La moisson du Royaume

11e dimanche du Temps ordinaire – Année A : La moisson du Royaume et l’appel des ouvriers (Matthieu 9.36–10.8)

Pour lire l’i­mage
Le regard du Christ consti­tue le centre de la com­po­si­tion. Avant d’en­voyer ses dis­ciples, il voit les foules et se laisse émou­voir par leur détresse. Les champs prêts pour la récolte rap­pellent que la mis­sion naît de la com­pas­sion de Dieu. L’i­mage illustre ain­si le mou­ve­ment de l’al­liance : Dieu ras­semble son peuple, le récon­ci­lie en Christ et l’en­voie dans le monde.


Le 11e dimanche du Temps ordi­naire nous fait entrer dans une séquence impor­tante de l’année litur­gique. Après les grandes fêtes du salut – Pâques, Ascen­sion, Pen­te­côte et la célé­bra­tion de la Sainte Tri­ni­té – l’Église est invi­tée à contem­pler l’œuvre quo­ti­dienne du Royaume de Dieu dans le monde. La cou­leur litur­gique est le vert, signe de crois­sance, de per­sé­vé­rance et de vie.

Les lec­tures de ce dimanche sont : Exode 19.2–6a, où le Sei­gneur appelle Israël à être son peuple par­ti­cu­lier, un royaume de prêtres et une nation sainte ; Romains 5.6–11, où l’apôtre Paul rap­pelle que le Christ est mort pour des pécheurs afin de les récon­ci­lier avec Dieu ; Mat­thieu 9.36–10.8, où Jésus, ému de com­pas­sion devant les foules sans ber­ger, appelle ses dis­ciples et les envoie dans sa mois­son.

Le fil conduc­teur qui unit ces textes est celui de l’élection en vue de la mis­sion. Dieu ne choi­sit jamais son peuple pour lui-même seule­ment. Israël est appe­lé au Sinaï pour être un témoin par­mi les nations. Les croyants sont récon­ci­liés avec Dieu par le sacri­fice du Christ afin de vivre pour lui. Les dis­ciples sont envoyés pour annon­cer la venue du Royaume et mani­fes­ter la misé­ri­corde de Dieu.

Dans la pers­pec­tive de la théo­lo­gie de l’alliance, ces textes révèlent l’unité pro­fonde du des­sein divin. Le peuple ras­sem­blé au pied du Sinaï, l’Église récon­ci­liée par le sang du Christ et les dis­ciples envoyés dans le monde par­ti­cipent à une même his­toire du salut. Dieu se consti­tue un peuple, le rachète par grâce et l’envoie comme témoin de son règne.

L’Évangile sou­ligne par­ti­cu­liè­re­ment la com­pas­sion du Christ. Avant d’envoyer ses dis­ciples, Jésus voit les foules « lan­guis­santes et abat­tues, comme des bre­bis qui n’ont point de ber­ger ». La mis­sion chré­tienne ne naît pas d’une stra­té­gie humaine mais du cœur même du Bon Ber­ger. Elle est la consé­quence de l’amour de Dieu pour un monde per­du.

Ain­si, ce dimanche nous rap­pelle à la fois notre iden­ti­té et notre voca­tion : nous appar­te­nons au Sei­gneur par grâce, et nous sommes appe­lés à par­ti­ci­per à son œuvre dans le monde. Celui qui ras­semble son peuple est aus­si celui qui l’envoie. Le Dieu de l’alliance demeure le Dieu qui appelle, récon­ci­lie et mis­sionne.


Psaume du jour

Le Psaume 100 occupe une place par­ti­cu­lière dans le Psau­tier de Genève comme grand psaume d’action de grâce et d’adoration com­mu­nau­taire. Il célèbre la royau­té du Sei­gneur, la joie du culte et l’appartenance du peuple de Dieu à son Ber­ger : « Sachez que l’Éternel est Dieu ! C’est lui qui nous a faits, et nous lui appar­te­nons ; nous sommes son peuple et le trou­peau de son pâtu­rage. » Son lien avec Exode 19 est évident : Dieu se choi­sit un peuple qui lui appar­tient. Il rejoint éga­le­ment Mat­thieu 9.36, où Jésus voit les foules comme des bre­bis sans ber­ger, et Romains 5, qui rap­pelle que notre com­mu­nion avec Dieu repose sur sa grâce et non sur nos mérites.

Dans le culte, le Psaume 100 convient par­ti­cu­liè­re­ment comme psaume d’entrée ou d’adoration, car il appelle toute la terre à ser­vir le Sei­gneur avec joie et recon­nais­sance. Il peut éga­le­ment être chan­té après la pré­di­ca­tion ou lors de la Sainte Cène comme réponse de gra­ti­tude à l’œuvre du salut. Son carac­tère fes­tif et com­mu­nau­taire en fait l’un des grands psaumes de ras­sem­ble­ment du peuple de l’alliance devant son Dieu.


Cette page ras­semble les textes bibliques du jour, une médi­ta­tion, une pré­di­ca­tion et des élé­ments litur­giques pour le culte. Elle a pour objec­tif d’aider à la pré­pa­ra­tion et à la célé­bra­tion du culte, mais aus­si à la lec­ture per­son­nelle et com­mu­nau­taire de l’Écriture. L’ensemble du conte­nu est libre de droit et peut être uti­li­sé, adap­té et dif­fu­sé dans un cadre ecclé­sial, pas­to­ral ou péda­go­gique. Vous pou­vez citer l’auteur ou non, selon votre usage et votre contexte.

L’architecture de cette page per­met trois niveaux de lec­ture :

  • Lec­teur pres­sé → médi­ta­tion + pré­di­ca­tion → nour­ri
  • Lec­teur enga­gé → ajoute l’exégèse → enra­ci­né
  • Lec­teur for­mé / res­pon­sable → va jusqu’à l’apologétique → équi­pé


Courte méditation

La médi­ta­tion pro­po­sée sur le blog foedus.fr est volon­tai­re­ment courte. Elle s’appuie sur le texte de l’Évangile du jour (sauf indi­ca­tion contraire) et cherche à en faire res­sor­tir une parole cen­trale, acces­sible et direc­te­ment appli­cable à la vie quo­ti­dienne. Elle est accom­pa­gnée d’une prière simple, en écho au mes­sage biblique.

Cette médi­ta­tion peut être reprise telle quelle ou adap­tée libre­ment. Elle se prête par­ti­cu­liè­re­ment bien à un usage per­son­nel, pas­to­ral ou à un par­tage sur les réseaux sociaux (Face­book, X, etc.), sous forme de copier-col­ler.

Ce texte est libre de droit. Vous pou­vez citer l’auteur ou non, selon votre usage et votre contexte.


La compassion du Bon Berger

« Voyant la foule, il fut ému de com­pas­sion pour elle, parce qu’elle était lan­guis­sante et abat­tue, comme des bre­bis qui n’ont point de ber­ger. » (Mat­thieu 9.36)

L’É­van­gile de ce dimanche nous révèle quelque chose de pré­cieux sur le cœur du Sei­gneur Jésus-Christ. Avant d’en­voyer ses dis­ciples, avant d’en­sei­gner, avant même d’ac­com­plir de nou­veaux miracles, il regarde. Il regarde les foules. Il voit ce que d’autres ne voient pas. Là où beau­coup aper­çoivent sim­ple­ment une mul­ti­tude ano­nyme, il dis­cerne des hommes et des femmes bles­sés, fati­gués, déso­rien­tés, pri­vés de ber­ger.

Le texte ne dit pas que Jésus fut irri­té par leur igno­rance, ni scan­da­li­sé par leurs péchés. Il fut ému de com­pas­sion. Le Fils de Dieu ne contemple pas la misère humaine avec indif­fé­rence. Il ne détourne pas son regard. Il s’ap­proche.

Cette com­pas­sion du Christ tra­verse toute l’his­toire biblique. Au Sinaï déjà, Dieu rap­pe­lait à Israël : « Je vous ai por­tés sur des ailes d’aigle et ame­nés vers moi. » Le Sei­gneur n’est pas un Dieu loin­tain qui se contente de don­ner des ordres. Il est celui qui délivre, porte, pro­tège et conduit son peuple.

L’a­pôtre Paul va plus loin encore lors­qu’il affirme que « lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous ». Nous étions non seule­ment des bre­bis sans ber­ger, mais aus­si des enne­mis récon­ci­liés par sa grâce. La com­pas­sion du Christ ne s’ar­rête pas à la pitié. Elle le conduit jus­qu’à la croix.

Nous vivons dans un monde où beau­coup cherchent un guide, un sens, une direc­tion. Les idéo­lo­gies se suc­cèdent, les pro­messes humaines se mul­ti­plient, mais le cœur demeure inquiet. Les bre­bis ont tou­jours besoin d’un ber­ger. Cette réa­li­té n’a pas chan­gé depuis les jours de l’É­van­gile.

La bonne nou­velle est que le Christ conti­nue aujourd’­hui de regar­der son peuple avec la même com­pas­sion. Il connaît nos fatigues, nos inquié­tudes, nos com­bats et nos éga­re­ments. Rien ne lui échappe. Et celui qui nous appelle est aus­si celui qui nous conduit.

Appro­chons-nous donc de lui avec confiance. Le Bon Ber­ger n’a­ban­donne pas ses bre­bis. Celui qui les a rache­tées par son sang les garde encore aujourd’­hui par sa puis­sance et les condui­ra fina­le­ment jus­qu’aux pâtu­rages éter­nels.

Prière

Sei­gneur Jésus-Christ, Bon Ber­ger de ton peuple, apprends-nous à entendre ta voix et à te suivre fidè­le­ment. Lorsque nous sommes fati­gués ou dis­per­sés, ras­semble-nous auprès de toi. Fais-nous vivre de ta grâce, mar­cher dans ton alliance et ser­vir avec joie dans ta mois­son. Amen.

Vincent Bru, 10/06/2026


Portés, réconciliés, envoyés

La vie mili­taire est sou­vent asso­ciée à l’en­ga­ge­ment, à la dis­ci­pline et à la mis­sion. Le sol­dat apprend très tôt qu’il appar­tient à quelque chose qui le dépasse. Il reçoit une mis­sion, il sert une uni­té, il s’ins­crit dans une his­toire. Mais der­rière les opé­ra­tions, les entraî­ne­ments, les res­pon­sa­bi­li­tés et les contraintes du métier demeure une ques­tion plus pro­fonde : à qui appar­te­nons-nous réel­le­ment ?

Les textes bibliques de ce dimanche apportent une réponse remar­quable.

Dans le livre de l’Exode, Dieu rap­pelle à Israël ce qu’il a fait pour lui : « Je vous ai por­tés sur des ailes d’aigle et ame­nés vers moi. » Cette image est forte. Avant d’être un peuple qui agit, Israël est un peuple qui a été por­té. Avant d’être appe­lé à obéir, il a été déli­vré.

Il existe ici une leçon impor­tante pour le mili­taire chré­tien. Nous sommes sou­vent ten­tés de mesu­rer notre valeur à nos per­for­mances, à nos res­pon­sa­bi­li­tés ou à nos résul­tats. Pour­tant, la pre­mière véri­té de l’É­van­gile n’est pas ce que nous fai­sons pour Dieu mais ce que Dieu a fait pour nous.

Le Sei­gneur ne dit pas à Israël : « Vous m’a­vez rejoint grâce à votre cou­rage. » Il dit : « Je vous ai por­tés. »

Avec les années, beau­coup de mili­taires découvrent leurs limites. Le corps vieillit. Cer­taines capa­ci­tés dimi­nuent. Les pro­jets changent. Des muta­tions sur­viennent. Les res­pon­sa­bi­li­tés passent à d’autres. Nous appre­nons pro­gres­si­ve­ment que notre exis­tence ne repose pas uni­que­ment sur notre propre force.

La foi chré­tienne nous rap­pelle alors que nous sommes por­tés par une fidé­li­té plus grande que la nôtre.

L’a­pôtre Paul nous conduit encore plus loin.

Dans l’é­pître aux Romains, il écrit que « lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous ».

Le sol­dat connaît la notion de sacri­fice. Il sait ce qu’est le dévoue­ment. Il com­prend ce que signi­fie ser­vir une cause plus grande que soi.

Mais ici appa­raît quelque chose d’u­nique. Le Christ ne donne pas sa vie pour ses amis seule­ment. Il donne sa vie pour des enne­mis. Il meurt pour ceux qui ne le cherchent pas. Il récon­ci­lie avec Dieu ceux qui s’é­taient éloi­gnés de lui.

Dans beau­coup de domaines de la vie, la recon­nais­sance dépend du mérite. Une pro­mo­tion, une déco­ra­tion ou une res­pon­sa­bi­li­té sont géné­ra­le­ment accor­dées à quel­qu’un qui les a méri­tées.

La grâce de Dieu fonc­tionne autre­ment.

Elle est don­née à des hommes et des femmes qui ne peuvent pas la gagner.

Cette véri­té est pro­fon­dé­ment libé­ra­trice. Elle nous rap­pelle que notre iden­ti­té la plus pro­fonde ne repose ni sur notre grade, ni sur notre fonc­tion, ni sur nos réus­sites. Elle repose sur l’a­mour de Dieu mani­fes­té en Jésus-Christ.

Puis l’É­van­gile nous montre Jésus regar­dant les foules.

Il les voit « comme des bre­bis qui n’ont point de ber­ger ».

Cette image résonne par­ti­cu­liè­re­ment dans le monde mili­taire. Sur le ter­rain, l’ab­sence de com­man­de­ment clair pro­duit rapi­de­ment la confu­sion. Une uni­té pri­vée de direc­tion perd sa cohé­sion et son effi­ca­ci­té. L’his­toire mili­taire regorge d’exemples où la dis­pa­ri­tion des chefs a pro­vo­qué le désordre et par­fois la défaite.

Jésus applique une image sem­blable à l’hu­ma­ni­té. Il voit des hommes et des femmes déso­rien­tés, dis­per­sés, fati­gués.

Puis il appelle ses dis­ciples et les envoie dans sa mois­son.

Nous retrou­vons ici une véri­té essen­tielle de la voca­tion chré­tienne.

Dieu nous porte.

Dieu nous récon­ci­lie.

Puis Dieu nous envoie.

Le chré­tien n’est pas appe­lé à vivre replié sur lui-même. Il reçoit une mis­sion.

Pour un mili­taire, cette mis­sion ne consiste pas néces­sai­re­ment à pro­non­cer de longs dis­cours reli­gieux. Elle com­mence sou­vent par la fidé­li­té quo­ti­dienne. Ser­vir avec hon­nê­te­té. Exer­cer l’au­to­ri­té avec jus­tice. Res­pec­ter la digni­té de cha­cun. Être un homme ou une femme de parole. Refu­ser le cynisme. Témoi­gner de l’es­pé­rance chré­tienne lorsque l’oc­ca­sion se pré­sente.

Le Christ n’ap­pelle pas tous les croyants à la même tâche, mais il appelle cha­cun à par­ti­ci­per à sa mois­son.

Les trois lec­tures de ce dimanche forment ain­si un seul mes­sage.

Le Dieu de l’al­liance nous porte lorsque nos forces sont insuf­fi­santes.

Le Christ nous récon­ci­lie lorsque nos péchés nous condamnent.

Le Sei­gneur nous envoie lorsque nous serions ten­tés de vivre uni­que­ment pour nous-mêmes.

Dans un monde sou­vent mar­qué par l’in­cer­ti­tude, le mili­taire chré­tien peut avan­cer avec confiance. Il sait qu’il appar­tient à un Royaume qui ne pas­se­ra pas. Il sait que le véri­table Chef de son exis­tence est le Christ. Et il sait que, quelles que soient les routes qu’il devra encore par­cou­rir, celui qui l’a por­té jus­qu’i­ci conti­nue­ra de le conduire jus­qu’au terme du voyage.

Prière

Sei­gneur notre Dieu,

nous te remer­cions parce que tu es le Dieu qui porte son peuple.

Comme tu as por­té Israël sur des ailes d’aigle, tu nous as sou­te­nus dans les jours de joie comme dans les jours d’é­preuve. Sou­vent nous avons cru avan­cer par nos propres forces, mais c’est ta main qui nous a conduits.

Nous te remer­cions pour Jésus-Christ, notre Sau­veur. Alors que nous étions encore pécheurs, il a don­né sa vie pour nous. Nous n’a­vons rien à pré­sen­ter devant toi sinon notre besoin de grâce. Mais nous croyons que sa croix est suf­fi­sante, que son par­don est com­plet et que sa résur­rec­tion nous ouvre le che­min de la vie.

Nous te prions pour les mili­taires, les marins, les avia­teurs, les gen­darmes, les réser­vistes et leurs familles. Dans les res­pon­sa­bi­li­tés quo­ti­diennes, dans les mis­sions loin­taines, dans les périodes d’in­cer­ti­tude ou de fatigue, garde-les dans ta paix. Donne-leur sagesse dans leurs déci­sions, cou­rage dans leurs devoirs et fidé­li­té dans leur voca­tion.

Apprends-nous à entendre la voix du Bon Ber­ger. Pré­serve-nous de l’or­gueil qui croit pou­voir se pas­ser de toi, mais aus­si du décou­ra­ge­ment qui oublie ta pré­sence. Lorsque nos forces dimi­nuent, rap­pelle-nous que ta grâce demeure. Lorsque nos che­mins semblent obs­curs, rap­pelle-nous que tu marches devant nous.

Fais de nous des témoins fidèles de ton Royaume. Là où tu nous as pla­cés, donne-nous de ser­vir avec droi­ture, d’exer­cer nos res­pon­sa­bi­li­tés avec jus­tice et de por­ter autour de nous quelque chose de la lumière du Christ.

Et puisque la mois­son est grande, sus­cite encore des ouvriers pour ton Église. Donne à ton peuple des pas­teurs fidèles, des ser­vi­teurs cou­ra­geux et des dis­ciples rem­plis d’a­mour pour toi et pour leur pro­chain.

Nous te confions notre ave­nir, nos familles, notre pays et nos armées.

Car tu es le Dieu de l’al­liance, le Père qui nous porte, le Fils qui nous récon­ci­lie et le Saint-Esprit qui nous conduit.

À toi soient la gloire, l’hon­neur et la louange, main­te­nant et pour les siècles des siècles.

Amen.

© Vincent Bru, 1006/2026


Prédication

Les pré­di­ca­tions pro­po­sées sur le blog suivent en prin­cipe une struc­ture simple et éprou­vée : une intro­duc­tion, trois points déve­lop­pés, puis une conclu­sion. Cette pro­gres­sion vise à aider l’écoute, la com­pré­hen­sion et l’appropriation du mes­sage biblique, sans alour­dir le pro­pos ni perdre de vue l’essentiel.

Cette struc­ture n’est ni obli­ga­toire ni rigide. Elle consti­tue un cadre au ser­vice de la Parole, non une contrainte for­melle. Vous pou­vez reprendre cette pré­di­ca­tion telle quelle, l’adapter à votre contexte, ou sim­ple­ment vous en ins­pi­rer pour éla­bo­rer votre propre pro­cla­ma­tion.

La pré­di­ca­tion est pro­po­sée selon deux modèles com­plé­men­taires :

Un cane­vas de pré­di­ca­tion, des­ti­né à ceux qui sou­haitent s’inspirer de la struc­ture en la per­son­na­li­sant lar­ge­ment ;

Une pré­di­ca­tion orale exé­gé­tique, d’environ vingt minutes, direc­te­ment pro­cla­mable, pour ceux qui sou­haitent la lire ou l’adapter légè­re­ment.

Ce texte est libre de droit et peut être uti­li­sé, repro­duit ou adap­té pour un usage pas­to­ral, litur­gique ou péda­go­gique. Vous pou­vez citer l’auteur ou non, selon votre usage et votre contexte.

A lire avant tout : Méthode homi­lé­tique et pré­di­ca­tion réfor­mée – Fiches pour pas­teurs et pré­di­ca­teurs laïques


Prédication – canevas

Titre : La mois­son du Royaume et l’appel des ouvriers
(Mat­thieu 9.36–10.8)

Intro­duc­tion

Nous vivons dans un monde satu­ré d’in­for­ma­tions, de moyens de com­mu­ni­ca­tion et de tech­no­lo­gies. Pour­tant, beau­coup de nos contem­po­rains demeurent déso­rien­tés. Les pro­grès maté­riels n’ont pas sup­pri­mé les ques­tions fon­da­men­tales : pour­quoi vivre ? pour­quoi souf­frir ? où trou­ver le sens ?

Lorsque Jésus regarde les foules, il ne voit pas seule­ment une popu­la­tion nom­breuse. Il voit des êtres humains per­dus, « lan­guis­sants et abat­tus, comme des bre­bis qui n’ont point de ber­ger ». Son regard ne s’ar­rête pas aux appa­rences. Il atteint le cœur du pro­blème.

Ce texte nous invite à consi­dé­rer trois réa­li­tés : le regard du Christ, la mois­son du Royaume et l’ap­pel des ouvriers.

I. Le regard du Bon Ber­ger : une com­pas­sion qui voit la réa­li­té

Mat­thieu sou­ligne d’a­bord la com­pas­sion du Sei­gneur.

Le terme grec employé désigne une émo­tion pro­fonde, venant des entrailles. Jésus est pro­fon­dé­ment tou­ché par la condi­tion humaine.

Les foules paraissent vivantes, actives, occu­pées. Pour­tant elles sont spi­ri­tuel­le­ment dis­per­sées. Elles res­semblent aux bre­bis d’É­zé­chiel 34 aban­don­nées par de mau­vais pas­teurs.

Cette image ren­voie à toute l’his­toire biblique. Depuis la chute, l’homme cherche son propre che­min. Il mul­ti­plie les faux dieux, les faux sau­veurs et les faux ber­gers.

L’Exode nous rap­pelle cepen­dant que Dieu n’a­ban­donne pas son peuple. Au Sinaï, il déclare : « Je vous ai por­tés sur des ailes d’aigle et ame­nés vers moi. »

Le Dieu de l’al­liance demeure le Dieu qui cherche ses bre­bis.

Appli­ca­tions

Nous pou­vons être entou­rés d’ac­ti­vi­tés reli­gieuses tout en demeu­rant éloi­gnés du Ber­ger.

La pre­mière ques­tion n’est pas : suis-je actif ? mais : suis-je conduit par le Christ ?

Le chré­tien est éga­le­ment appe­lé à apprendre ce regard de com­pas­sion. Avant de juger le monde, il doit apprendre à le voir comme le Christ le voit.

II. La mois­son est grande : l’ur­gence du Royaume

Jésus pour­suit :

« La mois­son est grande, mais il y a peu d’ou­vriers. »

Le pro­blème n’est pas l’ab­sence de mois­son.

Le pro­blème est le manque d’ou­vriers.

Nous avons sou­vent ten­dance à croire que le monde est deve­nu imper­méable à l’É­van­gile. Jésus affirme exac­te­ment l’in­verse.

Le Royaume est déjà à l’œuvre.

Dieu pré­pare des hommes et des femmes que lui seul connaît.

Cette image de la mois­son évoque éga­le­ment le juge­ment final. Le temps pré­sent est un temps de grâce, mais il ne dure­ra pas éter­nel­le­ment.

Romains 5 nous rap­pelle pour­quoi cette urgence existe.

Sans le Christ, l’homme demeure sépa­ré de Dieu.

Avec le Christ, la récon­ci­lia­tion est offerte.

La mis­sion de l’É­glise s’en­ra­cine dans cette réa­li­té.

Appli­ca­tions

Nous sommes sou­vent pré­oc­cu­pés par de nom­breuses choses secon­daires.

Le Christ nous rap­pelle ce qui compte réel­le­ment : le salut des âmes et la gloire de Dieu.

L’É­glise ne doit jamais perdre de vue sa voca­tion mis­sion­naire.

III. Les ouvriers du Royaume : un peuple appe­lé et envoyé

Jésus appelle ensuite les Douze.

Ce détail est impor­tant.

Douze dis­ciples.

Douze tri­bus.

Le nou­vel Israël appa­raît autour du Mes­sie.

Le Sinaï trouve ici un accom­plis­se­ment remar­quable.

Dieu avait décla­ré :

« Vous serez pour moi un royaume de sacri­fi­ca­teurs et une nation sainte. »

La voca­tion du peuple de l’al­liance devient main­te­nant mis­sion­naire.

Les dis­ciples reçoivent gra­tui­te­ment ce qu’ils devront don­ner gra­tui­te­ment.

Le Royaume ne se vend pas.

La grâce ne se mérite pas.

L’É­glise n’est pas appe­lée à domi­ner mais à ser­vir.

Comme le Christ, elle est envoyée vers les bre­bis per­dues.

Appli­ca­tions

Tous les chré­tiens ne sont pas appe­lés au même minis­tère.

Mais tous sont appe­lés à témoi­gner du Christ là où Dieu les a pla­cés.

Parents, grands-parents, ensei­gnants, mili­taires, arti­sans, retrai­tés : cha­cun reçoit un champ de mis­sion par­ti­cu­lier.

La ques­tion n’est pas : suis-je apte ?

La ques­tion est : suis-je dis­po­nible ?

Conclu­sion

L’É­van­gile de ce dimanche nous conduit du regard du Christ à notre propre voca­tion.

Le Bon Ber­ger voit les foules.

Le Bon Ber­ger annonce la mois­son.

Le Bon Ber­ger appelle des ouvriers.

Nous étions nous-mêmes des bre­bis per­dues. Dieu nous a por­tés sur ses ailes, récon­ci­liés par le sang du Christ et inté­grés à son peuple.

Il nous appelle main­te­nant à par­ti­ci­per à son œuvre.

Car la mois­son demeure grande.

Et le même Sei­gneur qui envoie ses ouvriers conti­nue aujourd’­hui encore à conduire son peuple jus­qu’au jour où toutes les bre­bis seront ras­sem­blées dans son Royaume éter­nel.


Prédication exposition – forme orale (env. 20 mn)

La plu­part de nos contem­po­rains sont constam­ment entou­rés de mes­sages, d’i­mages, d’in­for­ma­tions et de sol­li­ci­ta­tions. Pour­tant, il suf­fit d’é­cou­ter un peu les conver­sa­tions, d’ob­ser­ver les inquié­tudes qui tra­versent notre socié­té ou sim­ple­ment de regar­der autour de nous pour consta­ter une réa­li­té para­doxale : beau­coup de per­sonnes ne savent plus très bien où elles vont.

Elles avancent. Elles tra­vaillent. Elles consomment. Elles s’in­forment. Mais elles sont sou­vent déso­rien­tées.

En réa­li­té, cette situa­tion n’est pas nou­velle.

Lorsque Jésus regarde les foules de son temps, il voit déjà quelque chose de sem­blable.

Écou­tons encore cette parole :

« Voyant la foule, il fut ému de com­pas­sion pour elle, parce qu’elle était lan­guis­sante et abat­tue, comme des bre­bis qui n’ont point de ber­ger. »

Nous sommes ici à un moment impor­tant de l’É­van­gile de Mat­thieu.

Depuis plu­sieurs cha­pitres, Jésus enseigne, gué­rit les malades, chasse les démons, mani­feste l’au­to­ri­té du Royaume de Dieu.

Mais sou­dain, Mat­thieu ralen­tit le récit.

Il nous montre non pas ce que Jésus fait, mais ce qu’il voit.

Et ce regard du Christ va deve­nir le point de départ de tout ce qui suit.

Le texte nous dit qu’il est « ému de com­pas­sion ».

Le mot grec uti­li­sé est par­ti­cu­liè­re­ment fort.

Il désigne une émo­tion pro­fonde qui sai­sit tout l’être.

Jésus n’ob­serve pas les foules avec déta­che­ment.

Il ne les regarde pas comme une sta­tis­tique.

Il ne les regarde pas non plus avec mépris.

Il voit leur misère.

Il voit leur confu­sion.

Il voit leur fatigue.

Il voit leur besoin.

Et il en est pro­fon­dé­ment tou­ché.

Le pro­blème est décrit par une image biblique très ancienne :

« comme des bre­bis qui n’ont point de ber­ger ».

Cette image par­court toute l’É­cri­ture.

Dans le livre des Nombres, Moïse prie afin que le peuple ne soit pas comme des bre­bis sans ber­ger.

Dans Ézé­chiel 34, Dieu dénonce les mau­vais pas­teurs d’Is­raël qui se servent eux-mêmes au lieu de ser­vir le trou­peau.

Puis Dieu pro­met :

« Je cher­che­rai moi-même mes bre­bis. »

Lorsque Jésus emploie cette image, il se pré­sente impli­ci­te­ment comme l’ac­com­plis­se­ment de cette pro­messe.

Il est le ber­ger atten­du.

Il est celui que Dieu avait pro­mis.

Il est celui qui vient cher­cher les bre­bis dis­per­sées.

Et cela nous révèle quelque chose de fon­da­men­tal sur Dieu.

Dieu n’est pas indif­fé­rent.

Il n’est pas un spec­ta­teur loin­tain.

Il voit.

Il connaît.

Il s’ap­proche.

La com­pas­sion du Christ est la mani­fes­ta­tion visible du cœur même de Dieu.

Cette véri­té mérite d’être enten­due aujourd’­hui.

Beau­coup de per­sonnes ima­ginent Dieu comme un juge sévère ou comme une puis­sance imper­son­nelle.

Le Christ nous montre un Dieu qui regarde les foules avec com­pas­sion.

Un Dieu qui s’ap­proche des bles­sés.

Un Dieu qui cherche ceux qui sont per­dus.

Peut-être cer­tains par­mi nous se sentent-ils aujourd’­hui fati­gués.

Fati­gués phy­si­que­ment.

Fati­gués mora­le­ment.

Fati­gués spi­ri­tuel­le­ment.

Alors ce texte nous rap­pelle que le Sei­gneur voit ce que per­sonne ne voit.

Il connaît les com­bats cachés.

Il connaît les inquié­tudes que nous ne par­ta­geons pas.

Il connaît les bles­sures que nous por­tons.

Et son regard n’est pas un regard de condam­na­tion.

C’est un regard de com­pas­sion.

Mais le texte ne s’ar­rête pas là.

Après avoir regar­dé les foules, Jésus dit à ses dis­ciples :

« La mois­son est grande, mais il y a peu d’ou­vriers. »

Cette parole est sur­pre­nante.

Nous aurions peut-être atten­du :

« Les foules sont hos­tiles. »

Ou :

« Les foules sont indif­fé­rentes. »

Mais Jésus dit :

« La mois­son est grande. »

Le pro­blème n’est pas l’ab­sence de mois­son.

Le pro­blème est le manque d’ou­vriers.

Autre­ment dit, Dieu est déjà à l’œuvre.

Le Royaume avance.

Le Sei­gneur pré­pare des cœurs.

Le Sei­gneur agit avant même que les dis­ciples arrivent.

Cette image de la mois­son est éga­le­ment une image de l’his­toire du salut.

Dans l’An­cien Tes­ta­ment, la mois­son évoque sou­vent le temps où Dieu ras­semble son peuple.

Le Christ annonce ici que ce temps est arri­vé.

Le Royaume de Dieu est proche.

La récolte com­mence.

Alors Jésus ne dit pas d’a­bord :

« Allez. »

Il dit :

« Priez. »

« Priez donc le maître de la mois­son d’en­voyer des ouvriers dans sa mois­son. »

Voi­là une leçon impor­tante.

La mis­sion com­mence dans la prière.

Parce que l’œuvre appar­tient à Dieu.

La mois­son est sa mois­son.

Les ouvriers sont ses ouvriers.

L’É­glise n’est jamais pro­prié­taire de la mis­sion.

Elle y par­ti­cipe hum­ble­ment.

Puis arrive le cha­pitre 10.

Et sou­dain les dis­ciples deviennent eux-mêmes la réponse à leur propre prière.

Ils demandent des ouvriers.

Et Jésus les envoie.

Il y a là une leçon que l’on retrouve sou­vent dans l’É­cri­ture.

Nous deman­dons par­fois à Dieu d’a­gir.

Et Dieu répond en nous appe­lant à agir.

Les douze sont alors nom­més un par un.

Ce détail est impor­tant.

Douze dis­ciples.

Comme les douze tri­bus d’Is­raël.

Mat­thieu veut nous mon­trer que Jésus ras­semble le peuple de l’al­liance autour de lui.

Le Sinaï trouve ici un accom­plis­se­ment.

Dans notre pre­mière lec­ture, Dieu décla­rait :

« Vous serez pour moi un royaume de sacri­fi­ca­teurs et une nation sainte. »

Cette voca­tion n’est pas aban­don­née.

Elle est renou­ve­lée.

Elle trouve son accom­plis­se­ment dans le Christ.

L’É­glise est désor­mais envoyée dans le monde pour témoi­gner du Royaume.

Les dis­ciples reçoivent alors une mis­sion pré­cise :

annon­cer le Royaume ;

gué­rir les malades ;

puri­fier les lépreux ;

chas­ser les démons.

Autre­ment dit, mani­fes­ter concrè­te­ment la pré­sence du Roi.

Car la mis­sion chré­tienne n’est jamais seule­ment un dis­cours.

Elle touche l’être humain dans sa tota­li­té.

Elle annonce le salut.

Elle mani­feste la misé­ri­corde.

Elle révèle la sei­gneu­rie du Christ.

Enfin Jésus conclut par une phrase magni­fique :

« Vous avez reçu gra­tui­te­ment, don­nez gra­tui­te­ment. »

Tout est là.

L’É­van­gile est grâce.

Les dis­ciples n’ont pas ache­té leur salut.

Ils n’ont pas méri­té leur appel.

Ils ont reçu.

Ils doivent main­te­nant trans­mettre.

C’est le mou­ve­ment même de l’al­liance.

Dieu bénit Abra­ham afin que toutes les familles de la terre soient bénies.

Dieu délivre Israël afin qu’il soit lumière pour les nations.

Dieu récon­ci­lie les pécheurs en Christ afin qu’ils deviennent témoins du Christ.

Le salut ne s’ar­rête jamais à nous.

Il passe par nous.

Alors que devons-nous rete­nir de ce texte ?

D’a­bord que le Christ demeure le Bon Ber­ger.

Il voit encore aujourd’­hui les bre­bis dis­per­sées.

Il voit nos fai­blesses.

Il voit nos éga­re­ments.

Il voit nos bles­sures.

Et il demeure plein de com­pas­sion.

Ensuite que la mois­son est tou­jours grande.

Le monde a chan­gé.

Les tech­no­lo­gies ont chan­gé.

Les cultures ont chan­gé.

Mais les besoins pro­fonds du cœur humain demeurent les mêmes.

Les hommes ont tou­jours besoin d’un Sau­veur.

Ils ont tou­jours besoin de récon­ci­lia­tion avec Dieu.

Ils ont tou­jours besoin d’un Ber­ger.

Enfin que cha­cun de nous est appe­lé à ser­vir selon sa voca­tion.

Tous ne seront pas pas­teurs.

Tous ne seront pas mis­sion­naires.

Mais tous les croyants sont appe­lés à témoi­gner du Christ là où Dieu les a pla­cés.

Dans leur famille.

Dans leur tra­vail.

Dans leur quar­tier.

Dans leurs res­pon­sa­bi­li­tés.

Le Sei­gneur ne nous demande pas d’être extra­or­di­naires.

Il nous demande d’être fidèles.

Et cette fidé­li­té devient pos­sible parce que le Bon Ber­ger marche lui-même devant son trou­peau.

Amen.


Exégèse

La par­tie exé­gé­tique pro­po­sée sur le blog foedus.fr vise à éclai­rer les textes bibliques du jour de manière rigou­reuse et acces­sible. Pour chaque texte, l’accent est por­té à la fois sur le contexte immé­diat et sur le contexte glo­bal de l’Écriture, afin d’en res­pec­ter la cohé­rence théo­lo­gique et l’inscription dans l’histoire du salut.

L’analyse s’attache par­ti­cu­liè­re­ment aux mots hébreux et grecs les plus signi­fi­ca­tifs, lorsque cela est néces­saire pour com­prendre le sens pré­cis du texte. Elle s’enrichit éga­le­ment de l’apport des Pères de l’Église, des Réfor­ma­teurs, ain­si que de la théo­lo­gie réfor­mée confes­sante contem­po­raine, afin de situer l’interprétation dans la conti­nui­té de la tra­di­tion chré­tienne.

Lorsque cela éclaire uti­le­ment le pas­sage étu­dié, des élé­ments d’archéologie biblique sont éga­le­ment inté­grés, pour repla­cer le texte dans son cadre his­to­rique et cultu­rel sans en faire un simple objet aca­dé­mique.

Cette approche cherche à ser­vir à la fois la com­pré­hen­sion du texte et la foi de l’Église, en met­tant l’exégèse au ser­vice de la pro­cla­ma­tion et de la vie chré­tienne.

La ver­sion de la Bible uti­li­sée ici est la Bible Louis Segond de 1910, qui est libre de droit. Mais je lui pré­fère la ver­sion de 1978 dite « A la Colombe ».


Exode 19.2–6a

« Ils par­tirent de Rephi­dim, et arri­vèrent au désert de Sinaï ; ils cam­pèrent dans le désert, et Israël cam­pa là, vis-à-vis de la mon­tagne.

Moïse mon­ta vers Dieu : et l’É­ter­nel l’ap­pe­la du haut de la mon­tagne, en disant : Tu par­le­ras ain­si à la mai­son de Jacob, et tu diras aux enfants d’Is­raël :

Vous avez vu ce que j’ai fait à l’É­gypte, et com­ment je vous ai por­tés sur des ailes d’aigle et ame­nés vers moi.

Main­te­nant, si vous écou­tez ma voix, et si vous gar­dez mon alliance, vous m’ap­par­tien­drez entre tous les peuples, car toute la terre est à moi ;

vous serez pour moi un royaume de sacri­fi­ca­teurs et une nation sainte. »

Brève intro­duc­tion

Nous sommes au pied du Sinaï. L’Exode est accom­pli. Israël a été déli­vré d’É­gypte par la puis­sance de Dieu. Avant même que la Loi soit don­née, Dieu rap­pelle à son peuple ce qu’il a déjà fait pour lui. L’al­liance sinaï­tique ne com­mence pas par un com­man­de­ment mais par une grâce.

Exé­gèse

Le texte s’ouvre sur le verbe hébreu שָׂא (nasaʾ), « por­ter » : « Je vous ai por­tés sur des ailes d’aigle ». L’i­mage exprime la pro­tec­tion sou­ve­raine de Dieu. Israël n’est pas sor­ti d’É­gypte par sa propre force. Dieu l’a trans­por­té jus­qu’à lui.

La for­mule « ame­nés vers moi » consti­tue le cœur du pas­sage. Le but ultime de la rédemp­tion n’est pas sim­ple­ment la liber­té poli­tique mais la com­mu­nion avec Dieu.

L’ex­pres­sion « gar­dez mon alliance » tra­duit le mot hébreu בְּרִית (berith), terme fon­da­men­tal de toute la théo­lo­gie biblique. L’al­liance n’est pas un contrat entre égaux mais un enga­ge­ment sou­ve­rain du Sei­gneur envers son peuple.

« Vous m’ap­par­tien­drez entre tous les peuples » tra­duit l’i­dée de segul­lah, un tré­sor pré­cieux appar­te­nant au roi. Israël est choi­si non parce qu’il est meilleur mais parce que Dieu l’aime.

« Royaume de sacri­fi­ca­teurs » signi­fie qu’Is­raël est appe­lé à repré­sen­ter Dieu devant les nations et les nations devant Dieu. Cette voca­tion mis­sion­naire est sou­vent oubliée mais elle est déjà pré­sente au Sinaï.

« Nation sainte » ren­voie à la sépa­ra­tion pour le ser­vice de Dieu.

Les mots impor­tants

Berith : alliance, pacte sou­ve­rain de Dieu.

Segul­lah : tré­sor par­ti­cu­lier, pro­prié­té pré­cieuse.

Qadosh : saint, mis à part pour Dieu.

Cita­tions des Pères de l’É­glise

Augus­tin d’Hip­pone com­mente sou­vent l’his­toire de l’Exode comme une figure du salut chré­tien :

« Ce qui arri­va alors au peuple d’Is­raël était une figure de ce qui devait arri­ver au peuple chré­tien. »
(Contre Fauste, XII, 26)

Iré­née de Lyon voit dans cette élec­tion une pré­pa­ra­tion à l’É­glise uni­ver­selle :

« Dieu for­ma d’a­bord un peuple afin d’ha­bi­tuer l’homme à por­ter son Esprit. »
(Contre les héré­sies, IV, 14, 2)

Cita­tions des Réfor­ma­teurs

Jean Cal­vin :

« Dieu rap­pelle ici qu’il a déli­vré son peuple avant de lui impo­ser aucun com­man­de­ment, afin qu’il sache que l’o­béis­sance pro­cède de la grâce reçue. »
(Com­men­taire sur Exode 19.4)

Mar­tin Luther :

« Dieu donne d’a­bord ses bien­faits, ensuite seule­ment il demande l’o­béis­sance. »
(Com­men­taire sur l’Exode)

Apports de l’ar­chéo­lo­gie

Les trai­tés de suze­rai­ne­té hit­tites du deuxième mil­lé­naire pré­sentent une struc­ture proche : le roi rap­pelle d’a­bord les bien­faits accor­dés avant d’exi­ger fidé­li­té. Le Sinaï reprend cette forme tout en la trans­for­mant pro­fon­dé­ment. Dieu n’est pas un sou­ve­rain ter­restre mais le Sei­gneur de l’u­ni­vers.

Théo­lo­gie de l’al­liance

Ce texte consti­tue l’un des fon­de­ments majeurs de la théo­lo­gie de l’al­liance. Dieu rachète d’a­bord, puis il appelle à l’o­béis­sance. La grâce pré­cède tou­jours l’exi­gence. Israël est élu pour être témoin par­mi les nations. Cette voca­tion trou­ve­ra son accom­plis­se­ment dans l’É­glise de Jésus-Christ.

Romains 5.6–11

« Car, lorsque nous étions encore sans force, Christ, au temps mar­qué, est mort pour des impies… »

Brève intro­duc­tion

Paul déve­loppe ici les consé­quences de la jus­ti­fi­ca­tion par la foi. Le croyant pos­sède désor­mais la paix avec Dieu parce que le Christ est mort pour lui alors qu’il était encore pécheur.

Exé­gèse

Le terme grec ἀσθενῶν (asthe­nôn) signi­fie « faibles », « inca­pables ». L’homme déchu ne peut pro­duire son propre salut.

Le mot ἀσεβῶν (ase­bôn) désigne les impies, ceux qui vivent sans Dieu.

Le som­met du pas­sage se trouve au ver­set 8 :

« Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. »

Le verbe συνίστησιν (sunistē­sin) signi­fie démon­trer, éta­blir publi­que­ment.

L’a­mour de Dieu n’est pas une simple dis­po­si­tion inté­rieure. Il est mani­fes­té objec­ti­ve­ment dans la croix.

Le terme καταλλαγή (katal­lagē), « récon­ci­lia­tion », appa­raît à plu­sieurs reprises. L’i­ni­mi­tié entre Dieu et l’homme est levée par le sacri­fice du Christ.

Les mots impor­tants

Dikaiō­thentes : jus­ti­fiés.

Asebēs : impie.

Katal­lagē : récon­ci­lia­tion.

Agapē : amour divin.

Cita­tions des Pères

Jean Chry­so­stome :

« Ce n’est pas lorsque nous étions justes mais lorsque nous étions enne­mis que le Christ est mort pour nous. »
(Homé­lies sur Romains, IX)

Augus­tin :

« La grâce n’a pas trou­vé des hommes dignes ; elle les a ren­dus dignes. »
(Ser­mon 169)

Cita­tions des Réfor­ma­teurs

Jean Cal­vin :

« Rien ne démontre davan­tage l’a­mour de Dieu que le fait que Christ est mort pour des enne­mis. »
(Com­men­taire sur Romains 5.8)

Fran­çois Tur­re­tin :

« La récon­ci­lia­tion n’est pas le chan­ge­ment de Dieu mais le chan­ge­ment de notre rela­tion à Dieu par l’œuvre du Christ. »
(Ins­ti­tu­tiones Theo­lo­giae Elenc­ti­cae)

Archéo­lo­gie et contexte

Dans le monde gré­co-romain, mou­rir volon­tai­re­ment pour un juste pou­vait être admi­ré. Paul sou­ligne cepen­dant quelque chose d’i­nouï : le Christ ne meurt pas pour des justes mais pour des enne­mis.

Théo­lo­gie de l’al­liance

Le Christ accom­plit ici la pro­messe cen­trale de l’al­liance de grâce. Là où Israël avait conti­nuel­le­ment rom­pu l’al­liance, le nou­vel Adam accom­plit par­fai­te­ment l’o­béis­sance requise et offre sa vie pour son peuple. La récon­ci­lia­tion annon­cée par les pro­phètes devient réa­li­té.

Matthieu 9.36–10.8

« Voyant la foule, il fut ému de com­pas­sion pour elle, parce qu’elle était lan­guis­sante et abat­tue, comme des bre­bis qui n’ont point de ber­ger. »

Brève intro­duc­tion

Nous arri­vons à un tour­nant majeur de l’É­van­gile de Mat­thieu. Jésus ne se contente plus d’en­sei­gner et de gué­rir. Il appelle et envoie des ouvriers dans sa mois­son.

Exé­gèse

Le verbe grec ἐσπλαγχνίσθη (esplagch­nis­thē), « fut ému de com­pas­sion », désigne une émo­tion pro­fonde venant des entrailles. La com­pas­sion de Jésus n’est pas super­fi­cielle.

Les foules sont décrites comme :

ἐσκυλμένοι (eskul­me­noi) : mal­trai­tées, har­ce­lées ;

ἐρριμμένοι (errim­me­noi) : jetées à terre, aban­don­nées.

L’i­mage des « bre­bis sans ber­ger » ren­voie direc­te­ment à Nombres 27.17, Ézé­chiel 34 et Zacha­rie 10.2.

Jésus appa­raît ici comme le véri­table Ber­ger pro­mis.

« La mois­son est grande » : θερισμός (the­ris­mos).

Le pro­blème n’est pas l’ab­sence de mois­son mais le manque d’ou­vriers.

Au cha­pitre 10, Jésus ins­ti­tue les Douze. Ils repré­sentent sym­bo­li­que­ment le nou­vel Israël.

Leur mis­sion com­prend :

annon­cer le Royaume ;

gué­rir ;

puri­fier ;

res­sus­ci­ter ;

chas­ser les démons.

Les mots impor­tants

Splagch­ni­zo­mai : com­pas­sion pro­fonde.

Poimēn : ber­ger.

The­ris­mos : mois­son.

Basi­leia : royaume.

Cita­tions des Pères

Jean Chry­so­stome :

« Il ne voit pas seule­ment les corps mais les âmes ; voi­là pour­quoi sa com­pas­sion est si grande. »
(Homé­lies sur Mat­thieu, 32)

Gré­goire le Grand :

« Le vrai pas­teur porte dans son cœur les bles­sures de son trou­peau. »
(Règle pas­to­rale)

Cita­tions des Réfor­ma­teurs

Jean Cal­vin :

« Christ montre ici que le minis­tère n’est pas une digni­té mais un ser­vice ren­du aux bre­bis per­dues. »
(Com­men­taire sur Mat­thieu 9.36)

Pierre Viret :

« Les pas­teurs sont envoyés non pour régner mais pour ser­vir. »

Archéo­lo­gie et contexte

Au pre­mier siècle, de nom­breux mou­ve­ments reli­gieux concur­rents reven­di­quaient l’au­to­ri­té spi­ri­tuelle en Israël. Mat­thieu pré­sente Jésus comme le ber­ger mes­sia­nique annon­cé par les pro­phètes et les Douze comme les pre­miers res­pon­sables du nou­vel Israël.

Théo­lo­gie de l’al­liance

Le Christ ras­semble le peuple pro­mis au Sinaï. Il consti­tue le véri­table Israël autour de lui-même. Les Douze rap­pellent les douze tri­bus. L’al­liance n’est pas abo­lie mais accom­plie dans le Mes­sie. La voca­tion mis­sion­naire don­née à Israël est désor­mais por­tée par l’É­glise.

Synthèse canonique des trois textes

Ces trois lec­tures racontent une seule et même his­toire.

Dans l’Exode, Dieu choi­sit un peuple et l’ap­pelle à être son royaume de prêtres.

Dans Romains, nous décou­vrons com­ment ce peuple est récon­ci­lié avec Dieu : par la mort sub­sti­tu­tive du Christ pour les impies.

Dans Mat­thieu, le peuple récon­ci­lié reçoit sa mis­sion : être envoyé dans la mois­son du Sei­gneur.

Le mou­ve­ment est remar­quable :

élec­tion dans l’An­cien Tes­ta­ment ;

rédemp­tion dans l’É­van­gile ;

mis­sion dans l’É­glise.

Le Sinaï annonce déjà l’É­glise. La croix accom­plit les pro­messes de l’al­liance. La mis­sion des Douze inau­gure la voca­tion uni­ver­selle du peuple de Dieu.

Dieu se choi­sit un peuple, le rachète par grâce, puis l’en­voie dans le monde.

La théo­lo­gie de l’al­liance appa­raît ici dans toute sa cohé­rence : un seul Dieu, une seule alliance de grâce, un seul peuple de Dieu à tra­vers l’his­toire, un seul Média­teur – Jésus-Christ – et une seule voca­tion : mani­fes­ter sa gloire par­mi les nations.


Lecture théologique (théologie de l’alliance) et apologétique

Cette sec­tion pro­pose une lec­ture doc­tri­nale des textes du jour, en lien expli­cite avec la théo­lo­gie de l’alliance. Elle ne vise pas à répé­ter l’exégèse ni la pré­di­ca­tion, mais à offrir un éclai­rage oblique, en met­tant en évi­dence les doc­trines bibliques par­ti­cu­liè­re­ment sol­li­ci­tées par les pas­sages étu­diés.

Il s’agit ici de rap­pe­ler l’enseignement constant de l’Église, et plus spé­cia­le­ment de la théo­lo­gie réfor­mée confes­sante, dans le champ de la théo­lo­gie sys­té­ma­tique : doc­trine de Dieu, du salut, de l’Église, de la grâce, de la mis­sion, ou encore de l’histoire du salut.

Cette lec­ture théo­lo­gique per­met de mon­trer que les textes du jour ne sont pas seule­ment por­teurs d’un mes­sage spi­ri­tuel immé­diat, mais qu’ils s’inscrivent dans une cohé­rence doc­tri­nale pro­fonde. Les pro­messes, les appels et les exhor­ta­tions bibliques prennent alors place dans le cadre plus large de l’alliance, com­prise comme l’œuvre sou­ve­raine de Dieu, accom­plie en Christ et déployée par l’Esprit dans l’histoire.

Cette sec­tion est facul­ta­tive. Elle peut être uti­li­sée pour appro­fon­dir la réflexion, nour­rir l’enseignement caté­ché­tique ou théo­lo­gique, ou ser­vir de repère doc­tri­nal pour la pré­di­ca­tion et la for­ma­tion.


Les textes de ce dimanche mettent en lumière une doc­trine fon­da­men­tale de l’É­cri­ture : Dieu se consti­tue sou­ve­rai­ne­ment un peuple pour lui-même afin qu’il par­ti­cipe à son œuvre dans le monde. Nous sommes ici au cœur de la théo­lo­gie de l’al­liance.

Exode 19 nous rap­pelle que l’al­liance repose d’a­bord sur l’i­ni­tia­tive divine. Avant de don­ner sa Loi, Dieu rap­pelle sa grâce : « Je vous ai por­tés sur des ailes d’aigle. » L’o­béis­sance n’est jamais la condi­tion du salut ; elle en est la consé­quence. La théo­lo­gie réfor­mée confes­sante a tou­jours insis­té sur cet ordre fon­da­men­tal. Dieu sauve, puis Dieu appelle à la fidé­li­té. La grâce pré­cède le devoir.

Romains 5 révèle le fon­de­ment ultime de cette alliance. Ce que l’Exode annon­çait de manière typo­lo­gique trouve son accom­plis­se­ment dans le Christ. Le peuple de Dieu n’est pas récon­ci­lié avec Dieu par ses œuvres mais par la mort du Média­teur de l’al­liance. La doc­trine de la jus­ti­fi­ca­tion par la foi appa­raît ici dans toute sa force. Alors que nous étions encore enne­mis, Dieu nous a récon­ci­liés avec lui. L’al­liance de grâce repose entiè­re­ment sur l’œuvre du Christ et non sur les mérites de l’homme.

L’É­van­gile montre ensuite la fina­li­té de cette récon­ci­lia­tion. Le peuple sau­vé devient un peuple envoyé. Le royaume de prêtres annon­cé au Sinaï trouve son pro­lon­ge­ment dans les dis­ciples envoyés vers les bre­bis per­dues d’Is­raël. Il existe ain­si une conti­nui­té pro­fonde entre Israël et l’É­glise. Non pas une iden­ti­té pure et simple, mais une uni­té orga­nique dans le déploie­ment de l’u­nique des­sein rédemp­teur de Dieu.

Ces textes sou­lignent éga­le­ment la doc­trine de l’É­glise. Celle-ci n’est pas une asso­cia­tion volon­taire fon­dée sur des affi­ni­tés reli­gieuses. Elle est le peuple convo­qué par Dieu, ras­sem­blé par le Christ et ani­mé par l’Es­prit. Son exis­tence découle de l’al­liance.

La mis­sion elle-même trouve ici sa véri­table nature. Elle ne consiste pas prin­ci­pa­le­ment à dif­fu­ser une idéo­lo­gie reli­gieuse ou à amé­lio­rer la socié­té. Elle consiste à par­ti­ci­per à l’œuvre du Bon Ber­ger qui ras­semble les siens. La com­pas­sion du Christ consti­tue la source de toute mis­sion authen­tique.

Enfin, ces textes rap­pellent que l’his­toire du salut pos­sède une cohé­rence pro­fonde. Le Sinaï, la croix et l’en­voi des apôtres ne sont pas trois his­toires dis­tinctes. Ils appar­tiennent à un même des­sein éter­nel. Le Dieu qui choi­sit Israël est le Dieu qui récon­ci­lie les pécheurs en Christ et qui envoie son Église jus­qu’aux extré­mi­tés de la terre.

LECTURE APOLOGÉTIQUE – Matthieu 9.36–10.8

L’É­van­gile de ce dimanche entre rapi­de­ment en col­li­sion avec plu­sieurs pré­sup­po­sés domi­nants du monde contem­po­rain.

Une pre­mière objec­tion pro­vient du rela­ti­visme reli­gieux. Jésus affirme impli­ci­te­ment que les foules sont « comme des bre­bis qui n’ont point de ber­ger » et il envoie ses dis­ciples annon­cer le Royaume. Le rela­ti­visme contem­po­rain répon­dra : pour­quoi consi­dé­rer qu’un homme a besoin d’être conduit ? Pour­quoi sup­po­ser qu’une véri­té reli­gieuse serait supé­rieure à une autre ?

L’É­van­gile répond que l’homme n’est pas seule­ment un être auto­nome char­gé de construire son propre sens. Il est une créa­ture. La ques­tion n’est pas de savoir si nous sui­vrons un ber­ger, mais lequel. Der­rière l’ap­pa­rente neu­tra­li­té moderne se cachent tou­jours des auto­ri­tés concur­rentes : idéo­lo­gies, dési­rs, iden­ti­tés, experts, mar­ché ou pou­voir poli­tique. La pré­ten­due auto­no­mie abso­lue est elle-même une croyance.

Une seconde objec­tion pro­vient du maté­ria­lisme. Pour une vision stric­te­ment maté­ria­liste, les besoins fon­da­men­taux de l’homme sont bio­lo­giques, éco­no­miques ou psy­cho­lo­giques. Jésus affirme au contraire que le pro­blème prin­ci­pal est spi­ri­tuel. Les foules sont per­dues avant même d’être pauvres ou malades.

Le maté­ria­lisme contem­po­rain peine à expli­quer pour­quoi des socié­tés maté­riel­le­ment pros­pères connaissent néan­moins des crises de sens, des épi­dé­mies de soli­tude ou des formes pro­fondes de déses­poir. L’É­van­gile touche ici une réa­li­té que l’ex­pé­rience humaine confirme constam­ment : l’homme a besoin de sens autant que de pain.

Une troi­sième objec­tion pro­vient du cou­rant nietz­schéen. Nietzsche voyait dans la com­pas­sion chré­tienne une fai­blesse. Or Mat­thieu pré­sente pré­ci­sé­ment la com­pas­sion comme une per­fec­tion du Mes­sie. Jésus n’é­crase pas les faibles ; il vient à leur secours.

La ques­tion est alors de savoir quelle socié­té pro­duit le plus d’hu­ma­ni­té. Une civi­li­sa­tion fon­dée sur la domi­na­tion des plus forts ou une civi­li­sa­tion fon­dée sur la digni­té intrin­sèque de toute per­sonne créée à l’i­mage de Dieu ? L’his­toire du XXe siècle a lar­ge­ment mon­tré les consé­quences tra­giques des idéo­lo­gies qui ont vou­lu rem­pla­cer la com­pas­sion chré­tienne par le culte de la puis­sance.

Une qua­trième objec­tion pro­vient de l’is­lam. Le Coran recon­naît Jésus comme pro­phète mais refuse son iden­ti­té mes­sia­nique et sa mis­sion rédemp­trice. Pour­tant, dans ce texte, Jésus accom­plit pré­ci­sé­ment les pro­messes pro­phé­tiques de l’An­cien Tes­ta­ment. L’i­mage du ber­ger ren­voie direc­te­ment à Ézé­chiel 34 où Dieu pro­met qu’il vien­dra lui-même cher­cher ses bre­bis. Jésus ne se pré­sente pas sim­ple­ment comme un pro­phète par­mi d’autres. Il agit avec l’au­to­ri­té même du Sei­gneur pro­mis par les pro­phètes.

Une cin­quième objec­tion vient sou­vent du pro­tes­tan­tisme libé­ral. On y réduit par­fois la mis­sion des dis­ciples à une œuvre sociale ou à un idéal huma­ni­taire. Pour­tant le texte est beau­coup plus radi­cal. Jésus envoie les Douze annon­cer que « le royaume des cieux est proche ». La trans­for­ma­tion sociale n’est pas absente, mais elle découle d’une réa­li­té plus fon­da­men­tale : l’in­ter­ven­tion sou­ve­raine de Dieu dans l’his­toire.

Enfin, les cou­rants woke contem­po­rains tendent à inter­pré­ter les rela­tions humaines prin­ci­pa­le­ment à tra­vers les rap­ports de domi­na­tion entre groupes. Jésus regarde autre­ment. Son diag­nos­tic fon­da­men­tal n’est pas poli­tique mais spi­ri­tuel. Le pro­blème ultime de l’homme n’est pas son appar­te­nance à une caté­go­rie sociale par­ti­cu­lière. C’est sa condi­tion de bre­bis per­due loin du Ber­ger.

C’est pré­ci­sé­ment pour­quoi cet Évan­gile demeure d’une éton­nante actua­li­té. Il rap­pelle que der­rière les crises cultu­relles, poli­tiques ou iden­ti­taires se trouve une ques­tion plus pro­fonde : qui gui­de­ra l’homme ? Le Christ affirme être le Bon Ber­ger. Toutes les autres visions du monde pro­posent fina­le­ment une autre réponse à cette même ques­tion. Mais aucune ne peut offrir ce que l’É­van­gile annonce ici : une récon­ci­lia­tion avec Dieu, une espé­rance véri­table et une mis­sion qui donne sens à l’exis­tence humaine.


Le fil de l’alliance

Les trois lec­tures de ce dimanche peuvent sem­bler, au pre­mier regard, appar­te­nir à des uni­vers dif­fé­rents. Le Sinaï dans le désert, la réflexion doc­tri­nale de l’a­pôtre Paul et l’en­voi des Douze par Jésus paraissent éloi­gnés les uns des autres. Pour­tant, lors­qu’on les lit à la lumière de l’al­liance, un même mou­ve­ment appa­raît. Dieu se consti­tue un peuple, le récon­ci­lie avec lui-même et l’en­voie dans le monde pour témoi­gner de sa grâce.

Dans le livre de l’Exode, Israël vient d’être déli­vré d’É­gypte. Avant même de don­ner la Loi, Dieu rap­pelle son œuvre de salut : « Je vous ai por­tés sur des ailes d’aigle et ame­nés vers moi. » Tout com­mence par l’i­ni­tia­tive divine. Israël n’est pas deve­nu le peuple de Dieu par sa sagesse, sa force ou sa fidé­li­té. Dieu l’a choi­si, déli­vré et conduit jus­qu’à lui. L’al­liance repose d’a­bord sur la grâce.

Cette véri­té est fon­da­men­tale. L’É­cri­ture pré­sente tou­jours l’o­béis­sance comme une réponse à la grâce reçue et non comme un moyen de l’ob­te­nir. Avant le com­man­de­ment vient la déli­vrance. Avant la Loi vient l’Exode. Avant l’ap­pel à la fidé­li­té vient l’a­mour sou­ve­rain de Dieu.

Mais l’é­lec­tion d’Is­raël n’est jamais une fin en soi. Dieu déclare : « Vous serez pour moi un royaume de sacri­fi­ca­teurs et une nation sainte. » Le peuple de l’al­liance est appe­lé à ser­vir. Il reçoit une voca­tion. Il doit être le témoin du Dieu vivant au milieu des nations.

Cette voca­tion trouve son accom­plis­se­ment dans le Christ.

En Romains 5, Paul nous conduit au cœur même de l’al­liance de grâce. Le pro­blème de l’homme appa­raît dans toute sa pro­fon­deur. Nous ne sommes pas sim­ple­ment igno­rants ou fra­giles. Nous sommes pécheurs. Nous sommes sépa­rés de Dieu. Pour­tant, alors même que nous étions encore enne­mis, Christ est mort pour nous.

Là où Israël avait sou­vent failli dans sa voca­tion, Jésus accom­plit par­fai­te­ment l’o­béis­sance que Dieu demande. Il devient le véri­table Média­teur de l’al­liance. Sa mort récon­ci­lie avec Dieu ceux qui étaient éloi­gnés. Sa résur­rec­tion ouvre un ave­nir nou­veau.

Le centre de l’his­toire du salut se trouve ici. L’al­liance n’est pas seule­ment une rela­tion entre Dieu et un peuple. Elle repose désor­mais sur l’œuvre par­faite du Fils de Dieu. Toutes les pro­messes trouvent en lui leur accom­plis­se­ment.

L’É­van­gile de Mat­thieu nous montre alors la consé­quence de cette récon­ci­lia­tion. Jésus regarde les foules et les voit « comme des bre­bis qui n’ont point de ber­ger ». Son regard rejoint les pro­messes des pro­phètes. Ézé­chiel avait annon­cé qu’un jour Dieu lui-même vien­drait cher­cher ses bre­bis dis­per­sées. Cette pro­messe s’ac­com­plit main­te­nant dans le minis­tère du Christ.

Mais Jésus ne garde pas cette mis­sion pour lui seul. Il appelle les Douze et les envoie dans la mois­son.

Nous retrou­vons ici la voca­tion annon­cée au Sinaï. Le peuple choi­si devient un peuple envoyé. Les Douze repré­sentent sym­bo­li­que­ment le nou­vel Israël ras­sem­blé autour du Mes­sie. Ce que Dieu avait com­men­cé avec les douze tri­bus trouve une nou­velle étape dans les douze apôtres.

Le mou­ve­ment est remar­quable.

Dans l’Exode, Dieu ras­semble son peuple.

Dans Romains, Dieu récon­ci­lie son peuple.

Dans Mat­thieu, Dieu envoie son peuple.

Cette dyna­mique demeure celle de l’É­glise aujourd’­hui.

L’É­glise n’est pas une asso­cia­tion fon­dée sur des inté­rêts com­muns ou des affi­ni­tés spi­ri­tuelles. Elle est le peuple de l’al­liance. Elle existe parce que Dieu l’a appe­lée à lui. Elle vit parce qu’elle a été récon­ci­liée par le sang du Christ. Elle reçoit une mis­sion parce que le Sei­gneur conti­nue de cher­cher les bre­bis dis­per­sées.

Ces textes nous rap­pellent éga­le­ment que la mis­sion naît tou­jours de la com­pas­sion de Dieu. Jésus n’en­voie pas ses dis­ciples pour conqué­rir un ter­ri­toire ou impo­ser une idéo­lo­gie. Il les envoie parce qu’il voit des hommes et des femmes per­dus, fati­gués et sans ber­ger.

L’É­glise est appe­lée à por­ter le même regard.

Dans une socié­té sou­vent mar­quée par la confu­sion, l’in­di­vi­dua­lisme et la perte des repères, la mis­sion chré­tienne demeure pro­fon­dé­ment actuelle. Le monde a chan­gé depuis le pre­mier siècle, mais le besoin du Bon Ber­ger demeure.

Ain­si, les trois lec­tures de ce dimanche racontent une seule his­toire. Le Dieu qui appelle Israël au Sinaï est le Dieu qui récon­ci­lie les pécheurs en Jésus-Christ. Le Christ qui récon­ci­lie est aus­si celui qui envoie son peuple dans la mois­son. L’al­liance n’est pas une suc­ces­sion de pro­jets dis­tincts. Elle est l’u­nique des­sein de grâce pour­sui­vi par Dieu à tra­vers toute l’his­toire.

Et cette his­toire n’est pas ache­vée. Le Sei­gneur conti­nue aujourd’­hui à ras­sem­bler ses bre­bis, à les nour­rir de sa grâce et à les envoyer dans le monde, jus­qu’au jour où la mois­son sera plei­ne­ment recueillie dans son Royaume éter­nel.


Outils pédagogiques

Contexte du texte de l’É­van­gile (Mat­thieu 9.36–10.8)

Ce pas­sage se situe à la fin d’une longue série de miracles et d’en­sei­gne­ments. Depuis le Ser­mon sur la mon­tagne (Mat­thieu 5 à 7), Jésus a mani­fes­té son auto­ri­té par ses paroles et par ses actes. Il a gué­ri des malades, apai­sé la tem­pête, déli­vré des pos­sé­dés et rele­vé des per­sonnes mar­gi­na­li­sées.

Nous arri­vons main­te­nant à un tour­nant. Jésus ne se contente plus d’a­gir seul. Il appelle les Douze et les envoie en mis­sion. Le regard qu’il porte sur les foules devient le point de départ de cette mis­sion.

L’en­jeu prin­ci­pal du pas­sage est simple : com­ment Dieu répond-il à la détresse spi­ri­tuelle du monde ? La réponse est don­née dans le texte lui-même : par la com­pas­sion du Christ, par l’an­nonce du Royaume et par l’en­voi d’ou­vriers dans sa mois­son.

Ques­tions

• Que voit Jésus lors­qu’il regarde les foules ?
• Pour­quoi les com­pare-t-il à des bre­bis sans ber­ger ?
• Quelle est la dif­fé­rence entre le regard de Jésus et le regard habi­tuel que nous por­tons sur les autres ?
• Pour­quoi Jésus parle-t-il de mois­son ?
• Quel lien existe entre la prière et la mis­sion ?

Lien avec les autres lec­tures bibliques du jour

Exode 19.2–6a montre Dieu choi­sis­sant Israël au Sinaï pour être son peuple par­ti­cu­lier, un royaume de prêtres et une nation sainte. Mat­thieu 10 montre cette voca­tion se pro­lon­ger dans l’ap­pel des Douze.

Romains 5.6–11 révèle com­ment ce peuple est récon­ci­lié avec Dieu : non par ses mérites mais par la mort du Christ pour les impies.

Le Psaume 100 célèbre le peuple qui appar­tient au Sei­gneur et qui recon­naît qu’il est le trou­peau de son pâtu­rage. L’i­mage du ber­ger relie direc­te­ment le psaume à l’É­van­gile.

L’É­cri­ture explique l’É­cri­ture : le peuple choi­si au Sinaï, récon­ci­lié en Christ et envoyé dans le monde appar­tient à une même his­toire du salut.

Ques­tions

• Quel lien existe entre le « royaume de prêtres » d’Exode 19 et les dis­ciples envoyés par Jésus ?
• Pour­quoi Paul insiste-t-il sur la grâce dans Romains 5 ?
• Com­ment le Psaume 100 éclaire-t-il l’i­mage des bre­bis et du ber­ger ?
• Que nous apprennent ensemble ces trois textes sur le peuple de Dieu ?

Place des textes dans l’an­née litur­gique

Nous sommes au 11e dimanche du Temps ordi­naire. Après les grandes célé­bra­tions de Pâques, de l’As­cen­sion, de Pen­te­côte et de la Tri­ni­té, l’É­glise médite désor­mais sur la vie du dis­ciple et sur l’œuvre quo­ti­dienne du Royaume dans le monde.

La cou­leur litur­gique est le vert, sym­bole de crois­sance et de per­sé­vé­rance.

Le thème domi­nant de ce dimanche est celui de l’ap­pel : Dieu se choi­sit un peuple, le récon­ci­lie avec lui et l’en­voie dans sa mois­son.

Ques­tions

• Pour­quoi ces textes sont-ils par­ti­cu­liè­re­ment adap­tés au Temps ordi­naire ?
• Que nous apprennent-ils sur la voca­tion de l’É­glise ?
• Com­ment la mis­sion découle-t-elle de la grâce reçue ?

Éclai­rage du psaume choi­si : Psaume 100

Le Psaume 100 est un psaume d’a­do­ra­tion et d’ac­tion de grâce. Il célèbre la bon­té du Sei­gneur, la joie du culte et l’ap­par­te­nance du peuple à son Dieu.

Son thème prin­ci­pal est résu­mé dans cette affir­ma­tion : « Nous sommes son peuple et le trou­peau de son pâtu­rage. »

Ce psaume éclaire direc­te­ment l’É­van­gile où Jésus voit les foules comme des bre­bis sans ber­ger. Il montre la béné­dic­tion de ceux qui ont trou­vé leur véri­table Ber­ger.

Dans le culte, il convient par­ti­cu­liè­re­ment à l’a­do­ra­tion ou à l’ac­tion de grâce après la pré­di­ca­tion.

Ques­tions

• Que signi­fie appar­te­nir au trou­peau du Sei­gneur ?
• Pour­quoi la recon­nais­sance occupe-t-elle une place cen­trale dans ce psaume ?
• Com­ment ce psaume com­plète-t-il l’i­mage du Bon Ber­ger dans l’É­van­gile ?

Ques­tions d’exé­gèse

Quelques mots impor­tants :

• Com­pas­sion : Jésus est « ému de com­pas­sion ». Le terme grec désigne une émo­tion pro­fonde venant des entrailles.
• Ber­ger : figure majeure de l’An­cien Tes­ta­ment appli­quée à Dieu lui-même.
• Mois­son : image biblique du ras­sem­ble­ment du peuple de Dieu.
• Royaume : règne sou­ve­rain de Dieu venant trans­for­mer les hommes.

Ques­tions

• Quels mots ou expres­sions reviennent plu­sieurs fois dans le pas­sage ?
• Pour­quoi Jésus uti­lise-t-il l’i­mage des bre­bis ?
• Pour­quoi passe-t-on de la foule à la mois­son ?
• Quels contrastes remar­quez-vous dans le texte ?
• Que nous apprend le voca­bu­laire uti­li­sé sur le cœur du Christ ?

Struc­ture du texte

Le pas­sage pro­gresse natu­rel­le­ment en trois mou­ve­ments :

  1. Jésus regarde les foules et éprouve de la com­pas­sion (9.36).
  2. Jésus révèle l’am­pleur de la mois­son et appelle à la prière (9.37–38).
  3. Jésus appelle, équipe et envoie les Douze (10.1–8).

Le texte passe ain­si du regard du Christ à la mis­sion des dis­ciples.

Ques­tions

• Quel est le point de départ de toute la mis­sion ?
• Pour­quoi Jésus demande-t-il d’a­bord de prier ?
• Com­ment les dis­ciples deviennent-ils eux-mêmes la réponse à leur prière ?

Lec­ture théo­lo­gique

Le texte met en lumière plu­sieurs doc­trines impor­tantes.

Doc­trine de Dieu : Dieu n’est pas indif­fé­rent à la détresse humaine. Sa com­pas­sion appa­raît dans le Christ.

Chris­to­lo­gie : Jésus se pré­sente comme le Ber­ger pro­mis par les pro­phètes.

Salut : le Royaume vient cher­cher des bre­bis per­dues.

Église : les Douze repré­sentent le peuple renou­ve­lé de l’al­liance.

Mis­sion : l’É­glise est envoyée pour annon­cer et mani­fes­ter le Royaume.

Espé­rance : Dieu pour­suit son œuvre de ras­sem­ble­ment jus­qu’à l’ac­com­plis­se­ment final.

Dans l’his­toire de l’al­liance, nous voyons ici l’ac­com­plis­se­ment de la voca­tion don­née à Israël au Sinaï : être un peuple consa­cré au ser­vice de Dieu et témoin par­mi les nations.

Ques­tions

• Que nous apprend ce texte sur le carac­tère de Dieu ?
• Com­ment Jésus accom­plit-il les pro­messes de l’An­cien Tes­ta­ment ?
• Pour­quoi la mis­sion est-elle insé­pa­rable de l’al­liance ?
• Quel rôle l’É­glise reçoit-elle dans le des­sein de Dieu ?

Approche apo­lo­gé­tique – Ques­tions de dis­cus­sion

Notre époque valo­rise sou­vent l’au­to­no­mie indi­vi­duelle. Jésus affirme pour­tant que l’homme res­semble à une bre­bis qui a besoin d’un ber­ger.

Notre culture insiste sur les besoins maté­riels. Jésus met en évi­dence un besoin spi­ri­tuel plus pro­fond.

Le rela­ti­visme affirme que cha­cun choi­sit sa véri­té. Jésus annonce un Royaume réel qui vient de Dieu.

Ques­tions

• L’homme moderne a‑t-il réel­le­ment moins besoin d’un ber­ger que les hommes du pre­mier siècle ?
• Les pro­grès tech­niques répondent-ils aux ques­tions les plus pro­fondes de l’exis­tence ?
• Pour­quoi l’i­dée d’une véri­té spi­ri­tuelle unique dérange-t-elle aujourd’­hui ?
• Quelles formes de « faux ber­gers » ren­con­trons-nous dans notre socié­té ?

Appro­pria­tion spi­ri­tuelle

• Qu’est-ce que ce texte me révèle du cœur du Christ ?
• Dans quels domaines de ma vie ai-je besoin de suivre davan­tage le Bon Ber­ger ?
• Com­ment puis-je par­ti­ci­per, à ma place, à la mois­son du Sei­gneur ?


Textes liturgiques

Les textes litur­giques pro­po­sés ici sont direc­te­ment ins­pi­rés des lec­tures bibliques du jour. Ils sont conçus pour un culte réfor­mé, dans le res­pect de sa struc­ture, de sa sobrié­té et de sa théo­lo­gie.
Ils peuvent être uti­li­sés tels quels ou adap­tés selon le contexte local (voir le menu « Culte » du site).

Les psaumes et can­tiques sont choi­sis dans le recueil Arc-en-Ciel, lar­ge­ment uti­li­sé dans les Églises réfor­mées fran­co­phones.
Le recueil est dis­po­nible en ligne ici :
https ://www.arc-en-ciel.ch

Les paroles et les musiques des psaumes et can­tiques pro­po­sés sont éga­le­ment acces­sibles sur le blog, dans la sec­tion « Psaumes et can­tiques ».

Salu­ta­tion et invo­ca­tion

La grâce et la paix vous sont don­nées de la part de Dieu notre Père et de Jésus-Christ notre Sei­gneur.

Notre secours est dans le nom du Sei­gneur,
qui a fait les cieux et la terre.

Frères et sœurs, le Sei­gneur nous ras­semble aujourd’­hui devant sa face. Il nous appelle à écou­ter sa Parole, à rece­voir sa grâce et à renou­ve­ler notre confiance en lui.

Prions.

Sei­gneur notre Dieu, Père céleste, tu nous as por­tés sur des ailes d’aigle et conduits jus­qu’à toi. Par ton Esprit Saint, ras­semble-nous aujourd’­hui autour de ta Parole et de ta Table. Fais-nous entendre la voix du Bon Ber­ger et accorde-nous de répondre avec foi à son appel. Par Jésus-Christ notre Sei­gneur. Amen.

Ado­ra­tion

Sei­gneur Dieu tout-puis­sant, nous te louons car tu es le Créa­teur du ciel et de la terre.

Tu es le Dieu de l’al­liance, fidèle de géné­ra­tion en géné­ra­tion.

Tu as appe­lé Israël à être ton peuple.

Tu as envoyé ton Fils unique pour récon­ci­lier avec toi des pécheurs per­dus.

Tu conti­nues aujourd’­hui à ras­sem­bler ton Église par la puis­sance de ton Esprit.

À toi soient la gloire, l’hon­neur et la louange, main­te­nant et pour les siècles des siècles.

Amen.

Loi de Dieu

Écou­tons la volon­té de Dieu pour notre vie.

Tu aime­ras le Sei­gneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pen­sée et de toute ta force.

Tu aime­ras ton pro­chain comme toi-même.

Il n’y a pas d’autre com­man­de­ment plus grand que ceux-là.

Confes­sion du péché

Sei­gneur notre Dieu,

nous recon­nais­sons devant toi que nous avons sou­vent vécu comme des bre­bis éga­rées.

Nous avons sui­vi nos propres che­mins.

Nous avons man­qué de confiance en ta bon­té.

Nous avons été lents à écou­ter ta voix et prompts à suivre nos propres dési­rs.

Par­donne nos péchés.

Renou­velle nos cœurs.

Accorde-nous la grâce de reve­nir à toi avec sin­cé­ri­té.

Par Jésus-Christ notre Sei­gneur.

Amen.

Décla­ra­tion du par­don

Écou­tons la pro­messe de Dieu :

« Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. » (Romains 5.8)

À tous ceux qui se repentent et qui mettent leur confiance en Jésus-Christ, j’an­nonce le par­don de Dieu.

En Jésus-Christ, nos péchés sont par­don­nés.

Amen.

Confes­sion de la foi

Je crois en Dieu le Père tout-puis­sant,
Créa­teur du ciel et de la terre.

Je crois en Jésus-Christ,
son Fils unique, notre Sei­gneur…

(Sym­bole des Apôtres)

Prière d’illu­mi­na­tion

Sei­gneur, ouvre main­te­nant nos oreilles afin que nous enten­dions ta Parole.

Ouvre nos intel­li­gences afin que nous la com­pre­nions.

Ouvre nos cœurs afin que nous la rece­vions avec foi.

Par ton Esprit Saint, conduis-nous dans toute la véri­té.

Amen.

Lec­tures bibliques

Exode 19.2–6a

Romains 5.6–11

Mat­thieu 9.36–10.8

Prière après les lec­tures

Sei­gneur, ta Parole est une lampe à nos pieds et une lumière sur notre sen­tier.

Accorde-nous de ne pas être seule­ment des audi­teurs, mais aus­si des dis­ciples fidèles de Jésus-Christ.

Amen.

Thème de la pré­di­ca­tion

La mois­son du Royaume et l’ap­pel des ouvriers
(Mat­thieu 9.36–10.8)

Texte pour l’of­frande

« Vous avez reçu gra­tui­te­ment, don­nez gra­tui­te­ment. »
(Mat­thieu 10.8)

Prière après l’of­frande

Sei­gneur, tout ce que nous pos­sé­dons vient de toi.

Reçois ces dons et fais-en des ins­tru­ments au ser­vice de ton Royaume.

Uti­lise-les pour la pro­cla­ma­tion de l’É­van­gile, le secours du pro­chain et l’é­di­fi­ca­tion de ton Église.

Par Jésus-Christ notre Sei­gneur.

Amen.

Prière d’in­ter­ces­sion

Sei­gneur notre Dieu,

nous te prions pour ton Église répan­due à tra­vers le monde.

Sus­cite des ouvriers fidèles pour ta mois­son.

Donne sagesse, cou­rage et fidé­li­té aux pas­teurs, anciens, diacres et res­pon­sables.

Nous te prions pour les nations.

Accorde aux gou­ver­nants le sens de la jus­tice et du bien com­mun.

Nous te prions pour les malades, les per­sonnes iso­lées, les familles éprou­vées, les per­sonnes sans espé­rance.

Que la com­pas­sion du Christ les rejoigne.

Nous te prions pour ceux qui ne connaissent pas encore l’É­van­gile.

Fais res­plen­dir sur eux la lumière de ton Royaume.

Par Jésus-Christ notre Sei­gneur.

Amen.

Sainte Cène

Bien-aimés dans le Sei­gneur,

que la paix de Dieu soit avec vous.

Cette paix n’est pas celle que le monde donne.

Elle est le fruit de la récon­ci­lia­tion acquise par Jésus-Christ, lui qui est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs.

Appro­chons-nous donc avec confiance de sa Table.

Mémen­to

Nous nous sou­ve­nons aujourd’­hui de l’u­nique sacri­fice du Christ offert une fois pour toutes.

Nous nous sou­ve­nons éga­le­ment que nous sommes un seul peuple, ras­sem­blé de toutes les géné­ra­tions des croyants.

Et nous atten­dons le jour où le Sei­gneur ras­sem­ble­ra toute sa mois­son dans son Royaume éter­nel.

Dia­logue

Le Sei­gneur soit avec vous.

Et avec votre esprit.

Éle­vons nos cœurs.

Nous les éle­vons vers le Sei­gneur.

Ren­dons grâce au Sei­gneur notre Dieu.

Cela est juste et bon.

Pré­face

Il est véri­ta­ble­ment juste et bon de te rendre grâce, Père saint, Dieu éter­nel et tout-puis­sant.

Tu nous as créés pour vivre devant ta face.

Lorsque nous nous sommes éga­rés comme des bre­bis per­dues, tu ne nous as pas aban­don­nés.

Tu as envoyé ton Fils Jésus-Christ, le Bon Ber­ger, pour cher­cher et sau­ver ceux qui étaient per­dus.

Par sa mort et sa résur­rec­tion, tu nous as récon­ci­liés avec toi.

C’est pour­quoi nous joi­gnons nos voix à celles de toute l’É­glise et pro­cla­mons :

Sanc­tus

Saint, saint, saint est le Sei­gneur Dieu tout-puis­sant.

Les cieux et la terre sont rem­plis de sa gloire.

Hosan­na au plus haut des cieux.

Béni soit celui qui vient au nom du Sei­gneur.

Hosan­na au plus haut des cieux.

Ins­ti­tu­tion

La nuit où il fut livré, le Sei­gneur Jésus prit du pain.

Après avoir ren­du grâce, il le rom­pit et dit :

« Pre­nez, man­gez, ceci est mon corps don­né pour vous. Faites ceci en mémoire de moi. »

De même, après le repas, il prit la coupe et dit :

« Cette coupe est la nou­velle alliance en mon sang, qui est répan­du pour plu­sieurs en rémis­sion des péchés. Faites ceci en mémoire de moi. »

Ana­mnèse

Nous fai­sons mémoire de ton Fils, de sa croix, de sa résur­rec­tion et de son ascen­sion.

Nous pro­cla­mons qu’il règne aujourd’­hui à ta droite.

Et nous atten­dons son retour dans la gloire lorsque la mois­son sera plei­ne­ment ras­sem­blée.

Épi­clèse

Père céleste,

envoie ton Saint-Esprit sur nous.

Accorde-nous de rece­voir avec foi le pain et le vin.

Que, par ton Esprit, ils soient pour nous com­mu­nion véri­table au corps et au sang du Christ.

Nour­ris notre foi.

Affer­mis notre espé­rance.

Renou­velle notre amour.

Doxo­lo­gie

Par lui, avec lui et en lui,

à toi, Dieu Père tout-puis­sant,

dans l’u­ni­té du Saint-Esprit,

soient tout hon­neur et toute gloire,

aux siècles des siècles.

Amen.

Notre Père

Notre Père qui es aux cieux…

Frac­tion du pain

Le pain que nous rom­pons est la com­mu­nion au corps du Christ.

Puis­qu’il y a un seul pain, nous qui sommes plu­sieurs, nous for­mons un seul corps.

Coupe de béné­dic­tion

La coupe de béné­dic­tion que nous bénis­sons est la com­mu­nion au sang du Christ.

Prière de com­mu­nion

Sei­gneur, nous ne sommes pas dignes de nous appro­cher de toi par nos propres mérites.

Mais nous venons confiants dans ta grâce seule.

Nour­ris-nous de Jésus-Christ afin que nous vivions pour ta gloire.

Amen.

Paroles de dis­tri­bu­tion

Le corps du Christ don­né pour toi.

Le sang du Christ ver­sé pour toi.

Prière finale

Nous te ren­dons grâce, Père céleste, pour cette com­mu­nion au Christ.

For­ti­fie-nous main­te­nant pour le ser­vice auquel tu nous appelles.

Fais de nous des témoins fidèles de ton Royaume.

Et garde-nous dans l’es­pé­rance du jour où nous par­ta­ge­rons le fes­tin des noces de l’A­gneau.

Par Jésus-Christ notre Sei­gneur.

Amen.

Exhor­ta­tion

Allez dans la paix du Christ.

Sou­ve­nez-vous que vous avez reçu gra­tui­te­ment.

Don­nez gra­tui­te­ment.

Ser­vez le Sei­gneur avec joie.

Annon­cez l’É­van­gile avec fidé­li­té.

Et mar­chez sous la conduite du Bon Ber­ger.

Béné­dic­tion

Que la grâce du Sei­gneur Jésus-Christ,

l’a­mour de Dieu le Père

et la com­mu­nion du Saint-Esprit

soient avec vous tous.

Amen.


Psaumes et cantiques

Pour ce 11e dimanche du Temps ordi­naire, les textes mettent en avant trois thèmes étroi­te­ment liés : le peuple de l’al­liance choi­si par Dieu (Exode 19.2–6a), la récon­ci­lia­tion accom­plie par le Christ (Romains 5.6–11) et l’en­voi des ouvriers dans la mois­son du Royaume (Mat­thieu 9.36–10.8). Le recueil Foe­dus pri­vi­lé­gie pré­ci­sé­ment les psaumes et can­tiques qui arti­culent grâce, alliance, Église et mis­sion.

Pour l’en­trée dans le culte, le Psaume 100 « Vous qui sur la terre habi­tez » (ARC 100), para­phrase de Clé­ment Marot (XVIᵉ siècle), consti­tue sans doute le meilleur choix. Il célèbre le peuple appar­te­nant à Dieu et le trou­peau de son pâtu­rage, en par­faite réso­nance avec l’É­van­gile du Bon Ber­ger et avec l’al­liance du Sinaï. Il est clas­sé A et recom­man­dé pour l’a­do­ra­tion.

Comme can­tique d’a­do­ra­tion, « Grand Dieu, nous te bénis­sons » (ARC 243), attri­bué à Ignaz Franz (XVIIIᵉ siècle), exprime avec pro­fon­deur la gloire de Dieu créa­teur et rédemp­teur. Son carac­tère tri­ni­taire et sa soli­di­té doc­tri­nale en font un excellent chant pour ouvrir la célé­bra­tion à la lumière des trois lec­tures.

Pour la confes­sion du péché, le Psaume 130 « Du fond de ma détresse » (ARC 130), de Clé­ment Marot, est par­ti­cu­liè­re­ment appro­prié. Romains 5 rap­pelle que le Christ est mort pour des impies ; ce psaume exprime pré­ci­sé­ment l’at­tente du par­don et de la grâce. Il fait par­tie des psaumes les plus for­te­ment recom­man­dés du recueil.

Après l’an­nonce du par­don, le Psaume 116 « J’aime mon Dieu » (ARC 116), de Clé­ment Marot, per­met une réponse recon­nais­sante à la récon­ci­lia­tion décrite par Paul. Le thème de l’ac­tion de grâce y est cen­tral et s’ac­corde par­fai­te­ment avec Romains 5.

Pour accom­pa­gner la pré­di­ca­tion sur Mat­thieu 9.36–10.8, deux choix sont par­ti­cu­liè­re­ment per­ti­nents. Le pre­mier est le Psaume 23 « Dieu mon ber­ger » (ARC 23), de Clé­ment Marot. L’i­mage du ber­ger consti­tue l’ar­rière-plan direct de l’É­van­gile du jour. Le second est « Consacre à ton ser­vice » (ARC 425), de Frances Rid­ley Haver­gal (XIXᵉ siècle), l’un des can­tiques les mieux notés du recueil. Il répond direc­te­ment à l’ap­pel des ouvriers dans la mois­son et à la voca­tion mis­sion­naire du peuple de Dieu.

Pour la Sainte Cène, le Psaume 133 « Ah ! qu’il est doux pour des frères » (ARC 164), adap­ta­tion de Clé­ment Marot et Théo­dore de Bèze, met en valeur la com­mu­nion du peuple de l’al­liance ras­sem­blé autour de son Sei­gneur. Il sou­ligne l’u­ni­té de l’É­glise née de la grâce du Christ.

Enfin, pour l’en­voi et la béné­dic­tion, le Psaume 67 « Que Dieu nous bénisse » (ARC 67), de Clé­ment Marot, consti­tue pro­ba­ble­ment le choix le plus cohé­rent. Il unit béné­dic­tion, mis­sion et témoi­gnage par­mi les nations, ce qui cor­res­pond exac­te­ment au mou­ve­ment du texte évan­gé­lique : Dieu ras­semble son peuple pour l’en­voyer dans sa mois­son.

Si je devais rete­nir un par­cours litur­gique par­ti­cu­liè­re­ment cohé­rent pour ce dimanche :

Invo­ca­tion : Psaume 100 « Vous qui sur la terre habi­tez » (ARC 100)

Ado­ra­tion : « Grand Dieu, nous te bénis­sons » (ARC 243)

Confes­sion : Psaume 130 « Du fond de ma détresse » (ARC 130)

Grâce : Psaume 116 « J’aime mon Dieu » (ARC 116)

Après la pré­di­ca­tion : « Consacre à ton ser­vice » (ARC 425)

Sainte Cène : Psaume 133 « Ah ! qu’il est doux pour des frères » (ARC 164)

Béné­dic­tion : Psaume 67 « Que Dieu nous bénisse » (ARC 67)

Cet ensemble pré­sente une forte cohé­rence réfor­mée confes­sante, cen­trée sur l’al­liance, la grâce sou­ve­raine, la com­mu­nion ecclé­siale et la mis­sion du peuple de Dieu.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.