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La composition conduit naturellement le regard vers le Christ illuminé au centre de la scène. Les disciples disposés autour de lui représentent l’Église appelée à recevoir la mission et la promesse de sa présence. La lumière qui perce les ténèbres rappelle que le règne du Christ ressuscité s’exerce déjà sur le monde malgré les incertitudes de l’histoire.
Le temps pascal s’achemine vers la Pentecôte. Les textes de ce jeudi de l’Ascension forment une unité remarquable autour du Christ ressuscité et exalté. Dans Actes 1.1–11, le Seigneur monte au ciel sous les yeux des disciples et leur promet la puissance du Saint-Esprit. En Éphésiens 1.17–23, l’apôtre Paul contemple le Christ assis à la droite du Père, élevé « au-dessus de toute domination ». Enfin, dans Matthieu 28.16–20, le Ressuscité confie à son Église la mission universelle de faire des disciples parmi toutes les nations.
La couleur liturgique demeure le blanc, signe de gloire, de victoire et de résurrection. L’Ascension n’est pas l’absence du Christ mais son règne. Celui qui monte vers le Père reçoit toute autorité dans le ciel et sur la terre. Ainsi la mission de l’Église ne repose ni sur sa force ni sur son influence, mais sur la souveraineté du Christ vivant.
Ces textes manifestent profondément la théologie de l’alliance. Le Dieu qui avait promis à Abraham la bénédiction des nations accomplit maintenant son dessein en Jésus-Christ. L’Église est envoyée vers le monde entier pour annoncer l’Évangile du Royaume, baptiser et enseigner tout ce que le Seigneur a commandé. Le Christ exalté demeure présent auprès des siens jusqu’à la fin du monde, accomplissant ainsi les promesses de l’Alliance : « Je serai votre Dieu, et vous serez mon peuple. »
L’Ascension rappelle également que l’histoire humaine n’est pas abandonnée au hasard. Le Christ règne déjà. Son Royaume progresse au milieu des nations jusqu’au jour de son retour glorieux annoncé par les anges dans le livre des Actes. L’Église vit donc entre Ascension et Parousie – dans l’espérance, l’obéissance et la mission.
Psaume du jour
Le Psaume 46 accompagne particulièrement bien les textes du jour, car il proclame la royauté souveraine de Dieu au milieu des bouleversements des nations : « Dieu est pour nous un refuge et un appui ». Il répond directement à l’Ascension du Christ et à l’affirmation paulinienne selon laquelle il règne désormais au-dessus de toute puissance et domination (Éphésiens 1.20–23). Dans le Psautier de Genève, ce psaume occupe une place importante comme chant de confiance et de victoire du Royaume de Dieu contre les forces du chaos et de l’histoire. Il peut être utilisé dès l’ouverture du culte comme psaume d’adoration et d’assurance, mais aussi après la prédication pour répondre à l’annonce du règne du Christ par une confession communautaire de confiance et d’espérance.
Cette page rassemble les textes bibliques du jour, une méditation, une prédication et des éléments liturgiques pour le culte. Elle a pour objectif d’aider à la préparation et à la célébration du culte, mais aussi à la lecture personnelle et communautaire de l’Écriture. L’ensemble du contenu est libre de droit et peut être utilisé, adapté et diffusé dans un cadre ecclésial, pastoral ou pédagogique. Vous pouvez citer l’auteur ou non, selon votre usage et votre contexte.
L’architecture de cette page permet trois niveaux de lecture :
- Lecteur pressé → méditation + prédication → nourri
- Lecteur engagé → ajoute l’exégèse → enraciné
- Lecteur formé / responsable → va jusqu’à l’apologétique → équipé
Courte méditation
La méditation proposée sur le blog foedus.fr est volontairement courte. Elle s’appuie sur le texte de l’Évangile du jour (sauf indication contraire) et cherche à en faire ressortir une parole centrale, accessible et directement applicable à la vie quotidienne. Elle est accompagnée d’une prière simple, en écho au message biblique.
Cette méditation peut être reprise telle quelle ou adaptée librement. Elle se prête particulièrement bien à un usage personnel, pastoral ou à un partage sur les réseaux sociaux (Facebook, X, etc.), sous forme de copier-coller.
Ce texte est libre de droit. Vous pouvez citer l’auteur ou non, selon votre usage et votre contexte.
Entre l’Ascension et la Pentecôte, les disciples demeurent dans une attente étrange. Le Christ est monté vers le Père, et pourtant il promet : « Je suis avec vous tous les jours. » L’absence visible devient une présence plus profonde. Le Seigneur ne quitte pas son peuple ; il règne désormais sur toutes choses et accompagne son Église par son Esprit.
Jean Calvin écrit : « Le Christ est absent selon le corps, mais présent par sa puissance. » Cette parole éclaire notre propre condition. Nous voudrions souvent voir, comprendre immédiatement, maîtriser l’avenir. Pourtant la foi chrétienne apprend à marcher dans la confiance. Le Christ règne même lorsque le monde semble livré au désordre.
Les disciples regardaient vers le ciel ; les anges les renvoient vers la mission. La fidélité chrétienne ne consiste pas à fuir le monde, mais à vivre au cœur de l’histoire avec l’espérance du Royaume. Là où Dieu nous place – famille, travail, armée, Église – nous sommes appelés à être témoins du Christ vivant.
Prière
Seigneur Jésus-Christ, apprends-nous à vivre sous ton regard et sous ton règne. Lorsque nous doutons ou que nous craignons, rappelle-nous que tu demeures avec ton peuple jusqu’à la fin du monde. Donne-nous ton Esprit afin que nous soyons des témoins fidèles de ton Royaume. Amen.
Vincent Bru, 14/05/2026
Prédication
Les prédications proposées sur le blog suivent en principe une structure simple et éprouvée : une introduction, trois points développés, puis une conclusion. Cette progression vise à aider l’écoute, la compréhension et l’appropriation du message biblique, sans alourdir le propos ni perdre de vue l’essentiel.
Cette structure n’est ni obligatoire ni rigide. Elle constitue un cadre au service de la Parole, non une contrainte formelle. Vous pouvez reprendre cette prédication telle quelle, l’adapter à votre contexte, ou simplement vous en inspirer pour élaborer votre propre proclamation.
La prédication est proposée selon deux modèles complémentaires :
Un canevas de prédication, destiné à ceux qui souhaitent s’inspirer de la structure en la personnalisant largement ;
Une prédication orale exégétique, d’environ vingt minutes, directement proclamable, pour ceux qui souhaitent la lire ou l’adapter légèrement.
Ce texte est libre de droit et peut être utilisé, reproduit ou adapté pour un usage pastoral, liturgique ou pédagogique. Vous pouvez citer l’auteur ou non, selon votre usage et votre contexte.
A lire avant tout : Méthode homilétique et prédication réformée – Fiches pour pasteurs et prédicateurs laïques
Prédication – canevas
Frères et sœurs,
Nous vivons dans un monde où beaucoup de choses vacillent. Les certitudes politiques changent. Les équilibres internationaux deviennent fragiles. Les technologies évoluent plus vite que notre capacité à les comprendre. Même dans les vies personnelles, beaucoup ont le sentiment de perdre leurs repères. Certains se demandent ce qu’il faut encore croire. D’autres se demandent simplement comment tenir.
Et au milieu de cette instabilité, l’Évangile de ce jour nous place devant une parole immense du Christ ressuscité : « Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre. »
Voilà le cœur des textes de ce jeudi de l’Ascension. Dans les Actes, Jésus monte au ciel. Dans l’épître aux Éphésiens, Paul affirme qu’il règne au-dessus de toute puissance. Et dans l’Évangile selon Matthieu, le Christ envoie ses disciples dans le monde entier.
Le message est simple : le Christ règne, le Christ envoie, le Christ demeure avec son peuple.
D’abord, le Christ règne.
Les disciples montent sur une montagne en Galilée. Ils voient Jésus ressuscité. Certains se prosternent. D’autres doutent encore. Et c’est à ce moment-là que Jésus déclare : « Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre. »
Ce n’est pas une parole abstraite. Jésus parle après la croix. Après le rejet. Après la souffrance. Après la mort.
Autrement dit : le mal n’a pas gagné.
Le monde de l’époque était dominé par Rome. Les disciples étaient peu nombreux, fragiles, sans influence. Pourtant Jésus affirme déjà qu’il est Roi.
Nous avons parfois l’impression inverse. Quand nous regardons l’état du monde, l’Église affaiblie, les violences, les mensonges, les idéologies qui brouillent tout, nous pouvons nous demander : qui règne réellement ?
Et pourtant l’Évangile répond : ce n’est pas le chaos qui règne. Ce n’est pas la peur. Ce n’est pas la mort. Le Christ règne.
Attention : cela ne signifie pas que tout devient immédiatement facile. Les guerres continuent. Les souffrances demeurent. Les disciples eux-mêmes connaîtront la persécution.
Mais cela signifie que l’histoire a déjà un Seigneur.
C’est très important pour notre foi. Car beaucoup de nos angoisses viennent du sentiment que tout pourrait nous échapper définitivement. Or l’Ascension du Christ rappelle précisément cela : le monde n’est pas abandonné.
Dans les Actes, les disciples regardent Jésus monter au ciel. Ils restent là, immobiles, les yeux levés. Et les anges leur disent presque : maintenant, il faut avancer.
La foi chrétienne n’est pas une fuite hors du monde. C’est vivre dans le monde avec la certitude que le Christ règne déjà.
Ensuite, le Christ envoie.
« Allez, faites de toutes les nations des disciples. »
Voilà la mission de l’Église.
Pas seulement des pasteurs. Pas seulement des missionnaires lointains. Toute l’Église.
Bien sûr, chacun a une vocation différente. Mais tout chrétien est appelé à témoigner du Christ là où Dieu l’a placé.
Dans une famille.
Dans un régiment.
Dans un hôpital.
Dans une école.
Dans un bureau.
Dans une maison de retraite.
Souvent, nous imaginons la mission comme quelque chose d’extraordinaire. Pourtant elle commence souvent dans des gestes très simples : écouter quelqu’un, dire une parole vraie, refuser un mensonge, garder l’espérance quand tout le monde désespère.
Le Christ ne demande pas aux disciples d’être puissants. Il leur demande d’être fidèles.
Et il les envoie vers « toutes les nations ». C’est une parole immense. Car dans l’Ancien Testament, les promesses semblaient concentrées sur Israël. Maintenant, l’Évangile s’ouvre au monde entier.
Cela veut dire qu’aucun peuple n’est oublié de Dieu.
Aucune culture n’est hors de portée de sa grâce.
Aucune personne n’est trop loin pour être appelée.
Dans une époque où les sociétés deviennent parfois très fragmentées, où chacun se replie dans son groupe, son identité, sa tribu idéologique, l’Évangile annonce quelque chose de radicalement différent : en Jésus-Christ, Dieu rassemble des hommes et des femmes de toutes nations dans une même alliance.
Mais il faut aussi entendre ceci : le Christ ne dit pas simplement « faites des sympathisants ». Il dit : « faites des disciples ».
Un disciple, c’est quelqu’un qui apprend à vivre sous l’autorité du Christ.
Et cela va souvent à contre-courant de notre époque. Nous vivons dans une culture qui valorise l’autonomie absolue : « je décide moi-même du vrai et du faux ». Jésus dit au contraire : « enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit ».
Le christianisme n’est pas seulement un réconfort spirituel. C’est une manière nouvelle de vivre sous le regard de Dieu.
Enfin, le Christ demeure avec son peuple.
La dernière phrase de l’Évangile est magnifique : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. »
C’est une promesse extraordinaire.
Car les disciples vont bientôt se retrouver seuls en apparence. Jésus va monter au ciel. Ils connaîtront la peur, les divisions, les persécutions.
Et pourtant Jésus dit : « Je suis avec vous. »
Pas seulement dans les grands moments.
Tous les jours.
Dans les jours lumineux.
Dans les jours ordinaires.
Dans les jours de fatigue.
Dans les jours de solitude.
Il y a dans cette parole une immense consolation.
Beaucoup de personnes aujourd’hui éprouvent une profonde solitude intérieure. Même entourés, beaucoup se sentent isolés. Nous pouvons avoir l’impression de porter seuls certaines épreuves.
Or le Christ ne promet pas une vie sans combat. Il promet sa présence au milieu du combat.
C’est toute la différence.
Quand Paul écrit aux Éphésiens que le Christ est au-dessus de toute puissance, il ne décrit pas une théorie lointaine. Il rappelle aux croyants que leur Seigneur vivant gouverne encore leur existence.
Et cette présence du Christ transforme notre manière de vivre.
Elle donne du courage.
Elle donne de la patience.
Elle donne de l’espérance.
Frères et sœurs,
Aujourd’hui l’Évangile nous rappelle trois choses simples.
Le Christ règne.
Le Christ envoie.
Le Christ demeure avec son peuple.
Voilà pourquoi l’Église peut continuer à avancer malgré ses faiblesses.
Voilà pourquoi nous pouvons continuer à espérer malgré les inquiétudes du monde.
Voilà pourquoi nous pouvons continuer à servir même lorsque nous nous sentons pauvres et limités.
Le Christ ressuscité n’a pas abandonné son Église.
Alors ne restons pas les yeux fixés vers le ciel comme les disciples dans les Actes. Le Seigneur nous appelle à vivre, à témoigner, à aimer, à persévérer ici et maintenant.
Et lorsque nous doutons, lorsque notre foi vacille, souvenons-nous que les disciples eux-mêmes ont douté. Pourtant Jésus les a gardés et envoyés.
Sa grâce est plus grande que nos faiblesses.
Et sa promesse demeure :
« Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. »
Amen.
Prédication exposition – forme orale (env. 20 mn)
Frères et sœurs,
Nous vivons dans un temps où beaucoup cherchent des repères solides. Les discours changent vite. Les vérités semblent devenir provisoires. Même les institutions qui paraissaient stables donnent parfois l’impression de vaciller. Beaucoup avancent avec une question silencieuse : sur quoi peut-on encore bâtir sa vie ?
L’Évangile de ce jour nous conduit sur une montagne de Galilée, devant le Christ ressuscité. Et là, Jésus prononce des paroles qui traversent les siècles : « Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre. »
Nous sommes à la fin de l’Évangile selon Matthieu. Depuis le début, Matthieu montre Jésus comme le Messie promis à Israël, le fils de David, le nouvel accomplissement des promesses de l’alliance. Et maintenant, après la croix et la résurrection, tout converge vers cette scène finale.
Le texte commence simplement : « Les onze disciples allèrent en Galilée, sur la montagne que Jésus leur avait désignée. »
Les onze seulement. Judas n’est plus là. Le groupe est blessé, diminué. Ce détail est important. Le Christ bâtit son Église avec des hommes fragiles.
Et ils vont « sur la montagne ». Dans l’Écriture, les montagnes sont souvent des lieux de révélation. Moïse reçoit la Loi sur le Sinaï. Élie rencontre Dieu sur l’Horeb. Jésus lui-même a proclamé les Béatitudes sur une montagne.
Matthieu nous fait comprendre que quelque chose de décisif va être révélé.
« Quand ils le virent, ils se prosternèrent devant lui. Mais quelques-uns eurent des doutes. »
Cette phrase est étonnante. Les disciples voient Jésus ressuscité, et pourtant certains hésitent encore.
La Bible est profondément réaliste. Elle ne transforme pas les disciples en héros parfaits. Même après Pâques, il y a encore du tremblement dans leur foi.
Cela devrait nous rassurer.
Nous pensons parfois qu’un vrai croyant ne devrait jamais douter. Mais les disciples eux-mêmes connaissent cette lutte intérieure.
Le mot grec employé ici évoque l’hésitation, le cœur partagé. Ils adorent, mais ils tremblent encore.
Et pourtant Jésus ne les rejette pas.
Il ne dit pas : « Revenez quand votre foi sera parfaite. »
Il s’approche d’eux.
Voilà déjà une bonne nouvelle pour nous. Le Christ ne travaille pas seulement avec des croyants forts. Il vient aussi vers ceux dont la foi est fragile.
Puis vient cette déclaration immense : « Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre. »
Le mot « pouvoir » signifie ici l’autorité souveraine. Jésus affirme qu’il règne désormais universellement.
Cela fait écho au prophète Daniel. Dans Daniel 7, le Fils de l’homme reçoit domination, gloire et royaume sur toutes les nations.
Autrement dit, Jésus affirme ici que cette prophétie s’accomplit en lui.
Et cela change tout.
Car le christianisme n’est pas simplement une sagesse spirituelle parmi d’autres. Il annonce que Jésus-Christ est Seigneur.
Pas seulement Seigneur de la sphère privée.
Pas seulement Seigneur du culte du dimanche.
Seigneur du ciel et de la terre.
Dans une époque où beaucoup veulent enfermer la foi dans quelque chose de purement intime, cette parole du Christ reste radicale.
Le monde moderne accepte parfois volontiers un Jésus moraliste, un Jésus inspirant, un Jésus symbole d’amour. Mais il résiste au Christ-Roi.
Car si Jésus possède toute autorité, alors aucune idéologie humaine n’est absolue. Aucun État. Aucun système. Aucun individu.
Cette parole remet tout le monde à sa place – nous compris.
Puis Jésus ajoute : « Allez, faites de toutes les nations des disciples. »
La mission découle directement de son autorité.
Parce qu’il règne, l’Église est envoyée.
Et remarquez bien : Jésus ne dit pas simplement « allez prêcher ». Il dit : « faites des disciples ».
Un disciple, c’est quelqu’un qui apprend à vivre sous l’autorité de son maître.
La mission chrétienne ne consiste donc pas seulement à transmettre quelques idées religieuses. Elle consiste à conduire des hommes et des femmes à vivre sous la seigneurie du Christ.
Et cela concerne toutes les nations.
Voilà l’accomplissement de la promesse faite à Abraham : « Toutes les familles de la terre seront bénies en toi. »
L’alliance s’ouvre maintenant au monde entier.
L’Église n’est plus centrée sur un seul peuple ou un seul territoire. Elle devient un peuple universel rassemblé par la grâce.
C’est très important aujourd’hui. Notre époque fragmente les hommes. On enferme les personnes dans leurs appartenances sociales, culturelles ou idéologiques.
L’Évangile fait exactement l’inverse. Il rassemble des hommes et des femmes différents autour d’un même Seigneur.
Mais attention : cette universalité chrétienne ne signifie pas relativisme.
Le Christ ne dit pas : « Chacun sa vérité. »
Il dit : « Enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. »
Voilà une parole difficile pour notre époque.
Nous vivons dans une culture qui valorise l’autonomie absolue : chacun définirait lui-même le bien, le mal, la vérité, l’identité.
Mais Jésus parle avec autorité.
Il ne propose pas simplement une option spirituelle parmi d’autres. Il enseigne la vérité de Dieu.
Cela ne veut pas dire que l’Église doit devenir arrogante ou violente. Le christianisme authentique ne convertit pas par la contrainte. Mais il ne peut pas non plus renoncer à la vérité reçue du Christ.
Puis Jésus parle du baptême : « Les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. »
Ici apparaît déjà toute la richesse de la foi chrétienne.
Un seul nom.
Trois personnes.
Le baptême fait entrer dans l’alliance de Dieu. Il marque l’appartenance au peuple du Christ.
Dans la tradition réformée, cela est essentiel : le chrétien ne vit pas seul. Il est intégré dans un peuple, nourri par la Parole et les sacrements.
Nous vivons dans une époque très individualiste. Beaucoup veulent une spiritualité sans Église, une foi sans engagement, une relation à Dieu sans communauté.
Mais le Christ appelle un peuple.
Enfin vient cette dernière parole : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. »
C’est probablement la phrase la plus consolante de tout ce passage.
Car Jésus envoie ses disciples dans un monde difficile.
Ils connaîtront les persécutions.
Les fatigues.
Les échecs.
Le rejet.
Et pourtant il promet sa présence.
Pas seulement dans les grands moments spirituels.
Tous les jours.
Dans les jours de joie.
Dans les jours ordinaires.
Dans les jours de maladie.
Dans les jours de solitude.
Le Christ ressuscité demeure avec son peuple.
L’Évangile de Matthieu commence avec Emmanuel – « Dieu avec nous » – et il s’achève exactement sur cette même promesse.
Le Seigneur n’abandonne pas son Église.
Frères et sœurs,
Ce texte nous appelle aujourd’hui à trois choses très simples.
D’abord, reconnaître l’autorité du Christ sur notre vie entière. Pas seulement une partie de nous-mêmes. Toute notre existence.
Ensuite, vivre comme des disciples véritables. Pas seulement des auditeurs occasionnels de l’Évangile, mais des hommes et des femmes qui apprennent à obéir au Christ dans la réalité quotidienne.
Enfin, marcher dans la confiance. Car nous ne sommes pas seuls.
Peut-être certains parmi nous traversent-ils des inquiétudes profondes. Peut-être certains doutent-ils comme les disciples sur la montagne. Peut-être certains se sentent-ils fatigués spirituellement.
Alors entendez cette parole du Christ ressuscité :
« Je suis avec vous tous les jours. »
Voilà l’espérance de l’Église.
Voilà la consolation du croyant.
Voilà la force de notre mission.
Le Christ règne.
Le Christ appelle.
Le Christ demeure.
Et il demeurera avec son peuple jusqu’à la fin du monde.
Amen.
Exégèse
La partie exégétique proposée sur le blog foedus.fr vise à éclairer les textes bibliques du jour de manière rigoureuse et accessible. Pour chaque texte, l’accent est porté à la fois sur le contexte immédiat et sur le contexte global de l’Écriture, afin d’en respecter la cohérence théologique et l’inscription dans l’histoire du salut.
L’analyse s’attache particulièrement aux mots hébreux et grecs les plus significatifs, lorsque cela est nécessaire pour comprendre le sens précis du texte. Elle s’enrichit également de l’apport des Pères de l’Église, des Réformateurs, ainsi que de la théologie réformée confessante contemporaine, afin de situer l’interprétation dans la continuité de la tradition chrétienne.
Lorsque cela éclaire utilement le passage étudié, des éléments d’archéologie biblique sont également intégrés, pour replacer le texte dans son cadre historique et culturel sans en faire un simple objet académique.
Cette approche cherche à servir à la fois la compréhension du texte et la foi de l’Église, en mettant l’exégèse au service de la proclamation et de la vie chrétienne.
La version de la Bible utilisée ici est la Bible Louis Segond de 1910, qui est libre de droit. Mais je lui préfère la version de 1978 dite « A la Colombe ».
1re lecture (Actes 1.1–11)
Actes 1.1–11
1 Théophile, j’ai parlé, dans mon premier livre, de tout ce que Jésus a commencé de faire et d’enseigner dès le commencement
2 jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel, après avoir donné ses ordres, par le Saint-Esprit, aux apôtres qu’il avait choisis.
3 Après qu’il eut souffert, il leur apparut vivant, et leur en donna plusieurs preuves, se montrant à eux pendant quarante jours, et parlant des choses qui concernent le royaume de Dieu.
4 Comme il se trouvait avec eux, il leur recommanda de ne pas s’éloigner de Jérusalem, mais d’attendre ce que le Père avait promis, ce que je vous ai annoncé, leur dit-il ;
5 car Jean a baptisé d’eau, mais vous, dans peu de jours, vous serez baptisés du Saint-Esprit.
6 Alors les apôtres réunis lui demandèrent : Seigneur, est-ce en ce temps que tu rétabliras le royaume d’Israël ?
7 Il leur répondit : Ce n’est pas à vous de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité.
8 Mais vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre.
9 Après avoir dit cela, il fut élevé pendant qu’ils le regardaient, et une nuée le déroba à leurs yeux.
10 Et comme ils avaient les regards fixés vers le ciel pendant qu’il s’en allait, voici, deux hommes vêtus de blanc leur apparurent,
11 et dirent : Hommes galiléens, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel ? Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu allant au ciel.
Le début du livre des Actes constitue le prolongement direct de l’Évangile selon Luc. L’auteur s’adresse de nouveau à « Théophile », probablement un croyant de haut rang ou un destinataire symbolique représentant « celui qui aime Dieu ». Luc rappelle que son premier livre concernait « tout ce que Jésus a commencé de faire et d’enseigner » (Actes 1.1). Le verbe est important : Jésus a commencé son œuvre durant son ministère terrestre, mais il continue maintenant à agir par son Esprit à travers son Église. Les Actes ne sont donc pas seulement l’histoire des apôtres ; ils racontent l’œuvre du Christ exalté dans l’histoire.
Le texte insiste immédiatement sur la continuité entre résurrection, Ascension et mission. Jésus se montre vivant « avec plusieurs preuves » durant quarante jours. Le terme grec τεκμήριον (tekmêrion) désigne une preuve solide, convaincante. Luc veut souligner le caractère historique et concret de la résurrection. La foi chrétienne ne repose pas sur une idée abstraite ou un mythe spirituel, mais sur un événement réel dans l’histoire.
Durant ces quarante jours, Jésus parle du « Royaume de Dieu ». Ce thème traverse tout l’Évangile de Luc et se prolonge dans les Actes. Le Royaume n’est pas un simple état intérieur ; il désigne le règne effectif de Dieu inauguré par le Christ et qui progresse dans l’histoire jusqu’à son accomplissement final.
Lorsque les disciples demandent : « Est-ce en ce temps que tu rétabliras le royaume pour Israël ? » (v. 6), ils révèlent encore une compréhension partiellement politique et nationale des promesses bibliques. Jésus ne nie pas l’espérance du Royaume, mais il corrige leur perspective. Le Royaume ne sera pas limité à Israël selon une restauration politique immédiate ; il s’étendra jusqu’aux extrémités de la terre. La mission universelle remplace l’attente d’un royaume terrestre centré exclusivement sur Israël ethnique.
Le verset 8 constitue le centre théologique du passage : « Vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins ». Le mot δύναμις (dynamis) évoque une puissance efficace donnée par Dieu lui-même. La mission de l’Église dépend entièrement de l’action du Saint-Esprit. Dans la théologie réformée, cela rappelle que l’expansion du Royaume n’est jamais produite par les seules capacités humaines, mais par la souveraineté de Dieu agissant par sa Parole et son Esprit.
Le mouvement géographique du verset 8 structure tout le livre des Actes : Jérusalem, Judée, Samarie, puis les extrémités de la terre. Ce développement manifeste l’accomplissement progressif de l’alliance abrahamique : « Toutes les nations de la terre seront bénies en ta descendance » (Genèse 12.3). L’Église devient le peuple missionnaire envoyé vers les nations.
L’Ascension elle-même possède une portée théologique immense. Jésus « fut élevé pendant qu’ils le regardaient » (v. 9). La nuée qui le dérobe à leurs yeux rappelle les manifestations visibles de la gloire divine dans l’Ancien Testament – la nuée du Sinaï, du tabernacle ou du temple. L’Ascension n’est pas simplement un déplacement spatial vers le ciel ; elle marque l’entrée du Christ dans la gloire royale et sacerdotale.
Le lien avec Daniel 7 est particulièrement important. Le Fils de l’homme reçoit domination, gloire et royaume devant l’Ancien des jours. Ainsi, l’Ascension correspond à l’intronisation du Messie. Éphésiens 1.20–23 développera cette réalité : le Christ siège désormais au-dessus de toute puissance et autorité.
Les deux hommes vêtus de blanc rappellent les anges présents au tombeau dans Luc 24. Leur parole corrige l’attitude des disciples : ils ne doivent pas demeurer fixés vers le ciel dans une attente passive. Le Christ reviendra « de la même manière », mais entre Ascension et retour glorieux se déploie le temps de la mission de l’Église.
Augustin d’Hippone voit dans l’Ascension l’exaltation de la nature humaine en Christ : « Aujourd’hui notre Seigneur Jésus-Christ est monté au ciel ; que notre cœur y monte aussi avec lui » (Sermon 263). L’Ascension manifeste que l’humanité rachetée entre désormais dans la gloire de Dieu en la personne du Christ.
Jean Calvin souligne quant à lui que l’Ascension n’éloigne pas le Christ de son peuple : « Il est monté au ciel non pour cesser d’être présent aux fidèles, mais pour exercer une présence plus efficace par la puissance de son Esprit » (Institution de la religion chrétienne, II.16).
Dans la théologie de l’alliance, ce passage marque une transition décisive de l’histoire du salut. Le Messie promis règne désormais. Le peuple de Dieu n’est plus centré sur une terre particulière, mais envoyé vers toutes les nations. L’Église vit désormais entre deux pôles : l’Ascension du Christ et son retour glorieux. Elle avance dans l’histoire avec cette certitude : le Roi règne déjà.
2e lecture (Éphésiens 1.17–23)
Éphésiens 1.17–23
17 afin que le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de gloire, vous donne un esprit de sagesse et de révélation, dans sa connaissance,
18 et qu’il illumine les yeux de votre cœur, pour que vous sachiez quelle est l’espérance qui s’attache à son appel, quelle est la richesse de la gloire de son héritage qu’il réserve aux saints,
19 et quelle est envers nous qui croyons l’infinie grandeur de sa puissance, se manifestant avec efficacité par la vertu de sa force.
20 Il l’a déployée en Christ, en le ressuscitant des morts, et en le faisant asseoir à sa droite dans les lieux célestes,
21 au-dessus de toute domination, de toute autorité, de toute puissance, de toute dignité, et de tout nom qui se peut nommer, non seulement dans le siècle présent, mais encore dans le siècle à venir.
22 Il a tout mis sous ses pieds, et il l’a donné pour chef suprême à l’Église,
23 qui est son corps, la plénitude de celui qui remplit tout en tous.
Dans ce passage, l’apôtre Paul transforme sa louange initiale en prière pour l’Église. Après avoir contemplé les bénédictions de l’élection, de la rédemption et de l’adoption en Christ (Éphésiens 1.3–14), il demande maintenant que les croyants comprennent réellement ce que Dieu leur a donné. Cette transition est importante : la connaissance chrétienne n’est pas seulement intellectuelle ; elle est illumination spirituelle.
Paul prie « afin que le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de gloire » donne « un esprit de sagesse et de révélation » (v. 17). L’expression ne désigne pas ici une nouvelle révélation doctrinale indépendante de l’Évangile apostolique, mais une intelligence spirituelle plus profonde des vérités déjà révélées en Christ. Le mot grec ἐπίγνωσις (epignôsis) évoque une connaissance pleine, approfondie, relationnelle.
L’expression « qu’il illumine les yeux de votre cœur » (v. 18) est particulièrement riche. Dans la pensée biblique, le cœur n’est pas seulement le siège des émotions ; il désigne le centre de la personne – intelligence, volonté et affections. La chute a obscurci l’intelligence humaine. Paul demande donc une œuvre intérieure du Saint-Esprit afin que les croyants perçoivent véritablement la réalité du salut. Cela rejoint profondément l’anthropologie réformée : le péché affecte aussi l’intelligence humaine, et seule la grâce de Dieu peut éclairer l’homme.
Trois réalités doivent être connues.
D’abord « l’espérance qui s’attache à son appel ». L’appel de Dieu n’est pas une simple invitation extérieure ; dans la pensée paulinienne, il désigne souvent l’appel efficace par lequel Dieu attire les siens au salut. Cette espérance concerne l’accomplissement final du Royaume et la résurrection future.
Ensuite « la richesse de la gloire de son héritage qu’il réserve aux saints ». Le croyant reçoit un héritage parce qu’il est uni au Fils. Cette idée plonge ses racines dans l’Ancien Testament, où Israël était le peuple de l’héritage de Dieu. Désormais, en Christ, Juifs et païens deviennent ensemble héritiers des promesses de l’alliance.
Enfin Paul insiste sur « l’infinie grandeur de sa puissance » envers les croyants (v. 19). Le vocabulaire grec accumule plusieurs termes liés à la force et à l’efficacité divine – δύναμις (dynamis), ἐνέργεια (energeia), κράτος (kratos), ἰσχύς (ischys). Paul veut montrer que le salut chrétien repose entièrement sur la puissance souveraine de Dieu.
Cette puissance s’est manifestée de manière suprême dans la résurrection du Christ : « Il l’a déployée en Christ, en le ressuscitant des morts » (v. 20). La résurrection n’est pas seulement le retour à la vie d’un homme pieux ; elle est l’acte par lequel Dieu inaugure la nouvelle création et proclame Jésus Seigneur.
Mais Paul va plus loin encore : Dieu a fait asseoir le Christ « à sa droite dans les lieux célestes ». Cette image renvoie directement au Psaume 110.1 : « Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied. » Dans l’Ancien Testament, la droite de Dieu symbolise l’autorité royale et la participation au règne divin.
Le Christ exalté est désormais « au-dessus de toute domination, de toute autorité, de toute puissance, de toute dignité » (v. 21). Paul vise probablement à la fois les puissances terrestres et les puissances spirituelles. Dans le contexte antique, les Éphésiens vivaient dans un monde marqué par la peur des puissances invisibles, des esprits et des autorités cosmiques. Paul affirme que le Christ règne souverainement au-dessus de toutes ces réalités.
L’expression « non seulement dans le siècle présent, mais encore dans le siècle à venir » souligne la dimension eschatologique du règne du Christ. Le Royaume est déjà inauguré, mais pas encore pleinement manifesté. Le croyant vit entre ces deux réalités.
Le verset 22 reprend encore le langage du Psaume 8 : « Il a tout mis sous ses pieds ». Le Christ est le nouvel Adam, le véritable roi de la création restaurée. Là où Adam avait échoué, Christ règne parfaitement.
Enfin, Paul établit un lien essentiel entre le Christ exalté et l’Église : Dieu l’a donné « pour chef suprême à l’Église » (v. 22). Le terme κεφαλή (kephalê) signifie tête, source, autorité directrice. L’Église n’est pas une institution autonome ; elle vit sous la seigneurie du Christ.
L’expression finale est l’une des plus profondes de toute l’épître : l’Église est « son corps, la plénitude de celui qui remplit tout en tous » (v. 23). L’union entre Christ et son peuple est si réelle que l’Église participe déjà à sa vie et à son règne. Calvin commente : « Comme l’âme répand sa vigueur dans tous les membres, ainsi Christ communique sa vie à tous les fidèles » (Commentaire sur Éphésiens).
Jean Chrysostome insiste également sur cette dignité de l’Église : « Considérez à quelle hauteur Dieu a élevé l’Église, puisqu’il l’a unie à son propre Fils » (Homélies sur Éphésiens).
Dans la théologie de l’alliance, ce texte révèle l’accomplissement du dessein éternel de Dieu : rassembler en Christ un peuple nouveau issu de toutes les nations, uni à son Roi exalté. L’Ascension et l’exaltation du Christ ne sont donc pas des doctrines abstraites ; elles constituent le fondement même de l’espérance, de la mission et de la persévérance de l’Église dans le monde.
Évangile (Matthieu 28.16–20)
Matthieu 28.16–20
16 Les onze disciples allèrent en Galilée, sur la montagne que Jésus leur avait désignée.
17 Quand ils le virent, ils se prosternèrent devant lui. Mais quelques-uns eurent des doutes.
18 Jésus, s’étant approché, leur parla ainsi : Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre.
19 Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit,
20 et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde.
Ce passage constitue la conclusion solennelle de l’Évangile selon Matthieu. Après la résurrection, Jésus donne à ses disciples ce que la tradition chrétienne appellera souvent la « Grande Mission ». Mais ce texte est bien plus qu’un simple mandat missionnaire ; il révèle le Christ ressuscité comme Roi universel accomplissant les promesses de l’alliance et envoyant son peuple vers les nations.
Le récit commence en Galilée : « Les onze disciples allèrent en Galilée, sur la montagne que Jésus leur avait désignée » (v. 16). La Galilée possède chez Matthieu une portée symbolique importante. Dès le début de l’Évangile, cette région était appelée « Galilée des nations » (Matthieu 4.15). Le ministère de Jésus y avait commencé ; c’est là aussi que débute maintenant l’envoi universel vers les peuples.
La mention de la montagne n’est probablement pas anodine. Dans l’Écriture, la montagne est souvent le lieu de la révélation divine : Sinaï, Carmel, montagne de la Transfiguration. Matthieu présente ainsi Jésus comme le nouveau Moïse, mais aussi comme le Fils souverain révélant définitivement la volonté de Dieu.
Le verset 17 introduit une note très humaine : « Quand ils le virent, ils se prosternèrent devant lui. Mais quelques-uns eurent des doutes. » Le verbe grec διστάζω (distazô) n’exprime pas nécessairement une incrédulité totale, mais une hésitation, une difficulté à saisir pleinement ce qu’ils voient. Matthieu montre ici que la foi des disciples reste fragile. Pourtant le Christ leur confie malgré tout sa mission. Cela rappelle que l’Église est toujours composée de croyants faibles soutenus par la grâce de Dieu.
Le cœur théologique du passage apparaît au verset 18 : « Toute autorité m’a été donnée dans le ciel et sur la terre. » Le terme grec ἐξουσία (exousia) désigne une autorité souveraine, royale et légitime. Jésus reprend ici le langage de Daniel 7.13–14, où le Fils de l’homme reçoit domination sur toutes les nations. La résurrection et l’Ascension correspondent donc à l’intronisation messianique du Christ.
Cette affirmation est fondamentale. La mission chrétienne ne repose pas d’abord sur l’enthousiasme humain, mais sur la royauté universelle du Christ. L’Église n’annonce pas une opinion religieuse parmi d’autres ; elle proclame le règne du Seigneur ressuscité sur toute la création.
Le commandement principal du passage est : « Faites de toutes les nations des disciples » (v. 19). Le verbe principal est μαθητεύσατε (mathêteusate) – « faire des disciples ». Il ne s’agit pas seulement de transmettre des informations religieuses, mais d’amener des hommes et des femmes à vivre sous l’autorité du Christ.
Trois participes précisent comment cette mission s’accomplit : aller, baptiser, enseigner.
« Allez » indique le mouvement missionnaire de l’Église vers le monde. Le peuple de Dieu n’est plus centré sur une seule nation ou un seul territoire. La promesse faite à Abraham atteint ici sa portée universelle : toutes les nations sont appelées à entrer dans l’alliance.
« Baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Cette formule trinitaire est d’une importance doctrinale majeure. Le singulier « au nom » (et non « aux noms ») souligne l’unité divine, tandis que les trois personnes sont clairement distinguées. Le baptême marque l’entrée visible dans l’alliance et dans la communauté du peuple de Dieu.
Dans la perspective réformée, ce texte fonde notamment le caractère ecclésial et covenantal du baptême. Être baptisé, c’est être publiquement placé sous l’autorité du Dieu trinitaire et intégré à la communauté visible de l’alliance.
« Enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. » La mission de l’Église ne consiste pas seulement à susciter une décision initiale, mais à former des disciples obéissants. L’enseignement occupe donc une place centrale. La foi chrétienne implique une transformation progressive de toute la vie sous l’autorité de la Parole de Dieu.
Le « tout » est important : tout ce que Christ a commandé doit être transmis. Cela exclut une foi réduite à quelques émotions religieuses ou à un simple message moral. Le Christ réclame la totalité de l’existence.
Enfin, le passage s’achève par une promesse extraordinaire : « Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (v. 20). Cette phrase fait écho au début de l’Évangile : « On lui donnera le nom d’Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous » (Matthieu 1.23). L’Évangile commence et s’achève par cette présence divine.
Le Christ exalté demeure présent avec son Église par son Esprit. Cette présence fonde la persévérance et l’espérance du peuple de Dieu au milieu des épreuves de l’histoire.
Jean Chrysostome souligne la portée universelle de cette mission : « Il n’envoie pas les disciples vers une seule nation comme auparavant, mais vers le monde entier » (Homélies sur Matthieu). Calvin insiste quant à lui sur le lien entre mission et doctrine : « Christ n’envoie pas seulement les apôtres baptiser, mais enseigner ; car l’Église ne peut être édifiée sans la pure doctrine » (Commentaire sur Matthieu).
Dans la théologie de l’alliance, ce texte manifeste l’élargissement universel du peuple de Dieu. Les promesses faites à Israël trouvent leur accomplissement en Christ et s’étendent désormais à toutes les nations. L’Église vit donc sous l’autorité du Roi ressuscité, nourrie par la Parole et les sacrements, envoyée dans le monde jusqu’au retour du Seigneur.
Synthèse canonique des 4 textes
Les trois textes du jour déploient ensemble une même vision théologique : le Christ ressuscité règne désormais sur toutes choses et envoie son peuple dans le monde jusqu’à son retour glorieux.
Dans Actes 1.1–11, l’Ascension marque l’intronisation du Christ. Jésus monte auprès du Père après avoir promis le Saint-Esprit à ses disciples. L’histoire du salut entre alors dans une nouvelle étape : le Royaume de Dieu doit maintenant être proclamé jusqu’aux extrémités de la terre. Le peuple de Dieu devient un peuple missionnaire.
Éphésiens 1.17–23 révèle le sens profond de cette Ascension. Le Christ exalté siège à la droite du Père « au-dessus de toute domination ». Il règne déjà sur l’histoire, les nations et les puissances visibles ou invisibles. L’Église n’est donc pas abandonnée dans le monde : elle vit sous l’autorité du Roi ressuscité, comme son corps uni à lui.
Matthieu 28.16–20 montre enfin la conséquence directe de ce règne universel : parce que toute autorité appartient désormais au Christ, l’Église est envoyée vers toutes les nations pour faire des disciples, baptiser et enseigner. La mission chrétienne ne repose pas sur la puissance humaine mais sur la présence permanente du Seigneur : « Je suis avec vous tous les jours. »
Ces textes accomplissent plusieurs grandes lignes de l’Ancien Testament. Le Psaume 110 annonçait le Messie assis à la droite de Dieu ; Daniel 7 présentait le Fils de l’homme recevant domination sur les nations ; la promesse faite à Abraham annonçait la bénédiction de tous les peuples de la terre. En Christ, ces promesses convergent : le Roi messianique règne, l’alliance s’ouvre aux nations et l’Église devient le témoin du Royaume dans le monde entier.
La théologie de l’alliance apparaît ici avec force. Le Dieu fidèle accomplit son dessein unique à travers toute l’histoire biblique : rassembler un peuple pour sa gloire sous le règne de son Fils. Entre Ascension et Pentecôte, l’Église vit donc dans l’attente, la mission et l’espérance du retour du Christ.
Lecture théologique (théologie de l’alliance)
Cette section propose une lecture doctrinale des textes du jour, en lien explicite avec la théologie de l’alliance. Elle ne vise pas à répéter l’exégèse ni la prédication, mais à offrir un éclairage oblique, en mettant en évidence les doctrines bibliques particulièrement sollicitées par les passages étudiés.
Il s’agit ici de rappeler l’enseignement constant de l’Église, et plus spécialement de la théologie réformée confessante, dans le champ de la théologie systématique : doctrine de Dieu, du salut, de l’Église, de la grâce, de la mission, ou encore de l’histoire du salut.
Cette lecture théologique permet de montrer que les textes du jour ne sont pas seulement porteurs d’un message spirituel immédiat, mais qu’ils s’inscrivent dans une cohérence doctrinale profonde. Les promesses, les appels et les exhortations bibliques prennent alors place dans le cadre plus large de l’alliance, comprise comme l’œuvre souveraine de Dieu, accomplie en Christ et déployée par l’Esprit dans l’histoire.
Cette section est facultative. Elle peut être utilisée pour approfondir la réflexion, nourrir l’enseignement catéchétique ou théologique, ou servir de repère doctrinal pour la prédication et la formation.
La lecture théologique de ces textes conduit immédiatement vers la doctrine du règne du Christ. L’Ascension n’est pas un détail secondaire du salut ; elle appartient au cœur même de l’économie de l’alliance. Le Fils éternel, après avoir accompli l’œuvre de rédemption dans son humiliation, entre maintenant dans son exaltation royale. Actes 1, Éphésiens 1 et Matthieu 28 forment ensemble une théologie cohérente du Christ exalté : il règne, il intercède, il gouverne son Église et il conduit l’histoire vers son accomplissement.
Dans la perspective réformée confessante, ce règne du Christ ne concerne pas seulement la sphère « spirituelle » au sens moderne du terme. Éphésiens affirme qu’il est placé « au-dessus de toute domination ». Cela implique une seigneurie universelle. Abraham Kuyper résumera cette intuition en affirmant qu’il n’existe pas un seul centimètre carré de la création sur lequel le Christ ne dise : « Cela m’appartient. » La théologie de l’alliance refuse donc de séparer radicalement foi et monde réel. Le Christ règne sur l’Église, mais aussi sur l’histoire, les nations, les cultures et les pouvoirs humains.
Ces textes éclairent également la doctrine de l’Église. Celle-ci n’est pas une association volontaire née d’une simple adhésion humaine. Elle est le peuple de l’alliance constitué par l’appel souverain de Dieu. Matthieu 28 montre que l’entrée dans cette communauté passe par le baptême et l’enseignement. La mission de l’Église consiste à faire des disciples, non à produire un vague sentiment religieux. La centralité de la Parole enseignée apparaît ici avec force. La tradition réformée a toujours insisté sur cette dimension : l’Église est créée et continuellement réformée par la Parole de Dieu.
La pneumatologie est également implicite mais décisive. Dans Actes 1, les disciples ne doivent pas partir immédiatement ; ils doivent attendre le Saint-Esprit. Cela rappelle que l’Église ne vit jamais de ses seules stratégies, de son influence sociale ou de sa capacité institutionnelle. La mission procède de l’action souveraine de l’Esprit appliquant l’œuvre du Christ aux élus. La théologie de l’alliance articule ici étroitement Christologie et pneumatologie : le Christ règne et l’Esprit déploie ce règne dans l’histoire.
Enfin, ces textes donnent une vision profondément biblique de l’histoire du salut. L’Ascension ouvre le temps de l’Église entre les deux venues du Christ. Nous vivons déjà sous son règne, mais pas encore dans sa manifestation finale. Cette tension entre le « déjà » et le « pas encore » protège à la fois du pessimisme absolu et des utopies terrestres. Le Royaume progresse réellement, mais son accomplissement définitif attend le retour glorieux du Seigneur.
Lecture apologétique
Le texte de la Grande Mission rencontre aujourd’hui plusieurs formes d’opposition idéologique. Certaines critiques viennent du relativisme contemporain. L’affirmation du Christ : « Toute autorité m’a été donnée » heurte une culture qui refuse toute vérité universelle. Dans une logique relativiste, chaque individu ou chaque culture produirait sa propre vérité. Dès lors, annoncer l’Évangile à toutes les nations apparaîtrait comme une prétention illégitime.
Pourtant, cette objection suppose elle-même une vérité universelle : l’idée selon laquelle aucune vérité universelle ne devrait être affirmée. Le relativisme radical finit ainsi par se contredire lui-même. Le christianisme, au contraire, affirme que la vérité n’est pas une construction arbitraire du pouvoir humain, mais qu’elle trouve son fondement dans le Dieu créateur et dans la réalité objective de l’histoire du salut. La résurrection du Christ n’est pas présentée comme une expérience subjective privée, mais comme un événement public qui fonde son autorité universelle.
Une objection fréquente issue des courants matérialistes ou scientistes consiste à considérer le mandat missionnaire comme reposant sur des croyances pré-scientifiques dépassées. La résurrection et l’Ascension seraient incompatibles avec une vision moderne du monde.
Mais cette critique repose souvent sur un présupposé philosophique plutôt que scientifique : l’idée que seule la matière existerait réellement. Or ce matérialisme n’est pas démontré scientifiquement ; il constitue lui-même une croyance métaphysique. La foi chrétienne affirme au contraire que le monde créé dépend d’un Dieu personnel capable d’agir dans son œuvre. Si Dieu existe, alors la résurrection n’est pas une impossibilité logique.
Le texte rencontre également des critiques d’inspiration woke ou postcoloniale. La mission chrétienne est parfois présentée comme une entreprise d’uniformisation culturelle ou de domination occidentale. Il faut reconnaître que certains épisodes historiques ont effectivement mêlé expansion politique et christianisation forcée. Mais Matthieu 28 lui-même ne justifie nullement une domination impériale. Le Christ n’envoie pas ses disciples imposer un ordre ethnique ou culturel particulier ; il les envoie faire des disciples parmi toutes les nations. L’universalisme chrétien n’efface pas les peuples ; il les rassemble sous une même seigneurie sans abolir leur diversité.
Le christianisme biblique contient même une critique interne permanente contre toute idolâtrie culturelle. Aucun peuple, aucune civilisation, aucune idéologie ne peut prétendre incarner pleinement le Royaume de Dieu.
Une objection nietzschéenne verrait dans cette mission l’expression d’une morale de faiblesse et de soumission. Nietzsche considérait le christianisme comme hostile à la puissance et à la vitalité humaine. Pourtant le Christ de Matthieu 28 n’apparaît pas comme une figure de faiblesse résignée. Il parle comme le Roi victorieux recevant toute autorité. La mission chrétienne ne procède pas du ressentiment mais d’une vision cohérente de la vérité, de la création et de la dignité humaine fondée en Dieu.
Face à l’islam, ce texte devient également un point de divergence majeur. Le baptême « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » affirme explicitement la Trinité et la divinité du Christ. L’islam reconnaît Jésus comme prophète mais refuse qu’il possède une autorité universelle divine. Pourtant le texte de Matthieu place clairement Jésus dans une position qui dépasse celle d’un simple envoyé humain : il reçoit toute autorité céleste et terrestre, promet sa présence continuelle auprès de son peuple et associe son nom à celui du Père et de l’Esprit dans une même formule baptismale. La lecture classique chrétienne ne découle donc pas d’une spéculation tardive extérieure au texte ; elle surgit de la logique même de l’Évangile.
Enfin, le libéralisme protestant tend parfois à réduire ce passage à un simple appel éthique universel – fraternité, ouverture, paix entre les peuples – en minimisant la résurrection réelle ou l’autorité divine du Christ. Mais le texte résiste à cette réduction. La mission découle explicitement de la seigneurie cosmique du Ressuscité. Sans résurrection réelle, la Grande Mission perd son fondement même et devient une exhortation morale parmi d’autres.
La pertinence contemporaine de ce passage demeure donc profonde. Dans un monde fragmenté, relativiste ou désenchanté, Matthieu 28 rappelle que l’histoire possède un centre : Jésus-Christ, Seigneur ressuscité. L’Église n’est pas appelée à se dissoudre dans l’esprit du temps, mais à témoigner humblement et fermement de cette vérité jusqu’à la fin du monde.
Outils pédagogiques
Contexte du texte de l’Évangile – Matthieu 28.16–20
Ce passage se situe tout à la fin de l’Évangile selon Matthieu. Jésus est ressuscité. Les femmes ont trouvé le tombeau vide et les disciples reçoivent l’ordre de rejoindre Jésus en Galilée. La scène se déroule sur une montagne, lieu fréquent de révélation dans l’Écriture. Les onze disciples rencontrent le Christ ressuscité avant son Ascension. C’est ici que Jésus confie à son Église sa mission universelle : faire des disciples parmi toutes les nations.
Le contexte est important : les disciples sont encore fragiles. Le texte précise même que certains doutent. Pourtant Jésus leur confie malgré tout sa mission. Le passage marque donc une transition majeure : le ministère terrestre du Christ s’achève et le temps de l’Église commence.
Questions
– Pourquoi Matthieu insiste-t-il sur la Galilée et sur la montagne ?
– Que révèle le fait que certains disciples doutent encore ?
– Pourquoi Jésus commence-t-il par parler de son autorité ?
– Quelle est la mission exacte confiée aux disciples ?
– Que signifie la promesse : « Je suis avec vous tous les jours » ?
Lien avec les autres lectures bibliques du jour
Actes 1.1–11 prolonge directement l’Évangile. Jésus monte au ciel après avoir envoyé ses disciples comme témoins jusqu’aux extrémités de la terre. Éphésiens 1.17–23 explique théologiquement ce que signifie cette exaltation : le Christ règne désormais au-dessus de toute puissance et il est le chef de l’Église. Le Psaume 46 proclame quant à lui la souveraineté de Dieu au milieu des bouleversements des nations.
Les textes convergent vers une même réalité : le Christ ressuscité règne et son Église est envoyée dans le monde avec assurance.
Questions
– Quels liens voyez-vous entre l’Ascension dans Actes 1 et la mission de Matthieu 28 ?
– Comment Éphésiens éclaire-t-il l’expression « tout pouvoir m’a été donné » ?
– Pourquoi le Psaume 46 convient-il particulièrement à ces lectures ?
– Qu’est-ce que ces textes disent ensemble sur l’Église ?
Place des textes dans l’année liturgique
Ces textes sont proposés dans les jours qui suivent l’Ascension et précèdent la Pentecôte. L’Église contemple le Christ exalté auprès du Père tout en attendant le don visible du Saint-Esprit. Ce moment liturgique rappelle que le Seigneur ressuscité règne déjà sur toutes choses et qu’il accompagne son peuple dans sa mission.
Le fil spirituel de cette période est celui de l’espérance, de la mission et de l’attente fidèle.
Questions
– Pourquoi l’Ascension est-elle importante pour la foi chrétienne ?
– En quoi ces textes préparent-ils la Pentecôte ?
– Comment l’Église est-elle appelée à vivre entre Ascension et retour du Christ ?
Éclairage du psaume choisi – Psaume 46
Le Psaume 46 est un psaume de confiance. Dieu y apparaît comme refuge au milieu des troubles du monde : guerres, bouleversements des nations, agitation des peuples. Il répond directement aux textes du jour en rappelant que Dieu règne malgré le chaos apparent de l’histoire.
Dans le culte, ce psaume peut être utilisé comme psaume d’adoration ou après la prédication pour répondre par la foi et la confiance à l’annonce du règne du Christ.
Questions
– Quels versets du psaume font écho aux textes du jour ?
– Pourquoi ce psaume parle-t-il autant de stabilité au milieu du désordre ?
– Comment ce psaume nourrit-il la confiance de l’Église aujourd’hui ?
Questions d’exégèse
Le mot « autorité » dans Matthieu 28.18 traduit le grec exousia : il désigne un pouvoir souverain et légitime. Jésus affirme ici son règne universel.
Le mot « disciple » est central. Il ne désigne pas seulement quelqu’un qui écoute un enseignement, mais quelqu’un qui apprend à vivre sous l’autorité de son maître.
Le mot « baptiser » rappelle l’entrée dans l’alliance et l’appartenance visible au peuple de Dieu.
Questions
– Pourquoi Jésus parle-t-il d’abord de son autorité avant de donner sa mission ?
– Que signifie concrètement « faire des disciples » ?
– Pourquoi le baptême est-il lié à l’enseignement ?
– Que remarquez-vous dans la formule trinitaire du baptême ?
– Quelle différence voyez-vous entre croire en Jésus et devenir disciple ?
Structure du texte
Le passage suit un mouvement très clair.
D’abord la rencontre avec le Ressuscité.
Puis la proclamation de son autorité universelle.
Ensuite l’envoi des disciples vers toutes les nations.
Enfin la promesse de sa présence jusqu’à la fin du monde.
Le texte progresse donc de la révélation du Christ vers la mission de l’Église.
Questions
– Quel est le centre du passage ?
– Pourquoi la mission découle-t-elle de l’autorité du Christ ?
– Pourquoi la promesse finale est-elle essentielle ?
Lecture théologique
Le texte révèle la seigneurie universelle du Christ ressuscité. Il manifeste aussi la doctrine de la Trinité à travers la formule baptismale. L’Église apparaît comme le peuple envoyé dans le monde pour annoncer l’Évangile et transmettre l’enseignement du Christ.
Dans la théologie de l’alliance, ce passage accomplit la promesse faite à Abraham : toutes les nations sont désormais appelées à entrer dans l’alliance de Dieu par le Christ.
Le texte montre également que l’histoire du salut entre dans une nouvelle étape : après le temps du ministère terrestre du Christ commence le temps de la mission de l’Église.
Questions
– Que révèle ce texte sur l’identité du Christ ?
– Comment ce passage manifeste-t-il la Trinité ?
– Pourquoi l’Église est-elle inséparable de la mission ?
– En quoi ce texte accomplit-il les promesses faites à Abraham ?
Approche apologétique – questions de discussion
Notre époque valorise souvent le relativisme : chacun aurait « sa vérité ». Pourtant Jésus affirme ici une autorité universelle.
Le texte rencontre aussi les critiques modernes contre la mission chrétienne, parfois accusée d’intolérance ou de domination culturelle.
D’autres réduisent Jésus à un simple maître moral et refusent sa résurrection réelle ou sa seigneurie divine.
Questions
– Pourquoi l’affirmation « toute autorité m’a été donnée » dérange-t-elle aujourd’hui ?
– Peut-on annoncer une vérité universelle sans mépriser les autres ?
– Pourquoi la résurrection du Christ est-elle essentielle dans ce texte ?
– Quelle différence existe-t-il entre mission chrétienne et domination culturelle ?
Appropriation spirituelle
Questions
– Qu’est-ce que ce texte révèle du Christ aujourd’hui pour moi ?
– Dans quels domaines de ma vie ai-je du mal à reconnaître son autorité ?
– Comment puis-je être témoin du Christ là où Dieu m’a placé ?
Textes liturgiques
Les textes liturgiques proposés ici sont directement inspirés des lectures bibliques du jour. Ils sont conçus pour un culte réformé, dans le respect de sa structure, de sa sobriété et de sa théologie.
Ils peuvent être utilisés tels quels ou adaptés selon le contexte local (voir le menu « Culte » du site).Les psaumes et cantiques sont choisis dans le recueil Arc-en-Ciel, largement utilisé dans les Églises réformées francophones.
Le recueil est disponible en ligne ici :
https ://www.arc-en-ciel.chLes paroles et les musiques des psaumes et cantiques proposés sont également accessibles sur le blog, dans la section « Psaumes et cantiques ».
Salutation et invocation
Notre secours est dans le nom de l’Éternel,
qui a fait les cieux et la terre.
Grâce, miséricorde et paix vous soient données de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ, qui règne à la droite du Père et demeure avec son Église jusqu’à la fin du monde.
Amen.
Adoration
Seigneur notre Dieu,
nous t’adorons pour ta gloire et ta souveraineté.
Tu as ressuscité ton Fils d’entre les morts,
tu l’as élevé au-dessus de toute puissance et de toute domination,
et tu lui as donné toute autorité dans le ciel et sur la terre.
Au milieu des troubles du monde,
tu demeures notre refuge et notre force.
Rassemble ton peuple par ton Esprit,
afin que nous te rendions un culte véritable,
par Jésus-Christ notre Seigneur.
Amen.
Loi de Dieu
Écoutons la volonté de Dieu :
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »
Seigneur, fais-nous la grâce d’aimer ce que tu commandes et de marcher dans tes voies.
Confession du péché
Seigneur Dieu,
nous confessons devant toi notre faiblesse et notre péché.
Nous reconnaissons que nous vivons souvent comme si le Christ ne régnait pas réellement sur nos vies.
Nous avons peur au lieu de nous confier en toi.
Nous gardons le silence lorsque nous sommes appelés à témoigner.
Nous cherchons nos propres volontés plus que ton Royaume.
Pardonne-nous pour l’amour de Jésus-Christ.
Renouvelle-nous par ton Saint-Esprit,
afin que nous vivions comme des disciples fidèles.
Amen.
Déclaration du pardon
Écoutons la promesse de Dieu :
« Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. »
Et encore :
« Il nous a délivrés de la puissance des ténèbres et nous a transportés dans le Royaume de son Fils bien-aimé. »
À tous ceux qui se repentent et mettent leur confiance en Jésus-Christ, j’annonce le pardon des péchés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Amen.
Confession de la foi
Je crois en Dieu le Père tout-puissant,
créateur du ciel et de la terre.
Je crois en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur,
qui a été conçu du Saint-Esprit,
est né de la vierge Marie,
a souffert sous Ponce Pilate,
a été crucifié, est mort, a été enseveli,
est descendu aux enfers ;
le troisième jour est ressuscité des morts ;
est monté au ciel ;
est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant ;
d’où il viendra pour juger les vivants et les morts.
Je crois au Saint-Esprit,
la sainte Église universelle,
la communion des saints,
la rémission des péchés,
la résurrection de la chair
et la vie éternelle.
Amen.
Prière d’illumination
Seigneur notre Dieu,
ouvre maintenant nos cœurs et nos intelligences par ton Saint-Esprit.
Fais-nous entendre ta Parole avec foi, humilité et obéissance.
Que le Christ ressuscité soit connu au milieu de nous,
afin que nous vivions sous son autorité et dans l’espérance de son Royaume.
Amen.
Lectures bibliques
Actes 1.1–11
Psaume 46
Éphésiens 1.17–23
Matthieu 28.16–20
Courte prière après les lectures
Ta Parole est une lampe à nos pieds et une lumière sur notre sentier.
Grave-la dans nos cœurs, Seigneur,
et fais-nous porter du fruit pour ta gloire.
Amen.
Thème de la prédication
Le Christ exalté règne sur toutes choses et envoie son Église jusqu’aux extrémités de la terre.
Texte pour l’offrande
« Vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins. »
Prière après l’offrande
Seigneur,
reçois ces dons et reçois nos vies tout entières.
Apprends-nous à servir ton Royaume avec reconnaissance et fidélité.
Que ce qui est offert aujourd’hui contribue à l’annonce de l’Évangile et au secours du prochain.
Par Jésus-Christ notre Seigneur.
Amen.
Prière d’intercession
Seigneur notre Dieu,
nous te prions pour ton Église répandue à travers le monde.
Fortifie ceux qui annoncent fidèlement l’Évangile.
Soutiens les croyants persécutés, les faibles, les découragés et les malades.
Nous te prions pour les nations, pour ceux qui exercent l’autorité, pour les responsables politiques et militaires, afin que justice et paix soient recherchées.
Nous te confions les familles, les personnes seules, les pauvres, les réfugiés, les prisonniers et tous ceux qui souffrent dans leur corps ou dans leur âme.
Accorde à ton peuple de vivre dans l’espérance du retour du Christ et dans la fidélité à sa mission.
Par Jésus-Christ notre Seigneur.
Amen.
Sainte Cène
Introduction
Que la paix du Seigneur Jésus-Christ soit avec vous tous.
Le Christ ressuscité nous rassemble aujourd’hui à sa table.
Lui qui possède toute autorité dans le ciel et sur la terre nous accueille par grâce et nous réconcilie avec Dieu.
Mémento
Nous ne sommes pas seuls lorsque nous célébrons cette Sainte Cène.
Nous sommes unis à l’Église de tous les temps et de tous les lieux, à ceux qui nous ont précédés dans la foi, et nous attendons le jour où le Seigneur reviendra dans sa gloire pour renouveler toutes choses.
Verset préparatoire
« Dieu est pour nous un refuge et un appui, un secours qui ne manque jamais dans la détresse. »
Prière eucharistique
Le Seigneur soit avec vous.
Et avec ton esprit.
Élevons nos cœurs.
Nous les élevons vers le Seigneur.
Rendons grâce au Seigneur notre Dieu.
Cela est juste et bon.
Il est vraiment juste et bon,
Père éternel et tout-puissant,
de te rendre grâce en tout temps et en tout lieu.
Tu as créé toutes choses par ta Parole,
et dans ton amour tu n’as pas abandonné le monde au péché et à la mort.
Tu as envoyé ton Fils Jésus-Christ,
qui a souffert pour nos fautes,
qui est ressuscité pour notre justification,
et que tu as élevé dans la gloire au-dessus de toute domination.
Par lui tu rassembles un peuple issu de toutes les nations,
afin qu’il proclame ton salut jusqu’aux extrémités de la terre.
C’est pourquoi avec toute l’Église nous proclamons :
Saint, saint, saint est le Seigneur, Dieu des armées.
Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire.
Hosanna au plus haut des cieux.
Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur.
Nous te rendons grâce pour Jésus-Christ notre Seigneur,
qui la nuit où il fut livré prit du pain ;
après avoir rendu grâces, il le rompit et dit :
« Prenez, mangez, ceci est mon corps donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. »
De même, après le repas, il prit la coupe et dit :
« Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ; faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boirez. »
Ainsi, Père très saint,
nous faisons mémoire de la mort de ton Fils,
nous proclamons sa résurrection,
nous attendons son retour dans la gloire.
Envoie maintenant ton Saint-Esprit sur nous et sur ces dons.
Accorde-nous, en recevant ce pain et cette coupe avec foi,
de communier véritablement au corps et au sang du Christ,
afin que nous soyons nourris dans l’espérance et fortifiés pour ton service.
Par Jésus-Christ, avec Jésus-Christ et en Jésus-Christ,
à toi, Père tout-puissant,
dans l’unité du Saint-Esprit,
tout honneur et toute gloire,
aux siècles des siècles.
Amen.
Notre Père
Notre Père qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié ;
que ton règne vienne ;
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du mal.
Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire, aux siècles des siècles.
Amen.
Fraction du pain
Le pain que nous rompons est la communion au corps du Christ.
La coupe de bénédiction pour laquelle nous rendons grâces est la communion au sang du Christ.
Prière de communion
Seigneur, nous ne sommes pas dignes de venir à ta table en nous appuyant sur notre propre justice, mais sur ta grande miséricorde.
Nourris-nous par ton Fils, fortifie notre foi et renouvelle notre espérance.
Paroles de distribution
Le corps du Christ donné pour vous.
Le sang du Christ versé pour vous.
Prière finale
Seigneur notre Dieu,
nous te rendons grâce pour cette communion au Christ ressuscité.
Fortifie ton Église dans la foi, dans l’amour et dans la mission.
Envoie-nous dans le monde comme témoins de ton Royaume, dans l’attente du retour glorieux de notre Seigneur Jésus-Christ.
Amen.
Exhortation
Allez dans la paix du Christ.
Servez le Seigneur avec joie.
Soyez fermes dans la foi, persévérants dans l’espérance et fidèles dans le témoignage.
Bénédiction
Que le Dieu de paix vous sanctifie lui-même tout entiers ;
que votre esprit, votre âme et votre corps soient conservés irrépréhensibles lors du retour de notre Seigneur Jésus-Christ.
Et que la bénédiction du Dieu tout-puissant,
Père, Fils et Saint-Esprit,
demeure sur vous et avec vous pour toujours.
Amen.
Psaumes et cantiques
Pour ce dimanche de l’Ascension centré sur Matthieu 28.16–20, Actes 1.1–11 et Éphésiens 1.17–23, plusieurs psaumes et cantiques du recueil Arc-en-Ciel apparaissent particulièrement adaptés par leur profondeur doctrinale, leur portée ecclésiale et leur cohérence avec le règne universel du Christ et la mission de l’Église. Le document Foedus souligne précisément que ces chants ont été sélectionnés pour leur solidité théologique et leur cohérence avec la tradition réformée.
Pour l’ouverture du culte, « Réjouissons-nous » (Psaume 95 ARC 95), adaptation de Clément Marot au XVIᵉ siècle, convient particulièrement bien. Ce psaume d’invocation et d’adoration rappelle que le peuple de Dieu vient devant son Roi avec reconnaissance. Il fait écho au Christ ressuscité recevant toute autorité sur la terre et les nations. Le document Foedus le recommande explicitement pour l’invocation dans l’ordo réformé classique.
Comme grand psaume d’adoration, « Dieu est pour nous la forteresse » (Psaume 46 ARC 46), de Clément Marot au XVIᵉ siècle, apparaît presque incontournable. Le lien avec les textes du jour est très fort : le psaume proclame le règne souverain de Dieu au milieu des bouleversements du monde, tandis qu’Éphésiens affirme que le Christ est élevé « au-dessus de toute domination ». Ce psaume peut être chanté après la déclaration du pardon ou après la prédication comme réponse de foi au règne du Christ exalté. Le document Foedus le classe parmi les psaumes essentiels du Psautier minimal pour toute l’année liturgique.
Pour la confession de foi ou l’adoration trinitaire, « Saint, Saint, Saint, le Seigneur tout-puissant » (ARC 863), de Reginald Heber (1826), possède une très grande densité doctrinale. Le cantique développe explicitement la gloire du Dieu trinitaire et correspond parfaitement à la formule baptismale de Matthieu 28 : « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Il est classé A dans la sélection doctrinale Foedus.
Pour la consécration après la prédication, « Consacre à ton service » (ARC 425), de Frances Ridley Havergal au XIXᵉ siècle, est particulièrement pertinent. Ce cantique répond directement à l’envoi missionnaire de Matthieu 28. Il ne s’agit pas d’un chant émotionnel centré sur l’individu, mais d’une offrande de toute la vie au service du Christ Roi et de son Église. Foedus le classe parmi les chants les plus solides doctrinalement du recueil.
Dans la même logique missionnaire et ecclésiale, « Revêts, Seigneur » (Psaume 72 ARC 72), adaptation de Clément Marot au XVIᵉ siècle, constitue un excellent choix après la prédication ou pour l’intercession. Le Psaume 72 est un psaume royal messianique qui annonce le règne universel du Roi juste. Il fait fortement écho à l’autorité universelle du Christ proclamée dans Matthieu 28. Foedus le recommande explicitement pour la consécration et l’intercession.
Pour la Sainte Cène, « Ah ! qu’il est doux pour des frères » (Psaume 133 ARC 164), d’après Théodore de Bèze et Clément Marot, convient particulièrement bien. Le psaume exprime l’unité visible du peuple de Dieu rassemblé sous le règne du Christ. Dans le contexte de Matthieu 28 et d’Éphésiens 1, cette communion fraternelle prend une portée universelle : l’Église issue de toutes les nations est unie dans un même Seigneur.
Enfin, pour l’envoi et la bénédiction, « Que Dieu nous bénisse » (Psaume 67 ARC 67), adaptation de Clément Marot au XVIᵉ siècle, est probablement le plus approprié. Le psaume associe bénédiction divine et mission vers les nations : « Que les peuples te louent, ô Dieu ! » Il répond directement à l’envoi universel de Matthieu 28 et peut être chanté juste avant la bénédiction finale. Foedus le recommande explicitement pour ce moment liturgique.

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