Une femme et un homme étudient ensemble une Bible ouverte dans une église, sous une lumière dorée.

Les thèses égalitariennes de Matthias Radloff à la lumière de la foi réformée confessante

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Au centre, la Bible ouverte reçoit la lumière et attire éga­le­ment le regard de la femme et de l’homme. Aucun des deux ne domine l’autre : tous deux se tiennent sous l’autorité du même texte. L’image exprime ain­si la thèse de l’article : les tra­di­tions anciennes comme les lec­tures nou­velles doivent être exa­mi­nées à la lumière de toute la Parole de Dieu.


Depuis plu­sieurs décen­nies, la place des femmes dans la pré­di­ca­tion et le gou­ver­ne­ment de l’Église divise les évan­gé­liques atta­chés à l’autorité biblique. Mat­thias Rad­loff occupe une place sin­gu­lière dans ce débat fran­co­phone : après avoir défen­du une posi­tion tra­di­tion­nelle, il a consa­cré une thèse aux prin­ci­paux textes pau­li­niens et conclu que ceux-ci n’interdisaient pas aux femmes le minis­tère de la Parole. Son iti­né­raire mérite mieux qu’une appro­ba­tion enthou­siaste ou une dis­qua­li­fi­ca­tion som­maire. Il oblige à reve­nir au grec, à inter­ro­ger cer­taines tra­duc­tions et à recon­naître les abus com­mis au nom de l’autorité. Mais il sou­lève aus­si une ques­tion déci­sive : une série de solu­tions lexi­cales et contex­tuelles suf­fit-elle à ren­ver­ser la lec­ture d’ensemble reçue par l’Église ? L’enjeu véri­table n’est pas seule­ment le minis­tère fémi­nin. Il concerne la manière dont l’Église arti­cule créa­tion, rédemp­tion, contexte his­to­rique et uni­té cano­nique de l’Écriture.

Évaluer l’égalitarisme de Matthias Radloff : une question d’herméneutique ecclésiale

Un itinéraire exégétique qui doit être entendu loyalement

Mat­thias Rad­loff n’est pas arri­vé à une posi­tion éga­li­ta­rienne en reje­tant l’inspiration biblique. Son témoi­gnage publié en 1992 raconte au contraire un dépla­ce­ment inté­rieur pro­vo­qué par l’étude. Il était ini­tia­le­ment convain­cu qu’une femme pré­di­ca­trice ou pas­teure contre­di­sait l’enseignement clair de la Bible. Des inco­hé­rences pra­tiques l’ont tou­te­fois obli­gé à reprendre le dos­sier : pour­quoi auto­ri­ser une femme à prier, pro­phé­ti­ser, témoi­gner, ensei­gner des enfants ou publier un livre, tout en lui inter­di­sant par prin­cipe le minis­tère de la Parole ? Com­ment conci­lier la pro­phé­tie fémi­nine de 1 Corin­thiens 11.5 avec l’ordre de silence de 1 Corin­thiens 14.34–35 ?

Rad­loff a consa­cré sa thèse de doc­to­rat, sou­te­nue à la Facul­té de théo­lo­gie pro­tes­tante de Stras­bourg en 1991, au « minis­tère de la parole de la femme » dans les textes pau­li­niens. Il affirme avoir étu­dié plu­sieurs cen­taines d’ouvrages et d’articles pen­dant quatre ans. Cette infor­ma­tion vient de son propre témoi­gnage : elle atteste l’ampleur décla­rée de son enquête, non la jus­tesse auto­ma­tique de ses conclu­sions. Elle suf­fit néan­moins à exclure une cari­ca­ture fré­quente. Son éga­li­ta­risme n’est pas pré­sen­té comme une capi­tu­la­tion devant l’air du temps, mais comme le résul­tat d’une démarche exé­gé­tique consciente, conduite sous l’autorité reven­di­quée de l’Écriture.

Cette pré­ci­sion importe. Un désac­cord entre chré­tiens évan­gé­liques ne peut pas être trans­for­mé sans preuve en oppo­si­tion entre fidé­li­té et apos­ta­sie. Rad­loff cherche réel­le­ment à résoudre des dif­fi­cul­tés tex­tuelles. La dis­cus­sion doit donc por­ter sur ses argu­ments, sa méthode et la cohé­rence cano­nique de ses résul­tats. La foi réfor­mée ne défend pas la tra­di­tion parce qu’elle est ancienne. Elle confesse que l’Écriture est l’unique règle infaillible de la foi et de la vie ; les tra­duc­tions, les usages ecclé­sias­tiques et les théo­lo­giens doivent com­pa­raître devant elle.

Mais le prin­cipe vaut dans les deux sens. Sou­mettre la tra­di­tion à l’Écriture ne signi­fie pas que toute lec­ture nou­velle est plus biblique que la récep­tion ancienne. Une thèse réfor­ma­trice doit mon­trer non seule­ment qu’une tra­duc­tion ou une exé­gèse par­ti­cu­lière est dis­cu­table, mais aus­si que son inter­pré­ta­tion rend mieux compte de l’ensemble des textes. C’est à ce niveau que l’examen de Rad­loff devient par­ti­cu­liè­re­ment fécond.

Ce que Radloff soutient dans les textes pauliniens

L’argumentation de Rad­loff repose d’abord sur la réso­lu­tion de ten­sions internes au cor­pus pau­li­nien. Pour 1 Corin­thiens 14.34–35, il retient l’hypothèse selon laquelle Paul cite­rait le dis­cours de cer­tains Corin­thiens avant de le réfu­ter au ver­set 36. L’ordre don­né aux femmes de se taire ne serait donc pas la pres­crip­tion de l’apôtre, mais une posi­tion adverse qu’il rejette. Cette lec­ture per­met d’accorder le pas­sage avec 1 Corin­thiens 11.5, où des femmes prient et pro­phé­tisent. Elle demeure cepen­dant débat­tue : le texte grec ne com­porte pas de guille­mets, et l’identification d’une cita­tion dépend d’indices lit­té­raires et argu­men­ta­tifs qui ne contraignent pas tous les lec­teurs de la même manière.

Son inter­pré­ta­tion de 1 Corin­thiens 11.10 est plus direc­te­ment lexi­cale. Paul écrit lit­té­ra­le­ment que la femme doit avoir une exou­sia sur la tête. Le mot signi­fie nor­ma­le­ment « auto­ri­té », « droit » ou « pou­voir ». Plu­sieurs tra­duc­tions anciennes ou modernes ont expli­ci­té le ver­set par une « marque d’autorité » ou de dépen­dance, alors que le mot « marque » n’est pas dans le grec. Rad­loff en conclut que le texte attri­bue une auto­ri­té à la femme elle-même. Il a rai­son de signa­ler l’ajout inter­pré­ta­tif. Il va cepen­dant plus loin lorsqu’il iden­ti­fie la « tête » sur laquelle la femme exerce cette auto­ri­té à l’homme du ver­set 3. La for­mu­la­tion reste dif­fi­cile, et la pré­sence des anges à la fin du ver­set montre que le sens ne se laisse pas réduire à une équi­va­lence simple.

Le terme kepha­lê, « tête », joue éga­le­ment un rôle majeur. Rad­loff sou­tient qu’il désigne la source ou l’origine plu­tôt qu’un chef inves­ti d’autorité. Ain­si, en 1 Corin­thiens 11.3, Paul rap­pel­le­rait sur­tout des rela­tions d’origine : la femme vient de l’homme, l’homme est lié au Christ, et le Christ vient de Dieu. Cette pro­po­si­tion a nour­ri une vaste dis­cus­sion lexi­co­gra­phique. Le dos­sier ne per­met pour­tant pas d’affirmer que kepha­lê exclut par défi­ni­tion toute idée de pré­émi­nence ou de res­pon­sa­bi­li­té. Le sens d’un mot ne vient jamais d’un glos­saire iso­lé ; il se déter­mine par l’usage, la syn­taxe et le contexte. « Source » et « auto­ri­té » ne sont d’ailleurs pas tou­jours des caté­go­ries mutuel­le­ment exclu­sives dans une repré­sen­ta­tion orga­nique.

Enfin, Rad­loff lit 1 Timo­thée 2.11–15 à par­tir d’une situa­tion locale de faux ensei­gne­ment. L’interdiction d’enseigner et d’exercer l’authentein vise­rait une femme insuf­fi­sam­ment ins­truite ou un com­por­te­ment abu­sif, non toutes les femmes de toutes les Églises. La men­tion d’Adam et Ève ser­vi­rait l’argument cir­cons­tan­ciel sans trans­for­mer l’interdiction en règle ecclé­siale uni­ver­selle. Là encore, l’hypothèse répond à une vraie dif­fi­cul­té et prend au sérieux le contexte des Pas­to­rales. Mais elle doit expli­quer pour­quoi Paul fonde son rai­son­ne­ment sur l’ordre de la créa­tion et la trans­gres­sion, plu­tôt que sur une cir­cons­tance expli­ci­te­ment nom­mée dans le pas­sage.

Les conclu­sions de Rad­loff sont donc cohé­rentes entre elles : les inter­dic­tions sont loca­li­sées, les tra­duc­tions hié­rar­chiques sont contes­tées, et les pas­sages décri­vant la par­ti­ci­pa­tion des femmes au culte donnent la direc­tion géné­rale. La ques­tion est de savoir si cette cohé­rence locale devient aus­si une cohé­rence cano­nique.

Les acquis que les Églises complémentaires doivent recevoir

Une cri­tique hon­nête com­mence par recon­naître ce que Rad­loff contraint jus­te­ment ses contra­dic­teurs à réexa­mi­ner. Pre­miè­re­ment, aucune tra­duc­tion n’est infaillible. Rendre exou­sia par une péri­phrase qui intro­duit expres­sé­ment la dépen­dance de la femme consti­tue une déci­sion inter­pré­ta­tive ; le lec­teur doit en être aver­ti. Le retour aux langues bibliques, cher à la Réforme, inter­dit de trans­for­mer une option de tra­duc­tion en texte ins­pi­ré.

Deuxiè­me­ment, les pra­tiques ecclé­siales doivent être cohé­rentes. Si une assem­blée inter­dit aux femmes d’enseigner les hommes au nom d’un prin­cipe uni­ver­sel, elle ne peut mul­ti­plier sans expli­ca­tion les excep­tions fonc­tion­nelles : témoi­gnage, mis­sion, ensei­gne­ment écrit, for­ma­tion biblique, inter­ven­tion dans un groupe ou direc­tion d’une œuvre. Toutes ces acti­vi­tés ne sont certes pas iden­tiques à la pré­di­ca­tion publique ni à l’office d’ancien. Mais la dis­tinc­tion doit être théo­lo­gi­que­ment défi­nie, et non invo­quée seule­ment lorsque les usages héri­tés deviennent embar­ras­sants.

Troi­siè­me­ment, l’autorité chré­tienne ne sau­rait être confon­due avec la domi­na­tion. Jésus oppose expli­ci­te­ment le gou­ver­ne­ment des nations à l’ordre de son royaume : « Il n’en sera pas de même par­mi vous » (Mt 20.26). Éphé­siens 5 ne donne aucun per­mis de tyran­ni­ser ; le mari y est appe­lé à aimer son épouse comme le Christ a aimé l’Église et s’est livré pour elle. Toute posi­tion dite com­plé­men­ta­rienne qui trans­forme la res­pon­sa­bi­li­té en pri­vi­lège, pro­tège l’agresseur, impose le silence à la vic­time ou infan­ti­lise les femmes contre­dit le modèle chris­to­lo­gique qu’elle pré­tend défendre.

Qua­triè­me­ment, le Nou­veau Tes­ta­ment atteste une acti­vi­té fémi­nine réelle et sub­stan­tielle. Les femmes prient et pro­phé­tisent (1 Co 11.5), ins­truisent avec leur mari un pré­di­ca­teur élo­quent (Ac 18.26), servent l’Église et col­la­borent à l’œuvre apos­to­lique (Rm 16), trans­mettent la foi et enseignent ce qui est bon (2 Tm 1.5 ; Tt 2.3). La dis­cus­sion sur l’office pas­to­ral ne doit jamais réduire cette richesse à une pré­sence déco­ra­tive. Une Église qui invoque quelques res­tric­tions sans déve­lop­per les dons confiés aux femmes déso­béit elle aus­si par omis­sion.

Enfin, Rad­loff rap­pelle que le croyant reçoit son iden­ti­té fon­da­men­tale de son union au Christ. Galates 3.28 affirme avec une force irré­duc­tible que l’accès à la pro­messe, la jus­ti­fi­ca­tion et l’héritage ne connaissent aucune hié­rar­chie entre Juif et Grec, esclave et libre, homme et femme. Aucune dis­tinc­tion de fonc­tion ne peut deve­nir une dif­fé­rence de valeur, de proxi­mi­té avec Dieu ou de par­ti­ci­pa­tion au salut.

Ces acquis ne suf­fisent tou­te­fois pas à tran­cher la ques­tion des minis­tères. Ils net­toient le ter­rain. Ils écartent les tra­duc­tions trop assu­rées, les inco­hé­rences pra­tiques et les défor­ma­tions auto­ri­taires. Reste alors le débat pro­pre­ment théo­lo­gique : la rédemp­tion abo­lit-elle toute dif­fé­ren­cia­tion nor­ma­tive, ou res­taure-t-elle des rela­tions créées que le péché avait chan­gées en rap­ports de domi­na­tion ?

Là où se situe le désaccord réformé confessant

Le désac­cord prin­ci­pal ne porte pas sur la digni­té des femmes, mais sur le rap­port entre créa­tion et rédemp­tion. En Genèse 1, l’homme et la femme sont ensemble créés à l’image de Dieu et reçoivent ensemble la mis­sion de rem­plir et gou­ver­ner la terre. Cette éga­li­té ori­gi­nelle inter­dit toute anthro­po­lo­gie qui ferait de la femme un être humain secon­daire. Genèse 2 intro­duit cepen­dant un ordre et une rela­tion : Adam est for­mé le pre­mier, reçoit le com­man­de­ment, nomme la femme, et celle-ci est créée comme une aide qui lui cor­res­ponde. Le mot « aide » n’exprime aucune infé­rio­ri­té – Dieu lui-même est sou­vent l’aide de son peuple –, mais l’ensemble du récit com­porte des asy­mé­tries que Paul reprend en 1 Corin­thiens 11 et 1 Timo­thée 2.

Genèse 3 ne crée donc pas la dif­fé­rence sexuelle ni toute forme d’ordre ; il les cor­rompt. La domi­na­tion de l’homme sur la femme appar­tient au désordre du péché. La rédemp­tion en Christ ne sanc­ti­fie pas cette domi­na­tion : elle la juge et la rem­place par l’amour, le ser­vice et le don de soi. Mais il faut encore démon­trer qu’elle abo­lit aus­si toute res­pon­sa­bi­li­té dif­fé­ren­ciée anté­rieure à la chute. Galates 3.28 ne peut accom­plir seul ce tra­vail, car son contexte porte direc­te­ment sur la filia­tion et l’héritage en Christ. Le ver­set pro­clame une uni­té soté­rio­lo­gique radi­cale ; il ne traite pas expli­ci­te­ment de chaque voca­tion fami­liale ou ecclé­siale.

L’analogie de la foi demande alors de main­te­nir les textes ensemble. Galates 3 inter­dit de trans­for­mer une dis­tinc­tion ecclé­siale en hié­rar­chie spi­ri­tuelle. Les textes sur la créa­tion inter­disent inver­se­ment de faire de l’égalité en Christ un prin­cipe d’indifférenciation fonc­tion­nelle uni­ver­selle. De même, 1 Corin­thiens 11.5 empêche de lire 1 Corin­thiens 14 comme une inter­dic­tion abso­lue de toute parole fémi­nine, mais il ne déter­mine pas à lui seul la nature de l’enseignement lié à l’office pas­to­ral.

La lec­ture ecclé­siale a ici un poids réel, mais subor­don­né. La pra­tique majo­ri­taire de l’Église ancienne, médié­vale et issue de la Réforme a réser­vé l’office pres­by­té­ral ou pas­to­ral aux hommes, même si les formes de minis­tère fémi­nin ont été plus diverses que cer­taines recons­truc­tions ne le laissent croire. Ce consen­sus his­to­rique ne prouve pas l’exégèse. Il impose cepen­dant une charge argu­men­ta­tive sérieuse à la thèse contraire. Affir­mer que des géné­ra­tions entières ont pu se trom­per est pos­sible pour un pro­tes­tant ; l’histoire de la Réforme le montre. Mais une cor­rec­tion de cette ampleur doit repo­ser sur des preuves cano­niques conver­gentes, non seule­ment sur plu­sieurs pas­sages dif­fi­ciles relus de manière nou­velle.

La réserve réfor­mée confes­sante peut donc être for­mu­lée pré­ci­sé­ment : Rad­loff met au jour de vraies dif­fi­cul­tés, mais ses solu­tions tendent à fonc­tion­ner toutes dans la même direc­tion. La cita­tion sup­po­sée de 1 Corin­thiens 14, le sens exclu­si­ve­ment non hié­rar­chique de kepha­lê, l’interprétation d’exousia et la contex­tua­li­sa­tion de 1 Timo­thée 2 s’additionnent pour pro­duire l’égalitarisme. Or cha­cune de ces pro­po­si­tions demeure dis­cu­tée. Leur conver­gence forme une hypo­thèse cohé­rente ; elle ne consti­tue pas encore une démons­tra­tion contrai­gnante.

Ni domination masculine ni effacement des vocations

Le voca­bu­laire contem­po­rain enferme sou­vent le débat dans une alter­na­tive trop pauvre. D’un côté, le « com­plé­men­ta­risme » peut recou­vrir un sys­tème où l’homme détient le der­nier mot dans presque tous les domaines et où la femme est défi­nie par sa sou­mis­sion. De l’autre, l’« éga­li­ta­risme » peut lais­ser entendre que toute asy­mé­trie de res­pon­sa­bi­li­té contre­dit néces­sai­re­ment l’Évangile. Ces deux des­crip­tions ne rendent pas jus­tice à toutes les posi­tions exis­tantes.

Une posi­tion réfor­mée confes­sante consé­quente doit tenir ensemble quatre affir­ma­tions. L’homme et la femme pos­sèdent la même digni­té créée, la même condi­tion péche­resse, le même salut en Christ et le même héri­tage éter­nel. Les dons de l’Esprit sont dis­tri­bués sou­ve­rai­ne­ment aux femmes comme aux hommes et doivent être recon­nus. La domi­na­tion, la vio­lence et la confis­ca­tion mas­cu­line de la parole sont des péchés, non des appli­ca­tions sévères d’une bonne doc­trine. Enfin, l’égalité n’oblige pas par elle-même à conclure que toute voca­tion est inter­chan­geable.

Dans cette pers­pec­tive, réser­ver l’office d’ancien char­gé du gou­ver­ne­ment et de l’enseignement nor­ma­tif à des hommes qua­li­fiés n’accorde pas à tous les hommes une auto­ri­té sur toutes les femmes. Le Nou­veau Tes­ta­ment ne confie pas l’autorité ecclé­siale au sexe mas­cu­lin en géné­ral, mais à des ministres éprou­vés, eux-mêmes sou­mis au Christ, à sa Parole et à la dis­ci­pline de l’Église. Leur office n’est ni un droit natu­rel ni une récom­pense ; c’est une charge de ser­vice dont ils ren­dront compte.

Cette posi­tion doit cepen­dant accep­ter son propre exa­men. Si elle parle abon­dam­ment des limites impo­sées aux femmes et rare­ment des qua­li­fi­ca­tions exi­geantes des anciens ; si elle tolère chez des hommes ce qu’elle condam­ne­rait immé­dia­te­ment chez une femme ; si elle rend les abus presque impos­sibles à dénon­cer ; si elle confond l’ordre domes­tique avec une tutelle mas­cu­line uni­ver­selle, elle ne défend plus l’ordre biblique. Elle en pro­duit une contre­fa­çon patriar­cale.

L’apport le plus salu­taire de Rad­loff est peut-être de for­cer les Églises tra­di­tion­nelles à prou­ver leurs dis­tinc­tions au lieu de les pré­sup­po­ser. Sa fai­blesse est de ne pas tou­jours accor­der le même poids aux indices créa­tion­nels et à la récep­tion ecclé­siale qu’aux dif­fi­cul­tés lexi­cales et contex­tuelles. La réponse fidèle n’est donc ni le main­tien pares­seux des habi­tudes ni l’adoption pré­ci­pi­tée d’une recons­truc­tion, mais une réforme plus pro­fonde des pra­tiques sous la norme de toute l’Écriture.

Quand une comparaison rhétorique remplace la démonstration

Le débat fran­çais récent a par­fois rap­pro­ché le com­plé­men­ta­risme évan­gé­lique du mas­cu­li­nisme contem­po­rain. Joëlle Sut­ter-Raza­na­jo­ha­ry a ain­si pro­po­sé, dans une série publiée en 2026, des paral­lèles entre cer­tains modèles mas­cu­li­nistes et com­plé­men­ta­riens, tout en recon­nais­sant que tous les com­plé­men­ta­rismes ne se valent pas. La com­pa­rai­son peut être légi­time lorsqu’elle révèle des consé­quences com­munes : sacra­li­sa­tion de la puis­sance, réduc­tion des femmes au silence, pro­tec­tion des domi­nants ou bana­li­sa­tion de la vio­lence.

Mais com­pa­rer n’est pas iden­ti­fier. Deux sys­tèmes peuvent par­ta­ger un voca­bu­laire – auto­ri­té, rôle, dif­fé­rence, pro­tec­tion – tout en lui don­nant des fon­de­ments, des limites et des fina­li­tés oppo­sés. Un com­plé­men­ta­risme réel­le­ment chris­to­lo­gique juge pré­ci­sé­ment la viri­li­té domi­na­trice au nom de la croix. À l’inverse, l’existence d’un éga­li­ta­risme évan­gé­lique proche, sur cer­tains points, du fémi­nisme contem­po­rain ne per­met pas de les confondre : l’un peut rai­son­ner à par­tir de l’inspiration de l’Écriture, de la sei­gneu­rie du Christ et des dons spi­ri­tuels, là où l’autre s’inscrit dans une anthro­po­lo­gie étran­gère à la foi chré­tienne.

Le paral­lèle est donc un signal d’alarme, non une preuve généa­lo­gique ou doc­tri­nale. Il oblige chaque cou­rant à exa­mi­ner ses fruits et ses com­pro­mis­sions pos­sibles ; il ne dis­pense per­sonne d’exégèse. La ques­tion déci­sive reste : quelle lec­ture explique le mieux l’ensemble de la révé­la­tion biblique, sans neu­tra­li­ser les textes qui lui résistent ?

Conclusion : réformer l’Église par toute l’Écriture

Mat­thias Rad­loff rend un ser­vice réel aux Églises évan­gé­liques. Il les oblige à contrô­ler leurs tra­duc­tions, à recon­naître les ten­sions du texte, à rendre cohé­rentes leurs pra­tiques et à dis­so­cier défi­ni­ti­ve­ment l’autorité chré­tienne de la domi­na­tion. Ses argu­ments ne doivent être ni cari­ca­tu­rés ni écar­tés par un simple appel à la tra­di­tion. Ils viennent d’un théo­lo­gien qui reven­dique l’autorité biblique et qui a lon­gue­ment tra­vaillé les pas­sages en cause.

Ils ne paraissent pour­tant pas suf­fi­sants pour éta­blir que le Nou­veau Tes­ta­ment ouvre indis­tinc­te­ment à l’homme et à la femme l’office pas­to­ral. Plu­sieurs élé­ments cen­traux de sa démons­tra­tion res­tent débat­tus, tan­dis que les appels pau­li­niens à la créa­tion conservent une force nor­ma­tive dif­fi­cile à réduire aux seules cir­cons­tances locales. La lec­ture réfor­mée confes­sante main­tient donc l’égalité plé­nière de digni­té, de salut et de par­ti­ci­pa­tion aux dons du peuple de Dieu, tout en recon­nais­sant une dif­fé­ren­cia­tion limi­tée des voca­tions domes­tiques et ecclé­siales.

Cette conclu­sion n’autorise aucune auto­sa­tis­fac­tion. Une doc­trine peut être for­mel­le­ment juste et pas­to­ra­le­ment tra­hie. L’Église doit ouvrir lar­ge­ment aux femmes tous les ser­vices que l’Écriture ne réserve pas, écou­ter leur parole, hono­rer leurs dons, pro­té­ger sans ambi­guï­té les vic­times et dis­ci­pli­ner les hommes qui trans­forment une res­pon­sa­bi­li­té en pou­voir. Elle doit aus­si for­mer des anciens dont l’autorité res­semble à celle du Ber­ger qui donne sa vie pour ses bre­bis.

Le débat sur Rad­loff révèle ain­si une ques­tion plus fon­da­men­tale que celle du minis­tère fémi­nin : com­ment l’Église se laisse-t-elle réfor­mer ? Ni par la conser­va­tion aveugle des usages, ni par l’adaptation réflexe aux caté­go­ries contem­po­raines, mais par une écoute renou­ve­lée de toute la Parole de Dieu. L’Écriture juge les tra­di­tions anciennes comme les évi­dences modernes. C’est sous cette auto­ri­té, dans la com­mu­nion de l’Église et sous la sei­gneu­rie du Christ, que la véri­té peut être cher­chée avec fer­me­té, humi­li­té et cha­ri­té.

Repères documentaires

Source primaire de Matthias Radloff

Mat­thias Rad­loff, Le minis­tère de la parole de la femme : exa­men de textes pau­li­niens, thèse de doc­to­rat en théo­lo­gie pro­tes­tante, Stras­bourg, 1991.

Mat­thias Rad­loff, « Mon che­mi­ne­ment per­son­nel », texte issu du cahier Christ Seul, no 3, 1992, repro­duit sur le site Ser­vir Ensemble le 31 octobre 2016.

Pour situer le débat

Hen­ri Blo­cher, « Har­mo­nie ou tyran­nie ? », dans Vio­lences conju­gales : les iden­ti­fier pour agir en Église, Les Cahiers de l’École pas­to­rale, hors-série no 21, 2020.

Andreas J. Kös­ten­ber­ger et Tho­mas R. Schrei­ner (dir.), Women in the Church : An Inter­pre­ta­tion and Appli­ca­tion of 1 Timo­thy 2:9–15, 3e éd., Whea­ton, Cross­way, 2016.

Craig S. Kee­ner, Paul, Women and Wives : Mar­riage and Women’s Minis­try in the Let­ters of Paul, Pea­bo­dy, Hen­drick­son, 1992.

Joëlle Sut­ter-Raza­na­jo­ha­ry, « Des hommes, comme des fauves ! Mas­cu­li­nisme et Bible (3) », Ser­vir Ensemble, 19 juin 2026.

Pour aller plus loin

Objectifs

À l’issue de cette étude, le lec­teur devrait pou­voir :

  • pré­sen­ter loya­le­ment les prin­ci­paux argu­ments de Mat­thias Rad­loff ;
  • dis­tin­guer éga­li­té de digni­té, diver­si­té des dons et iden­ti­té des offices ;
  • expli­quer les dif­fi­cul­tés exé­gé­tiques de 1 Corin­thiens 11 et 14 ain­si que de 1 Timo­thée 2 ;
  • com­prendre le rôle de l’ordre créa­tion­nel dans l’argumentation pau­li­nienne ;
  • dif­fé­ren­cier auto­ri­té chré­tienne, res­pon­sa­bi­li­té et domi­na­tion ;
  • éva­luer une posi­tion théo­lo­gique par l’ensemble de l’Écriture plu­tôt que par quelques solu­tions lexi­cales iso­lées.

Questions de compréhension

  1. Quel chan­ge­ment de posi­tion Mat­thias Rad­loff rap­porte-t-il dans son témoi­gnage per­son­nel ?
  2. Pour­quoi son éga­li­ta­risme ne peut-il pas être sim­ple­ment pré­sen­té comme un rejet de l’autorité biblique ?
  3. Com­ment inter­prète-t-il l’ordre de silence adres­sé aux femmes en 1 Corin­thiens 14.34–35 ?
  4. Quelle dif­fi­cul­té de tra­duc­tion relève-t-il à pro­pos du terme exou­sia en 1 Corin­thiens 11.10 ?
  5. Quel sens prin­ci­pal attri­bue-t-il au mot kepha­lê en 1 Corin­thiens 11.3 ?
  6. Com­ment com­prend-il l’interdiction d’enseigner for­mu­lée en 1 Timo­thée 2.11–15 ?
  7. Quels apports de Rad­loff l’article consi­dère-t-il comme légi­times et néces­saires ?
  8. Pour­quoi Galates 3.28 ne suf­fit-il pas, à lui seul, à résoudre la ques­tion de l’office pas­to­ral ?
  9. Quelle dis­tinc­tion l’article éta­blit-il entre la domi­na­tion pro­duite par le péché et les rela­tions anté­rieures à la chute ?
  10. Quelle est la prin­ci­pale réserve for­mu­lée contre la démons­tra­tion de Rad­loff ?
  11. Pour­quoi le consen­sus his­to­rique de l’Église pos­sède-t-il un poids réel sans consti­tuer une preuve infaillible ?
  12. En quoi réser­ver un office à des hommes qua­li­fiés dif­fère-t-il d’accorder une auto­ri­té géné­rale à tous les hommes sur toutes les femmes ?

Repères de réponse

  1. Rad­loff est pas­sé d’une oppo­si­tion tra­di­tion­nelle au minis­tère fémi­nin à une posi­tion éga­li­ta­rienne après plu­sieurs années d’étude exé­gé­tique.
  2. Il affirme avoir conduit cette recherche sous l’autorité de l’Écriture et pour résoudre des ten­sions internes aux textes pau­li­niens.
  3. Il consi­dère que Paul pour­rait citer une posi­tion corin­thienne avant de la réfu­ter au ver­set 36.
  4. Exou­sia signi­fie nor­ma­le­ment auto­ri­té, droit ou pou­voir ; le mot « marque » intro­duit par cer­taines tra­duc­tions consti­tue une inter­pré­ta­tion absente du grec.
  5. Il pri­vi­lé­gie le sens de source ou d’origine plu­tôt que celui de chef inves­ti d’autorité.
  6. Il rap­porte l’interdiction à une situa­tion locale de faux ensei­gne­ment ou de com­por­te­ment abu­sif.
  7. Le retour au grec, la cri­tique des tra­duc­tions trop assu­rées, l’exigence de cohé­rence ecclé­siale, la dénon­cia­tion de la domi­na­tion et la recon­nais­sance des dons fémi­nins.
  8. Le contexte immé­diat concerne l’union au Christ, la jus­ti­fi­ca­tion et l’héritage, non l’organisation détaillée des offices ecclé­siaux.
  9. Genèse 3 cor­rompt les rela­tions entre l’homme et la femme par la domi­na­tion ; la ques­tion demeure de savoir si toute dif­fé­ren­cia­tion anté­rieure à la chute doit éga­le­ment être abo­lie.
  10. Plu­sieurs hypo­thèses dis­cu­tées sont cumu­lées et orien­tées dans le même sens sans pro­duire néces­sai­re­ment une démons­tra­tion contrai­gnante.
  11. La tra­di­tion reste subor­don­née à l’Écriture, mais un consen­sus aus­si vaste impose à la posi­tion nou­velle une charge argu­men­ta­tive sérieuse.
  12. L’office est confié à des ministres éprou­vés et sou­mis au Christ ; il ne consti­tue ni un pri­vi­lège mas­cu­lin uni­ver­sel ni un droit natu­rel.

Questions d’analyse biblique

  1. Com­pa­rez Genèse 1.26–28 et Genèse 2.18–24. Qu’est-ce que chaque pas­sage affirme res­pec­ti­ve­ment sur l’égalité et la dif­fé­ren­cia­tion de l’homme et de la femme ?
  2. En quoi Genèse 3.16 décrit-il une cor­rup­tion des rela­tions humaines plu­tôt qu’un idéal à repro­duire ?
  3. Com­ment arti­cu­ler la par­ti­ci­pa­tion fémi­nine à la prière et à la pro­phé­tie en 1 Corin­thiens 11.5 avec 1 Corin­thiens 14.33–40 ?
  4. Quels indices internes per­mettent de sou­te­nir ou de contes­ter l’hypothèse d’une cita­tion corin­thienne en 1 Corin­thiens 14.34–35 ?
  5. Le contexte de 1 Corin­thiens 11 per­met-il de choi­sir défi­ni­ti­ve­ment entre les sens « source » et « auto­ri­té » pour kepha­lê ?
  6. Pour­quoi la réfé­rence à Adam et Ève en 1 Timo­thée 2.13–14 est-elle impor­tante pour déter­mi­ner la por­tée de l’interdiction ?
  7. Com­ment dis­tin­guer la pro­phé­tie, l’enseignement occa­sion­nel, l’instruction pri­vée et l’enseignement doc­tri­nal atta­ché à l’office ?
  8. Que démontre exac­te­ment Galates 3.26–29 ? Quelles conclu­sions ne peut-on pas en tirer sans argu­ment sup­plé­men­taire ?
  9. Que révèlent Actes 18.24–26, Romains 16 et Tite 2.3–5 sur la par­ti­ci­pa­tion des femmes à l’édification du peuple de Dieu ?
  10. Com­ment Mat­thieu 20.25–28 et 1 Pierre 5.1–4 cor­rigent-ils une concep­tion mon­daine de l’autorité ecclé­siale ?

Tableau de synthèse

Ques­tionLec­ture éga­li­ta­rienne pré­sen­téeRéserve réfor­mée confes­sante
1 Corin­thiens 14.34–35Cita­tion d’une posi­tion corin­thienne réfu­tée par PaulL’absence de marque expli­cite de cita­tion rend cette lec­ture pos­sible, mais non cer­taine
Exou­sia en 1 Corin­thiens 11.10Auto­ri­té appar­te­nant à la femmeLa cri­tique de cer­taines tra­duc­tions est fon­dée, mais l’objet pré­cis de cette auto­ri­té reste dis­cu­té
Kepha­lê en 1 Corin­thiens 11.3Source ou ori­gineLe contexte peut éga­le­ment com­por­ter une idée de pré­émi­nence ou de res­pon­sa­bi­li­té
1 Timo­thée 2.11–15Inter­dic­tion locale visant un abus ou un faux ensei­gne­mentL’appel de Paul à la créa­tion paraît dépas­ser la seule cir­cons­tance locale
Galates 3.28Prin­cipe d’ouverture indis­tincte des minis­tèresLe texte éta­blit direc­te­ment l’égalité soté­rio­lo­gique, non l’interchangeabilité de toutes les fonc­tions
Ordre créa­tion­nelLes asy­mé­tries sont rap­por­tées aux effets de la chuteGenèse 2 pré­sente cer­taines dif­fé­ren­cia­tions anté­rieures à la chute
Tra­di­tion ecclé­sialeUne tra­di­tion ancienne peut être réfor­méeElle n’est pas infaillible, mais son consen­sus ne peut être écar­té légè­re­ment
Auto­ri­té pas­to­raleRisque de domi­na­tion mas­cu­lineL’autorité biblique est un ser­vice sou­mis au Christ, non un pou­voir mas­cu­lin géné­ral

Glossaire

Éga­li­ta­risme — Posi­tion selon laquelle les hommes et les femmes pos­sèdent non seule­ment une digni­té égale, mais peuvent éga­le­ment accé­der indis­tinc­te­ment aux offices ecclé­siaux.

Com­plé­men­ta­risme — Ensemble de posi­tions affir­mant l’égalité de digni­té entre l’homme et la femme tout en main­te­nant cer­taines res­pon­sa­bi­li­tés ou voca­tions dif­fé­ren­ciées. Le terme recouvre des modèles sen­si­ble­ment dif­fé­rents.

Ordre créa­tion­nel — Rela­tions et struc­tures éta­blies dans la créa­tion avant l’entrée du péché. Leur iden­ti­fi­ca­tion exige de dis­tin­guer ce que Genèse 1–2 ins­ti­tue de ce que Genèse 3 cor­rompt.

Her­mé­neu­tique cano­nique — Lec­ture d’un pas­sage à la lumière de son contexte immé­diat et de l’ensemble de l’Écriture.

Ana­lo­gie de la foi — Prin­cipe selon lequel l’Écriture, cohé­rente dans son ensei­gne­ment, inter­prète l’Écriture ; les textes plus clairs éclairent les pas­sages dif­fi­ciles.

Exou­sia — Terme grec dési­gnant géné­ra­le­ment l’autorité, le droit ou le pou­voir. Son emploi en 1 Corin­thiens 11.10 est par­ti­cu­liè­re­ment dis­cu­té.

Kepha­lê — Mot grec signi­fiant lit­té­ra­le­ment « tête ». Selon les contextes, son emploi méta­pho­rique peut évo­quer l’origine, la pré­émi­nence ou une rela­tion orga­nique.

Authen­tein — Verbe rare employé en 1 Timo­thée 2.12. Son sens pré­cis – exer­cer l’autorité, domi­ner ou agir abu­si­ve­ment – fait l’objet d’un débat lexi­cal.

Office pas­to­ral — Charge ecclé­siale recon­nue publi­que­ment, liée à l’enseignement, au gou­ver­ne­ment et à la garde du trou­peau. Elle ne doit pas être confon­due avec toute forme de parole ou de ser­vice chré­tien.

Étude de cas

Une Église affirme réser­ver l’office d’ancien aux hommes. Dans la pra­tique, elle per­met aux femmes de diri­ger des œuvres, d’enseigner les enfants, de témoi­gner pen­dant le culte et de publier des études bibliques. Elle ne leur offre cepen­dant presque aucune for­ma­tion théo­lo­gique et ne leur donne aucun espace réel pour exer­cer leurs dons. Par ailleurs, cer­tains anciens sup­portent dif­fi­ci­le­ment toute contra­dic­tion et traitent les déci­sions col­lé­giales comme une limi­ta­tion de leur auto­ri­té.

Ques­tions de tra­vail :

  1. Quelles dis­tinc­tions pra­ti­quées par cette Église peuvent être théo­lo­gi­que­ment jus­ti­fiées ?
  2. Quelles inco­hé­rences doivent être cor­ri­gées ?
  3. Le pro­blème vient-il néces­sai­re­ment de sa posi­tion sur l’office pas­to­ral, ou de la manière dont elle conçoit et exerce l’autorité ?
  4. Com­ment pour­rait-elle mieux recon­naître les dons fémi­nins sans dis­si­mu­ler sa convic­tion ecclé­sio­lo­gique ?
  5. Quels méca­nismes de col­lé­gia­li­té, de dis­ci­pline et de pro­tec­tion devraient enca­drer l’autorité des anciens ?
  6. Com­ment évi­ter simul­ta­né­ment l’effacement des voca­tions fémi­nines et la dis­so­lu­tion de toute dis­tinc­tion d’office ?

Exercice de discussion contradictoire

For­mer deux groupes.

Le pre­mier défend la thèse sui­vante : les res­tric­tions pau­liennes répondent à des situa­tions locales et ne ferment pas l’office pas­to­ral aux femmes.

Le second défend la thèse sui­vante : les réfé­rences pau­liennes à la créa­tion donnent à ces res­tric­tions une por­tée nor­ma­tive pour l’Église.

Chaque groupe doit :

  1. pré­sen­ter la posi­tion adverse dans une for­mu­la­tion que ses défen­seurs pour­raient recon­naître ;
  2. éta­blir son argu­men­ta­tion à par­tir d’au moins quatre textes bibliques ;
  3. iden­ti­fier deux dif­fi­cul­tés sérieuses pour sa propre posi­tion ;
  4. dis­tin­guer ce qu’il consi­dère comme cer­tain, pro­bable et encore débat­tu ;
  5. pro­po­ser des garde-fous contre les abus aux­quels sa posi­tion pour­rait don­ner lieu.

L’objectif n’est pas de rem­por­ter un débat, mais de véri­fier quelle inter­pré­ta­tion rend le mieux compte de l’ensemble du témoi­gnage biblique.

Questions d’application pastorale

  1. Com­ment une Église peut-elle hono­rer concrè­te­ment les dons des femmes sans réduire le débat à la seule ques­tion de l’ordination ?
  2. Quelles pra­tiques trans­forment insen­si­ble­ment une res­pon­sa­bi­li­té spi­ri­tuelle en domi­na­tion ?
  3. Com­ment pro­té­ger les vic­times lorsqu’un res­pon­sable invoque l’autorité biblique pour échap­per à la cor­rec­tion ?
  4. Les hommes aux­quels un office est confié sont-ils sou­mis à des exi­gences aus­si visibles que les res­tric­tions rap­pe­lées aux femmes ?
  5. Com­ment par­ler de com­plé­men­ta­ri­té sans lais­ser entendre que toutes les femmes seraient pla­cées sous l’autorité de tous les hommes ?
  6. Com­ment for­mer théo­lo­gi­que­ment les femmes et leur ouvrir les ser­vices que l’Écriture ne réserve pas ?
  7. Dans quelle mesure les caté­go­ries contem­po­raines de fémi­nisme, de mas­cu­li­nisme ou d’égalité influencent-elles notre lec­ture avant même l’étude des textes ?

QCM

  1. Quelle est la prin­ci­pale méthode de Rad­loff ?
    A. Reje­ter les épîtres pas­to­rales
    B. Relire lexi­ca­le­ment et contex­tuel­le­ment les pas­sages pau­li­niens dif­fi­ciles
    C. Oppo­ser Jésus à Paul
    D. Fon­der la doc­trine sur l’évolution sociale
  2. Que recon­naît l’article au sujet de 1 Corin­thiens 11.10 ?
    A. Le grec contient l’expression « marque de sou­mis­sion »
    B. Le ver­set ne com­porte aucun terme dési­gnant l’autorité
    C. Cer­taines tra­duc­tions ajoutent une inter­pré­ta­tion absente du texte grec
    D. Le sens du ver­set ne pré­sente aucune dif­fi­cul­té
  3. Quel est le contexte prin­ci­pal de Galates 3.28 ?
    A. La pro­cé­dure d’élection des anciens
    B. L’héritage et l’union au Christ
    C. La dis­ci­pline ecclé­sias­tique
    D. La répar­ti­tion des tâches domes­tiques
  4. Pour­quoi l’article ne consi­dère-t-il pas le consen­sus his­to­rique comme une preuve défi­ni­tive ?
    A. La tra­di­tion n’a aucune valeur
    B. L’Église ancienne auto­ri­sait par­tout les femmes pas­teures
    C. Toute tra­di­tion reste sou­mise à l’Écriture
    D. Les réfor­ma­teurs n’ont jamais trai­té la ques­tion
  5. Quelle conclu­sion cor­res­pond le mieux à l’article ?
    A. Toute parole fémi­nine dans l’assemblée est inter­dite
    B. Les argu­ments de Rad­loff sont sans inté­rêt
    C. L’égalité spi­ri­tuelle implique néces­sai­re­ment l’identité de toutes les fonc­tions
    D. Les argu­ments de Rad­loff révèlent de vraies dif­fi­cul­tés sans éta­blir de manière contrai­gnante l’ouverture indis­tincte de l’office pas­to­ral

Réponses : 1‑B ; 2‑C ; 3‑B ; 4‑C ; 5‑D.

Textes bibliques à approfondir

Créa­tion et chute

  • Genèse 1.26–28
  • Genèse 2.18–24
  • Genèse 3.1–19

Par­ti­ci­pa­tion

  • Juges 4–5
  • Luc 8.1–3
  • Actes 2.16–18
  • Actes 18.24–26
  • Romains 16.1–16
  • Tite 2.3–5

Culte, ensei­gne­ment et office

  • 1 Corin­thiens 11.2–16
  • 1 Corin­thiens 14.26–40
  • Éphé­siens 4.7–16
  • 1 Timo­thée 2.8–15
  • 1 Timo­thée 3.1–13
  • Tite 1.5–9

Auto­ri­té

  • Mat­thieu 20.20–28
  • Jean 13.1–17
  • 2 Corin­thiens 1.24
  • 1 Pierre 5.1–4

Ressources pour approfondir

  • Mat­thias Rad­loff, Le minis­tère de la parole de la femme : exa­men de textes pau­li­niens, thèse, Stras­bourg, 1991.
  • Mat­thias Rad­loff, « Mon che­mi­ne­ment per­son­nel », Christ Seul, no 3, 1992.
  • Andreas J. Kös­ten­ber­ger et Tho­mas R. Schrei­ner (dir.), Women in the Church, 3e éd., Cross­way, 2016.
  • Craig S. Kee­ner, Paul, Women and Wives, Hen­drick­son, 1992.
  • Hen­ri Blo­cher, « Har­mo­nie ou tyran­nie ? », Cahiers École pas­to­rale, hors-série 21, 2020.

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