Recension Nationalisme et paix

Nationalisme, guerre et paix – Une lecture réformée de Frédéric de Coninck

Pour lire l’i­mage

L’expression « Ana­lyse réfor­mée » indique une lec­ture cri­tique cher­chant à tenir ensemble amour du pro­chain, pru­dence poli­tique et sei­gneu­rie du Christ sur les nations.


Le chré­tien doit-il choi­sir entre l’amour du pro­chain et l’attachement à son peuple ? Entre fron­tières et hos­pi­ta­li­té ? Entre paix et res­pon­sa­bi­li­té poli­tique ?

Dans cette recen­sion du livre de Fré­dé­ric de Coninck, nous pro­po­sons une lec­ture réfor­mée équi­li­brée d’un sujet deve­nu explo­sif : natio­na­lisme, mon­dia­lisme, théo­lo­gie des nations, bien com­mun et mis­sion de l’Église.

Une réflexion qui cherche à évi­ter deux impasses – faire de la nation un abso­lu… ou consi­dé­rer toute appar­te­nance comme sus­pecte.

Car l’Écriture ne dis­sout pas les peuples : elle les juge, les limite et les appelle au Christ.

Aimer son prochain dans la cité – Recension critique d’un essai mennonite

Peut-on aimer son pro­chain sans renon­cer à toute appar­te­nance col­lec­tive ? Le chris­tia­nisme est-il spon­ta­né­ment anti-natio­nal, ou doit-il au contraire recon­naître une place légi­time aux peuples, aux fron­tières et à la pru­dence poli­tique ? Dans cet essai écrit dans le contexte de la pro­gres­sion des mou­ve­ments popu­listes et natio­na­listes en Europe, Fré­dé­ric de Coninck lance une alerte spi­ri­tuelle et poli­tique. Son livre pose une vraie ques­tion – mais il appelle aus­si quelques dis­tinc­tions théo­lo­giques impor­tantes.

Le diagnostic – la peur comme matrice du repli

Le cœur du livre est rela­ti­ve­ment clair : l’auteur consi­dère que nos socié­tés occi­den­tales tra­versent une crise du lien social.

Iso­le­ment, sen­ti­ment d’abandon, perte d’espérance col­lec­tive, frag­men­ta­tion des appar­te­nances et logique du rap­port de force favo­ri­se­raient la mon­tée des votes popu­listes et natio­na­listes.

Il voit dans ce phé­no­mène non seule­ment un risque poli­tique, mais une forme d’idolâtrie – le rem­pla­ce­ment de la confiance par la force, de la rela­tion par la pro­tec­tion, de l’amour du pro­chain par la peur de l’autre.

Ce diag­nos­tic pos­sède une force réelle : il rap­pelle que les ques­tions poli­tiques ne sont jamais pure­ment tech­niques. Les peurs, les dési­rs, les ima­gi­naires et les espé­rances façonnent aus­si les peuples.

L’intuition biblique ici est solide : la chute pro­duit non seule­ment des fautes indi­vi­duelles mais aus­si des rup­tures rela­tion­nelles.

Là où le livre touche juste

L’auteur rap­pelle uti­le­ment plu­sieurs véri­tés sou­vent oubliées.

Le pro­chain n’est pas choi­si.

L’Église ne peut jamais se réduire à un groupe cultu­rel homo­gène.

La peur peut deve­nir un prin­cipe d’organisation poli­tique.

Le culte de la force est incom­pa­tible avec le Christ cru­ci­fié.

Cette cri­tique mérite d’être enten­due – notam­ment dans cer­tains milieux chré­tiens où l’ordre, l’identité ou la civi­li­sa­tion risquent par­fois d’être défen­dus comme des biens abso­lus.

L’Écriture rap­pelle constam­ment que l’étranger, la veuve, l’orphelin et le pauvre révèlent l’état spi­ri­tuel d’un peuple (Exode 22.21–24 ; Deu­té­ro­nome 24.17–22).

Le présupposé plus discutable – quand la théologie glisse vers une lecture politique

Là appa­raît cepen­dant une dif­fi­cul­té.

Le livre tend par­fois à éta­blir une proxi­mi­té très forte entre natio­na­lisme contem­po­rain, fer­me­ture iden­ti­taire et oppo­si­tion à l’Évangile.

Or il faut dis­tin­guer plu­sieurs réa­li­tés.

Le natio­na­lisme abso­lu – qui fait de la nation un dieu, une race, une mis­sion sacrée – relève effec­ti­ve­ment de l’idolâtrie.

Mais l’attachement à une nation, une culture, une his­toire ou une conti­nui­té poli­tique n’est pas en soi contraire au chris­tia­nisme.

La Sainte Écri­ture ne sup­prime jamais les peuples.

Dans Genèse, Dieu dis­perse les hommes.

Dans Actes 17.26, Dieu fixe les limites des peuples.

Dans Apo­ca­lypse 21.24–26, les nations entrent encore dans la cité de Dieu.

L’universalisme chré­tien n’est donc pas l’effacement des appar­te­nances – il est leur récon­ci­lia­tion sous la sei­gneu­rie du Christ.

Lecture présuppositionnaliste – quel récit de l’homme ?

Le point le plus inté­res­sant n’est peut-être pas la poli­tique.

Il est anthro­po­lo­gique.

Le livre semble par­fois par­tir du pré­sup­po­sé que le contact pro­duit natu­rel­le­ment davan­tage de paix.

Mais bibli­que­ment, le pro­blème humain n’est pas d’abord l’absence de contact.

C’est le péché.

Baby­lone est une huma­ni­té extrê­me­ment connec­tée.

Rome aus­si.

Le conflit naît du cœur avant de naître des fron­tières.

Inver­se­ment, il faut aus­si recon­naître qu’un cer­tain dis­cours iden­ti­taire contem­po­rain repose par­fois sur un autre pré­sup­po­sé : l’homme serait natu­rel­le­ment bon tant qu’il reste entre les siens.

L’Écriture refuse les deux illu­sions.

Ni la proxi­mi­té ne sauve.

Ni la sépa­ra­tion ne sanc­ti­fie.

Seule la grâce trans­forme.

Un angle mort possible – l’absence d’une critique symétrique des universalismes politiques

Un autre point peut lais­ser le lec­teur sur sa faim. L’ouvrage concentre lar­ge­ment sa cri­tique sur les formes contem­po­raines de repli iden­ti­taire et de natio­na­lisme, sans accor­der une atten­tion com­pa­rable aux dérives inverses – celles d’un uni­ver­sa­lisme abs­trait ou de cer­taines formes de mon­dia­li­sa­tion idéo­lo­gique.

Pour­tant, du point de vue biblique, l’idolâtrie poli­tique ne consiste pas seule­ment à abso­lu­ti­ser la nation ; elle peut aus­si consis­ter à abso­lu­ti­ser l’humanité comme pro­jet auto­nome, déta­ché des média­tions concrètes que sont les peuples, les langues, les héri­tages et les res­pon­sa­bi­li­tés locales.

La Sainte Écri­ture ne pré­sente pas l’existence des nations comme une ano­ma­lie appe­lée à dis­pa­raître.

Le récit de Babel (Genèse 11) rap­pelle au contraire que Dieu met une limite à la pré­ten­tion humaine de construire une uni­té totale cen­trée sur elle-même – « fai­sons-nous un nom ». Inver­se­ment, la Pen­te­côte (Actes 2) n’efface pas les langues mais les rend mutuel­le­ment intel­li­gibles.

De même, Actes 17.26 affirme que Dieu a fixé les temps et les limites des peuples, tan­dis qu’Apocalypse 21 montre encore les nations appor­tant leur gloire dans la cité de Dieu.

Une théo­lo­gie biblique des nations aurait sans doute per­mis d’éviter une oppo­si­tion trop rapide entre iden­ti­té et amour du pro­chain : la pers­pec­tive chré­tienne clas­sique n’est ni le natio­na­lisme, qui abso­lu­tise le par­ti­cu­lier, ni le mon­dia­lisme, qui dis­sout les appar­te­nances, mais une plu­ra­li­té récon­ci­liée sous la sei­gneu­rie du Christ.

Position réformée équilibrée

La tra­di­tion réfor­mée clas­sique per­met ici une voie médiane.

Cal­vin refuse toute ido­lâ­trie natio­nale – l’Église n’est jamais le bras reli­gieux d’un peuple.

Mais il ne dis­sout pas non plus les réa­li­tés poli­tiques dans une fra­ter­ni­té abs­traite.

Le magis­trat civil reçoit une mis­sion réelle : main­te­nir l’ordre, pro­té­ger les faibles, pré­ser­ver les condi­tions de la vie com­mune.

La cha­ri­té chré­tienne ne rem­place pas la pru­dence poli­tique.

La pru­dence poli­tique ne dis­pense jamais de la cha­ri­té chré­tienne.

Le chré­tien peut donc légi­ti­me­ment :

  • aimer sa patrie sans la divi­ni­ser ;
  • vou­loir des fron­tières sans haïr l’étranger ;
  • défendre une culture sans abso­lu­ti­ser son héri­tage ;
  • accueillir sans nier les limites humaines ;
  • cher­cher la paix sans confondre paix et absence de conflit.

Le défi chré­tien n’est peut-être ni le dépas­se­ment des nations ni leur res­tau­ra­tion.

Il est de témoi­gner qu’aucune nation n’est le Royaume.

Conclusion

Le livre de Fré­dé­ric de Coninck pose une ques­tion néces­saire : qu’advient-il lorsque la peur devient le prin­cipe orga­ni­sa­teur d’une socié­té ?

Sa réponse est par­fois trop uni­voque et asso­cie peut-être trop vite cer­taines sen­si­bi­li­tés poli­tiques au refus de l’Évangile.

Mais son aver­tis­se­ment demeure utile : chaque fois qu’un chré­tien com­mence à croire davan­tage au salut par la force qu’au règne du Christ, il a déjà com­men­cé à chan­ger de reli­gion.


Annexes

1. Quelques mots sur l’auteur et les Églises mennonites

Fré­dé­ric de Coninck est socio­logue, essayiste et théo­lo­gien pro­tes­tant évan­gé­lique fran­co­phone. Il s’est fait connaître par des tra­vaux situés au croi­se­ment de la foi chré­tienne, de la lec­ture des phé­no­mènes sociaux et des ques­tions poli­tiques contem­po­raines. Ses écrits abordent régu­liè­re­ment les thèmes de la voca­tion, de la res­pon­sa­bi­li­té chré­tienne dans la cité, de la paix, des rela­tions sociales et du témoi­gnage ecclé­sial dans des socié­tés plu­ra­listes. Son approche se carac­té­rise géné­ra­le­ment par une forte sen­si­bi­li­té au ter­rain, aux dyna­miques rela­tion­nelles et à une lec­ture volon­tiers socio­lo­gique des com­por­te­ments col­lec­tifs.

L’auteur est lié au cou­rant men­no­nite, issu de la Réforme dite « radi­cale » du XVIᵉ siècle. Les men­no­nites tirent leur nom de Men­no Simons (1496–1561), ancien prêtre deve­nu l’un des prin­ci­paux orga­ni­sa­teurs du mou­ve­ment ana­bap­tiste dans les Pays-Bas. His­to­ri­que­ment, ils ont mis l’accent sur plu­sieurs convic­tions fortes : le bap­tême des croyants (et non des nour­ris­sons), une Église com­po­sée de dis­ciples enga­gés, l’importance de la vie com­mu­nau­taire, la sim­pli­ci­té volon­taire, l’entraide et une éthique de paix.

Sur les ques­tions poli­tiques et mili­taires, la tra­di­tion men­no­nite clas­sique est géné­ra­le­ment mar­quée par le paci­fisme chré­tien et une cer­taine dis­tance cri­tique envers le pou­voir poli­tique. Le Ser­mon sur la mon­tagne (Mat­thieu 5–7), notam­ment l’amour des enne­mis (Mat­thieu 5.44), y joue sou­vent un rôle struc­tu­rant. Beau­coup de com­mu­nau­tés men­no­nites ont his­to­ri­que­ment refu­sé le ser­vice armé et déve­lop­pé une réflexion appro­fon­die sur la non-vio­lence, la média­tion et la récon­ci­lia­tion.

Cette tra­di­tion a appor­té au chris­tia­nisme des rap­pels impor­tants : la cen­tra­li­té de la paix, la cohé­rence entre foi pro­fes­sée et vie vécue, la méfiance envers les confu­sions entre Église et pou­voir.

Du point de vue réfor­mé clas­sique cepen­dant, cer­taines dif­fé­rences demeurent signi­fi­ca­tives. La tra­di­tion réfor­mée a géné­ra­le­ment conser­vé une doc­trine plus posi­tive du magis­trat civil (Romains 13.1–7), une com­pré­hen­sion plus large de l’alliance incluant le bap­tême des enfants des croyants, et une plus grande légi­ti­mi­té recon­nue à l’usage juste de la force dans cer­taines cir­cons­tances (pro­tec­tion des inno­cents, main­tien de l’ordre, guerre juste).

Connaître cet arrière-plan n’invalide évi­dem­ment pas la réflexion de Fré­dé­ric de Coninck – mais il aide à com­prendre pour­quoi son livre insiste davan­tage sur les dan­gers du natio­na­lisme, la théo­lo­gie de la paix et les risques de l’identification entre chris­tia­nisme et puis­sance poli­tique.


2. Citations de Pères de l’Église, Réformateurs et théologiens réformés sur les nations, la paix et l’ordre politique

I. Pères de l’Église

Augus­tin d’Hippone (354–430)

« La paix de la cité céleste est la socié­té par­fai­te­ment ordon­née et par­fai­te­ment har­mo­nieuse de ceux qui jouissent de Dieu et les uns des autres en Dieu. »

– Augus­tin, La Cité de Dieu, XIX, 13 (tra­duc­tion fran­çaise clas­sique ; ori­gi­nal latin : De civi­tate Dei)

Contexte : Augus­tin refuse autant l’identification du Royaume de Dieu avec un empire que le retrait hors de la vie poli­tique. La paix véri­table dépasse l’ordre poli­tique sans le mépri­ser.

« Une nation est une mul­ti­tude d’êtres rai­son­nables asso­ciés par la com­mu­nau­té des choses qu’ils aiment. »

– Augus­tin, La Cité de Dieu, XIX, 24
Latin : Popu­lus est coe­tus mul­ti­tu­di­nis ratio­na­lis rerum quas dili­git concor­di com­mu­nione socia­tus.

Contexte : défi­ni­tion fon­da­men­tale pour pen­ser théo­lo­gi­que­ment le poli­tique. Une nation est d’abord struc­tu­rée par ses amours com­munes.


Jean Chry­so­stome (v. 349–407)

Com­men­tant Romains 13 :

« Dieu a éta­bli les auto­ri­tés pour que nous ne nous dévo­rions pas les uns les autres. »

– Jean Chry­so­stome, Homé­lies sur l’Épître aux Romains, Homé­lie XXIII sur Romains 13.1–3

Contexte : défense d’un ordre civil légi­time comme remède à la vio­lence née de la chute.


II. Réfor­ma­teurs

Jean Cal­vin (1509–1564)

« Le devoir des magis­trats est non seule­ment de veiller à ce que les hommes res­pirent, mangent et boivent, mais encore de pour­voir à ce qu’ils vivent humai­ne­ment ensemble. »

– Jean Cal­vin, Ins­ti­tu­tion de la reli­gion chré­tienne, IV.20.3
Édi­tion fran­çaise clas­sique ; latin : Ins­ti­tu­tio Chris­tia­nae Reli­gio­nis

Contexte : le magis­trat n’est ni sau­veur ni simple gar­dien de police ; il reçoit une mis­sion posi­tive de pré­ser­va­tion du bien com­mun.

« Car les magis­trats sont ordon­nés pro­tec­teurs et gar­diens de la tran­quilli­té publique. »

– Jean Cal­vin, Ins­ti­tu­tion, IV.20.9

Contexte : Cal­vin dis­tingue clai­re­ment Royaume du Christ et gou­ver­ne­ment civil sans les oppo­ser.


Théo­dore de Bèze (1519–1605)

« Dieu a vou­lu que les hommes vivent en socié­té afin que cha­cun serve au bien de tous. »

– Théo­dore de Bèze, Du droit des magis­trats sur leurs sujets (1574)

Contexte : arti­cu­la­tion entre ordre poli­tique et res­pon­sa­bi­li­té morale.


III. Théo­lo­giens réfor­més modernes et contem­po­rains

Abra­ham Kuy­per (1837–1920)

« Il n’y a pas un pouce car­ré dans tout le domaine de notre exis­tence humaine dont Christ, sou­ve­rain sur tout, ne dise : À moi. »

– Abra­ham Kuy­per, Sphere Sove­rei­gn­ty, dis­cours inau­gu­ral à l’Vrije Uni­ver­si­teit Amster­dam, 20 octobre 1880
Ori­gi­nal : “There is not a square inch…”

Contexte : cita­tion sou­vent invo­quée – ici don­née avec son contexte exact. Kuy­per refuse autant l’État total que la pri­va­ti­sa­tion du chris­tia­nisme.

« Le pro­blème poli­tique fon­da­men­tal est tou­jours reli­gieux dans sa racine. »

– Abra­ham Kuy­per, Lec­tures on Cal­vi­nism, confé­rence III, « Cal­vi­nism and Poli­tics », 1898

Contexte : la poli­tique est tou­jours por­tée par une vision du monde.


Her­man Bavinck (1854–1921)

« La grâce res­taure la nature ; elle ne l’abolit pas. »

– Her­man Bavinck, Gere­for­meerde Dog­ma­tiek, vol. 4 ; tra­duc­tion anglaise Refor­med Dog­ma­tics, vol. 4

Contexte : for­mule cen­trale pour pen­ser aus­si les peuples, cultures et ins­ti­tu­tions – non sup­pri­més mais réorien­tés.


Cor­ne­lius Van Til (1895–1987)

« Il n’existe aucun ter­ri­toire neutre dans l’univers. »

– Cor­ne­lius Van Til, Chris­tian Theo­ry of Know­ledge, Pres­by­te­rian and Refor­med, 1969

Contexte : utile pour rap­pe­ler qu’aucune théo­rie poli­tique n’est reli­gieu­se­ment neutre.


Pierre Mar­cel (1910–1992)

« Le Christ ne règne pas seule­ment dans l’intimité des consciences mais sur toute la réa­li­té créée. »

– Pierre Mar­cel, Face à la cri­tique, réfé­rences à véri­fier selon édi­tion uti­li­sée (for­mu­la­tion syn­thé­tique proche de sa pen­sée – ne pas repro­duire entre guille­mets dans publi­ca­tion sans véri­fi­ca­tion d’édition)

Contexte : rap­pel réfor­mé fran­co­phone clas­sique sur la sei­gneu­rie uni­ver­selle du Christ.


Pour lire ces cita­tions

Un fil rouge appa­raît : ni les Pères ni les Réfor­ma­teurs ne dis­solvent les peuples dans une huma­ni­té abs­traite. Mais aucun non plus ne divi­nise la nation. L’ordre poli­tique est recon­nu comme réel, néces­saire et bon sous Dieu – mais inca­pable de sau­ver. Le Royaume vient du Christ, non des fron­tières ni de leur dis­pa­ri­tion.


Bibliographie sommaire

Cette biblio­gra­phie vise à accom­pa­gner la recen­sion du livre de Fré­dé­ric de Coninck en élar­gis­sant le regard : théo­lo­gie biblique des nations, paix, ordre poli­tique, amour du pro­chain, rôle de l’État et cri­tique des abso­lu­ti­sa­tions poli­tiques.

Sources bibliques

La Sainte Écri­ture – par­ti­cu­liè­re­ment : Genèse 10–11 ; Deu­té­ro­nome 32 ; Psaume 2 ; Psaume 33 ; Ésaïe 2 ; Jéré­mie 29 ; Mat­thieu 5–7 ; Jean 18.36 ; Actes 2 ; Actes 17 ; Romains 13 ; Éphé­siens 2 ; Apo­ca­lypse 7 ; Apo­ca­lypse 21.
Fon­de­ment indis­pen­sable pour tenir ensemble uni­ver­sa­li­té du salut et per­ma­nence des nations dans l’économie divine.

Pères de l’Église

La Cité de Dieu – Augus­tin d’Hip­pone
Paris, divers édi­teurs selon édi­tions fran­çaises.
Ouvrage majeur pour pen­ser la dis­tinc­tion entre cité ter­restre et cité de Dieu. Augus­tin refuse autant l’identification de Dieu à un empire que le retrait hors du poli­tique.

Tra­di­tion médié­vale

De regno – Tho­mas d’A­quin
Trai­té bref sur le gou­ver­ne­ment poli­tique. Défense du bien com­mun et réflexion sur la fina­li­té de l’autorité.

Réforme et ortho­doxie réfor­mée

Ins­ti­tu­tion de la reli­gion chré­tienne – Jean Cal­vin
Livre IV, cha­pitres 20 notam­ment.
Texte cen­tral sur le magis­trat civil. Cal­vin refuse à la fois l’anarchie spi­ri­tuelle et la sacra­li­sa­tion du pou­voir poli­tique.

Com­men­taire sur le livre du pro­phète Daniel
Très utile pour com­prendre la sou­ve­rai­ne­té de Dieu sur les royaumes et les limites du pou­voir ter­restre.

Ins­ti­tutes of Elenc­tic Theo­lo­gy – Fran­çois Tur­re­tin
Genève, XVIIᵉ siècle.
Déve­lop­pe­ment clas­sique de la loi natu­relle, du magis­trat et des devoirs civiques.

Tra­di­tion réfor­mée moderne

Lec­tures on Cal­vi­nism – Abra­ham Kuy­per
Édi­tion ori­gi­nale anglaise, 1898.
Texte fon­da­men­tal sur la sou­ve­rai­ne­té des sphères. Kuy­per refuse l’État total autant que l’individualisme abso­lu.

Com­mon Grace
Sur la grâce com­mune comme fon­de­ment d’une coexis­tence poli­tique réelle mal­gré la chute.

Refor­med Dog­ma­tics – Her­man Bavinck
Édi­tion ori­gi­nale néer­lan­daise ; tra­duc­tion anglaise.
Par­ti­cu­liè­re­ment utile pour la doc­trine de la créa­tion, des peuples et de la culture.

Roots of Wes­tern Culture – Her­man Dooye­weerd
Ana­lyse des grands motifs reli­gieux qui struc­turent les civi­li­sa­tions.

Chris­tia­ni­ty and Culture – Cor­ne­lius Van Til
Pour pen­ser les pré­sup­po­sés reli­gieux der­rière les pro­jets poli­tiques.

Paix, non-vio­lence et tra­di­tion ana­bap­tiste

The Poli­tics of Jesus – John Howard Yoder
Texte majeur de la tra­di­tion ana­bap­tiste contem­po­raine sur la non-vio­lence chré­tienne et la poli­tique.

The Naked Ana­bap­tist – Stuart Mur­ray
Pré­sen­ta­tion acces­sible des intui­tions ana­bap­tistes.

Articles – tra­di­tion réfor­mée fran­co­phone

Revue Réfor­mée
Cher­cher notam­ment les articles de Pierre Mar­cel, Pierre Cour­thial et Jean-Marc Ber­toud sur loi, poli­tique, Église et culture.

Pers­pec­tives cri­tiques ou oppo­sées

Poli­ti­cal Libe­ra­lism – John Rawls
Vision libé­rale cher­chant un espace public neutre ; utile mais contes­tée par la théo­lo­gie réfor­mée sur la ques­tion des pré­sup­po­sés.

The Open Socie­ty and Its Ene­mies – Karl Pop­per
Cri­tique des tota­li­ta­rismes ; inté­res­sant pour pen­ser les limites du pou­voir mais fon­dé sur une anthro­po­lo­gie dif­fé­rente de la vision biblique.

Cette biblio­gra­phie per­met de situer le livre de Fré­dé­ric de Coninck : non comme une voix iso­lée, mais comme une pro­po­si­tion située dans une sen­si­bi­li­té évangélique–mennonite, utile à mettre en dia­logue avec la théo­lo­gie réfor­mée clas­sique des nations, de l’autorité et du bien com­mun.


Outils pédagogiques

Ques­tions pour iden­ti­fier les pré­sup­po­sés

  1. Lorsque j’entends le mot « nation », est-ce que j’imagine spon­ta­né­ment une richesse à pro­té­ger ou un dan­ger à dépas­ser ? Pour­quoi ?
  2. Quels pré­sup­po­sés anthro­po­lo­giques semblent sous-jacents au livre ?
    – l’homme est-il prin­ci­pa­le­ment rela­tion­nel ?
    – prin­ci­pa­le­ment crain­tif ?
    – prin­ci­pa­le­ment pécheur ?
    – prin­ci­pa­le­ment façon­né par son envi­ron­ne­ment ?
  3. L’isolement suf­fit-il à expli­quer cer­tains com­por­te­ments poli­tiques ? Quels autres fac­teurs pour­raient inter­ve­nir ?
  4. Quelles sont les dif­fé­rences entre :
    – patrio­tisme ;
    – natio­na­lisme ;
    – enra­ci­ne­ment ;
    – mon­dia­lisme ;
    – catho­li­ci­té chré­tienne ?
  5. Dans mon propre contexte, quelles peurs influencent le plus mes juge­ments poli­tiques ?

Lec­ture biblique – théo­lo­gie des nations

Lire les textes sui­vants et répondre :

Genèse 11.1–9 (Babel)
Actes 2.1–13 (Pen­te­côte)
Actes 17.24–28
Apo­ca­lypse 7.9–12
Apo­ca­lypse 21.24–26

Ques­tions :

– Pour­quoi Dieu dis­perse-t-il les peuples à Babel ?
– Que res­taure exac­te­ment Pen­te­côte ?
– Les nations dis­pa­raissent-elles dans le Royaume ?
– Quelle dif­fé­rence entre uni­té chré­tienne et uni­for­mi­té poli­tique ?

Exer­cice :

Com­plé­ter la phrase :

« Selon l’Écriture, les nations sont… »


Exer­cice apo­lo­gé­tique – tes­ter les visions du monde

Com­pa­rer ces trois affir­ma­tions :

A. « Le salut vien­dra du retour à la nation. »

B. « Le salut vien­dra du dépas­se­ment des nations. »

C. « Le salut vient du Christ qui récon­ci­lie des nations réelles. »

Pour cha­cune :

– quelle vision de l’homme ?
– quelle vision du mal ?
– quel remède pro­po­sé ?
– quel risque ido­lâ­trique ?


Ate­lier de dis­cer­ne­ment poli­tique chré­tien

Prendre une ques­tion actuelle (immi­gra­tion, défense, Europe, fron­tières, aide sociale…).

Construire un tableau :

Ques­tionCe que dit l’ÉcritureCe qui relève de la pru­dence poli­tique

Objec­tif :

Apprendre à dis­tin­guer :
– prin­cipe biblique ;
– appli­ca­tion pru­dente ;
– pré­fé­rence poli­tique.


Ques­tions de dis­cus­sion en groupe

  1. Peut-on aimer davan­tage ses proches sans moins aimer les autres ?
  2. Une nation chré­tienne est-elle pos­sible ?
  3. L’Église doit-elle prendre posi­tion poli­ti­que­ment ? Jusqu’où ?
  4. Quels sont aujourd’hui les nou­veaux « Babel » ?
  5. Com­ment aimer concrè­te­ment son pro­chain sans tom­ber dans l’abstraction ?

Exer­cice final – relier aux confes­sions réfor­mées

Relire :

– Confes­sion de foi de La Rochelle, art. 39–40 ;
– Confes­sion de West­mins­ter, chap. 23 ;
– Caté­chisme de Hei­del­berg, Q. 122–124.

Ques­tions :

– Quel rôle Dieu donne-t-il aux auto­ri­tés civiles ?
– Com­ment dis­tin­guer Royaume de Dieu et ordre poli­tique ?
– Com­ment évi­ter à la fois le retrait chré­tien et l’idolâtrie poli­tique ?

Phrase à rete­nir :
L’Écriture n’oppose pas l’amour du pro­chain aux peuples – elle refuse que les peuples prennent la place du pro­chain ou de Dieu.


Foedus et Semper Reformanda sont proposés gratuitement. Si cet article vous a été utile, vous pouvez contribuer librement aux frais d’hébergement, de maintenance et au travail éditorial.

Commentaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

En savoir plus sur Foedus

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture