Toute vraie sagesse commence devant Dieu

« Toute la somme presque de notre sagesse [… ] consiste en la connaissance de Dieu et de nous. »

Version originale

« Tota fere sapientiae nostrae summa [… ] Dei cognitio et nostri. »

Référence

Jean Calvin, Institution de la religion chrestienne (édition française de 1560), Livre I, chapitre I, paragraphe 1.
Texte latin original : Institutio Christianae Religionis, 1559.

Contexte historique et théologique

Cette affirmation ouvre l’Institution et en constitue le seuil doctrinal. Calvin écrit dans un contexte de rupture confessionnelle profonde, où l’autorité de l’Église médiévale est contestée et où la question décisive devient celle de la vraie connaissance : non pas une spéculation abstraite, mais une connaissance juste de Dieu révélée dans l’Écriture, et de l’homme tel qu’il est réellement devant Dieu. Dès l’entrée, Calvin refuse toute théologie autonome ou purement philosophique.

Commentaire théologique

Calvin pose ici un principe fondamental : la connaissance de Dieu et la connaissance de soi sont indissociables. Il ne s’agit pas de deux savoirs parallèles, mais d’un seul mouvement. L’homme ne se connaît véritablement qu’en se tenant devant Dieu, et Dieu n’est connu correctement que lorsque l’homme reconnaît sa condition de créature déchue.

Cette affirmation exclut toute sagesse humaine prétendant se suffire à elle-même. Elle s’oppose aussi bien à l’orgueil rationaliste qu’au mysticisme subjectif. La sagesse véritable commence par l’humilité : reconnaître Dieu comme Dieu, et l’homme comme dépendant, pécheur et appelé à la grâce.

Erreurs d’interprétation fréquentes

Cette citation est parfois réduite à une formule humaniste sur l’introspection. Or Calvin ne parle ni de psychologie ni d’introspection morale autonome. La connaissance de soi n’est pas première : elle est provoquée par la rencontre avec Dieu. Hors de la révélation divine, l’homme se méconnaît toujours, soit en se flattant, soit en désespérant.

Quelques mots sur l’auteur

Jean Calvin est l’un des principaux Réformateurs du XVIe siècle. Juriste de formation, humaniste rigoureux, pasteur et théologien, il a cherché toute sa vie à ordonner la foi chrétienne selon l’Écriture, pour l’édification de l’Église et la gloire de Dieu.

Apport à la théologie réformée

Cette thèse inaugure une théologie profondément théocentrique. Elle fonde la doctrine de la révélation, de l’anthropologie biblique, du péché et de la grâce. Elle marque durablement la théologie réformée par son refus de toute autonomie de la raison religieuse.

Apport à la théologie de l’alliance

Dans la théologie de l’alliance, Dieu se révèle toujours en relation : Créateur envers sa créature, Rédempteur envers son peuple. La connaissance de soi découle de la place que l’homme occupe dans l’alliance divine. Hors de cette relation, il n’existe ni vraie connaissance de Dieu, ni véritable compréhension de l’homme.

Bibliographie essentielle

Jean Calvin, Institution de la religion chrestienne, éd. 1560 (français).
Jean Calvin, Institutio Christianae Religionis, éd. 1559 (latin).
Alister E. McGrath, A Life of John Calvin.
Herman Bavinck, La doctrine de Dieu (sections sur la connaissance de Dieu et de l’homme).


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