Citation
« Toutes fois et quantes qu’on represente Dieu en image, sa gloire est faussement et meschamment corrompue. »
Version originale
« Quoties [… ] forma ulla affingitur, [… ] corrumpi Dei gloriam. »
Référence
Jean Calvin, Institution de la religion chrestienne (édition française de 1560), Livre I, chapitre XI, paragraphe 1.
Texte latin original : Institutio Christianae Religionis, 1559.
Contexte historique et théologique
Ce passage s’inscrit dans la polémique majeure de la Réforme contre l’idolâtrie, au sens biblique strict. Calvin écrit dans un contexte où l’usage des images religieuses est omniprésent dans la piété médiévale, tant dans le culte que dans la catéchèse populaire. Le débat ne porte pas sur l’art en général, mais sur la représentation cultuelle de Dieu. Calvin entend replacer la question dans le cadre de la révélation biblique et du deuxième commandement.
Commentaire théologique
Pour Calvin, le problème des images n’est pas d’abord esthétique ou pédagogique, mais théologique. Dieu est esprit, infini, invisible, et transcendant. Toute tentative de le représenter sous une forme visible implique nécessairement une réduction de sa gloire. L’image ne peut qu’abaisser Dieu au niveau de la créature, et donc le falsifier.
Ainsi, ce n’est pas l’intention du fidèle qui est décisive, mais la nature même de l’acte : représenter Dieu, c’est déjà le trahir. Calvin insiste sur le caractère moralement grave de cette corruption, car elle détourne l’homme de la manière légitime dont Dieu veut être connu, à savoir par sa Parole.
Erreurs d’interprétation fréquentes
Cette position est parfois caricaturée comme un rejet pur et simple de toute image ou de toute forme artistique. Calvin ne condamne ni l’art, ni les représentations profanes. Il vise exclusivement les images religieuses prétendant représenter Dieu ou servir de médiation cultuelle. L’enjeu n’est pas culturel, mais spirituel : préserver la pureté du culte et la transcendance divine.
Quelques mots sur l’auteur
Jean Calvin demeure l’un des penseurs les plus rigoureux de la Réforme quant à la doctrine du culte. Son souci constant est d’ordonner la vie de l’Église selon ce que Dieu a révélé de lui-même, et non selon les inventions humaines, même pieuses.
Apport à la théologie réformée
Cette affirmation fonde ce que la tradition réformée appellera plus tard le principe régulateur du culte. Dieu seul détermine comment il doit être adoré. Toute innovation cultuelle non fondée sur l’Écriture est suspecte, car elle risque d’introduire une fausse représentation de Dieu.
Apport à la théologie de l’alliance
Dans la théologie de l’alliance, Dieu se révèle par des paroles et des actes souverains, non par des images façonnées par l’homme. L’alliance repose sur l’initiative divine et sur une révélation verbale fidèle. Représenter Dieu, c’est inverser le mouvement de l’alliance : faire descendre Dieu sous la maîtrise de l’homme au lieu de recevoir humblement ce qu’il donne à connaître.
Bibliographie essentielle
Jean Calvin, Institution de la religion chrestienne, éd. 1560 (français).
Jean Calvin, Institutio Christianae Religionis, éd. 1559 (latin).
Carlos M. N. Eire, War Against the Idols.
Herman Bavinck, La doctrine de Dieu (chapitres sur la révélation et la transcendance).

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