Vincent Bru, 21 janvier 2026
Intro générale – Textes du jour
Les textes bibliques proposés pour ce dimanche forment un ensemble profondément cohérent, marqué par un thème central : la lumière de Dieu qui se lève dans les ténèbres, appelle à la conversion et rassemble un peuple nouveau. Ils nous conduisent du surgissement de la promesse à son accomplissement en Christ, puis à ses conséquences concrètes pour la vie de l’Église.
Rappel des textes bibliques
1re lecture : Livre d’Isaïe 8.23b–9.3
Annonce prophétique d’une grande lumière se levant sur un peuple plongé dans l’obscurité.
Psaume : Livre des Psaumes 27 (26 Bibles catholiques) )
Confession de foi et de confiance : « L’Éternel est ma lumière et mon salut ».
2e lecture : Première épître aux Corinthiens 1.10–13, 17
Appel pressant à l’unité de l’Église face aux divisions qui contredisent l’Évangile.
Évangile : Évangile selon Matthieu 4.12–23
Début du ministère public de Jésus en Galilée : accomplissement d’Isaïe, appel à la conversion et appel des premiers disciples.
Thème général : La lumière du Christ se lève, appelle à la conversion et rassemble un peuple uni
Place dans l’année liturgique
Ce dimanche correspond au troisième dimanche du temps ordinaire, dans l’année liturgique A. Il s’inscrit dans le prolongement du temps de l’Épiphanie, lorsque l’Église contemple la manifestation publique du Christ. Après Noël et l’Épiphanie, il ne s’agit plus seulement de voir la lumière, mais d’entrer dans le chemin qu’elle ouvre : celui de la conversion, de la mission et du rassemblement du peuple de Dieu.
Couleur liturgique : Vert
Couleur de la croissance et de la vie, elle souligne que la lumière reçue doit porter du fruit dans la durée : une foi qui mûrit, une Église qui se construit, une obéissance qui se déploie dans le temps.
Lecture dans la théologie de l’alliance
Dans la perspective de la théologie de l’alliance, ces textes décrivent un mouvement clair et structuré. Dieu promet la lumière à un peuple plongé dans les ténèbres (Isaïe). Cette lumière devient un sujet de confiance et d’attente confiante (Psaume). En Jésus-Christ, elle se manifeste réellement dans l’histoire (Évangile). Enfin, cette lumière appelle un peuple à vivre de manière cohérente avec ce qu’il a reçu, dans l’unité et la fidélité au Christ seul (Épître).
L’alliance n’est donc ni un souvenir du passé ni une abstraction spirituelle : elle est une relation vivante, inaugurée par Dieu, accomplie en Christ et vécue aujourd’hui dans l’Église.
Contenu de la page
Cette page rassemble l’ensemble des ressources liées aux textes du jour :
- Une exégèse attentive au contexte biblique, théologique et historique,
- une prédication structurée (introduction, trois points, conclusion),
- Une méditation courte accompagnée d’une prière,
- des propositions liturgiques (prières, psaumes et cantiques),
- Des outils pédagogiques pour l’appropriation personnelle et communautaire.
Libre de droit
L’ensemble de ces contenus est libre de droit pour un usage pastoral, liturgique, catéchétique ou pédagogique, dans le respect de leur intégrité et de leur finalité spirituelle. Vous pouvez mentionner l’auteur, ou non, selon l’usage et le contexte.
Voir aussi les pages :
Courte méditation
La méditation proposée sur le blog foedus.fr est volontairement courte. Elle s’appuie sur le texte de l’Évangile du jour (sauf indication contraire) et cherche à en faire ressortir une parole centrale, accessible et directement applicable à la vie quotidienne. Elle est accompagnée d’une prière simple, en écho au message biblique.
Cette méditation peut être reprise telle quelle ou adaptée librement. Elle se prête particulièrement bien à un usage personnel, pastoral ou à un partage sur les réseaux sociaux (Facebook, X, etc.), sous forme de copier-coller.
Ce texte est libre de droit. Vous pouvez citer l’auteur ou non, selon votre usage et votre contexte.
Jésus commence son ministère non pas à Jérusalem, mais en Galilée, région périphérique, méprisée, marquée par le mélange et l’instabilité. C’est là que la lumière promise par Ésaïe se lève. Dieu ne choisit pas les centres de prestige, mais les lieux obscurs où l’homme sait qu’il a besoin d’être éclairé.
La première parole de Jésus est simple et exigeante : « Repentez-vous, car le royaume des cieux s’est approché. » La conversion n’est pas d’abord une menace, mais une invitation. Si le royaume s’est approché, alors la vie peut changer maintenant. La lumière n’est pas lointaine, elle est proche.
Puis Jésus appelle. Il ne donne pas d’explication longue, il dit : « Suivez-moi. » Et certains laissent leurs filets. Ils n’ont pas tout compris, mais ils ont entendu l’essentiel. La lumière appelle à marcher, non à tout maîtriser.
Ce texte nous rejoint là où nous sommes. Dans nos habitudes, nos sécurités, nos obscurités parfois bien installées, le Christ passe encore. Il appelle à la conversion, non pour écraser, mais pour faire vivre. Il appelle à le suivre, non parce que nous sommes prêts, mais parce qu’il est fidèle.
Prière
Seigneur Jésus,
toi qui fais lever ta lumière dans nos ténèbres,
donne-nous un cœur disponible pour entendre ton appel.
Apprends-nous à laisser ce qui nous retient
et à te suivre avec confiance, même sans tout comprendre.
Que ta présence transforme aujourd’hui notre vie,
pour ta gloire et pour notre salut.
Amen.
Vincent Bru, 20 janvier 2026
Prédication
Les prédications proposées sur le blog foedus.fr suivent en principe une structure simple et éprouvée : une introduction, trois points développés, puis une conclusion. Cette progression vise à aider l’écoute, la compréhension et l’appropriation du message biblique, sans alourdir le propos ni perdre de vue l’essentiel.
Cette structure n’est ni obligatoire ni rigide. Elle constitue un cadre au service de la Parole, non une contrainte formelle. Vous pouvez reprendre cette prédication telle quelle, l’adapter à votre contexte, ou simplement vous en inspirer pour élaborer votre propre proclamation.
Ce texte est libre de droit et peut être utilisé, reproduit ou adapté pour un usage pastoral, liturgique ou pédagogique.
Introduction
Les textes bibliques de ce jour s’ouvrent par une promesse ancienne. Dans Isaïe 8.23b–9.3, le prophète annonce qu’une lumière se lèvera sur un peuple plongé dans les ténèbres. Là où règnent l’oppression, la peur et la confusion, Dieu promet une intervention décisive, capable de changer réellement l’histoire. Le Psaume 26(27) répond à cette promesse par une confession de foi personnelle : « L’Éternel est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je crainte ? » La lumière annoncée devient déjà une source de confiance et d’espérance pour celui qui attend Dieu.
L’Évangile selon Matthieu nous montre ensuite cette promesse en train de s’accomplir. Après l’arrestation de Jean-Baptiste, Jésus commence son ministère en Galilée. Matthieu souligne que ce déplacement n’est ni fortuit ni stratégique : il est théologique. Jésus agit précisément là où Isaïe situait l’attente de la lumière. La promesse devient chair, visible, agissante. Et cette lumière n’est pas seulement révélée : elle appelle à la conversion et au suivi du Christ. Enfin, dans 1 Corinthiens 1.10–13.17, l’apôtre Paul montre les conséquences concrètes de cette lumière pour l’Église : elle ne peut pas produire la division, mais l’unité autour du Christ seul.
Un même thème traverse ces textes : Dieu accomplit son alliance en faisant passer son peuple des ténèbres à la lumière, et cette lumière appelle une réponse concrète. Dans la théologie de l’alliance, il ne s’agit pas seulement d’une promesse répétée, mais d’une promesse tenue. Ce que Dieu avait annoncé par les prophètes, il le réalise en Jésus-Christ, et il en tire un peuple appelé à vivre autrement.
Nous sommes ici dans le temps après l’Épiphanie, ce temps liturgique où l’Église contemple la manifestation publique du Christ. Après avoir célébré sa naissance et sa révélation, il s’agit maintenant d’entendre son appel. Matthieu 4 n’est pas un récit parmi d’autres : c’est le commencement d’un ministère qui met en lumière ce que Dieu attend de ceux qu’il éclaire.
Ces textes résonnent fortement avec notre actualité. Nous vivons dans un monde traversé par les inquiétudes, les fractures, la perte de repères et les divisions, y compris au sein de l’Église. Beaucoup cherchent une lumière fiable, une direction claire, une parole qui ne trompe pas. L’Évangile de ce jour répond précisément à ce besoin : il annonce une lumière qui n’est ni idéologique ni illusoire, mais personnelle, vivante, et engageante. Le Christ n’éclaire pas de loin : il appelle à le suivre.
Comme le disait Augustin, en une formule qui demeure actuelle :
« Le Christ est venu comme lumière, afin que celui qui le suit ne demeure pas dans les ténèbres. »
Augustin, Tractatus in Ioannem, 34
La question qui se pose dès l’entrée est donc simple et décisive : si la lumière s’est levée, accepterons-nous de marcher à sa suite ?
Première partie
Premier point – La lumière se lève dans les ténèbres
Explication / exégèse
Matthieu situe délibérément le commencement du ministère de Jésus « en Galilée des nations ». Le texte grec parle de Γαλιλαία τῶν ἐθνῶν (Galilaia tōn ethnōn), expression chargée d’histoire : une région marquée par le mélange des peuples, culturellement méprisée, religieusement suspecte. Ce choix n’est pas accidentel. Matthieu y voit l’accomplissement explicite d’Isaïe 8.23b–9.1, cité juste avant l’appel des disciples.
La promesse s’énonce ainsi : « le peuple καθήμενος ἐν σκότει » (kathēmenos en skotei), « assis dans les ténèbres », « a vu une grande lumière » (φῶς μέγα, phōs mega). Le contraste est fort : l’humanité n’est pas seulement dans l’ombre, elle est installée, immobile, sans issue. Et la lumière ne vient pas d’un effort humain, mais d’une initiative divine.
Chez Matthieu, cette lumière n’est pas une idée ni une morale. Elle est une personne. Jésus n’apporte pas seulement une parole éclairante ; il est la présence de Dieu qui éclaire, révèle et sauve. Là où il vient, les ténèbres ne disparaissent pas par décret, mais elles sont mises en échec par sa venue. La grâce commence toujours par l’initiative de Dieu, jamais par la préparation de l’homme.
Éclairage archéologique
Les données archéologiques confirment cette marginalité galiléenne. La Galilée du Ier siècle est composée de petites villes, de villages de pêcheurs, éloignés du Temple et des grands centres religieux. Les synagogues y sont des lieux de lecture et d’enseignement, mais sans le prestige de Jérusalem. C’est pourtant dans cet espace périphérique que Jésus choisit d’agir d’abord. L’archéologie nous rappelle ainsi que l’Évangile ne naît pas dans les lieux de pouvoir, mais dans les marges, là où l’attente est réelle et la détresse palpable.
Témoignages théologiques
Un Père de l’Église, Jean Chrysostome, souligne ce paradoxe divin :
« Le Christ commence là où la misère est la plus grande, afin que nul ne désespère de la miséricorde de Dieu. »
Jean Chrysostome, Homélies sur Matthieu, Homélie XIV
Du côté des Réformateurs, Jean Calvin insiste sur cette initiative souveraine de la grâce :
« Dieu ne choisit pas les lieux les plus honorables, mais ceux où sa grâce peut être reconnue comme pure miséricorde. »
Jean Calvin, Commentaire sur l’Évangile selon Matthieu, Mt 4.12
Un théologien réformé contemporain, Michael Horton, résume cette logique de l’alliance :
« La lumière de l’Évangile ne répond pas à notre capacité, mais à notre besoin. »
Michael Horton, Introducing Covenant Theology
Illustration biblique
Cette dynamique traverse les autres textes du jour. Isaïe annonce la lumière précisément à un peuple écrasé. Le Psaume 26(27) ne nie pas la peur ni l’adversité, mais confesse : « L’Éternel est ma lumière et mon salut ». Et dans l’épître, Paul rappelle que cette lumière ne peut produire que l’unité : elle rassemble ce que les ténèbres divisent.
On retrouve la même logique dans les Actes des Apôtres : l’Évangile se propage d’abord dans les marges avant d’atteindre les centres. Dieu agit toujours à rebours des attentes humaines, afin que sa grâce soit reconnue comme telle.
Application
Ce premier point nous rejoint directement. Dieu n’attend pas que le monde soit prêt, ni que nos vies soient éclaircies, pour intervenir. Il entre dans nos obscurités telles qu’elles sont. Là où nous voyons confusion, échec ou marginalité, Dieu voit un lieu possible pour sa lumière.
La question n’est donc pas : sommes-nous dignes d’être éclairés ? Mais : accepterons-nous que la lumière de Dieu vienne là où nous sommes, sans conditions préalables ? Car la grâce commence toujours par une initiative divine, et elle transforme ensuite ceux qui consentent à l’accueillir.
Deuxième partie
Deuxième point – La lumière appelle à la conversion
Explication / exégèse
La première parole publique de Jésus est brève et sans détour :
« Repentez-vous, car le royaume des cieux s’est approché » (Matthieu 4.17).
Le verbe grec utilisé est μετανοεῖτε (metanoeite). Il ne désigne pas d’abord un sentiment de culpabilité ni une simple amélioration morale. Il signifie littéralement changer de pensée, changer de direction, opérer un retournement intérieur qui engage toute l’existence. La conversion biblique n’est pas cosmétique ; elle est relationnelle : quitter une manière de vivre sans Dieu pour entrer dans une vie orientée vers lui.
La raison de cet appel est tout aussi importante : « le royaume des cieux s’est approché » (ἤγγικεν, ēngiken). Le verbe est au parfait : le royaume est arrivé et demeure présent. La conversion n’est donc pas une condition préalable pour faire venir le règne de Dieu ; elle est la réponse à une initiative divine déjà donnée. Dieu s’approche le premier, et cette proximité rend le changement inévitable.
Ainsi comprise, la conversion n’est pas une menace, mais une conséquence logique : si Dieu s’approche réellement, la vie ne peut pas rester inchangée.
Éclairage archéologique
Dans le contexte galiléen du Ier siècle, l’annonce du « royaume » n’était pas abstraite. Les populations vivaient sous domination romaine, dans un climat de tensions sociales et religieuses. Beaucoup attendaient un bouleversement politique. Jésus reprend le langage de l’attente, mais en déplace radicalement le centre : le changement commence par le cœur, non par la révolte. La conversion qu’il appelle n’est pas une fuite du réel, mais la seule manière d’y entrer justement sous le règne de Dieu.
Témoignages théologiques
Du côté des Pères de l’Église, Origène exprime bien cette dynamique :
« Se convertir, c’est se tourner de ce qui passe vers Celui qui demeure. »
Origène, Homélies sur Matthieu, Homélie X
Jean Calvin souligne que la conversion découle de la grâce, et non l’inverse :
« La repentance n’est pas la cause pour laquelle Dieu nous reçoit, mais le fruit de la grâce par laquelle il nous a déjà reçus. »
Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, III.3.1
Un théologien réformé contemporain, Sinclair B. Ferguson, résume ainsi l’appel de Jésus :
« La conversion n’est pas l’entrée dans le royaume par nos efforts, mais l’ajustement de toute notre vie à une royauté déjà présente. »
Sinclair B. Ferguson, The Whole Christ
Illustration biblique
Cet appel à la conversion éclaire directement la deuxième lecture. À Corinthe, les divisions révèlent une Église qui a entendu l’Évangile, mais qui peine à en tirer toutes les conséquences. Paul ne leur reproche pas un manque d’activités religieuses, mais un manque de conversion réelle : ils se réclament du Christ tout en vivant selon des logiques de rivalité et d’orgueil.
Le contraste est frappant : là où la lumière est reçue, elle produit l’unité ; là où la conversion est refusée, même subtilement, la fragmentation demeure, parfois sous des apparences très pieuses.
On retrouve le même schéma dans l’histoire d’Israël : chaque fois que Dieu se rapproche de son peuple, il appelle à un retournement du cœur avant toute réforme extérieure.
Application
Ce point nous met face à une question essentielle : avons-nous compris que la conversion n’est pas un événement du passé, mais une attitude permanente ? Refuser la conversion, ce n’est pas toujours rejeter Dieu ouvertement ; c’est souvent continuer à vivre selon nos logiques anciennes tout en utilisant un langage religieux.
La lumière du Christ, lorsqu’elle est accueillie, appelle à l’unité, à l’humilité et à une fidélité renouvelée au Christ seul. Elle dérange nos habitudes, mais elle libère. Entrer dans cette conversion, c’est accepter que Dieu soit proche — et que cette proximité transforme réellement notre manière de vivre, de croire et de nous relier les uns aux autres.
Troisième partie
Troisième point – La lumière appelle et envoie
Explication / exégèse
Après l’annonce de la conversion, Matthieu montre immédiatement que la lumière du Christ n’est pas statique. Elle appelle et elle met en mouvement. Jésus s’adresse à des hommes ordinaires, « pêcheurs de métier ». Le texte grec est sobre : Δεῦτε ὀπίσω μου (Deute opisō mou), « Venez derrière moi ». Il ne s’agit pas d’une invitation intellectuelle, mais d’un appel relationnel et concret : marcher à la suite de quelqu’un, changer de direction, entrer dans une dépendance vivante.
Jésus ajoute : « ποιήσω ὑμᾶς » (poiēsō hymas), « je vous ferai ». L’appel contient déjà la promesse de la transformation. Les disciples ne deviennent pas pêcheurs d’hommes par leurs compétences, mais par l’action souveraine du Christ. La mission ne repose pas sur leurs capacités initiales, mais sur la parole qui les appelle.
Le geste est immédiat : « ils laissèrent leurs filets » (ἀφέντες τὰ δίκτυα). Le verbe aphiēmi signifie laisser, abandonner, relâcher. Ce n’est pas un mépris du travail, mais un acte de confiance. Ils ne comprennent pas encore tout, mais ils répondent. Dans l’Évangile, la foi précède toujours la compréhension.
Éclairage archéologique
Les données archéologiques sur la Galilée du Ier siècle confirment le caractère ordinaire de ces hommes. Les villages de pêcheurs autour du lac n’étaient ni riches ni prestigieux. La pêche était un travail dur, organisé, soumis à des taxes. Jésus ne choisit pas des marginaux désœuvrés, mais des hommes insérés dans une économie réelle. En les appelant, il ne les arrache pas à l’histoire : il leur donne une nouvelle finalité au cœur même du monde.
Témoignages théologiques
Chez les Pères de l’Église, Grégoire le Grand souligne la pédagogie du Christ :
« Le Seigneur choisit des pêcheurs pour faire de la pêche elle-même une image du salut. »
Grégoire le Grand, Homélies sur les Évangiles, I, 5
Jean Calvin insiste sur la puissance créatrice de l’appel :
« Le Christ, en appelant, ne demande pas ce que nous sommes capables de faire, mais il promet de nous rendre capables de ce qu’il ordonne. »
Jean Calvin, Commentaire sur l’Évangile selon Matthieu, Mt 4.19
Un théologien réformé contemporain, Christopher J.H. Wright, relie cet appel à la théologie de l’alliance :
« Dieu appelle un peuple pour sa mission avant même que ce peuple comprenne pleinement ce que cette mission implique. »
Christopher J.H. Wright, The Mission of God
Illustration biblique
Cette dynamique se retrouve dans les Actes des Apôtres. Les mêmes hommes, encore hésitants dans les Évangiles, deviennent des témoins courageux après la Pentecôte. Ce n’est pas leur personnalité qui change d’abord, mais leur place dans l’œuvre de Dieu. La lumière reçue devient lumière transmise.
On peut aussi relire la première lecture à cette lumière : Isaïe annonce une lumière qui se lève pour un peuple. Matthieu montre comment ce peuple commence à prendre forme : quelques hommes appelés, rassemblés, envoyés. L’alliance se déploie concrètement dans une communauté en marche.
Application
Ce troisième point nous rappelle que la conversion ne s’arrête pas à une transformation intérieure. Elle ouvre à une vocation. Suivre le Christ, ce n’est pas seulement croire juste, c’est marcher derrière lui et accepter d’être envoyé.
Dieu n’appelle pas des personnes idéales, mais des personnes disponibles. Il ne demande pas que tout soit compris d’avance, mais que la confiance soit réelle. La lumière que nous recevons n’est jamais pour nous seuls. Elle nous est donnée pour être transmise, selon notre place, notre vocation, notre fidélité quotidienne.
Entrer dans la logique de l’alliance, c’est accepter cette double grâce : être appelé par le Christ, et être envoyé par lui.
Conclusion
Nous avons commencé cette prédication en entendant une promesse ancienne : une lumière se lève pour un peuple qui marche dans les ténèbres. Et nous avons vu comment cette promesse s’accomplit concrètement en Jésus-Christ. Ce texte ne parle pas d’une lumière lointaine ou symbolique, mais d’une lumière entrée dans l’histoire, capable d’éclairer réellement des vies, une Église et un monde en quête de repères.
Le cœur de la prédication a répondu à ce thème de manière claire. D’abord, la lumière se lève là où on ne l’attend pas, dans les périphéries, au cœur des ténèbres, par pure initiative de Dieu. Ensuite, cette lumière appelle à la conversion : non par menace, mais parce que le royaume s’est approché, rendant le changement à la fois nécessaire et possible. Enfin, cette lumière ne garde pas pour elle ce qu’elle donne : elle appelle et elle envoie, transformant des hommes ordinaires en témoins de son œuvre.
Ces paroles rejoignent profondément notre actualité. Elles parlent à nos peurs, à nos divisions, à nos fatigues spirituelles, à notre besoin de sens, de paix et de joie véritables. Elles nous rappellent que Dieu n’attend pas que tout soit réglé pour agir, qu’il ne se lasse pas d’appeler, et qu’il continue de rassembler un peuple par sa grâce.
Alors la question demeure, simple et décisive : accepterons-nous de marcher dans cette lumière ? Non par nos propres forces, mais en nous laissant conduire par Celui qui l’a fait lever. Écoutons son appel, accueillons la conversion qu’il demande, et avançons à sa suite avec confiance. Car sans sa grâce nous ne pouvons rien faire, mais avec elle, la route s’ouvre, et la lumière qui nous appelle est aussi celle qui nous conduit.
Exégèse
La partie exégétique proposée sur le blog foedus.fr vise à éclairer les textes bibliques du jour de manière rigoureuse et accessible. Pour chaque texte, l’accent est porté à la fois sur le contexte immédiat et sur le contexte global de l’Écriture, afin d’en respecter la cohérence théologique et l’inscription dans l’histoire du salut.
L’analyse s’attache particulièrement aux mots hébreux et grecs les plus significatifs, lorsque cela est nécessaire pour comprendre le sens précis du texte. Elle s’enrichit également de l’apport des Pères de l’Église, des Réformateurs, ainsi que de la théologie réformée confessante contemporaine, afin de situer l’interprétation dans la continuité de la tradition chrétienne.
Lorsque cela éclaire utilement le passage étudié, des éléments d’archéologie biblique sont également intégrés, pour replacer le texte dans son cadre historique et culturel sans en faire un simple objet académique.
Cette approche cherche à servir à la fois la compréhension du texte et la foi de l’Église, en mettant l’exégèse au service de la proclamation et de la vie chrétienne.
La version de la Bible utilisée ici est la Bible Louis Segond, de 1978, version dite « A la Colombe ».
1re lecture (Bible hébraïque)
Esaïe 8.23 Mais les ténèbres ne régneront pas toujours Sur la terre où il y a maintenant des angoisses : Si un premier temps a rendu négligeables Le pays de Zabulon et le pays de Nephthali, Le temps à venir donnera de la gloire À la route de la mer, au-delà du Jourdain, Au territoire des nations. 9.1 Le peuple qui marche dans les ténèbres Voit une grande lumière ; Sur ceux qui habitent le pays de l’ombre de la mort Une lumière resplendit. 2Tu rends la nation nombreuse, Tu lui dispenses la joie. Elle se réjouit devant toi de la joie des moissons, Comme on pousse des cris d’allégresse au partage du butin. 3 Car le joug qui pesait sur elle, Le bâton qui frappait son dos, La massue de celui qui l’opprime, Tu les brises comme à la journée de Madian.
Introduction contextuelle
Ce passage se situe dans un moment de crise profonde pour Juda. Le royaume est menacé par l’expansion assyrienne, les territoires du Nord ont été humiliés, dévastés, annexés. Le peuple vit dans l’angoisse, la peur politique, la confusion spirituelle. Ésaïe annonce pourtant, au cœur même de cette nuit historique, une parole de rupture : les ténèbres n’auront pas le dernier mot. Ce texte est l’un des sommets messianiques de l’Ancien Testament, et Matthieu lira explicitement son accomplissement dans le ministère de Jésus en Galilée (Matthieu 4.12–16).
Exégèse du texte (hébreu et structure)
Le texte s’ouvre par une affirmation décisive : « Mais les ténèbres ne régneront pas toujours » (לֹא מוּעָף לַאֲשֶׁר מוּצָק לָהּ). L’expression nie toute fatalité historique. La souffrance n’est pas éternelle, l’oppression n’est pas absolue. Dieu fixe une limite au mal.
Les régions nommées — Zabulon et Nephtali — ne sont pas choisies au hasard. Elles correspondent aux premiers territoires conquis par l’Assyrie (VIIIe siècle av. J.-C.). Là où l’humiliation a commencé, la gloire commencera aussi. L’expression « Galilée des nations » (גְּלִיל הַגּוֹיִם) souligne le caractère mélangé, marginal, méprisé de cette région. Dieu choisit volontairement ce qui est déconsidéré pour y manifester sa gloire.
Le verset 9.1 concentre l’image centrale :
« Le peuple qui marche dans les ténèbres voit une grande lumière ».
Le verbe « marcher » (הַהֹלְכִים) indique une condition durable, non un instant passager. Le peuple vit dans les ténèbres comme dans un état normalisé. Et pourtant, la lumière surgit. Elle n’est pas produite par le peuple : elle est donnée.
L’expression « ombre de la mort » (צַלְמָוֶת) évoque une obscurité totale, existentielle, proche du chaos. La lumière qui « resplendit » (נָגַהּ) est une irruption divine, non progressive mais décisive.
Les versets 9.2–3 montrent les effets de cette lumière : multiplication du peuple, joie, liberté. La joie est comparée à deux expériences maximales : la moisson et la victoire. Dieu ne se contente pas d’alléger la souffrance, il la renverse.
La référence à « la journée de Madian » renvoie à Juges 7. La délivrance vient non par la force humaine, mais par l’intervention souveraine de Dieu. L’oppression est brisée, non négociée.
Sens théologique
Ce texte articule trois vérités fondamentales :
– Dieu voit la détresse réelle de son peuple ;
– Dieu agit dans l’histoire, à partir des marges ;
– Dieu sauve par une initiative souveraine, non par la puissance humaine.
La lumière promise n’est pas une amélioration progressive des conditions politiques, mais une intervention rédemptrice. C’est pourquoi ce texte est intrinsèquement messianique.
Lectures patristiques
Justin Martyr voit dans cette lumière l’annonce directe du Christ, venu précisément en Galilée, accomplissant littéralement la prophétie (Dialogue avec Tryphon).
Augustin interprète les ténèbres comme la condition universelle de l’humanité sans Dieu, et la lumière comme la grâce incarnée, donnée gratuitement à ceux qui ne pouvaient s’en extraire par eux-mêmes.
Lecture des Réformateurs
Jean Calvin insiste sur le caractère paradoxal de l’élection divine :
Dieu choisit les régions méprisées pour y faire resplendir sa gloire, afin que le salut soit reconnu comme venant de lui seul.
Pour Calvin, la mention de Madian souligne que « Dieu délivre son Église quand toute espérance humaine semble perdue ».
Apports de l’archéologie
Les annales assyriennes confirment la destruction précoce des territoires de Zabulon et Nephtali lors des campagnes de Tiglath-Piléser III (vers 732 av. J.-C.). Ces régions furent effectivement les premières plongées dans la détresse, ce qui rend la promesse d’Ésaïe historiquement audacieuse et théologiquement forte. La prophétie ne nie pas la catastrophe : elle la traverse.
Lien avec la théologie de l’alliance
Dans la théologie de l’alliance, ce texte affirme que Dieu reste fidèle à son peuple malgré l’infidélité et la ruine. L’alliance n’est pas annulée par l’exil ni par l’oppression. Elle est au contraire le lieu où Dieu manifeste sa grâce la plus éclatante. La lumière promise n’est pas conditionnée par la force du peuple, mais par la fidélité de Dieu à sa parole.
Ouverture christologique
Matthieu 4 affirme explicitement que cette lumière s’est levée en Jésus-Christ. Le ministère galiléen de Jésus n’est donc pas un choix tactique, mais l’accomplissement précis d’une promesse ancienne : là où les ténèbres avaient régné, Dieu a fait briller sa lumière.
Psaume
Voir Psautier : Psaume 27
2e lecture (Tradition des Apôtres)
1 Corinthiens 1.10 Je vous exhorte, frères, par le nom de notre Seigneur Jésus-Christ : tenez tous le même langage, qu’il n’y ait pas de divisions parmi vous, mais soyez en plein accord dans la même pensée et dans la même opinion. 11Car, mes frères, j’ai appris à votre sujet, par les gens de Chloé, qu’il y a des discordes parmi vous. 12J’entends par là que chacun de vous dit : Moi, je suis de Paul ! – et moi, d’Apollos ! – et moi, de Céphas ! – et moi, de Christ ! 13Christ est-il divisé ? Est-ce que Paul a été crucifié pour vous, ou bien est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? 17 Car Christ ne m’a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer l’Évangile, et cela sans la sagesse du langage, afin que la croix du Christ ne soit pas rendue vaine.
Introduction contextuelle
Ce passage ouvre la première grande section doctrinale et pastorale de l’épître. Paul s’adresse à une Église jeune, dynamique, mais profondément fracturée. Corinthe est une ville portuaire prospère, marquée par la compétition sociale, la recherche de prestige et l’éloquence rhétorique. Ces logiques du monde se sont infiltrées dans l’Église et ont déformé la compréhension même de l’Évangile. Paul commence donc non par une question morale, mais par une question ecclésiologique et christologique : qui est au centre ?
Exégèse du texte (grec et structure)
Paul ouvre par une exhortation solennelle : « Je vous exhorte » (παρακαλῶ, parakalō). Le terme désigne à la fois l’appel pressant et l’encouragement pastoral. L’autorité apostolique s’exerce ici sous la forme d’un appel fraternel, mais ferme.
L’expression « par le nom de notre Seigneur Jésus-Christ » n’est pas décorative. Dans la Bible, le nom désigne la personne elle-même et son autorité. Paul fonde donc l’unité non sur une stratégie communautaire, mais sur l’appartenance commune au Christ.
« Tenez tous le même langage » (τὸ αὐτὸ λέγητε). Paul ne réclame pas une uniformité de tempéraments ou de sensibilités, mais une confession commune. Le problème n’est pas la diversité, mais la division (σχίσματα), terme qui évoque une déchirure du tissu communautaire.
L’objectif est formulé positivement : « être ajustés ensemble » (κατηρτισμένοι), mot utilisé pour réparer des filets ou remettre en état un membre disloqué. L’unité est ici une restauration, non un nivellement.
Les versets 11–12 révèlent la cause concrète : les Corinthiens se définissent par des appartenances humaines. Paul, Apollos, Céphas deviennent des bannières identitaires. Même le groupe qui dit « moi, je suis du Christ » n’est pas épargné : il s’agit probablement d’un usage exclusif et orgueilleux du nom du Christ contre les autres.
La triple question du verset 13 est tranchante :
« Christ est-il divisé ? »
La réponse implicite est non. Toute division ecclésiale est donc une contradiction vivante de l’Évangile.
Le verset 17 recentre radicalement la perspective : Paul n’a pas été envoyé pour bâtir une clientèle spirituelle, mais pour annoncer l’Évangile. Et il précise : « sans sagesse de langage » (οὐκ ἐν σοφίᾳ λόγου). Il ne rejette pas l’intelligence, mais la rhétorique qui attire à soi plutôt qu’au Christ. La finalité est claire : ne pas « vider de sa puissance » (κενωθῇ) la croix du Christ. Dès que l’Église se structure autour d’hommes, de styles ou de performances, la croix est neutralisée.
Sens théologique
Paul affirme ici une vérité centrale : l’unité de l’Église est directement liée à la centralité de la croix. Les divisions ne sont pas seulement des problèmes relationnels ; elles sont des symptômes théologiques. Là où la croix est relativisée, l’homme devient le point de ralliement.
L’Église n’est pas une fédération de sensibilités, mais un corps rassemblé par un seul acte salvateur : la crucifixion du Christ pour nous.
Lectures patristiques
Jean Chrysostome souligne que Paul détruit toute hiérarchie humaine pour préserver la seigneurie exclusive du Christ. Selon lui, « se glorifier d’un homme dans l’Église, c’est déjà se détourner de la croix ».
Augustin voit dans ce passage une mise en garde contre l’orgueil spirituel : même invoquer le Christ peut devenir charnel si cela sert à se distinguer des autres plutôt qu’à s’unir à eux.
Lecture des Réformateurs
Jean Calvin insiste sur le lien indissoluble entre Évangile et unité :
pour lui, les divisions apparaissent dès que l’on transfère à des hommes ce qui revient au Christ seul. Il souligne aussi que la simplicité de la prédication n’est pas une faiblesse, mais une protection de la puissance de la croix.
Apports de l’archéologie et de l’histoire
Les fouilles de Corinthe montrent une société structurée par les réseaux de patrons, de disciples et d’écoles philosophiques. S’identifier à un maître était une manière de s’élever socialement. Paul s’oppose frontalement à cette logique : dans l’Église, le seul fondement identitaire légitime est le Christ crucifié.
Lien avec la théologie de l’alliance
Dans la théologie de l’alliance, Dieu se forme un peuple uni non par affinité, mais par rédemption. Le baptême ne rattache pas à un leader humain, mais à une mort et à une résurrection. L’alliance nouvelle n’est pas contractuelle ni factionnelle : elle est christocentrique.
Lien avec les autres textes du jour
Isaïe annonce une lumière qui rassemble un peuple brisé. Matthieu montre cette lumière appelant des disciples. Paul en tire la conséquence ecclésiale : ceux que la lumière a appelés ne peuvent plus vivre dans la division sans renier ce qu’ils ont reçu.
Évangile
Matthieu 4.12-23 Jésus à Capernaüm. Vocation de quatre disciples Mc 1.16-20 ; Lc 4.14-15 ; Jn 1.35-43 12 Lorsqu’il eut appris que Jean avait été livré, Jésus se retira dans la Galilée. 13Il quitta Nazareth, et vint demeurer à Capernaüm, situé près de la mer, aux confins de Zabulon et de Nephthali, 14afin que s’accomplisse la parole du prophète Ésaïe : 15 Terre de Zabulon et terre de Nephthali, Contrée voisine de la mer, au-delà du Jourdain, Galilée des païens ; 16 Le peuple assis dans les ténèbres, À vu une grande lumière, Et sur ceux qui étaient assis dans le pays Et dans l’ombre de la mort, Une lumière s’est levée . 17 Dès lors Jésus commença à prêcher et à dire : Repentez-vous car le royaume des cieux est proche. 18Au bord de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon appelé Pierre, et André, son frère, qui jetaient un filet dans la mer ; en effet ils étaient pêcheurs. 19Il leur dit : Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. 20Aussitôt, ils laissèrent les filets et le suivirent. 21En allant plus loin, il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, qui étaient dans une barque avec Zébédée, leur père, et qui réparaient leurs filets. 22Il les appela, et aussitôt ils laissèrent la barque et leur père, et le suivirent. 23 Jésus parcourait toute la Galilée, il enseignait dans les synagogues, prêchait la bonne nouvelle du royaume, et guérissait toute maladie et toute infirmité parmi le peuple.
Introduction contextuelle
Ce passage marque un tournant décisif dans l’Évangile selon Matthieu : le commencement effectif du ministère public de Jésus. Après le baptême et la tentation, Jésus entre dans l’histoire visible d’Israël. Le retrait en Galilée, suite à l’arrestation de Jean-Baptiste, n’est ni une fuite ni un repli stratégique, mais l’entrée assumée dans le temps de l’accomplissement. Matthieu relie explicitement cet événement à la prophétie d’Ésaïe 8.23–9.1, inscrivant d’emblée l’action de Jésus dans la continuité de l’alliance.
Exégèse du texte (grec et structure)
Le verset 12 s’ouvre par une donnée historique lourde : Jean « a été livré » (παρεδόθη). Le verbe paradidōmi annonce déjà, en filigrane, la Passion du Christ. Le ministère de Jésus commence sous le signe du rejet et de la souffrance, non du triomphe.
Jésus « se retira » (ἀνεχώρησεν) en Galilée. Chez Matthieu, ce verbe n’exprime pas la peur, mais l’obéissance au temps fixé par Dieu. La mission suit un calendrier divin.
Le choix de Capernaüm est théologiquement déterminant. Ville frontalière, carrefour commercial, située « aux confins de Zabulon et de Nephthali », elle incarne précisément l’espace humilié annoncé par Ésaïe. Matthieu souligne l’accomplissement (ἵνα πληρωθῇ) : ce qui était promis se réalise concrètement.
La citation d’Ésaïe oppose deux réalités :
– un peuple « assis dans les ténèbres » (καθήμενος ἐν σκότει), installé dans une condition de mort spirituelle ;
– une « grande lumière » (φῶς μέγα) qui se lève (ἀνέτειλεν), verbe utilisé pour le lever d’un astre. La lumière n’est pas allumée par l’homme : elle surgit de Dieu.
Au verset 17, Jésus commence à prêcher. Le contenu est central :
« Repentez-vous » (μετανοεῖτε) : changement radical de direction, retournement du cœur.
« Le royaume des cieux est proche » (ἤγγικεν) : parfait grec indiquant une proximité réelle et durable. Le règne de Dieu n’est plus attendu, il est présent.
Les versets 18–22 montrent immédiatement les effets de cette proclamation : l’appel des disciples. L’ordre « Suivez-moi » (Δεῦτε ὀπίσω μου) est bref, autoritaire, créateur. Jésus ne négocie pas, il appelle. Et sa promesse « je vous ferai » (ποιήσω ὑμᾶς) montre que la mission repose sur son action, non sur leurs compétences.
L’abandon immédiat des filets, de la barque et même du père souligne la radicalité de l’appel. Il ne s’agit pas d’un mépris du travail ou de la famille, mais d’une réorientation totale de la vie autour du Christ.
Le verset 23 résume le ministère de Jésus en trois verbes :
– enseigner (διδάσκων),
– proclamer (κηρύσσων),
– guérir (θεραπεύων).
La Parole et l’acte sont inséparables : le royaume annoncé est aussi manifesté.
Sens théologique
Ce texte articule révélation, conversion et mission. Jésus est la lumière promise, il appelle à une réponse personnelle, et il forme immédiatement un peuple pour prolonger son œuvre. Le salut n’est jamais individualiste : il est communautaire et missionnaire.
Lectures patristiques
Jean Chrysostome souligne que le Christ appelle des pêcheurs pour montrer que la puissance de l’Évangile ne dépend ni du rang ni du savoir, mais de la grâce divine.
Augustin voit dans l’abandon des filets l’image du renoncement aux anciennes sécurités pour entrer dans la vraie liberté.
Lecture des Réformateurs
Jean Calvin insiste sur le lien entre appel et transformation : le Christ n’appelle jamais sans équiper. Pour Calvin, « suivre le Christ » signifie entrer dans une obéissance vivante, soutenue par la promesse de Dieu lui-même.
Apports de l’archéologie
Les fouilles de Capernaüm confirment son importance au Ier siècle : synagogue, maisons de pêcheurs, activité commerciale intense. Le choix de cette ville montre que Jésus s’inscrit dans un monde réel, économique, socialement structuré. L’Évangile naît au cœur de la vie ordinaire.
Lien avec la théologie de l’alliance
Dans la théologie de l’alliance, Matthieu 4 montre Dieu fidèle à sa promesse malgré l’humiliation passée. Là où l’alliance semblait brisée (Galilée des nations), Dieu fait lever la lumière. Il appelle un peuple, non pour l’isoler, mais pour être signe vivant de son règne.
Lien avec les autres textes du jour
Isaïe annonce la lumière, Matthieu en montre l’accomplissement, Paul (1 Corinthiens 1) en tire la conséquence ecclésiale : un peuple uni autour du Christ crucifié.
Lecture typologique christologique approfondie – Matthieu 4.12–23
Cette lecture typologique ne cherche pas seulement à montrer que Jésus accomplit des prophéties, mais qu’il reprend, assume et dépasse toute l’histoire d’Israël en sa personne. Matthieu 4 n’est pas un simple récit de commencement : c’est une relecture christologique de l’histoire de l’alliance.
1. Jésus reprend l’histoire d’Israël là où elle semblait perdue
Typologiquement, la Galilée représente un lieu de rupture dans l’histoire d’Israël. Zabulon et Nephtali furent les premiers territoires humiliés par l’Assyrie. Ils incarnent l’échec, la dispersion, la compromission avec les nations.
En venant demeurer à Capernaüm, Jésus ne commence pas « ailleurs » :
il revient là où l’histoire s’est brisée.
Typologie majeure :
– Israël a été appelé à être lumière des nations (Ésaïe 42.6)
– Israël a failli
– Jésus reprend cette vocation en sa personne
Il est le véritable Israël, fidèle là où le peuple a été infidèle.
La lumière promise ne dépend plus de la fidélité du peuple, mais de la fidélité du Fils.
2. Jésus est la lumière incarnée, non seulement annoncée
Dans Ésaïe 9, la lumière est une promesse future.
Dans Matthieu 4, elle se lève.
Typologiquement, Jésus n’est pas seulement celui qui apporte la lumière :
il est la lumière.
Cela marque un basculement fondamental dans l’histoire du salut :
– auparavant, Dieu parlait par des prophètes
– désormais, Dieu parle en son Fils
La lumière n’est plus médiatisée par une institution (Temple, Loi, royauté),
elle est personnelle, incarnée, relationnelle.
Christologiquement, cela signifie que toute révélation désormais passe par la personne du Christ. Hors de lui, la lumière redevient ténèbres.
3. Jésus inaugure le Royaume comme nouvel Exode
L’appel à la conversion (« Repentez-vous ») n’est pas un appel moral isolé.
Typologiquement, il reprend la structure de l’Exode :
– oppression (ténèbres, joug, Madian)
– intervention divine
– appel à sortir
– constitution d’un peuple
Jésus proclame : « le royaume des cieux s’est approché ».
Autrement dit : le temps de la délivrance est arrivé.
Mais le nouvel Exode n’est pas géographique.
Il est spirituel et christologique.
On ne sort plus d’Égypte,
on sort de soi-même, de ses sécurités, de son ancien monde,
pour entrer dans une relation vivante avec le Christ.
4. Les disciples comme figures du peuple nouveau
L’appel des quatre pêcheurs est typologique.
Ils ne sont pas choisis pour ce qu’ils représentent individuellement,
mais pour ce qu’ils annoncent collectivement.
Ils sont :
– peu nombreux
– ordinaires
– sans autorité religieuse
– appelés par pure initiative du Christ
Typologie claire :
– comme les douze fils de Jacob formaient Israël
– ces premiers appelés annoncent la constitution du nouvel Israël
Le fait qu’ils soient pêcheurs n’est pas anecdotique :
Dieu transforme leur métier en mission.
Il ne détruit pas l’humain, il le réoriente.
Christologiquement, Jésus apparaît ici comme le nouveau Moïse, mais plus que Moïse :
– Moïse appelait au nom de Dieu
– Jésus appelle en son propre nom
5. La mission comme prolongement de l’incarnation
« Je vous ferai pêcheurs d’hommes » n’est pas une métaphore poétique.
C’est une déclaration théologique.
Typologiquement :
– ce que le Père fait par le Fils
– le Fils le poursuit par ceux qu’il appelle
La mission de l’Église n’est donc pas une initiative secondaire.
Elle est le prolongement de l’incarnation.
Christologiquement, cela signifie que :
– le Christ demeure l’unique lumière
– mais il choisit d’éclairer le monde à travers son corps
On retrouve ici l’unité avec 1 Corinthiens 1 :
diviser le corps, c’est obscurcir la lumière.
6. Synthèse typologique
Matthieu 4.12–23 présente Jésus comme :
– le véritable Israël
– la lumière incarnée
– le libérateur du nouvel Exode
– le fondateur du peuple de l’alliance nouvelle
– le Seigneur qui appelle, transforme et envoie
Tout converge vers une christologie forte :
le salut n’est ni une idée, ni une morale, ni une institution,
mais une personne qui marche, parle, appelle et rassemble.
Ouverture
Typologiquement, ce texte nous place à notre tour dans la scène.
La lumière s’est levée.
Le Royaume s’est approché.
L’appel a été lancé.
La question n’est plus : qui est Jésus ?
mais : qui devenons-nous lorsqu’il nous appelle ?
Outils pédagogiques
Matthieu 4.12–23 et les autres textes du jour
(Isaïe 8.23–9.3 ; Psaume 27 (26) ; 1 Corinthiens 1.10–13.17)
Objectif général
Aider à comprendre le mouvement biblique commun à ces textes – lumière → conversion → appel → unité → mission – et à en tirer des repères clairs pour la foi, la vie de l’Église et l’engagement personnel.
1) Questions ouvertes (réflexion personnelle ou en groupe)
- Pourquoi Dieu choisit-il la Galilée, région marginale et méprisée, pour commencer le ministère public de Jésus ?
- En quoi la « lumière » biblique est-elle différente d’une simple amélioration morale ou sociale ?
- Comment comprendre la conversion comme réponse à une initiative de Dieu, et non comme une performance humaine ?
- Que révèle l’appel des premiers disciples sur la manière dont Dieu forme son peuple ?
- Quel lien vois-tu entre la lumière annoncée par Isaïe, l’appel de Jésus et l’appel de Paul à l’unité de l’Église ?
2) Questions avec éléments de réponse (repères pédagogiques)
- Quel est le lien entre Isaïe 9 et Matthieu 4 ?
Élément de réponse : Isaïe annonce une lumière se levant sur les territoires humiliés de Zabulon et Nephtali. Matthieu montre que Jésus accomplit littéralement cette promesse en commençant son ministère en Galilée. - Pourquoi Jésus commence-t-il par appeler à la conversion ?
Élément de réponse : Parce que le royaume de Dieu est déjà proche. La conversion n’est pas une condition pour faire venir le royaume, mais la réponse à sa présence réelle. - Que signifie « suivre Jésus » dans ce texte ?
Élément de réponse : Ce n’est pas seulement croire un enseignement, mais entrer dans une relation vivante avec le Christ, accepter une réorientation concrète de la vie. - Pourquoi Paul relie-t-il l’Évangile à l’unité de l’Église ?
Élément de réponse : Parce que la lumière du Christ rassemble. Les divisions révèlent un déplacement du centre : on regarde à des hommes plutôt qu’au Christ crucifié.
3) Activité biblique guidée (15–20 minutes)
Travail en petits groupes (3–5 personnes)
Étape 1 – Lecture croisée
Lire successivement :
– Isaïe 8.23–9.3
– Matthieu 4.12–23
– 1 Corinthiens 1.10–13
Étape 2 – Repérage
Chaque groupe repère :
– ce que Dieu fait
– ce que Dieu promet
– ce qu’il demande à l’homme
Étape 3 – Mise en commun
Mettre en évidence le mouvement :
initiative de Dieu → réponse humaine → formation d’un peuple
4) Exercice de typologie biblique
But : montrer l’unité de l’Écriture.
Faire compléter le tableau suivant :
– Ténèbres
Isaïe : oppression, angoisse
Matthieu : Galilée des nations
Corinthe : divisions
– Lumière
Isaïe : promesse divine
Matthieu : Jésus présent
Corinthe : Christ crucifié
– Réponse attendue
Isaïe : joie et délivrance
Matthieu : conversion et suivi
Corinthe : unité et fidélité
5) Mise en situation pastorale
Scénario
Une communauté chrétienne est divisée par des préférences, des styles ou des figures humaines.
Question :
Comment Matthieu 4 et 1 Corinthiens 1 permettent-ils de relire cette situation à la lumière de l’Évangile ?
Objectif :
Passer d’une lecture psychologique du conflit à une lecture théologique.
6) Appropriation personnelle
Phrase à compléter (par écrit ou en partage) :
– « Aujourd’hui, la lumière du Christ éclaire dans ma vie… »
– « Un appel à la conversion que j’entends dans ces textes est… »
– « Un pas concret pour suivre le Christ cette semaine pourrait être… »
7) Prière guidée (courte, utilisable en groupe)
– Action de grâce pour la lumière donnée en Christ
– Confession pour nos résistances à la conversion
– Demande d’un cœur disponible à l’appel du Seigneur
– Intercession pour l’unité de l’Église et la fidélité à la mission
Objectif final
Ne pas seulement comprendre Matthieu 4 et les autres textes du jour, mais entrer dans leur dynamique :
accueillir la lumière, répondre par la conversion, marcher à la suite du Christ, et vivre ensemble comme un peuple appelé et envoyé par grâce.
Textes liturgiques
Liturgies – 3e dimanche après l’Épiphanie (Matthieu 4.12–23)
Prière d’ouverture
Seigneur notre Dieu,
toi qui fais lever ta lumière sur ceux qui marchent dans les ténèbres,
nous te rendons grâce pour Jésus-Christ,
lumière véritable venue éclairer ce monde.
Envoie sur nous ton Esprit,
afin que nous écoutions ta Parole avec foi,
que nous recevions l’appel à la conversion,
et que nous marchions humblement à la suite de ton Fils.
Par Jésus-Christ, notre Seigneur.
Amen.
Lecture de la Loi
Écoutez la volonté de Dieu pour nos vies :
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force,
et ton prochain comme toi-même. »
Cette Loi est sainte, juste et bonne.
Elle révèle la lumière de Dieu
et met en évidence nos ténèbres.
Confession des péchés
Seigneur,
nous confessons que nous préférons souvent l’ombre à la lumière.
Nous résistons à la conversion que tu demandes,
nous gardons nos habitudes plutôt que de te suivre.
Nous contribuons parfois aux divisions
là où tu nous appelles à l’unité.
Pardonne-nous pour notre manque de confiance,
relève-nous par ta grâce,
et renouvelle en nous le désir de marcher à ta suite.
Amen.
Annonce du pardon
Écoutez cette parole de grâce :
« Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière. »
Cette lumière, c’est Jésus-Christ.
À tous ceux qui se tournent vers lui,
Dieu accorde le pardon des péchés
et la vie nouvelle.
Recevez cette grâce avec reconnaissance
et vivez dans la paix du Seigneur.
Prière d’illumination
Esprit Saint,
toi qui as conduit Jésus au commencement de son ministère,
ouvre maintenant nos intelligences et nos cœurs.
Éclaire-nous par ta Parole,
délivre-nous de la familiarité incrédule,
et rends-nous disponibles à l’appel du Christ,
afin que nous portions du fruit pour la gloire de Dieu.
Amen.
Intercessions
Seigneur, nous te prions pour ton Église :
qu’elle marche dans ta lumière,
qu’elle renonce aux divisions,
et qu’elle rende un témoignage fidèle au Christ seul.
Nous te prions pour le monde,
souvent plongé dans la peur, la violence et la confusion.
Fais lever ta lumière sur ceux qui cherchent la paix,
et conduis les responsables des peuples sur des chemins de justice.
Nous te prions pour celles et ceux qui vivent dans l’épreuve,
dans la solitude, la maladie ou le découragement.
Que ta présence les relève
et que ton peuple soit un signe de ta compassion.
Nous te confions enfin nos propres vies,
nos choix, nos engagements et nos peurs.
Apprends-nous à te suivre chaque jour
dans la confiance et l’obéissance.
Par Jésus-Christ, notre Seigneur.
Amen.
Envoi
Allez dans la paix du Christ.
Marchez dans la lumière qui vous est donnée.
Suivez le Seigneur là où il vous appelle,
et que sa grâce vous accompagne
aujourd’hui et toujours.
Psaumes et cantiques
Psaumes
Psaume 27 – « L’Éternel est ma lumière et mon salut » (ARC 27)
Moment : après la 1re lecture ou après la confession des péchés
Justification : psaume directement lié aux textes du jour. Il fait le lien entre Isaïe 9 et Matthieu 4. La lumière promise devient confession de foi personnelle et communautaire.
Psaume 85 – « La bonté et la fidélité se rencontrent »
Moment : après l’annonce du pardon
Justification : psaume d’alliance. Il exprime la grâce qui précède la restauration et prépare l’appel à la conversion sans écrasement.
Psaume 40 – « J’ai mis mon espérance en l’Éternel »
Moment : avant la prédication
Justification : psaume messianique. Il exprime l’obéissance du Serviteur et éclaire l’appel du Christ à le suivre.
Cantiques (Arc-en-ciel)
ARC 220 – « Jésus, toi qui es la lumière »
Moment : chant d’entrée
Justification : plein temps de l’Épiphanie. Cantique christologique clair, confessant Jésus comme lumière venue dans le monde.
ARC 212 – « Ta parole est lumière »
Moment : prière d’illumination ou juste avant la prédication
Justification : met en valeur la Parole comme moyen par lequel la lumière du Christ atteint aujourd’hui l’Église.
ARC 224 – « Peuple de Dieu, marche joyeux »
Moment : après la prédication
Justification : lien direct avec Matthieu 4 et 1 Corinthiens 1. Le peuple appelé devient peuple en marche, rassemblé par le Christ.
ARC 230 – « O Jésus, ton Église t’attend »
Moment : envoi
Justification : cantique d’attente active et de mission. Il exprime l’Église appelée, envoyée et dépendante de la grâce.
Proposition de déroulement simple
Entrée : ARC 220 – Jésus, toi qui es la lumière
Après la 1re lecture : Psaume 26(27)
Après le pardon : Psaume 85
Avant la prédication : ARC 212 – Ta parole est lumière
Après la prédication : ARC 224 – Peuple de Dieu, marche joyeux
Envoi : ARC 230 – O Jésus, ton Église t’attend

Laisser un commentaire