Hamza la Douane – Le symptôme d’une crise plus profonde

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Cette image dénonce une culture où l’at­ten­tion devient une mon­naie. La pro­vo­ca­tion et l’hu­mi­lia­tion pro­mettent la vira­li­té, la gloire et l’argent. L’É­van­gile rap­pelle une autre logique : la valeur d’une per­sonne ne dépend pas du regard des foules, mais du regard de Dieu.


L’af­faire de « Ham­za la Douane » occupe les réseaux sociaux depuis quelques jours. Comme sou­vent, les réac­tions sont pré­vi­sibles. Les uns dénoncent un ado­les­cent deve­nu incon­trô­lable. Les autres expliquent qu’il n’est qu’une vic­time de son envi­ron­ne­ment. Je crois que les deux passent à côté de l’es­sen­tiel.

La ques­tion est plus pro­fonde qu’il n’y paraît.

Au cours de mon minis­tère pas­to­ral, puis comme aumô­nier mili­taire, j’ai ren­con­tré des cen­taines de jeunes. Cer­tains avaient gran­di dans des familles solides, d’autres dans des situa­tions d’une immense fra­gi­li­té. J’ai appris une chose : les ado­les­cents com­prennent très vite ce qu’une socié­té admire réel­le­ment. Ils écoutent moins nos dis­cours qu’ils n’ob­servent nos récom­penses. Ils voient qui devient célèbre, qui attire les regards, qui impose sa loi, qui fait le « buzz ». Ils s’a­daptent ensuite à cette hié­rar­chie des valeurs.

Il faut donc remon­ter plus haut.

Le véri­table pro­blème n’est pas un ado­les­cent de qua­torze ans. Il est celui d’une civi­li­sa­tion qui a pro­gres­si­ve­ment ces­sé d’ad­mi­rer le ser­vice, la fidé­li­té, le cou­rage dis­cret et le sens du devoir pour célé­brer tou­jours davan­tage la visi­bi­li­té, la pro­vo­ca­tion et l’af­fir­ma­tion de soi.

Dans les armées, j’ai sou­vent été frap­pé par une réa­li­té inverse. Les meilleurs sol­dats ne sont presque jamais ceux qui cherchent à se faire remar­quer. Ce sont sou­vent les plus dis­crets. Ceux qui accom­plissent leur mis­sion sans recher­cher les applau­dis­se­ments. Ceux qui savent que l’hon­neur ne consiste pas à être vu, mais à demeu­rer fidèle lorsque per­sonne ne regarde.

Notre socié­té trans­met aujourd’­hui exac­te­ment le mes­sage contraire.

Depuis plu­sieurs décen­nies, nous avons aus­si appris à nous méfier de toute auto­ri­té. Celle des parents, des ensei­gnants, des poli­ciers, par­fois même celle de la véri­té. Bien sûr, toute auto­ri­té peut être dévoyée. Mais à force de ne voir que ses abus, nous avons fini par oublier sa rai­son d’être.

La Sainte Écri­ture nous enseigne pour­tant que toute auto­ri­té légi­time est un don de Dieu pour conte­nir le mal et pré­ser­ver le bien com­mun. Lors­qu’elle dis­pa­raît, ce n’est pas la liber­té qui pro­gresse ; c’est la loi du plus fort qui revient.

Mais, plus pro­fon­dé­ment encore, le chris­tia­nisme refuse une illu­sion très répan­due : celle qui consiste à croire que notre prin­ci­pal pro­blème serait poli­tique, édu­ca­tif ou social. Ces dimen­sions existent. Elles comptent. Pour­tant, elles ne suf­fisent pas à expli­quer ce qui se passe sous nos yeux.

Le pro­blème du cœur humain demeure.

Comme l’é­cri­vait Jean Cal­vin, « le cœur humain est une fabrique per­pé­tuelle d’i­doles ». Nos idoles ont chan­gé de visage. Elles s’ap­pellent désor­mais célé­bri­té, visi­bi­li­té, influence ou vira­li­té. Mais elles conti­nuent de pro­mettre à l’homme ce qu’elles sont inca­pables de lui don­ner : une véri­table digni­té.

Je refuse pour­tant le cynisme. Le cynisme est une capi­tu­la­tion spi­ri­tuelle. L’his­toire m’a appris – dans les épreuves per­son­nelles comme sur les théâtres d’o­pé­ra­tions où j’ai accom­pa­gné nos mili­taires – que les périodes les plus sombres ne disent jamais toute la réa­li­té. Le mal est réel. La chute est réelle. Mais la grâce de Dieu l’est aus­si.

Même dans la nuit la plus obs­cure, la sou­ve­rai­ne­té de Dieu demeure plus réelle que les ténèbres elles-mêmes.

C’est pour­quoi je crois que notre res­pon­sa­bi­li­té n’est pas seule­ment de dénon­cer les dérives de notre époque. Elle est d’in­car­ner autre chose. De trans­mettre à nos enfants le goût de la véri­té, le res­pect de l’autre, le sens du devoir, la maî­trise de soi et cette convic­tion oubliée qu’il existe des causes plus grandes que nous-mêmes.

Une civi­li­sa­tion ne se relève pas uni­que­ment par des lois plus sévères. Elle se relève lorsque des hommes et des femmes recom­mencent à vivre selon des véri­tés qui les dépassent.

C’est pré­ci­sé­ment là que l’É­van­gile demeure notre plus grande espé­rance. Car Jésus-Christ ne vient pas seule­ment res­tau­rer des ins­ti­tu­tions. Il vient res­tau­rer des cœurs. Et c’est tou­jours ain­si que les véri­tables réformes com­mencent.


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