On répète souvent que la Bible serait un livre misogyne, reflet d’un monde ancien dominé par les hommes. Cette accusation repose pourtant largement sur une lecture superficielle. Car si l’Écriture s’inscrit dans des sociétés patriarcales, elle met constamment en lumière des femmes dont l’action, la foi et le courage jouent un rôle décisif dans l’histoire du salut. La Bible ne présente pas la femme comme marginale, mais comme partenaire de l’alliance de Dieu.
La création : une dignité commune
Le premier chapitre de la Genèse établit un principe fondamental : l’homme et la femme sont créés ensemble à l’image de Dieu.
« Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme » (Gn 1.27).
La dignité humaine est donc partagée dès l’origine. La femme n’est pas une créature secondaire ou inférieure. Dans la Genèse, elle apparaît comme une « aide » pour l’homme (Gn 2.18). Le mot hébreu ‘ezer ne désigne pas une assistance subalterne : il est souvent employé pour parler de Dieu lui-même comme secours d’Israël (Ps 33.20). Il s’agit d’un partenaire indispensable dans la vocation humaine.
Des femmes décisives dans l’histoire d’Israël
Dès les premiers récits bibliques, plusieurs femmes jouent un rôle essentiel dans la préservation du peuple de Dieu.
Sara, épouse d’Abraham, est la première matriarche de l’alliance. Malgré la stérilité et l’âge avancé, c’est par elle que s’accomplit la promesse divine. La lignée de l’alliance passe par son fils Isaac.
Rébecca agit avec détermination pour que Jacob reçoive la bénédiction promise. Son intervention, souvent discutée, manifeste pourtant une conviction profonde : Dieu accomplit ses promesses malgré les calculs humains.
Plus tard, Myriam, sœur de Moïse, apparaît comme prophétesse et chef du chant d’Israël après la traversée de la mer (Ex 15.20–21). Elle participe à la mémoire spirituelle du peuple.
Dans le livre des Juges, Débora exerce une autorité politique et prophétique. Elle juge Israël et conduit le peuple à la victoire contre les Cananéens (Jg 4–5). L’Écriture ne présente pas cette fonction comme anormale mais comme une expression de la souveraineté de Dieu qui choisit ses instruments.
Le courage des femmes face à la tyrannie
Plusieurs récits montrent des femmes protégeant la vie du peuple de Dieu face aux puissants.
Les sages-femmes Shiphra et Pua refusent d’obéir au décret de Pharaon ordonnant de tuer les garçons hébreux (Ex 1.15–21). Leur désobéissance sauve la génération qui verra naître Moïse.
Ruth, la Moabite, incarne une fidélité exceptionnelle. Étrangère au peuple d’Israël, elle choisit pourtant le Dieu d’Israël et devient l’arrière-grand-mère du roi David (Rt 4.17). L’Évangile de Matthieu la mentionnera dans la généalogie de Jésus (Mt 1.5).
Esther sauve son peuple d’un projet d’extermination au sein de l’empire perse. Par sa sagesse et son courage, elle risque sa vie pour plaider devant le roi (Est 4.16).
Ces récits montrent une constante : Dieu se sert de femmes pour préserver l’histoire du salut à des moments critiques.
Les femmes dans le ministère de Jésus
Les Évangiles accentuent encore cette présence féminine.
Jésus parle publiquement avec la Samaritaine (Jn 4), brisant les conventions sociales et religieuses de son temps. Cette femme devient l’un des premiers témoins de sa mission.
Marie de Béthanie s’assoit aux pieds de Jésus pour écouter son enseignement (Lc 10.39), posture normalement réservée aux disciples masculins. Le Christ reconnaît explicitement la valeur de cette attitude.
Les femmes accompagnent aussi le ministère de Jésus et le soutiennent matériellement. Luc mentionne Marie de Magdala, Jeanne et Suzanne « qui l’assistaient de leurs biens » (Lc 8.3).
Premiers témoins de la résurrection
Le rôle le plus spectaculaire apparaît au matin de Pâques. Les premiers témoins de la résurrection sont des femmes.
Marie de Magdala rencontre le Christ ressuscité et reçoit l’ordre d’annoncer la nouvelle aux disciples (Jn 20.17–18). Dans un monde où le témoignage juridique féminin avait peu de valeur, l’Évangile confie pourtant cette proclamation fondatrice à une femme.
Les Évangiles n’inventent pas un tel détail pour des raisons apologétiques. Ils le rapportent parce qu’il s’est réellement produit.
Une lecture théologique plus juste
L’Écriture n’efface pas les différences entre hommes et femmes, mais elle affirme leur dignité commune et leur participation à l’œuvre de Dieu. L’histoire biblique ne se comprend pas sans ces femmes qui ont cru, agi et parfois risqué leur vie pour que la promesse de Dieu avance dans l’histoire.
La Bible ne présente donc pas la femme comme marginale dans l’économie du salut. Elle montre au contraire que Dieu choisit librement ses serviteurs et ses servantes pour accomplir ses desseins.
Une parole de Calvin
Jean Calvin souligne ce principe lorsqu’il commente le Magnificat de Marie :
Calvin explique que Dieu « choisit souvent ce qui est faible et méprisé dans le monde afin de manifester plus clairement sa grâce », rappelant que la grandeur de l’œuvre divine ne dépend jamais de la position sociale de ceux qu’il appelle (Jean Calvin, Commentaire sur l’Évangile selon Luc, Genève, 1563).
Conclusion
Loin d’être un livre qui marginalise les femmes, la Bible raconte une histoire où Dieu agit à travers elles à chaque étape de son alliance : de Sara à Marie, de Ruth à Esther, de Débora à Marie de Magdala. Ignorer ces figures, c’est passer à côté d’une dimension essentielle de la révélation biblique.
Outils pédagogiques
Questions ouvertes
- Pourquoi l’idée selon laquelle la Bible serait fondamentalement misogyne est-elle souvent avancée aujourd’hui ? Quelles lectures ou présupposés culturels peuvent conduire à cette conclusion ?
- En quoi le récit de la création dans Genèse 1.26–27 établit-il une dignité commune entre l’homme et la femme ?
- Que signifie le mot hébreu ‘ezer utilisé pour décrire la femme dans Genèse 2.18 ? En quoi ce terme nuance-t-il l’idée d’une subordination ?
- Pourquoi Dieu choisit-il parfois des femmes pour jouer un rôle décisif dans l’histoire du salut (Sara, Ruth, Esther, Débora, etc.) ?
- Comment les récits bibliques montrent-ils que Dieu agit souvent à travers des personnes socialement faibles ou marginalisées ?
- Que signifie le fait que les premières personnes à témoigner de la résurrection soient des femmes ?
- En quoi ces récits bibliques peuvent-ils corriger certaines caricatures modernes sur la vision chrétienne de la femme ?
- Comment distinguer la dignité égale des hommes et des femmes de la question des rôles différents dans l’Écriture ?
- Que pouvons-nous apprendre aujourd’hui de la foi et du courage des femmes mentionnées dans la Bible ?
- Comment l’histoire du salut serait-elle différente si ces femmes n’avaient pas agi avec foi et courage ?
QCM (questions à choix multiples)
- Selon Genèse 1.27, l’homme et la femme sont créés
A. à des moments différents
B. à l’image de Dieu
C. avec des dignités différentes
D. uniquement pour remplir des rôles sociaux
Réponse : B
- Quelle femme d’Israël fut juge et prophétesse ?
A. Esther
B. Débora
C. Ruth
D. Myriam
Réponse : B
- Qui sauva le peuple juif d’un projet d’extermination dans l’empire perse ?
A. Ruth
B. Sara
C. Esther
D. Marie
Réponse : C
- Quelle femme étrangère devient l’arrière-grand-mère du roi David ?
A. Rahab
B. Ruth
C. Esther
D. Débora
Réponse : B
- Qui est la première personne envoyée annoncer la résurrection aux disciples ?
A. Marie de Béthanie
B. Marie de Magdala
C. Marthe
D. Salomé
Réponse : B
Activité pédagogique (étude biblique en groupe)
Objectif
Comprendre le rôle des femmes dans l’histoire du salut et corriger certaines idées reçues sur la Bible.
Étape 1
Former plusieurs petits groupes et attribuer à chacun une femme de la Bible :
Sara – Débora – Ruth – Esther – Marie – Marie de Magdala.
Étape 2
Chaque groupe lit le passage biblique principal concernant cette femme et répond à trois questions :
Quel problème ou quelle situation critique apparaît dans ce récit ?
Quelle action ou quelle attitude de foi cette femme manifeste-t-elle ?
En quoi son action contribue-t-elle à l’histoire du salut ?
Étape 3
Chaque groupe présente ensuite son personnage au reste du groupe.
Étape 4
Discussion finale : que nous apprennent ces récits sur la manière dont Dieu agit dans l’histoire ?
Exercice de réflexion personnelle
Lire Luc 8.1–3 et Jean 20.11–18.
Questions
Pourquoi les Évangiles mentionnent-ils explicitement la présence des femmes parmi les disciples de Jésus ?
Que signifie le fait que Marie de Magdala soit la première témoin de la résurrection ?
Comment ces passages peuvent-ils renouveler notre lecture de la place des femmes dans la Bible ?
Synthèse pédagogique
La Bible n’efface pas les différences entre hommes et femmes, mais elle affirme leur dignité commune devant Dieu. L’histoire du salut montre que Dieu appelle et utilise aussi des femmes pour accomplir ses desseins. Lire attentivement ces récits permet de dépasser des caricatures modernes et de redécouvrir la richesse de la vision biblique.

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