Tribunal sans juge

Jeffrey Epstein ou la vérité du péché

L’affaire Jef­frey Epstein a sou­vent été trai­tée comme un scan­dale sexuel ou judi­ciaire par­mi d’autres. Mais une telle lec­ture reste super­fi­cielle. Ce que cette affaire révèle est plus pro­fond : une cor­rup­tion sys­té­mique qui engage notre com­pré­hen­sion même du mal, de la jus­tice et de l’homme.

Un scan­dale qui dépasse les indi­vi­dus

L’affaire Jef­frey Epstein ne se réduit pas à des crimes per­son­nels, aus­si graves soient-ils. Elle met en lumière des réseaux de pou­voir, des pro­tec­tions croi­sées, l’usage de l’argent comme ins­tru­ment de silence et l’effacement métho­dique de la res­pon­sa­bi­li­té. Le scan­dale n’est pas seule­ment ce qui a été com­mis, mais ce qui a été tolé­ré, dis­si­mu­lé et ren­du pos­sible.

Le péché radi­cal comme clé de lec­ture

Pour un augus­ti­nien ou un cal­vi­niste, cette réa­li­té n’a rien de sur­pre­nant. La doc­trine du péché radi­cal n’enseigne pas que l’homme pèche occa­sion­nel­le­ment, mais que, livré à lui-même, il est capable d’organiser le mal, de le ratio­na­li­ser et de l’inscrire dans des struc­tures durables. Le péché n’est pas seule­ment un acte : il devient sys­tème lorsque plus rien ne le nomme ni ne le juge.

Romains 1.18–32 : quand le mal devient norme
L’apôtre Paul décrit un méca­nisme pré­cis : l’homme connaît le bien, mais le retient pri­son­nier par l’injustice. Le juge­ment de Dieu ne tombe pas d’abord sous forme de châ­ti­ment spec­ta­cu­laire, mais sous forme d’abandon : « Dieu les a livrés ». Le point culmi­nant n’est pas seule­ment que l’homme com­mette le mal, mais qu’il « approuve ceux qui le com­mettent ». Le péché devient alors col­lec­tif, struc­tu­ré, socia­le­ment vali­dé. Ce que Paul décrit n’est pas une dérive mar­gi­nale, mais une logique civi­li­sa­tion­nelle.

Un symp­tôme, non une excep­tion
Epstein n’est pas une ano­ma­lie morale sur­gie par acci­dent. Il est un symp­tôme. Là où la véri­té morale est rela­ti­vi­sée, où la jus­tice est subor­don­née aux inté­rêts, où le pres­tige social tient lieu d’innocence, le mal cesse d’être frei­né. Il se struc­ture, se pro­tège et se repro­duit.

Péché et struc­ture
Chez Augus­tin, le mal est un désordre de l’amour : aimer ce qui ne doit pas être aimé, et au mau­vais degré. Chez Cal­vin, la cor­rup­tion du cœur affecte l’intelligence, la volon­té et les ins­ti­tu­tions. Lorsque le péché n’est plus recon­nu comme tel, il cesse d’être com­bat­tu et devient nor­ma­tif.

Un scan­dale théo­lo­gique avant tout

Ce scan­dale est donc, au fond, théo­lo­gique. Il révèle l’illusion per­sis­tante d’une bon­té spon­ta­née des élites, sup­po­sées s’autoréguler par leur culture, leur intel­li­gence ou leur posi­tion. Augus­tin et Cal­vin avaient vu juste : sans loi, sans juge­ment, sans res­pon­sa­bi­li­té réelle, le cœur humain ne s’élève pas, il se jus­ti­fie.

Conclu­sion

L’affaire Epstein ne nous oblige pas seule­ment à récla­mer jus­tice. Elle nous contraint à choi­sir entre deux anthro­po­lo­gies : celle qui croit encore à la ver­tu natu­relle du pou­voir, et celle qui recon­naît que, sans véri­té et sans limites, le mal ne dis­pa­raît jamais — il s’organise.



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