Pour lire l’image
Le regard du Christ constitue le centre de la composition. Avant d’envoyer ses disciples, il voit les foules et se laisse émouvoir par leur détresse. Les champs prêts pour la récolte rappellent que la mission naît de la compassion de Dieu. L’image illustre ainsi le mouvement de l’alliance : Dieu rassemble son peuple, le réconcilie en Christ et l’envoie dans le monde.
Le 11e dimanche du Temps ordinaire nous fait entrer dans une séquence importante de l’année liturgique. Après les grandes fêtes du salut – Pâques, Ascension, Pentecôte et la célébration de la Sainte Trinité – l’Église est invitée à contempler l’œuvre quotidienne du Royaume de Dieu dans le monde. La couleur liturgique est le vert, signe de croissance, de persévérance et de vie.
Les lectures de ce dimanche sont : Exode 19.2–6a, où le Seigneur appelle Israël à être son peuple particulier, un royaume de prêtres et une nation sainte ; Romains 5.6–11, où l’apôtre Paul rappelle que le Christ est mort pour des pécheurs afin de les réconcilier avec Dieu ; Matthieu 9.36–10.8, où Jésus, ému de compassion devant les foules sans berger, appelle ses disciples et les envoie dans sa moisson.
Le fil conducteur qui unit ces textes est celui de l’élection en vue de la mission. Dieu ne choisit jamais son peuple pour lui-même seulement. Israël est appelé au Sinaï pour être un témoin parmi les nations. Les croyants sont réconciliés avec Dieu par le sacrifice du Christ afin de vivre pour lui. Les disciples sont envoyés pour annoncer la venue du Royaume et manifester la miséricorde de Dieu.
Dans la perspective de la théologie de l’alliance, ces textes révèlent l’unité profonde du dessein divin. Le peuple rassemblé au pied du Sinaï, l’Église réconciliée par le sang du Christ et les disciples envoyés dans le monde participent à une même histoire du salut. Dieu se constitue un peuple, le rachète par grâce et l’envoie comme témoin de son règne.
L’Évangile souligne particulièrement la compassion du Christ. Avant d’envoyer ses disciples, Jésus voit les foules « languissantes et abattues, comme des brebis qui n’ont point de berger ». La mission chrétienne ne naît pas d’une stratégie humaine mais du cœur même du Bon Berger. Elle est la conséquence de l’amour de Dieu pour un monde perdu.
Ainsi, ce dimanche nous rappelle à la fois notre identité et notre vocation : nous appartenons au Seigneur par grâce, et nous sommes appelés à participer à son œuvre dans le monde. Celui qui rassemble son peuple est aussi celui qui l’envoie. Le Dieu de l’alliance demeure le Dieu qui appelle, réconcilie et missionne.
Psaume du jour
Le Psaume 100 occupe une place particulière dans le Psautier de Genève comme grand psaume d’action de grâce et d’adoration communautaire. Il célèbre la royauté du Seigneur, la joie du culte et l’appartenance du peuple de Dieu à son Berger : « Sachez que l’Éternel est Dieu ! C’est lui qui nous a faits, et nous lui appartenons ; nous sommes son peuple et le troupeau de son pâturage. » Son lien avec Exode 19 est évident : Dieu se choisit un peuple qui lui appartient. Il rejoint également Matthieu 9.36, où Jésus voit les foules comme des brebis sans berger, et Romains 5, qui rappelle que notre communion avec Dieu repose sur sa grâce et non sur nos mérites.
Dans le culte, le Psaume 100 convient particulièrement comme psaume d’entrée ou d’adoration, car il appelle toute la terre à servir le Seigneur avec joie et reconnaissance. Il peut également être chanté après la prédication ou lors de la Sainte Cène comme réponse de gratitude à l’œuvre du salut. Son caractère festif et communautaire en fait l’un des grands psaumes de rassemblement du peuple de l’alliance devant son Dieu.
Cette page rassemble les textes bibliques du jour, une méditation, une prédication et des éléments liturgiques pour le culte. Elle a pour objectif d’aider à la préparation et à la célébration du culte, mais aussi à la lecture personnelle et communautaire de l’Écriture. L’ensemble du contenu est libre de droit et peut être utilisé, adapté et diffusé dans un cadre ecclésial, pastoral ou pédagogique. Vous pouvez citer l’auteur ou non, selon votre usage et votre contexte.
L’architecture de cette page permet trois niveaux de lecture :
- Lecteur pressé → méditation + prédication → nourri
- Lecteur engagé → ajoute l’exégèse → enraciné
- Lecteur formé / responsable → va jusqu’à l’apologétique → équipé
Courte méditation
La méditation proposée sur le blog foedus.fr est volontairement courte. Elle s’appuie sur le texte de l’Évangile du jour (sauf indication contraire) et cherche à en faire ressortir une parole centrale, accessible et directement applicable à la vie quotidienne. Elle est accompagnée d’une prière simple, en écho au message biblique.
Cette méditation peut être reprise telle quelle ou adaptée librement. Elle se prête particulièrement bien à un usage personnel, pastoral ou à un partage sur les réseaux sociaux (Facebook, X, etc.), sous forme de copier-coller.
Ce texte est libre de droit. Vous pouvez citer l’auteur ou non, selon votre usage et votre contexte.
La compassion du Bon Berger
« Voyant la foule, il fut ému de compassion pour elle, parce qu’elle était languissante et abattue, comme des brebis qui n’ont point de berger. » (Matthieu 9.36)
L’Évangile de ce dimanche nous révèle quelque chose de précieux sur le cœur du Seigneur Jésus-Christ. Avant d’envoyer ses disciples, avant d’enseigner, avant même d’accomplir de nouveaux miracles, il regarde. Il regarde les foules. Il voit ce que d’autres ne voient pas. Là où beaucoup aperçoivent simplement une multitude anonyme, il discerne des hommes et des femmes blessés, fatigués, désorientés, privés de berger.
Le texte ne dit pas que Jésus fut irrité par leur ignorance, ni scandalisé par leurs péchés. Il fut ému de compassion. Le Fils de Dieu ne contemple pas la misère humaine avec indifférence. Il ne détourne pas son regard. Il s’approche.
Cette compassion du Christ traverse toute l’histoire biblique. Au Sinaï déjà, Dieu rappelait à Israël : « Je vous ai portés sur des ailes d’aigle et amenés vers moi. » Le Seigneur n’est pas un Dieu lointain qui se contente de donner des ordres. Il est celui qui délivre, porte, protège et conduit son peuple.
L’apôtre Paul va plus loin encore lorsqu’il affirme que « lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous ». Nous étions non seulement des brebis sans berger, mais aussi des ennemis réconciliés par sa grâce. La compassion du Christ ne s’arrête pas à la pitié. Elle le conduit jusqu’à la croix.
Nous vivons dans un monde où beaucoup cherchent un guide, un sens, une direction. Les idéologies se succèdent, les promesses humaines se multiplient, mais le cœur demeure inquiet. Les brebis ont toujours besoin d’un berger. Cette réalité n’a pas changé depuis les jours de l’Évangile.
La bonne nouvelle est que le Christ continue aujourd’hui de regarder son peuple avec la même compassion. Il connaît nos fatigues, nos inquiétudes, nos combats et nos égarements. Rien ne lui échappe. Et celui qui nous appelle est aussi celui qui nous conduit.
Approchons-nous donc de lui avec confiance. Le Bon Berger n’abandonne pas ses brebis. Celui qui les a rachetées par son sang les garde encore aujourd’hui par sa puissance et les conduira finalement jusqu’aux pâturages éternels.
Prière
Seigneur Jésus-Christ, Bon Berger de ton peuple, apprends-nous à entendre ta voix et à te suivre fidèlement. Lorsque nous sommes fatigués ou dispersés, rassemble-nous auprès de toi. Fais-nous vivre de ta grâce, marcher dans ton alliance et servir avec joie dans ta moisson. Amen.
Vincent Bru, 10/06/2026
Portés, réconciliés, envoyés
La vie militaire est souvent associée à l’engagement, à la discipline et à la mission. Le soldat apprend très tôt qu’il appartient à quelque chose qui le dépasse. Il reçoit une mission, il sert une unité, il s’inscrit dans une histoire. Mais derrière les opérations, les entraînements, les responsabilités et les contraintes du métier demeure une question plus profonde : à qui appartenons-nous réellement ?
Les textes bibliques de ce dimanche apportent une réponse remarquable.
Dans le livre de l’Exode, Dieu rappelle à Israël ce qu’il a fait pour lui : « Je vous ai portés sur des ailes d’aigle et amenés vers moi. » Cette image est forte. Avant d’être un peuple qui agit, Israël est un peuple qui a été porté. Avant d’être appelé à obéir, il a été délivré.
Il existe ici une leçon importante pour le militaire chrétien. Nous sommes souvent tentés de mesurer notre valeur à nos performances, à nos responsabilités ou à nos résultats. Pourtant, la première vérité de l’Évangile n’est pas ce que nous faisons pour Dieu mais ce que Dieu a fait pour nous.
Le Seigneur ne dit pas à Israël : « Vous m’avez rejoint grâce à votre courage. » Il dit : « Je vous ai portés. »
Avec les années, beaucoup de militaires découvrent leurs limites. Le corps vieillit. Certaines capacités diminuent. Les projets changent. Des mutations surviennent. Les responsabilités passent à d’autres. Nous apprenons progressivement que notre existence ne repose pas uniquement sur notre propre force.
La foi chrétienne nous rappelle alors que nous sommes portés par une fidélité plus grande que la nôtre.
L’apôtre Paul nous conduit encore plus loin.
Dans l’épître aux Romains, il écrit que « lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous ».
Le soldat connaît la notion de sacrifice. Il sait ce qu’est le dévouement. Il comprend ce que signifie servir une cause plus grande que soi.
Mais ici apparaît quelque chose d’unique. Le Christ ne donne pas sa vie pour ses amis seulement. Il donne sa vie pour des ennemis. Il meurt pour ceux qui ne le cherchent pas. Il réconcilie avec Dieu ceux qui s’étaient éloignés de lui.
Dans beaucoup de domaines de la vie, la reconnaissance dépend du mérite. Une promotion, une décoration ou une responsabilité sont généralement accordées à quelqu’un qui les a méritées.
La grâce de Dieu fonctionne autrement.
Elle est donnée à des hommes et des femmes qui ne peuvent pas la gagner.
Cette vérité est profondément libératrice. Elle nous rappelle que notre identité la plus profonde ne repose ni sur notre grade, ni sur notre fonction, ni sur nos réussites. Elle repose sur l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ.
Puis l’Évangile nous montre Jésus regardant les foules.
Il les voit « comme des brebis qui n’ont point de berger ».
Cette image résonne particulièrement dans le monde militaire. Sur le terrain, l’absence de commandement clair produit rapidement la confusion. Une unité privée de direction perd sa cohésion et son efficacité. L’histoire militaire regorge d’exemples où la disparition des chefs a provoqué le désordre et parfois la défaite.
Jésus applique une image semblable à l’humanité. Il voit des hommes et des femmes désorientés, dispersés, fatigués.
Puis il appelle ses disciples et les envoie dans sa moisson.
Nous retrouvons ici une vérité essentielle de la vocation chrétienne.
Dieu nous porte.
Dieu nous réconcilie.
Puis Dieu nous envoie.
Le chrétien n’est pas appelé à vivre replié sur lui-même. Il reçoit une mission.
Pour un militaire, cette mission ne consiste pas nécessairement à prononcer de longs discours religieux. Elle commence souvent par la fidélité quotidienne. Servir avec honnêteté. Exercer l’autorité avec justice. Respecter la dignité de chacun. Être un homme ou une femme de parole. Refuser le cynisme. Témoigner de l’espérance chrétienne lorsque l’occasion se présente.
Le Christ n’appelle pas tous les croyants à la même tâche, mais il appelle chacun à participer à sa moisson.
Les trois lectures de ce dimanche forment ainsi un seul message.
Le Dieu de l’alliance nous porte lorsque nos forces sont insuffisantes.
Le Christ nous réconcilie lorsque nos péchés nous condamnent.
Le Seigneur nous envoie lorsque nous serions tentés de vivre uniquement pour nous-mêmes.
Dans un monde souvent marqué par l’incertitude, le militaire chrétien peut avancer avec confiance. Il sait qu’il appartient à un Royaume qui ne passera pas. Il sait que le véritable Chef de son existence est le Christ. Et il sait que, quelles que soient les routes qu’il devra encore parcourir, celui qui l’a porté jusqu’ici continuera de le conduire jusqu’au terme du voyage.
Prière
Seigneur notre Dieu,
nous te remercions parce que tu es le Dieu qui porte son peuple.
Comme tu as porté Israël sur des ailes d’aigle, tu nous as soutenus dans les jours de joie comme dans les jours d’épreuve. Souvent nous avons cru avancer par nos propres forces, mais c’est ta main qui nous a conduits.
Nous te remercions pour Jésus-Christ, notre Sauveur. Alors que nous étions encore pécheurs, il a donné sa vie pour nous. Nous n’avons rien à présenter devant toi sinon notre besoin de grâce. Mais nous croyons que sa croix est suffisante, que son pardon est complet et que sa résurrection nous ouvre le chemin de la vie.
Nous te prions pour les militaires, les marins, les aviateurs, les gendarmes, les réservistes et leurs familles. Dans les responsabilités quotidiennes, dans les missions lointaines, dans les périodes d’incertitude ou de fatigue, garde-les dans ta paix. Donne-leur sagesse dans leurs décisions, courage dans leurs devoirs et fidélité dans leur vocation.
Apprends-nous à entendre la voix du Bon Berger. Préserve-nous de l’orgueil qui croit pouvoir se passer de toi, mais aussi du découragement qui oublie ta présence. Lorsque nos forces diminuent, rappelle-nous que ta grâce demeure. Lorsque nos chemins semblent obscurs, rappelle-nous que tu marches devant nous.
Fais de nous des témoins fidèles de ton Royaume. Là où tu nous as placés, donne-nous de servir avec droiture, d’exercer nos responsabilités avec justice et de porter autour de nous quelque chose de la lumière du Christ.
Et puisque la moisson est grande, suscite encore des ouvriers pour ton Église. Donne à ton peuple des pasteurs fidèles, des serviteurs courageux et des disciples remplis d’amour pour toi et pour leur prochain.
Nous te confions notre avenir, nos familles, notre pays et nos armées.
Car tu es le Dieu de l’alliance, le Père qui nous porte, le Fils qui nous réconcilie et le Saint-Esprit qui nous conduit.
À toi soient la gloire, l’honneur et la louange, maintenant et pour les siècles des siècles.
Amen.
© Vincent Bru, 1006/2026
Prédication
Les prédications proposées sur le blog suivent en principe une structure simple et éprouvée : une introduction, trois points développés, puis une conclusion. Cette progression vise à aider l’écoute, la compréhension et l’appropriation du message biblique, sans alourdir le propos ni perdre de vue l’essentiel.
Cette structure n’est ni obligatoire ni rigide. Elle constitue un cadre au service de la Parole, non une contrainte formelle. Vous pouvez reprendre cette prédication telle quelle, l’adapter à votre contexte, ou simplement vous en inspirer pour élaborer votre propre proclamation.
La prédication est proposée selon deux modèles complémentaires :
Un canevas de prédication, destiné à ceux qui souhaitent s’inspirer de la structure en la personnalisant largement ;
Une prédication orale exégétique, d’environ vingt minutes, directement proclamable, pour ceux qui souhaitent la lire ou l’adapter légèrement.
Ce texte est libre de droit et peut être utilisé, reproduit ou adapté pour un usage pastoral, liturgique ou pédagogique. Vous pouvez citer l’auteur ou non, selon votre usage et votre contexte.
A lire avant tout : Méthode homilétique et prédication réformée – Fiches pour pasteurs et prédicateurs laïques
Prédication – canevas
Titre : La moisson du Royaume et l’appel des ouvriers
(Matthieu 9.36–10.8)
Introduction
Nous vivons dans un monde saturé d’informations, de moyens de communication et de technologies. Pourtant, beaucoup de nos contemporains demeurent désorientés. Les progrès matériels n’ont pas supprimé les questions fondamentales : pourquoi vivre ? pourquoi souffrir ? où trouver le sens ?
Lorsque Jésus regarde les foules, il ne voit pas seulement une population nombreuse. Il voit des êtres humains perdus, « languissants et abattus, comme des brebis qui n’ont point de berger ». Son regard ne s’arrête pas aux apparences. Il atteint le cœur du problème.
Ce texte nous invite à considérer trois réalités : le regard du Christ, la moisson du Royaume et l’appel des ouvriers.
I. Le regard du Bon Berger : une compassion qui voit la réalité
Matthieu souligne d’abord la compassion du Seigneur.
Le terme grec employé désigne une émotion profonde, venant des entrailles. Jésus est profondément touché par la condition humaine.
Les foules paraissent vivantes, actives, occupées. Pourtant elles sont spirituellement dispersées. Elles ressemblent aux brebis d’Ézéchiel 34 abandonnées par de mauvais pasteurs.
Cette image renvoie à toute l’histoire biblique. Depuis la chute, l’homme cherche son propre chemin. Il multiplie les faux dieux, les faux sauveurs et les faux bergers.
L’Exode nous rappelle cependant que Dieu n’abandonne pas son peuple. Au Sinaï, il déclare : « Je vous ai portés sur des ailes d’aigle et amenés vers moi. »
Le Dieu de l’alliance demeure le Dieu qui cherche ses brebis.
Applications
Nous pouvons être entourés d’activités religieuses tout en demeurant éloignés du Berger.
La première question n’est pas : suis-je actif ? mais : suis-je conduit par le Christ ?
Le chrétien est également appelé à apprendre ce regard de compassion. Avant de juger le monde, il doit apprendre à le voir comme le Christ le voit.
II. La moisson est grande : l’urgence du Royaume
Jésus poursuit :
« La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers. »
Le problème n’est pas l’absence de moisson.
Le problème est le manque d’ouvriers.
Nous avons souvent tendance à croire que le monde est devenu imperméable à l’Évangile. Jésus affirme exactement l’inverse.
Le Royaume est déjà à l’œuvre.
Dieu prépare des hommes et des femmes que lui seul connaît.
Cette image de la moisson évoque également le jugement final. Le temps présent est un temps de grâce, mais il ne durera pas éternellement.
Romains 5 nous rappelle pourquoi cette urgence existe.
Sans le Christ, l’homme demeure séparé de Dieu.
Avec le Christ, la réconciliation est offerte.
La mission de l’Église s’enracine dans cette réalité.
Applications
Nous sommes souvent préoccupés par de nombreuses choses secondaires.
Le Christ nous rappelle ce qui compte réellement : le salut des âmes et la gloire de Dieu.
L’Église ne doit jamais perdre de vue sa vocation missionnaire.
III. Les ouvriers du Royaume : un peuple appelé et envoyé
Jésus appelle ensuite les Douze.
Ce détail est important.
Douze disciples.
Douze tribus.
Le nouvel Israël apparaît autour du Messie.
Le Sinaï trouve ici un accomplissement remarquable.
Dieu avait déclaré :
« Vous serez pour moi un royaume de sacrificateurs et une nation sainte. »
La vocation du peuple de l’alliance devient maintenant missionnaire.
Les disciples reçoivent gratuitement ce qu’ils devront donner gratuitement.
Le Royaume ne se vend pas.
La grâce ne se mérite pas.
L’Église n’est pas appelée à dominer mais à servir.
Comme le Christ, elle est envoyée vers les brebis perdues.
Applications
Tous les chrétiens ne sont pas appelés au même ministère.
Mais tous sont appelés à témoigner du Christ là où Dieu les a placés.
Parents, grands-parents, enseignants, militaires, artisans, retraités : chacun reçoit un champ de mission particulier.
La question n’est pas : suis-je apte ?
La question est : suis-je disponible ?
Conclusion
L’Évangile de ce dimanche nous conduit du regard du Christ à notre propre vocation.
Le Bon Berger voit les foules.
Le Bon Berger annonce la moisson.
Le Bon Berger appelle des ouvriers.
Nous étions nous-mêmes des brebis perdues. Dieu nous a portés sur ses ailes, réconciliés par le sang du Christ et intégrés à son peuple.
Il nous appelle maintenant à participer à son œuvre.
Car la moisson demeure grande.
Et le même Seigneur qui envoie ses ouvriers continue aujourd’hui encore à conduire son peuple jusqu’au jour où toutes les brebis seront rassemblées dans son Royaume éternel.
Prédication exposition – forme orale (env. 20 mn)
La plupart de nos contemporains sont constamment entourés de messages, d’images, d’informations et de sollicitations. Pourtant, il suffit d’écouter un peu les conversations, d’observer les inquiétudes qui traversent notre société ou simplement de regarder autour de nous pour constater une réalité paradoxale : beaucoup de personnes ne savent plus très bien où elles vont.
Elles avancent. Elles travaillent. Elles consomment. Elles s’informent. Mais elles sont souvent désorientées.
En réalité, cette situation n’est pas nouvelle.
Lorsque Jésus regarde les foules de son temps, il voit déjà quelque chose de semblable.
Écoutons encore cette parole :
« Voyant la foule, il fut ému de compassion pour elle, parce qu’elle était languissante et abattue, comme des brebis qui n’ont point de berger. »
Nous sommes ici à un moment important de l’Évangile de Matthieu.
Depuis plusieurs chapitres, Jésus enseigne, guérit les malades, chasse les démons, manifeste l’autorité du Royaume de Dieu.
Mais soudain, Matthieu ralentit le récit.
Il nous montre non pas ce que Jésus fait, mais ce qu’il voit.
Et ce regard du Christ va devenir le point de départ de tout ce qui suit.
Le texte nous dit qu’il est « ému de compassion ».
Le mot grec utilisé est particulièrement fort.
Il désigne une émotion profonde qui saisit tout l’être.
Jésus n’observe pas les foules avec détachement.
Il ne les regarde pas comme une statistique.
Il ne les regarde pas non plus avec mépris.
Il voit leur misère.
Il voit leur confusion.
Il voit leur fatigue.
Il voit leur besoin.
Et il en est profondément touché.
Le problème est décrit par une image biblique très ancienne :
« comme des brebis qui n’ont point de berger ».
Cette image parcourt toute l’Écriture.
Dans le livre des Nombres, Moïse prie afin que le peuple ne soit pas comme des brebis sans berger.
Dans Ézéchiel 34, Dieu dénonce les mauvais pasteurs d’Israël qui se servent eux-mêmes au lieu de servir le troupeau.
Puis Dieu promet :
« Je chercherai moi-même mes brebis. »
Lorsque Jésus emploie cette image, il se présente implicitement comme l’accomplissement de cette promesse.
Il est le berger attendu.
Il est celui que Dieu avait promis.
Il est celui qui vient chercher les brebis dispersées.
Et cela nous révèle quelque chose de fondamental sur Dieu.
Dieu n’est pas indifférent.
Il n’est pas un spectateur lointain.
Il voit.
Il connaît.
Il s’approche.
La compassion du Christ est la manifestation visible du cœur même de Dieu.
Cette vérité mérite d’être entendue aujourd’hui.
Beaucoup de personnes imaginent Dieu comme un juge sévère ou comme une puissance impersonnelle.
Le Christ nous montre un Dieu qui regarde les foules avec compassion.
Un Dieu qui s’approche des blessés.
Un Dieu qui cherche ceux qui sont perdus.
Peut-être certains parmi nous se sentent-ils aujourd’hui fatigués.
Fatigués physiquement.
Fatigués moralement.
Fatigués spirituellement.
Alors ce texte nous rappelle que le Seigneur voit ce que personne ne voit.
Il connaît les combats cachés.
Il connaît les inquiétudes que nous ne partageons pas.
Il connaît les blessures que nous portons.
Et son regard n’est pas un regard de condamnation.
C’est un regard de compassion.
Mais le texte ne s’arrête pas là.
Après avoir regardé les foules, Jésus dit à ses disciples :
« La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers. »
Cette parole est surprenante.
Nous aurions peut-être attendu :
« Les foules sont hostiles. »
Ou :
« Les foules sont indifférentes. »
Mais Jésus dit :
« La moisson est grande. »
Le problème n’est pas l’absence de moisson.
Le problème est le manque d’ouvriers.
Autrement dit, Dieu est déjà à l’œuvre.
Le Royaume avance.
Le Seigneur prépare des cœurs.
Le Seigneur agit avant même que les disciples arrivent.
Cette image de la moisson est également une image de l’histoire du salut.
Dans l’Ancien Testament, la moisson évoque souvent le temps où Dieu rassemble son peuple.
Le Christ annonce ici que ce temps est arrivé.
Le Royaume de Dieu est proche.
La récolte commence.
Alors Jésus ne dit pas d’abord :
« Allez. »
Il dit :
« Priez. »
« Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson. »
Voilà une leçon importante.
La mission commence dans la prière.
Parce que l’œuvre appartient à Dieu.
La moisson est sa moisson.
Les ouvriers sont ses ouvriers.
L’Église n’est jamais propriétaire de la mission.
Elle y participe humblement.
Puis arrive le chapitre 10.
Et soudain les disciples deviennent eux-mêmes la réponse à leur propre prière.
Ils demandent des ouvriers.
Et Jésus les envoie.
Il y a là une leçon que l’on retrouve souvent dans l’Écriture.
Nous demandons parfois à Dieu d’agir.
Et Dieu répond en nous appelant à agir.
Les douze sont alors nommés un par un.
Ce détail est important.
Douze disciples.
Comme les douze tribus d’Israël.
Matthieu veut nous montrer que Jésus rassemble le peuple de l’alliance autour de lui.
Le Sinaï trouve ici un accomplissement.
Dans notre première lecture, Dieu déclarait :
« Vous serez pour moi un royaume de sacrificateurs et une nation sainte. »
Cette vocation n’est pas abandonnée.
Elle est renouvelée.
Elle trouve son accomplissement dans le Christ.
L’Église est désormais envoyée dans le monde pour témoigner du Royaume.
Les disciples reçoivent alors une mission précise :
annoncer le Royaume ;
guérir les malades ;
purifier les lépreux ;
chasser les démons.
Autrement dit, manifester concrètement la présence du Roi.
Car la mission chrétienne n’est jamais seulement un discours.
Elle touche l’être humain dans sa totalité.
Elle annonce le salut.
Elle manifeste la miséricorde.
Elle révèle la seigneurie du Christ.
Enfin Jésus conclut par une phrase magnifique :
« Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. »
Tout est là.
L’Évangile est grâce.
Les disciples n’ont pas acheté leur salut.
Ils n’ont pas mérité leur appel.
Ils ont reçu.
Ils doivent maintenant transmettre.
C’est le mouvement même de l’alliance.
Dieu bénit Abraham afin que toutes les familles de la terre soient bénies.
Dieu délivre Israël afin qu’il soit lumière pour les nations.
Dieu réconcilie les pécheurs en Christ afin qu’ils deviennent témoins du Christ.
Le salut ne s’arrête jamais à nous.
Il passe par nous.
Alors que devons-nous retenir de ce texte ?
D’abord que le Christ demeure le Bon Berger.
Il voit encore aujourd’hui les brebis dispersées.
Il voit nos faiblesses.
Il voit nos égarements.
Il voit nos blessures.
Et il demeure plein de compassion.
Ensuite que la moisson est toujours grande.
Le monde a changé.
Les technologies ont changé.
Les cultures ont changé.
Mais les besoins profonds du cœur humain demeurent les mêmes.
Les hommes ont toujours besoin d’un Sauveur.
Ils ont toujours besoin de réconciliation avec Dieu.
Ils ont toujours besoin d’un Berger.
Enfin que chacun de nous est appelé à servir selon sa vocation.
Tous ne seront pas pasteurs.
Tous ne seront pas missionnaires.
Mais tous les croyants sont appelés à témoigner du Christ là où Dieu les a placés.
Dans leur famille.
Dans leur travail.
Dans leur quartier.
Dans leurs responsabilités.
Le Seigneur ne nous demande pas d’être extraordinaires.
Il nous demande d’être fidèles.
Et cette fidélité devient possible parce que le Bon Berger marche lui-même devant son troupeau.
Amen.
Exégèse
La partie exégétique proposée sur le blog foedus.fr vise à éclairer les textes bibliques du jour de manière rigoureuse et accessible. Pour chaque texte, l’accent est porté à la fois sur le contexte immédiat et sur le contexte global de l’Écriture, afin d’en respecter la cohérence théologique et l’inscription dans l’histoire du salut.
L’analyse s’attache particulièrement aux mots hébreux et grecs les plus significatifs, lorsque cela est nécessaire pour comprendre le sens précis du texte. Elle s’enrichit également de l’apport des Pères de l’Église, des Réformateurs, ainsi que de la théologie réformée confessante contemporaine, afin de situer l’interprétation dans la continuité de la tradition chrétienne.
Lorsque cela éclaire utilement le passage étudié, des éléments d’archéologie biblique sont également intégrés, pour replacer le texte dans son cadre historique et culturel sans en faire un simple objet académique.
Cette approche cherche à servir à la fois la compréhension du texte et la foi de l’Église, en mettant l’exégèse au service de la proclamation et de la vie chrétienne.
La version de la Bible utilisée ici est la Bible Louis Segond de 1910, qui est libre de droit. Mais je lui préfère la version de 1978 dite « A la Colombe ».
Exode 19.2–6a
« Ils partirent de Rephidim, et arrivèrent au désert de Sinaï ; ils campèrent dans le désert, et Israël campa là, vis-à-vis de la montagne.
Moïse monta vers Dieu : et l’Éternel l’appela du haut de la montagne, en disant : Tu parleras ainsi à la maison de Jacob, et tu diras aux enfants d’Israël :
Vous avez vu ce que j’ai fait à l’Égypte, et comment je vous ai portés sur des ailes d’aigle et amenés vers moi.
Maintenant, si vous écoutez ma voix, et si vous gardez mon alliance, vous m’appartiendrez entre tous les peuples, car toute la terre est à moi ;
vous serez pour moi un royaume de sacrificateurs et une nation sainte. »
Brève introduction
Nous sommes au pied du Sinaï. L’Exode est accompli. Israël a été délivré d’Égypte par la puissance de Dieu. Avant même que la Loi soit donnée, Dieu rappelle à son peuple ce qu’il a déjà fait pour lui. L’alliance sinaïtique ne commence pas par un commandement mais par une grâce.
Exégèse
Le texte s’ouvre sur le verbe hébreu שָׂא (nasaʾ), « porter » : « Je vous ai portés sur des ailes d’aigle ». L’image exprime la protection souveraine de Dieu. Israël n’est pas sorti d’Égypte par sa propre force. Dieu l’a transporté jusqu’à lui.
La formule « amenés vers moi » constitue le cœur du passage. Le but ultime de la rédemption n’est pas simplement la liberté politique mais la communion avec Dieu.
L’expression « gardez mon alliance » traduit le mot hébreu בְּרִית (berith), terme fondamental de toute la théologie biblique. L’alliance n’est pas un contrat entre égaux mais un engagement souverain du Seigneur envers son peuple.
« Vous m’appartiendrez entre tous les peuples » traduit l’idée de segullah, un trésor précieux appartenant au roi. Israël est choisi non parce qu’il est meilleur mais parce que Dieu l’aime.
« Royaume de sacrificateurs » signifie qu’Israël est appelé à représenter Dieu devant les nations et les nations devant Dieu. Cette vocation missionnaire est souvent oubliée mais elle est déjà présente au Sinaï.
« Nation sainte » renvoie à la séparation pour le service de Dieu.
Les mots importants
Berith : alliance, pacte souverain de Dieu.
Segullah : trésor particulier, propriété précieuse.
Qadosh : saint, mis à part pour Dieu.
Citations des Pères de l’Église
Augustin d’Hippone commente souvent l’histoire de l’Exode comme une figure du salut chrétien :
« Ce qui arriva alors au peuple d’Israël était une figure de ce qui devait arriver au peuple chrétien. »
(Contre Fauste, XII, 26)
Irénée de Lyon voit dans cette élection une préparation à l’Église universelle :
« Dieu forma d’abord un peuple afin d’habituer l’homme à porter son Esprit. »
(Contre les hérésies, IV, 14, 2)
Citations des Réformateurs
Jean Calvin :
« Dieu rappelle ici qu’il a délivré son peuple avant de lui imposer aucun commandement, afin qu’il sache que l’obéissance procède de la grâce reçue. »
(Commentaire sur Exode 19.4)
Martin Luther :
« Dieu donne d’abord ses bienfaits, ensuite seulement il demande l’obéissance. »
(Commentaire sur l’Exode)
Apports de l’archéologie
Les traités de suzeraineté hittites du deuxième millénaire présentent une structure proche : le roi rappelle d’abord les bienfaits accordés avant d’exiger fidélité. Le Sinaï reprend cette forme tout en la transformant profondément. Dieu n’est pas un souverain terrestre mais le Seigneur de l’univers.
Théologie de l’alliance
Ce texte constitue l’un des fondements majeurs de la théologie de l’alliance. Dieu rachète d’abord, puis il appelle à l’obéissance. La grâce précède toujours l’exigence. Israël est élu pour être témoin parmi les nations. Cette vocation trouvera son accomplissement dans l’Église de Jésus-Christ.
Romains 5.6–11
« Car, lorsque nous étions encore sans force, Christ, au temps marqué, est mort pour des impies… »
Brève introduction
Paul développe ici les conséquences de la justification par la foi. Le croyant possède désormais la paix avec Dieu parce que le Christ est mort pour lui alors qu’il était encore pécheur.
Exégèse
Le terme grec ἀσθενῶν (asthenôn) signifie « faibles », « incapables ». L’homme déchu ne peut produire son propre salut.
Le mot ἀσεβῶν (asebôn) désigne les impies, ceux qui vivent sans Dieu.
Le sommet du passage se trouve au verset 8 :
« Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. »
Le verbe συνίστησιν (sunistēsin) signifie démontrer, établir publiquement.
L’amour de Dieu n’est pas une simple disposition intérieure. Il est manifesté objectivement dans la croix.
Le terme καταλλαγή (katallagē), « réconciliation », apparaît à plusieurs reprises. L’inimitié entre Dieu et l’homme est levée par le sacrifice du Christ.
Les mots importants
Dikaiōthentes : justifiés.
Asebēs : impie.
Katallagē : réconciliation.
Agapē : amour divin.
Citations des Pères
Jean Chrysostome :
« Ce n’est pas lorsque nous étions justes mais lorsque nous étions ennemis que le Christ est mort pour nous. »
(Homélies sur Romains, IX)
Augustin :
« La grâce n’a pas trouvé des hommes dignes ; elle les a rendus dignes. »
(Sermon 169)
Citations des Réformateurs
Jean Calvin :
« Rien ne démontre davantage l’amour de Dieu que le fait que Christ est mort pour des ennemis. »
(Commentaire sur Romains 5.8)
François Turretin :
« La réconciliation n’est pas le changement de Dieu mais le changement de notre relation à Dieu par l’œuvre du Christ. »
(Institutiones Theologiae Elencticae)
Archéologie et contexte
Dans le monde gréco-romain, mourir volontairement pour un juste pouvait être admiré. Paul souligne cependant quelque chose d’inouï : le Christ ne meurt pas pour des justes mais pour des ennemis.
Théologie de l’alliance
Le Christ accomplit ici la promesse centrale de l’alliance de grâce. Là où Israël avait continuellement rompu l’alliance, le nouvel Adam accomplit parfaitement l’obéissance requise et offre sa vie pour son peuple. La réconciliation annoncée par les prophètes devient réalité.
Matthieu 9.36–10.8
« Voyant la foule, il fut ému de compassion pour elle, parce qu’elle était languissante et abattue, comme des brebis qui n’ont point de berger. »
Brève introduction
Nous arrivons à un tournant majeur de l’Évangile de Matthieu. Jésus ne se contente plus d’enseigner et de guérir. Il appelle et envoie des ouvriers dans sa moisson.
Exégèse
Le verbe grec ἐσπλαγχνίσθη (esplagchnisthē), « fut ému de compassion », désigne une émotion profonde venant des entrailles. La compassion de Jésus n’est pas superficielle.
Les foules sont décrites comme :
ἐσκυλμένοι (eskulmenoi) : maltraitées, harcelées ;
ἐρριμμένοι (errimmenoi) : jetées à terre, abandonnées.
L’image des « brebis sans berger » renvoie directement à Nombres 27.17, Ézéchiel 34 et Zacharie 10.2.
Jésus apparaît ici comme le véritable Berger promis.
« La moisson est grande » : θερισμός (therismos).
Le problème n’est pas l’absence de moisson mais le manque d’ouvriers.
Au chapitre 10, Jésus institue les Douze. Ils représentent symboliquement le nouvel Israël.
Leur mission comprend :
annoncer le Royaume ;
guérir ;
purifier ;
ressusciter ;
chasser les démons.
Les mots importants
Splagchnizomai : compassion profonde.
Poimēn : berger.
Therismos : moisson.
Basileia : royaume.
Citations des Pères
Jean Chrysostome :
« Il ne voit pas seulement les corps mais les âmes ; voilà pourquoi sa compassion est si grande. »
(Homélies sur Matthieu, 32)
Grégoire le Grand :
« Le vrai pasteur porte dans son cœur les blessures de son troupeau. »
(Règle pastorale)
Citations des Réformateurs
Jean Calvin :
« Christ montre ici que le ministère n’est pas une dignité mais un service rendu aux brebis perdues. »
(Commentaire sur Matthieu 9.36)
Pierre Viret :
« Les pasteurs sont envoyés non pour régner mais pour servir. »
Archéologie et contexte
Au premier siècle, de nombreux mouvements religieux concurrents revendiquaient l’autorité spirituelle en Israël. Matthieu présente Jésus comme le berger messianique annoncé par les prophètes et les Douze comme les premiers responsables du nouvel Israël.
Théologie de l’alliance
Le Christ rassemble le peuple promis au Sinaï. Il constitue le véritable Israël autour de lui-même. Les Douze rappellent les douze tribus. L’alliance n’est pas abolie mais accomplie dans le Messie. La vocation missionnaire donnée à Israël est désormais portée par l’Église.
Synthèse canonique des trois textes
Ces trois lectures racontent une seule et même histoire.
Dans l’Exode, Dieu choisit un peuple et l’appelle à être son royaume de prêtres.
Dans Romains, nous découvrons comment ce peuple est réconcilié avec Dieu : par la mort substitutive du Christ pour les impies.
Dans Matthieu, le peuple réconcilié reçoit sa mission : être envoyé dans la moisson du Seigneur.
Le mouvement est remarquable :
élection dans l’Ancien Testament ;
rédemption dans l’Évangile ;
mission dans l’Église.
Le Sinaï annonce déjà l’Église. La croix accomplit les promesses de l’alliance. La mission des Douze inaugure la vocation universelle du peuple de Dieu.
Dieu se choisit un peuple, le rachète par grâce, puis l’envoie dans le monde.
La théologie de l’alliance apparaît ici dans toute sa cohérence : un seul Dieu, une seule alliance de grâce, un seul peuple de Dieu à travers l’histoire, un seul Médiateur – Jésus-Christ – et une seule vocation : manifester sa gloire parmi les nations.
Lecture théologique (théologie de l’alliance) et apologétique
Cette section propose une lecture doctrinale des textes du jour, en lien explicite avec la théologie de l’alliance. Elle ne vise pas à répéter l’exégèse ni la prédication, mais à offrir un éclairage oblique, en mettant en évidence les doctrines bibliques particulièrement sollicitées par les passages étudiés.
Il s’agit ici de rappeler l’enseignement constant de l’Église, et plus spécialement de la théologie réformée confessante, dans le champ de la théologie systématique : doctrine de Dieu, du salut, de l’Église, de la grâce, de la mission, ou encore de l’histoire du salut.
Cette lecture théologique permet de montrer que les textes du jour ne sont pas seulement porteurs d’un message spirituel immédiat, mais qu’ils s’inscrivent dans une cohérence doctrinale profonde. Les promesses, les appels et les exhortations bibliques prennent alors place dans le cadre plus large de l’alliance, comprise comme l’œuvre souveraine de Dieu, accomplie en Christ et déployée par l’Esprit dans l’histoire.
Cette section est facultative. Elle peut être utilisée pour approfondir la réflexion, nourrir l’enseignement catéchétique ou théologique, ou servir de repère doctrinal pour la prédication et la formation.
Les textes de ce dimanche mettent en lumière une doctrine fondamentale de l’Écriture : Dieu se constitue souverainement un peuple pour lui-même afin qu’il participe à son œuvre dans le monde. Nous sommes ici au cœur de la théologie de l’alliance.
Exode 19 nous rappelle que l’alliance repose d’abord sur l’initiative divine. Avant de donner sa Loi, Dieu rappelle sa grâce : « Je vous ai portés sur des ailes d’aigle. » L’obéissance n’est jamais la condition du salut ; elle en est la conséquence. La théologie réformée confessante a toujours insisté sur cet ordre fondamental. Dieu sauve, puis Dieu appelle à la fidélité. La grâce précède le devoir.
Romains 5 révèle le fondement ultime de cette alliance. Ce que l’Exode annonçait de manière typologique trouve son accomplissement dans le Christ. Le peuple de Dieu n’est pas réconcilié avec Dieu par ses œuvres mais par la mort du Médiateur de l’alliance. La doctrine de la justification par la foi apparaît ici dans toute sa force. Alors que nous étions encore ennemis, Dieu nous a réconciliés avec lui. L’alliance de grâce repose entièrement sur l’œuvre du Christ et non sur les mérites de l’homme.
L’Évangile montre ensuite la finalité de cette réconciliation. Le peuple sauvé devient un peuple envoyé. Le royaume de prêtres annoncé au Sinaï trouve son prolongement dans les disciples envoyés vers les brebis perdues d’Israël. Il existe ainsi une continuité profonde entre Israël et l’Église. Non pas une identité pure et simple, mais une unité organique dans le déploiement de l’unique dessein rédempteur de Dieu.
Ces textes soulignent également la doctrine de l’Église. Celle-ci n’est pas une association volontaire fondée sur des affinités religieuses. Elle est le peuple convoqué par Dieu, rassemblé par le Christ et animé par l’Esprit. Son existence découle de l’alliance.
La mission elle-même trouve ici sa véritable nature. Elle ne consiste pas principalement à diffuser une idéologie religieuse ou à améliorer la société. Elle consiste à participer à l’œuvre du Bon Berger qui rassemble les siens. La compassion du Christ constitue la source de toute mission authentique.
Enfin, ces textes rappellent que l’histoire du salut possède une cohérence profonde. Le Sinaï, la croix et l’envoi des apôtres ne sont pas trois histoires distinctes. Ils appartiennent à un même dessein éternel. Le Dieu qui choisit Israël est le Dieu qui réconcilie les pécheurs en Christ et qui envoie son Église jusqu’aux extrémités de la terre.
LECTURE APOLOGÉTIQUE – Matthieu 9.36–10.8
L’Évangile de ce dimanche entre rapidement en collision avec plusieurs présupposés dominants du monde contemporain.
Une première objection provient du relativisme religieux. Jésus affirme implicitement que les foules sont « comme des brebis qui n’ont point de berger » et il envoie ses disciples annoncer le Royaume. Le relativisme contemporain répondra : pourquoi considérer qu’un homme a besoin d’être conduit ? Pourquoi supposer qu’une vérité religieuse serait supérieure à une autre ?
L’Évangile répond que l’homme n’est pas seulement un être autonome chargé de construire son propre sens. Il est une créature. La question n’est pas de savoir si nous suivrons un berger, mais lequel. Derrière l’apparente neutralité moderne se cachent toujours des autorités concurrentes : idéologies, désirs, identités, experts, marché ou pouvoir politique. La prétendue autonomie absolue est elle-même une croyance.
Une seconde objection provient du matérialisme. Pour une vision strictement matérialiste, les besoins fondamentaux de l’homme sont biologiques, économiques ou psychologiques. Jésus affirme au contraire que le problème principal est spirituel. Les foules sont perdues avant même d’être pauvres ou malades.
Le matérialisme contemporain peine à expliquer pourquoi des sociétés matériellement prospères connaissent néanmoins des crises de sens, des épidémies de solitude ou des formes profondes de désespoir. L’Évangile touche ici une réalité que l’expérience humaine confirme constamment : l’homme a besoin de sens autant que de pain.
Une troisième objection provient du courant nietzschéen. Nietzsche voyait dans la compassion chrétienne une faiblesse. Or Matthieu présente précisément la compassion comme une perfection du Messie. Jésus n’écrase pas les faibles ; il vient à leur secours.
La question est alors de savoir quelle société produit le plus d’humanité. Une civilisation fondée sur la domination des plus forts ou une civilisation fondée sur la dignité intrinsèque de toute personne créée à l’image de Dieu ? L’histoire du XXe siècle a largement montré les conséquences tragiques des idéologies qui ont voulu remplacer la compassion chrétienne par le culte de la puissance.
Une quatrième objection provient de l’islam. Le Coran reconnaît Jésus comme prophète mais refuse son identité messianique et sa mission rédemptrice. Pourtant, dans ce texte, Jésus accomplit précisément les promesses prophétiques de l’Ancien Testament. L’image du berger renvoie directement à Ézéchiel 34 où Dieu promet qu’il viendra lui-même chercher ses brebis. Jésus ne se présente pas simplement comme un prophète parmi d’autres. Il agit avec l’autorité même du Seigneur promis par les prophètes.
Une cinquième objection vient souvent du protestantisme libéral. On y réduit parfois la mission des disciples à une œuvre sociale ou à un idéal humanitaire. Pourtant le texte est beaucoup plus radical. Jésus envoie les Douze annoncer que « le royaume des cieux est proche ». La transformation sociale n’est pas absente, mais elle découle d’une réalité plus fondamentale : l’intervention souveraine de Dieu dans l’histoire.
Enfin, les courants woke contemporains tendent à interpréter les relations humaines principalement à travers les rapports de domination entre groupes. Jésus regarde autrement. Son diagnostic fondamental n’est pas politique mais spirituel. Le problème ultime de l’homme n’est pas son appartenance à une catégorie sociale particulière. C’est sa condition de brebis perdue loin du Berger.
C’est précisément pourquoi cet Évangile demeure d’une étonnante actualité. Il rappelle que derrière les crises culturelles, politiques ou identitaires se trouve une question plus profonde : qui guidera l’homme ? Le Christ affirme être le Bon Berger. Toutes les autres visions du monde proposent finalement une autre réponse à cette même question. Mais aucune ne peut offrir ce que l’Évangile annonce ici : une réconciliation avec Dieu, une espérance véritable et une mission qui donne sens à l’existence humaine.
Le fil de l’alliance
Les trois lectures de ce dimanche peuvent sembler, au premier regard, appartenir à des univers différents. Le Sinaï dans le désert, la réflexion doctrinale de l’apôtre Paul et l’envoi des Douze par Jésus paraissent éloignés les uns des autres. Pourtant, lorsqu’on les lit à la lumière de l’alliance, un même mouvement apparaît. Dieu se constitue un peuple, le réconcilie avec lui-même et l’envoie dans le monde pour témoigner de sa grâce.
Dans le livre de l’Exode, Israël vient d’être délivré d’Égypte. Avant même de donner la Loi, Dieu rappelle son œuvre de salut : « Je vous ai portés sur des ailes d’aigle et amenés vers moi. » Tout commence par l’initiative divine. Israël n’est pas devenu le peuple de Dieu par sa sagesse, sa force ou sa fidélité. Dieu l’a choisi, délivré et conduit jusqu’à lui. L’alliance repose d’abord sur la grâce.
Cette vérité est fondamentale. L’Écriture présente toujours l’obéissance comme une réponse à la grâce reçue et non comme un moyen de l’obtenir. Avant le commandement vient la délivrance. Avant la Loi vient l’Exode. Avant l’appel à la fidélité vient l’amour souverain de Dieu.
Mais l’élection d’Israël n’est jamais une fin en soi. Dieu déclare : « Vous serez pour moi un royaume de sacrificateurs et une nation sainte. » Le peuple de l’alliance est appelé à servir. Il reçoit une vocation. Il doit être le témoin du Dieu vivant au milieu des nations.
Cette vocation trouve son accomplissement dans le Christ.
En Romains 5, Paul nous conduit au cœur même de l’alliance de grâce. Le problème de l’homme apparaît dans toute sa profondeur. Nous ne sommes pas simplement ignorants ou fragiles. Nous sommes pécheurs. Nous sommes séparés de Dieu. Pourtant, alors même que nous étions encore ennemis, Christ est mort pour nous.
Là où Israël avait souvent failli dans sa vocation, Jésus accomplit parfaitement l’obéissance que Dieu demande. Il devient le véritable Médiateur de l’alliance. Sa mort réconcilie avec Dieu ceux qui étaient éloignés. Sa résurrection ouvre un avenir nouveau.
Le centre de l’histoire du salut se trouve ici. L’alliance n’est pas seulement une relation entre Dieu et un peuple. Elle repose désormais sur l’œuvre parfaite du Fils de Dieu. Toutes les promesses trouvent en lui leur accomplissement.
L’Évangile de Matthieu nous montre alors la conséquence de cette réconciliation. Jésus regarde les foules et les voit « comme des brebis qui n’ont point de berger ». Son regard rejoint les promesses des prophètes. Ézéchiel avait annoncé qu’un jour Dieu lui-même viendrait chercher ses brebis dispersées. Cette promesse s’accomplit maintenant dans le ministère du Christ.
Mais Jésus ne garde pas cette mission pour lui seul. Il appelle les Douze et les envoie dans la moisson.
Nous retrouvons ici la vocation annoncée au Sinaï. Le peuple choisi devient un peuple envoyé. Les Douze représentent symboliquement le nouvel Israël rassemblé autour du Messie. Ce que Dieu avait commencé avec les douze tribus trouve une nouvelle étape dans les douze apôtres.
Le mouvement est remarquable.
Dans l’Exode, Dieu rassemble son peuple.
Dans Romains, Dieu réconcilie son peuple.
Dans Matthieu, Dieu envoie son peuple.
Cette dynamique demeure celle de l’Église aujourd’hui.
L’Église n’est pas une association fondée sur des intérêts communs ou des affinités spirituelles. Elle est le peuple de l’alliance. Elle existe parce que Dieu l’a appelée à lui. Elle vit parce qu’elle a été réconciliée par le sang du Christ. Elle reçoit une mission parce que le Seigneur continue de chercher les brebis dispersées.
Ces textes nous rappellent également que la mission naît toujours de la compassion de Dieu. Jésus n’envoie pas ses disciples pour conquérir un territoire ou imposer une idéologie. Il les envoie parce qu’il voit des hommes et des femmes perdus, fatigués et sans berger.
L’Église est appelée à porter le même regard.
Dans une société souvent marquée par la confusion, l’individualisme et la perte des repères, la mission chrétienne demeure profondément actuelle. Le monde a changé depuis le premier siècle, mais le besoin du Bon Berger demeure.
Ainsi, les trois lectures de ce dimanche racontent une seule histoire. Le Dieu qui appelle Israël au Sinaï est le Dieu qui réconcilie les pécheurs en Jésus-Christ. Le Christ qui réconcilie est aussi celui qui envoie son peuple dans la moisson. L’alliance n’est pas une succession de projets distincts. Elle est l’unique dessein de grâce poursuivi par Dieu à travers toute l’histoire.
Et cette histoire n’est pas achevée. Le Seigneur continue aujourd’hui à rassembler ses brebis, à les nourrir de sa grâce et à les envoyer dans le monde, jusqu’au jour où la moisson sera pleinement recueillie dans son Royaume éternel.
Outils pédagogiques
Contexte du texte de l’Évangile (Matthieu 9.36–10.8)
Ce passage se situe à la fin d’une longue série de miracles et d’enseignements. Depuis le Sermon sur la montagne (Matthieu 5 à 7), Jésus a manifesté son autorité par ses paroles et par ses actes. Il a guéri des malades, apaisé la tempête, délivré des possédés et relevé des personnes marginalisées.
Nous arrivons maintenant à un tournant. Jésus ne se contente plus d’agir seul. Il appelle les Douze et les envoie en mission. Le regard qu’il porte sur les foules devient le point de départ de cette mission.
L’enjeu principal du passage est simple : comment Dieu répond-il à la détresse spirituelle du monde ? La réponse est donnée dans le texte lui-même : par la compassion du Christ, par l’annonce du Royaume et par l’envoi d’ouvriers dans sa moisson.
Questions
• Que voit Jésus lorsqu’il regarde les foules ?
• Pourquoi les compare-t-il à des brebis sans berger ?
• Quelle est la différence entre le regard de Jésus et le regard habituel que nous portons sur les autres ?
• Pourquoi Jésus parle-t-il de moisson ?
• Quel lien existe entre la prière et la mission ?
Lien avec les autres lectures bibliques du jour
Exode 19.2–6a montre Dieu choisissant Israël au Sinaï pour être son peuple particulier, un royaume de prêtres et une nation sainte. Matthieu 10 montre cette vocation se prolonger dans l’appel des Douze.
Romains 5.6–11 révèle comment ce peuple est réconcilié avec Dieu : non par ses mérites mais par la mort du Christ pour les impies.
Le Psaume 100 célèbre le peuple qui appartient au Seigneur et qui reconnaît qu’il est le troupeau de son pâturage. L’image du berger relie directement le psaume à l’Évangile.
L’Écriture explique l’Écriture : le peuple choisi au Sinaï, réconcilié en Christ et envoyé dans le monde appartient à une même histoire du salut.
Questions
• Quel lien existe entre le « royaume de prêtres » d’Exode 19 et les disciples envoyés par Jésus ?
• Pourquoi Paul insiste-t-il sur la grâce dans Romains 5 ?
• Comment le Psaume 100 éclaire-t-il l’image des brebis et du berger ?
• Que nous apprennent ensemble ces trois textes sur le peuple de Dieu ?
Place des textes dans l’année liturgique
Nous sommes au 11e dimanche du Temps ordinaire. Après les grandes célébrations de Pâques, de l’Ascension, de Pentecôte et de la Trinité, l’Église médite désormais sur la vie du disciple et sur l’œuvre quotidienne du Royaume dans le monde.
La couleur liturgique est le vert, symbole de croissance et de persévérance.
Le thème dominant de ce dimanche est celui de l’appel : Dieu se choisit un peuple, le réconcilie avec lui et l’envoie dans sa moisson.
Questions
• Pourquoi ces textes sont-ils particulièrement adaptés au Temps ordinaire ?
• Que nous apprennent-ils sur la vocation de l’Église ?
• Comment la mission découle-t-elle de la grâce reçue ?
Éclairage du psaume choisi : Psaume 100
Le Psaume 100 est un psaume d’adoration et d’action de grâce. Il célèbre la bonté du Seigneur, la joie du culte et l’appartenance du peuple à son Dieu.
Son thème principal est résumé dans cette affirmation : « Nous sommes son peuple et le troupeau de son pâturage. »
Ce psaume éclaire directement l’Évangile où Jésus voit les foules comme des brebis sans berger. Il montre la bénédiction de ceux qui ont trouvé leur véritable Berger.
Dans le culte, il convient particulièrement à l’adoration ou à l’action de grâce après la prédication.
Questions
• Que signifie appartenir au troupeau du Seigneur ?
• Pourquoi la reconnaissance occupe-t-elle une place centrale dans ce psaume ?
• Comment ce psaume complète-t-il l’image du Bon Berger dans l’Évangile ?
Questions d’exégèse
Quelques mots importants :
• Compassion : Jésus est « ému de compassion ». Le terme grec désigne une émotion profonde venant des entrailles.
• Berger : figure majeure de l’Ancien Testament appliquée à Dieu lui-même.
• Moisson : image biblique du rassemblement du peuple de Dieu.
• Royaume : règne souverain de Dieu venant transformer les hommes.
Questions
• Quels mots ou expressions reviennent plusieurs fois dans le passage ?
• Pourquoi Jésus utilise-t-il l’image des brebis ?
• Pourquoi passe-t-on de la foule à la moisson ?
• Quels contrastes remarquez-vous dans le texte ?
• Que nous apprend le vocabulaire utilisé sur le cœur du Christ ?
Structure du texte
Le passage progresse naturellement en trois mouvements :
- Jésus regarde les foules et éprouve de la compassion (9.36).
- Jésus révèle l’ampleur de la moisson et appelle à la prière (9.37–38).
- Jésus appelle, équipe et envoie les Douze (10.1–8).
Le texte passe ainsi du regard du Christ à la mission des disciples.
Questions
• Quel est le point de départ de toute la mission ?
• Pourquoi Jésus demande-t-il d’abord de prier ?
• Comment les disciples deviennent-ils eux-mêmes la réponse à leur prière ?
Lecture théologique
Le texte met en lumière plusieurs doctrines importantes.
Doctrine de Dieu : Dieu n’est pas indifférent à la détresse humaine. Sa compassion apparaît dans le Christ.
Christologie : Jésus se présente comme le Berger promis par les prophètes.
Salut : le Royaume vient chercher des brebis perdues.
Église : les Douze représentent le peuple renouvelé de l’alliance.
Mission : l’Église est envoyée pour annoncer et manifester le Royaume.
Espérance : Dieu poursuit son œuvre de rassemblement jusqu’à l’accomplissement final.
Dans l’histoire de l’alliance, nous voyons ici l’accomplissement de la vocation donnée à Israël au Sinaï : être un peuple consacré au service de Dieu et témoin parmi les nations.
Questions
• Que nous apprend ce texte sur le caractère de Dieu ?
• Comment Jésus accomplit-il les promesses de l’Ancien Testament ?
• Pourquoi la mission est-elle inséparable de l’alliance ?
• Quel rôle l’Église reçoit-elle dans le dessein de Dieu ?
Approche apologétique – Questions de discussion
Notre époque valorise souvent l’autonomie individuelle. Jésus affirme pourtant que l’homme ressemble à une brebis qui a besoin d’un berger.
Notre culture insiste sur les besoins matériels. Jésus met en évidence un besoin spirituel plus profond.
Le relativisme affirme que chacun choisit sa vérité. Jésus annonce un Royaume réel qui vient de Dieu.
Questions
• L’homme moderne a‑t-il réellement moins besoin d’un berger que les hommes du premier siècle ?
• Les progrès techniques répondent-ils aux questions les plus profondes de l’existence ?
• Pourquoi l’idée d’une vérité spirituelle unique dérange-t-elle aujourd’hui ?
• Quelles formes de « faux bergers » rencontrons-nous dans notre société ?
Appropriation spirituelle
• Qu’est-ce que ce texte me révèle du cœur du Christ ?
• Dans quels domaines de ma vie ai-je besoin de suivre davantage le Bon Berger ?
• Comment puis-je participer, à ma place, à la moisson du Seigneur ?
Textes liturgiques
Les textes liturgiques proposés ici sont directement inspirés des lectures bibliques du jour. Ils sont conçus pour un culte réformé, dans le respect de sa structure, de sa sobriété et de sa théologie.
Ils peuvent être utilisés tels quels ou adaptés selon le contexte local (voir le menu « Culte » du site).Les psaumes et cantiques sont choisis dans le recueil Arc-en-Ciel, largement utilisé dans les Églises réformées francophones.
Le recueil est disponible en ligne ici :
https ://www.arc-en-ciel.chLes paroles et les musiques des psaumes et cantiques proposés sont également accessibles sur le blog, dans la section « Psaumes et cantiques ».
Salutation et invocation
La grâce et la paix vous sont données de la part de Dieu notre Père et de Jésus-Christ notre Seigneur.
Notre secours est dans le nom du Seigneur,
qui a fait les cieux et la terre.
Frères et sœurs, le Seigneur nous rassemble aujourd’hui devant sa face. Il nous appelle à écouter sa Parole, à recevoir sa grâce et à renouveler notre confiance en lui.
Prions.
Seigneur notre Dieu, Père céleste, tu nous as portés sur des ailes d’aigle et conduits jusqu’à toi. Par ton Esprit Saint, rassemble-nous aujourd’hui autour de ta Parole et de ta Table. Fais-nous entendre la voix du Bon Berger et accorde-nous de répondre avec foi à son appel. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
Adoration
Seigneur Dieu tout-puissant, nous te louons car tu es le Créateur du ciel et de la terre.
Tu es le Dieu de l’alliance, fidèle de génération en génération.
Tu as appelé Israël à être ton peuple.
Tu as envoyé ton Fils unique pour réconcilier avec toi des pécheurs perdus.
Tu continues aujourd’hui à rassembler ton Église par la puissance de ton Esprit.
À toi soient la gloire, l’honneur et la louange, maintenant et pour les siècles des siècles.
Amen.
Loi de Dieu
Écoutons la volonté de Dieu pour notre vie.
Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force.
Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
Il n’y a pas d’autre commandement plus grand que ceux-là.
Confession du péché
Seigneur notre Dieu,
nous reconnaissons devant toi que nous avons souvent vécu comme des brebis égarées.
Nous avons suivi nos propres chemins.
Nous avons manqué de confiance en ta bonté.
Nous avons été lents à écouter ta voix et prompts à suivre nos propres désirs.
Pardonne nos péchés.
Renouvelle nos cœurs.
Accorde-nous la grâce de revenir à toi avec sincérité.
Par Jésus-Christ notre Seigneur.
Amen.
Déclaration du pardon
Écoutons la promesse de Dieu :
« Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. » (Romains 5.8)
À tous ceux qui se repentent et qui mettent leur confiance en Jésus-Christ, j’annonce le pardon de Dieu.
En Jésus-Christ, nos péchés sont pardonnés.
Amen.
Confession de la foi
Je crois en Dieu le Père tout-puissant,
Créateur du ciel et de la terre.
Je crois en Jésus-Christ,
son Fils unique, notre Seigneur…
(Symbole des Apôtres)
Prière d’illumination
Seigneur, ouvre maintenant nos oreilles afin que nous entendions ta Parole.
Ouvre nos intelligences afin que nous la comprenions.
Ouvre nos cœurs afin que nous la recevions avec foi.
Par ton Esprit Saint, conduis-nous dans toute la vérité.
Amen.
Lectures bibliques
Exode 19.2–6a
Romains 5.6–11
Matthieu 9.36–10.8
Prière après les lectures
Seigneur, ta Parole est une lampe à nos pieds et une lumière sur notre sentier.
Accorde-nous de ne pas être seulement des auditeurs, mais aussi des disciples fidèles de Jésus-Christ.
Amen.
Thème de la prédication
La moisson du Royaume et l’appel des ouvriers
(Matthieu 9.36–10.8)
Texte pour l’offrande
« Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. »
(Matthieu 10.8)
Prière après l’offrande
Seigneur, tout ce que nous possédons vient de toi.
Reçois ces dons et fais-en des instruments au service de ton Royaume.
Utilise-les pour la proclamation de l’Évangile, le secours du prochain et l’édification de ton Église.
Par Jésus-Christ notre Seigneur.
Amen.
Prière d’intercession
Seigneur notre Dieu,
nous te prions pour ton Église répandue à travers le monde.
Suscite des ouvriers fidèles pour ta moisson.
Donne sagesse, courage et fidélité aux pasteurs, anciens, diacres et responsables.
Nous te prions pour les nations.
Accorde aux gouvernants le sens de la justice et du bien commun.
Nous te prions pour les malades, les personnes isolées, les familles éprouvées, les personnes sans espérance.
Que la compassion du Christ les rejoigne.
Nous te prions pour ceux qui ne connaissent pas encore l’Évangile.
Fais resplendir sur eux la lumière de ton Royaume.
Par Jésus-Christ notre Seigneur.
Amen.
Sainte Cène
Bien-aimés dans le Seigneur,
que la paix de Dieu soit avec vous.
Cette paix n’est pas celle que le monde donne.
Elle est le fruit de la réconciliation acquise par Jésus-Christ, lui qui est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs.
Approchons-nous donc avec confiance de sa Table.
Mémento
Nous nous souvenons aujourd’hui de l’unique sacrifice du Christ offert une fois pour toutes.
Nous nous souvenons également que nous sommes un seul peuple, rassemblé de toutes les générations des croyants.
Et nous attendons le jour où le Seigneur rassemblera toute sa moisson dans son Royaume éternel.
Dialogue
Le Seigneur soit avec vous.
Et avec votre esprit.
Élevons nos cœurs.
Nous les élevons vers le Seigneur.
Rendons grâce au Seigneur notre Dieu.
Cela est juste et bon.
Préface
Il est véritablement juste et bon de te rendre grâce, Père saint, Dieu éternel et tout-puissant.
Tu nous as créés pour vivre devant ta face.
Lorsque nous nous sommes égarés comme des brebis perdues, tu ne nous as pas abandonnés.
Tu as envoyé ton Fils Jésus-Christ, le Bon Berger, pour chercher et sauver ceux qui étaient perdus.
Par sa mort et sa résurrection, tu nous as réconciliés avec toi.
C’est pourquoi nous joignons nos voix à celles de toute l’Église et proclamons :
Sanctus
Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu tout-puissant.
Les cieux et la terre sont remplis de sa gloire.
Hosanna au plus haut des cieux.
Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur.
Hosanna au plus haut des cieux.
Institution
La nuit où il fut livré, le Seigneur Jésus prit du pain.
Après avoir rendu grâce, il le rompit et dit :
« Prenez, mangez, ceci est mon corps donné pour vous. Faites ceci en mémoire de moi. »
De même, après le repas, il prit la coupe et dit :
« Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est répandu pour plusieurs en rémission des péchés. Faites ceci en mémoire de moi. »
Anamnèse
Nous faisons mémoire de ton Fils, de sa croix, de sa résurrection et de son ascension.
Nous proclamons qu’il règne aujourd’hui à ta droite.
Et nous attendons son retour dans la gloire lorsque la moisson sera pleinement rassemblée.
Épiclèse
Père céleste,
envoie ton Saint-Esprit sur nous.
Accorde-nous de recevoir avec foi le pain et le vin.
Que, par ton Esprit, ils soient pour nous communion véritable au corps et au sang du Christ.
Nourris notre foi.
Affermis notre espérance.
Renouvelle notre amour.
Doxologie
Par lui, avec lui et en lui,
à toi, Dieu Père tout-puissant,
dans l’unité du Saint-Esprit,
soient tout honneur et toute gloire,
aux siècles des siècles.
Amen.
Notre Père
Notre Père qui es aux cieux…
Fraction du pain
Le pain que nous rompons est la communion au corps du Christ.
Puisqu’il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps.
Coupe de bénédiction
La coupe de bénédiction que nous bénissons est la communion au sang du Christ.
Prière de communion
Seigneur, nous ne sommes pas dignes de nous approcher de toi par nos propres mérites.
Mais nous venons confiants dans ta grâce seule.
Nourris-nous de Jésus-Christ afin que nous vivions pour ta gloire.
Amen.
Paroles de distribution
Le corps du Christ donné pour toi.
Le sang du Christ versé pour toi.
Prière finale
Nous te rendons grâce, Père céleste, pour cette communion au Christ.
Fortifie-nous maintenant pour le service auquel tu nous appelles.
Fais de nous des témoins fidèles de ton Royaume.
Et garde-nous dans l’espérance du jour où nous partagerons le festin des noces de l’Agneau.
Par Jésus-Christ notre Seigneur.
Amen.
Exhortation
Allez dans la paix du Christ.
Souvenez-vous que vous avez reçu gratuitement.
Donnez gratuitement.
Servez le Seigneur avec joie.
Annoncez l’Évangile avec fidélité.
Et marchez sous la conduite du Bon Berger.
Bénédiction
Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ,
l’amour de Dieu le Père
et la communion du Saint-Esprit
soient avec vous tous.
Amen.
Psaumes et cantiques
Pour ce 11e dimanche du Temps ordinaire, les textes mettent en avant trois thèmes étroitement liés : le peuple de l’alliance choisi par Dieu (Exode 19.2–6a), la réconciliation accomplie par le Christ (Romains 5.6–11) et l’envoi des ouvriers dans la moisson du Royaume (Matthieu 9.36–10.8). Le recueil Foedus privilégie précisément les psaumes et cantiques qui articulent grâce, alliance, Église et mission.
Pour l’entrée dans le culte, le Psaume 100 « Vous qui sur la terre habitez » (ARC 100), paraphrase de Clément Marot (XVIᵉ siècle), constitue sans doute le meilleur choix. Il célèbre le peuple appartenant à Dieu et le troupeau de son pâturage, en parfaite résonance avec l’Évangile du Bon Berger et avec l’alliance du Sinaï. Il est classé A et recommandé pour l’adoration.
Comme cantique d’adoration, « Grand Dieu, nous te bénissons » (ARC 243), attribué à Ignaz Franz (XVIIIᵉ siècle), exprime avec profondeur la gloire de Dieu créateur et rédempteur. Son caractère trinitaire et sa solidité doctrinale en font un excellent chant pour ouvrir la célébration à la lumière des trois lectures.
Pour la confession du péché, le Psaume 130 « Du fond de ma détresse » (ARC 130), de Clément Marot, est particulièrement approprié. Romains 5 rappelle que le Christ est mort pour des impies ; ce psaume exprime précisément l’attente du pardon et de la grâce. Il fait partie des psaumes les plus fortement recommandés du recueil.
Après l’annonce du pardon, le Psaume 116 « J’aime mon Dieu » (ARC 116), de Clément Marot, permet une réponse reconnaissante à la réconciliation décrite par Paul. Le thème de l’action de grâce y est central et s’accorde parfaitement avec Romains 5.
Pour accompagner la prédication sur Matthieu 9.36–10.8, deux choix sont particulièrement pertinents. Le premier est le Psaume 23 « Dieu mon berger » (ARC 23), de Clément Marot. L’image du berger constitue l’arrière-plan direct de l’Évangile du jour. Le second est « Consacre à ton service » (ARC 425), de Frances Ridley Havergal (XIXᵉ siècle), l’un des cantiques les mieux notés du recueil. Il répond directement à l’appel des ouvriers dans la moisson et à la vocation missionnaire du peuple de Dieu.
Pour la Sainte Cène, le Psaume 133 « Ah ! qu’il est doux pour des frères » (ARC 164), adaptation de Clément Marot et Théodore de Bèze, met en valeur la communion du peuple de l’alliance rassemblé autour de son Seigneur. Il souligne l’unité de l’Église née de la grâce du Christ.
Enfin, pour l’envoi et la bénédiction, le Psaume 67 « Que Dieu nous bénisse » (ARC 67), de Clément Marot, constitue probablement le choix le plus cohérent. Il unit bénédiction, mission et témoignage parmi les nations, ce qui correspond exactement au mouvement du texte évangélique : Dieu rassemble son peuple pour l’envoyer dans sa moisson.
Si je devais retenir un parcours liturgique particulièrement cohérent pour ce dimanche :
Invocation : Psaume 100 « Vous qui sur la terre habitez » (ARC 100)
Adoration : « Grand Dieu, nous te bénissons » (ARC 243)
Confession : Psaume 130 « Du fond de ma détresse » (ARC 130)
Grâce : Psaume 116 « J’aime mon Dieu » (ARC 116)
Après la prédication : « Consacre à ton service » (ARC 425)
Sainte Cène : Psaume 133 « Ah ! qu’il est doux pour des frères » (ARC 164)
Bénédiction : Psaume 67 « Que Dieu nous bénisse » (ARC 67)
Cet ensemble présente une forte cohérence réformée confessante, centrée sur l’alliance, la grâce souveraine, la communion ecclésiale et la mission du peuple de Dieu.

Laisser un commentaire