Le Roi ressuscité

Jeudi de l’Ascension – Année A : Le Christ exalté envoie son Église (Matthieu 28.16–20)

Pour lire l’i­mage
La com­po­si­tion conduit natu­rel­le­ment le regard vers le Christ illu­mi­né au centre de la scène. Les dis­ciples dis­po­sés autour de lui repré­sentent l’Église appe­lée à rece­voir la mis­sion et la pro­messe de sa pré­sence. La lumière qui perce les ténèbres rap­pelle que le règne du Christ res­sus­ci­té s’exerce déjà sur le monde mal­gré les incer­ti­tudes de l’histoire.


Le temps pas­cal s’achemine vers la Pen­te­côte. Les textes de ce jeu­di de l’As­cen­sion forment une uni­té remar­quable autour du Christ res­sus­ci­té et exal­té. Dans Actes 1.1–11, le Sei­gneur monte au ciel sous les yeux des dis­ciples et leur pro­met la puis­sance du Saint-Esprit. En Éphé­siens 1.17–23, l’apôtre Paul contemple le Christ assis à la droite du Père, éle­vé « au-des­sus de toute domi­na­tion ». Enfin, dans Mat­thieu 28.16–20, le Res­sus­ci­té confie à son Église la mis­sion uni­ver­selle de faire des dis­ciples par­mi toutes les nations.

La cou­leur litur­gique demeure le blanc, signe de gloire, de vic­toire et de résur­rec­tion. L’Ascension n’est pas l’absence du Christ mais son règne. Celui qui monte vers le Père reçoit toute auto­ri­té dans le ciel et sur la terre. Ain­si la mis­sion de l’Église ne repose ni sur sa force ni sur son influence, mais sur la sou­ve­rai­ne­té du Christ vivant.

Ces textes mani­festent pro­fon­dé­ment la théo­lo­gie de l’alliance. Le Dieu qui avait pro­mis à Abra­ham la béné­dic­tion des nations accom­plit main­te­nant son des­sein en Jésus-Christ. L’Église est envoyée vers le monde entier pour annon­cer l’Évangile du Royaume, bap­ti­ser et ensei­gner tout ce que le Sei­gneur a com­man­dé. Le Christ exal­té demeure pré­sent auprès des siens jusqu’à la fin du monde, accom­plis­sant ain­si les pro­messes de l’Alliance : « Je serai votre Dieu, et vous serez mon peuple. »

L’Ascension rap­pelle éga­le­ment que l’histoire humaine n’est pas aban­don­née au hasard. Le Christ règne déjà. Son Royaume pro­gresse au milieu des nations jusqu’au jour de son retour glo­rieux annon­cé par les anges dans le livre des Actes. L’Église vit donc entre Ascen­sion et Parou­sie – dans l’espérance, l’obéissance et la mis­sion.


Psaume du jour

Le Psaume 46 accom­pagne par­ti­cu­liè­re­ment bien les textes du jour, car il pro­clame la royau­té sou­ve­raine de Dieu au milieu des bou­le­ver­se­ments des nations : « Dieu est pour nous un refuge et un appui ». Il répond direc­te­ment à l’Ascension du Christ et à l’affirmation pau­li­nienne selon laquelle il règne désor­mais au-des­sus de toute puis­sance et domi­na­tion (Éphé­siens 1.20–23). Dans le Psau­tier de Genève, ce psaume occupe une place impor­tante comme chant de confiance et de vic­toire du Royaume de Dieu contre les forces du chaos et de l’histoire. Il peut être uti­li­sé dès l’ouverture du culte comme psaume d’adoration et d’assurance, mais aus­si après la pré­di­ca­tion pour répondre à l’annonce du règne du Christ par une confes­sion com­mu­nau­taire de confiance et d’espérance.


Cette page ras­semble les textes bibliques du jour, une médi­ta­tion, une pré­di­ca­tion et des élé­ments litur­giques pour le culte. Elle a pour objec­tif d’aider à la pré­pa­ra­tion et à la célé­bra­tion du culte, mais aus­si à la lec­ture per­son­nelle et com­mu­nau­taire de l’Écriture. L’ensemble du conte­nu est libre de droit et peut être uti­li­sé, adap­té et dif­fu­sé dans un cadre ecclé­sial, pas­to­ral ou péda­go­gique. Vous pou­vez citer l’auteur ou non, selon votre usage et votre contexte.

L’architecture de cette page per­met trois niveaux de lec­ture :

  • Lec­teur pres­sé → médi­ta­tion + pré­di­ca­tion → nour­ri
  • Lec­teur enga­gé → ajoute l’exégèse → enra­ci­né
  • Lec­teur for­mé / res­pon­sable → va jusqu’à l’apologétique → équi­pé



Courte méditation

La médi­ta­tion pro­po­sée sur le blog foedus.fr est volon­tai­re­ment courte. Elle s’appuie sur le texte de l’Évangile du jour (sauf indi­ca­tion contraire) et cherche à en faire res­sor­tir une parole cen­trale, acces­sible et direc­te­ment appli­cable à la vie quo­ti­dienne. Elle est accom­pa­gnée d’une prière simple, en écho au mes­sage biblique.

Cette médi­ta­tion peut être reprise telle quelle ou adap­tée libre­ment. Elle se prête par­ti­cu­liè­re­ment bien à un usage per­son­nel, pas­to­ral ou à un par­tage sur les réseaux sociaux (Face­book, X, etc.), sous forme de copier-col­ler.

Ce texte est libre de droit. Vous pou­vez citer l’auteur ou non, selon votre usage et votre contexte.


Entre l’Ascension et la Pen­te­côte, les dis­ciples demeurent dans une attente étrange. Le Christ est mon­té vers le Père, et pour­tant il pro­met : « Je suis avec vous tous les jours. » L’absence visible devient une pré­sence plus pro­fonde. Le Sei­gneur ne quitte pas son peuple ; il règne désor­mais sur toutes choses et accom­pagne son Église par son Esprit.

Jean Cal­vin écrit : « Le Christ est absent selon le corps, mais pré­sent par sa puis­sance. » Cette parole éclaire notre propre condi­tion. Nous vou­drions sou­vent voir, com­prendre immé­dia­te­ment, maî­tri­ser l’avenir. Pour­tant la foi chré­tienne apprend à mar­cher dans la confiance. Le Christ règne même lorsque le monde semble livré au désordre.

Les dis­ciples regar­daient vers le ciel ; les anges les ren­voient vers la mis­sion. La fidé­li­té chré­tienne ne consiste pas à fuir le monde, mais à vivre au cœur de l’histoire avec l’espérance du Royaume. Là où Dieu nous place – famille, tra­vail, armée, Église – nous sommes appe­lés à être témoins du Christ vivant.

Prière

Sei­gneur Jésus-Christ, apprends-nous à vivre sous ton regard et sous ton règne. Lorsque nous dou­tons ou que nous crai­gnons, rap­pelle-nous que tu demeures avec ton peuple jusqu’à la fin du monde. Donne-nous ton Esprit afin que nous soyons des témoins fidèles de ton Royaume. Amen.

Vincent Bru, 14/05/2026


Prédication

Les pré­di­ca­tions pro­po­sées sur le blog suivent en prin­cipe une struc­ture simple et éprou­vée : une intro­duc­tion, trois points déve­lop­pés, puis une conclu­sion. Cette pro­gres­sion vise à aider l’écoute, la com­pré­hen­sion et l’appropriation du mes­sage biblique, sans alour­dir le pro­pos ni perdre de vue l’essentiel.

Cette struc­ture n’est ni obli­ga­toire ni rigide. Elle consti­tue un cadre au ser­vice de la Parole, non une contrainte for­melle. Vous pou­vez reprendre cette pré­di­ca­tion telle quelle, l’adapter à votre contexte, ou sim­ple­ment vous en ins­pi­rer pour éla­bo­rer votre propre pro­cla­ma­tion.

La pré­di­ca­tion est pro­po­sée selon deux modèles com­plé­men­taires :

Un cane­vas de pré­di­ca­tion, des­ti­né à ceux qui sou­haitent s’inspirer de la struc­ture en la per­son­na­li­sant lar­ge­ment ;

Une pré­di­ca­tion orale exé­gé­tique, d’environ vingt minutes, direc­te­ment pro­cla­mable, pour ceux qui sou­haitent la lire ou l’adapter légè­re­ment.

Ce texte est libre de droit et peut être uti­li­sé, repro­duit ou adap­té pour un usage pas­to­ral, litur­gique ou péda­go­gique. Vous pou­vez citer l’auteur ou non, selon votre usage et votre contexte.

A lire avant tout : Méthode homi­lé­tique et pré­di­ca­tion réfor­mée – Fiches pour pas­teurs et pré­di­ca­teurs laïques


Prédication – canevas

Frères et sœurs,

Nous vivons dans un monde où beau­coup de choses vacillent. Les cer­ti­tudes poli­tiques changent. Les équi­libres inter­na­tio­naux deviennent fra­giles. Les tech­no­lo­gies évo­luent plus vite que notre capa­ci­té à les com­prendre. Même dans les vies per­son­nelles, beau­coup ont le sen­ti­ment de perdre leurs repères. Cer­tains se demandent ce qu’il faut encore croire. D’autres se demandent sim­ple­ment com­ment tenir.

Et au milieu de cette insta­bi­li­té, l’Évangile de ce jour nous place devant une parole immense du Christ res­sus­ci­té : « Tout pou­voir m’a été don­né dans le ciel et sur la terre. »

Voi­là le cœur des textes de ce jeu­di de l’As­cen­sion. Dans les Actes, Jésus monte au ciel. Dans l’épître aux Éphé­siens, Paul affirme qu’il règne au-des­sus de toute puis­sance. Et dans l’Évangile selon Mat­thieu, le Christ envoie ses dis­ciples dans le monde entier.

Le mes­sage est simple : le Christ règne, le Christ envoie, le Christ demeure avec son peuple.

D’abord, le Christ règne.

Les dis­ciples montent sur une mon­tagne en Gali­lée. Ils voient Jésus res­sus­ci­té. Cer­tains se pros­ternent. D’autres doutent encore. Et c’est à ce moment-là que Jésus déclare : « Tout pou­voir m’a été don­né dans le ciel et sur la terre. »

Ce n’est pas une parole abs­traite. Jésus parle après la croix. Après le rejet. Après la souf­france. Après la mort.

Autre­ment dit : le mal n’a pas gagné.

Le monde de l’époque était domi­né par Rome. Les dis­ciples étaient peu nom­breux, fra­giles, sans influence. Pour­tant Jésus affirme déjà qu’il est Roi.

Nous avons par­fois l’impression inverse. Quand nous regar­dons l’état du monde, l’Église affai­blie, les vio­lences, les men­songes, les idéo­lo­gies qui brouillent tout, nous pou­vons nous deman­der : qui règne réel­le­ment ?

Et pour­tant l’Évangile répond : ce n’est pas le chaos qui règne. Ce n’est pas la peur. Ce n’est pas la mort. Le Christ règne.

Atten­tion : cela ne signi­fie pas que tout devient immé­dia­te­ment facile. Les guerres conti­nuent. Les souf­frances demeurent. Les dis­ciples eux-mêmes connaî­tront la per­sé­cu­tion.

Mais cela signi­fie que l’histoire a déjà un Sei­gneur.

C’est très impor­tant pour notre foi. Car beau­coup de nos angoisses viennent du sen­ti­ment que tout pour­rait nous échap­per défi­ni­ti­ve­ment. Or l’Ascension du Christ rap­pelle pré­ci­sé­ment cela : le monde n’est pas aban­don­né.

Dans les Actes, les dis­ciples regardent Jésus mon­ter au ciel. Ils res­tent là, immo­biles, les yeux levés. Et les anges leur disent presque : main­te­nant, il faut avan­cer.

La foi chré­tienne n’est pas une fuite hors du monde. C’est vivre dans le monde avec la cer­ti­tude que le Christ règne déjà.

Ensuite, le Christ envoie.

« Allez, faites de toutes les nations des dis­ciples. »

Voi­là la mis­sion de l’Église.

Pas seule­ment des pas­teurs. Pas seule­ment des mis­sion­naires loin­tains. Toute l’Église.

Bien sûr, cha­cun a une voca­tion dif­fé­rente. Mais tout chré­tien est appe­lé à témoi­gner du Christ là où Dieu l’a pla­cé.

Dans une famille.
Dans un régi­ment.
Dans un hôpi­tal.
Dans une école.
Dans un bureau.
Dans une mai­son de retraite.

Sou­vent, nous ima­gi­nons la mis­sion comme quelque chose d’extraordinaire. Pour­tant elle com­mence sou­vent dans des gestes très simples : écou­ter quelqu’un, dire une parole vraie, refu­ser un men­songe, gar­der l’espérance quand tout le monde déses­père.

Le Christ ne demande pas aux dis­ciples d’être puis­sants. Il leur demande d’être fidèles.

Et il les envoie vers « toutes les nations ». C’est une parole immense. Car dans l’Ancien Tes­ta­ment, les pro­messes sem­blaient concen­trées sur Israël. Main­te­nant, l’Évangile s’ouvre au monde entier.

Cela veut dire qu’aucun peuple n’est oublié de Dieu.
Aucune culture n’est hors de por­tée de sa grâce.
Aucune per­sonne n’est trop loin pour être appe­lée.

Dans une époque où les socié­tés deviennent par­fois très frag­men­tées, où cha­cun se replie dans son groupe, son iden­ti­té, sa tri­bu idéo­lo­gique, l’Évangile annonce quelque chose de radi­ca­le­ment dif­fé­rent : en Jésus-Christ, Dieu ras­semble des hommes et des femmes de toutes nations dans une même alliance.

Mais il faut aus­si entendre ceci : le Christ ne dit pas sim­ple­ment « faites des sym­pa­thi­sants ». Il dit : « faites des dis­ciples ».

Un dis­ciple, c’est quelqu’un qui apprend à vivre sous l’autorité du Christ.

Et cela va sou­vent à contre-cou­rant de notre époque. Nous vivons dans une culture qui valo­rise l’autonomie abso­lue : « je décide moi-même du vrai et du faux ». Jésus dit au contraire : « ensei­gnez-leur à obser­ver tout ce que je vous ai pres­crit ».

Le chris­tia­nisme n’est pas seule­ment un récon­fort spi­ri­tuel. C’est une manière nou­velle de vivre sous le regard de Dieu.

Enfin, le Christ demeure avec son peuple.

La der­nière phrase de l’Évangile est magni­fique : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. »

C’est une pro­messe extra­or­di­naire.

Car les dis­ciples vont bien­tôt se retrou­ver seuls en appa­rence. Jésus va mon­ter au ciel. Ils connaî­tront la peur, les divi­sions, les per­sé­cu­tions.

Et pour­tant Jésus dit : « Je suis avec vous. »

Pas seule­ment dans les grands moments.
Tous les jours.

Dans les jours lumi­neux.
Dans les jours ordi­naires.
Dans les jours de fatigue.
Dans les jours de soli­tude.

Il y a dans cette parole une immense conso­la­tion.

Beau­coup de per­sonnes aujourd’hui éprouvent une pro­fonde soli­tude inté­rieure. Même entou­rés, beau­coup se sentent iso­lés. Nous pou­vons avoir l’impression de por­ter seuls cer­taines épreuves.

Or le Christ ne pro­met pas une vie sans com­bat. Il pro­met sa pré­sence au milieu du com­bat.

C’est toute la dif­fé­rence.

Quand Paul écrit aux Éphé­siens que le Christ est au-des­sus de toute puis­sance, il ne décrit pas une théo­rie loin­taine. Il rap­pelle aux croyants que leur Sei­gneur vivant gou­verne encore leur exis­tence.

Et cette pré­sence du Christ trans­forme notre manière de vivre.

Elle donne du cou­rage.
Elle donne de la patience.
Elle donne de l’espérance.

Frères et sœurs,

Aujourd’hui l’Évangile nous rap­pelle trois choses simples.

Le Christ règne.
Le Christ envoie.
Le Christ demeure avec son peuple.

Voi­là pour­quoi l’Église peut conti­nuer à avan­cer mal­gré ses fai­blesses.
Voi­là pour­quoi nous pou­vons conti­nuer à espé­rer mal­gré les inquié­tudes du monde.
Voi­là pour­quoi nous pou­vons conti­nuer à ser­vir même lorsque nous nous sen­tons pauvres et limi­tés.

Le Christ res­sus­ci­té n’a pas aban­don­né son Église.

Alors ne res­tons pas les yeux fixés vers le ciel comme les dis­ciples dans les Actes. Le Sei­gneur nous appelle à vivre, à témoi­gner, à aimer, à per­sé­vé­rer ici et main­te­nant.

Et lorsque nous dou­tons, lorsque notre foi vacille, sou­ve­nons-nous que les dis­ciples eux-mêmes ont dou­té. Pour­tant Jésus les a gar­dés et envoyés.

Sa grâce est plus grande que nos fai­blesses.

Et sa pro­messe demeure :

« Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. »

Amen.


Prédication exposition – forme orale (env. 20 mn)

Frères et sœurs,

Nous vivons dans un temps où beau­coup cherchent des repères solides. Les dis­cours changent vite. Les véri­tés semblent deve­nir pro­vi­soires. Même les ins­ti­tu­tions qui parais­saient stables donnent par­fois l’impression de vaciller. Beau­coup avancent avec une ques­tion silen­cieuse : sur quoi peut-on encore bâtir sa vie ?

L’Évangile de ce jour nous conduit sur une mon­tagne de Gali­lée, devant le Christ res­sus­ci­té. Et là, Jésus pro­nonce des paroles qui tra­versent les siècles : « Tout pou­voir m’a été don­né dans le ciel et sur la terre. »

Nous sommes à la fin de l’Évangile selon Mat­thieu. Depuis le début, Mat­thieu montre Jésus comme le Mes­sie pro­mis à Israël, le fils de David, le nou­vel accom­plis­se­ment des pro­messes de l’alliance. Et main­te­nant, après la croix et la résur­rec­tion, tout converge vers cette scène finale.

Le texte com­mence sim­ple­ment : « Les onze dis­ciples allèrent en Gali­lée, sur la mon­tagne que Jésus leur avait dési­gnée. »

Les onze seule­ment. Judas n’est plus là. Le groupe est bles­sé, dimi­nué. Ce détail est impor­tant. Le Christ bâtit son Église avec des hommes fra­giles.

Et ils vont « sur la mon­tagne ». Dans l’Écriture, les mon­tagnes sont sou­vent des lieux de révé­la­tion. Moïse reçoit la Loi sur le Sinaï. Élie ren­contre Dieu sur l’Horeb. Jésus lui-même a pro­cla­mé les Béa­ti­tudes sur une mon­tagne.

Mat­thieu nous fait com­prendre que quelque chose de déci­sif va être révé­lé.

« Quand ils le virent, ils se pros­ter­nèrent devant lui. Mais quelques-uns eurent des doutes. »

Cette phrase est éton­nante. Les dis­ciples voient Jésus res­sus­ci­té, et pour­tant cer­tains hésitent encore.

La Bible est pro­fon­dé­ment réa­liste. Elle ne trans­forme pas les dis­ciples en héros par­faits. Même après Pâques, il y a encore du trem­ble­ment dans leur foi.

Cela devrait nous ras­su­rer.

Nous pen­sons par­fois qu’un vrai croyant ne devrait jamais dou­ter. Mais les dis­ciples eux-mêmes connaissent cette lutte inté­rieure.

Le mot grec employé ici évoque l’hésitation, le cœur par­ta­gé. Ils adorent, mais ils tremblent encore.

Et pour­tant Jésus ne les rejette pas.

Il ne dit pas : « Reve­nez quand votre foi sera par­faite. »

Il s’approche d’eux.

Voi­là déjà une bonne nou­velle pour nous. Le Christ ne tra­vaille pas seule­ment avec des croyants forts. Il vient aus­si vers ceux dont la foi est fra­gile.

Puis vient cette décla­ra­tion immense : « Tout pou­voir m’a été don­né dans le ciel et sur la terre. »

Le mot « pou­voir » signi­fie ici l’autorité sou­ve­raine. Jésus affirme qu’il règne désor­mais uni­ver­sel­le­ment.

Cela fait écho au pro­phète Daniel. Dans Daniel 7, le Fils de l’homme reçoit domi­na­tion, gloire et royaume sur toutes les nations.

Autre­ment dit, Jésus affirme ici que cette pro­phé­tie s’accomplit en lui.

Et cela change tout.

Car le chris­tia­nisme n’est pas sim­ple­ment une sagesse spi­ri­tuelle par­mi d’autres. Il annonce que Jésus-Christ est Sei­gneur.

Pas seule­ment Sei­gneur de la sphère pri­vée.
Pas seule­ment Sei­gneur du culte du dimanche.
Sei­gneur du ciel et de la terre.

Dans une époque où beau­coup veulent enfer­mer la foi dans quelque chose de pure­ment intime, cette parole du Christ reste radi­cale.

Le monde moderne accepte par­fois volon­tiers un Jésus mora­liste, un Jésus ins­pi­rant, un Jésus sym­bole d’amour. Mais il résiste au Christ-Roi.

Car si Jésus pos­sède toute auto­ri­té, alors aucune idéo­lo­gie humaine n’est abso­lue. Aucun État. Aucun sys­tème. Aucun indi­vi­du.

Cette parole remet tout le monde à sa place – nous com­pris.

Puis Jésus ajoute : « Allez, faites de toutes les nations des dis­ciples. »

La mis­sion découle direc­te­ment de son auto­ri­té.

Parce qu’il règne, l’Église est envoyée.

Et remar­quez bien : Jésus ne dit pas sim­ple­ment « allez prê­cher ». Il dit : « faites des dis­ciples ».

Un dis­ciple, c’est quelqu’un qui apprend à vivre sous l’autorité de son maître.

La mis­sion chré­tienne ne consiste donc pas seule­ment à trans­mettre quelques idées reli­gieuses. Elle consiste à conduire des hommes et des femmes à vivre sous la sei­gneu­rie du Christ.

Et cela concerne toutes les nations.

Voi­là l’accomplissement de la pro­messe faite à Abra­ham : « Toutes les familles de la terre seront bénies en toi. »

L’alliance s’ouvre main­te­nant au monde entier.

L’Église n’est plus cen­trée sur un seul peuple ou un seul ter­ri­toire. Elle devient un peuple uni­ver­sel ras­sem­blé par la grâce.

C’est très impor­tant aujourd’hui. Notre époque frag­mente les hommes. On enferme les per­sonnes dans leurs appar­te­nances sociales, cultu­relles ou idéo­lo­giques.

L’Évangile fait exac­te­ment l’inverse. Il ras­semble des hommes et des femmes dif­fé­rents autour d’un même Sei­gneur.

Mais atten­tion : cette uni­ver­sa­li­té chré­tienne ne signi­fie pas rela­ti­visme.

Le Christ ne dit pas : « Cha­cun sa véri­té. »

Il dit : « Ensei­gnez-leur à obser­ver tout ce que je vous ai pres­crit. »

Voi­là une parole dif­fi­cile pour notre époque.

Nous vivons dans une culture qui valo­rise l’autonomie abso­lue : cha­cun défi­ni­rait lui-même le bien, le mal, la véri­té, l’identité.

Mais Jésus parle avec auto­ri­té.

Il ne pro­pose pas sim­ple­ment une option spi­ri­tuelle par­mi d’autres. Il enseigne la véri­té de Dieu.

Cela ne veut pas dire que l’Église doit deve­nir arro­gante ou vio­lente. Le chris­tia­nisme authen­tique ne conver­tit pas par la contrainte. Mais il ne peut pas non plus renon­cer à la véri­té reçue du Christ.

Puis Jésus parle du bap­tême : « Les bap­ti­sant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. »

Ici appa­raît déjà toute la richesse de la foi chré­tienne.

Un seul nom.
Trois per­sonnes.

Le bap­tême fait entrer dans l’alliance de Dieu. Il marque l’appartenance au peuple du Christ.

Dans la tra­di­tion réfor­mée, cela est essen­tiel : le chré­tien ne vit pas seul. Il est inté­gré dans un peuple, nour­ri par la Parole et les sacre­ments.

Nous vivons dans une époque très indi­vi­dua­liste. Beau­coup veulent une spi­ri­tua­li­té sans Église, une foi sans enga­ge­ment, une rela­tion à Dieu sans com­mu­nau­té.

Mais le Christ appelle un peuple.

Enfin vient cette der­nière parole : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. »

C’est pro­ba­ble­ment la phrase la plus conso­lante de tout ce pas­sage.

Car Jésus envoie ses dis­ciples dans un monde dif­fi­cile.

Ils connaî­tront les per­sé­cu­tions.
Les fatigues.
Les échecs.
Le rejet.

Et pour­tant il pro­met sa pré­sence.

Pas seule­ment dans les grands moments spi­ri­tuels.
Tous les jours.

Dans les jours de joie.
Dans les jours ordi­naires.
Dans les jours de mala­die.
Dans les jours de soli­tude.

Le Christ res­sus­ci­té demeure avec son peuple.

L’Évangile de Mat­thieu com­mence avec Emma­nuel – « Dieu avec nous » – et il s’achève exac­te­ment sur cette même pro­messe.

Le Sei­gneur n’abandonne pas son Église.

Frères et sœurs,

Ce texte nous appelle aujourd’hui à trois choses très simples.

D’abord, recon­naître l’autorité du Christ sur notre vie entière. Pas seule­ment une par­tie de nous-mêmes. Toute notre exis­tence.

Ensuite, vivre comme des dis­ciples véri­tables. Pas seule­ment des audi­teurs occa­sion­nels de l’Évangile, mais des hommes et des femmes qui apprennent à obéir au Christ dans la réa­li­té quo­ti­dienne.

Enfin, mar­cher dans la confiance. Car nous ne sommes pas seuls.

Peut-être cer­tains par­mi nous tra­versent-ils des inquié­tudes pro­fondes. Peut-être cer­tains doutent-ils comme les dis­ciples sur la mon­tagne. Peut-être cer­tains se sentent-ils fati­gués spi­ri­tuel­le­ment.

Alors enten­dez cette parole du Christ res­sus­ci­té :

« Je suis avec vous tous les jours. »

Voi­là l’espérance de l’Église.
Voi­là la conso­la­tion du croyant.
Voi­là la force de notre mis­sion.

Le Christ règne.
Le Christ appelle.
Le Christ demeure.

Et il demeu­re­ra avec son peuple jusqu’à la fin du monde.

Amen.


Exégèse

La par­tie exé­gé­tique pro­po­sée sur le blog foedus.fr vise à éclai­rer les textes bibliques du jour de manière rigou­reuse et acces­sible. Pour chaque texte, l’accent est por­té à la fois sur le contexte immé­diat et sur le contexte glo­bal de l’Écriture, afin d’en res­pec­ter la cohé­rence théo­lo­gique et l’inscription dans l’histoire du salut.

L’analyse s’attache par­ti­cu­liè­re­ment aux mots hébreux et grecs les plus signi­fi­ca­tifs, lorsque cela est néces­saire pour com­prendre le sens pré­cis du texte. Elle s’enrichit éga­le­ment de l’apport des Pères de l’Église, des Réfor­ma­teurs, ain­si que de la théo­lo­gie réfor­mée confes­sante contem­po­raine, afin de situer l’interprétation dans la conti­nui­té de la tra­di­tion chré­tienne.

Lorsque cela éclaire uti­le­ment le pas­sage étu­dié, des élé­ments d’archéologie biblique sont éga­le­ment inté­grés, pour repla­cer le texte dans son cadre his­to­rique et cultu­rel sans en faire un simple objet aca­dé­mique.

Cette approche cherche à ser­vir à la fois la com­pré­hen­sion du texte et la foi de l’Église, en met­tant l’exégèse au ser­vice de la pro­cla­ma­tion et de la vie chré­tienne.

La ver­sion de la Bible uti­li­sée ici est la Bible Louis Segond de 1910, qui est libre de droit. Mais je lui pré­fère la ver­sion de 1978 dite « A la Colombe ».


1re lecture (Actes 1.1–11)

Actes 1.1–11

1 Théo­phile, j’ai par­lé, dans mon pre­mier livre, de tout ce que Jésus a com­men­cé de faire et d’enseigner dès le com­men­ce­ment
2 jusqu’au jour où il fut enle­vé au ciel, après avoir don­né ses ordres, par le Saint-Esprit, aux apôtres qu’il avait choi­sis.
3 Après qu’il eut souf­fert, il leur appa­rut vivant, et leur en don­na plu­sieurs preuves, se mon­trant à eux pen­dant qua­rante jours, et par­lant des choses qui concernent le royaume de Dieu.
4 Comme il se trou­vait avec eux, il leur recom­man­da de ne pas s’éloigner de Jéru­sa­lem, mais d’attendre ce que le Père avait pro­mis, ce que je vous ai annon­cé, leur dit-il ;
5 car Jean a bap­ti­sé d’eau, mais vous, dans peu de jours, vous serez bap­ti­sés du Saint-Esprit.
6 Alors les apôtres réunis lui deman­dèrent : Sei­gneur, est-ce en ce temps que tu réta­bli­ras le royaume d’Israël ?
7 Il leur répon­dit : Ce n’est pas à vous de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre auto­ri­té.
8 Mais vous rece­vrez une puis­sance, le Saint-Esprit sur­ve­nant sur vous, et vous serez mes témoins à Jéru­sa­lem, dans toute la Judée, dans la Sama­rie, et jusqu’aux extré­mi­tés de la terre.
9 Après avoir dit cela, il fut éle­vé pen­dant qu’ils le regar­daient, et une nuée le déro­ba à leurs yeux.
10 Et comme ils avaient les regards fixés vers le ciel pen­dant qu’il s’en allait, voi­ci, deux hommes vêtus de blanc leur appa­rurent,
11 et dirent : Hommes gali­léens, pour­quoi vous arrê­tez-vous à regar­der au ciel ? Ce Jésus, qui a été enle­vé au ciel du milieu de vous, vien­dra de la même manière que vous l’avez vu allant au ciel.


Le début du livre des Actes consti­tue le pro­lon­ge­ment direct de l’Évangile selon Luc. L’auteur s’adresse de nou­veau à « Théo­phile », pro­ba­ble­ment un croyant de haut rang ou un des­ti­na­taire sym­bo­lique repré­sen­tant « celui qui aime Dieu ». Luc rap­pelle que son pre­mier livre concer­nait « tout ce que Jésus a com­men­cé de faire et d’enseigner » (Actes 1.1). Le verbe est impor­tant : Jésus a com­men­cé son œuvre durant son minis­tère ter­restre, mais il conti­nue main­te­nant à agir par son Esprit à tra­vers son Église. Les Actes ne sont donc pas seule­ment l’histoire des apôtres ; ils racontent l’œuvre du Christ exal­té dans l’histoire.

Le texte insiste immé­dia­te­ment sur la conti­nui­té entre résur­rec­tion, Ascen­sion et mis­sion. Jésus se montre vivant « avec plu­sieurs preuves » durant qua­rante jours. Le terme grec τεκμήριον (tek­mê­rion) désigne une preuve solide, convain­cante. Luc veut sou­li­gner le carac­tère his­to­rique et concret de la résur­rec­tion. La foi chré­tienne ne repose pas sur une idée abs­traite ou un mythe spi­ri­tuel, mais sur un évé­ne­ment réel dans l’histoire.

Durant ces qua­rante jours, Jésus parle du « Royaume de Dieu ». Ce thème tra­verse tout l’Évangile de Luc et se pro­longe dans les Actes. Le Royaume n’est pas un simple état inté­rieur ; il désigne le règne effec­tif de Dieu inau­gu­ré par le Christ et qui pro­gresse dans l’histoire jusqu’à son accom­plis­se­ment final.

Lorsque les dis­ciples demandent : « Est-ce en ce temps que tu réta­bli­ras le royaume pour Israël ? » (v. 6), ils révèlent encore une com­pré­hen­sion par­tiel­le­ment poli­tique et natio­nale des pro­messes bibliques. Jésus ne nie pas l’espérance du Royaume, mais il cor­rige leur pers­pec­tive. Le Royaume ne sera pas limi­té à Israël selon une res­tau­ra­tion poli­tique immé­diate ; il s’étendra jusqu’aux extré­mi­tés de la terre. La mis­sion uni­ver­selle rem­place l’attente d’un royaume ter­restre cen­tré exclu­si­ve­ment sur Israël eth­nique.

Le ver­set 8 consti­tue le centre théo­lo­gique du pas­sage : « Vous rece­vrez une puis­sance, le Saint-Esprit sur­ve­nant sur vous, et vous serez mes témoins ». Le mot δύναμις (dyna­mis) évoque une puis­sance effi­cace don­née par Dieu lui-même. La mis­sion de l’Église dépend entiè­re­ment de l’action du Saint-Esprit. Dans la théo­lo­gie réfor­mée, cela rap­pelle que l’expansion du Royaume n’est jamais pro­duite par les seules capa­ci­tés humaines, mais par la sou­ve­rai­ne­té de Dieu agis­sant par sa Parole et son Esprit.

Le mou­ve­ment géo­gra­phique du ver­set 8 struc­ture tout le livre des Actes : Jéru­sa­lem, Judée, Sama­rie, puis les extré­mi­tés de la terre. Ce déve­lop­pe­ment mani­feste l’accomplissement pro­gres­sif de l’alliance abra­ha­mique : « Toutes les nations de la terre seront bénies en ta des­cen­dance » (Genèse 12.3). L’Église devient le peuple mis­sion­naire envoyé vers les nations.

L’Ascension elle-même pos­sède une por­tée théo­lo­gique immense. Jésus « fut éle­vé pen­dant qu’ils le regar­daient » (v. 9). La nuée qui le dérobe à leurs yeux rap­pelle les mani­fes­ta­tions visibles de la gloire divine dans l’Ancien Tes­ta­ment – la nuée du Sinaï, du taber­nacle ou du temple. L’Ascension n’est pas sim­ple­ment un dépla­ce­ment spa­tial vers le ciel ; elle marque l’entrée du Christ dans la gloire royale et sacer­do­tale.

Le lien avec Daniel 7 est par­ti­cu­liè­re­ment impor­tant. Le Fils de l’homme reçoit domi­na­tion, gloire et royaume devant l’Ancien des jours. Ain­si, l’Ascension cor­res­pond à l’intronisation du Mes­sie. Éphé­siens 1.20–23 déve­lop­pe­ra cette réa­li­té : le Christ siège désor­mais au-des­sus de toute puis­sance et auto­ri­té.

Les deux hommes vêtus de blanc rap­pellent les anges pré­sents au tom­beau dans Luc 24. Leur parole cor­rige l’attitude des dis­ciples : ils ne doivent pas demeu­rer fixés vers le ciel dans une attente pas­sive. Le Christ revien­dra « de la même manière », mais entre Ascen­sion et retour glo­rieux se déploie le temps de la mis­sion de l’Église.

Augus­tin d’Hippone voit dans l’Ascension l’exaltation de la nature humaine en Christ : « Aujourd’hui notre Sei­gneur Jésus-Christ est mon­té au ciel ; que notre cœur y monte aus­si avec lui » (Ser­mon 263). L’Ascension mani­feste que l’humanité rache­tée entre désor­mais dans la gloire de Dieu en la per­sonne du Christ.

Jean Cal­vin sou­ligne quant à lui que l’Ascension n’éloigne pas le Christ de son peuple : « Il est mon­té au ciel non pour ces­ser d’être pré­sent aux fidèles, mais pour exer­cer une pré­sence plus effi­cace par la puis­sance de son Esprit » (Ins­ti­tu­tion de la reli­gion chré­tienne, II.16).

Dans la théo­lo­gie de l’alliance, ce pas­sage marque une tran­si­tion déci­sive de l’histoire du salut. Le Mes­sie pro­mis règne désor­mais. Le peuple de Dieu n’est plus cen­tré sur une terre par­ti­cu­lière, mais envoyé vers toutes les nations. L’Église vit désor­mais entre deux pôles : l’Ascension du Christ et son retour glo­rieux. Elle avance dans l’histoire avec cette cer­ti­tude : le Roi règne déjà.


2e lecture (Éphésiens 1.17–23)

Éphé­siens 1.17–23

17 afin que le Dieu de notre Sei­gneur Jésus-Christ, le Père de gloire, vous donne un esprit de sagesse et de révé­la­tion, dans sa connais­sance,
18 et qu’il illu­mine les yeux de votre cœur, pour que vous sachiez quelle est l’espérance qui s’attache à son appel, quelle est la richesse de la gloire de son héri­tage qu’il réserve aux saints,
19 et quelle est envers nous qui croyons l’infinie gran­deur de sa puis­sance, se mani­fes­tant avec effi­ca­ci­té par la ver­tu de sa force.
20 Il l’a déployée en Christ, en le res­sus­ci­tant des morts, et en le fai­sant asseoir à sa droite dans les lieux célestes,
21 au-des­sus de toute domi­na­tion, de toute auto­ri­té, de toute puis­sance, de toute digni­té, et de tout nom qui se peut nom­mer, non seule­ment dans le siècle pré­sent, mais encore dans le siècle à venir.
22 Il a tout mis sous ses pieds, et il l’a don­né pour chef suprême à l’Église,
23 qui est son corps, la plé­ni­tude de celui qui rem­plit tout en tous.


Dans ce pas­sage, l’apôtre Paul trans­forme sa louange ini­tiale en prière pour l’Église. Après avoir contem­plé les béné­dic­tions de l’élection, de la rédemp­tion et de l’adoption en Christ (Éphé­siens 1.3–14), il demande main­te­nant que les croyants com­prennent réel­le­ment ce que Dieu leur a don­né. Cette tran­si­tion est impor­tante : la connais­sance chré­tienne n’est pas seule­ment intel­lec­tuelle ; elle est illu­mi­na­tion spi­ri­tuelle.

Paul prie « afin que le Dieu de notre Sei­gneur Jésus-Christ, le Père de gloire » donne « un esprit de sagesse et de révé­la­tion » (v. 17). L’expression ne désigne pas ici une nou­velle révé­la­tion doc­tri­nale indé­pen­dante de l’Évangile apos­to­lique, mais une intel­li­gence spi­ri­tuelle plus pro­fonde des véri­tés déjà révé­lées en Christ. Le mot grec ἐπίγνωσις (epi­gnô­sis) évoque une connais­sance pleine, appro­fon­die, rela­tion­nelle.

L’expression « qu’il illu­mine les yeux de votre cœur » (v. 18) est par­ti­cu­liè­re­ment riche. Dans la pen­sée biblique, le cœur n’est pas seule­ment le siège des émo­tions ; il désigne le centre de la per­sonne – intel­li­gence, volon­té et affec­tions. La chute a obs­cur­ci l’intelligence humaine. Paul demande donc une œuvre inté­rieure du Saint-Esprit afin que les croyants per­çoivent véri­ta­ble­ment la réa­li­té du salut. Cela rejoint pro­fon­dé­ment l’anthropologie réfor­mée : le péché affecte aus­si l’intelligence humaine, et seule la grâce de Dieu peut éclai­rer l’homme.

Trois réa­li­tés doivent être connues.

D’abord « l’espérance qui s’attache à son appel ». L’appel de Dieu n’est pas une simple invi­ta­tion exté­rieure ; dans la pen­sée pau­li­nienne, il désigne sou­vent l’appel effi­cace par lequel Dieu attire les siens au salut. Cette espé­rance concerne l’accomplissement final du Royaume et la résur­rec­tion future.

Ensuite « la richesse de la gloire de son héri­tage qu’il réserve aux saints ». Le croyant reçoit un héri­tage parce qu’il est uni au Fils. Cette idée plonge ses racines dans l’Ancien Tes­ta­ment, où Israël était le peuple de l’héritage de Dieu. Désor­mais, en Christ, Juifs et païens deviennent ensemble héri­tiers des pro­messes de l’alliance.

Enfin Paul insiste sur « l’infinie gran­deur de sa puis­sance » envers les croyants (v. 19). Le voca­bu­laire grec accu­mule plu­sieurs termes liés à la force et à l’efficacité divine – δύναμις (dyna­mis), ἐνέργεια (ener­geia), κράτος (kra­tos), ἰσχύς (ischys). Paul veut mon­trer que le salut chré­tien repose entiè­re­ment sur la puis­sance sou­ve­raine de Dieu.

Cette puis­sance s’est mani­fes­tée de manière suprême dans la résur­rec­tion du Christ : « Il l’a déployée en Christ, en le res­sus­ci­tant des morts » (v. 20). La résur­rec­tion n’est pas seule­ment le retour à la vie d’un homme pieux ; elle est l’acte par lequel Dieu inau­gure la nou­velle créa­tion et pro­clame Jésus Sei­gneur.

Mais Paul va plus loin encore : Dieu a fait asseoir le Christ « à sa droite dans les lieux célestes ». Cette image ren­voie direc­te­ment au Psaume 110.1 : « Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de tes enne­mis ton mar­che­pied. » Dans l’Ancien Tes­ta­ment, la droite de Dieu sym­bo­lise l’autorité royale et la par­ti­ci­pa­tion au règne divin.

Le Christ exal­té est désor­mais « au-des­sus de toute domi­na­tion, de toute auto­ri­té, de toute puis­sance, de toute digni­té » (v. 21). Paul vise pro­ba­ble­ment à la fois les puis­sances ter­restres et les puis­sances spi­ri­tuelles. Dans le contexte antique, les Éphé­siens vivaient dans un monde mar­qué par la peur des puis­sances invi­sibles, des esprits et des auto­ri­tés cos­miques. Paul affirme que le Christ règne sou­ve­rai­ne­ment au-des­sus de toutes ces réa­li­tés.

L’expression « non seule­ment dans le siècle pré­sent, mais encore dans le siècle à venir » sou­ligne la dimen­sion escha­to­lo­gique du règne du Christ. Le Royaume est déjà inau­gu­ré, mais pas encore plei­ne­ment mani­fes­té. Le croyant vit entre ces deux réa­li­tés.

Le ver­set 22 reprend encore le lan­gage du Psaume 8 : « Il a tout mis sous ses pieds ». Le Christ est le nou­vel Adam, le véri­table roi de la créa­tion res­tau­rée. Là où Adam avait échoué, Christ règne par­fai­te­ment.

Enfin, Paul éta­blit un lien essen­tiel entre le Christ exal­té et l’Église : Dieu l’a don­né « pour chef suprême à l’Église » (v. 22). Le terme κεφαλή (kepha­lê) signi­fie tête, source, auto­ri­té direc­trice. L’Église n’est pas une ins­ti­tu­tion auto­nome ; elle vit sous la sei­gneu­rie du Christ.

L’expression finale est l’une des plus pro­fondes de toute l’épître : l’Église est « son corps, la plé­ni­tude de celui qui rem­plit tout en tous » (v. 23). L’union entre Christ et son peuple est si réelle que l’Église par­ti­cipe déjà à sa vie et à son règne. Cal­vin com­mente : « Comme l’âme répand sa vigueur dans tous les membres, ain­si Christ com­mu­nique sa vie à tous les fidèles » (Com­men­taire sur Éphé­siens).

Jean Chry­so­stome insiste éga­le­ment sur cette digni­té de l’Église : « Consi­dé­rez à quelle hau­teur Dieu a éle­vé l’Église, puisqu’il l’a unie à son propre Fils » (Homé­lies sur Éphé­siens).

Dans la théo­lo­gie de l’alliance, ce texte révèle l’accomplissement du des­sein éter­nel de Dieu : ras­sem­bler en Christ un peuple nou­veau issu de toutes les nations, uni à son Roi exal­té. L’Ascension et l’exaltation du Christ ne sont donc pas des doc­trines abs­traites ; elles consti­tuent le fon­de­ment même de l’espérance, de la mis­sion et de la per­sé­vé­rance de l’Église dans le monde.


Évangile (Matthieu 28.16–20)

Mat­thieu 28.16–20

16 Les onze dis­ciples allèrent en Gali­lée, sur la mon­tagne que Jésus leur avait dési­gnée.
17 Quand ils le virent, ils se pros­ter­nèrent devant lui. Mais quelques-uns eurent des doutes.
18 Jésus, s’étant appro­ché, leur par­la ain­si : Tout pou­voir m’a été don­né dans le ciel et sur la terre.
19 Allez, faites de toutes les nations des dis­ciples, les bap­ti­sant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit,
20 et ensei­gnez-leur à obser­ver tout ce que je vous ai pres­crit. Et voi­ci, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde.


Ce pas­sage consti­tue la conclu­sion solen­nelle de l’Évangile selon Mat­thieu. Après la résur­rec­tion, Jésus donne à ses dis­ciples ce que la tra­di­tion chré­tienne appel­le­ra sou­vent la « Grande Mis­sion ». Mais ce texte est bien plus qu’un simple man­dat mis­sion­naire ; il révèle le Christ res­sus­ci­té comme Roi uni­ver­sel accom­plis­sant les pro­messes de l’alliance et envoyant son peuple vers les nations.

Le récit com­mence en Gali­lée : « Les onze dis­ciples allèrent en Gali­lée, sur la mon­tagne que Jésus leur avait dési­gnée » (v. 16). La Gali­lée pos­sède chez Mat­thieu une por­tée sym­bo­lique impor­tante. Dès le début de l’Évangile, cette région était appe­lée « Gali­lée des nations » (Mat­thieu 4.15). Le minis­tère de Jésus y avait com­men­cé ; c’est là aus­si que débute main­te­nant l’envoi uni­ver­sel vers les peuples.

La men­tion de la mon­tagne n’est pro­ba­ble­ment pas ano­dine. Dans l’Écriture, la mon­tagne est sou­vent le lieu de la révé­la­tion divine : Sinaï, Car­mel, mon­tagne de la Trans­fi­gu­ra­tion. Mat­thieu pré­sente ain­si Jésus comme le nou­veau Moïse, mais aus­si comme le Fils sou­ve­rain révé­lant défi­ni­ti­ve­ment la volon­té de Dieu.

Le ver­set 17 intro­duit une note très humaine : « Quand ils le virent, ils se pros­ter­nèrent devant lui. Mais quelques-uns eurent des doutes. » Le verbe grec διστάζω (dis­tazô) n’exprime pas néces­sai­re­ment une incré­du­li­té totale, mais une hési­ta­tion, une dif­fi­cul­té à sai­sir plei­ne­ment ce qu’ils voient. Mat­thieu montre ici que la foi des dis­ciples reste fra­gile. Pour­tant le Christ leur confie mal­gré tout sa mis­sion. Cela rap­pelle que l’Église est tou­jours com­po­sée de croyants faibles sou­te­nus par la grâce de Dieu.

Le cœur théo­lo­gique du pas­sage appa­raît au ver­set 18 : « Toute auto­ri­té m’a été don­née dans le ciel et sur la terre. » Le terme grec ἐξουσία (exou­sia) désigne une auto­ri­té sou­ve­raine, royale et légi­time. Jésus reprend ici le lan­gage de Daniel 7.13–14, où le Fils de l’homme reçoit domi­na­tion sur toutes les nations. La résur­rec­tion et l’Ascension cor­res­pondent donc à l’intronisation mes­sia­nique du Christ.

Cette affir­ma­tion est fon­da­men­tale. La mis­sion chré­tienne ne repose pas d’abord sur l’enthousiasme humain, mais sur la royau­té uni­ver­selle du Christ. L’Église n’annonce pas une opi­nion reli­gieuse par­mi d’autres ; elle pro­clame le règne du Sei­gneur res­sus­ci­té sur toute la créa­tion.

Le com­man­de­ment prin­ci­pal du pas­sage est : « Faites de toutes les nations des dis­ciples » (v. 19). Le verbe prin­ci­pal est μαθητεύσατε (mathê­teu­sate) – « faire des dis­ciples ». Il ne s’agit pas seule­ment de trans­mettre des infor­ma­tions reli­gieuses, mais d’amener des hommes et des femmes à vivre sous l’autorité du Christ.

Trois par­ti­cipes pré­cisent com­ment cette mis­sion s’accomplit : aller, bap­ti­ser, ensei­gner.

« Allez » indique le mou­ve­ment mis­sion­naire de l’Église vers le monde. Le peuple de Dieu n’est plus cen­tré sur une seule nation ou un seul ter­ri­toire. La pro­messe faite à Abra­ham atteint ici sa por­tée uni­ver­selle : toutes les nations sont appe­lées à entrer dans l’alliance.

« Bap­ti­sez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Cette for­mule tri­ni­taire est d’une impor­tance doc­tri­nale majeure. Le sin­gu­lier « au nom » (et non « aux noms ») sou­ligne l’unité divine, tan­dis que les trois per­sonnes sont clai­re­ment dis­tin­guées. Le bap­tême marque l’entrée visible dans l’alliance et dans la com­mu­nau­té du peuple de Dieu.

Dans la pers­pec­tive réfor­mée, ce texte fonde notam­ment le carac­tère ecclé­sial et cove­nan­tal du bap­tême. Être bap­ti­sé, c’est être publi­que­ment pla­cé sous l’autorité du Dieu tri­ni­taire et inté­gré à la com­mu­nau­té visible de l’alliance.

« Ensei­gnez-leur à obser­ver tout ce que je vous ai pres­crit. » La mis­sion de l’Église ne consiste pas seule­ment à sus­ci­ter une déci­sion ini­tiale, mais à for­mer des dis­ciples obéis­sants. L’enseignement occupe donc une place cen­trale. La foi chré­tienne implique une trans­for­ma­tion pro­gres­sive de toute la vie sous l’autorité de la Parole de Dieu.

Le « tout » est impor­tant : tout ce que Christ a com­man­dé doit être trans­mis. Cela exclut une foi réduite à quelques émo­tions reli­gieuses ou à un simple mes­sage moral. Le Christ réclame la tota­li­té de l’existence.

Enfin, le pas­sage s’achève par une pro­messe extra­or­di­naire : « Et voi­ci, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (v. 20). Cette phrase fait écho au début de l’Évangile : « On lui don­ne­ra le nom d’Emmanuel, ce qui signi­fie Dieu avec nous » (Mat­thieu 1.23). L’Évangile com­mence et s’achève par cette pré­sence divine.

Le Christ exal­té demeure pré­sent avec son Église par son Esprit. Cette pré­sence fonde la per­sé­vé­rance et l’espérance du peuple de Dieu au milieu des épreuves de l’histoire.

Jean Chry­so­stome sou­ligne la por­tée uni­ver­selle de cette mis­sion : « Il n’envoie pas les dis­ciples vers une seule nation comme aupa­ra­vant, mais vers le monde entier » (Homé­lies sur Mat­thieu). Cal­vin insiste quant à lui sur le lien entre mis­sion et doc­trine : « Christ n’envoie pas seule­ment les apôtres bap­ti­ser, mais ensei­gner ; car l’Église ne peut être édi­fiée sans la pure doc­trine » (Com­men­taire sur Mat­thieu).

Dans la théo­lo­gie de l’alliance, ce texte mani­feste l’élargissement uni­ver­sel du peuple de Dieu. Les pro­messes faites à Israël trouvent leur accom­plis­se­ment en Christ et s’étendent désor­mais à toutes les nations. L’Église vit donc sous l’autorité du Roi res­sus­ci­té, nour­rie par la Parole et les sacre­ments, envoyée dans le monde jusqu’au retour du Sei­gneur.


Synthèse canonique des 4 textes

Les trois textes du jour déploient ensemble une même vision théo­lo­gique : le Christ res­sus­ci­té règne désor­mais sur toutes choses et envoie son peuple dans le monde jusqu’à son retour glo­rieux.

Dans Actes 1.1–11, l’Ascension marque l’intronisation du Christ. Jésus monte auprès du Père après avoir pro­mis le Saint-Esprit à ses dis­ciples. L’histoire du salut entre alors dans une nou­velle étape : le Royaume de Dieu doit main­te­nant être pro­cla­mé jusqu’aux extré­mi­tés de la terre. Le peuple de Dieu devient un peuple mis­sion­naire.

Éphé­siens 1.17–23 révèle le sens pro­fond de cette Ascen­sion. Le Christ exal­té siège à la droite du Père « au-des­sus de toute domi­na­tion ». Il règne déjà sur l’histoire, les nations et les puis­sances visibles ou invi­sibles. L’Église n’est donc pas aban­don­née dans le monde : elle vit sous l’autorité du Roi res­sus­ci­té, comme son corps uni à lui.

Mat­thieu 28.16–20 montre enfin la consé­quence directe de ce règne uni­ver­sel : parce que toute auto­ri­té appar­tient désor­mais au Christ, l’Église est envoyée vers toutes les nations pour faire des dis­ciples, bap­ti­ser et ensei­gner. La mis­sion chré­tienne ne repose pas sur la puis­sance humaine mais sur la pré­sence per­ma­nente du Sei­gneur : « Je suis avec vous tous les jours. »

Ces textes accom­plissent plu­sieurs grandes lignes de l’Ancien Tes­ta­ment. Le Psaume 110 annon­çait le Mes­sie assis à la droite de Dieu ; Daniel 7 pré­sen­tait le Fils de l’homme rece­vant domi­na­tion sur les nations ; la pro­messe faite à Abra­ham annon­çait la béné­dic­tion de tous les peuples de la terre. En Christ, ces pro­messes convergent : le Roi mes­sia­nique règne, l’alliance s’ouvre aux nations et l’Église devient le témoin du Royaume dans le monde entier.

La théo­lo­gie de l’alliance appa­raît ici avec force. Le Dieu fidèle accom­plit son des­sein unique à tra­vers toute l’histoire biblique : ras­sem­bler un peuple pour sa gloire sous le règne de son Fils. Entre Ascen­sion et Pen­te­côte, l’Église vit donc dans l’attente, la mis­sion et l’espérance du retour du Christ.


Lecture théologique (théologie de l’alliance)

Cette sec­tion pro­pose une lec­ture doc­tri­nale des textes du jour, en lien expli­cite avec la théo­lo­gie de l’alliance. Elle ne vise pas à répé­ter l’exégèse ni la pré­di­ca­tion, mais à offrir un éclai­rage oblique, en met­tant en évi­dence les doc­trines bibliques par­ti­cu­liè­re­ment sol­li­ci­tées par les pas­sages étu­diés.

Il s’agit ici de rap­pe­ler l’enseignement constant de l’Église, et plus spé­cia­le­ment de la théo­lo­gie réfor­mée confes­sante, dans le champ de la théo­lo­gie sys­té­ma­tique : doc­trine de Dieu, du salut, de l’Église, de la grâce, de la mis­sion, ou encore de l’histoire du salut.

Cette lec­ture théo­lo­gique per­met de mon­trer que les textes du jour ne sont pas seule­ment por­teurs d’un mes­sage spi­ri­tuel immé­diat, mais qu’ils s’inscrivent dans une cohé­rence doc­tri­nale pro­fonde. Les pro­messes, les appels et les exhor­ta­tions bibliques prennent alors place dans le cadre plus large de l’alliance, com­prise comme l’œuvre sou­ve­raine de Dieu, accom­plie en Christ et déployée par l’Esprit dans l’histoire.

Cette sec­tion est facul­ta­tive. Elle peut être uti­li­sée pour appro­fon­dir la réflexion, nour­rir l’enseignement caté­ché­tique ou théo­lo­gique, ou ser­vir de repère doc­tri­nal pour la pré­di­ca­tion et la for­ma­tion.


La lec­ture théo­lo­gique de ces textes conduit immé­dia­te­ment vers la doc­trine du règne du Christ. L’Ascension n’est pas un détail secon­daire du salut ; elle appar­tient au cœur même de l’économie de l’alliance. Le Fils éter­nel, après avoir accom­pli l’œuvre de rédemp­tion dans son humi­lia­tion, entre main­te­nant dans son exal­ta­tion royale. Actes 1, Éphé­siens 1 et Mat­thieu 28 forment ensemble une théo­lo­gie cohé­rente du Christ exal­té : il règne, il inter­cède, il gou­verne son Église et il conduit l’histoire vers son accom­plis­se­ment.

Dans la pers­pec­tive réfor­mée confes­sante, ce règne du Christ ne concerne pas seule­ment la sphère « spi­ri­tuelle » au sens moderne du terme. Éphé­siens affirme qu’il est pla­cé « au-des­sus de toute domi­na­tion ». Cela implique une sei­gneu­rie uni­ver­selle. Abra­ham Kuy­per résu­me­ra cette intui­tion en affir­mant qu’il n’existe pas un seul cen­ti­mètre car­ré de la créa­tion sur lequel le Christ ne dise : « Cela m’appartient. » La théo­lo­gie de l’alliance refuse donc de sépa­rer radi­ca­le­ment foi et monde réel. Le Christ règne sur l’Église, mais aus­si sur l’histoire, les nations, les cultures et les pou­voirs humains.

Ces textes éclairent éga­le­ment la doc­trine de l’Église. Celle-ci n’est pas une asso­cia­tion volon­taire née d’une simple adhé­sion humaine. Elle est le peuple de l’alliance consti­tué par l’appel sou­ve­rain de Dieu. Mat­thieu 28 montre que l’entrée dans cette com­mu­nau­té passe par le bap­tême et l’enseignement. La mis­sion de l’Église consiste à faire des dis­ciples, non à pro­duire un vague sen­ti­ment reli­gieux. La cen­tra­li­té de la Parole ensei­gnée appa­raît ici avec force. La tra­di­tion réfor­mée a tou­jours insis­té sur cette dimen­sion : l’Église est créée et conti­nuel­le­ment réfor­mée par la Parole de Dieu.

La pneu­ma­to­lo­gie est éga­le­ment impli­cite mais déci­sive. Dans Actes 1, les dis­ciples ne doivent pas par­tir immé­dia­te­ment ; ils doivent attendre le Saint-Esprit. Cela rap­pelle que l’Église ne vit jamais de ses seules stra­té­gies, de son influence sociale ou de sa capa­ci­té ins­ti­tu­tion­nelle. La mis­sion pro­cède de l’action sou­ve­raine de l’Esprit appli­quant l’œuvre du Christ aux élus. La théo­lo­gie de l’alliance arti­cule ici étroi­te­ment Chris­to­lo­gie et pneu­ma­to­lo­gie : le Christ règne et l’Esprit déploie ce règne dans l’histoire.

Enfin, ces textes donnent une vision pro­fon­dé­ment biblique de l’histoire du salut. L’Ascension ouvre le temps de l’Église entre les deux venues du Christ. Nous vivons déjà sous son règne, mais pas encore dans sa mani­fes­ta­tion finale. Cette ten­sion entre le « déjà » et le « pas encore » pro­tège à la fois du pes­si­misme abso­lu et des uto­pies ter­restres. Le Royaume pro­gresse réel­le­ment, mais son accom­plis­se­ment défi­ni­tif attend le retour glo­rieux du Sei­gneur.


Lecture apologétique

Le texte de la Grande Mis­sion ren­contre aujourd’hui plu­sieurs formes d’opposition idéo­lo­gique. Cer­taines cri­tiques viennent du rela­ti­visme contem­po­rain. L’affirmation du Christ : « Toute auto­ri­té m’a été don­née » heurte une culture qui refuse toute véri­té uni­ver­selle. Dans une logique rela­ti­viste, chaque indi­vi­du ou chaque culture pro­dui­rait sa propre véri­té. Dès lors, annon­cer l’Évangile à toutes les nations appa­raî­trait comme une pré­ten­tion illé­gi­time.

Pour­tant, cette objec­tion sup­pose elle-même une véri­té uni­ver­selle : l’idée selon laquelle aucune véri­té uni­ver­selle ne devrait être affir­mée. Le rela­ti­visme radi­cal finit ain­si par se contre­dire lui-même. Le chris­tia­nisme, au contraire, affirme que la véri­té n’est pas une construc­tion arbi­traire du pou­voir humain, mais qu’elle trouve son fon­de­ment dans le Dieu créa­teur et dans la réa­li­té objec­tive de l’histoire du salut. La résur­rec­tion du Christ n’est pas pré­sen­tée comme une expé­rience sub­jec­tive pri­vée, mais comme un évé­ne­ment public qui fonde son auto­ri­té uni­ver­selle.

Une objec­tion fré­quente issue des cou­rants maté­ria­listes ou scien­tistes consiste à consi­dé­rer le man­dat mis­sion­naire comme repo­sant sur des croyances pré-scien­ti­fiques dépas­sées. La résur­rec­tion et l’Ascension seraient incom­pa­tibles avec une vision moderne du monde.

Mais cette cri­tique repose sou­vent sur un pré­sup­po­sé phi­lo­so­phique plu­tôt que scien­ti­fique : l’idée que seule la matière exis­te­rait réel­le­ment. Or ce maté­ria­lisme n’est pas démon­tré scien­ti­fi­que­ment ; il consti­tue lui-même une croyance méta­phy­sique. La foi chré­tienne affirme au contraire que le monde créé dépend d’un Dieu per­son­nel capable d’agir dans son œuvre. Si Dieu existe, alors la résur­rec­tion n’est pas une impos­si­bi­li­té logique.

Le texte ren­contre éga­le­ment des cri­tiques d’inspiration woke ou post­co­lo­niale. La mis­sion chré­tienne est par­fois pré­sen­tée comme une entre­prise d’uniformisation cultu­relle ou de domi­na­tion occi­den­tale. Il faut recon­naître que cer­tains épi­sodes his­to­riques ont effec­ti­ve­ment mêlé expan­sion poli­tique et chris­tia­ni­sa­tion for­cée. Mais Mat­thieu 28 lui-même ne jus­ti­fie nul­le­ment une domi­na­tion impé­riale. Le Christ n’envoie pas ses dis­ciples impo­ser un ordre eth­nique ou cultu­rel par­ti­cu­lier ; il les envoie faire des dis­ciples par­mi toutes les nations. L’universalisme chré­tien n’efface pas les peuples ; il les ras­semble sous une même sei­gneu­rie sans abo­lir leur diver­si­té.

Le chris­tia­nisme biblique contient même une cri­tique interne per­ma­nente contre toute ido­lâ­trie cultu­relle. Aucun peuple, aucune civi­li­sa­tion, aucune idéo­lo­gie ne peut pré­tendre incar­ner plei­ne­ment le Royaume de Dieu.

Une objec­tion nietz­schéenne ver­rait dans cette mis­sion l’expression d’une morale de fai­blesse et de sou­mis­sion. Nietzsche consi­dé­rait le chris­tia­nisme comme hos­tile à la puis­sance et à la vita­li­té humaine. Pour­tant le Christ de Mat­thieu 28 n’apparaît pas comme une figure de fai­blesse rési­gnée. Il parle comme le Roi vic­to­rieux rece­vant toute auto­ri­té. La mis­sion chré­tienne ne pro­cède pas du res­sen­ti­ment mais d’une vision cohé­rente de la véri­té, de la créa­tion et de la digni­té humaine fon­dée en Dieu.

Face à l’islam, ce texte devient éga­le­ment un point de diver­gence majeur. Le bap­tême « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » affirme expli­ci­te­ment la Tri­ni­té et la divi­ni­té du Christ. L’islam recon­naît Jésus comme pro­phète mais refuse qu’il pos­sède une auto­ri­té uni­ver­selle divine. Pour­tant le texte de Mat­thieu place clai­re­ment Jésus dans une posi­tion qui dépasse celle d’un simple envoyé humain : il reçoit toute auto­ri­té céleste et ter­restre, pro­met sa pré­sence conti­nuelle auprès de son peuple et asso­cie son nom à celui du Père et de l’Esprit dans une même for­mule bap­tis­male. La lec­ture clas­sique chré­tienne ne découle donc pas d’une spé­cu­la­tion tar­dive exté­rieure au texte ; elle sur­git de la logique même de l’Évangile.

Enfin, le libé­ra­lisme pro­tes­tant tend par­fois à réduire ce pas­sage à un simple appel éthique uni­ver­sel – fra­ter­ni­té, ouver­ture, paix entre les peuples – en mini­mi­sant la résur­rec­tion réelle ou l’autorité divine du Christ. Mais le texte résiste à cette réduc­tion. La mis­sion découle expli­ci­te­ment de la sei­gneu­rie cos­mique du Res­sus­ci­té. Sans résur­rec­tion réelle, la Grande Mis­sion perd son fon­de­ment même et devient une exhor­ta­tion morale par­mi d’autres.

La per­ti­nence contem­po­raine de ce pas­sage demeure donc pro­fonde. Dans un monde frag­men­té, rela­ti­viste ou désen­chan­té, Mat­thieu 28 rap­pelle que l’histoire pos­sède un centre : Jésus-Christ, Sei­gneur res­sus­ci­té. L’Église n’est pas appe­lée à se dis­soudre dans l’esprit du temps, mais à témoi­gner hum­ble­ment et fer­me­ment de cette véri­té jusqu’à la fin du monde.

Outils pédagogiques

Contexte du texte de l’Évangile – Mat­thieu 28.16–20

Ce pas­sage se situe tout à la fin de l’Évangile selon Mat­thieu. Jésus est res­sus­ci­té. Les femmes ont trou­vé le tom­beau vide et les dis­ciples reçoivent l’ordre de rejoindre Jésus en Gali­lée. La scène se déroule sur une mon­tagne, lieu fré­quent de révé­la­tion dans l’Écriture. Les onze dis­ciples ren­contrent le Christ res­sus­ci­té avant son Ascen­sion. C’est ici que Jésus confie à son Église sa mis­sion uni­ver­selle : faire des dis­ciples par­mi toutes les nations.

Le contexte est impor­tant : les dis­ciples sont encore fra­giles. Le texte pré­cise même que cer­tains doutent. Pour­tant Jésus leur confie mal­gré tout sa mis­sion. Le pas­sage marque donc une tran­si­tion majeure : le minis­tère ter­restre du Christ s’achève et le temps de l’Église com­mence.

Ques­tions
– Pour­quoi Mat­thieu insiste-t-il sur la Gali­lée et sur la mon­tagne ?
– Que révèle le fait que cer­tains dis­ciples doutent encore ?
– Pour­quoi Jésus com­mence-t-il par par­ler de son auto­ri­té ?
– Quelle est la mis­sion exacte confiée aux dis­ciples ?
– Que signi­fie la pro­messe : « Je suis avec vous tous les jours » ?

Lien avec les autres lec­tures bibliques du jour

Actes 1.1–11 pro­longe direc­te­ment l’Évangile. Jésus monte au ciel après avoir envoyé ses dis­ciples comme témoins jusqu’aux extré­mi­tés de la terre. Éphé­siens 1.17–23 explique théo­lo­gi­que­ment ce que signi­fie cette exal­ta­tion : le Christ règne désor­mais au-des­sus de toute puis­sance et il est le chef de l’Église. Le Psaume 46 pro­clame quant à lui la sou­ve­rai­ne­té de Dieu au milieu des bou­le­ver­se­ments des nations.

Les textes convergent vers une même réa­li­té : le Christ res­sus­ci­té règne et son Église est envoyée dans le monde avec assu­rance.

Ques­tions
– Quels liens voyez-vous entre l’Ascension dans Actes 1 et la mis­sion de Mat­thieu 28 ?
– Com­ment Éphé­siens éclaire-t-il l’expression « tout pou­voir m’a été don­né » ?
– Pour­quoi le Psaume 46 convient-il par­ti­cu­liè­re­ment à ces lec­tures ?
– Qu’est-ce que ces textes disent ensemble sur l’Église ?

Place des textes dans l’année litur­gique

Ces textes sont pro­po­sés dans les jours qui suivent l’Ascension et pré­cèdent la Pen­te­côte. L’Église contemple le Christ exal­té auprès du Père tout en atten­dant le don visible du Saint-Esprit. Ce moment litur­gique rap­pelle que le Sei­gneur res­sus­ci­té règne déjà sur toutes choses et qu’il accom­pagne son peuple dans sa mis­sion.

Le fil spi­ri­tuel de cette période est celui de l’espérance, de la mis­sion et de l’attente fidèle.

Ques­tions
– Pour­quoi l’Ascension est-elle impor­tante pour la foi chré­tienne ?
– En quoi ces textes pré­parent-ils la Pen­te­côte ?
– Com­ment l’Église est-elle appe­lée à vivre entre Ascen­sion et retour du Christ ?

Éclai­rage du psaume choi­si – Psaume 46

Le Psaume 46 est un psaume de confiance. Dieu y appa­raît comme refuge au milieu des troubles du monde : guerres, bou­le­ver­se­ments des nations, agi­ta­tion des peuples. Il répond direc­te­ment aux textes du jour en rap­pe­lant que Dieu règne mal­gré le chaos appa­rent de l’histoire.

Dans le culte, ce psaume peut être uti­li­sé comme psaume d’adoration ou après la pré­di­ca­tion pour répondre par la foi et la confiance à l’annonce du règne du Christ.

Ques­tions
– Quels ver­sets du psaume font écho aux textes du jour ?
– Pour­quoi ce psaume parle-t-il autant de sta­bi­li­té au milieu du désordre ?
– Com­ment ce psaume nour­rit-il la confiance de l’Église aujourd’hui ?

Ques­tions d’exégèse

Le mot « auto­ri­té » dans Mat­thieu 28.18 tra­duit le grec exou­sia : il désigne un pou­voir sou­ve­rain et légi­time. Jésus affirme ici son règne uni­ver­sel.

Le mot « dis­ciple » est cen­tral. Il ne désigne pas seule­ment quelqu’un qui écoute un ensei­gne­ment, mais quelqu’un qui apprend à vivre sous l’autorité de son maître.

Le mot « bap­ti­ser » rap­pelle l’entrée dans l’alliance et l’appartenance visible au peuple de Dieu.

Ques­tions
– Pour­quoi Jésus parle-t-il d’abord de son auto­ri­té avant de don­ner sa mis­sion ?
– Que signi­fie concrè­te­ment « faire des dis­ciples » ?
– Pour­quoi le bap­tême est-il lié à l’enseignement ?
– Que remar­quez-vous dans la for­mule tri­ni­taire du bap­tême ?
– Quelle dif­fé­rence voyez-vous entre croire en Jésus et deve­nir dis­ciple ?

Struc­ture du texte

Le pas­sage suit un mou­ve­ment très clair.

D’abord la ren­contre avec le Res­sus­ci­té.
Puis la pro­cla­ma­tion de son auto­ri­té uni­ver­selle.
Ensuite l’envoi des dis­ciples vers toutes les nations.
Enfin la pro­messe de sa pré­sence jusqu’à la fin du monde.

Le texte pro­gresse donc de la révé­la­tion du Christ vers la mis­sion de l’Église.

Ques­tions
– Quel est le centre du pas­sage ?
– Pour­quoi la mis­sion découle-t-elle de l’autorité du Christ ?
– Pour­quoi la pro­messe finale est-elle essen­tielle ?

Lec­ture théo­lo­gique

Le texte révèle la sei­gneu­rie uni­ver­selle du Christ res­sus­ci­té. Il mani­feste aus­si la doc­trine de la Tri­ni­té à tra­vers la for­mule bap­tis­male. L’Église appa­raît comme le peuple envoyé dans le monde pour annon­cer l’Évangile et trans­mettre l’enseignement du Christ.

Dans la théo­lo­gie de l’alliance, ce pas­sage accom­plit la pro­messe faite à Abra­ham : toutes les nations sont désor­mais appe­lées à entrer dans l’alliance de Dieu par le Christ.

Le texte montre éga­le­ment que l’histoire du salut entre dans une nou­velle étape : après le temps du minis­tère ter­restre du Christ com­mence le temps de la mis­sion de l’Église.

Ques­tions
– Que révèle ce texte sur l’identité du Christ ?
– Com­ment ce pas­sage mani­feste-t-il la Tri­ni­té ?
– Pour­quoi l’Église est-elle insé­pa­rable de la mis­sion ?
– En quoi ce texte accom­plit-il les pro­messes faites à Abra­ham ?

Approche apo­lo­gé­tique – ques­tions de dis­cus­sion

Notre époque valo­rise sou­vent le rela­ti­visme : cha­cun aurait « sa véri­té ». Pour­tant Jésus affirme ici une auto­ri­té uni­ver­selle.

Le texte ren­contre aus­si les cri­tiques modernes contre la mis­sion chré­tienne, par­fois accu­sée d’intolérance ou de domi­na­tion cultu­relle.

D’autres réduisent Jésus à un simple maître moral et refusent sa résur­rec­tion réelle ou sa sei­gneu­rie divine.

Ques­tions
– Pour­quoi l’affirmation « toute auto­ri­té m’a été don­née » dérange-t-elle aujourd’hui ?
– Peut-on annon­cer une véri­té uni­ver­selle sans mépri­ser les autres ?
– Pour­quoi la résur­rec­tion du Christ est-elle essen­tielle dans ce texte ?
– Quelle dif­fé­rence existe-t-il entre mis­sion chré­tienne et domi­na­tion cultu­relle ?

Appro­pria­tion spi­ri­tuelle

Ques­tions
– Qu’est-ce que ce texte révèle du Christ aujourd’hui pour moi ?
– Dans quels domaines de ma vie ai-je du mal à recon­naître son auto­ri­té ?
– Com­ment puis-je être témoin du Christ là où Dieu m’a pla­cé ?


Textes liturgiques

Les textes litur­giques pro­po­sés ici sont direc­te­ment ins­pi­rés des lec­tures bibliques du jour. Ils sont conçus pour un culte réfor­mé, dans le res­pect de sa struc­ture, de sa sobrié­té et de sa théo­lo­gie.
Ils peuvent être uti­li­sés tels quels ou adap­tés selon le contexte local (voir le menu « Culte » du site).

Les psaumes et can­tiques sont choi­sis dans le recueil Arc-en-Ciel, lar­ge­ment uti­li­sé dans les Églises réfor­mées fran­co­phones.
Le recueil est dis­po­nible en ligne ici :
https ://www.arc-en-ciel.ch

Les paroles et les musiques des psaumes et can­tiques pro­po­sés sont éga­le­ment acces­sibles sur le blog, dans la sec­tion « Psaumes et can­tiques ».

Salu­ta­tion et invo­ca­tion

Notre secours est dans le nom de l’Éternel,
qui a fait les cieux et la terre.

Grâce, misé­ri­corde et paix vous soient don­nées de la part de Dieu notre Père et du Sei­gneur Jésus-Christ, qui règne à la droite du Père et demeure avec son Église jusqu’à la fin du monde.

Amen.

Ado­ra­tion

Sei­gneur notre Dieu,
nous t’adorons pour ta gloire et ta sou­ve­rai­ne­té.
Tu as res­sus­ci­té ton Fils d’entre les morts,
tu l’as éle­vé au-des­sus de toute puis­sance et de toute domi­na­tion,
et tu lui as don­né toute auto­ri­té dans le ciel et sur la terre.

Au milieu des troubles du monde,
tu demeures notre refuge et notre force.
Ras­semble ton peuple par ton Esprit,
afin que nous te ren­dions un culte véri­table,
par Jésus-Christ notre Sei­gneur.

Amen.

Loi de Dieu

Écou­tons la volon­té de Dieu :

« Tu aime­ras le Sei­gneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pen­sée. C’est le pre­mier et le plus grand com­man­de­ment. Et voi­ci le second, qui lui est sem­blable : Tu aime­ras ton pro­chain comme toi-même. »

Sei­gneur, fais-nous la grâce d’aimer ce que tu com­mandes et de mar­cher dans tes voies.

Confes­sion du péché

Sei­gneur Dieu,
nous confes­sons devant toi notre fai­blesse et notre péché.

Nous recon­nais­sons que nous vivons sou­vent comme si le Christ ne régnait pas réel­le­ment sur nos vies.
Nous avons peur au lieu de nous confier en toi.
Nous gar­dons le silence lorsque nous sommes appe­lés à témoi­gner.
Nous cher­chons nos propres volon­tés plus que ton Royaume.

Par­donne-nous pour l’amour de Jésus-Christ.
Renou­velle-nous par ton Saint-Esprit,
afin que nous vivions comme des dis­ciples fidèles.

Amen.

Décla­ra­tion du par­don

Écou­tons la pro­messe de Dieu :

« Si quelqu’un est en Christ, il est une nou­velle créa­ture. »

Et encore :

« Il nous a déli­vrés de la puis­sance des ténèbres et nous a trans­por­tés dans le Royaume de son Fils bien-aimé. »

À tous ceux qui se repentent et mettent leur confiance en Jésus-Christ, j’annonce le par­don des péchés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Amen.

Confes­sion de la foi

Je crois en Dieu le Père tout-puis­sant,
créa­teur du ciel et de la terre.

Je crois en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Sei­gneur,
qui a été conçu du Saint-Esprit,
est né de la vierge Marie,
a souf­fert sous Ponce Pilate,
a été cru­ci­fié, est mort, a été ense­ve­li,
est des­cen­du aux enfers ;
le troi­sième jour est res­sus­ci­té des morts ;
est mon­té au ciel ;
est assis à la droite de Dieu le Père tout-puis­sant ;
d’où il vien­dra pour juger les vivants et les morts.

Je crois au Saint-Esprit,
la sainte Église uni­ver­selle,
la com­mu­nion des saints,
la rémis­sion des péchés,
la résur­rec­tion de la chair
et la vie éter­nelle.

Amen.

Prière d’illumination

Sei­gneur notre Dieu,
ouvre main­te­nant nos cœurs et nos intel­li­gences par ton Saint-Esprit.
Fais-nous entendre ta Parole avec foi, humi­li­té et obéis­sance.
Que le Christ res­sus­ci­té soit connu au milieu de nous,
afin que nous vivions sous son auto­ri­té et dans l’espérance de son Royaume.

Amen.

Lec­tures bibliques

Actes 1.1–11
Psaume 46
Éphé­siens 1.17–23
Mat­thieu 28.16–20

Courte prière après les lec­tures

Ta Parole est une lampe à nos pieds et une lumière sur notre sen­tier.
Grave-la dans nos cœurs, Sei­gneur,
et fais-nous por­ter du fruit pour ta gloire.

Amen.

Thème de la pré­di­ca­tion

Le Christ exal­té règne sur toutes choses et envoie son Église jusqu’aux extré­mi­tés de la terre.

Texte pour l’offrande

« Vous rece­vrez une puis­sance, le Saint-Esprit sur­ve­nant sur vous, et vous serez mes témoins. »

Prière après l’offrande

Sei­gneur,
reçois ces dons et reçois nos vies tout entières.
Apprends-nous à ser­vir ton Royaume avec recon­nais­sance et fidé­li­té.
Que ce qui est offert aujourd’hui contri­bue à l’annonce de l’Évangile et au secours du pro­chain.

Par Jésus-Christ notre Sei­gneur.

Amen.

Prière d’intercession

Sei­gneur notre Dieu,
nous te prions pour ton Église répan­due à tra­vers le monde.
For­ti­fie ceux qui annoncent fidè­le­ment l’Évangile.
Sou­tiens les croyants per­sé­cu­tés, les faibles, les décou­ra­gés et les malades.

Nous te prions pour les nations, pour ceux qui exercent l’autorité, pour les res­pon­sables poli­tiques et mili­taires, afin que jus­tice et paix soient recher­chées.

Nous te confions les familles, les per­sonnes seules, les pauvres, les réfu­giés, les pri­son­niers et tous ceux qui souffrent dans leur corps ou dans leur âme.

Accorde à ton peuple de vivre dans l’espérance du retour du Christ et dans la fidé­li­té à sa mis­sion.

Par Jésus-Christ notre Sei­gneur.

Amen.

Sainte Cène

Intro­duc­tion

Que la paix du Sei­gneur Jésus-Christ soit avec vous tous.

Le Christ res­sus­ci­té nous ras­semble aujourd’hui à sa table.
Lui qui pos­sède toute auto­ri­té dans le ciel et sur la terre nous accueille par grâce et nous récon­ci­lie avec Dieu.

Mémen­to

Nous ne sommes pas seuls lorsque nous célé­brons cette Sainte Cène.
Nous sommes unis à l’Église de tous les temps et de tous les lieux, à ceux qui nous ont pré­cé­dés dans la foi, et nous atten­dons le jour où le Sei­gneur revien­dra dans sa gloire pour renou­ve­ler toutes choses.

Ver­set pré­pa­ra­toire

« Dieu est pour nous un refuge et un appui, un secours qui ne manque jamais dans la détresse. »

Prière eucha­ris­tique

Le Sei­gneur soit avec vous.
Et avec ton esprit.

Éle­vons nos cœurs.
Nous les éle­vons vers le Sei­gneur.

Ren­dons grâce au Sei­gneur notre Dieu.
Cela est juste et bon.

Il est vrai­ment juste et bon,
Père éter­nel et tout-puis­sant,
de te rendre grâce en tout temps et en tout lieu.

Tu as créé toutes choses par ta Parole,
et dans ton amour tu n’as pas aban­don­né le monde au péché et à la mort.
Tu as envoyé ton Fils Jésus-Christ,
qui a souf­fert pour nos fautes,
qui est res­sus­ci­té pour notre jus­ti­fi­ca­tion,
et que tu as éle­vé dans la gloire au-des­sus de toute domi­na­tion.

Par lui tu ras­sembles un peuple issu de toutes les nations,
afin qu’il pro­clame ton salut jusqu’aux extré­mi­tés de la terre.

C’est pour­quoi avec toute l’Église nous pro­cla­mons :

Saint, saint, saint est le Sei­gneur, Dieu des armées.
Le ciel et la terre sont rem­plis de ta gloire.
Hosan­na au plus haut des cieux.
Béni soit celui qui vient au nom du Sei­gneur.

Nous te ren­dons grâce pour Jésus-Christ notre Sei­gneur,
qui la nuit où il fut livré prit du pain ;
après avoir ren­du grâces, il le rom­pit et dit :
« Pre­nez, man­gez, ceci est mon corps don­né pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. »

De même, après le repas, il prit la coupe et dit :
« Cette coupe est la nou­velle alliance en mon sang ; faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boi­rez. »

Ain­si, Père très saint,
nous fai­sons mémoire de la mort de ton Fils,
nous pro­cla­mons sa résur­rec­tion,
nous atten­dons son retour dans la gloire.

Envoie main­te­nant ton Saint-Esprit sur nous et sur ces dons.
Accorde-nous, en rece­vant ce pain et cette coupe avec foi,
de com­mu­nier véri­ta­ble­ment au corps et au sang du Christ,
afin que nous soyons nour­ris dans l’espérance et for­ti­fiés pour ton ser­vice.

Par Jésus-Christ, avec Jésus-Christ et en Jésus-Christ,
à toi, Père tout-puis­sant,
dans l’unité du Saint-Esprit,
tout hon­neur et toute gloire,
aux siècles des siècles.

Amen.

Notre Père

Notre Père qui es aux cieux,
que ton nom soit sanc­ti­fié ;
que ton règne vienne ;
que ta volon­té soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
Par­donne-nous nos offenses, comme nous par­don­nons aus­si à ceux qui nous ont offen­sés.
Et ne nous laisse pas entrer en ten­ta­tion, mais délivre-nous du mal.
Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puis­sance et la gloire, aux siècles des siècles.

Amen.

Frac­tion du pain

Le pain que nous rom­pons est la com­mu­nion au corps du Christ.
La coupe de béné­dic­tion pour laquelle nous ren­dons grâces est la com­mu­nion au sang du Christ.

Prière de com­mu­nion

Sei­gneur, nous ne sommes pas dignes de venir à ta table en nous appuyant sur notre propre jus­tice, mais sur ta grande misé­ri­corde.
Nour­ris-nous par ton Fils, for­ti­fie notre foi et renou­velle notre espé­rance.

Paroles de dis­tri­bu­tion

Le corps du Christ don­né pour vous.
Le sang du Christ ver­sé pour vous.

Prière finale

Sei­gneur notre Dieu,
nous te ren­dons grâce pour cette com­mu­nion au Christ res­sus­ci­té.
For­ti­fie ton Église dans la foi, dans l’amour et dans la mis­sion.
Envoie-nous dans le monde comme témoins de ton Royaume, dans l’attente du retour glo­rieux de notre Sei­gneur Jésus-Christ.

Amen.

Exhor­ta­tion

Allez dans la paix du Christ.
Ser­vez le Sei­gneur avec joie.
Soyez fermes dans la foi, per­sé­vé­rants dans l’espérance et fidèles dans le témoi­gnage.

Béné­dic­tion

Que le Dieu de paix vous sanc­ti­fie lui-même tout entiers ;
que votre esprit, votre âme et votre corps soient conser­vés irré­pré­hen­sibles lors du retour de notre Sei­gneur Jésus-Christ.

Et que la béné­dic­tion du Dieu tout-puis­sant,
Père, Fils et Saint-Esprit,
demeure sur vous et avec vous pour tou­jours.

Amen.


Psaumes et cantiques

Pour ce dimanche de l’Ascension cen­tré sur Mat­thieu 28.16–20, Actes 1.1–11 et Éphé­siens 1.17–23, plu­sieurs psaumes et can­tiques du recueil Arc-en-Ciel appa­raissent par­ti­cu­liè­re­ment adap­tés par leur pro­fon­deur doc­tri­nale, leur por­tée ecclé­siale et leur cohé­rence avec le règne uni­ver­sel du Christ et la mis­sion de l’Église. Le docu­ment Foe­dus sou­ligne pré­ci­sé­ment que ces chants ont été sélec­tion­nés pour leur soli­di­té théo­lo­gique et leur cohé­rence avec la tra­di­tion réfor­mée.

Pour l’ouverture du culte, « Réjouis­sons-nous » (Psaume 95 ARC 95), adap­ta­tion de Clé­ment Marot au XVIᵉ siècle, convient par­ti­cu­liè­re­ment bien. Ce psaume d’invocation et d’adoration rap­pelle que le peuple de Dieu vient devant son Roi avec recon­nais­sance. Il fait écho au Christ res­sus­ci­té rece­vant toute auto­ri­té sur la terre et les nations. Le docu­ment Foe­dus le recom­mande expli­ci­te­ment pour l’invocation dans l’ordo réfor­mé clas­sique.

Comme grand psaume d’adoration, « Dieu est pour nous la for­te­resse » (Psaume 46 ARC 46), de Clé­ment Marot au XVIᵉ siècle, appa­raît presque incon­tour­nable. Le lien avec les textes du jour est très fort : le psaume pro­clame le règne sou­ve­rain de Dieu au milieu des bou­le­ver­se­ments du monde, tan­dis qu’Éphésiens affirme que le Christ est éle­vé « au-des­sus de toute domi­na­tion ». Ce psaume peut être chan­té après la décla­ra­tion du par­don ou après la pré­di­ca­tion comme réponse de foi au règne du Christ exal­té. Le docu­ment Foe­dus le classe par­mi les psaumes essen­tiels du Psau­tier mini­mal pour toute l’année litur­gique.

Pour la confes­sion de foi ou l’adoration tri­ni­taire, « Saint, Saint, Saint, le Sei­gneur tout-puis­sant » (ARC 863), de Regi­nald Heber (1826), pos­sède une très grande den­si­té doc­tri­nale. Le can­tique déve­loppe expli­ci­te­ment la gloire du Dieu tri­ni­taire et cor­res­pond par­fai­te­ment à la for­mule bap­tis­male de Mat­thieu 28 : « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Il est clas­sé A dans la sélec­tion doc­tri­nale Foe­dus.

Pour la consé­cra­tion après la pré­di­ca­tion, « Consacre à ton ser­vice » (ARC 425), de Frances Rid­ley Haver­gal au XIXᵉ siècle, est par­ti­cu­liè­re­ment per­ti­nent. Ce can­tique répond direc­te­ment à l’envoi mis­sion­naire de Mat­thieu 28. Il ne s’agit pas d’un chant émo­tion­nel cen­tré sur l’individu, mais d’une offrande de toute la vie au ser­vice du Christ Roi et de son Église. Foe­dus le classe par­mi les chants les plus solides doc­tri­na­le­ment du recueil.

Dans la même logique mis­sion­naire et ecclé­siale, « Revêts, Sei­gneur » (Psaume 72 ARC 72), adap­ta­tion de Clé­ment Marot au XVIᵉ siècle, consti­tue un excellent choix après la pré­di­ca­tion ou pour l’intercession. Le Psaume 72 est un psaume royal mes­sia­nique qui annonce le règne uni­ver­sel du Roi juste. Il fait for­te­ment écho à l’autorité uni­ver­selle du Christ pro­cla­mée dans Mat­thieu 28. Foe­dus le recom­mande expli­ci­te­ment pour la consé­cra­tion et l’intercession.

Pour la Sainte Cène, « Ah ! qu’il est doux pour des frères » (Psaume 133 ARC 164), d’après Théo­dore de Bèze et Clé­ment Marot, convient par­ti­cu­liè­re­ment bien. Le psaume exprime l’unité visible du peuple de Dieu ras­sem­blé sous le règne du Christ. Dans le contexte de Mat­thieu 28 et d’Éphésiens 1, cette com­mu­nion fra­ter­nelle prend une por­tée uni­ver­selle : l’Église issue de toutes les nations est unie dans un même Sei­gneur.

Enfin, pour l’envoi et la béné­dic­tion, « Que Dieu nous bénisse » (Psaume 67 ARC 67), adap­ta­tion de Clé­ment Marot au XVIᵉ siècle, est pro­ba­ble­ment le plus appro­prié. Le psaume asso­cie béné­dic­tion divine et mis­sion vers les nations : « Que les peuples te louent, ô Dieu ! » Il répond direc­te­ment à l’envoi uni­ver­sel de Mat­thieu 28 et peut être chan­té juste avant la béné­dic­tion finale. Foe­dus le recom­mande expli­ci­te­ment pour ce moment litur­gique.

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