Origines intellectuelles du wokisme

Mai 68, la déconstruction et l’origine du wokisme

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Cette illus­tra­tion reprend la cou­ver­ture du livre French Theo­ry, de Fran­çois Cus­set, consa­cré à la dif­fu­sion des pen­seurs fran­çais du post­mo­der­nisme — tels que Michel Fou­cault, Jacques Der­ri­da ou Jean Bau­drillard — dans les uni­ver­si­tés amé­ri­caines à par­tir de la fin du XXᵉ siècle. Elle sym­bo­lise la cir­cu­la­tion inter­na­tio­nale de ces idées et leur influence sur les théo­ries cri­tiques contem­po­raines liées au genre, au racisme ou aux iden­ti­tés. L’image rap­pelle ain­si que les débats cultu­rels actuels ne sur­gissent pas spon­ta­né­ment : ils s’enracinent dans une vision du monde par­ti­cu­lière où la véri­té, l’identité et la morale sont inter­pré­tées à tra­vers les rap­ports de pou­voir. L’analyse apo­lo­gé­tique consiste alors à inter­ro­ger ces pré­sup­po­sés et à mon­trer que la vision biblique du monde — fon­dée sur la créa­tion, la chute et la rédemp­tion — offre une com­pré­hen­sion plus cohé­rente de la véri­té et de la digni­té humaine.


Mai 68 n’a pas seule­ment bou­le­ver­sé la poli­tique fran­çaise : il a pro­fon­dé­ment trans­for­mé le pay­sage intel­lec­tuel occi­den­tal. Der­rière les slo­gans étu­diants se trou­vait déjà une révo­lu­tion des idées. Des pen­seurs comme Fou­cault, Der­ri­da ou Bau­drillard ont déve­lop­pé une cri­tique radi­cale de la véri­té, des ins­ti­tu­tions et des normes sociales. Comme l’explique Fran­çois Cus­set dans French Theo­ry, ces idées ont ensuite connu une dif­fu­sion spec­ta­cu­laire dans les uni­ver­si­tés amé­ri­caines avant de reve­nir en Europe sous forme de théo­ries cri­tiques autour du genre, du racisme ou des iden­ti­tés. Com­prendre cette généa­lo­gie per­met de voir que le débat actuel autour du « wokisme » n’est pas seule­ment poli­tique : il oppose des visions du monde pro­fon­dé­ment dif­fé­rentes. La ques­tion cen­trale devient alors celle du fon­de­ment de la véri­té, de la jus­tice et de la digni­té humaine.

Mai 68, déconstruction et wokisme : comprendre les racines d’une révolution culturelle

Le mot « wokisme » est deve­nu omni­pré­sent dans le débat public. Cer­tains y voient un simple mou­ve­ment de jus­tice sociale, d’autres une idéo­lo­gie radi­cale trans­for­mant pro­fon­dé­ment la culture occi­den­tale. Pour com­prendre ce phé­no­mène, il faut remon­ter plu­sieurs décen­nies en arrière. Les racines intel­lec­tuelles du wokisme plongent en effet dans l’histoire des idées du XXᵉ siècle : les bou­le­ver­se­ments de Mai 68, la phi­lo­so­phie de la décons­truc­tion et une nou­velle manière de conce­voir la véri­té, la morale et l’identité humaine. Der­rière ces trans­for­ma­tions cultu­relles se trouvent des visions du monde pro­fon­dé­ment dif­fé­rentes.

Mai 68 : une révolte cultu­relle avant d’être poli­tique

Mai 1968 est sou­vent pré­sen­té comme une révo­lu­tion poli­tique. En réa­li­té, il s’agit d’abord d’une révo­lu­tion cultu­relle. Les étu­diants qui occupent les uni­ver­si­tés fran­çaises ne réclament pas seule­ment des réformes ins­ti­tu­tion­nelles : ils contestent les fon­de­ments mêmes de la socié­té occi­den­tale.

Famille, auto­ri­té, morale sexuelle, nation, reli­gion : toutes les struc­tures héri­tées du pas­sé deviennent sus­pectes. Les slo­gans de l’époque sont révé­la­teurs :
« Il est inter­dit d’interdire »
« Sous les pavés, la plage »
« Jouir sans entraves ».

Ce mou­ve­ment ne sur­git pas dans le vide. Il s’inscrit dans un cli­mat intel­lec­tuel domi­né par plu­sieurs cou­rants : le mar­xisme cultu­rel, la psy­cha­na­lyse freu­dienne et la cri­tique radi­cale des ins­ti­tu­tions occi­den­tales.

L’idée cen­trale est simple : la socié­té serait struc­tu­rée par des sys­tèmes d’oppression invi­sibles. Les normes sociales ne seraient pas neutres ; elles ser­vi­raient à main­te­nir des rap­ports de domi­na­tion.

Cette lec­ture du monde devien­dra plus tard l’un des piliers de la pen­sée woke.

Une révo­lu­tion des idées : la cri­tique de la véri­té

Dans les décen­nies qui suivent Mai 68, une nou­velle géné­ra­tion de phi­lo­sophes déve­loppe une cri­tique radi­cale de la notion de véri­té.

Michel Fou­cault affirme que le savoir est insé­pa­rable du pou­voir. Les dis­cours scien­ti­fiques, moraux ou reli­gieux seraient en réa­li­té des ins­tru­ments de domi­na­tion sociale.

Jacques Der­ri­da, quant à lui, déve­loppe la méthode dite de « décons­truc­tion ». L’objectif consiste à mon­trer que les textes et les concepts contiennent tou­jours des contra­dic­tions internes qui empêchent toute véri­té stable.

La consé­quence de ces approches est consi­dé­rable. Si la véri­té n’est qu’une construc­tion sociale, alors les normes morales, les iden­ti­tés et les ins­ti­tu­tions peuvent être décons­truites.

Ce cadre intel­lec­tuel va pro­gres­si­ve­ment influen­cer les sciences humaines, les uni­ver­si­tés et les mou­ve­ments mili­tants.

La culture occi­den­tale elle-même devient un objet de sus­pi­cion per­ma­nente.

Le pré­sup­po­sé cen­tral : l’autonomie humaine

Der­rière ces trans­for­ma­tions intel­lec­tuelles se trouve un pré­sup­po­sé fon­da­men­tal : l’idée que l’homme peut défi­nir lui-même la réa­li­té.

Cette vision du monde repose sur une concep­tion radi­cale de l’autonomie humaine. L’individu n’est plus com­pris comme une créa­ture rece­vant son iden­ti­té d’un ordre créé ; il devient le construc­teur de sa propre iden­ti­té.

La véri­té n’est plus reçue : elle est pro­duite.

La morale n’est plus don­née : elle est négo­ciée.

L’histoire n’est plus inter­pré­tée à la lumière d’un sens trans­cen­dant : elle devient un champ de luttes entre groupes sociaux.

Ce dépla­ce­ment est déci­sif. Lorsque Dieu dis­pa­raît de l’horizon intel­lec­tuel, la ques­tion n’est pas de savoir si une auto­ri­té existe encore. La ques­tion est plu­tôt : qui exer­ce­ra cette auto­ri­té ?

Dans la pen­sée woke, la réponse est sou­vent don­née en termes de rap­ports de pou­voir entre groupes : domi­nants et domi­nés, oppres­seurs et oppri­més.

Du mar­xisme éco­no­mique au mar­xisme cultu­rel

Le mar­xisme clas­sique ana­ly­sait la socié­té prin­ci­pa­le­ment à tra­vers les rap­ports éco­no­miques. La lutte oppo­sait bour­geoi­sie et pro­lé­ta­riat.

Après l’échec des révo­lu­tions mar­xistes en Occi­dent, cer­tains pen­seurs ont dépla­cé cette ana­lyse vers la culture.

La domi­na­tion ne serait plus seule­ment éco­no­mique : elle serait lin­guis­tique, sym­bo­lique et cultu­relle.

Les struc­tures d’oppression seraient pré­sentes dans la famille, la langue, la sexua­li­té, les normes sociales et même la science.

Cette trans­for­ma­tion explique pour­quoi les débats contem­po­rains portent sou­vent sur le lan­gage, l’identité ou la repré­sen­ta­tion sym­bo­lique.

Ce que l’on appelle aujourd’hui « wokisme » est en grande par­tie l’héritier de cette évo­lu­tion.

Les caté­go­ries de race, de genre ou d’orientation sexuelle deviennent les nou­veaux axes d’analyse du pou­voir.

Qu’est-ce que la décons­truc­tion ?

La décons­truc­tion est une méthode d’analyse déve­lop­pée par le phi­lo­sophe fran­çais Jacques Der­ri­da dans les années 1960. Elle consiste à exa­mi­ner les textes et les concepts pour mon­trer qu’ils reposent sur des oppo­si­tions impli­cites : nature/culture, homme/femme, raison/émotion, centre/périphérie.

Selon Der­ri­da, ces oppo­si­tions ne sont jamais neutres : l’un des termes est tou­jours pri­vi­lé­gié au détri­ment de l’autre.

La décons­truc­tion cherche donc à révé­ler ces hié­rar­chies cachées et à les ren­ver­ser.

Dans les sciences humaines contem­po­raines, cette méthode est sou­vent uti­li­sée pour ana­ly­ser les struc­tures sociales et les rap­ports de pou­voir.

Cepen­dant, si toute véri­té est constam­ment décons­truite, il devient dif­fi­cile d’expliquer pour­quoi cer­taines affir­ma­tions devraient être consi­dé­rées comme plus justes que d’autres.

Les consé­quences logiques de cette vision du monde

Si la véri­té est une construc­tion sociale et si l’identité est entiè­re­ment déter­mi­née par des rap­ports de pou­voir, plu­sieurs consé­quences appa­raissent.

La pre­mière concerne la connais­sance. Si tout dis­cours est lié à un rap­port de domi­na­tion, il devient dif­fi­cile de par­ler de véri­té objec­tive.

La seconde concerne la morale. Les normes morales ne sont plus com­prises comme l’expression d’un ordre du bien ; elles deviennent des outils poli­tiques.

La troi­sième concerne l’identité humaine. L’homme n’est plus défi­ni par une nature com­mune ; il est défi­ni par son appar­te­nance à des groupes iden­ti­taires.

Cette évo­lu­tion trans­forme pro­fon­dé­ment la manière dont les socié­tés occi­den­tales com­prennent la jus­tice.

La lutte contre l’injustice ne se fonde plus prin­ci­pa­le­ment sur l’égalité devant la loi, mais sur la recon­nais­sance des iden­ti­tés et des expé­riences vécues.

Les ten­sions internes de cette vision

Cette vision du monde ren­contre pour­tant plu­sieurs dif­fi­cul­tés.

La pre­mière est phi­lo­so­phique. Si toute véri­té est une construc­tion sociale, pour­quoi les affir­ma­tions des théo­ries cri­tiques seraient-elles plus vraies que celles qu’elles contestent ?

La seconde est morale. Si la morale n’est qu’un ins­tru­ment de pou­voir, sur quelle base peut-on condam­ner réel­le­ment l’injustice ?

La troi­sième est anthro­po­lo­gique. Si l’identité humaine est entiè­re­ment construite, com­ment expli­quer l’existence de réa­li­tés bio­lo­giques ou natu­relles qui résistent à cette construc­tion ?

En pra­tique, la pen­sée woke conti­nue sou­vent à uti­li­ser des notions héri­tées de la tra­di­tion morale occi­den­tale — jus­tice, digni­té, oppres­sion — tout en reje­tant les fon­de­ments phi­lo­so­phiques et reli­gieux qui les ren­daient intel­li­gibles.

Créa­tion, chute et rédemp­tion

La vision biblique du monde repose sur une struc­ture simple mais pro­fonde.

Créa­tion : Dieu crée le monde et l’homme à son image. La digni­té humaine ne dépend pas d’une construc­tion sociale mais d’un acte créa­teur de Dieu.

Chute : le péché intro­duit la cor­rup­tion dans la nature humaine et dans les socié­tés. L’injustice et l’oppression sont des réa­li­tés bien réelles, mais elles trouvent leur ori­gine dans la rébel­lion de l’homme contre Dieu.

Rédemp­tion : en Jésus-Christ, Dieu inter­vient dans l’histoire pour res­tau­rer l’homme et renou­ve­ler la créa­tion.

Cette pers­pec­tive explique à la fois la digni­té de l’homme et la réa­li­té du mal dans l’histoire.

L’éclairage de la vision biblique

La Sainte Écri­ture pro­pose une com­pré­hen­sion dif­fé­rente de la réa­li­té.

Selon la vision biblique, la véri­té ne dépend pas des rap­ports de pou­voir ; elle dépend du Dieu qui a créé le monde.

La digni­té humaine ne vient pas d’une iden­ti­té sociale ou cultu­relle ; elle vient du fait que l’homme est créé à l’image de Dieu.

La Parole de Dieu recon­naît la réa­li­té des injus­tices humaines. Les pro­phètes de l’Ancien Tes­ta­ment dénoncent avec force l’oppression des pauvres et la cor­rup­tion des puis­sants.

Mais cette dénon­cia­tion repose sur un fon­de­ment clair : la jus­tice de Dieu.

La Bible ne réduit pas l’histoire à une lutte per­ma­nente entre groupes humains. Elle affirme que l’histoire est le théâtre de l’alliance de Dieu avec son peuple et de son œuvre de rédemp­tion.

Dans cette pers­pec­tive, la jus­tice sociale n’est pas le pro­duit d’une révo­lu­tion cultu­relle per­ma­nente. Elle découle de la fidé­li­té à la loi de Dieu et de l’amour du pro­chain.

La théo­lo­gie de l’alliance rap­pelle que Dieu agit dans l’histoire pour res­tau­rer la créa­tion bles­sée par le péché.

La trans­for­ma­tion du monde ne vient pas d’une décons­truc­tion infi­nie des struc­tures sociales ; elle vient de la récon­ci­lia­tion de l’homme avec Dieu.

Conclu­sion

Les débats contem­po­rains autour du wokisme ne sont pas sim­ple­ment poli­tiques ou socio­lo­giques. Ils révèlent une oppo­si­tion pro­fonde entre deux visions du monde.

D’un côté, une vision qui consi­dère la réa­li­té comme une construc­tion sociale façon­née par des rap­ports de pou­voir.

De l’autre, la vision biblique qui affirme que le monde a été créé par Dieu, que l’homme est déchu mais rache­té en Christ, et que la véri­té trouve son fon­de­ment ultime dans la Parole de Dieu.

Com­prendre cette dif­fé­rence per­met de sai­sir pour­quoi les débats cultu­rels actuels sont sou­vent si dif­fi­ciles. Ils ne portent pas seule­ment sur des opi­nions ; ils portent sur les fon­de­ments mêmes de la réa­li­té.


Annexes

Annexe 1 — Les racines intellectuelles du wokisme

Le phé­no­mène que l’on appelle aujourd’hui « wokisme » n’est pas appa­ru sou­dai­ne­ment au début du XXIᵉ siècle. Il s’inscrit dans une longue évo­lu­tion intel­lec­tuelle qui tra­verse plu­sieurs cou­rants de pen­sée du XXᵉ siècle.

L’un des pre­miers élé­ments de cette évo­lu­tion est l’influence du mar­xisme cultu­rel. Après l’échec des révo­lu­tions mar­xistes en Europe occi­den­tale, cer­tains pen­seurs ont cher­ché à com­prendre pour­quoi la classe ouvrière ne s’était pas sou­le­vée comme Marx l’avait pré­vu.

Anto­nio Gram­sci, intel­lec­tuel mar­xiste ita­lien du début du XXᵉ siècle, pro­pose une expli­ca­tion deve­nue célèbre : la domi­na­tion de la bour­geoi­sie ne serait pas seule­ment éco­no­mique, elle serait aus­si cultu­relle. Les ins­ti­tu­tions — l’école, les médias, la reli­gion, la famille — par­ti­ci­pe­raient à la repro­duc­tion d’un ordre social.

Cette ana­lyse va pro­fon­dé­ment influen­cer la pen­sée cri­tique contem­po­raine. Si la domi­na­tion est cultu­relle, alors la trans­for­ma­tion de la socié­té passe par une trans­for­ma­tion des men­ta­li­tés et des ins­ti­tu­tions cultu­relles.

Un second élé­ment impor­tant est le déve­lop­pe­ment du post­mo­der­nisme dans les années 1970 et 1980. Les phi­lo­sophes post­mo­dernes contestent l’existence de récits uni­ver­sels capables d’expliquer l’histoire humaine.

La véri­té n’est plus conçue comme uni­ver­selle ; elle devient locale, située et liée à des pers­pec­tives par­ti­cu­lières.

Enfin, un troi­sième fac­teur réside dans l’évolution des mou­ve­ments mili­tants. Les luttes pour les droits civiques, l’égalité des sexes et la recon­nais­sance des mino­ri­tés ont pro­fon­dé­ment mar­qué les socié­tés occi­den­tales.

Ces luttes ont sou­vent pro­duit des avan­cées impor­tantes. Mais elles ont aus­si été pro­gres­si­ve­ment inté­grées dans un cadre théo­rique qui inter­prète la socié­té prin­ci­pa­le­ment en termes de domi­na­tion et d’oppression.

C’est cette com­bi­nai­son entre mar­xisme cultu­rel, post­mo­der­nisme et mili­tan­tisme iden­ti­taire qui a don­né nais­sance aux formes contem­po­raines du wokisme.


Annexe 2 — Une objection fréquente : le wokisme ne cherche-t-il pas simplement la justice ?

Une objec­tion revient sou­vent dans le débat public. Beau­coup de per­sonnes sou­tiennent que le wokisme n’est qu’une forme moderne de lutte pour la jus­tice sociale.

Selon cette pers­pec­tive, les cri­tiques du wokisme exa­gé­re­raient un phé­no­mène qui vise­rait sim­ple­ment à cor­ri­ger les injus­tices his­to­riques liées au racisme, au sexisme ou aux dis­cri­mi­na­tions.

Cette objec­tion mérite d’être prise au sérieux. L’histoire montre en effet que les socié­tés humaines peuvent pro­duire des injus­tices graves. La dénon­cia­tion de ces injus­tices n’est pas en soi illé­gi­time.

La ques­tion devient alors : sur quel fon­de­ment la jus­tice est-elle défi­nie ?

Dans la tra­di­tion biblique, la jus­tice découle du carac­tère même de Dieu. Parce que Dieu est juste, l’homme est appe­lé à pra­ti­quer la jus­tice envers son pro­chain.

La loi don­née dans l’Ancien Tes­ta­ment insiste sur la pro­tec­tion des plus vul­né­rables : les pauvres, les veuves, les orphe­lins et les étran­gers.

Cepen­dant, cette jus­tice s’inscrit tou­jours dans une vision uni­ver­selle de l’humanité. Tous les hommes sont créés à l’image de Dieu.

Lorsque la jus­tice est redé­fi­nie prin­ci­pa­le­ment en termes d’identité col­lec­tive ou d’expérience sub­jec­tive, un dépla­ce­ment s’opère. La jus­tice risque alors de deve­nir une com­pé­ti­tion entre groupes pour la recon­nais­sance ou le pou­voir.

La vision biblique cherche au contraire à res­tau­rer l’unité de l’humanité en Christ.

L’apôtre Paul affirme ain­si :

« Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car vous êtes tous un en Jésus-Christ. »
Galates 3.28.

Cette affir­ma­tion ne nie pas l’existence des dif­fé­rences humaines. Elle affirme que la récon­ci­lia­tion en Christ dépasse les divi­sions qui struc­turent les socié­tés humaines.

La jus­tice véri­table ne consiste donc pas seule­ment à redis­tri­buer le pou­voir entre groupes humains. Elle consiste à res­tau­rer la rela­tion juste entre Dieu et l’homme, rela­tion dont découlent ensuite les rela­tions justes entre les hommes.


Bibliographie indicative — Mai 68, déconstruction et wokisme

1. Ouvrages de réfé­rence en fran­çais

Fran­çois Cus­set, French Theo­ry. Fou­cault, Der­ri­da, Deleuze & Cie et les muta­tions de la vie intel­lec­tuelle aux États-Unis, Paris, La Décou­verte, 2003.

Jean-Fran­çois Braun­stein, La phi­lo­so­phie deve­nue folle. Le genre, l’animal, la mort, Paris, Gras­set, 2018.

Jean-Fran­çois Braun­stein, La reli­gion woke, Paris, Gras­set, 2022.

Pierre-André Taguieff, La nou­velle judéo­pho­bie, Paris, Mille et une nuits, 2002.

Pierre-André Taguieff, Le sens du pro­grès. Une approche his­to­rique et phi­lo­so­phique, Paris, Flam­ma­rion, 2004.

Alain Fin­kiel­kraut, La défaite de la pen­sée, Paris, Gal­li­mard, 1987.

Mar­cel Gau­chet, La reli­gion dans la démo­cra­tie. Par­cours de la laï­ci­té, Paris, Gal­li­mard, 1998.

Mar­cel Gau­chet, Com­prendre le mal­heur fran­çais, Paris, Stock, 2016.

Phi­lippe Muray, Après l’Histoire I, Paris, Les Belles Lettres, 1999.

Phi­lippe Muray, L’Empire du Bien, Paris, Les Belles Lettres, 1991.

2. Sources phi­lo­so­phiques majeures (fran­çais)

Michel Fou­cault, Les mots et les choses, Paris, Gal­li­mard, 1966.

Michel Fou­cault, Sur­veiller et punir, Paris, Gal­li­mard, 1975.

Jacques Der­ri­da, De la gram­ma­to­lo­gie, Paris, Les Édi­tions de Minuit, 1967.

Jacques Der­ri­da, L’écriture et la dif­fé­rence, Paris, Seuil, 1967.

Jean-Fran­çois Lyo­tard, La condi­tion post­mo­derne, Paris, Les Édi­tions de Minuit, 1979.

3. Théo­lo­gie et phi­lo­so­phie réfor­mées (fran­çais)

Abra­ham Kuy­per, Cal­vi­nisme. Les six confé­rences de Prin­ce­ton, trad. fr., Cha­rols, Excel­sis, 2014 (édi­tion ori­gi­nale : Lec­tures on Cal­vi­nism, 1899 ; les confé­rences ont été don­nées en 1898 à Prin­ce­ton).

Cor­ne­lius Van Til, Apo­lo­gé­tique chré­tienne, trad. fr., Cha­rols, Excel­sis, 2014. Édi­tion ori­gi­nale : Chris­tian Apo­lo­ge­tics, Phi­la­del­phia, Pres­by­te­rian and Refor­med Publi­shing, 1955 (édi­tion révi­sée 1976).

Her­man Dooye­weerd, Les racines reli­gieuses de la pen­sée occi­den­tale, trad. fr., Aix-en-Pro­vence, Keryg­ma, 2015. Édi­tion ori­gi­nale : Roots of Wes­tern Culture, Toron­to, Wedge Publi­shing Foun­da­tion, 1979.
Voir de-même : Her­man Dooye­weerd, A New Cri­tique of Theo­re­ti­cal Thought, 4 vol., Amster­dam, H. J. Paris / Pres­by­te­rian and Refor­med, 1953–1958.

4. Ouvrages tra­duits de l’anglais (ana­lyse du wokisme et de la théo­rie cri­tique)

Helen Plu­ckrose et James Lind­say, Le cynisme moderne. Com­ment la pen­sée mili­tante a cor­rom­pu la science et la culture, trad. fr., Paris, Mar­kus Hal­ler, 2022 (édi­tion ori­gi­nale : Cyni­cal Theo­ries, 2020).

Dou­glas Mur­ray, La folie des foules. Genre, race et iden­ti­té, trad. fr., Paris, L’Artilleur, 2020 (édi­tion ori­gi­nale : The Mad­ness of Crowds, 2019).

Rod Dre­her, Résis­ter au men­songe. Vivre chré­tien­ne­ment dans un monde qui ne l’est plus, trad. fr., Paris, Artège, 2021 (édi­tion ori­gi­nale : Live Not by Lies, 2020).

Carl R. True­man, L’étrange mort de l’homme moderne, trad. fr., Cha­rols, Excel­sis, 2023 (édi­tion ori­gi­nale : The Rise and Triumph of the Modern Self, 2020).

5. Ouvrages en anglais

Her­man Bavinck, The Phi­lo­so­phy of Reve­la­tion, Grand Rapids, Baker Aca­de­mic, 2008 (réédi­tion de l’édition ori­gi­nale de 1909).

James Lind­say, Race Mar­xism, New Dis­courses Press, 2022.

Chris­to­pher F. Rufo, America’s Cultu­ral Revo­lu­tion, New York, Har­per­Col­lins, 2023.

Carl R. True­man, The Rise and Triumph of the Modern Self, Whea­ton, Cross­way, 2020.

John McW­hor­ter, Woke Racism, New York, Port­fo­lio, 2021.

Helen Plu­ckrose, The Coun­ter­weight Hand­book, Lon­don, Swift Press, 2021.

6. Sources clas­siques pour une vision chré­tienne du monde

Augus­tin, La Cité de Dieu, Ve siècle (nom­breuses édi­tions fran­çaises).

Jean Cal­vin, Ins­ti­tu­tion de la reli­gion chré­tienne, 1559 (plu­sieurs édi­tions fran­çaises contem­po­raines).

Fran­cis­cus Tur­re­tin, Ins­ti­tutes of Elenc­tic Theo­lo­gy, Gene­va, 1679–1685 (tra­duc­tion anglaise moderne, Pres­by­te­rian & Refor­med, 1992).


Outils pédagogiques

1. Ques­tions pour mettre au jour les pré­sup­po­sés

Ces ques­tions peuvent ser­vir en groupe d’étude, en dis­cus­sion ou en for­ma­tion.

  1. Quelles sont, selon vous, les prin­ci­pales injus­tices que le mou­ve­ment woke cherche à cor­ri­ger ?
  2. Le wokisme repose-t-il sur une concep­tion par­ti­cu­lière de la véri­té ou de la jus­tice ?
  3. Si toute véri­té est une construc­tion sociale, com­ment peut-on encore affir­mer qu’une injus­tice est réel­le­ment injuste ?
  4. Une socié­té peut-elle fonc­tion­ner dura­ble­ment sans réfé­rence à une véri­té com­mune sur l’homme ?
  5. Les iden­ti­tés humaines (homme, femme, culture, nation) sont-elles entiè­re­ment construites ou com­portent-elles une dimen­sion don­née ?
  6. Quelle vision de l’homme est impli­cite dans la pen­sée woke ?
  7. Cette vision rend-elle compte de toute la réa­li­té de l’expérience humaine ?
  8. Quelle dif­fé­rence existe-t-il entre dénon­cer une injus­tice réelle et inter­pré­ter toute la socié­té comme un sys­tème d’oppression ?

2. Ques­tions bibliques

  1. Selon Genèse 1.26–27, qu’est-ce qui fonde la digni­té de l’homme ?
  2. Que révèle la chute de l’homme (Genèse 3) sur l’origine du mal dans les socié­tés humaines ?
  3. Com­ment les pro­phètes de l’Ancien Tes­ta­ment dénoncent-ils l’injustice sociale (Ésaïe 1 ; Amos 5) ?
  4. En quoi la jus­tice biblique dif­fère-t-elle d’une simple lutte de pou­voir entre groupes humains ?
  5. Que signi­fie l’affirmation de Paul : « vous êtes tous un en Jésus-Christ » (Galates 3.28) ?

3. Repères pour com­prendre le débat contem­po­rain

Quelques dis­tinc­tions utiles.

Injus­tice réelle
La Bible recon­naît que l’histoire humaine est mar­quée par l’oppression, la vio­lence et les abus de pou­voir.

Lec­ture idéo­lo­gique de la socié­té
Cer­taines théo­ries expliquent toute la réa­li­té sociale uni­que­ment à par­tir de rap­ports de domi­na­tion.

Vision biblique du monde
La Sainte Écri­ture affirme que l’injustice pro­vient du péché, c’est-à-dire de la rup­ture de l’homme avec Dieu.

4. Texte pour médi­ta­tion

« Il t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien ; et ce que l’Éternel demande de toi, c’est que tu pra­tiques la jus­tice, que tu aimes la misé­ri­corde, et que tu marches hum­ble­ment avec ton Dieu. »
Michée 6.8

La jus­tice biblique ne repose pas sur la lutte per­ma­nente entre groupes humains. Elle naît d’une rela­tion juste avec Dieu et d’un amour véri­table du pro­chain.

5. Pour aller plus loin

Quelques pistes de lec­ture utiles pour com­prendre les racines intel­lec­tuelles du phé­no­mène.

Her­man Bavinck, La phi­lo­so­phie de la révé­la­tion, trad. fr., Genève, Excel­sis, 2012 (éd. ori­gi­nale : 1908).
Augus­tin, La Cité de Dieu, Ve siècle.
Jacques Der­ri­da, De la gram­ma­to­lo­gie, Paris, Minuit, 1967.
Michel Fou­cault, Sur­veiller et punir, Paris, Gal­li­mard, 1975.

Ces lec­tures per­mettent de com­prendre deux visions du monde radi­ca­le­ment dif­fé­rentes : une vision où la véri­té dépend des rap­ports humains, et une vision où la véri­té trouve son fon­de­ment ultime en Dieu.


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