Aujourd’hui, l’Iran est de nouveau au centre de l’actualité. Crises politiques, contestations populaires, rejet croissant du régime islamique, désaffection visible envers les institutions religieuses officielles : tout concourt à révéler une société iranienne profondément travaillée de l’intérieur. Derrière les images de répression et de slogans scandés dans les rues, un phénomène plus discret, mais décisif, se développe à bas bruit : une quête spirituelle intense, souvent clandestine, qui traverse la jeunesse et les classes urbaines. Dans ce contexte, le christianisme refait surface là où beaucoup l’imaginaient définitivement effacé.
Cette réalité surprend, dérange parfois, et alimente aussi de nombreuses affirmations approximatives. On parle de conversions massives, d’églises clandestines en pleine croissance, d’un rejet de l’islam institutionnel. Si les chiffres restent difficiles à établir dans un régime autoritaire, le mouvement est néanmoins suffisamment documenté pour susciter l’inquiétude du pouvoir et l’attention des observateurs internationaux. Le christianisme n’apparaît plus seulement comme une survivance ethnique arménienne ou assyrienne, mais comme une foi choisie, personnelle, assumée au prix de risques réels.
Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui en Iran, il est indispensable de prendre du recul. Le christianisme n’est pas un corps étranger récemment importé en Perse : il y possède une histoire ancienne, profonde, parfois glorieuse, souvent douloureuse. De l’Église d’Orient des premiers siècles au protestantisme moderne, des périodes de tolérance relative aux temps de persécution, l’histoire chrétienne iranienne éclaire puissamment la situation actuelle.
Retracer cette histoire, dans ses grandes lignes, permet de dépasser les slogans et les fantasmes. Cela aide à comprendre pourquoi, dans un pays officiellement islamique, le message biblique continue de circuler, de toucher, et de transformer des vies. Non pas comme un phénomène politique ou occidental, mais comme une réalité spirituelle enracinée, fragile et pourtant étonnamment persistante.
1) Les origines chrétiennes en Perse (Ier–VIIe siècle)
Le christianisme arrive très tôt en Perse, dès le Ier siècle.
La tradition attribue son implantation à l’apôtre Thomas et à ses disciples, via la Mésopotamie.
Très rapidement se développe une Église structurée, indépendante de Rome et de Constantinople :
l’Église de l’Orient, souvent appelée à tort « nestorienne ».
Caractéristiques essentielles :
– Langue liturgique : le syriaque
– Théologie : christologie orientale
– Organisation : patriarcat à Séleucie-Ctésiphon
– Rayonnement missionnaire immense : jusqu’en Inde, Asie centrale et Chine
👉 La Perse devient l’un des plus grands centres chrétiens du monde antique, bien avant l’Europe du Nord.
Paradoxalement, les chrétiens sont parfois mieux tolérés sous les Perses zoroastriens que dans l’Empire romain, car ils ne sont pas assimilés à l’ennemi romain.
2) La conquête islamique et le statut de dhimmi (VIIe–XIXe siècle)
Avec la conquête musulmane (VIIe siècle), les chrétiens ne disparaissent pas, mais changent de statut.
Ils deviennent dhimmis :
– tolérés juridiquement
– lourdement taxés (jizya)
– exclus du pouvoir
– soumis à des restrictions sociales et religieuses
Progressivement :
– conversions à l’islam (souvent contraintes économiquement)
– déclin démographique chrétien
– enclavement communautaire
Cependant, le christianisme ne s’éteint jamais en Iran.
Subsistent :
– les Assyriens
– les Arméniens
– quelques communautés syriaques et chaldéennes
Ces Églises sont ethniques, fermées à la conversion, et survivent surtout par endogamie.
3) L’arrivée du protestantisme (XIXe siècle)
Le protestantisme arrive au XIXe siècle avec des missions occidentales :
– presbytériennes
– congrégationalistes
– anglicanes
Objectifs principaux :
– éducation
– traduction de la Bible en persan
– hôpitaux
– réforme spirituelle des Églises orientales
Moment clé :
La Bible en persan moderne devient accessible, ce qui est une rupture majeure.
Le protestantisme introduit :
– lecture personnelle de l’Écriture
– foi personnelle et non ethnique
– évangélisation des musulmans (au départ très limitée)
À ce stade, les convertis musulmans restent rares, mais les fondations sont posées.
4) L’Iran avant la révolution islamique (1900–1979)
Sous la dynastie Pahlavi, l’Iran connaît une relative ouverture.
Situation chrétienne :
– Églises reconnues légalement
– écoles chrétiennes autorisées
– hôpitaux et institutions protestantes actives
– présence visible mais minoritaire
Le protestantisme est :
– petit numériquement
– toléré
– encore largement encadré
Les conversions de musulmans restent légalement interdites, mais la pression sociale est moindre qu’aujourd’hui.
5) La révolution islamique de 1979 : rupture totale
La révolution change radicalement la situation.
Le régime islamique distingue désormais :
– chrétiens historiques ethniques (tolérés)
– convertis de l’islam (considérés comme apostats)
Conséquences :
– interdiction totale de l’évangélisation
– surveillance des Églises
– fermeture des églises persanophones
– arrestations, prison, parfois exécutions
Moment symbolique :
L’assassinat du pasteur Haik Hovsepian dans les années 1990.
6) Le christianisme en Iran aujourd’hui
Paradoxalement, la persécution provoque une mutation profonde.
Le christianisme iranien devient :
– clandestin
– décentralisé
– non institutionnel
– fortement biblique
Phénomène central :
Les églises de maison (house churches), souvent protestantes évangéliques ou réformées dans leur théologie.
Caractéristiques :
– petits groupes
– leadership laïc
– usage massif des médias numériques
– Bible en persan
– foi personnelle assumée, au prix de risques réels
👉 C’est ici que naît l’idée – difficilement mesurable – d’une croissance rapide, non pas institutionnelle mais souterraine.
Il s’agit moins d’une Église visible que d’un réseau spirituel vivant sous pression.
En résumé
– L’Iran a été un grand pays chrétien d’Orient dès l’Antiquité
– Le christianisme n’y a jamais disparu
– Le protestantisme a semé la Bible en persan
– La révolution islamique a détruit l’Église visible
– Mais elle a contribué à faire naître une Église clandestine, biblique et missionnaire
Conclusion
L’histoire de l’Iran montre une chose avec une constance saisissante : aucune idéologie, aucun empire, aucun système religieux imposé n’a jamais réussi à étouffer durablement l’âme de ce grand peuple. Des dynasties antiques à la théocratie moderne, la Perse a connu la gloire, l’oppression, les ruptures et les renaissances. Et pourtant, sous les couches successives de domination, demeure une soif irrépressible de vérité, de justice et de lumière.
Aujourd’hui encore, alors que la peur, la surveillance et la répression tentent de verrouiller les consciences, une autre réalité s’impose silencieusement : la foi ne se décrète pas, elle se reçoit. Le christianisme qui renaît en Iran n’est ni triomphaliste ni institutionnel. Il ne cherche pas le pouvoir, ne brandit pas de symboles, ne conquiert pas par la force. Il avance à pas discrets, dans les maisons, les cœurs et les Écritures ouvertes en secret. C’est précisément là que réside sa force.
L’histoire chrétienne enseigne que la persécution ne détruit pas l’Église, elle la purifie. Ce fut vrai aux premiers siècles, ce le fut dans d’autres terres fermées, et cela semble se vérifier à nouveau en Iran. Là où l’on croyait la foi éteinte, elle renaît sous une forme plus dépouillée, plus exigeante, plus authentique. Une foi choisie, éprouvée, assumée, souvent payée au prix fort.
L’avenir de l’Iran ne se joue pas seulement dans les rapports de force géopolitiques ou les équilibres régionaux. Il se joue aussi, plus profondément, dans le combat intérieur d’un peuple entre la contrainte et la liberté, entre la peur et la vérité. Si l’histoire nous apprend quelque chose, c’est que la lumière finit toujours par percer les ténèbres, même lorsque celles-ci semblent totales.
Espérer pour l’Iran, ce n’est pas rêver naïvement d’un changement rapide ou spectaculaire. C’est croire que la vérité travaille les consciences à long terme, que la foi transmise avec humilité porte un fruit durable, et que le témoignage silencieux est parfois plus puissant que tous les discours. Le triomphe de la foi ne se mesure pas à des statistiques ou à des institutions, mais à des vies transformées, une à une.
Et si l’histoire chrétienne de l’Iran nous enseigne une dernière leçon, c’est celle-ci : ce peuple n’a jamais cessé de chercher la lumière. Là où cette lumière est accueillie, même en secret, l’espérance demeure.
Signification du drapeau historique de l’Iran

Ce drapeau représente l’Iran pré-islamique, plus précisément le drapeau impérial iranien utilisé avant la révolution islamique de 1979.
Voici ce qu’il signifie :
Les trois bandes horizontales
Vert : traditionnellement associé à la terre, à la vie et à l’espérance
Blanc : la paix
Rouge : le courage et le sang versé pour la patrie
Ces couleurs sont anciennes et antérieures à la République islamique.
Le symbole central : le Lion et le Soleil
Le lion tenant une épée devant un soleil rayonnant est un symbole millénaire de la Perse.
Il représente :
- La royauté et la force (le lion),
- La justice et la protection du peuple (l’épée),
- La lumière, la sagesse et la continuité civilisationnelle (le soleil).
Ce symbole était l’emblème national de la Perse puis de l’Iran jusqu’en 1979, sous les dynasties safavide, qadjare et pahlavi.
Sens politique et culturel aujourd’hui
Ce drapeau est aujourd’hui utilisé par :
- Des opposants au régime islamique,
- Des Iraniens de la diaspora,
- Des manifestants qui rejettent la théocratie et revendiquent l’héritage perse pré-islamique.
Il ne représente pas l’islam, mais au contraire une identité iranienne antérieure et alternative à la République islamique.
En résumé :
Ce drapeau symbolise l’Iran historique, perse et non islamique, la continuité d’une civilisation ancienne, et le rejet du régime religieux actuel.

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