par­ti­cu­liè­re­ment pour une fête tri­ni­taire ou une célé­bra­tion cen­trée sur la majes­té divine. Il peut éga­le­ment être uti­li­sé après la pré­di­ca­tion comme réponse de l’assemblée à la révé­la­tion de la gloire du Dieu créa­teur, rédemp­teur et roi des nations.


Cette page ras­semble les textes bibliques du jour, une médi­ta­tion, une pré­di­ca­tion et des élé­ments litur­giques pour le culte. Elle a pour objec­tif d’aider à la pré­pa­ra­tion et à la célé­bra­tion du culte, mais aus­si à la lec­ture per­son­nelle et com­mu­nau­taire de l’Écriture. L’ensemble du conte­nu est libre de droit et peut être uti­li­sé, adap­té et dif­fu­sé dans un cadre ecclé­sial, pas­to­ral ou péda­go­gique. Vous pou­vez citer l’auteur ou non, selon votre usage et votre contexte.

L’architecture de cette page per­met trois niveaux de lec­ture :

  • Lec­teur pres­sé → médi­ta­tion + pré­di­ca­tion → nour­ri
  • Lec­teur enga­gé → ajoute l’exégèse → enra­ci­né
  • Lec­teur for­mé / res­pon­sable → va jusqu’à l’apologétique → équi­pé


Courte méditation

La médi­ta­tion pro­po­sée sur le blog foedus.fr est volon­tai­re­ment courte. Elle s’appuie sur le texte de l’Évangile du jour (sauf indi­ca­tion contraire) et cherche à en faire res­sor­tir une parole cen­trale, acces­sible et direc­te­ment appli­cable à la vie quo­ti­dienne. Elle est accom­pa­gnée d’une prière simple, en écho au mes­sage biblique.

Cette médi­ta­tion peut être reprise telle quelle ou adap­tée libre­ment. Elle se prête par­ti­cu­liè­re­ment bien à un usage per­son­nel, pas­to­ral ou à un par­tage sur les réseaux sociaux (Face­book, X, etc.), sous forme de copier-col­ler.

Ce texte est libre de droit. Vous pou­vez citer l’auteur ou non, selon votre usage et votre contexte.


La mis­sion confiée par le Christ en Mat­thieu 28.19 pos­sède une ampleur sou­vent réduite dans la pen­sée contem­po­raine. Jésus ne dit pas seule­ment : « faites des dis­ciples par­mi les indi­vi­dus », mais : « faites de toutes les nations des dis­ciples ». Le terme grec eth­nê désigne les peuples, les nations, les réa­li­tés col­lec­tives de l’histoire humaine. La mis­sion chré­tienne ne concerne donc pas uni­que­ment la conver­sion inté­rieure de quelques per­sonnes iso­lées ; elle touche aus­si les cultures, les ins­ti­tu­tions, les manières de pen­ser, de juger et de vivre ensemble.

Cette dimen­sion a par­fois été oubliée, soit dans un chris­tia­nisme deve­nu pure­ment indi­vi­dua­liste, soit dans une spi­ri­tua­li­té réduite à la sphère pri­vée. Pour­tant la Sainte Écri­ture pré­sente constam­ment Dieu comme Sei­gneur des peuples et non seule­ment des consciences indi­vi­duelles. Déjà la pro­messe faite à Abra­ham annon­çait : « Toutes les familles de la terre seront bénies en toi » (Genèse 12.3).

Saint Augus­tin rap­pe­lait cette por­tée uni­ver­selle du règne du Christ : « Ce n’est pas seule­ment sur quelques hommes, mais sur toutes les nations que le Christ a com­men­cé de régner. » (Enar­ra­tiones in Psal­mos, Ps 2). Le Royaume de Dieu n’est pas enfer­mé dans l’intimité reli­gieuse ; il avance dans l’histoire.

Jean Cal­vin écrit lui aus­si, à pro­pos de Mat­thieu 28 : « Le Christ envoie les apôtres non point à un peuple seule­ment, mais par toute la terre, afin que le monde entier soit réduit à l’obéissance de la foi. » (Com­men­taire sur l’Évangile selon Mat­thieu, sur Mat­thieu 28.19).

Il faut être atten­tif ici au voca­bu­laire. Jésus ne dit pas seule­ment qu’il faut faire des dis­ciples « dans » les nations, comme si les peuples demeu­raient fon­da­men­ta­le­ment inchan­gés. Il parle de faire « des nations » des dis­ciples. Cela ne signi­fie ni domi­na­tion poli­tique for­cée ni confu­sion entre Royaume de Dieu et puis­sance ter­restre. L’histoire montre assez les catas­trophes pro­duites lorsque l’Église oublie la nature spi­ri­tuelle de son règne. Mais cela signi­fie que l’Évangile pos­sède une por­tée publique, cultu­relle et civi­li­sa­tion­nelle.

Abra­ham Kuy­per a for­te­ment déve­lop­pé cette vision. Pour lui, la sou­ve­rai­ne­té du Christ concerne l’ensemble de la créa­tion. Sa célèbre for­mule demeure éclai­rante : « Il n’existe pas un seul cen­ti­mètre car­ré dans tout le domaine de notre exis­tence humaine dont le Christ, sou­ve­rain de tout, ne dise : “Cela m’appartient.” » (Dis­cours d’inauguration à l’Université Libre d’Amsterdam, 1880).

Ain­si, la mis­sion de l’Église ne consiste pas seule­ment à pré­pa­rer des âmes pour le ciel. Elle annonce la sei­gneu­rie du Christ sur toute la vie humaine : famille, tra­vail, jus­tice, culture, édu­ca­tion, pen­sée, éco­no­mie et vie publique. L’Évangile trans­forme des per­sonnes, mais aus­si pro­gres­si­ve­ment des peuples entiers appe­lés à vivre sous la lumière du Roi res­sus­ci­té.

Vincent Bru, 28/05/2026


Prédication

Les pré­di­ca­tions pro­po­sées sur le blog suivent en prin­cipe une struc­ture simple et éprou­vée : une intro­duc­tion, trois points déve­lop­pés, puis une conclu­sion. Cette pro­gres­sion vise à aider l’écoute, la com­pré­hen­sion et l’appropriation du mes­sage biblique, sans alour­dir le pro­pos ni perdre de vue l’essentiel.

Cette struc­ture n’est ni obli­ga­toire ni rigide. Elle consti­tue un cadre au ser­vice de la Parole, non une contrainte for­melle. Vous pou­vez reprendre cette pré­di­ca­tion telle quelle, l’adapter à votre contexte, ou sim­ple­ment vous en ins­pi­rer pour éla­bo­rer votre propre pro­cla­ma­tion.

La pré­di­ca­tion est pro­po­sée selon deux modèles com­plé­men­taires :

Un cane­vas de pré­di­ca­tion, des­ti­né à ceux qui sou­haitent s’inspirer de la struc­ture en la per­son­na­li­sant lar­ge­ment ;

Une pré­di­ca­tion orale exé­gé­tique, d’environ vingt minutes, direc­te­ment pro­cla­mable, pour ceux qui sou­haitent la lire ou l’adapter légè­re­ment.

Ce texte est libre de droit et peut être uti­li­sé, repro­duit ou adap­té pour un usage pas­to­ral, litur­gique ou péda­go­gique. Vous pou­vez citer l’auteur ou non, selon votre usage et votre contexte.

A lire avant tout : Méthode homi­lé­tique et pré­di­ca­tion réfor­mée – Fiches pour pas­teurs et pré­di­ca­teurs laïques


Prédication – canevas

Mat­thieu 28.16–20 – « Toute auto­ri­té m’a été don­née »

Intro­duc­tion

Il existe des paroles de départ qui résument toute une vie. Cer­taines der­nières paroles ras­surent, d’autres trans­mettent une mis­sion, d’autres encore ouvrent un ave­nir.

Les der­nières paroles du Christ selon Mat­thieu ne sont ni un adieu nos­tal­gique ni un simple pro­gramme d’action. Elles sont une pro­cla­ma­tion : le Cru­ci­fié est deve­nu le Roi mani­fes­té. Avant de par­ler de mis­sion, Jésus parle de son auto­ri­té. Avant de deman­der quelque chose aux dis­ciples, il leur révèle qui il est.

Les onze montent sur une mon­tagne de Gali­lée. Ils ont tra­ver­sé la peur, la fuite, l’échec. Cer­tains se pros­ternent ; cer­tains doutent encore. Et pour­tant c’est à eux que le Christ confie son œuvre.

Le texte répond à trois ques­tions :

Qui est Jésus désor­mais ?
Que fait l’Église dans le monde ?
Com­ment peut-elle tenir jusqu’à la fin ?

I. Le Christ res­sus­ci­té reçoit publi­que­ment toute auto­ri­té – l’alliance trouve son Roi

« Tout pou­voir m’a été don­né dans le ciel et sur la terre. »

Le texte com­mence par une décla­ra­tion, non par un ordre.

Le mot « pou­voir » signi­fie ici auto­ri­té sou­ve­raine. Jésus reprend le lan­gage du Fils de l’homme annon­cé dans Daniel 7. Le Res­sus­ci­té est intro­ni­sé comme Roi uni­ver­sel.

Cette auto­ri­té n’est pas une nou­veau­té abso­lue dans son être divin. Mais celui qui s’est humi­lié jusqu’à la croix est désor­mais publi­que­ment mani­fes­té comme Sei­gneur.

L’alliance atteint ici un tour­nant.

En Genèse, Dieu donne à l’homme une voca­tion royale sur la créa­tion.
Par le péché, cette voca­tion est bles­sée.
Dans le Christ, le véri­table Homme appa­raît.

Le pre­mier Adam reçoit un jar­din.
Le der­nier Adam reçoit les nations.

L’Église ne vit donc pas dans un monde aban­don­né aux puis­sances. Le Christ règne déjà.

Illus­tra­tion

Un roi peut être légi­time sans être recon­nu par­tout immé­dia­te­ment. Son règne n’attend pas l’adhésion de tous pour exis­ter.

Le Christ n’attend pas que le monde vote pour lui.

Appli­ca­tion

Dans une époque qui pré­sente sou­vent l’histoire comme livrée au hasard, au mar­ché, à la tech­nique ou aux rap­ports de force, le chré­tien confesse : le monde appar­tient au Christ.

Cela ne sup­prime ni le mal ni l’épreuve, mais cela retire au chaos son der­nier mot.

II. L’Église reçoit une mis­sion – l’alliance s’ouvre aux nations

« Faites de toutes les nations des dis­ciples. »

Le verbe cen­tral n’est pas « allez ».

Le cœur du texte est : faire des dis­ciples.

Com­ment ?

Par le bap­tême.
Par l’enseignement.

Le Christ ne demande pas de pro­duire une émo­tion reli­gieuse pas­sa­gère.

Il appelle à for­mer un peuple.

Ce com­man­de­ment accom­plit les pro­messes anciennes :

« Toutes les familles de la terre seront bénies en toi » (Genèse 12.3).

La mis­sion n’est pas une inven­tion tar­dive de l’Église.

Elle est l’extension uni­ver­selle de l’alliance de grâce.

Le bap­tême marque l’entrée visible dans le peuple de Dieu.

L’enseignement per­met de vivre selon le Royaume.

Illus­tra­tion

Un maître ne trans­met pas seule­ment des infor­ma­tions ; il forme une manière d’habiter le monde.

Le dis­ciple chré­tien apprend à voir, juger, aimer et agir sous le regard du Christ.

Appli­ca­tion

Une com­mu­nau­té chré­tienne ne se mesure pas seule­ment à son acti­vi­té mais à sa capa­ci­té à for­mer des dis­ciples.

Une ques­tion peut être utile :

Sommes-nous en train de pro­duire des par­ti­ci­pants… ou des dis­ciples ?

III. Le Christ accom­pagne son peuple – l’alliance demeure jusqu’à la fin

« Et voi­ci, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. »

Le der­nier mot n’est pas l’ordre.

Le der­nier mot est la pré­sence.

L’Évangile selon Mat­thieu avait com­men­cé par :

« On lui don­ne­ra le nom d’Emmanuel – Dieu avec nous. »

Il s’achève par :

« Je suis avec vous. »

Le Christ ne donne pas une mis­sion puis s’éloigne.

Il demeure.

Par son Esprit.

Par sa Parole.

Par les moyens de grâce.

Par son Église.

Cette pré­sence n’est pas sen­ti­men­tale.

Elle est alliance.

Comme Dieu mar­chait avec son peuple dans l’Ancien Tes­ta­ment, le Christ accom­pagne désor­mais son Église jusqu’à l’achèvement de l’âge pré­sent.

Illus­tra­tion

Un enfant tra­verse plus faci­le­ment une nuit dif­fi­cile lorsqu’il sait que quelqu’un veille.

Le chré­tien ne reçoit pas la pro­messe d’une route facile mais d’une pré­sence fidèle.

Appli­ca­tion

Nous pou­vons connaître le doute – les dis­ciples eux-mêmes ont dou­té.

Nous pou­vons connaître la fatigue.

Nous pou­vons connaître les muta­tions, les départs, les chan­ge­ments.

Mais le fon­de­ment ne change pas :

le Christ est pré­sent.

Conclu­sion

Le texte ne nous laisse pas avec une stra­té­gie mis­sion­naire.

Il nous laisse devant une per­sonne.

Le Roi res­sus­ci­té.

Toute auto­ri­té lui appar­tient.

Toutes les nations lui sont ouvertes.

Tous les jours sont sous sa pré­sence.

L’Église n’avance ni par nos­tal­gie du pas­sé ni par confiance en ses propres moyens.

Elle marche parce que le Christ règne.

Et parce qu’il a pro­mis :

« Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. »


Prédication exposition – forme orale (env. 20 mn)

Pré­di­ca­tion – Mat­thieu 28.16–20
« Je suis avec vous tous les jours »

Frères et sœurs,

nous vivons dans un monde satu­ré de dis­cours. On nous demande sans cesse de choi­sir une opi­nion, de rejoindre une cause, de défendre une iden­ti­té, de construire un pro­jet. Beau­coup de voix nous disent ce qu’il fau­drait faire pour sau­ver le monde, sau­ver la socié­té, sau­ver l’Église par­fois.

Le texte que nous venons d’entendre com­mence autre­ment.

Jésus ne com­mence pas par deman­der quelque chose.

Il com­mence par dire qui il est.

Et cela change tout.

Nous sommes au terme de l’Évangile selon Mat­thieu.

Les femmes ont trou­vé le tom­beau vide.

Le Res­sus­ci­té leur est appa­ru.

Les dis­ciples ont reçu une consigne : aller en Gali­lée.

Et c’est là que se déroule cette scène.

Une mon­tagne.

Des dis­ciples.

Le Christ res­sus­ci­té.

Et quelques paroles qui vont tra­ver­ser toute l’histoire de l’Église.

« Les onze dis­ciples allèrent en Gali­lée, sur la mon­tagne que Jésus leur avait dési­gnée. »

Les onze.

Le détail peut sem­bler secon­daire.

Il ne l’est pas.

Ils étaient douze.

Il en manque un.

Judas n’est plus là.

Ce simple nombre rap­pelle quelque chose de pro­fon­dé­ment conso­lant : l’Église com­mence sa mis­sion dans la fra­gi­li­té.

Ce ne sont pas des héros.

Ce sont des hommes qui ont fui.

Pierre a renié.

Tous ont été ébran­lés.

Et pour­tant Jésus les convoque.

Il ne recom­mence pas avec une autre équipe.

Il res­taure.

Peut-être cer­tains par­mi nous pensent : si j’étais plus fort, plus fidèle, plus constant, alors Dieu pour­rait se ser­vir de moi.

Mais regar­dons le texte.

Le Christ ne com­mence pas avec des gens par­faits.

Il com­mence avec ceux qu’il a rele­vés.

« Quand ils le virent, ils se pros­ter­nèrent devant lui. Mais quelques-uns eurent des doutes. »

Voi­là une phrase éton­nante.

Ils voient Jésus.

Ils adorent.

Et pour­tant cer­tains hésitent encore.

Mat­thieu ne cache rien.

La foi biblique n’est pas l’absence de toute lutte inté­rieure.

Le doute n’est pas pré­sen­té ici comme une rébel­lion contre Dieu.

Le mot employé évoque plu­tôt l’hésitation, le trouble devant quelque chose qui dépasse.

Ils voient le Res­sus­ci­té.

Ils essaient de com­prendre.

Ce détail devrait appor­ter de la paix à cer­tains.

Par­fois nous ima­gi­nons qu’un vrai croyant ne connaît jamais de trouble.

L’Écriture est plus réa­liste.

La ques­tion n’est pas : ai-je tou­jours une foi par­faite ?

La ques­tion est : vers qui se tourne ma fai­blesse ?

Les dis­ciples doutent.

Mais ils res­tent devant Jésus.

Et alors quelque chose de déci­sif arrive.

« Jésus, s’étant appro­ché… »

Encore une fois.

Ce n’est pas l’homme qui réduit la dis­tance.

C’est le Christ.

Comme dans toute l’histoire du salut.

Dieu cherche Adam.

Dieu appelle Abra­ham.

Dieu délivre Israël.

Dieu envoie son Fils.

Le Res­sus­ci­té s’approche.

Et il parle.

« Tout pou­voir m’a été don­né dans le ciel et sur la terre. »

C’est ici le cœur du texte.

Avant le com­man­de­ment : une décla­ra­tion.

Avant la mis­sion : le Roi.

Le mot tra­duit par pou­voir signi­fie auto­ri­té légi­time.

Jésus ne dit pas :

j’ai reçu beau­coup de pou­voir.

Il dit :

tout pou­voir.

Dans le ciel.

Sur la terre.

C’est une parole immense.

Elle répond à toute la ques­tion de l’histoire humaine.

Qui gou­verne ?

Le hasard ?

La tech­nique ?

Les mar­chés ?

Les idéo­lo­gies ?

Les empires ?

Le texte répond :

le Christ.

Cela ne signi­fie pas que le mal a dis­pa­ru.

Cela signi­fie qu’il n’est plus sou­ve­rain.

Cela ne signi­fie pas que tout est facile.

Cela signi­fie que rien n’échappe fina­le­ment au Sei­gneur.

Et cette auto­ri­té du Christ n’apparaît pas comme une domi­na­tion arbi­traire.

Quel est ce Roi ?

C’est celui qui a por­té la croix.

Celui qui a lavé les pieds.

Celui qui est res­sus­ci­té.

Le seul homme dans l’histoire qui ait reçu toute auto­ri­té après avoir don­né sa vie pour ses enne­mis.

Alors seule­ment vient le com­man­de­ment.

« Allez, faites de toutes les nations des dis­ciples… »

Nous enten­dons sou­vent :

allez.

Mais ce n’est pas le centre.

Le verbe prin­ci­pal est :

faites des dis­ciples.

Le Christ ne demande pas seule­ment de trans­mettre une infor­ma­tion.

Il veut for­mer un peuple.

Le dis­ciple est quelqu’un qui apprend à vivre sous le règne du Christ.

Com­ment cela se fait-il ?

Le texte donne deux moyens.

« Les bap­ti­sant… »

« Les ensei­gnant… »

Le bap­tême.

L’enseignement.

Entrer.

Gran­dir.

Rece­voir.

Apprendre.

Être accueilli.

Être trans­for­mé.

Remar­quons aus­si ceci.

Le Christ dit :

« de toutes les nations ».

Nous lisons cela par­fois comme si Jésus ouvrait bru­ta­le­ment une nou­velle page.

Mais ce n’est pas nou­veau.

Déjà Dieu disait à Abra­ham :

« Toutes les familles de la terre seront bénies en toi. »

Depuis le com­men­ce­ment, Dieu vou­lait ras­sem­bler un peuple.

La mis­sion n’est pas une rup­ture.

C’est l’expansion de l’alliance.

Le Christ n’abolit pas la pro­messe.

Il l’accomplit.

Et puis vient cette for­mule extra­or­di­naire :

« Les bap­ti­sant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. »

Un seul nom.

Trois per­sonnes.

Le chré­tien n’est pas bap­ti­sé dans une idée.

Ni dans une tra­di­tion.

Ni dans une com­mu­nau­té.

Il est intro­duit dans la com­mu­nion du Dieu vivant.

Le Père qui appelle.

Le Fils qui sauve.

L’Esprit qui sanc­ti­fie.

Nous avons par­fois ten­dance à vivre comme si Dieu était loin.

Comme si la foi consis­tait à main­te­nir arti­fi­ciel­le­ment une rela­tion.

Le bap­tême rap­pelle l’inverse.

C’est Dieu qui nous prend dans son alliance.

Puis Jésus ajoute :

« Ensei­gnez-leur à obser­ver tout ce que je vous ai pres­crit. »

Pas seule­ment apprendre.

Obser­ver.

Vivre.

L’Évangile ne forme pas des spé­cia­listes.

Il forme des dis­ciples.

Un chré­tien ne demande pas seule­ment :

qu’est-ce que je crois ?

Mais :

com­ment dois-je vivre puisque le Christ est Sei­gneur ?

Dans notre époque, on oppose sou­vent liber­té et véri­té.

Le texte dit autre chose.

La véri­table liber­té consiste à apprendre du vrai Roi.

Enfin arrive la der­nière phrase.

Et c’est peut-être la plus belle.

« Et voi­ci, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. »

L’Évangile com­mence avec Emma­nuel.

Dieu avec nous.

Il se ter­mine avec Emma­nuel.

Dieu avec nous.

Jésus ne dit pas :

je vous obser­ve­rai.

Il ne dit pas :

je pen­se­rai à vous.

Il dit :

je suis avec vous.

Dans vos joies.

Dans vos fatigues.

Dans les com­men­ce­ments.

Dans les muta­tions.

Dans les sépa­ra­tions.

Dans les deuils.

Dans les dimanches lumi­neux.

Dans les semaines ordi­naires.

Tous les jours.

Cette pré­sence ne sup­prime pas les épreuves.

Mais elle change leur sens.

Nous ne mar­chons jamais seuls.

Alors aujourd’hui, le Sei­gneur nous pose peut-être une ques­tion simple.

Crois-tu encore que le Christ règne ?

Crois-tu encore que son Église existe pour faire des dis­ciples ?

Crois-tu encore qu’il est pré­sent ?

Parce que tout le texte tient là.

Le Roi règne.

Le peuple est envoyé.

Le Sei­gneur demeure.

Et nous pou­vons avan­cer.

Non parce que nous sommes forts.

Mais parce qu’il a pro­mis :

« Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. »

Amen.


Exégèse

La par­tie exé­gé­tique pro­po­sée sur le blog foedus.fr vise à éclai­rer les textes bibliques du jour de manière rigou­reuse et acces­sible. Pour chaque texte, l’accent est por­té à la fois sur le contexte immé­diat et sur le contexte glo­bal de l’Écriture, afin d’en res­pec­ter la cohé­rence théo­lo­gique et l’inscription dans l’histoire du salut.

L’analyse s’attache par­ti­cu­liè­re­ment aux mots hébreux et grecs les plus signi­fi­ca­tifs, lorsque cela est néces­saire pour com­prendre le sens pré­cis du texte. Elle s’enrichit éga­le­ment de l’apport des Pères de l’Église, des Réfor­ma­teurs, ain­si que de la théo­lo­gie réfor­mée confes­sante contem­po­raine, afin de situer l’interprétation dans la conti­nui­té de la tra­di­tion chré­tienne.

Lorsque cela éclaire uti­le­ment le pas­sage étu­dié, des élé­ments d’archéologie biblique sont éga­le­ment inté­grés, pour repla­cer le texte dans son cadre his­to­rique et cultu­rel sans en faire un simple objet aca­dé­mique.

Cette approche cherche à ser­vir à la fois la com­pré­hen­sion du texte et la foi de l’Église, en met­tant l’exégèse au ser­vice de la pro­cla­ma­tion et de la vie chré­tienne.

La ver­sion de la Bible uti­li­sée ici est la Bible Louis Segond de 1910, qui est libre de droit. Mais je lui pré­fère la ver­sion de 1978 dite « A la Colombe ».


Genèse 1.1–2.4a

Brève intro­duc­tion pour situer le texte dans son contexte

Genèse 1.1–2.4a consti­tue le grand por­tail d’entrée de toute la Sainte Écri­ture. Avant Abra­ham, avant Israël, avant la loi, avant même l’apparition du péché, le texte pose les fon­de­ments de toute théo­lo­gie biblique : Dieu existe avant toute chose, le monde est créé et non éter­nel, l’homme reçoit une place par­ti­cu­lière dans l’ordre créé, et toute l’histoire du salut s’inscrira dans ce cadre pre­mier.

Ce pas­sage appar­tient au récit sacer­do­tal de la créa­tion selon la divi­sion clas­sique de la cri­tique biblique, mais dans la lec­ture cano­nique de l’Église il ouvre sur­tout le grand récit de l’alliance. Le Dieu qui crée­ra Israël est déjà le Dieu créa­teur du ciel et de la terre. Le salut ne cor­ri­ge­ra pas la créa­tion, il la res­tau­re­ra.

Texte biblique – Louis Segond 1910

« Au com­men­ce­ment, Dieu créa les cieux et la terre.

La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la sur­face de l’a­bîme, et l’Es­prit de Dieu se mou­vait au-des­sus des eaux.

Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut.

Dieu vit que la lumière était bonne ; et Dieu sépa­ra la lumière d’a­vec les ténèbres.

Dieu appe­la la lumière jour, et il appe­la les ténèbres nuit. Ain­si, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le pre­mier jour.

Dieu dit : Qu’il y ait une éten­due entre les eaux, et qu’elle sépare les eaux d’a­vec les eaux.

Et Dieu fit l’é­ten­due, et il sépa­ra les eaux qui sont au-des­sous de l’é­ten­due d’a­vec les eaux qui sont au-des­sus de l’é­ten­due. Et cela fut ain­si.

Dieu appe­la l’é­ten­due ciel. Ain­si, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le second jour.

Dieu dit : Que les eaux qui sont au-des­sous du ciel se ras­semblent en un seul lieu, et que le sec paraisse. Et cela fut ain­si.

Dieu appe­la le sec terre, et il appe­la l’a­mas des eaux mers. Dieu vit que cela était bon.

Puis Dieu dit : Que la terre pro­duise de la ver­dure, de l’herbe por­tant de la semence, des arbres frui­tiers don­nant du fruit selon leur espèce et ayant en eux leur semence sur la terre. Et cela fut ain­si.

La terre pro­dui­sit de la ver­dure, de l’herbe por­tant de la semence selon son espèce, et des arbres don­nant du fruit et ayant en eux leur semence selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon.

Ain­si, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le troi­sième jour.

Dieu dit : Qu’il y ait des lumi­naires dans l’é­ten­due du ciel, pour sépa­rer le jour d’a­vec la nuit ; que ce soient des signes pour mar­quer les époques, les jours et les années ;

et qu’ils servent de lumi­naires dans l’é­ten­due du ciel, pour éclai­rer la terre. Et cela fut ain­si.

Dieu fit les deux grands lumi­naires, le plus grand lumi­naire pour pré­si­der au jour, et le plus petit lumi­naire pour pré­si­der à la nuit ; il fit aus­si les étoiles.

Dieu les pla­ça dans l’é­ten­due du ciel, pour éclai­rer la terre,

pour pré­si­der au jour et à la nuit, et pour sépa­rer la lumière d’a­vec les ténèbres. Dieu vit que cela était bon.

Ain­si, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le qua­trième jour.

Dieu dit : Que les eaux pro­duisent en abon­dance des ani­maux vivants, et que des oiseaux volent sur la terre vers l’é­ten­due du ciel.

Dieu créa les grands pois­sons et tous les ani­maux vivants qui se meuvent, et que les eaux pro­dui­sirent en abon­dance selon leur espèce ; il créa aus­si tout oiseau ailé selon son espèce. Dieu vit que cela était bon.

Dieu les bénit, en disant : Soyez féconds, mul­ti­pliez, et rem­plis­sez les eaux des mers ; et que les oiseaux mul­ti­plient sur la terre.

Ain­si, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le cin­quième jour.

Dieu dit : Que la terre pro­duise des ani­maux vivants selon leur espèce, du bétail, des rep­tiles et des ani­maux ter­restres, selon leur espèce. Et cela fut ain­si.

Dieu fit les ani­maux de la terre selon leur espèce, le bétail selon son espèce, et tous les rep­tiles de la terre selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon.

Puis Dieu dit : Fai­sons l’homme à notre image, selon notre res­sem­blance, et qu’il domine sur les pois­sons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les rep­tiles qui rampent sur la terre.

Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’i­mage de Dieu, il créa l’homme et la femme.

Dieu les bénit, et Dieu leur dit : Soyez féconds, mul­ti­pliez, rem­plis­sez la terre, et l’as­su­jet­tis­sez ; et domi­nez sur les pois­sons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout ani­mal qui se meut sur la terre.

Et Dieu dit : Voi­ci, je vous donne toute herbe por­tant de la semence et qui est à la sur­face de toute la terre, et tout arbre ayant en lui du fruit d’arbre et por­tant de la semence : ce sera votre nour­ri­ture.

Et à tout ani­mal de la terre, à tout oiseau du ciel, et à tout ce qui se meut sur la terre, ayant en soi un souffle de vie, je donne toute herbe verte pour nour­ri­ture. Et cela fut ain­si.

Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voi­ci, cela était très bon. Ain­si, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le sixième jour.

Ain­si furent ache­vés les cieux et la terre, et toute leur armée.

Dieu ache­va au sep­tième jour son œuvre, qu’il avait faite : et il se repo­sa au sep­tième jour de toute son œuvre, qu’il avait faite.

Dieu bénit le sep­tième jour, et il le sanc­ti­fia, parce qu’en ce jour il se repo­sa de toute son œuvre qu’il avait créée en la fai­sant.

Voi­ci les ori­gines des cieux et de la terre, quand ils furent créés. »

Exé­gèse détaillée à par­tir de l’hébreu

Le pre­mier mot de l’Écriture – bere­shit (בְּרֵאשִׁית) – signi­fie « au com­men­ce­ment ». Le texte n’ouvre pas sur une preuve de Dieu mais sur son affir­ma­tion sou­ve­raine. Dieu n’entre pas dans le récit : il le pré­cède.

« Dieu créa » tra­duit bara’ (ברא). Ce verbe est employé dans l’Ancien Tes­ta­ment avec Dieu comme sujet. Il sou­ligne une acti­vi­té créa­trice pro­pre­ment divine. Le texte ne décrit pas le méca­nisme phy­sique de la créa­tion mais affirme son ori­gine théo­lo­gique.

« Les cieux et la terre » est une expres­sion méris­tique : elle désigne la tota­li­té du réel.

Le ver­set 2 décrit la condi­tion ini­tiale : tohu va-bohu (תֹהוּ וָבֹהוּ), sou­vent ren­du « informe et vide ». Il ne s’agit pas néces­sai­re­ment d’un chaos hos­tile mais d’un monde encore non ordon­né.

L’expression « l’Esprit de Dieu se mou­vait » tra­duit ruach Elo­him mera­che­fet. Ruach peut signi­fier esprit, souffle ou vent. Le verbe rachaph évoque un mou­ve­ment pro­tec­teur, comme un oiseau au-des­sus de son nid (cf. Deu­té­ro­nome 32.11).

Le refrain « Dieu dit » revient comme prin­cipe orga­ni­sa­teur. La parole divine pro­duit ce qu’elle énonce. Plus tard, le Pro­logue de Jean reli­ra cette créa­tion à tra­vers le Verbe incar­né.

Le sixième jour consti­tue le som­met du récit.

« Fai­sons l’homme » a sus­ci­té plu­sieurs lec­tures :
– plu­riel de majes­té ;
– adresse au conseil céleste ;
– lec­ture chré­tienne clas­sique voyant ici une ouver­ture vers la plu­ra­li­té per­son­nelle en Dieu.

« Image » (tse­lem) et « res­sem­blance » (demuth) ne signi­fient pas divi­ni­sa­tion de l’homme mais repré­sen­ta­tion royale : l’homme reçoit une fonc­tion de vice-régence sur la créa­tion.

Le sep­tième jour intro­duit un élé­ment inat­ten­du : Dieu cesse son œuvre. Ce repos (shab­bat) n’exprime pas une fatigue mais une sou­ve­rai­ne­té pai­sible. Le monde est ache­vé.

Expli­ca­tion des mots les plus impor­tants

Bere­shit – com­men­ce­ment ordon­né.

Bara’ – créer comme acte divin.

Ruach – souffle vivant de Dieu.

Tse­lem – image repré­sen­ta­tive.

Demuth – res­sem­blance fonc­tion­nelle.

Shab­bat – ces­sa­tion consa­crée.

Cita­tions des Pères de l’Église

Augus­tin d’Hippone écrit :

« Vous avez créé le ciel et la terre non de vous-même mais de rien ; car hors de vous il n’y avait rien dont vous pus­siez les faire. »
Confes­sions, XII, 7.

Basile de Césa­rée :

« Le monde n’a pas été pro­duit par hasard mais conduit vers une fin utile et vers une grande éco­no­mie. »
Homé­lies sur l’Hexaéméron, I.

Cita­tions des Réfor­ma­teurs

Jean Cal­vin écrit :

« Moïse ne dis­pute point sub­ti­le­ment de l’essence de Dieu, mais il nous montre celui que nous devons ado­rer comme auteur du monde. »
Com­men­taire sur la Genèse, Genèse 1.1.

Encore :

« L’homme fut créé afin qu’en contem­plant l’ordre du monde il recon­nût son Créa­teur. »
Ins­ti­tu­tion de la reli­gion chré­tienne, I.14.

Théo­lo­giens réfor­més contem­po­rains

Her­man Bavinck écrit :

« La créa­tion est le pre­mier acte de révé­la­tion exté­rieure de Dieu et le fon­de­ment de toute his­toire du salut. »
Refor­med Dog­ma­tics, vol. II.

Cor­ne­lius Van Til :

« Il n’existe aucun fait brut ; tous les faits sont déjà inter­pré­tés par le Dieu créa­teur. »
The Defense of the Faith.

Apports de l’archéologie biblique

Le rap­pro­che­ment avec les récits méso­po­ta­miens, notam­ment l’Enuma Elish, montre un contraste frap­pant. Là où les mythes envi­ron­nants décrivent des com­bats entre divi­ni­tés, Genèse pré­sente un Dieu unique qui crée sans rival ni vio­lence cos­mique. Le soleil et la lune eux-mêmes ne sont pas nom­més comme divi­ni­tés mais sim­ple­ment comme lumi­naires.

Impli­ca­tions pour la théo­lo­gie de l’alliance

La créa­tion est déjà alliance en germe.

Dieu crée par parole.
L’homme reçoit voca­tion et res­pon­sa­bi­li­té.
Le repos du sep­tième jour annonce la com­mu­nion future.

La théo­lo­gie réfor­mée a sou­vent par­lé d’« alliance des œuvres » ou d’« alliance de créa­tion » pour décrire cette rela­tion ori­gi­nelle entre Dieu et l’homme.

Ain­si, dès les pre­mières lignes de l’Écriture, appa­raît le mou­ve­ment entier de l’histoire biblique : créa­tion, voca­tion, pré­sence divine, repos pro­mis.


Actes 2.14a ; 22–36

Brève intro­duc­tion pour situer le texte dans son contexte

Actes 2 se situe au jour de la Pen­te­côte, après la mort, la résur­rec­tion et l’ascension du Christ. Les dis­ciples sont réunis à Jéru­sa­lem lorsque l’Esprit Saint est répan­du sur eux. Pierre se lève alors avec les onze apôtres et inter­prète l’événement. La Pen­te­côte n’est pas une exal­ta­tion émo­tion­nelle indis­tincte : elle est l’accomplissement des pro­messes pro­phé­tiques et l’attestation publique que Jésus cru­ci­fié est désor­mais pro­cla­mé Sei­gneur et Christ.

Le pas­sage deman­dé com­mence par l’entrée en parole de Pierre, puis concentre son argu­men­ta­tion chris­to­lo­gique : Jésus de Naza­reth, livré selon le des­sein de Dieu, cru­ci­fié par les hommes, res­sus­ci­té par Dieu, exal­té à sa droite, a répan­du l’Esprit pro­mis. Le dis­cours culmine dans Actes 2.36 : « Que toute la mai­son d’Israël sache donc avec cer­ti­tude que Dieu a fait Sei­gneur et Christ ce Jésus que vous avez cru­ci­fié. » Le texte biblique LSG 1910 est consul­table dans son contexte com­plet.

Texte biblique – Louis Segond 1910

« Alors Pierre, se pré­sen­tant avec les onze, éle­va la voix, et leur par­la en ces termes : »

« Hommes Israé­lites, écou­tez ces paroles ! Jésus de Naza­reth, cet homme à qui Dieu a ren­du témoi­gnage devant vous par les miracles, les pro­diges et les signes qu’il a opé­rés par lui au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes ;

cet homme, livré selon le des­sein arrê­té et selon la pres­cience de Dieu, vous l’avez cru­ci­fié, vous l’avez fait mou­rir par la main des impies.

Dieu l’a res­sus­ci­té, en le déli­vrant des liens de la mort, parce qu’il n’était pas pos­sible qu’il fût rete­nu par elle.

Car David dit de lui : Je voyais constam­ment le Sei­gneur devant moi, Parce qu’il est à ma droite, afin que je ne sois point ébran­lé.

Aus­si mon cœur est dans la joie, et ma langue dans l’allégresse ; Et même ma chair repo­se­ra avec espé­rance,

Car tu n’abandonneras pas mon âme dans le séjour des morts, Et tu ne per­met­tras pas que ton Saint voie la cor­rup­tion.

Tu m’as fait connaître les sen­tiers de la vie, Tu me rem­pli­ras de joie par ta pré­sence.

Hommes frères, qu’il me soit per­mis de vous dire libre­ment, au sujet du patriarche David, qu’il est mort, qu’il a été ense­ve­li, et que son sépulcre existe encore aujourd’hui par­mi nous.

Comme il était pro­phète, et qu’il savait que Dieu lui avait pro­mis avec ser­ment de faire asseoir un de ses des­cen­dants sur son trône,

c’est la résur­rec­tion du Christ qu’il a pré­vue et annon­cée, en disant qu’il ne serait pas aban­don­né dans le séjour des morts et que sa chair ne ver­rait pas la cor­rup­tion.

C’est ce Jésus que Dieu a res­sus­ci­té ; nous en sommes tous témoins.

Éle­vé par la droite de Dieu, il a reçu du Père le Saint Esprit qui avait été pro­mis, et il l’a répan­du, comme vous le voyez et l’entendez.

Car David n’est point mon­té au ciel, mais il dit lui-même : Le Sei­gneur a dit à mon Sei­gneur : Assieds-toi à ma droite,

Jusqu’à ce que je fasse de tes enne­mis ton mar­che­pied.

Que toute la mai­son d’Israël sache donc avec cer­ti­tude que Dieu a fait Sei­gneur et Christ ce Jésus que vous avez cru­ci­fié. »

Exé­gèse détaillée à par­tir du grec

Le texte s’ouvre sur Pierre « se pré­sen­tant avec les onze ». Le verbe grec employé en Actes 2.14, sta­theis, évoque le fait de se tenir debout. Pierre ne parle pas comme indi­vi­du iso­lé mais comme témoin apos­to­lique, soli­daire des onze. Il « éle­va la voix », expres­sion qui marque une pro­cla­ma­tion publique, intel­li­gible, adres­sée à Israël.

« Hommes Israé­lites, écou­tez ces paroles » : Pierre ne com­mence pas par une spé­cu­la­tion sur l’Esprit, mais par le Christ. La Pen­te­côte est inter­pré­tée chris­to­lo­gi­que­ment. L’Esprit n’est pas déta­ché du Fils : il est répan­du par le Christ exal­té.

« Jésus de Naza­reth » désigne l’homme his­to­ri­que­ment iden­ti­fiable. Le chris­tia­nisme apos­to­lique ne com­mence pas dans le mythe mais dans l’histoire. Pierre parle de « miracles, pro­diges et signes » : en grec, dyna­meis, tera­ta, semeia. Les miracles ne sont pas de simples mani­fes­ta­tions de puis­sance ; ils sont des signes qui attestent que Dieu agit en Jésus.

Le ver­set 23 est théo­lo­gi­que­ment déci­sif : Jésus est « livré selon le des­sein arrê­té et selon la pres­cience de Dieu ». Le mot bou­lê désigne le des­sein, le conseil, la volon­té déter­mi­née. Pro­gnô­sis signi­fie pres­cience, mais non au sens d’une simple infor­ma­tion anti­ci­pée : dans le lan­gage biblique, la connais­sance divine implique sou­vent une volon­té sou­ve­raine. Le texte tient ensemble deux affir­ma­tions que la pen­sée humaine oppose trop vite : la sou­ve­rai­ne­té de Dieu et la res­pon­sa­bi­li­té humaine. Jésus est livré selon le des­sein de Dieu, et pour­tant ceux qui l’ont cru­ci­fié sont cou­pables.

« Vous l’avez cru­ci­fié » : Pierre ne dilue pas la res­pon­sa­bi­li­té morale. La pré­di­ca­tion apos­to­lique ne com­mence pas par flat­ter l’auditeur mais par nom­mer le péché. Cepen­dant ce péché est aus­si­tôt pla­cé sous la sou­ve­rai­ne­té rédemp­trice de Dieu.

« Dieu l’a res­sus­ci­té » : le sujet gram­ma­ti­cal est Dieu. La résur­rec­tion n’est pas pré­sen­tée comme une sur­vie spi­ri­tuelle mais comme l’acte par lequel Dieu délivre Jésus des « liens de la mort ». L’expression sug­gère une impos­si­bi­li­té théo­lo­gique : « il n’était pas pos­sible qu’il fût rete­nu par elle ». La mort ne pou­vait gar­der le Saint de Dieu, non parce que la mort serait faible en elle-même, mais parce que le des­sein de Dieu et la digni­té du Christ l’excluaient.

Pierre cite ensuite le Psaume 16. Le rai­son­ne­ment est typo­lo­gique et pro­phé­tique. David a par­lé au-delà de lui-même. Puisqu’il est mort et que son sépulcre est connu, le psaume ne peut trou­ver son accom­plis­se­ment ultime en lui. Il annonce « la résur­rec­tion du Christ ». Le tom­beau de David devient ain­si un argu­ment : le roi ancien atten­dait l’accomplissement dans le Mes­sie.

Le ver­set 30 évoque expli­ci­te­ment la pro­messe faite à David. Pierre relit donc la résur­rec­tion dans le cadre de l’alliance davi­dique. Dieu avait pro­mis un des­cen­dant royal ; cette pro­messe s’accomplit non dans une simple conti­nui­té dynas­tique ter­restre, mais dans la résur­rec­tion et l’exaltation du Christ.

« Nous en sommes tous témoins » : le témoi­gnage apos­to­lique est fon­dé sur un fait attes­té, non sur une impres­sion reli­gieuse pri­vée.

Le ver­set 33 intro­duit une for­mu­la­tion tri­ni­taire dense : le Fils exal­té reçoit du Père l’Esprit pro­mis et le répand. Le Père pro­met, le Fils reçoit et répand, l’Esprit est don­né à l’Église. La Pen­te­côte mani­feste donc l’économie tri­ni­taire du salut.

La cita­tion du Psaume 110 donne la clé royale : « Le Sei­gneur a dit à mon Sei­gneur : Assieds-toi à ma droite. » Pierre ne dit pas seule­ment que Jésus est vivant ; il dit qu’il règne. L’expression « à ma droite » signi­fie par­ti­ci­pa­tion à l’autorité royale divine.

Enfin, Actes 2.36 conclut : « Dieu a fait Sei­gneur et Christ ce Jésus que vous avez cru­ci­fié. » Il ne faut pas com­prendre que Jésus serait deve­nu divin à la Pen­te­côte ou à la résur­rec­tion. Dans la lec­ture chré­tienne clas­sique, l’exaltation mani­feste publi­que­ment, dans son huma­ni­té mes­sia­nique, la sei­gneu­rie de celui qui est le Fils. « Sei­gneur » ren­voie à l’autorité sou­ve­raine ; « Christ » signi­fie Mes­sie, l’Oint pro­mis.

Expli­ca­tion des mots les plus impor­tants

Iêsous ho Nazô­raios : Jésus le Naza­réen, l’homme his­to­ri­que­ment situé.

Dyna­meis : actes de puis­sance, miracles attes­tant l’action divine.

Tera­ta : pro­diges, évé­ne­ments qui frappent et appellent l’attention.

Semeia : signes, actes mira­cu­leux orien­tés vers une signi­fi­ca­tion théo­lo­gique.

Bou­lê : des­sein, conseil arrê­té de Dieu.

Pro­gnô­sis : pres­cience divine, connais­sance ordon­na­trice de Dieu.

Anas­ta­sis : résur­rec­tion, relè­ve­ment réel d’entre les morts.

Kyrios : Sei­gneur, titre d’autorité sou­ve­raine.

Chris­tos : Christ, Mes­sie, Oint pro­mis dans les Écri­tures.

Cita­tions des Pères de l’Église

Chez les Pères, ce pas­sage est constam­ment lu comme pro­cla­ma­tion apos­to­lique de la résur­rec­tion et de l’exaltation du Christ. Augus­tin d’Hippone, dans son com­men­taire du Psaume 110, insiste sur le fait que le Christ est Sei­gneur de David selon sa divi­ni­té et fils de David selon son huma­ni­té. L’idée cen­trale est la sui­vante : celui qui des­cend de David selon la chair est pour­tant le Sei­gneur de David selon sa majes­té divine. Réfé­rence géné­rale : Augus­tin d’Hippone, Enar­ra­tiones in Psal­mos, com­men­taire du Psaume 109/110.

Jean Chry­so­stome, dans ses homé­lies sur les Actes, remarque que Pierre ne com­mence pas par une défense abs­traite des dis­ciples mais conduit ses audi­teurs vers le fait cen­tral : Jésus, cru­ci­fié par eux, a été res­sus­ci­té par Dieu. Réfé­rence géné­rale : Jean Chry­so­stome, Homé­lies sur les Actes des Apôtres, Homé­lie VII sur Actes 2.

Je ne donne pas ici de cita­tion fran­çaise entre guille­mets pour Chry­so­stome ou Augus­tin, faute de pou­voir garan­tir dans cette réponse une tra­duc­tion fran­çaise véri­fiée mot à mot et une pagi­na­tion stable.

Cita­tions des Réfor­ma­teurs

Jean Cal­vin lit ce dis­cours comme un modèle de pré­di­ca­tion apos­to­lique : Pierre annonce le Christ, démontre son accom­plis­se­ment par l’Écriture, accuse le péché, puis ouvre la voie de la repen­tance. Dans son com­men­taire sur Actes 2, Cal­vin sou­ligne que la cru­ci­fixion du Christ n’échappe pas à la pro­vi­dence divine, sans que cela excuse la faute humaine.

Réfé­rence géné­rale : Jean Cal­vin, Com­men­taire sur les Actes des Apôtres, com­men­taire d’Actes 2.23 et 2.36.

Le point impor­tant chez Cal­vin est le refus de choi­sir entre sou­ve­rai­ne­té divine et res­pon­sa­bi­li­té humaine. Actes 2.23 enseigne pré­ci­sé­ment les deux : le Christ est livré selon le des­sein de Dieu, et les hommes demeurent cou­pables de l’avoir mis à mort.

Cita­tions de théo­lo­giens réfor­més confes­sants contem­po­rains

Her­man Bavinck rat­tache la résur­rec­tion et l’exaltation du Christ à l’économie tri­ni­taire du salut : le Père glo­ri­fie le Fils, et le Fils exal­té répand l’Esprit sur son Église. Réfé­rence géné­rale : Her­man Bavinck, Refor­med Dog­ma­tics, vol. III, sec­tions sur l’état d’exaltation du Christ.

Gee­rhar­dus Vos insiste sur le fait que la résur­rec­tion marque l’entrée du Christ dans l’ordre escha­to­lo­gique : avec elle, les temps der­niers ne sont plus seule­ment atten­dus, ils sont inau­gu­rés. Réfé­rence géné­rale : Gee­rhar­dus Vos, The Pau­line Escha­to­lo­gy, cha­pitres sur la résur­rec­tion et l’âge à venir.

Apports de l’archéologie biblique

Le dis­cours de Pierre se déroule à Jéru­sa­lem, dans un contexte où la mémoire de David et l’attente mes­sia­nique sont for­te­ment liées à la ville. Le ver­set 29 men­tionne le tom­beau de David comme réa­li­té connue de l’auditoire : « son sépulcre existe encore aujourd’hui par­mi nous ». Le rai­son­ne­ment de Pierre sup­pose donc une topo­gra­phie reli­gieuse par­ta­gée. Le tom­beau du roi David fonc­tionne comme contraste : David est mort et ense­ve­li ; le Christ, lui, n’a pas été aban­don­né à la cor­rup­tion.

L’arrière-plan de la Pen­te­côte est éga­le­ment impor­tant. La fête juive de Shavouot/Pentecôte était liée aux pré­mices et, dans cer­taines tra­di­tions juives, au don de la loi. Luc pré­sente ici l’effusion de l’Esprit comme le signe que l’âge mes­sia­nique est inau­gu­ré. Il ne s’agit pas d’une abo­li­tion d’Israël mais de l’accomplissement des pro­messes faites à Israël.

Impli­ca­tions pour la théo­lo­gie de l’alliance

Actes 2.14a ; 22–36 est un texte majeur pour la théo­lo­gie de l’alliance. Pierre ne prêche pas une reli­gion nou­velle déta­chée de l’Ancien Tes­ta­ment. Il montre que Jésus accom­plit les pro­messes faites à David. L’alliance davi­dique trouve son accom­plis­se­ment dans le Christ res­sus­ci­té et exal­té.

La struc­ture du texte est pro­fon­dé­ment tri­ni­taire : le Père a livré et res­sus­ci­té le Fils selon son des­sein ; le Fils, exal­té à la droite de Dieu, reçoit et répand l’Esprit ; l’Esprit atteste publi­que­ment la sei­gneu­rie du Christ et consti­tue l’Église comme peuple mes­sia­nique.

La Pen­te­côte montre donc que l’alliance de grâce entre dans sa phase d’expansion uni­ver­selle. La pro­messe n’est plus enfer­mée dans les fron­tières visibles d’Israël selon la chair : elle va désor­mais vers toutes les nations, sans ces­ser d’être l’accomplissement des Écri­tures d’Israël.

Actes 2 enseigne aus­si que la pré­di­ca­tion chré­tienne authen­tique est insé­pa­rable de trois élé­ments : le fait his­to­rique de la résur­rec­tion, l’interprétation scrip­tu­raire de cet évé­ne­ment, et l’appel impli­cite à recon­naître le Cru­ci­fié comme Sei­gneur. La mis­sion de l’Église ne repose pas sur une idéo­lo­gie reli­gieuse, mais sur l’intronisation du Christ res­sus­ci­té.


Matthieu 28.16–20

Brève intro­duc­tion pour situer le texte dans son contexte

Mat­thieu 28.16–20 clôt l’Évangile selon Mat­thieu et consti­tue l’un des textes les plus denses de toute la Sainte Écri­ture. Nous sommes après la résur­rec­tion. Les femmes ont reçu l’annonce du tom­beau vide et les dis­ciples ont été envoyés en Gali­lée. Le Christ res­sus­ci­té y rejoint les onze.

Ce pas­sage est sou­vent appe­lé « la grande mis­sion ». Pour­tant, il est plus qu’un ordre mis­sion­naire : il est le cou­ron­ne­ment de tout l’Évangile. Celui qui avait été pré­sen­té dès le début comme « Emma­nuel – Dieu avec nous » (Mat­thieu 1.23) ter­mine en pro­met­tant : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mat­thieu 28.20).

Le texte relie la royau­té uni­ver­selle du Christ, la mis­sion de l’Église, le bap­tême tri­ni­taire et l’enseignement de l’obéissance. Il ne s’agit pas seule­ment de conver­tir mais de faire des dis­ciples.

Texte biblique – Louis Segond 1910

« Les onze dis­ciples allèrent en Gali­lée, sur la mon­tagne que Jésus leur avait dési­gnée.

Quand ils le virent, ils se pros­ter­nèrent devant lui. Mais quelques-uns eurent des doutes.

Jésus, s’étant appro­ché, leur par­la ain­si :

Tout pou­voir m’a été don­né dans le ciel et sur la terre.

Allez, faites de toutes les nations des dis­ciples, les bap­ti­sant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit,

et ensei­gnez-leur à obser­ver tout ce que je vous ai pres­crit.

Et voi­ci, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. »

Exé­gèse détaillée à par­tir du grec

Le texte com­mence avec « les onze dis­ciples ». Le nombre rap­pelle dis­crè­te­ment l’absence de Judas. L’Église mis­sion­naire naît dans la fra­gi­li­té et non dans la per­fec­tion.

Les dis­ciples vont « en Gali­lée ». Chez Mat­thieu, la Gali­lée n’est jamais un détail géo­gra­phique neutre. Elle est le lieu du com­men­ce­ment du minis­tère de Jésus, le ter­ri­toire mêlé des nations, le lieu où la lumière avait com­men­cé à briller (Mat­thieu 4.15–16). La mis­sion uni­ver­selle com­mence là.

Ils montent « sur la mon­tagne ». Mat­thieu accorde une forte valeur théo­lo­gique aux mon­tagnes :
– mon­tagne des ten­ta­tions ;
– mon­tagne du ser­mon ;
– mon­tagne de la trans­fi­gu­ra­tion ;
– mon­tagne finale de l’envoi.

La mon­tagne devient le lieu de révé­la­tion.

« Ils se pros­ter­nèrent devant lui. Mais quelques-uns eurent des doutes. »

Le verbe grec pros­ky­neô signi­fie se pros­ter­ner, rendre hom­mage, ado­rer. Il est uti­li­sé dans Mat­thieu pour dési­gner des gestes qui débordent sou­vent le simple res­pect humain.

L’expression « eurent des doutes » tra­duit edis­ta­san. Le mot ne signi­fie pas néces­sai­re­ment incré­du­li­té radi­cale mais hési­ta­tion, trouble devant une réa­li­té qui dépasse l’expérience humaine. Les pre­miers témoins ne sont pas décrits comme cré­dules.

Jésus s’approche.

Ce détail est théo­lo­gi­que­ment impor­tant : le Res­sus­ci­té prend l’initiative.

« Tout pou­voir m’a été don­né dans le ciel et sur la terre. »

Le mot grec est exou­sia : auto­ri­té, sou­ve­rai­ne­té légi­time.

Cette décla­ra­tion évoque direc­te­ment Daniel 7 où le Fils de l’homme reçoit domi­na­tion uni­ver­selle.

Il ne s’agit pas de dire que le Christ n’avait aucune auto­ri­té avant sa résur­rec­tion selon sa nature divine. Dans la lec­ture clas­sique chré­tienne, il reçoit ici publi­que­ment, comme Mes­sie res­sus­ci­té et média­teur, l’exercice uni­ver­sel de sa royau­té.

Le cœur gram­ma­ti­cal du pas­sage est sou­vent mal com­pris.

Le verbe prin­ci­pal n’est pas « allez ».

Le verbe cen­tral est :

mathê­teu­sate – « faites des dis­ciples ».

L’Église ne reçoit pas d’abord l’ordre de pro­duire des adhé­rents ou des émo­tions reli­gieuses mais des dis­ciples.

Com­ment ?

Par deux par­ti­cipes :

« les bap­ti­sant »
(bap­ti­zontes)

« les ensei­gnant »
(didas­kontes)

Autre­ment dit :

faire des dis­ciples = bap­ti­ser + ensei­gner.

Le bap­tême intro­duit dans l’alliance visible.
L’enseignement forme une vie d’obéissance.

« De toutes les nations »

Le mot grec eth­nê désigne les peuples.

Ce com­man­de­ment accom­plit les pro­messes faites à Abra­ham :

« Toutes les familles de la terre seront bénies en toi » (Genèse 12.3).

L’universalisme chré­tien ne rem­place pas Israël ; il accom­plit la voca­tion mis­sion­naire déjà conte­nue dans l’alliance.

« Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit »

Le grec uti­lise le sin­gu­lier :

eis to ono­ma.

Non « aux noms ».

Un seul nom.

Trois per­sonnes.

Ce ver­set est l’un des textes tri­ni­taires les plus expli­cites du Nou­veau Tes­ta­ment.

Le bap­tême intro­duit dans la com­mu­nion du Dieu tri­ni­taire.

« Ensei­gnez-leur à obser­ver tout ce que je vous ai pres­crit. »

Le chris­tia­nisme biblique ne sépare jamais foi et obéis­sance.

Le verbe têrein signi­fie gar­der, obser­ver fidè­le­ment.

Le dis­ciple apprend non seule­ment une doc­trine mais une manière de vivre.

Enfin :

« Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

L’expression grecque est lit­té­ra­le­ment :

« tous les jours ».

Le Christ ne pro­met pas seule­ment son sou­ve­nir mais sa pré­sence.

Le der­nier mot du texte est :

aiô­nos – l’âge.

La mis­sion conti­nue jusqu’à l’achèvement de l’histoire.

Le récit com­mence avec Emma­nuel.
Il s’achève avec Emma­nuel.

Expli­ca­tion des mots les plus impor­tants

Exou­sia – auto­ri­té sou­ve­raine.

Mathê­teu­sate – faire des dis­ciples.

Eth­nê – nations, peuples.

Bap­ti­zontes – bap­ti­ser.

Didas­kontes – ensei­gner.

Têrein – gar­der fidè­le­ment.

Ono­ma – nom, auto­ri­té, iden­ti­té.

Cita­tions des Pères de l’Église

Augus­tin d’Hippone écrit :

« Le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont un seul Dieu ; ce n’est pas au nom des noms mais au nom qu’est don­né le bap­tême. »

Réfé­rence géné­rale : Augus­tin d’Hippone, De Tri­ni­tate, I.

Jean Chry­so­stome sou­ligne que le Christ ne com­mande pas seule­ment d’annoncer mais de for­mer :

« Il n’a pas dit seule­ment : prê­chez, mais : faites des dis­ciples. »

Réfé­rence géné­rale : Jean Chry­so­stome, Homé­lies sur Mat­thieu, Homé­lie XC.

Je conserve ici des réfé­rences géné­rales afin de ne pas attri­buer une for­mu­la­tion fran­çaise incer­taine.

Cita­tions des Réfor­ma­teurs

Jean Cal­vin écrit :

« Le Christ ne com­mande pas sim­ple­ment de recueillir des dis­ciples, mais de les conduire dans l’obéissance de la foi. »

Réfé­rence géné­rale : Com­men­taire sur l’Évangile selon Mat­thieu, com­men­taire de Mat­thieu 28.

Encore :

« Le bap­tême est comme l’entrée solen­nelle dans l’Église. »

Réfé­rence géné­rale : Ins­ti­tu­tion de la reli­gion chré­tienne, IV.

Cita­tions des théo­lo­giens réfor­més contem­po­rains

Gee­rhar­dus Vos sou­ligne que le règne uni­ver­sel du Christ après la résur­rec­tion marque une étape nou­velle dans l’histoire du salut : le Royaume n’est plus seule­ment annon­cé, il est inau­gu­ré.

Réfé­rence géné­rale : Bibli­cal Theo­lo­gy.

Cor­ne­lius Van Til voit dans ce texte le fon­de­ment d’une vision chré­tienne totale du monde : puisque toute auto­ri­té appar­tient au Christ, aucun domaine de l’existence n’est neutre.

Réfé­rence géné­rale : Chris­tian Apo­lo­ge­tics.

Apports de l’archéologie biblique

Le cadre gali­léen rap­pelle que le chris­tia­nisme naît à la péri­phé­rie du pou­voir reli­gieux offi­ciel. La Gali­lée était une région mar­quée par les échanges cultu­rels et la proxi­mi­té des popu­la­tions non juives.

Le lan­gage du « pou­voir dans le ciel et sur la terre » pos­sède aus­si une tona­li­té royale proche des for­mules impé­riales antiques. Pour­tant Jésus ne reven­dique ni armée ni ter­ri­toire : son règne s’étend par la parole, le bap­tême et l’enseignement.

Impli­ca­tions pour la théo­lo­gie de l’alliance

Mat­thieu 28 mani­feste l’expansion uni­ver­selle de l’alliance de grâce.

Le Père envoie.
Le Fils règne.
L’Esprit est invo­qué.

Le peuple de Dieu ne dis­pa­raît pas, il s’élargit.

Le bap­tême appa­raît comme signe visible d’entrée dans l’alliance nou­velle.
L’enseignement assure la conti­nui­té avec tout ce que le Christ a trans­mis.

La mis­sion n’est donc pas une acti­vi­té secon­daire de l’Église : elle est la forme his­to­rique de l’alliance jusqu’au retour du Sei­gneur.


Synthèse canonique – Genèse 1.1–2.4a ; Actes 2.14a ; 22–36 ; Matthieu 28.16–20

Pris iso­lé­ment, ces trois textes appar­tiennent à des moments très dif­fé­rents de l’histoire biblique : le com­men­ce­ment du monde, la nais­sance publique de l’Église après la résur­rec­tion, puis l’envoi mis­sion­naire des dis­ciples. Pour­tant, lus ensemble dans l’unité cano­nique de la Sainte Écri­ture, ils forment un seul mou­ve­ment.

Le pre­mier texte ouvre l’histoire.

Le deuxième annonce son accom­plis­se­ment.

Le troi­sième inau­gure son exten­sion jusqu’à la fin des temps.

Genèse com­mence par : « Au com­men­ce­ment Dieu créa ».

Mat­thieu s’achève par : « Tout pou­voir m’a été don­né ».

Entre les deux, Actes pro­clame : « Dieu l’a res­sus­ci­té ».

Créa­tion, rédemp­tion, mis­sion.

La pre­mière cor­res­pon­dance saute aux yeux : Dieu agit tou­jours par sa Parole.

Dans Genèse, Dieu dit – et le monde existe.

Dans Actes, Pierre prêche – et l’Église naît.

Dans Mat­thieu, le Christ envoie – et les nations deviennent dis­ciples.

Le Dieu de la créa­tion n’est pas aban­don­né der­rière nous ; il conti­nue de gou­ver­ner l’histoire par sa parole sou­ve­raine.

Une seconde ligne unit ces textes : la pré­sence de l’Esprit.

En Genèse 1.2, l’Esprit de Dieu plane sur les eaux comme prin­cipe de vie et d’ordre.

En Actes 2, le Christ exal­té répand l’Esprit pro­mis.

En Mat­thieu 28, l’Église bap­tise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

L’Esprit n’apparaît donc pas seule­ment à la Pen­te­côte : il est pré­sent dès le com­men­ce­ment, mais son œuvre atteint une inten­si­té nou­velle dans l’accomplissement du salut.

Une troi­sième ligne struc­ture les textes : le thème royal.

Dans Genèse, l’homme reçoit une voca­tion royale : rem­plir la terre et exer­cer une domi­na­tion juste.

Mais cette voca­tion est bles­sée par la chute.

Actes annonce alors le véri­table Roi : Jésus res­sus­ci­té, Sei­gneur et Christ.

Mat­thieu montre enfin ce Roi don­nant à son peuple une mis­sion mon­diale.

Le pre­mier Adam reçoit man­dat.
Le der­nier Adam reçoit le Royaume.

Le thème de l’alliance tra­verse éga­le­ment les trois textes.

En Genèse appa­raît l’ordre de créa­tion : Dieu donne la vie, la voca­tion, le repos.

Dans Actes se révèle l’accomplissement de l’alliance davi­dique : le Fils de David règne pour tou­jours.

Dans Mat­thieu s’ouvre l’expansion uni­ver­selle de l’alliance de grâce : toutes les nations sont appe­lées.

Ain­si la mis­sion ne com­mence pas en Mat­thieu 28.

Elle com­mence déjà en Genèse 1.

Rem­plir la terre dans la com­mu­nion avec Dieu était déjà une voca­tion uni­ver­selle.

La mis­sion de l’Église est donc une res­tau­ra­tion de la voca­tion humaine ori­gi­nelle.

La struc­ture tri­ni­taire est peut-être l’élément le plus frap­pant.

Dans Genèse :
le Père crée,
par sa Parole,
dans le souffle de son Esprit.

Dans Actes :
le Père res­sus­cite,
le Fils est exal­té,
l’Esprit est répan­du.

Dans Mat­thieu :
les nations sont bap­ti­sées
au nom du Père,
du Fils
et du Saint-Esprit.

La Tri­ni­té n’apparaît pas sou­dai­ne­ment dans le Nou­veau Tes­ta­ment ; elle est la révé­la­tion pro­gres­sive du Dieu qui était déjà à l’œuvre dès la créa­tion.

Enfin, ces trois textes répondent ensemble à une ques­tion fon­da­men­tale :

Pour­quoi le monde existe-t-il ?

Genèse répond :
pour rece­voir la gloire de Dieu.

Actes répond :
pour être récon­ci­lié en Christ.

Mat­thieu répond :
pour deve­nir dis­ciple.

La créa­tion n’est pas une fin en elle-même.
La rédemp­tion n’est pas une fin en elle-même.
La mis­sion n’est pas une fin en elle-même.

Toutes convergent vers cette réa­li­té : que Dieu habite avec son peuple et que son nom soit connu par­mi les nations.

L’histoire biblique com­mence avec un monde créé et s’oriente déjà vers une assem­blée uni­ver­selle ras­sem­blée autour du Roi res­sus­ci­té.

Le jar­din du com­men­ce­ment ouvre déjà vers la mul­ti­tude des peuples ado­rant le Dieu tri­ni­taire.


Lecture théologique et apologétique

Cette sec­tion pro­pose une lec­ture doc­tri­nale des textes du jour, en lien expli­cite avec la théo­lo­gie de l’alliance. Elle ne vise pas à répé­ter l’exégèse ni la pré­di­ca­tion, mais à offrir un éclai­rage oblique, en met­tant en évi­dence les doc­trines bibliques par­ti­cu­liè­re­ment sol­li­ci­tées par les pas­sages étu­diés.

Il s’agit ici de rap­pe­ler l’enseignement constant de l’Église, et plus spé­cia­le­ment de la théo­lo­gie réfor­mée confes­sante, dans le champ de la théo­lo­gie sys­té­ma­tique : doc­trine de Dieu, du salut, de l’Église, de la grâce, de la mis­sion, ou encore de l’histoire du salut.

Cette lec­ture théo­lo­gique per­met de mon­trer que les textes du jour ne sont pas seule­ment por­teurs d’un mes­sage spi­ri­tuel immé­diat, mais qu’ils s’inscrivent dans une cohé­rence doc­tri­nale pro­fonde. Les pro­messes, les appels et les exhor­ta­tions bibliques prennent alors place dans le cadre plus large de l’alliance, com­prise comme l’œuvre sou­ve­raine de Dieu, accom­plie en Christ et déployée par l’Esprit dans l’histoire.

Cette sec­tion est facul­ta­tive. Elle peut être uti­li­sée pour appro­fon­dir la réflexion, nour­rir l’enseignement caté­ché­tique ou théo­lo­gique, ou ser­vir de repère doc­tri­nal pour la pré­di­ca­tion et la for­ma­tion.


LECTURE THÉOLOGIQUE – Matthieu 28.16–20 à la lumière de la théologie de l’alliance

La finale de Mat­thieu n’est pas d’abord un texte sur l’évangélisation. Elle est une décla­ra­tion doc­tri­nale sur la sei­gneu­rie du Christ et sur la forme que prend désor­mais l’alliance de grâce dans l’histoire.

Le pre­mier point doc­tri­nal est la doc­trine de Dieu.

Le texte est l’un des som­mets tri­ni­taires du Nou­veau Tes­ta­ment. Jésus ne com­mande pas de bap­ti­ser « aux noms » mais « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». L’unité du nom main­tient le mono­théisme biblique ; la dis­tinc­tion des per­sonnes inter­dit toute réduc­tion modale ou imper­son­nelle de Dieu.

La théo­lo­gie réfor­mée clas­sique a tou­jours refu­sé d’opposer Ancien et Nou­veau Tes­ta­ment sur ce point. Le Dieu révé­lé en Jésus-Christ n’est pas un autre Dieu que celui de Genèse. Le Dieu de l’alliance est éter­nel­le­ment Père, Fils et Saint-Esprit. Ce qui change n’est pas Dieu mais le degré de révé­la­tion de son œuvre.

Le deuxième point est la chris­to­lo­gie royale.

« Tout pou­voir m’a été don­né dans le ciel et sur la terre. »

Le Christ res­sus­ci­té appa­raît ici comme le média­teur glo­ri­fié de l’alliance. La tra­di­tion réfor­mée dis­tingue clas­si­que­ment les trois offices du Christ : pro­phète, prêtre et roi.

Comme pro­phète, il enseigne.

Comme prêtre, il a offert le sacri­fice.

Comme roi, il règne.

Mat­thieu 28 met sur­tout en avant cet office royal.

Ce règne ne naît pas après la résur­rec­tion comme s’il n’existait pas aupa­ra­vant ; il est désor­mais publi­que­ment mani­fes­té dans l’histoire du salut. Le Christ reçoit dans son huma­ni­té glo­ri­fiée ce qu’il pos­sède éter­nel­le­ment selon sa divi­ni­té.

Le troi­sième point est la doc­trine de l’Église.

L’Église n’est pas pré­sen­tée comme une ins­ti­tu­tion auto­nome ou une asso­cia­tion reli­gieuse. Elle est l’assemblée convo­quée sous l’autorité du Roi.

Son man­dat com­porte trois dimen­sions :

rece­voir les nations ;

admi­nis­trer le signe de l’alliance ;

trans­mettre l’enseignement du Christ.

La théo­lo­gie réfor­mée a sou­vent insis­té sur les « marques de l’Église » : pré­di­ca­tion fidèle de la Parole, admi­nis­tra­tion droite des sacre­ments, dis­ci­pline ecclé­sias­tique.

On retrouve déjà ici ces lignes.

Le qua­trième point est la doc­trine de la grâce et de l’histoire du salut.

Le com­man­de­ment mis­sion­naire ne sus­pend pas l’alliance ancienne : il l’accomplit.

Dieu avait pro­mis à Abra­ham :

« Toutes les familles de la terre seront bénies en toi » (Genèse 12.3).

Le man­dat mis­sion­naire est donc l’élargissement uni­ver­sel de la pro­messe.

L’Église n’existe pas à côté d’Israël mais comme accom­plis­se­ment du peuple de l’alliance ras­sem­blé autour du Mes­sie.

Le bap­tême appa­raît dans cette logique comme le signe visible de l’entrée dans l’administration nou­velle de l’alliance de grâce.

Enfin, la pro­messe :

« Je suis avec vous tous les jours »

intro­duit une ecclé­sio­lo­gie de la pré­sence.

L’Église n’avance ni par sa créa­ti­vi­té ni par son poids social.

Elle avance parce que le Christ demeure pré­sent par son Esprit.

Ain­si Mat­thieu 28 n’est pas un texte d’activisme mis­sion­naire mais une théo­lo­gie conden­sée du Royaume, de l’alliance et de la pré­sence du Dieu tri­ni­taire dans l’histoire.

LECTURE APOLOGÉTIQUE – Matthieu 28.16–20 face aux objections contemporaines

Ce texte sus­cite aujourd’hui des résis­tances de nature très dif­fé­rente. Cer­taines sont phi­lo­so­phiques, d’autres reli­gieuses, cultu­relles ou internes au chris­tia­nisme.

Objec­tion maté­ria­liste : « Toute auto­ri­té reli­gieuse est une construc­tion humaine des­ti­née à contrô­ler les consciences. »

Le texte affirme exac­te­ment l’inverse.

L’autorité n’est pas attri­buée à l’Église mais au Christ.

L’Église reçoit un man­dat ; elle ne pro­duit pas sa propre légi­ti­mi­té.

La pré­ten­tion chré­tienne est certes forte, mais elle est aus­si fal­si­fiable his­to­ri­que­ment : si le Christ n’est pas res­sus­ci­té, sa pré­ten­tion s’effondre. Le chris­tia­nisme clas­sique ne demande pas d’abord une adhé­sion psy­cho­lo­gique mais affirme un évé­ne­ment his­to­rique auquel il rat­tache une inter­pré­ta­tion théo­lo­gique.

Objec­tion rela­ti­viste : « Faire des dis­ciples de toutes les nations est une forme d’impérialisme reli­gieux. »

Le texte mérite d’être lu atten­ti­ve­ment.

Il ne dit pas :
conqué­rez ;
impo­sez ;
contrai­gnez.

Il dit :
faites des dis­ciples,
ensei­gnez,
bap­ti­sez.

L’universalisme chré­tien ne repose pas sur la force mais sur la per­sua­sion, le témoi­gnage et l’enseignement.

His­to­ri­que­ment, il faut dis­tin­guer le texte lui-même des usages par­fois dévoyés qu’en ont fait cer­tains chré­tiens.

Objec­tion ins­pi­rée de Nietzsche : « Cette mis­sion uni­ver­selle nie les dif­fé­rences, pro­duit une morale de trou­peau et affai­blit les volon­tés. »

Nietzsche voit dans le chris­tia­nisme une uni­ver­sa­li­sa­tion de valeurs anti-vitales.

Mais Mat­thieu 28 ne dis­sout pas les nations.

Le texte dit : « faites des dis­ciples de toutes les nations ».

Les peuples demeurent.

Le chris­tia­nisme clas­sique ne sup­prime pas les cultures ; il les appelle à être jugées, puri­fiées et orien­tées vers Dieu.

La mis­sion n’est pas uni­for­mi­sa­tion mais conver­sion.

Objec­tion issue de cer­tains cou­rants iden­ti­taires contem­po­rains : « Une véri­té uni­ver­selle est for­cé­ment oppres­sive. »

Cette objec­tion sup­pose qu’universalité = domi­na­tion.

Or le texte fonde l’universel non sur un groupe humain mais sur le Christ.

La ques­tion devient alors :

si le Christ est réel­le­ment res­sus­ci­té et Sei­gneur, pour­quoi son règne devrait-il être limi­té cultu­rel­le­ment ?

Refu­ser toute pré­ten­tion uni­ver­selle revient sou­vent à ins­tal­ler une autre uni­ver­sa­li­té – poli­tique, morale ou cultu­relle – mais sans le recon­naître.

Objec­tion syn­cré­tiste : « Toutes les reli­gions disent fina­le­ment la même chose ; pour­quoi bap­ti­ser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ? »

Mat­thieu 28 est pro­fon­dé­ment exclu­sif dans son conte­nu mais non dans sa méthode.

Le bap­tême tri­ni­taire affirme que Dieu n’est pas une abs­trac­tion reli­gieuse.

Dieu est celui qui s’est révé­lé en Jésus-Christ.

Le chris­tia­nisme ne dit pas que toutes les reli­gions sont iden­tiques avec des lan­gages dif­fé­rents ; il affirme que Dieu a par­lé et agi dans une his­toire par­ti­cu­lière.

Objec­tion musul­mane : « Jésus peut être pro­phète, mais il ne peut rece­voir toute auto­ri­té ni être asso­cié au nom de Dieu. »

Le texte pose ici une diver­gence réelle.

Le Christ de Mat­thieu 28 ne se pré­sente pas seule­ment comme mes­sa­ger.

Il reven­dique une auto­ri­té uni­ver­selle et reçoit une place dans la for­mule bap­tis­male au même niveau que le Père et l’Esprit.

Le débat n’est donc pas secon­daire : il touche direc­te­ment à l’identité de Jésus.

La réponse chré­tienne clas­sique est que cette confes­sion ne naît pas d’une spé­cu­la­tion tar­dive mais de l’expérience apos­to­lique du Res­sus­ci­té relue à la lumière des Écri­tures.

Objec­tion du pro­tes­tan­tisme libé­ral : « La for­mule tri­ni­taire et l’ordre mis­sion­naire seraient des construc­tions ecclé­siales tar­dives. »

Cette hypo­thèse existe dans l’histoire de l’exégèse moderne.

Mais elle ren­contre plu­sieurs dif­fi­cul­tés :

la cohé­rence du texte avec l’ensemble de Mat­thieu ;

l’enracinement très ancien de la confes­sion tri­ni­taire ;

la pré­sence extrê­me­ment pré­coce du bap­tême chré­tien ;

la forte uni­té théo­lo­gique entre Mat­thieu, Actes et les lettres apos­to­liques.

Le texte ne res­semble pas à un ajout admi­nis­tra­tif ; il fonc­tionne comme l’aboutissement logique de tout l’Évangile.

En défi­ni­tive, la grande ques­tion de Mat­thieu 28 n’est pas : « l’Église a‑t-elle le droit de par­ler ? »

La ques­tion est :

qui est Jésus ?

Si le Res­sus­ci­té est réel­le­ment Sei­gneur, alors la mis­sion devient cohé­rente.

S’il ne l’est pas, elle devient en effet une pré­ten­tion sans fon­de­ment.

Le texte ne laisse pas dura­ble­ment au lec­teur une posi­tion neutre.


Outils pédagogiques

Sainte Tri­ni­té – Mat­thieu 28.16–20

Contexte du texte de l’Évangile

Nous sommes à la toute fin de l’Évangile selon Mat­thieu. Jésus est mort, puis res­sus­ci­té. Les femmes ont reçu l’annonce du tom­beau vide et les dis­ciples ont reçu l’ordre de se rendre en Gali­lée. C’est là, sur une mon­tagne, que le Christ res­sus­ci­té appa­raît aux onze dis­ciples.

Le pas­sage consti­tue la conclu­sion de tout l’Évangile. Jésus avait été pré­sen­té dès le com­men­ce­ment comme « Emma­nuel – Dieu avec nous » ; il ter­mine main­te­nant en pro­met­tant : « Je suis avec vous tous les jours. »

Le texte marque aus­si un tour­nant dans l’histoire du salut : la mis­sion du peuple de Dieu s’ouvre désor­mais à toutes les nations.

L’enjeu prin­ci­pal du pas­sage est double :
– révé­ler l’autorité uni­ver­selle du Christ res­sus­ci­té ;
– envoyer l’Église dans le monde sous sa pré­sence.

Ques­tions :
– Pour­quoi Mat­thieu pré­cise-t-il qu’il ne reste que onze dis­ciples ?
– Pour­quoi la scène se déroule-t-elle en Gali­lée et sur une mon­tagne ?
– Que signi­fie le fait que cer­tains dis­ciples doutent encore ?
– Quelle est la pre­mière parole impor­tante de Jésus dans ce texte ?
– Quel lien voyez-vous entre « faire des dis­ciples » et « ensei­gner » ?

Lien avec les autres lec­tures bibliques du jour

Genèse 1.1–2.4a montre Dieu créant le monde par sa parole et don­nant à l’homme une voca­tion sur la terre. Mat­thieu 28 montre le Christ res­sus­ci­té rece­vant toute auto­ri­té sur le ciel et la terre. Le man­dat mis­sion­naire appa­raît alors comme une res­tau­ra­tion de la voca­tion humaine ori­gi­nelle.

Actes 2.14a ; 22–36 annonce que Jésus cru­ci­fié est désor­mais Sei­gneur et Christ. La Pen­te­côte éclaire donc Mat­thieu 28 : le Christ res­sus­ci­té règne déjà et répand son Esprit pour envoyer son Église.

Les trois textes pré­sentent aus­si une forte dimen­sion tri­ni­taire :
– l’Esprit plane sur les eaux en Genèse ;
– l’Esprit est répan­du à la Pen­te­côte ;
– le bap­tême est don­né au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Ques­tions :
– Quels liens voyez-vous entre la créa­tion en Genèse et la mis­sion en Mat­thieu ?
– Pour­quoi Pierre insiste-t-il sur la résur­rec­tion du Christ dans Actes 2 ?
– Com­ment les trois textes parlent-ils de l’autorité de Dieu ?
– Où voyez-vous l’action du Père, du Fils et du Saint-Esprit dans ces lec­tures ?

Place des textes dans l’année litur­gique

Ces textes sont pro­po­sés pour le dimanche de la Sainte Tri­ni­té, juste après la Pen­te­côte.

Après avoir célé­bré la nais­sance du Christ, sa pas­sion, sa résur­rec­tion, son ascen­sion et le don de l’Esprit, l’Église contemple main­te­nant le Dieu qui agit dans toute cette his­toire : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

Ce dimanche invite moins à contem­pler un évé­ne­ment qu’à contem­pler Dieu lui-même dans son œuvre de créa­tion, de salut et de mis­sion.

Ques­tions :
– Pour­quoi ce texte convient-il par­ti­cu­liè­re­ment au dimanche de la Sainte Tri­ni­té ?
– Que nous apprennent ces lec­tures sur l’unité entre créa­tion, salut et mis­sion ?
– Pour­quoi l’Église célèbre-t-elle la Tri­ni­té après la Pen­te­côte ?

Éclai­rage du psaume choi­si

Le psaume tra­di­tion­nel­le­ment asso­cié à cette fête est sou­vent un psaume de créa­tion ou de royau­té, comme le Psaume 8 ou le Psaume 33.

Le thème prin­ci­pal est la gloire du Créa­teur et la sou­ve­rai­ne­té de Dieu sur toute la terre.

Le psaume éclaire les autres lec­tures en rap­pe­lant que le Dieu qui sauve est aus­si celui qui crée et gou­verne le monde.

Dans la litur­gie, ce psaume sert sou­vent à conduire l’assemblée vers l’adoration et l’action de grâce.

Ques­tions :
– Com­ment le psaume parle-t-il de la gran­deur de Dieu ?
– Quel lien voyez-vous entre la créa­tion et la mis­sion ?
– Com­ment le psaume pré­pare-t-il à entendre l’Évangile ?

Ques­tions d’exégèse

Quelques mots clés :

« Tout pou­voir » : le mot grec signi­fie auto­ri­té sou­ve­raine et légi­time.

« Faites des dis­ciples » : le verbe cen­tral du texte ; il ne s’agit pas seule­ment de trans­mettre une infor­ma­tion mais de for­mer un peuple.

« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » : un seul nom, mais trois per­sonnes.

« Je suis avec vous » : rap­pel du thème d’Emmanuel, « Dieu avec nous ».

Ques­tions :
– Quel est le verbe prin­ci­pal du pas­sage ?
– Pour­quoi Jésus parle-t-il d’autorité avant de par­ler de mis­sion ?
– Que signi­fie bap­ti­ser « au nom » du Père, du Fils et du Saint-Esprit ?
– Pour­quoi Mat­thieu men­tionne-t-il les doutes des dis­ciples ?
– Quelle impor­tance don­nez-vous à la pro­messe finale du Christ ?

Struc­ture du texte

Le pas­sage pro­gresse en trois mou­ve­ments :

  1. Les dis­ciples ren­contrent le Res­sus­ci­té (vv.16–17)
  2. Jésus révèle son auto­ri­té uni­ver­selle (v.18)
  3. Jésus envoie son Église et pro­met sa pré­sence (vv.19–20)

Le texte com­mence avec des dis­ciples fra­giles et se ter­mine avec la pré­sence per­ma­nente du Christ.

Ques­tions :
– Quel chan­ge­ment voyez-vous entre le début et la fin du pas­sage ?
– Pour­quoi la mis­sion découle-t-elle de l’autorité du Christ ?
– Quelle place occupe la pro­messe finale dans l’ensemble du texte ?

Lec­ture théo­lo­gique

Le texte révèle une chris­to­lo­gie très forte : Jésus reçoit toute auto­ri­té dans le ciel et sur la terre. Il appa­raît comme le Roi mes­sia­nique annon­cé dans l’Ancien Tes­ta­ment.

Le texte révèle aus­si la doc­trine de la Tri­ni­té. Le bap­tême chré­tien intro­duit dans la com­mu­nion du Dieu tri­ni­taire.

L’Église reçoit ici sa mis­sion : faire des dis­ciples par­mi toutes les nations. La mis­sion est donc au cœur de l’alliance de grâce accom­plie en Christ.

Le texte montre éga­le­ment la conti­nui­té de l’histoire du salut :
– pro­messe faite à Abra­ham ;
– accom­plis­se­ment dans le Christ ;
– exten­sion aux nations.

Enfin, l’espérance chré­tienne repose sur la pré­sence per­ma­nente du Christ avec son peuple.

Ques­tions :
– Que révèle ce texte sur l’identité de Jésus ?
– Pour­quoi la mis­sion fait-elle par­tie de l’histoire de l’alliance ?
– En quoi la pré­sence du Christ trans­forme-t-elle la vie de l’Église ?
– Com­ment ce texte relie-t-il Ancien et Nou­veau Tes­ta­ment ?

Approche apo­lo­gé­tique – Ques­tions de dis­cus­sion

Aujourd’hui, cer­tains consi­dèrent toute véri­té uni­ver­selle comme oppres­sive. D’autres pensent que toutes les reli­gions se valent ou que la foi chré­tienne n’est qu’une construc­tion cultu­relle.

Le texte affirme pour­tant que le Christ pos­sède une auto­ri­té uni­ver­selle et que l’Évangile concerne toutes les nations.

Ques­tions :
– Pour­quoi notre époque se méfie-t-elle des affir­ma­tions de véri­té uni­ver­selle ?
– Le com­man­de­ment mis­sion­naire est-il une domi­na­tion ou un témoi­gnage ?
– Que répon­drait ce texte à l’idée que toutes les reli­gions disent la même chose ?
– Pour­quoi la résur­rec­tion du Christ est-elle essen­tielle pour com­prendre cette mis­sion ?

Appro­pria­tion spi­ri­tuelle

Ques­tions :
– Que ce texte révèle-t-il du carac­tère de Dieu ?
– Que nous appelle-t-il à croire concer­nant Jésus-Christ ?
– Qu’est-ce que cela change concrè­te­ment de savoir que le Christ est avec nous chaque jour ?


Textes liturgiques

Les textes litur­giques pro­po­sés ici sont direc­te­ment ins­pi­rés des lec­tures bibliques du jour. Ils sont conçus pour un culte réfor­mé, dans le res­pect de sa struc­ture, de sa sobrié­té et de sa théo­lo­gie.
Ils peuvent être uti­li­sés tels quels ou adap­tés selon le contexte local (voir le menu « Culte » du site).

Les psaumes et can­tiques sont choi­sis dans le recueil Arc-en-Ciel, lar­ge­ment uti­li­sé dans les Églises réfor­mées fran­co­phones.
Le recueil est dis­po­nible en ligne ici :
https ://www.arc-en-ciel.ch

Les paroles et les musiques des psaumes et can­tiques pro­po­sés sont éga­le­ment acces­sibles sur le blog, dans la sec­tion « Psaumes et can­tiques ».

Salu­ta­tion et invo­ca­tion

Notre secours est dans le nom du Sei­gneur,
qui a fait les cieux et la terre.

Grâce, paix et misé­ri­corde vous soient don­nées de la part de Dieu le Père, du Sei­gneur Jésus-Christ et du Saint-Esprit.

Prions :

Dieu éter­nel et tout-puis­sant, Père, Fils et Saint-Esprit, nous te bénis­sons en ce jour où ton Église contemple la gloire de ton nom. Toi qui as créé le monde, res­sus­ci­té ton Fils et répan­du ton Esprit, ras­semble-nous main­te­nant par ta grâce afin que nous t’adorions en véri­té. Par Jésus-Christ notre Sei­gneur. Amen.

Ado­ra­tion

Éter­nel notre Dieu,
les cieux racontent ta gloire et la terre pro­clame ton œuvre.
Tu as par­lé et le monde fut créé.
Tu as envoyé ton Fils pour sau­ver les pécheurs.
Tu répands aujourd’hui ton Esprit sur ton Église.

Nous t’adorons, Père de toute lumière.
Nous t’adorons, Sei­gneur Jésus-Christ, Roi res­sus­ci­té.
Nous t’adorons, Esprit Saint, souffle de vie et de conso­la­tion.

À toi seul soient l’honneur, la gloire et la louange, main­te­nant et pour les siècles des siècles. Amen.

Loi de Dieu

Écou­tons la volon­té de Dieu :

« Tu aime­ras le Sei­gneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pen­sée. C’est le pre­mier et le grand com­man­de­ment. Et voi­ci le second, qui lui est sem­blable : Tu aime­ras ton pro­chain comme toi-même. »

Le Sei­gneur dit encore :

« Allez, faites de toutes les nations des dis­ciples, les bap­ti­sant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et ensei­gnez-leur à obser­ver tout ce que je vous ai pres­crit. »

Confes­sion du péché

Sei­gneur notre Dieu,
nous recon­nais­sons devant toi que nous avons sou­vent vécu comme si nous étions nos propres maîtres.
Nous avons man­qué d’amour pour toi et pour notre pro­chain.
Nous avons résis­té à ta véri­té, négli­gé ta Parole et recher­ché nos propres voies.

Par­donne nos péchés.
Renou­velle-nous par ton Esprit.
Apprends-nous à vivre sous la sei­gneu­rie du Christ res­sus­ci­té.
Par Jésus-Christ notre Sau­veur. Amen.

Décla­ra­tion du par­don

Écou­tez la pro­messe de l’Évangile :

« Dieu l’a res­sus­ci­té, en le déli­vrant des liens de la mort. »

Et encore :

« Si nous confes­sons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les par­don­ner et pour nous puri­fier de toute ini­qui­té. »

À tous ceux qui se repentent et mettent leur confiance en Jésus-Christ, j’annonce le par­don de Dieu au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Confes­sion de la foi

Confes­sons notre foi :

Je crois en Dieu le Père tout-puis­sant, créa­teur du ciel et de la terre.

Je crois en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Sei­gneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la vierge Marie, a souf­fert sous Ponce Pilate, a été cru­ci­fié, est mort et a été ense­ve­li ; il est des­cen­du aux enfers ; le troi­sième jour il est res­sus­ci­té des morts ; il est mon­té au ciel ; il siège à la droite de Dieu le Père tout-puis­sant ; il vien­dra de là pour juger les vivants et les morts.

Je crois au Saint-Esprit ; la sainte Église uni­ver­selle ; la com­mu­nion des saints ; la rémis­sion des péchés ; la résur­rec­tion de la chair ; la vie éter­nelle. Amen.

Prière d’illumination

Sei­gneur notre Dieu,
toi qui as par­lé au com­men­ce­ment et qui conti­nues de par­ler par les Saintes Écri­tures, ouvre main­te­nant nos oreilles et nos cœurs. Que ton Esprit éclaire notre intel­li­gence afin que nous com­pre­nions ta Parole, que nous rece­vions le Christ avec foi et que nous mar­chions dans l’obéissance de l’alliance. Amen.

Lec­tures bibliques

Genèse 1.1–2.4a
Actes 2.14a ; 22–36
Mat­thieu 28.16–20

Courte prière après les lec­tures

Ta Parole est une lampe à nos pieds et une lumière sur notre sen­tier.
Fais-nous la grâce de la rece­voir avec foi, humi­li­té et per­sé­vé­rance. Amen.

Thème de la pré­di­ca­tion

« Le Dieu tri­ni­taire : Créa­teur, Sei­gneur et Sau­veur des nations »

Texte pour l’offrande

« Que cha­cun donne comme il l’a réso­lu en son cœur, sans tris­tesse ni contrainte ; car Dieu aime celui qui donne avec joie. »

Prière après l’offrande

Sei­gneur notre Dieu,
reçois ces dons et reçois aus­si nos vies.
Fais de ton Église un peuple fidèle dans le témoi­gnage, géné­reux dans le ser­vice et per­sé­vé­rant dans l’espérance.
Par Jésus-Christ notre Sei­gneur. Amen.

Prière d’intercession

Père éter­nel,
nous te prions pour ton Église répan­due par­mi les nations.
Garde-la fidèle à l’Évangile du Christ res­sus­ci­té.

Nous te prions pour ceux qui annoncent ta Parole, pour les mis­sion­naires, les pas­teurs, les caté­chètes et tous ceux qui servent dans l’humilité.

Nous te prions pour les peuples déchi­rés par la guerre, la vio­lence ou l’injustice. Fais avan­cer ton règne de paix et de véri­té.

Nous te prions pour les malades, les per­sonnes iso­lées, les endeuillés et ceux qui doutent. Que la pré­sence du Christ les sou­tienne.

Nous te prions pour nos familles, nos com­mu­nau­tés et notre pays. Donne-nous de vivre dans la véri­té, la jus­tice et la fidé­li­té.

Nous te prions enfin pour nous-mêmes : apprends-nous à vivre comme dis­ciples du Christ jusqu’au jour de son retour glo­rieux.

Par Jésus-Christ notre Sei­gneur. Amen.

Sainte Cène

Frères et sœurs,
le Sei­gneur nous invite à sa table.
Celui qui a reçu toute auto­ri­té dans le ciel et sur la terre nous appelle main­te­nant à la com­mu­nion de son corps et de son sang.

Que la paix du Sei­gneur soit avec vous.

Le Christ nous a récon­ci­liés avec le Père par sa croix ; appro­chons-nous donc avec foi et recon­nais­sance.

Nous nous sou­ve­nons aujourd’hui de l’Église de tous les temps et de tous les lieux, de ceux qui nous ont pré­cé­dés dans la foi, et nous atten­dons le jour où le Sei­gneur ras­sem­ble­ra toutes les nations dans son Royaume.

« Saint, saint, saint est le Sei­gneur des armées ; toute la terre est pleine de sa gloire. »

Prière eucha­ris­tique

Le Sei­gneur soit avec vous.
Et avec votre esprit.

Éle­vons nos cœurs.
Nous les éle­vons vers le Sei­gneur.

Ren­dons grâce au Sei­gneur notre Dieu.
Cela est juste et bon.

Oui, il est juste et bon de te rendre grâce, Dieu éter­nel et tout-puis­sant.

Tu as créé les cieux et la terre par ta Parole.
Tu as fait l’homme à ton image.
Et lorsque nous nous sommes éloi­gnés de toi, tu ne nous as pas aban­don­nés.

Dans l’accomplissement des temps, tu as envoyé ton Fils, Jésus-Christ notre Sei­gneur.
Par sa mort il a por­té notre péché.
Par sa résur­rec­tion tu l’as éta­bli Sei­gneur et Christ.
Par ton Esprit tu ras­sembles ton Église par­mi toutes les nations.

C’est pour­quoi, avec l’Église uni­ver­selle et les armées célestes, nous pro­cla­mons :

Saint, saint, saint est le Sei­gneur, Dieu de l’univers.
Le ciel et la terre sont rem­plis de ta gloire.
Hosan­na au plus haut des cieux.

Oui, Sei­gneur, nous fai­sons mémoire avec recon­nais­sance de ton Fils bien-aimé.

La nuit où il fut livré, le Sei­gneur Jésus prit du pain ; après avoir ren­du grâces, il le rom­pit et le don­na à ses dis­ciples en disant :

« Pre­nez, man­gez, ceci est mon corps don­né pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. »

De même, après le repas, il prit la coupe et dit :

« Cette coupe est la nou­velle alliance en mon sang ; faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boi­rez. »

Nous annon­çons sa mort.
Nous pro­cla­mons sa résur­rec­tion.
Nous atten­dons son retour dans la gloire.

Père très bon, envoie ton Saint-Esprit sur nous et sur ces dons du pain et du vin, afin qu’en les rece­vant avec foi nous ayons véri­ta­ble­ment com­mu­nion au corps et au sang du Christ, pour être nour­ris dans l’espérance et for­ti­fiés dans l’unité de l’Église.

Par lui, avec lui et en lui, à toi, Dieu Père tout-puis­sant, dans l’unité du Saint-Esprit, soient tout hon­neur et toute gloire, pour les siècles des siècles.

Amen.

Notre Père

Notre Père qui es aux cieux…

Frac­tion du pain

Le pain que nous rom­pons est la com­mu­nion au corps du Christ.

La coupe de béné­dic­tion pour laquelle nous ren­dons grâce est la com­mu­nion au sang du Christ.

Prière de com­mu­nion

Sei­gneur Jésus-Christ,
nous ne sommes pas dignes de nous appro­cher de ta table en nous appuyant sur notre propre jus­tice, mais seule­ment sur ta grande misé­ri­corde.

Nour­ris-nous par ton Esprit.
For­ti­fie notre foi.
Fais-nous demeu­rer en toi comme tu demeures en nous. Amen.

Paroles de dis­tri­bu­tion

Le corps du Christ don­né pour vous.
Amen.

Le sang du Christ ver­sé pour vous.
Amen.

Prière finale

Nous te ren­dons grâce, Dieu notre Père, pour cette com­mu­nion au Christ res­sus­ci­té.

For­ti­fie-nous main­te­nant pour le ser­vice auquel tu nous appelles.
Envoie-nous dans le monde comme témoins fidèles de ton Royaume.
Fais-nous mar­cher dans l’espérance jusqu’au jour où nous par­ti­ci­pe­rons au fes­tin éter­nel dans la créa­tion renou­ve­lée.

Par Jésus-Christ notre Sei­gneur. Amen.

Exhor­ta­tion

Frères et sœurs,
allez dans la paix du Christ.
Sou­ve­nez-vous que toute auto­ri­té appar­tient désor­mais au Sei­gneur res­sus­ci­té.
Mar­chez dans l’obéissance de la foi, ser­vez votre pro­chain avec humi­li­té et demeu­rez fermes dans l’espérance.

Béné­dic­tion

Que la grâce du Sei­gneur Jésus-Christ,
l’amour de Dieu le Père
et la com­mu­nion du Saint-Esprit
soient avec vous tous. Amen.


Psaumes et cantiques

Pour ce dimanche de la Sainte Tri­ni­té cen­tré sur Genèse 1, Actes 2 et Mat­thieu 28, le recueil pro­pose plu­sieurs psaumes et can­tiques par­ti­cu­liè­re­ment cohé­rents avec la théo­lo­gie du jour. Le choix peut s’articuler autour de la créa­tion, de la royau­té du Christ, de la mis­sion uni­ver­selle et de la gloire du Dieu tri­ni­taire.

Pour l’invocation ou l’ouverture du culte, « Saint, Saint, Saint, le Sei­gneur tout-puis­sant » (ARC 863) de Regi­nald Heber (1826) est sans doute le plus appro­prié. Ce grand hymne tri­ni­taire clas­sique met immé­dia­te­ment l’assemblée devant la majes­té du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Le docu­ment le classe par­mi les chants doc­tri­na­le­ment les plus solides du recueil.

Pour l’adoration, le Psaume 8 « Ton nom Sei­gneur est admi­rable » (ARC 8), para­phra­sé par Clé­ment Marot au XVIᵉ siècle, convient remar­qua­ble­ment au lien avec Genèse 1. Ce psaume célèbre la créa­tion, la gloire divine et la voca­tion don­née à l’homme dans le monde créé. Il entre direc­te­ment en réso­nance avec la sou­ve­rai­ne­té uni­ver­selle du Christ en Mat­thieu 28.

Le Psaume 24 « La terre au Sei­gneur appar­tient » (ARC 24), éga­le­ment issu du Psau­tier de Genève par Marot, serait aus­si très per­ti­nent après la lec­ture de l’Évangile ou avant la pré­di­ca­tion. Son thème royal et cos­mique rejoint l’affirmation du Christ : « Tout pou­voir m’a été don­né dans le ciel et sur la terre. »

Après la pré­di­ca­tion ou lors de la consé­cra­tion, « Consacre à ton ser­vice » (ARC 425) de Frances Rid­ley Haver­gal (XIXᵉ siècle) consti­tue un excellent choix. Le can­tique déve­loppe une réponse ecclé­siale et mis­sion­naire à l’envoi du Christ. Il garde une tona­li­té sobre et doc­tri­nale, cen­trée sur l’offrande de toute la vie au Sei­gneur.

Le Psaume 67 « Que Dieu nous bénisse » (ARC 67) de Clé­ment Marot est par­ti­cu­liè­re­ment adap­té soit après l’annonce du par­don, soit en béné­dic­tion finale. Son thème mis­sion­naire est très fort : la béné­dic­tion de Dieu sur son peuple a pour but que « les nations se réjouissent ». Il cor­res­pond admi­ra­ble­ment à Mat­thieu 28 et à la dimen­sion uni­ver­selle de la mis­sion de l’Église.

Enfin, pour conclure le culte, « Grand Dieu, nous te bénis­sons » (ARC 243), hymne d’Ignaz Franz au XVIIIᵉ siècle, per­met une sor­tie litur­gique majes­tueuse et confes­sion­nelle. Ce can­tique pos­sède une pro­fon­deur théo­lo­gique clas­sique très com­pa­tible avec une litur­gie réfor­mée cen­trée sur l’adoration du Dieu sou­ve­rain.

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