Le Christ à Nazareth

3e dimanche après l’Épiphanie – Année C : La Parole accomplie aujourd’hui (Luc 4.14–21)

Intro générale – Textes du jour

Introduction générale – Textes du jour

Les textes bibliques proposés pour ce jour forment un ensemble profondément cohérent. Ils ne sont pas juxtaposés au hasard : chacun éclaire les autres et conduit le lecteur vers une même affirmation centrale : Dieu parle, Dieu accomplit, Dieu rassemble son peuple par sa Parole vivante.

Rappel des textes du jour
Néhémie 8.2–4a, 5–6, 8–10
Psaume 19
1 Corinthiens 12.12–30
Luc 4.14–21

Dans Livre de Néhémie 8, le peuple revenu d’exil redécouvre la Loi de Dieu lue, expliquée et comprise. La Parole est restauratrice : elle révèle le péché, mais elle ouvre surtout à la joie, car Dieu n’a pas abandonné son alliance.
Le Livre des Psaumes 19 répond à cette lecture en célébrant la Parole parfaite de l’Éternel : elle éclaire, elle réjouit, elle fait vivre.
Dans Première épître aux Corinthiens 12, l’apôtre Paul montre ce que devient un peuple qui reçoit cette Parole accomplie : un seul corps, animé par un seul Esprit, où chaque membre a sa place.
Enfin, dans Évangile selon Luc 4, Jésus proclame que cette Parole, longtemps promise et proclamée, est désormais accomplie « aujourd’hui » en sa personne.

Thème général
La Parole de Dieu proclamée, accomplie et vécue aujourd’hui

Place dans l’année liturgique
Ces textes s’inscrivent dans le temps après l’Épiphanie. Après avoir célébré la venue du Christ et sa manifestation au monde, l’Église contemple maintenant le début de son ministère public. Jésus ne se révèle pas d’abord par des actes spectaculaires, mais par une lecture d’Écriture et une déclaration décisive : Dieu agit maintenant. L’Épiphanie devient ainsi une épiphanie de la Parole.

Couleur liturgique
Vert
Couleur de la croissance et de la vie, elle souligne que la grâce reçue porte du fruit dans la durée. La Parole accomplie appelle une maturation, une persévérance et une obéissance quotidiennes.

Lecture dans la théologie de l’alliance
Dans la perspective de l’alliance, ces textes décrivent un mouvement clair : Dieu parle à son peuple, il accomplit ses promesses en Christ, puis il forme une communauté vivante par l’Esprit. L’alliance n’est pas seulement rappelée par la Loi (Néhémie), ni seulement chantée (Psaume), ni seulement organisée (Corinthiens)  : elle est incarnée en Jésus-Christ. Les promesses faites à Israël trouvent leur réalité en une personne, et cette réalité devient effective là où la Parole est reçue par la foi.

Contenu de la page
Cette page propose une lecture complète et cohérente des textes du jour :
– une introduction théologique générale,
– une exégèse approfondie du texte de l’Évangile,
– une prédication structurée,
– des outils pédagogiques pour l’appropriation personnelle et communautaire,
– des propositions liturgiques (prières, psaumes et cantiques),
le tout au service d’un objectif unique : aider à entendre aujourd’hui la Parole vivante de Dieu et à y répondre dans la foi et l’obéissance.

Libre de droit
L’ensemble des contenus proposés sur cette page est libre de droit pour un usage pastoral, liturgique, catéchétique ou pédagogique, dans le respect de leur intégrité et de leur finalité spirituelle. Vous pouvez citer l’auteur ou non, selon votre usage et votre contexte.

Voir aussi les pages :


Courte méditation

La méditation proposée sur le blog foedus.fr est volontairement courte. Elle s’appuie sur le texte de l’Évangile du jour (sauf indication contraire) et cherche à en faire ressortir une parole centrale, accessible et directement applicable à la vie quotidienne. Elle est accompagnée d’une prière simple, en écho au message biblique.

Cette méditation peut être reprise telle quelle ou adaptée librement. Elle se prête particulièrement bien à un usage personnel, pastoral ou à un partage sur les réseaux sociaux (Facebook, X, etc.), sous forme de copier-coller.

Ce texte est libre de droit. Vous pouvez citer l’auteur ou non, selon votre usage et votre contexte.


Jésus entre dans la synagogue de Nazareth, lieu familier, ordinaire, presque banal. Il lit un texte connu, attendu, espéré. Puis il s’arrête et prononce une phrase qui bouleverse tout : « Aujourd’hui, cette parole est accomplie pour vous qui l’entendez. » Le salut n’est plus seulement promis, il est présent. Le temps de l’attente bascule dans le temps de l’accomplissement.

L’erreur serait de croire que cet « aujourd’hui » n’appartient qu’au passé. Il traverse le temps. Là où le Christ est annoncé fidèlement, là où sa Parole est reçue avec foi, l’aujourd’hui de Dieu demeure. La liberté proclamée n’est pas d’abord politique ou sociale, mais spirituelle : délivrance du péché, ouverture des yeux aveugles, relèvement de ceux qui ploient sous le poids du monde et de leur propre cœur.

Ce texte nous met à l’épreuve. Écoutons-nous encore la Parole comme une voix vivante, ou comme un texte ancien que nous maîtrisons trop bien ? Acceptons-nous que Dieu parle aujourd’hui, et non seulement hier ? La foi véritable commence lorsque nous cessons de regarder l’Écriture de loin, et que nous acceptons qu’elle s’accomplisse devant nous… Et sur nous.

Prière
Seigneur Jésus-Christ,
ouvre nos oreilles pour entendre ta voix aujourd’hui.
Délivre-nous de la routine spirituelle et de la surdité du cœur.
Que ta Parole nous relève, nous éclaire et nous rende libres,
afin que toute notre vie témoigne que le temps du salut est venu.
Amen.

Vincent Bru, 20 janvier 2026


Prédication

Les prédications proposées sur le blog foedus.fr suivent en principe une structure simple et éprouvée : une introduction, trois points développés, puis une conclusion. Cette progression vise à aider l’écoute, la compréhension et l’appropriation du message biblique, sans alourdir le propos ni perdre de vue l’essentiel.

Cette structure n’est ni obligatoire ni rigide. Elle constitue un cadre au service de la Parole, non une contrainte formelle. Vous pouvez reprendre cette prédication telle quelle, l’adapter à votre contexte, ou simplement vous en inspirer pour élaborer votre propre proclamation.

Ce texte est libre de droit et peut être utilisé, reproduit ou adapté pour un usage pastoral, liturgique ou pédagogique. Vous pouvez citer l’auteur ou non, selon votre usage et votre contexte.

Introduction

Luc place cet épisode au début du ministère public de Jésus comme un texte-programme. Ce n’est pas un sermon parmi d’autres, c’est le sermon inaugural. Jésus revient en Galilée « dans la puissance de l’Esprit », acclamé, reconnu… Jusqu’au moment où il parle clairement. La scène est sobre, liturgique, presque ordinaire. Et pourtant, tout se joue ici. Ce texte nous oblige à répondre à une question décisive : que faisons-nous quand Dieu parle au présent ?

Les textes de ce jour forment une unité étonnamment cohérente. Dans Néhémie 8, le peuple revenu d’exil se rassemble pour écouter la Loi de Dieu lue, expliquée, comprise. La Parole est proclamée au milieu d’un peuple fragile, encore marqué par la ruine, mais appelé à la joie parce que Dieu lui parle de nouveau. Le Psaume 19 répond en célébrant cette Parole : elle éclaire, elle restaure l’âme, elle réjouit le cœur. Puis, dans l’Évangile, Jésus se lève à Nazareth et affirme que cette Parole n’est plus seulement proclamée ou méditée : elle est accomplie. Enfin, l’épître (1 Corinthiens 12) montre ce que devient un peuple qui reçoit cette Parole accomplie : un corps vivant, uni dans la diversité, animé par un seul Esprit.

Un même fil traverse ces textes : Dieu se lie à son peuple par sa Parole, et cette alliance n’est ni abstraite ni figée. Elle est proclamée, reçue, vécue, puis incarnée en Jésus-Christ. Dans la théologie de l’alliance, nous ne passons pas d’un Dieu de la Loi à un Dieu de la grâce, mais d’une promesse annoncée à une promesse accomplie. Luc 4 marque précisément ce basculement : ce que Dieu avait promis, il le réalise maintenant, dans l’histoire, en une personne.

Le contexte liturgique est décisif. En ce temps après l’Épiphanie, l’Église contemple la manifestation publique du Christ. Après Noël, après le baptême, après la tentation, Jésus parle. Il se révèle non par un miracle spectaculaire, mais par une lecture d’Écriture et une phrase sobre : « Aujourd’hui, cette Écriture est accomplie. » L’Épiphanie n’est pas seulement une lumière vue, c’est une Parole entendue.

Ces textes rejoignent directement notre actualité. Nous vivons dans un monde saturé de discours, mais pauvre en paroles fiables. Beaucoup cherchent des repères, une cohésion, une espérance crédible. D’autres sont fatigués, désabusés, captifs d’angoisses diffuses ou d’un sentiment d’impuissance. À Nazareth, Jésus s’adresse précisément à ceux qui sont pauvres, brisés, aveugles, opprimés. Il ne commence pas par accuser, mais par annoncer une grâce réelle, présente, offerte maintenant. Ce n’est pas une fuite hors du monde, mais une réponse à ses blessures les plus profondes.

Le besoin fondamental auquel répond ce texte est celui-ci : entendre que Dieu agit aujourd’hui, et pas seulement hier. Que l’alliance n’est pas un souvenir religieux, mais une réalité vivante. Que le salut n’est pas reporté à plus tard, mais proclamé au présent. Et que cette Parole, lorsqu’elle est reçue, reconfigure un peuple entier.

Irénée de Lyon l’exprimait déjà avec force :
« L’année agréable du Seigneur, c’est le temps présent, inauguré par la venue du Christ et qui s’étend jusqu’à la consommation. »
Irénée de Lyon, Contre les hérésies, II, 22, 2

La question est donc posée dès l’entrée : si Dieu parle aujourd’hui, si sa Parole s’accomplit maintenant, que faisons-nous de cette voix qui nous rejoint au cœur même de notre temps ?


Première partie

Premier point – Le Messie s’inscrit dans l’histoire réelle

Explication / exégèse

Luc souligne un détail en apparence anodin mais théologiquement décisif : Jésus entre dans la synagogue « selon sa coutume » (κατὰ τὸ εἰωθός). Le terme grec indique une habitude stable, enracinée. Le Messie ne surgit pas comme un révolutionnaire religieux détaché de toute tradition. Il s’inscrit dans la vie cultuelle ordinaire d’Israël. La révélation de Dieu passe par des formes héritées, imparfaites mais assumées.

Luc précise ensuite que Jésus agit « dans la puissance de l’Esprit » (ἐν τῇ δυνάμει τοῦ Πνεύματος). Il ne s’agit pas d’une exaltation intérieure ou d’un enthousiasme passager, mais d’une puissance divine objective, déjà reçue au baptême (Luc 3) et éprouvée dans la tentation (Luc 4.1–13). L’Esprit ne l’arrache pas à l’histoire, il l’y envoie.

La citation d’Ésaïe commence par une affirmation centrale : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint » (ἔχρισέν με). Le verbe χρίω renvoie directement à l’onction royale, sacerdotale et prophétique. Jésus se présente comme le Messie total, celui en qui convergent et s’achèvent les trois grandes figures de l’Ancien Testament. Les institutions anciennes annonçaient, figuraient, espéraient ; lui accomplit.

Enfin, « l’année de grâce du Seigneur » renvoie au jubilé (Lévitique 25)  : libération, restauration, retour à une juste place. Ce n’est pas un symbole vague, mais un acte historique de Dieu dans le temps.

Témoignages patristiques

Irénée de Lyon insiste sur la portée historique de cet accomplissement :

« L’année agréable du Seigneur n’est pas un temps figuratif, mais le temps présent, inauguré par la venue du Christ et qui s’étend jusqu’à la fin. »
Irénée de Lyon, Contre les hérésies, II, 22, 2

Pour Irénée, avec le Christ, l’histoire ne tourne plus à vide : elle est orientée, portée, assumée par Dieu lui-même.

Cyrille d’Alexandrie souligne que l’onction du Christ ne l’éloigne pas du réel, mais l’y engage pleinement :

« Il reçoit l’onction non pour être séparé des hommes, mais pour les relever et les restaurer. »
Cyrille d’Alexandrie, Commentaire sur Luc, sermon sur Luc 4.18

Lectures des Réformateurs

Jean Calvin est très attentif à l’enracinement historique du Christ :

« Le Christ n’a pas méprisé les exercices ordinaires de la piété, afin que personne ne se figure qu’il est permis de se détourner du culte légitime sous prétexte de spiritualité. »
Jean Calvin, Commentaire sur l’harmonie des Évangiles, Luc 4.16

Sur l’onction, Calvin ajoute :

« En se disant oint de l’Esprit, il déclare être le Médiateur promis, en qui tout ce que la Loi et les Prophètes annonçaient trouve sa vérité. »
Même ouvrage, Luc 4.18

La grâce ne flotte pas au-dessus de l’histoire : elle y descend.

Théologiens réformés contemporains

Sinclair B. Ferguson résume avec justesse la portée de ce passage :

« Jésus ne proclame pas un programme abstrait ; il déclare que l’histoire du salut atteint ici son point de bascule. »
Sinclair B. Ferguson, The Holy Spirit, IVP

Michael Horton souligne le lien entre alliance et incarnation :

« L’alliance n’est pas une idée, mais une action de Dieu dans le temps, culminant dans la personne du Christ. »
Michael Horton, Introducing Covenant Theology, Baker Academic

Illustration biblique

Ce que Jésus fait à Nazareth rappelle directement Néhémie 8. Le peuple revenu d’exil se rassemble pour écouter la Loi lue et expliquée. Dieu agit alors non par un prodige spectaculaire, mais par une Parole comprise et reçue. De même, à Nazareth, Dieu ne parle pas par le tonnerre, mais par une lecture d’Écriture et une phrase simple. Dans les deux cas, l’alliance se manifeste dans l’ordinaire du culte.

On peut aussi penser aux Actes des Apôtres : l’Esprit ne supprime pas les synagogues, le Temple, les routes, les villes. Il en fait des lieux de mission. La fidélité précède la nouveauté.

Application

La foi chrétienne n’est pas une échappée hors du réel. Dieu agit dans le temps, dans des lieux précis, à travers des cadres parfois fragiles mais assumés. Mépriser l’ordinaire, c’est souvent refuser la manière dont Dieu choisit d’agir. Le Christ nous apprend que la vraie puissance de l’Esprit ne consiste pas à fuir l’histoire, mais à y demeurer fidèlement, jusqu’à l’accomplir.


Deuxième partie

Deuxième point – Une grâce proclamée avant le jugement

Explication / exégèse

Jésus lit Ésaïe 61.1–2, mais Luc note avec précision qu’il s’arrête avant l’expression : « le jour de vengeance de notre Dieu ». Cette omission n’est ni accidentelle ni liturgique. Elle est théologique. Jésus choisit délibérément ce qu’il proclame, et donc ce qu’il ne proclame pas encore.

Le cœur du texte est l’expression : « pour proclamer une année de grâce du Seigneur ». Le mot grec traduit par « grâce » est δεκτός (dektos), qui signifie « favorable », « accueilli », « agréé ». Il désigne un temps ouvert, offert, rendu accessible par Dieu. Jésus ne parle pas d’un futur lointain, mais d’un temps présent inauguré par sa venue.

Les bénéficiaires nommés confirment cette lecture. Les « pauvres » (πτωχοί) ne sont pas simplement des indigents économiques, mais ceux qui sont radicalement démunis, dépendants. Les « captifs » (αἰχμάλωτοι) désignent ceux qui sont pris, liés, incapables de se libérer eux-mêmes. Les « aveugles » (τυφλοί) renvoient autant à l’incapacité spirituelle qu’à la cécité physique. Les « opprimés » (τεθραυσμένους) sont littéralement « brisés », écrasés intérieurement.

Jésus dresse ainsi un diagnostic spirituel universel. Il ne flatte pas l’homme, il le décrit tel qu’il est devant Dieu. La grâce qu’il proclame n’est pas une récompense, mais une nécessité vitale.

Éclairage archéologique

Le cadre synagogal renforce cette lecture. Dans les synagogues du Ier siècle, la lecture de la Torah et des Prophètes visait non seulement la mémoire, mais l’actualisation. Lire Ésaïe, c’était entendre une parole adressée au présent de la communauté. Le silence qui suit la lecture (Luc 4.20) correspond à l’attente d’une interprétation autorisée. Lorsque Jésus déclare que l’Écriture est accomplie, il assume une autorité que personne d’autre ne revendiquait ainsi.

Les découvertes de synagogues galiléennes contemporaines (comme à Magdala) confirment que ces lieux étaient des espaces d’enseignement, de discernement communautaire, et non de simple récitation. Jésus n’y annonce pas une idée nouvelle, mais une réalisation décisive.

Témoignages théologiques

Jean Calvin voit dans cette omission du jugement un ordre voulu par Dieu :

« Le Seigneur appelle avant de frapper, il offre la grâce avant de révéler la rigueur du jugement. »
Jean Calvin, Commentaire sur l’harmonie des Évangiles, Luc 4.21

Calvin ajoute que refuser cette grâce rend l’homme plus coupable encore, car il méprise une miséricorde offerte ouvertement.

Du côté des Pères, Augustin souligne ce même ordre divin :

« Le Christ est venu d’abord comme médecin avant de venir comme juge. »
Augustin, Sermon 299

Un théologien réformé contemporain, Sinclair B. Ferguson, résume cette dynamique ainsi :

« La grâce n’annule pas le jugement ; elle le précède, afin que le pécheur puisse être sauvé avant d’être condamné. »
Sinclair B. Ferguson, The Whole Christ

Illustration biblique

Ce mouvement apparaît déjà dans Néhémie 8. Le peuple pleure en entendant la Loi, conscient de sa faute et de sa misère. Mais les lévites les arrêtent : « Ne soyez pas dans la tristesse, car la joie de l’Éternel est votre force. » La Loi révèle la faute, mais Dieu commence par relever le peuple avant de lui demander de vivre dans l’obéissance.

De même, dans les Actes des Apôtres, Pierre annonce d’abord le pardon des péchés avant d’évoquer l’appel à la repentance et à la conversion. L’ordre est constant : grâce d’abord, transformation ensuite.

Application

Il existe un ordre divin qu’il est dangereux d’inverser. Annoncer la loi sans la grâce écrase et désespère. Annoncer une grâce sans vérité trompe et endort. Jésus commence par libérer, afin que l’homme puisse entendre ensuite l’exigence de Dieu. Refuser cette grâce n’annule pas le jugement ; cela le rend plus redoutable encore, parce qu’il aura été précédé d’un appel clair et patient de Dieu.


Troisième partie

Troisième point – « Aujourd’hui » : la Parole qui exige une réponse

Explication / exégèse

Tout le passage culmine sur un seul mot, bref mais décisif : « Aujourd’hui » (σήμερον). Luc lui donne un poids théologique considérable. Jésus ne dit pas : « Cette Écriture s’accomplira », ni même « elle commence à s’accomplir », mais : « elle est accomplie » (πεπλήρωται). Le verbe grec est au parfait passif : l’action est achevée et ses effets demeurent. Ce que Dieu promettait est désormais une réalité stable, présente, irréversible.

Chez Luc, σήμερον est un mot-clé de l’histoire du salut. Il marque toujours l’irruption décisive de la grâce dans le présent : « Aujourd’hui, il vous est né un Sauveur » (Luc 2.11)  ; « Aujourd’hui, le salut est entré dans cette maison » (Luc 19.9). Le salut n’est jamais une idée générale ni une espérance abstraite : il s’adresse à des auditeurs concrets, à un moment précis.

L’accomplissement n’est donc pas seulement christologique, il est aussi existentiel. La Parole est accomplie en Christ objectivement, mais elle devient jugement ou salut subjectivement selon la réponse qu’elle reçoit. L’écoute n’est jamais neutre.

Éclairage archéologique

Dans le cadre synagogal du Ier siècle, cette déclaration est sans précédent. Les maîtres d’Israël commentaient l’Écriture, l’actualisaient parfois, mais aucun ne disait : « Cette Écriture est accomplie en moi, maintenant. » Le silence tendu décrit par Luc correspond à une attente normale après la lecture, mais la phrase de Jésus dépasse radicalement les usages. Elle ne propose pas une interprétation parmi d’autres, elle exige une prise de position immédiate.

Cette autorité explique la réaction violente qui suivra. L’archéologie confirme que les synagogues étaient des lieux de discernement communautaire : une parole aussi radicale ne pouvait qu’entraîner adhésion ou rejet.

Témoignages théologiques

Augustin développe ici sa célèbre notion du Christus totus :

« Le Christ total est la tête et le corps. Ce qui s’est accompli en la tête doit aussi s’accomplir dans les membres. »
Augustin, Sermon 341

Pour Augustin, l’Écriture s’accomplit pleinement lorsque le Christ est reçu par la foi et qu’il forme un peuple vivant. L’accomplissement est réel, mais il engage ceux qui l’entendent.

Jean Calvin est particulièrement sévère sur ce point :

« Il n’y a rien de plus dangereux que d’être trop accoutumé à l’Évangile, car ceux qui pensent le connaître sans y croire s’endurcissent davantage que les ignorants. »
Jean Calvin, Commentaire sur l’harmonie des Évangiles, Luc 4.21

Nazareth n’est pas condamnée pour ignorance, mais pour fausse familiarité.

Un théologien réformé contemporain, R.C. Sproul, formule la même idée avec netteté :

« Le mot « aujourd’hui » élimine toute neutralité. Devant le Christ, l’homme ne peut pas remettre sa réponse à plus tard. »
R.C. Sproul, St. Andrew’s Expositional Commentary : Luke

Illustration biblique

Ce principe éclaire les autres textes du jour. Dans Néhémie 8, la Parole lue provoque d’abord des larmes, puis une décision : se réjouir et vivre autrement. Dans 1 Corinthiens 12, Paul s’adresse à des croyants déjà baptisés, mais qui doivent encore entendre aujourd’hui ce que signifie être le corps du Christ. La Parole reçue autrefois doit continuer à produire ses effets dans le présent.

Dans l’histoire de l’Église, les grands réveils ne commencent jamais par des innovations spectaculaires, mais par une redécouverte de cette urgence : Dieu parle maintenant, et il faut répondre.

Application

Le plus grand danger spirituel n’est pas l’hostilité déclarée, mais la familiarité incrédule. On peut fréquenter l’Église, connaître le langage biblique, reconnaître Jésus comme figure religieuse, et pourtant refuser qu’il parle aujourd’hui. Le Christ n’est jamais seulement un souvenir, une tradition ou un repère culturel. Il est vivant. Et lorsqu’il parle au présent, il appelle une réponse réelle, immédiate, engageante. Refuser cette parole n’est pas rester neutre : c’est déjà se fermer à l’accomplissement qu’elle annonce.


Conclusion

Nous avons commencé cette prédication par une question simple et exigeante : que faisons-nous lorsque Dieu parle au présent ? Luc 4 nous a accompagnés jusqu’au bout pour y répondre. Ce texte, placé au seuil du ministère public de Jésus, n’est pas un récit du passé mais une parole adressée aujourd’hui à l’Église.

Nous avons vu d’abord que le Messie s’inscrit dans l’histoire réelle. Jésus ne méprise ni l’ordinaire ni les cadres hérités. Il entre dans la synagogue, il lit l’Écriture, il assume le temps, le lieu, la communauté. Dieu agit dans le concret, et c’est là que la foi est appelée à s’enraciner.

Nous avons ensuite entendu que Jésus proclame une grâce avant le jugement. Le jugement existe, il viendra, mais Jésus commence par annoncer une année de grâce. Il regarde l’humanité telle qu’elle est : pauvre, liée, aveugle, brisée. Et il vient non pour écraser, mais pour libérer. La grâce n’est pas une option spirituelle ; elle est une nécessité vitale.

Enfin, tout a convergé vers ce mot décisif : « Aujourd’hui ». La Parole n’est pas seulement vraie en elle-même, elle exige une réponse. Elle devient salut ou endurcissement selon l’accueil qui lui est fait. Le danger n’est pas d’être hostile, mais de croire connaître sans écouter, d’être familier sans obéir.

Ces paroles rejoignent profondément notre temps. Beaucoup cherchent une parole fiable, une espérance solide, une joie qui ne s’effondre pas au premier choc, une paix qui ne soit pas une fuite. D’autres portent des peurs, des fatigues, des blessures silencieuses. À tous, Jésus ne propose ni une idéologie ni une échappatoire, mais sa présence vivante et agissante. Une Parole qui relève, qui unit, qui donne sens.

La théologie de l’alliance éclaire tout cela : Dieu ne se contente pas de rappeler ses promesses, il les accomplit en une personne. L’alliance est incarnée. Et là où le Christ est reçu par la foi, aujourd’hui encore, la Parole s’accomplit réellement.

Alors l’appel est clair. N’endurcissons pas nos cœurs. Ne remettons pas à demain ce que Dieu dit aujourd’hui. Accueillons le Christ tel qu’il se donne, avec confiance et obéissance. Et recevons cette parole de grâce : ce que Dieu demande, il le donne aussi. Sans sa grâce nous ne pouvons rien faire, mais avec elle, une vie nouvelle commence — aujourd’hui.


Exégèse

La partie exégétique proposée sur le blog foedus.fr vise à éclairer les textes bibliques du jour de manière rigoureuse et accessible. Pour chaque texte, l’accent est porté à la fois sur le contexte immédiat et sur le contexte global de l’Écriture, afin d’en respecter la cohérence théologique et l’inscription dans l’histoire du salut.

L’analyse s’attache particulièrement aux mots hébreux et grecs les plus significatifs, lorsque cela est nécessaire pour comprendre le sens précis du texte. Elle s’enrichit également de l’apport des Pères de l’Église, des Réformateurs, ainsi que de la théologie réformée confessante contemporaine, afin de situer l’interprétation dans la continuité de la tradition chrétienne.

Lorsque cela éclaire utilement le passage étudié, des éléments d’archéologie biblique sont également intégrés, pour replacer le texte dans son cadre historique et culturel sans en faire un simple objet académique.

Cette approche cherche à servir à la fois la compréhension du texte et la foi de l’Église, en mettant l’exégèse au service de la proclamation et de la vie chrétienne.

La version de la Bible utilisée ici est la Bible Louis Segond, de 1978, version dite « A la Colombe ».

1re lecture (Bible hébraïque)


Psaume


2e lecture (Tradition des Apôtres)


Évangile

MINISTÈRE DE JÉSUS EN GALILÉE
Prédication à Nazareth
Luc4.14Jésus retourna en Galilée, avec la puissance de l’Esprit, et sa renommée se répandit dans toute la région. 15Il enseignait dans les synagogues, et il était glorifié par tous. 16 Il se rendit à Nazareth, où il avait été élevé, et entra, selon sa coutume, dans la synagogue le jour du sabbat. Il se leva pour faire la lecture, 17et on lui remit le livre du prophète Ésaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il était écrit : 18 L’Esprit du Seigneur est sur moi, Parce qu’il m’a oint [Pour guérir ceux qui ont le cœur brisé ;] Pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres ; Il m’a envoyé pour proclamer aux captifs la délivrance, Et aux aveugles le recouvrement de la vue, Pour renvoyer libres les opprimés, 19 Pour proclamer une année de grâce du Seigneur . 20Puis il roula le livre, le rendit au serviteur et s’assit. Les yeux de tous, dans la synagogue, étaient fixés sur lui. 21 Alors il se mit à leur dire : Aujourd’hui cette (parole de l’) Écriture, que vous venez d’entendre, est accomplie.

Exégèse de Évangile selon Luc 4.14–21

Introduction contextuelle
Ce passage ouvre solennellement le ministère public de Jésus en Galilée. Luc le place de manière programmatique : il ne s’agit pas d’un épisode parmi d’autres, mais d’un texte-manifeste. À Nazareth, village de son enfance, Jésus révèle publiquement l’identité et la nature de sa mission. L’accueil initial admiratif (v.15) prépare ironiquement le rejet qui suivra immédiatement (v.28–30). Luc montre ainsi que la révélation du Christ provoque toujours une décision.

Exégèse du texte (grec et structure)
Le verset 14 souligne que Jésus revient « dans la puissance de l’Esprit » (ἐν τῇ δυνάμει τοῦ Πνεύματος). Luc insiste sur la continuité entre le baptême (Luc 3) et le ministère : Jésus agit comme le Messie oint, non par initiative humaine, mais dans l’obéissance filiale et la puissance de l’Esprit. La renommée qui se répand anticipe l’autorité reconnue de sa parole.

Au verset 16, Luc note que Jésus entre à la synagogue « selon sa coutume » (κατὰ τὸ εἰωθός). Le Messie ne méprise pas les formes ordinaires du culte : il s’inscrit dans la liturgie d’Israël. Il ne vient pas abolir, mais accomplir. Le fait qu’il se lève pour lire et s’assoie pour enseigner correspond à l’usage rabbinique.

Le passage d’Ésaïe lu par Jésus combine principalement Ésaïe 61.1–2 et Ésaïe 58.6. Luc omet volontairement la mention du « jour de vengeance de notre Dieu » (Ésaïe 61.2). Cette omission est théologiquement lourde : Jésus inaugure d’abord le temps de la grâce avant celui du jugement. L’expression « année de grâce du Seigneur » renvoie au jubilé (Lévitique 25), temps de libération, de restauration et de remise des dettes. Il s’agit moins d’un programme social que d’un acte eschatologique.

Les termes clés décrivent une misère réelle mais profonde :
– « pauvres » (πτωχοί) désigne ceux qui sont dépourvus, dépendants, humiliés devant Dieu ;
– « captifs » (αἰχμάλωτοι) évoque l’esclavage spirituel autant que l’oppression historique ;
– « aveugles » (τυφλοί) renvoie à la cécité physique mais surtout spirituelle ;
– « opprimés » (τεθραυσμένους) exprime l’écrasement intérieur, le cœur brisé.

Le silence dramatique du verset 20 est central. Les regards sont fixés sur Jésus. Le temps semble suspendu. Puis vient la déclaration décisive du verset 21 : « Aujourd’hui » (σήμερον). Ce mot est l’un des plus chargés de l’évangile de Luc. Il marque l’irruption du salut dans le présent. L’Écriture n’est plus seulement lue ou commentée : elle est accomplie (πεπλήρωται), au parfait passif, indiquant une action accomplie aux effets durables.

Sens théologique
Jésus ne se présente pas comme un simple interprète d’Ésaïe, mais comme son accomplissement vivant. L’autorité ne réside pas dans l’exégèse, mais dans sa personne. Le salut annoncé n’est pas d’abord politique ou révolutionnaire : il est messianique, spirituel, total. La libération qu’il apporte touche l’homme dans toutes ses dimensions, mais commence par la réconciliation avec Dieu.

Ce texte renverse aussi les attentes religieuses : ceux qui pensaient connaître Jésus découvrent qu’ils ne le reconnaissent pas. Le salut proclamé met en crise les sécurités identitaires et religieuses.

Témoignages des Pères de l’Église
Irénée de Lyon voit dans ce passage la preuve que le Christ accomplit réellement les promesses prophétiques, non symboliquement mais historiquement, inaugurant « les temps nouveaux de la grâce ».

Jean Chrysostome souligne que Jésus lit l’Écriture pour montrer qu’il ne parle pas contre la Loi et les Prophètes, mais à partir d’eux, révélant leur sens plénier.

Lectures des Réformateurs
Jean Calvin insiste sur le mot « aujourd’hui » comme marque de la gratuité de la grâce : le salut n’est pas différé, ni mérité, mais offert immédiatement à ceux qui entendent avec foi. Il note aussi que l’omission du « jour de vengeance » manifeste la patience de Dieu, qui appelle avant de juger.

Pour Calvin, ce texte est un avertissement sévère : entendre la Parole accomplie sans y croire conduit à un endurcissement plus grave que l’ignorance.

Implications pour la théologie de l’alliance
Luc 4 montre que l’alliance atteint ici son accomplissement christologique. Les promesses faites à Israël trouvent leur réalité en Jésus, médiateur de la nouvelle alliance. Le peuple de Dieu n’est plus défini par l’appartenance ethnique ou cultuelle, mais par l’accueil de Celui en qui la Parole s’accomplit.

L’alliance devient ainsi personnelle, présente et décisive : aujourd’hui encore, la Parole s’accomplit là où le Christ est reçu par la foi.

Si tu le souhaites, je peux proposer une lecture critique des interprétations politiques contemporaines de ce texte, ou une articulation théologique avec 1 Corinthiens 12 et Néhémie 2 pour une prédication unifiée.


Outils pédagogiques (prédication)


Textes liturgiques



par

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *