Shoah, nazisme et antisémitisme : une incompatibilité radicale avec la foi chrétienne

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Mardi 27 janvier, la mémoire se fait devoir. Non par rituel vide, mais par exigence de vérité. La date du 27 janvier renvoie à la libération du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, mais plus profondément à une question spirituelle et morale : comment un tel mal a-t-il été possible, et au nom de quoi ?

Pourquoi le nazisme est radicalement incompatible avec la foi chrétienne

Le nazisme n’est pas seulement un régime politique criminel ; il est une anthropologie et une théologie de substitution. Il repose sur quatre piliers qui le placent en opposition frontale avec le christianisme.

Premièrement, le rejet de la dignité universelle de l’homme. La foi chrétienne confesse que tout être humain est créé à l’image de Dieu (Genèse 1.27). Le nazisme, au contraire, hiérarchise les vies, distingue les « existences dignes d’être vécues » des autres, et nie toute valeur intrinsèque à l’homme faible, malade, handicapé ou jugé « racialement impur ». Là où l’Évangile proclame la valeur infinie du plus petit, l’idéologie nazie sacralise la force et l’utilité.

Deuxièmement, l’idolâtrie de l’État et de la race. Dans la Bible, l’État est relatif, limité, soumis à Dieu (Romains 13.1–7). Le nazisme absolutise le pouvoir politique, exige une obéissance totale et sacralise le peuple, le sol, le sang. C’est une idolâtrie au sens strict. Quand l’État décide qui doit vivre ou mourir, il usurpe une prérogative divine.

Troisièmement, la négation du péché universel. La théologie chrétienne enseigne que le mal traverse tous les cœurs. Le nazisme projette le mal sur des boucs émissaires : les Juifs, les Tziganes, les handicapés, les opposants. Ce déplacement du mal est une constante des idéologies totalitaires. Il permet de justifier la violence au nom d’une prétendue purification.

Enfin, le culte de la mort et de la violence. Le christianisme est traversé par une logique paradoxale : la victoire par la croix, la vie donnée, le sacrifice volontaire, jamais imposé. Le nazisme glorifie la mort infligée, la destruction industrielle, l’élimination méthodique. Ce n’est pas une déviance marginale : c’est le cœur du système.

Pourquoi l’antisémitisme est intenable du point de vue réformé

Du point de vue de la foi réformée confessante, l’antisémitisme n’est pas une simple erreur morale ; c’est une hérésie théologique.

D’abord parce que Dieu n’a jamais révoqué l’élection d’Israël. Paul est sans ambiguïté : « Les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables » (Romains 11.29). L’Église n’a pas remplacé Israël comme on remplace un objet devenu inutile. Elle a été greffée sur l’olivier (Romains 11.17). Mépriser la racine, c’est scier la branche sur laquelle on est assis.

Ensuite parce que Jésus-Christ est juif. Mépriser le peuple juif, c’est mépriser l’histoire dans laquelle Dieu a choisi d’entrer, la chair que le Verbe a assumée, les Écritures que l’Église reçoit comme Parole de Dieu. Toute forme d’antijudaïsme chrétien est une contradiction interne.

Enfin parce que l’antisémitisme nie la grâce. La théologie réformée insiste sur la souveraineté de Dieu dans l’élection. Or l’antisémitisme transforme l’élection en motif de haine, comme si le choix gratuit de Dieu devenait une faute à punir. C’est renverser l’Évangile.

Le meurtre d’État : une négation de Dieu et de l’homme

Rien ne peut justifier le meurtre d’État. Ni les camps de la mort nazis, ni le goulag communiste. Les idéologies diffèrent, la logique est la même : l’homme est réduit à une variable, la vie à un coût, la mort à un outil politique.

Un État peut user de la force dans un cadre strict de justice et de protection. Mais lorsqu’il organise, planifie et industrialise la mise à mort de populations désignées, il cesse d’être un serviteur de l’ordre pour devenir une puissance démoniaque, au sens biblique du terme.

La mémoire de la Shoah n’est donc pas une mémoire communautaire ou partisane. Elle est un avertissement universel. Elle rappelle ce qui arrive quand la vérité sur Dieu, sur l’homme et sur le mal est remplacée par le mythe, l’idéologie et la peur.

Se souvenir, ce n’est pas seulement pleurer les morts. C’est refuser, aujourd’hui encore, toutes les doctrines qui hiérarchisent les vies, relativisent la dignité humaine ou justifient la mort au nom du progrès, de la pureté ou de l’efficacité. Sur ce point, la foi chrétienne authentique ne peut transiger.


Rappel

Les crimes du nazisme : environ 15 à 17 millions de victimes, dont 6 millions de Juifs

Les historiens s’accordent aujourd’hui sur les ordres de grandeur suivants pour les victimes du régime nazi (1933–1945), hors pertes militaires de combat :– Environ 6 millions de Juifs assassinés dans le cadre de la Shoah, par extermination systématique (fusillades de masse, ghettos, camps de la mort comme Auschwitz, Treblinka, Sobibor). Ce chiffre est solidement établi par des décennies de recherches archivistiques croisées.À cela s’ajoutent d’autres catégories de victimes ciblées par le projet idéologique nazi :– 200 000 à 300 000 personnes handicapées (programme Aktion T4) – 200 000 à 500 000 Tziganes (Roms et Sintis) – Plusieurs millions de civils slaves (Polonais, Ukrainiens, Biélorusses, Russes), victimes de massacres, famines organisées, déportations– Opposants politiques, résistants, homosexuels, témoins de Jéhovah, prêtres et pasteurs résistants

Selon les critères retenus (stricte extermination planifiée ou inclusion des morts civiles intentionnelles), le total varie généralement entre 15 et 17 millions de morts civils imputables au nazisme.

La Shoah n’est donc pas tout le crime nazi, mais elle en est le cœur idéologique, unique par son caractère industriel, racial et totalisant.

Les crimes du communisme : environ 80 à 100 millions de morts

Le chiffre de 80 millions de morts provient principalement de l’ouvrage collectif Le Livre noir du communisme, dirigé par Stéphane Courtois (1997). Il agrège les victimes des régimes communistes au XXᵉ siècle :
– URSS (goulag, famines, purges) : ~20 millions
– Chine maoïste (Grand Bond en avant, Révolution culturelle) : 45 à 65 millions selon les estimations
– Cambodge (Khmer rouges) : ~2 millions
– Corée du Nord, Vietnam, Europe de l’Est, Afrique, Amérique latine : plusieurs millions supplémentaires
Le chiffre exact fait débat (certains historiens proposent des totaux plus bas, d’autres plus élevés), mais aucun historien sérieux ne descend en dessous de 60 millions, et beaucoup convergent vers 80 à 100 millions de morts, essentiellement des civils.
Point décisif :
Ces morts ne sont pas des « accidents ». Ils résultent de politiques délibérées : collectivisations forcées, famines organisées, camps de travail, élimination des « ennemis de classe ».


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