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La lumière du nouveau-né éclaire le visage de Marie et celui des bergers, tandis que l’étable demeure dans l’obscurité. Cette représentation de l’incarnation met en évidence la vulnérabilité véritable de l’enfant Jésus. L’article examine précisément comment confesser cette humanité authentique sans conclure que le Fils éternel aurait cessé d’être Dieu.
L’incarnation du Christ soulève une question décisive : comment Jésus peut-il être réellement homme, connaître la fatigue, apprendre, souffrir et mourir, tout en étant confessé comme le Fils éternel de Dieu ? Pour Charles-Éric de Saint Germain, la réponse traditionnelle de l’Église, formulée à Chalcédoine, serait contradictoire. Il propose une autre voie : le Logos, Dieu avant l’incarnation, aurait renoncé à être Dieu par essence pour devenir intégralement homme, avant d’être glorifié par le Père. Une telle lecture veut prendre au sérieux l’abaissement du Christ décrit en Philippiens 2 et la réalité de son expérience humaine. Elle oblige cependant à examiner une question plus fondamentale : l’Écriture enseigne-t-elle une perte de divinité ou l’assomption d’une véritable humanité ? Et que devient notre salut si le Médiateur cesse, même temporairement, d’être Dieu ? Pour répondre, il faut distinguer les textes bibliques, les exigences de la logique et les formulations confessionnelles, sans transformer le mystère en contradiction ni résoudre la difficulté au prix de l’identité même du Sauveur.
Le débat porte sur l’identité du Christ
La question de l’union hypostatique touche à l’identité de celui qui s’est incarné, a été crucifié et est ressuscité. Le sujet est-il le Fils éternel demeuré Dieu en assumant notre humanité, ou un être devenu exclusivement humain après avoir abandonné sa divinité ?
Dans un texte intitulé « Pourquoi je ne crois pas à l’union hypostatique de deux natures (divine et humaine) dans la personne de Jésus », attribué à Charles-Éric de Saint Germain, une seconde possibilité est défendue. L’auteur ne conteste ni la préexistence du Logos, ni la véritable humanité de Jésus, ni sa résurrection. Il cherche à préserver le sérieux de la vie humaine du Christ : sa croissance, ses limitations, son obéissance, sa dépendance du Père et son action par le Saint-Esprit.
Sa solution est une kénose ontologique : le Logos, Dieu avant l’incarnation, se dépouillerait de sa condition divine jusqu’à devenir homme seulement ; glorifié après sa résurrection, il participerait parfaitement à la vie divine. Cette proposition veut éviter une humanité de façade. Mais explique-t-elle mieux les Écritures, ou déplace-t-elle les difficultés ?
La kénose et Philippiens 2
Le dépouillement n’est pas une perte de divinité
Philippiens 2.5–11 présente l’humilité du Christ comme modèle des croyants. Le verbe grec ekenōsen signifie qu’il s’est dépouillé. Paul précise aussitôt la modalité de cette humiliation : le Fils a pris la condition de serviteur, il est devenu semblable aux hommes et s’est abaissé jusqu’à la mort. Le texte ne déclare pas qu’il aurait cessé d’être Dieu. Cette lecture serait une inférence supplémentaire, non le sens expressément formulé par Paul.
Une humanité authentique
L’incarnation ne signifie pas que Jésus aurait simplement joué le rôle d’un homme. L’Écriture affirme sa croissance en sagesse (Luc 2.52), ses souffrances, son obéissance, et sa solidarité avec les humains (Hébreux 2.14–18). Une humanité véritable n’exige pas pour autant l’abolition de la divinité du Fils. La question n’est pas de choisir entre deux demi-natures mais de reconnaître la réalité de la nature humaine assumée.
L’union hypostatique est-elle contradictoire ?
Une contradiction logique exige l’affirmation et la négation du même prédicat, du même sujet, sous le même rapport. Chalcédoine distingue une personne et deux natures. Le Christ est éternel selon sa divinité et né dans le temps selon son humanité. L’affirmation ne confond donc pas une nature à la fois créée et incréée. Cette distinction évite la contradiction formelle, même si elle ne résout pas toutes les difficultés métaphysiques.
La connaissance et la mort du Christ
Marc 13.32, où Jésus déclare ne pas connaître le jour ni l’heure, constitue une difficulté théologique sérieuse. La distinction des natures permet de comprendre cette limitation par rapport à la connaissance humaine du Christ, sans prétendre expliquer totalement les rapports entre ses connaissances divine et humaine. De même, la mort du Fils de Dieu n’implique pas la disparition de l’essence divine : la personne du Fils subit réellement la mort dans la nature humaine qu’elle a assumée. La formulation classique maintient la réalité de la passion et l’identité de celui qui souffre.
La difficulté fondamentale de la kénose ontologique
Une essence divine peut-elle être abandonnée ?
La kénose ontologique présente une difficulté qu’elle ne peut éluder. Si le Logos est Dieu par essence avant l’incarnation, sa divinité ne saurait devenir une propriété secondaire dont il pourrait se défaire. Une propriété essentielle appartient à ce qu’un être est. Si le Logos cessait d’être Dieu par essence, il subirait un changement dans son être même. Comment maintenir alors son identité personnelle ? Et comment cette mutation s’accorderait-elle avec l’immutabilité de Dieu ?
Il faut distinguer ce que Dieu est de la manière dont il manifeste sa gloire dans l’histoire. Le Fils peut choisir de prendre la condition de serviteur sans perdre ce qui constitue sa divinité. La distinction n’est pas une échappatoire : elle évite de traiter l’essence divine comme un attribut disponible. La question de l’identité du Fils demeure autrement plus complexe si celui-ci abandonne sa divinité, puis reçoit une participation nouvelle à la vie divine.
L’image de Dieu n’est pas une nature divine
Selon l’hypothèse examinée, le Logos conserverait son identité dans la parfaite conformité à l’image de Dieu. Or Genèse 1.26–27 affirme que l’humanité est créée à cette image sans devenir divine par essence. Une participation parfaite à la vie divine n’est pas non plus identique à la possession éternelle de la nature divine. En Colossiens 1.15, le Christ est l’image du Dieu invisible ; dans le même passage, Paul le présente comme celui en qui, par qui et pour qui toutes choses ont été créées. Cette description déborde la seule catégorie d’une créature parfaitement conforme à Dieu.
Les textes bibliques confirment-ils la permanence de sa divinité ?
Du Logos éternel au Verbe incarné
Jean 1.1 affirme que le Logos était Dieu. Jean 1.14 annonce que le même Logos est devenu chair. Le texte ne présente pas deux sujets successifs : un être divin avant l’incarnation, puis un autre devenu exclusivement humain. C’est précisément le Logos identifié comme Dieu qui devient chair. Jean 17.5 montre Jésus s’adressant au Père et évoquant la gloire qu’il possédait auprès de lui avant l’existence du monde. La continuité personnelle entre le Fils préexistant et le Fils incarné constitue une donnée fondamentale de la christologie johannique.
La plénitude de la divinité en Christ
Colossiens 2.9 affirme que toute la plénitude de la divinité habite corporellement en Christ. Le substantif grec theotēs désigne la divinité elle-même. Il est donc difficile de réduire cette affirmation à une ressemblance morale ou à une participation créaturelle. Dans Hébreux 1.10–12, des paroles concernant le Créateur éternel sont appliquées au Fils. Au terme de l’Évangile de Jean, Thomas confesse Jésus ressuscité comme son Seigneur et son Dieu (Jean 20.28). Ces textes doivent être interprétés ensemble, plutôt que subordonnés à une lecture isolée de Philippiens 2.
Le Christ agit par le Saint-Esprit : faut-il nier sa divinité ?
L’action du Saint-Esprit dans la vie terrestre de Jésus est abondamment attestée. Jésus est oint par l’Esprit, conduit par lui et accomplit la mission reçue du Père. Actes 2.22 parle des miracles accomplis par Dieu au moyen de Jésus. Cependant, aucun de ces textes ne dit que le Fils devait cesser d’être Dieu pour vivre et agir par l’Esprit. La doctrine trinitaire distingue la mission du Fils incarné et l’action de l’Esprit sans opposer leurs divinités. Jésus obéit réellement au Père selon son humanité ; cette obéissance n’exige pas la suppression de sa nature divine.
Une doctrine qui engage le salut
Le problème christologique concerne celui qui nous réconcilie avec Dieu. Le Catéchisme de Heidelberg, questions 15 à 18, explique pourquoi le Médiateur doit être véritablement homme, afin de nous représenter, et véritablement Dieu, afin que son œuvre possède la puissance de vaincre le péché et la mort. Dans la Confession de foi belge, article 19, les deux natures demeurent unies même dans la mort. Les confessions réformées ne défendent pas une formule purement abstraite : elles cherchent à préserver l’identité du Sauveur, l’authenticité de son sacrifice et la suffisance de sa rédemption.
Dans De Incarnatione Verbi, § 10, Athanase d’Alexandrie écrit : « Par le sacrifice de son propre corps, il mit fin à la loi de mort qui nous barrait le chemin et inaugura pour nous une vie nouvelle en nous donnant l’espérance de la résurrection. » Il souligne la réalité du corps offert et l’efficacité de l’œuvre du Christ. Au § 17, il insiste aussi sur la permanence de l’activité cosmique du Verbe incarné. Le Verbe qui sauve dans notre humanité reste le Créateur et le Seigneur.
Jean Calvin exprime dans son Catéchisme de Genève, septième dimanche, question 51, le besoin de recouvrer en Christ ce qui nous manque : « Voire. Car il nous faut recouvrer en luy tout ce qui nous defaut en nous-mesmes. Ce qui ne se peut autrement faire. » Cette perspective relie la personne du Médiateur à la suffisance de son œuvre pour nous. Le but de la christologie n’est pas de gagner une controverse, mais de reconnaître celui qui nous sauve.
Irénée de Lyon rappelle l’identité du Messie dans sa Démonstration de la prédication apostolique, § 36, en l’appelant « le Fils de Dieu devenu Fils de l’homme ». La formule souligne la continuité personnelle entre la préexistence du Fils et son entrée dans notre humanité. À travers les siècles, la confession chrétienne ne dit pas qu’un homme devient Dieu, mais que le Fils vient partager réellement notre condition.
Des objections qui restent sérieuses
Jésus ignore-t-il ce que Dieu sait ?
L’affirmation de Jésus en Marc 13.32 exige plus qu’une réponse purement verbale. Dire « selon son humanité » ne suffit pas à décrire le vécu concret de cette limitation dans une seule personne. Plusieurs modèles contemporains tentent de rendre compte de la conscience humaine du Christ, de sa croissance et de son rapport au savoir divin. Le désaccord entre eux rappelle qu’une distinction ontologique peut être conceptuellement cohérente sans constituer une explication psychologique achevée. Une christologie fidèle doit accueillir les interrogations légitimes sans conclure précipitamment que l’une des natures a disparu.
L’abaissement suppose-t-il une véritable renonciation ?
Le Fils renonce réellement au rang qui lui appartient et entre dans une condition d’humiliation. La kénose classique n’est donc pas un simple « déguisement » divin. Elle reconnaît un choix, une obéissance, une pauvreté et une souffrance historiques. Elle distingue toutefois l’usage visible de la gloire et l’essence divine elle-même. L’essence divine ne constitue pas un vêtement que l’on pourrait enlever pour le reprendre ultérieurement. La fidélité à l’Écriture exige d’affirmer sans réserve le dépouillement, mais elle ne permet pas de lui attribuer arbitrairement un objet que Paul ne nomme pas.
Qu’advient-il de la Trinité si le Fils cesse d’être Dieu ?
L’objection touche aussi à la vie trinitaire. Si le Fils cesse d’être divin au moment de l’incarnation, la communion éternelle entre le Père, le Fils et l’Esprit subit-elle une interruption ? L’unique nature divine devient-elle différente de ce qu’elle était ? Ou faut-il imaginer qu’une personne divine conserve son identité tout en perdant ce qui la rend divine ? Ces questions ne sont pas des réfutations déductives automatiques ; elles font néanmoins apparaître le prix métaphysique considérable de la solution proposée. La christologie de Chalcédoine protège, elle, la continuité du Fils et de l’être divin, tout en confessant une humanité véritablement assumée.
La divinisation humaine ne suffit pas à définir le Fils
La participation des croyants à la vie de Dieu, évoquée notamment en 2 Pierre 1.4, appartient au langage chrétien traditionnel de la sanctification et de la glorification. Mais elle n’abolit pas la distinction Créateur-créature. Faire de la glorification du Christ une participation semblable, quoique parfaite, ne rend pas aisément justice aux textes qui lui reconnaissent une identité et des prérogatives propres au Créateur. L’Écriture peut affirmer l’exaltation de l’humanité de Jésus sans enseigner une déchéance préalable de sa divinité.
Conclusion
La kénose ontologique veut défendre l’humanité véritable de Jésus ; cette préoccupation est légitime. Mais elle ne démontre pas que l’union hypostatique serait logiquement contradictoire. Philippiens 2 décrit l’abaissement du Fils sans déclarer que sa nature divine disparaît ; Jean 1, Colossiens 2 et Hébreux 1 témoignent de la continuité de son identité et de sa divinité. En faisant de la divinité essentielle une propriété perdue à l’incarnation, l’hypothèse examinée crée au contraire une difficulté profonde sur l’identité de Dieu.
La doctrine classique conserve des questions métaphysiques ouvertes, particulièrement concernant l’articulation de l’intelligence humaine du Christ et de son identité éternelle. Sa force n’est pas de dissiper tout mystère, mais de chercher à confesser sans réduction le témoignage de l’Écriture : le Fils éternel demeure Dieu tout en devenant véritablement homme, pour notre salut.
Annexes
Annexe 1 – Éclairage biblique
Philippiens 2.5–11 : le passage exhorte à l’humilité. Le Christ, qui existait en forme de Dieu, se dépouille en prenant la condition de serviteur. Le lien grammatical entre le dépouillement et l’assomption d’une condition humaine est décisif. Il faut distinguer ce que l’apôtre affirme explicitement de ce qu’une théorie métaphysique déduit de ce texte. L’hypothèse d’une perte de l’essence divine n’est pas formulée. La résurrection et l’exaltation attestent la victoire du Christ, mais ne sont pas décrites comme une nouvelle acquisition de divinité.
Jean 1.1–18 : le Logos est auprès de Dieu, il est Dieu et devient chair. Le texte présente la continuité du sujet. Il ne sépare pas deux personnes successives, l’une préexistante et l’autre incarnée. La gloire du Verbe demeure perceptible dans l’existence humaine de Jésus, même si elle ne s’y manifeste pas comme une puissance mondaine.
Jean 17.5 et Jean 20.28 : le premier texte affirme le rapport du Christ à la gloire divine avant la fondation du monde ; le second présente la confession de Thomas devant le Ressuscité. L’ensemble de l’Évangile doit gouverner l’interprétation de ces paroles. La distinction entre une simple participation créaturelle à Dieu et l’identité divine du Fils est particulièrement importante ici.
Colossiens 1.15–20 et 2.9 : Jésus est l’image du Dieu invisible, mais le même passage le présente comme médiateur de la création entière. La plénitude de la divinité habite corporellement en lui. La notion d’image ne peut donc être isolée de l’activité créatrice et de la permanence de sa divinité.
Hébreux 1.1–2.18 : le premier chapitre attribue au Fils des propriétés liées au Créateur éternel. Le second insiste sur la réalité de sa solidarité avec les hommes. Ces deux dimensions doivent rester conjointes. Hébreux n’autorise ni une humanité illusoire ni une divinité effacée.
Marc 13.32, Luc 2.52 et Actes 2.22 : Jésus connaît une limitation de savoir dans son expérience humaine, grandit en sagesse et accomplit des miracles selon le dessein divin. Ces données doivent être confessées sans les diminuer. En revanche, elles n’énoncent pas elles-mêmes que le Logos cesse d’être Dieu. Elles nourrissent une difficulté théologique réelle, non une preuve textuelle de la kénose ontologique.
Jean 5.26 et 1 Corinthiens 15.24–28 : la réception de la vie du Père et la soumission finale du Fils sont des passages débattus. Leur interprétation doit tenir compte à la fois des relations trinitaires et de la mission médiatrice du Christ. Ils ne sauraient être isolés de l’ensemble du témoignage biblique.
Annexe 2 – Éclairage confessionnel et historique
Le concile de Chalcédoine (451) a formulé une confession destinée à éviter plusieurs réductions de l’incarnation. Un seul et même Christ est reconnu en deux natures : la divinité et l’humanité ne se mélangent pas et ne se transforment pas l’une en l’autre ; elles ne constituent pas non plus deux sujets personnels séparés. La définition ne constitue pas un traité sur la conscience humaine de Jésus. Elle trace plutôt les limites dans lesquelles le témoignage biblique peut être confessé sans supprimer la véritable humanité ou la divinité du Fils.
La Confession de foi belge, à l’article 19, affirme que les propriétés des deux natures demeurent distinctes. La nature divine reste incréée, tandis que la nature humaine conserve les caractéristiques d’une véritable créature. Le texte précise que les deux natures ne sont pas séparées par la mort de Jésus. La mort concerne réellement sa vie humaine ; la divinité ne disparaît pas au tombeau. Cette formulation constitue une réponse confessionnelle directe à l’idée que le Verbe aurait abandonné son essence divine.
Le Catéchisme de Heidelberg, au sixième dimanche, questions 15 à 18, part de la nécessité de notre réconciliation. Le Médiateur doit être véritablement homme et juste, afin de représenter ceux qui ont péché. Il doit également être véritablement Dieu pour porter le jugement et restaurer la justice et la vie. L’union des deux natures ne relève donc pas d’une curiosité spéculative : elle éclaire la suffisance de la médiation du Sauveur.
La Confession de foi de Westminster, chapitre VIII, paragraphes 2 et 7, reprend cette perspective. Elle enseigne que le Fils éternel a pris la nature humaine sans conversion ni confusion des natures. Elle précise que le Médiateur agit selon chacune d’elles, tout en demeurant une seule personne. Cette précision aide à comprendre pourquoi l’Écriture peut attribuer au Fils des prédicats humains, comme la souffrance et la mort, sans déclarer que la nature divine serait mortelle.
Ces textes montrent la continuité de la doctrine historique reçue par les Églises réformées. Leur autorité demeure subordonnée à l’Écriture : ils constituent une réception ecclésiale raisonnée, et non un substitut au travail d’exégèse. Leur convergence permet cependant d’écarter l’idée selon laquelle l’union hypostatique ne serait qu’une invention arbitraire destinée à masquer une contradiction.
Notices biographiques
Irénée de Lyon (v. 130–v. 202) : témoin de la pensée chrétienne du IIe siècle, auteur de la Démonstration de la prédication apostolique. Son œuvre souligne la continuité entre les promesses d’Israël et leur accomplissement en Jésus-Christ.
Athanase d’Alexandrie (v. 296–373) : évêque et théologien du IVe siècle, défenseur de la divinité du Verbe incarné. Son traité De l’incarnation du Verbe relie la personne du Sauveur à la victoire sur la mort.
Jean Calvin (1509–1564) : Réformateur et théologien, auteur de l’Institution de la religion chrétienne et du Catéchisme de Genève. Il reprend la christologie historique dans sa réflexion sur le Médiateur et le salut.
Bibliographie
Athanase d’Alexandrie, De Incarnatione Verbi, notamment §§ 10 et 17. La source ancienne permet d’examiner le rapport entre le sacrifice du corps assumé par le Verbe et la permanence de son activité divine.
Irénée de Lyon, Démonstration de la prédication apostolique, notamment § 36. Témoin de la confession ancienne du Fils de Dieu devenu Fils de l’homme.
Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, livre II, chapitres 12 à 14. Présentation réformée de la personne du Médiateur, de son incarnation et de l’unité de ses deux natures.
Définition de foi du concile de Chalcédoine (451) ; Confession de foi belge, article 19 ; Catéchisme de Heidelberg, questions 15 à 18 ; Confession de Westminster, chapitre VIII. Sources confessionnelles à comparer aux passages scripturaires.
Thomas V. Morris, The Logic of God Incarnate, 1986. Ouvrage de philosophie analytique portant sur les difficultés de cohérence de la doctrine classique de l’incarnation.
Pour aller plus loin
Glossaire
Union hypostatique : union personnelle de deux natures, divine et humaine, dans le seul Jésus-Christ.
Kénose : terme tiré de Philippiens 2.7, désignant le dépouillement ou l’abaissement volontaire du Fils. La controverse porte sur ce dont il se dépouille.
Kénose ontologique : conception selon laquelle le Verbe renoncerait réellement à sa nature divine ou à des attributs essentiels en devenant homme.
Nature : ensemble de ce qui constitue un être dans sa réalité propre. Personne : sujet qui existe et agit. La distinction permet de discuter les propriétés attribuées au Christ sans les confondre.
Trois questions pour examiner l’argument
1. Le dépouillement de Philippiens 2 désigne-t-il expressément la perte de la nature divine, ou Paul en décrit-il la manifestation par l’assomption de la condition de serviteur ?
2. Comment maintenir l’identité du Logos à travers l’incarnation si celui-ci cesse de posséder l’essence divine qui était la sienne ?
3. Quel modèle rend le mieux compte, simultanément, de Jean 1, Colossiens 2, Hébreux 1 et des textes qui affirment l’ignorance ou la souffrance humaines de Jésus ?
Proposition de lecture
Lire Philippiens 2.5–11, Jean 1.1–18 et Hébreux 1.1–2.18 dans leur contexte. Noter séparément les affirmations sur la préexistence, la divinité, l’humanité, l’humiliation et l’exaltation. Distinguer ensuite les données explicites des hypothèses introduites pour les relier. Cette démarche permet de ne pas remplacer l’exégèse par une construction spéculative.
La conclusion à retenir n’est pas que l’union hypostatique explique tout. Elle est plus mesurée : la doctrine classique propose une articulation non formellement contradictoire des données bibliques, tandis que la kénose ontologique doit justifier l’idée supplémentaire d’une cessation de la divinité essentielle du Fils.
Distinguer deux modèles christologiques
La christologie classique affirme une personne unique possédant la nature divine et la nature humaine. La kénose ontologique affirme que le Fils perd la divinité essentielle en devenant homme. La première cherche à articuler deux séries d’énoncés scripturaires ; la seconde doit justifier la possibilité même de cette perte. Le lecteur peut comparer leur cohérence en distinguant les textes explicitement invoqués et les hypothèses philosophiques nécessaires à chacune.
Métadonnées éditoriales
Article apologétique – Christologie – niveau : approfondissement. Principaux textes : Philippiens 2.5–11 ; Jean 1.1–18 ; Colossiens 1.15–20 et 2.9 ; Hébreux 1–2. Illustration contemporaine générée par ChatGPT, inspirée du clair-obscur baroque. Date de préparation : 16 octobre 2026.

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