Abraham Kuyper

Le mouvement réformé de reconstruction chrétienne – Partie 3 : Abraham Kuyper (1837–1920) – Pierre Courthial

Abra­ham Kuy­per en 1905 [wiki]
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Sommaire :

[Ndlr : C’est nous qui sou­li­gnons (en gras) ; les titres sont de nous]


Il est temps, main­te­nant, de par­ler d’Abra­ham Kuy­per (1837–1920).

« J’ai rêvé le rêve du modernisme »

Kuy­per fit ses études de lettres et de théo­lo­gie à l’U­ni­ver­si­té de Leyde, lui aus­si. En théo­lo­gie, il reçut l’en­sei­gne­ment de moder­nistes décla­rés et savants tels L.W. Rau­wen­hoff, his­to­rien de l’É­glise puis phi­lo­sophe ; Abra­ham Kue­nen, pro­fes­seur d’An­cien Tes­ta­ment ; et sur­tout Joannes Hen­ri­cus Schol­ten, dog­ma­ti­cien de grande répu­ta­tion dont l’au­to­ri­té hélas ! n’é­tait pas celle de la Sainte Écri­ture. « Moi aus­si », dira plus tard Kuy­per, « j’ai rêvé le rêve du moder­nisme » ; et il ver­se­ra des larmes d’a­mer regret et de honte au sou­ve­nir d’a­voir, un jour, applau­di, avec ses cama­rades de cours, Rau­wen­hoff décla­rant qu’il ne pou­vait plus admettre, comme un fait his­to­rique, la résur­rec­tion du Christ.

Le 20 sep­tembre 1862, il obtint le grade de Doc­teur en théo­lo­gie (sum­ma cum laude) avec une thèse en latin : J. Cal­vi­ni et J. a Las­ci de Eccle­sia sen­ten­tia­rum com­po­si­tio (« Com­pa­rai­son des doc­trines sur l’É­glise de Jean Cal­vin et de Jean a Las­co »).[13]

Pietje Baltus

La pre­mière paroisse que ser­vit Kuy­per, comme pas­teur, fut l’É­glise de Beesd, un petit vil­lage de Gel­der­land, à vingt-cinq kilo­mètres envi­ron au sud d’U­trecht. Dans l’en­semble, les « fidèles » de cette Église se satis­fai­saient du sta­tu quo, celui d’une sorte d’or­tho­doxie sans puis­sance spi­ri­tuelle et qui ne les fai­sait pas com­battre pour la cause et les besoins du Règne de Dieu. Kuy­per prê­chait conscien­cieu­se­ment et, avec zèle, visi­tait les parois­siens. Il y avait cepen­dant à Beesd quelques réfor­més confes­sants dont une jeune femme, Pietje Bal­tus, fille de pay­sans, dont la foi réfor­mée était pro­fonde et qui, pour cette rai­son, ne sup­por­tant pas les ser­mons des pas­teurs d’a­lors, pui­sait ses forces spi­ri­tuelles dans la médi­ta­tion de la Bible, la lec­ture assi­due des confes­sions de foi et celle des auteurs réfor­més d’au­tre­fois. A une voi­sine qui lui annon­çait que le nou­veau pas­teur visi­tait toute la paroisse et allait sûre­ment bien­tôt venir la voir, elle répli­qua : « Je n’ai rien à en faire ! » ce à quoi la voi­sine ajoute : « N’ou­blie pas, Pie­tro­nel­la, que notre pas­teur a, lui aus­si, une âme immor­telle et qu’il a, lui aus­si, à se pré­pa­rer à l’é­ter­ni­té. » Aus­si, quand Kuy­per vint la visi­ter, Pietje Bal­tus osa fer­me­ment lui par­ler de Jésus-Christ et l’in­vi­ter à rece­voir, lui aus­si, ce salut.

Peu à peu, selon l’é­lec­tion sou­ve­raine de Dieu, le doc­teur en théo­lo­gie de l’U­ni­ver­si­té de Leyde se lais­sa « évan­gé­li­ser » par Pietje, l’humble pay­sanne qui lui ouvrait les tré­sors de l’É­cri­ture Sainte et de la Foi re-for­mée. Il rom­pit déci­dé­ment avec le moder­nisme, reprit, pour la faire sienne parce que biblique, la doc­trine des confes­sions de foi, se ren­dit incon­di­tion­nel­le­ment au Dieu tri­ni­taire et à sa Parole, et devint pour tou­jours, à son tour, un chré­tien réfor­mé ardent et confes­sant.

Jamais Kuy­per n’ou­blia Pietje Bal­tus, sa mère spi­ri­tuelle en Christ. Et aujourd’­hui encore, on peut voir, dans la « Kuy­pe­r­huis » à Amster­dam, sur le bureau de Kuy­per, la pho­to de Pietje Bal­tus, pho­to qui ne quit­ta jamais, comme un rap­pel et un défi, le pas­teur, le théo­lo­gien, le jour­na­liste, l’homme d’É­tat, que fut Kuy­per.[14]

La Domkerk (Utrecht)

Le 10 novembre 1867, en la Dom­kerk (l’É­glise cathé­drale) d’U­trecht, Kuy­per était « ins­tal­lé » comme pas­teur. Sa pré­di­ca­tion sur « La Parole est deve­nue chair et elle a habi­té par­mi nous » (Jean 1.14), mal­gré quelques fausses notes encore hégé­liennes, quelques « bavures » encore, était un appel en vue de la re-for­ma­tion de l’É­glise réfor­mée offi­cielle : « Si nous devons entre­prendre soit la res­tau­ra­tion de l’É­glise, soit la fon­da­tion d’une nou­velle Église, nous sommes, en tout cas, appe­lés à construire, que ce soit selon l’an­cien plan ou que ce soit selon le style plus pur et le pro­jet archi­tec­tu­ral plus éle­vé que l’Es­prit de Dieu nous fera connaître ».

A cette époque, une fois par an, toute Église locale était « visi­tée », « ins­pec­tée », par des repré­sen­tants de l’É­glise natio­nale. Mais la chose était deve­nue une rou­tine et en fait, deux années sur trois, se pas­sait par ques­tion­naires, sans vraie visite « spi­ri­tuelle ». Sur la pro­po­si­tion de Kuy­per, le plus jeune des pas­teurs d’U­trecht, ceux-ci déci­dèrent, le 15 avril 1868, de ren­voyer les ques­tion­naires sans répondre à une seule ques­tion puisque « les ques­tions étaient posées au nom d’un Synode avec lequel les pas­teurs n’a­vaient pas com­mu­nion de foi et de confes­sion ».

Le Synode offi­ciel ne bron­cha pas. Mais le fait était pas­sé si peu inaper­çu que, pour cou­per court aux folles rumeurs qui com­men­çaient à cir­cu­ler, Kuy­per dut faire paraître, en août, une bro­chure : La visite d’É­glise à Utrecht en 1868, consi­dé­rée his­to­ri­que­ment dans la vision de la condi­tion cri­tique de notre Église.

Kuy­per était vrai­ment entré dans le grand com­bat spi­ri­tuel pour la recons­truc­tion chré­tienne, com­bat qu’il pour­sui­vra inlas­sa­ble­ment jus­qu’à sa mort.

Kuyper le journaliste chrétien

Jour­na­liste remar­quable par le carac­tère tout à la fois clair, vigou­reux, popu­laire et pro­fond de son style, il occu­pe­ra deux tri­bunes dont l’im­por­tance ira crois­sant : celle de l’heb­do­ma­daire De Herautet celle du quo­ti­dien De Stan­daard.

Peu après sa confé­rence « Appel à la conscience natio­nale », il publie­ra, le 8 octobre 1869, son pre­mier article dans De Heraut, dont il devien­dra, moins d’un an après, le rédac­teur-en-chef. Le peuple réfor­mé des Pays-Bas trou­ve­ra chaque semaine, dans ce pério­dique, des édi­to­riaux, des médi­ta­tions, des études bibliques, des expo­sés de la Foi, des consi­dé­ra­tions sur la situa­tion des Églises, signés par Kuy­per, qui lui pro­cu­re­ront une nour­ri­ture solide, et dont beau­coup seront publiés en volumes (par exemple : L’œuvre du Saint-Esprit[15] – articles publiés par De Heraut, du 2 sep­tembre 1883 au 4 juillet 1886 ; trois volumes publiés en 1888 et 1889 – et encore : Le miel du Rocher et Jours de joyeuses nou­velles – articles, puis recueils, de médi­ta­tions).

Le 1er avril 1872 parut le pre­mier numé­ro d’un quo­ti­dien De Stan­daardque diri­ge­ra long­temps Kuy­per et qui sera l’or­gane du Par­ti anti-révo­lu­tion­naire (ce Par­ti, fon­dé par Groen Van Prins­te­rer, ne devien­dra un Par­ti vrai­ment orga­ni­sé qu’à par­tir de sa pre­mière conven­tion natio­nale tenue le jeu­di 3 avril 1879).

Kuyper l’homme d’Église

Homme d’É­gliseKuy­per, après avoir été pas­teur de l’É­glise réfor­mée offi­cielle à Beesd, puis à Utrecht, le sera à Amster­dam de 1870 à 1874. Ses pré­di­ca­tions de la vivante Parole de Dieu allaient réveiller tout un peuple de Dieu aux Pays-Bas, car, sou­vent impri­mées après avoir été dites, elles attei­gnirent les Pro­vinces de tout le Royaume. Deve­nu homme d’É­tat à par­tir de 1874, Kuy­per deman­da et obtint de n’être plus que pas­teur émé­rite. Mais il ne ces­sa pas pour autant, en tant qu” « ancien » ou que fidèle, de prendre une part active à la vie ecclé­siale.

Alors que le moder­nisme sévis­sait dans l’É­glise offi­cielle, le consis­toire d’Am­ster­dam, dont Kuy­per était membre au titre d’an­cien, prit l’i­ni­tia­tive, en 1883, de deman­der que nul ne puisse être admis au saint Minis­tère s’il ne pou­vait signer cor­dia­le­ment les trois Formes d’U­ni­té[16]. La même année, et sur la même lan­cée, Kuy­per publia un volume mani­feste de 204 pages sur « La Refor­ma­tion des Églises » (c’é­tait alors le 400e anni­ver­saire de la nais­sance de Luther).

Toute re-for­ma­tion de l’É­glise réfor­mée offi­cielle (où en était le sem­per refor­man­da ?!) se heur­tant à l’ap­pa­reil moder­niste en place, 200 Églises envi­ron quit­tèrent, en 1886, leur déno­mi­na­tion dont Kuy­per et ses amis venaient d’être exclus. Elles réunirent un pre­mier synode en 1890. Puis, en 1892, ces Églises réfor­mées, au nombre alors de 300 envi­ron, se réunirent aux Églises chré­tiennes réfor­mées (sépa­rées, elles, de l’É­glise offi­cielle depuis 1834), au nombre alors de 400 envi­ron, pour for­mer « les Églises réfor­mées aux Pays-Bas ».

Kuyper le théologien

Théo­lo­gien, Kuy­per est, entre autres, l’au­teur de deux ouvrages impor­tants ; un ouvrage savant, en trois volumes : Ency­clo­pae­die der Hei­lige God­ge­leerd­heid (« Ency­clo­pé­die de la sainte théo­lo­gie »)[17] qui défi­nit la nature de la science théo­lo­gique, sa place dans l’or­ga­nisme des sciences, et les dif­fé­rentes dis­ci­plines qui la com­posent ; et un ouvrage plus popu­laire, en quatre volumes : E Voto Dor­dra­ce­noqui est une expo­si­tion du Caté­chisme de Hei­del­berg.

Kuyper l’homme d’État

Homme d’É­tat, Kuy­per devint dépu­té pour la pre­mière fois en mars 1874. Il devait être Pre­mier Ministre des Pays-Bas pen­dant quatre ans, de 1901 à 1905.

Trois grandes ques­tions ont pas­sion­né Kuy­per homme poli­tique : la ques­tion de l’en­sei­gne­ment, la ques­tion colo­niale et la ques­tion sociale.

L’enseignement

Kuy­per, dans la fidé­li­té à la Sainte Écri­ture, affir­me­ra intré­pi­de­ment : en ce qui concerne l’é­du­ca­tion des enfants, le droit prio­ri­taire des parents contre l’ab­so­lu­tisme de l’É­tat ; en ce qui concerne l’en­sei­gne­ment tant pri­maire ou secon­daire que supé­rieur, le droit à la liber­té de l’en­sei­gne­ment contre le mono­pole de l’en­sei­gne­ment d’É­tat.

La grande affaire de Kuy­per, dans le domaine de l’en­sei­gne­ment, fut l’é­ta­blis­se­ment de l’U­ni­ver­si­té libre d’Am­ster­dam.

En 1878, les Pays-Bas, avec une popu­la­tion de quatre mil­lions d’ha­bi­tants, comp­taient trois Uni­ver­si­tés d’É­tat (Leyde, Gro­ningue et Utrecht) dont les huma­nistes, les ratio­na­listes et les moder­nistes étaient pra­ti­que­ment les maîtres. Le 5 décembre une « Socié­té pour un Ensei­gne­ment supé­rieur sur le fon­de­ment des prin­cipes réfor­més » fut éta­blie à Utrecht. Le 7 novembre 1879, par un acte de foi remar­quable, A. Kuy­per et F.L. Rut­gers furent nom­més pro­fes­seur à la Facul­té de théo­lo­gie d’une Uni­ver­si­té qui n’exis­tait pas encore ! En fait, ils pré­pa­rèrent acti­ve­ment ce qui sui­vit.

Le 19 octobre 1880, en l’É­glise cathé­drale d’Am­ster­dam fut célé­bré un ser­vice de prière au cours duquel Ph. J. Hoe­de­ma­ker don­na une pré­di­ca­tion sur 1 Samuel 13.19 : « On ne trou­vait pas de for­ge­rons dans tout le pays d’Is­raël car les Phi­lis­tins avaient dit : Empê­chons les Hébreux de fabri­quer des épées ou des lances ». Et le len­de­main, 20 octobre 1880, ce fut le plus beau jour de la vie d’A­bra­ham Kuy­per : l’U­ni­ver­si­té libre d’Am­ster­dam était inau­gu­rée… avec cinq pro­fes­seurs : Kuy­per, Rut­gers et Hoe­de­ma­ker pour la théo­lo­gie ; D. Fabius pour le Droit ; et F.W.J. Dilloo pour les Lettres. Qua­rante hommes et femmes fai­saient don à la nou­velle Uni­ver­si­té du capi­tal, néces­saire selon la Loi, pour démar­rer.

En 1905, Kuy­per, Pre­mier Ministre, devait faire voter la loi qui allait assu­rer aux Pays-Bas une liber­té vrai­ment plu­rielle de l’en­sei­gne­ment, l’ou­ver­ture de l’en­sei­gne­ment d’É­tat à cer­tains cours libres, la pos­si­bi­li­té d’é­tendre tout ensei­gne­ment supé­rieur d’É­tat à des domaines autres que ceux des Lettres, des Sciences, du Droit et de la Méde­cine (d’où l’U­ni­ver­si­té tech­no­lo­gique de Delft et, bien plus tard, l’U­ni­ver­si­té d’a­gri­cul­ture de Wage­nin­gen et les Uni­ver­si­tés de com­merce de Rot­ter­dam et de Til­burg).

La question coloniale

Kuy­per, dans la fidé­li­té à la Sainte Écri­ture, affir­me­ra intré­pi­de­ment le droit des peuples colo­ni­sés (dans le cas par­ti­cu­lier : celui des Indes orien­tales néer­lan­daises) à n’être pas exploi­tés, que ce soit par la nation colo­ni­sa­trice ou par des per­sonnes morales ou phy­siques, et à recou­vrer pro­gres­si­ve­ment leur indé­pen­dance. Kuy­per et ses amis œuvrèrent pour que les écoles et hôpi­taux soient mul­ti­pliés dans les colo­nies, pour que des cadres y soient for­més, pour que soit mis fin au tra­fic de l’o­pium, pour qu’il y ait une admi­nis­tra­tion équi­table de la jus­tice, pour que soit pré­pa­rée la future indé­pen­dance par une orga­ni­sa­tion de conseils locaux et régio­naux.

La question sociale

Kuy­per, dans la fidé­li­té à la Sainte Écri­ture, affir­me­ra intré­pi­de­ment le droit des tra­vailleurs à leur pleine digni­té d’hommes. Il cher­che­ra à évi­ter, dans les lois qu’il pro­po­se­ra et fera voter, le Scyl­la du lais­ser-faire et le Cha­rybde de l’é­ta­tisme, en assu­rant le mini­mum d’in­ter­fé­rence gou­ver­ne­men­tale et le maxi­mum d’i­ni­tia­tives et de par­ti­ci­pa­tion des corps inter­mé­diaires et des tra­vailleurs. Les prises de posi­tion de Kuy­per contre la poli­tique sociale libé­rale du libre-échange et du lais­ser faire pro­vo­quèrent l’op­po­si­tion des libé­raux qui l’ac­cu­sèrent de jouer avec le feu et d’être un déma­gogue. Et Kuy­per déchaî­na un véri­table tumulte, le 28 novembre 1874, quand il ouvrit sa Bible de poche devant la Seconde Chambre pour lire Jacques 5.1 et ss. : « Et main­te­nant, à vous, riches ! Pleu­rez et gémis­sez à cause des mal­heurs qui vien­dront sur vous… »

En 1891, Kuy­per ouvrit le Pre­mier congrès social chré­tien, par une confé­rence sur « Le Chris­tia­nisme et la lutte des classes ». Citant Eccl. 4.1 ; Jac. 5.1–4 ; 1 Tim. 6.10, il décla­ra : « La ques­tion sociale est deve­nue LA ques­tion, la ques­tion vitale brû­lante à la fin du XIXe­siècle », et il s’en prit à l’es­prit bour­geois de la Révo­lu­tion fran­çaise. Dans cette même confé­rence, Kuy­per sou­ligne cinq points :

a) Dieu étant le Créa­teur du ciel et de la terre, ilnous faut écou­ter et suivre les lois qu’Il a éta­blies pour la Socié­té ter­restre ;

b) l’É­tat n’est pas la seule sphère sociale éta­blie par Dieu ; les autres sphères sociales (fami­liale, pro­fes­sion­nelle, ecclé­sias­tique, etc.) doivent être recon­nues elles aus­si ;

c) l’hu­ma­ni­té étant « d’un seul sang », l’inter­dé­pen­dance et les inter-rela­tions sociales doivent aus­si être recon­nues ;

d) toute pro­prié­té est à Dieu ; les hommes ne sont jamais que les « gérants » de ce qu’ils « pos­sèdent » ; l’usage « res­pon­sable » de toute « pro­prié­té » pri­vée ou publique est un devoir chré­tien ;

e) la fonc­tion divine du gou­ver­ne­ment est de pro­mou­voir la jus­tice ; quand une injus­tice appa­raît dans la vie sociale, il est de la res­pon­sa­bi­li­té de l’É­tat d’in­ter­ve­nir par des lois effec­tives.

Et Kuy­per de conclure :

« la ques­tion fon­da­men­tale de tout le pro­blème social est de savoir si les moins for­tu­nés, si les plus pauvres, sont non seule­ment des créa­tures en situa­tion misé­rable mais, pour l’a­mour du Christ, des frères de votre propre chair et de votre propre sang », ajou­tant : « Il n’y a pas de place (dans le Par­ti anti-révo­lu­tion­naire) pour ceux qui vou­draient rejoindre nos rangs pour mettre leur por­te­feuille à l’a­bri. Car nous sommes sur une terre sainte et qui­conque veut mar­cher sur elle doit d’a­bord quit­ter les san­dales de son égoïsme ».

Quand il fut Pre­mier Ministre, et bien que son gou­ver­ne­ment fût un gou­ver­ne­ment de coa­li­tion ne lui lais­sant pas les cou­dées franches, Kuy­per fit adop­ter une légis­la­tion sociale assu­rant la pro­tec­tion des femmes et des jeunes tra­vaillant dans l’in­dus­trie, éta­blis­sant pour tous les Néer­lan­dais un sys­tème d’as­su­rances contre la mala­die, l’in­ca­pa­ci­té et la vieillesse, légis­la­tion alors à la pointe du pro­grès néces­saire dans les pays occi­den­taux.


[13] Jean Las­ki ou a Las­co est un Réfor­ma­teur polo­nais, dis­ciple d’É­rasme et de Zwin­gli, qui, entre autres, cor­res­pon­dit avec Mar­tin Bucer sur l’Eu­cha­ris­tie, et dres­sa, à Londres, vers 1550, une Église réfor­mée pour les étran­gers. 

[14] Pietje Bal­tus sui­vit dans l’in­ter­ces­sion toute la car­rière de son fils spi­ri­tuel. Elle mou­rut le 26 mars 1914, à l’âge de 83 ans.

[15] Het Werk des Hei­li­gen Geestes, tra­duit en anglais et publié avec une intro­duc­tion de Ben­ja­min B. War­field (Funk and Wag­nalls Com­pa­ny, 1900).

[16] Les trois Formes d’U­ni­té des Églises réfor­mées aux Pays-Bas sont : a) la Confes­sio Bel­gi­cacom­po­sée par Guy de Brès, et revue par Sara­via, approu­vée par le Synode Wal­lon et Fla­mand d’Emb­den, en 1571 (édi­tion fran­çaise de « Je Sers », 1934, à la suite de « Le Caté­chisme de Jean Cal­vin ») ; b) le Caté­chisme de Hei­del­bergde 1563 (édi­tion fran­çaise de « Dela­chaux et Niest­lé », 1963) ; c) les Canons de Dor­drechtde 1618–1619 (publiés en fran­çais par « La Revue Réfor­mée »).

[17] Tra­duc­tion anglaise de l’es­sen­tiel (l’in­tro­duc­tion et le Volume 11) sous le titre « Prin­ciples of Sacred Theo­lo­gy »avec une Intro­duc­tion de Ben­ja­min B. War­field (Eerd­mans, 1954).


Signature A. Kuyper
Signa­ture d’A­bra­ham Kuy­per

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