Grégoire de Nysse

Grégoire de Nysse (335–395)

Gré­goire de Nysse, (en grec ancien : Γρηγόριος Νύσσης), appe­lé aus­si le Père des Pères, né vers 335 à Néo­cé­sa­rée (actuelle Nik­sar en Tur­quie), dans la pro­vince du Pont-Euxin, mort vers 395, est un théo­lo­gien et un mys­tique de grande enver­gure ; comme Père de l’É­glise, il est com­mé­mo­ré le 10 jan­vier1,2.

Grégoire de Nysse

Gré­goire de Nysse

Jeunesse et formation

Gré­goire naît vers 3353,Note 1 dans une famille chré­tienne d’a­vo­cats et de rhé­teurs de neuf enfants, quatre gar­çons et cinq fillesNote 2,4. Sa grand-mère, Macrine l’An­cienne, avait sui­vi l’en­sei­gne­ment de Gré­goire le Thau­ma­turge5,6, qu’elle trans­mit à ses enfants. Son père tenait une école de rhé­to­rique à Néo­cé­sa­rée. Sa mère Emmé­lie, une fois veuve, et sa sœur, Macrine la Jeune, devinrent reli­gieuses et la mai­son fami­liale fut trans­for­mée en monas­tère7. Deux des frères de Gré­goire, Basile de Césa­rée, son aîné de cinq ans3, et Pierre de Sébaste, furent évêques comme lui. Gré­goire béné­fi­cie de la très forte influence de sa sœur Macrine et davan­tage encore de celle de son frère Basile, qu’il appel­le­ra « un maître et un père » et « la mer­veille de l’u­ni­vers ».

Gré­goire le Thau­ma­turge (détail). Monas­tère d’O­sios Lou­kas, Béo­tie, Grèce.

Il n’a pas sui­vi des études aus­si com­plètes que son frère Basile de Césa­rée1. Au sujet de ses études, Gré­goire affir­me­ra qu’il « n’a rien de sen­sa­tion­nel à en dire »8. On n’a aucune indi­ca­tion sur ses pro­fes­seurs, mais il est pro­bable que son frère Basile fut l’un d’eux1,Note 3.

Gré­goire se des­ti­na à la vie reli­gieuse, et fut ordon­né lec­teur, mais il ne se jugea pas pour autant lié au ser­vice de l’É­glise1,9. Après le retrait de la loi sco­laire de l’empereur Julien en 365, il devint maître de rhé­to­rique.

La ques­tion de savoir si Gré­goire s’est marié a long­temps divi­sé auteurs reli­gieux et cher­cheurs10. L’a­na­lyse appro­fon­die des sources pri­maires, notam­ment de son Trai­té sur la Vir­gi­ni­té, tend à confir­mer que cela était bien le cas mais que son épouse n’é­tait pas la dia­co­nesse nom­mée Théo­sé­bia11 régu­liè­re­ment évo­quée à la suite de sa men­tion dans une lettre de conso­la­tion de Gré­goire de Nazianze, rédi­gée à l’oc­ca­sion du décès de cette der­nière10. Celle-ci, à l’ins­tar de Macrine, était vrai­sem­bla­ble­ment la sœur de Gré­goire et Basile et, comme elle, une vierge consa­crée pra­ti­quant l’as­cèse10. La proxi­mi­té de Théo­so­bia auprès de son frère laisse pen­ser que son épouse est morte avant le décès de cette der­nière au milieu des années 38010.

Dans une lettre12Gré­goire de Nazianze lui demande d’a­voir une vie plus fer­vente1. Gré­goire de Nysse va vivre avec les moines, fai­sant de longs séjours au monas­tère de l’I­ris de Basile1.

Episcopat

En 371, Gré­goire est nom­mé évêque de Nysse[3], contre son gré, par Basile de Césa­rée[1]. Lui qui n’as­pi­rait qu’à la vie spi­ri­tuelle et intel­lec­tuelle se mon­tra inapte à toute poli­tique ecclé­sias­tique ; on lui repro­cha son manque de fer­me­té et les inexac­ti­tudes de sa comp­ta­bi­li­té[13]. Quelques années après sa nomi­na­tion, en 376, un synode d’é­vêques ariens, oppo­sés à la doc­trine de Nicée défen­due par Gré­goire et Basile de Césa­rée, le dépose[3],[1], en affir­mant qu’il avait dila­pi­dé les biens de l’é­vê­ché[9]. L’empereur Valens favo­ri­sant l’aria­nisme[3], Gré­goire part alors en exil[9].

En 378, l’empereur Valens étant mort, on fête son retour triom­phal dans son dio­cèse[3],[1]. De retour d’exil en 379, il est pré­sent lors de la mort de sa sœur Macrine la Jeune[14]. Il écrit un dia­logue déve­lop­pant, en s’ins­pi­rant du Phé­don de Pla­ton, ses concep­tions de la vie après la mort et de l’âme[14],[15].

L’année 379 est mar­quée, le 1er jan­vier, par la mort de son frère Basile dont il fait le pané­gy­rique : « Cet homme était la mer­veille de l’univers entier. Il était le modèle accom­pli de la culture (παιδεία), tant chré­tienne que pro­fane, l’exemple de la sagesse, l’idéal et la pierre de touche des évêques[16]. ». En entre­pre­nant de deve­nir son héri­tier et de conti­nuer son œuvre, Gré­goire entre véri­ta­ble­ment dans la vie de l’Église[17]. Il pro­nonce dans le mar­ty­rium de Césa­rée le ser­mon Sur les qua­rante mar­tyrs[16]. La même année, en sep­tembre ou octobre, il par­ti­cipe au Concile d’An­tioche, afin de mettre fin au schisme qui divi­sait la région d’An­tioche. Il est alors char­gé par des évêques du synode d’une mis­sion en Ara­bie[3], il en pro­fite pour voir les lieux saints[1].

Durant l’hiver 380, de retour d’Arménie, il se consacre à la rédac­tion du pre­mier livre Contre Eunome, du Trai­té sur l’âme et la résur­rec­tion, et il com­plète l’Hexaé­mé­ron de Basile[18] ; il est nom­mé arche­vêque de Sébaste (Sebas­teia), il y fait nom­mer la même année son frère Pierre. Il est alors dési­gné comme évêque ordi­naire de tout le dio­cèse du Pont.

Constantinople

Après la mort de Basile en 379, Gré­goire de Nysse voit son rôle aug­men­ter, il devien­dra l’homme de confiance du régime impé­rial de Théo­dose le Grand.

Il joue un rôle de pre­mière impor­tance au concile de Constan­ti­nople en 381, convo­qué contre l’aria­nisme : il y appa­raît comme l’héritier de Basile, dont le concile marque le triomphe ; ce concile com­plète la pro­fes­sion de foi de Nicée19. C’est lui qui pro­nonce l’é­loge funèbre de l’évêque Mélèce Ier d’An­tioche mort durant le concile20. Il est ensuite char­gé d’une mis­sion en Ara­bie et à Jéru­sa­lem ; de retour à Nysse, il rédige le second livre du trai­té Contre Eunome, dans lequel il défend la foi de Nicée, et la nature divine de l’Esprit-Saint, contre leurs adver­saires, les pneu­ma­to­maques15. Il est dési­gné par Théo­dose Ier comme l’un des pré­lats dont il faut par­ta­ger la foi pour être ortho­doxe20.

En 385, il donne les hon­neurs de la sépul­ture à « sa sœur Théo­sé­bie ». Le 25 août, il pro­nonce l’é­loge funèbre de l’en­fant unique de l’empereur Théo­dose Ier, la prin­cesse Pul­ché­rie morte à l’âge de 6 ans, et peu après, peut-être le 14 sep­tembre, celui de l’im­pé­ra­trice Fla­cil­la3,1 : ces orai­sons funèbres attestent l’autorité dont jouit Gré­goire à la cour de Théo­dose, dont il est l’orateur offi­ciel21.

En 386, l’empereur qui rési­dait à Constan­ti­nople se fixe à Milan, ville dont saint Ambroise est l’évêque. Reti­ré de Constan­ti­nople à la fin de 387, Gré­goire se trouve ain­si libé­ré des polé­miques théo­lo­giques et rentre à Nysse. Com­mence alors sa période de pro­duc­tion lit­té­raire : il va consa­crer sa vie à don­ner à l’œuvre monas­tique de Basile des bases spi­ri­tuelles et doc­tri­nales. Dési­reux de don­ner un fon­de­ment biblique à sa théo­lo­gie mys­tique, il écrit ses com­men­taires de l’Ancien Tes­ta­ment tout en éla­bo­rant sa doc­trine spi­ri­tuelle de l’épec­tase (en grec ancien : ἐπέκτασις, « exten­sion »), c’est-à-dire du pro­grès de l’homme vers Dieu22. Ain­si, en mai 388, dans le ser­mon Sur le Saint-Esprit, il déve­loppe un trait de cette doc­trine, à savoir que l’Esprit est don­né à ceux qui s’en sont ren­dus dignes par des efforts moraux23.

Vers 394, il donne des ins­truc­tions spi­ri­tuelles aux moines. Il aurait par­ti­ci­pé en 394 à la dédi­cace de l’é­glise de Rufin, à Constan­ti­nople, et meurt peu après. On fixe la date de sa mort vers 395 Note 4.

Doctrine et méthode

La doc­trine phi­lo­so­phique et théo­lo­gique de saint Gré­goire de Nysse, au confluent de mul­tiples mou­ve­ments de pen­sée, s’inspire de Pla­tonAris­toteOri­gène et des stoï­ciens, le lien entre tous ces apports étant assu­ré par la pen­sée chré­tienne de ses devan­ciers et en par­ti­cu­lier de son frère Basile de Césa­rée. Une des notions clef dans la pen­sée et la théo­lo­gie de saint Gré­goire est la notion d’ako­lou­thia, « enchaî­ne­ment » : elle marque la liai­son néces­saire dans tous les domaines de la réa­li­té, et « repré­sente un des efforts les plus impor­tants de sys­té­ma­ti­sa­tion théo­lo­gique[24]. »

L’enchaînement comme méthode scientifique

Les écrits de Gré­goire de Nysse en grec ancien, sont nom­breux et variés. Sa pen­sée est plus spé­cu­la­tive que celle de Basile de Césa­rée et de Gré­goire de Nazianze. Même s’il dépend, dans l’ensemble, de l’enseignement de Basile, il cherche à lui don­ner une forme sys­té­ma­tique et logique[25]. Ceci est mar­qué le plus sou­vent dans ses écrits par les mots ἀκολουθία / ako­lou­thia, « enchaî­ne­ment, lien logique », mais aus­si ἀκόλουθον, « consé­quent », ou encore εὐακολουθία, « en bonne logique », ἀκόλουθος τάξις, « ordre métho­dique », expres­sions qui reviennent comme un leit-motiv de sa pen­sée[26]. Il s’agit tou­jours de sou­li­gner la liai­son logique et néces­saire entre les idées ou les faits, entre les causes et leurs consé­quences. Dans la contro­verse, Gré­goire emploie fré­quem­ment la réfu­ta­tion par l’absurde, et écar­tant les dis­cus­sions dia­lec­tiques dont abu­saient les ariens, il a le sou­ci de conduire métho­di­que­ment une recherche en par­tant de consi­dé­ra­tions géné­rales pour éclai­rer pro­gres­si­ve­ment une ques­tion repla­cée dans son contexte[27]. Cette méthode qui pro­cède par la réduc­tion aux pre­miers prin­cipes — par exemple, réduc­tion au Bien suprême pour juger du Bien par­ti­cu­lier — « appa­raît donc comme vrai­ment scien­ti­fique », recon­naît le car­di­nal Danié­lou. Aux sources de cette méthode, il y a d’abord Aris­tote chez qui la notion d’ako­lou­thia est fré­quente dans le trai­té De inter­pre­ta­tione[28]. Ce déve­lop­pe­ment de la logique aris­to­té­li­cienne évoque aus­si Plo­tin[29] que saint Gré­goire a beau­coup lu[30],[31]. Enfin, cette méthode scien­ti­fique de recherche des liai­sons néces­saires des phé­no­mènes est aus­si nom­mée ako­lou­thia chez le méde­cin Galien[32] dont nous savons que Gré­goire l’a lu[33].

L’enchaînement comme notion métaphysique

Au cœur de la méta­phy­sique de saint Gré­goire, il y a aus­si le terme grec ἀκολουθία / ako­lou­thia « enchaî­ne­ment » ; il exprime un des points essen­tiels de sa théo­lo­gie, à savoir la fina­li­té pro­gres­sive de toutes choses dans l’univers. Ain­si, dans le cycle de la vie humaine, il n’y a pas lieu de se scan­da­li­ser de la mort :

« C’est sans rai­son, ô hommes, que vous vous affli­gez et que vous gémis­sez de l’enchaînement de la suc­ces­sion néces­saire des choses. Vous igno­rez vers quel but conduit ce qui est dis­po­sé dans l’univers. Il faut que tout, en effet, selon un ordre pro­gres­sif (τάξις καὶ ἀκολουθία), selon la sagesse artiste de celui qui dirige, soit uni à la nature divine[34]. »

— Hexa­mé­ron, XLVI, 105 A.

Gré­goire subit ici l’influence du stoï­cisme à tra­vers Zénon et Posi­do­nios, chez qui la chaîne cau­sale des évé­ne­ments dans la nature était dési­gnée du nom du des­tin, Εἱμαρμένη / hei­mar­me­nè[35]. Mais pour Gré­goire, ce déploie­ment ordon­né des phé­no­mènes vers une fina­li­té, à la dif­fé­rence des stoï­ciens, est l’œuvre d’une sagesse trans­cen­dante. Cette marche de la condi­tion humaine vers une fin, c’est l’assimilation à Dieu : « L’ako­lou­thia est ici un pro­ces­sus de divi­ni­sa­tion », écrit Jean Danié­lou, puisque la créa­tion n’est pas l’effet du hasard mais répond à un plan divin[36]. Tou­jours liée à la réa­li­té du temps doté d’une valeur posi­tive comme lieu d’un des­sein divin, cette pro­gres­sion est la condi­tion de toute créa­ture. Rien ne peut échap­per à cette condi­tion d’être déployé dans une suc­ces­sion tem­po­relle, hor­mis « celui par qui tout a été fait ». La tota­li­té du temps a un com­men­ce­ment et une fin[37], « la créa­tion pour­suit son cours à par­tir d’un prin­cipe par­fai­te­ment recon­nu vers sa propre fin à tra­vers les espaces tem­po­rels », écrit saint Gré­goire[38]. Même dans l’ordre du sur­na­tu­rel et dans l’histoire du salut se mani­feste cette loi de suc­ces­sion : à la pro­pa­ga­tion du péché à tra­vers l’humanité à par­tir du péché d’Adam, Gré­goire, comme saint Paul, oppose celle de la grâce à par­tir du Christ[39].

C’est enfin dans ses exé­gèses de l’Écri­ture que Gré­goire découvre la loi de suc­ces­sion non des faits mais des textes eux-mêmes : dans ses Trai­tés sur les Psaumes, il dégage, sous l’apparent désordre chro­no­lo­gique des Psaumes, « la route qui conduit à la béa­ti­tude[40]. » L’ako­lou­thia exprime ici l’idée cen­trale de la spi­ri­tua­li­té de Gré­goire, la pro­gres­sion de l’âme « tou­jours plus haut, jusqu’à ce qu’elle par­vienne au som­met des biens[41]. »

Anthropologie

La Créa­tion de l’homme (De homi­nis opi­fi­cio), l’un des ouvrages les plus mar­quants de saint Gré­goire, est un trai­té d’anthro­po­lo­gie qui s’inspire des écrits de méde­cins comme Galien, de phi­lo­sophes, pro­ba­ble­ment Posi­do­nios, autant que de la Genèse. C’est un cadeau de Pâques à son frère Pierre dans lequel Gré­goire com­plète l’Hexa­me­ron de Basile : « Que la gloire qui vient des dis­ciples ne fasse pas défaut au maître », y dit Gré­goire.

Aux cha­pitres VIII et X, il déve­loppe des argu­ments sur l’importance des mains qui ont libé­ré la bouche en vue de la parole chez l’homme, et sur la forme du pied humain où le pouce est plan­ti­grade et non pas oppo­sable, ce qui consti­tue la condi­tion vrai­ment fon­da­men­tale et supé­rieure de l’homme sur l’animal : il y a là des intui­tions éton­nantes qui pré­sagent les vues modernes sur la cor­ré­la­tion des organes et l’avènement de l’intelligence dans l’espèce humaine. Le paléon­to­logue André Leroi-Gou­rhan[42] a confir­mé que ces vues de saint Gré­goire de Nysse sont « très proches » de ce qu’il a dit lui-même[43].

Dans ce trai­té, Gré­goire énonce la doc­trine capi­tale de la double créa­tion : Dieu crée d’abord l’homme uni­ver­sel, entiè­re­ment tour­né vers Lui et par­fai­te­ment « à l’image de Dieu », le genre humain sexué mais sans pas­sion ; dans le plan de Dieu, cette créa­tion — qui n’a pas de réa­li­té his­to­rique — a atteint sa per­fec­tion. À cette créa­tion pre­mière de l’homme uni­ver­sel suc­cède la seconde créa­tion : « Dieu les fit mâle et femelle, divi­sion étran­gère aux attri­buts divins », écrit Gré­goire. Cette seconde créa­tion, c’est celle d’Adam, mar­quée par l’instinct sexuel, la mala­die, la mort et les pas­sions[44]. L’ensemble de cette condi­tion bio­lo­gique ani­male a été sur­ajou­tée à l’homme par suite du péché, pour assu­rer sa conser­va­tion et son salut. Reje­tant la théo­rie de la plu­ra­li­té des âmes et de leur pré­exis­tence, reje­tant aus­si la métem­psy­chose déve­lop­pée par Ori­gène, autant que celle de Méthode d’O­lympe sur le second rang de l’âme après le corps[45], Gré­goire affirme que l’âme et le corps ont une seule et même ori­gine, sur­gissent en même temps et connaissent une crois­sance conco­mi­tante. Cette âme unique existe dès le début de la vie embryon­naire[46]. De manière très moderne, Gré­goire met en évi­dence la puis­sance de déve­lop­pe­ment conte­nue dans la semence humaine et l’embryon, en la com­pa­rant au grain de blé où, dit-il, « sont déjà conte­nues en puis­sance les carac­té­ris­tiques de l’épi, l’herbe, la tige, les par­ties inter­mé­diaires, le fruit […] ; de la même façon, la semence humaine doit être conçue comme pos­sé­dant dès les ori­gines du com­po­sé humain la puis­sance natu­relle qui est dis­sé­mi­née en elle[47]. » Cette thèse anthro­po­lo­gique est déve­lop­pée dans le petit trai­té Sur les enfants mort-nés.

Ain­si, la nature de l’homme, réa­li­té une, peut-elle être consi­dé­rée sous un double aspect, car la consti­tu­tion de l’homme est double, faite d’un mélange d’intelligible et de sen­sible, sans pour autant que la nature humaine soit dua­liste.

« Deux hommes, en effet, peuvent être consi­dé­rés en cha­cun de nous, l’un cor­po­rel et appa­rent, l’autre spi­ri­tuel et invi­sible. Leur nais­sance est celle de deux jumeaux, puis­qu’ils viennent au monde en même temps : car l’âme n’existe pas avant le corps et le corps n’est pas for­mé avant l’âme, mais ils viennent simul­ta­né­ment à la vie. »

— Gré­goire de Nysse, Le Can­tique des can­tiques, VII.

La consé­quence de cette double consti­tu­tion est le carac­tère double de notre vie :

« Puisque notre nature est double, consti­tuée d’un mélange d’intelligible et de sen­sible, double en consé­quence est aus­si notre vie, d’une manière pro­por­tion­née à cha­cune des deux parts qui sont en nous, cor­po­relle pour la par­tie sen­sible, intel­li­gible et incor­po­relle pour l’autre par­tie. Et de la même façon, le bien et ce qui ne l’est pas ne sont pas la même chose pour cha­cun des deux aspects de notre vie, mais il y a un bien intel­li­gible pour la par­tie intel­li­gible et, pour la par­tie sen­sible et cor­po­relle, un bien tel que le veulent les sens. »

— Gré­goire de Nysse, Homé­lies sur l’Ecclésiaste, 8.

À chaque par­tie, sen­sible et intel­li­gible, qui se trouve dans l’homme, cor­res­pondent des modes de connais­sance dif­fé­rents, théo­rique, logique ou éthique ; le dis­cer­ne­ment humain (τὸ διακριτικόν) donne la capa­ci­té de per­ce­voir le bien[48]. Cette concep­tion de la nature humaine est insé­pa­rable d’une éthique mar­quée par l’action de grâce et la com­mu­nion eucha­ris­tique ; Gré­goire a éla­bo­ré au total une anthro­po­lo­gie de la per­sonne, auto­nome, libre, et capable de dis­cer­ner le bien, ce qui en fait un être unique au sein de la créa­tion.

Telle est l’humanité d’aujourd’hui, impar­faite mais en che­min vers son accom­plis­se­ment, vers le terme de son deve­nir qui est le Christ[49]. Car notre propre achè­ve­ment est dans la mort et la résur­rec­tion, à l’image du Christ res­sus­ci­té. La résur­rec­tion du Christ entraîne celle des hommes, comme Gré­goire de Nysse l’explique à tra­vers l’image du roseau[50] : cou­pée en deux dans le sens de la lon­gueur, la tige du roseau se recolle si on noue étroi­te­ment ensemble les deux extré­mi­tés. Adam — qui ouvrit la pre­mière déchi­rure — et le Christ — qui opé­ra la pre­mière suture — sont comme les deux extré­mi­tés du roseau[51]. La résur­rec­tion du Christ, Homme-Dieu, res­taure tout homme dans son inté­gri­té, corps et âme, par delà la mort. Cette convic­tion, Gré­goire l’affirme aus­si dans les Homé­lies sur le Can­tique des Can­tiques[52] : « Lorsque nous serons tous deve­nus un dans le Christ, nous serons tous dépouillés des signes de cette divi­sion ([des sexes]) en même temps que du vieil homme tout entier ». Par oppo­si­tion à ces « tuniques de peau[53] » consti­tuées par notre condi­tion bio­lo­gique ani­male, Gré­goire évoque ce que devien­dra notre corps, « tunique lumi­neuse, légère, et théo­pha­nique[49]. » Dans la pers­pec­tive escha­to­lo­gique chré­tienne, le but et le terme du par­cours de cette vie « n’est rien d’autre que la res­sem­blance avec Dieu[54] ». Gré­goire montre ain­si que le corps humain est à la fois bon et fina­li­sé par le Christ vers qui che­mine l’humanité[55].

Christologie

Article détaillé : Aria­nisme.

C’est à Jéru­sa­lem que saint Gré­goire dut expo­ser sa posi­tion sur le pro­blème chris­to­lo­gique. Dans sa lettre 2, il affirme que les auto­ri­tés de cette ville lui deman­dèrent de venir en qua­li­té de média­teur[Note 5]. Il dut affron­ter une vive contes­ta­tion por­tant sur cette ques­tion, où s’affrontaient par­ti­sans et adver­saires d’Arius. La lettre 3, située selon toute vrai­sem­blance au moment du pre­mier concile de Constan­ti­nople en 381[56], expose l’accusation for­mu­lée contre l’évêque de Nysse, à savoir : por­ter atteinte, par sa doc­trine sur le Fils, à l’immutabilité divine, c’est-à-dire l’absence de chan­ge­ment[57]. Par­ti­san de la chris­to­lo­gie du Verbe-chair, Arius affir­mait que le Christ était sus­cep­tible de chan­ge­ment, aus­si bien dans son esprit que dans sa chair, en fonc­tion de son libre arbitre[58]. Saint Gré­goire au contraire avait déjà don­né son accord à la chris­to­lo­gie du Verbe-homme au concile d’An­tioche en 379[59]. Gré­goire pro­fesse en effet que le Christ est Dieu véri­table, ce qui implique qu’il est « immuable, sans chan­ge­ment et tou­jours le même, ne pou­vant se trans­for­mer ni en quelque chose de pire, ni en quelque chose de meilleur »[60] : l’incar­na­tion qui le fait homme l’a pour­vu d’un homme com­plet, corps, âme et esprit, et lais­sé sa divi­ni­té incor­rup­tible, inchan­gée, pure de tout dom­mage et de toute mala­die, aus­si bien au moment de la nais­sance qu’au moment de la mort[61]. Saint Gré­goire devra reve­nir sur ce débat chris­to­lo­gique dans les années sui­vantes, et cette ques­tion va occu­per les théo­lo­giens pen­dant encore plu­sieurs décen­nies[62].

Toute la chris­to­lo­gie gré­go­rienne est à pen­ser en termes d’éco­no­mie du salut et non de théo­lo­gie : Ber­nard Pot­tier rap­pelle que « l’éco­no­mie désigne toute l’activité de Dieu en rap­port avec le temps, créa­tion y com­pris », alors que la théo­lo­gie étu­die tout ce qui est éter­nel et a trait à Dieu, immuable et trans­cen­dant[63]. L’incar­na­tion du Christ se déroule en effet dans l’extension spa­tio-tem­po­relle (en grec ancien : διάστημα / dias­tè­ma) sui­vant les quatre phases de toute vie humaine : concep­tion, nais­sance, mort, résur­rec­tion. Ni avant sa concep­tion, ni après sa résur­rec­tion, le corps de Jésus n’est un corps éter­nel, inté­rieur à la Tri­ni­té comme le pré­ten­dra l’évêque Apol­li­naire de Lao­di­cée[64]. Pour Gré­goire, l’expérience de la mort fait par­tie de la vie humaine ; quant à la résur­rec­tion du Christ, elle ne signi­fie pas la dis­pa­ri­tion de sa nature humaine qui aurait été comme absor­bée dans sa nature divine ; la nature humaine du Christ s’étend « jusqu’aux pro­fon­deurs extrêmes du mal dans la mort. Et parce qu’il se pro­duit dans la mort la divi­ni­sa­tion ultime du corps du Christ qui se révèle parce que son corps ne se cor­rompt pas et que son âme ouvre l’en­trée du Para­dis, c’est là, et là seule­ment, que se révèle la sur­abon­dance de la pré­sence divine », écrit Mariette Cané­vet[65]. À sa résur­rec­tion, le Christ devient « incor­rup­tible (en grec ἂφθαρτος ), lumière dans la lumière, invi­sible, Sei­gneur immor­tel[66]. »

Apocatastase

L’escha­to­lo­gie de Gré­goire de Nysse a fait l’ob­jet de débats dans le cadre de l’apo­ca­tas­tase. Si, à par­tir du sep­tième siècle, l’au­then­ti­ci­té des pas­sages de l’œuvre de Gré­goire trai­tant de l’a­po­cas­tase a pu être mise en doute, il ne fait aujourd’­hui pra­ti­que­ment aucun doute qu’ils appar­tiennent bien aux textes ori­gi­naux[67]; ce mot, tra­duc­tion du grec ancien : ἀποκατάστασις, « res­tau­ra­tion », dési­gnait, dans la tra­di­tion stoï­cienne et néo-pytha­go­ri­cienne, le retour des âmes à un état anté­rieur de per­fec­tion, selon le schème du Retour éter­nel[68] : c’est l’erreur d’Ori­gène d’avoir ain­si rame­né le schème chré­tien au schème pla­to­ni­cien ; cette héré­sie éva­cuait le fait his­to­rique irré­vo­cable de l’humain uni au divin dans le Christ. Dans la doc­trine de saint Paul et de saint Gré­goire au contraire, l’apocatastase signi­fie que le salut de l’humanité est défi­ni­ti­ve­ment assu­ré après l’événement unique, « une fois, et pour tou­jours », de l’Incar­na­tion et de la Rédemp­tion du Christ[69].

Dans un cer­tain nombre de pas­sages, l’apocatastase est pré­sen­tée comme la res­tau­ra­tion (ou l’instauration) de l’humanité dans la socié­té des créa­tures spi­ri­tuelles[70] : « Il y eut un temps, écrit Gré­goire, où le chœur des créa­tures spi­ri­tuelles était un, toutes regar­dant vers l’unique cory­phée et déployant l’harmonie de leurs danses en sui­vant la mesure don­née par lui », mais la faute rom­pit cet accord et « l’homme fut arra­ché à la conver­sa­tion des anges. » Ce qui est envi­sa­gé ain­si, c’est le salut de l’humanité dans son ensemble, assu­ré par l’Incarnation ; lorsque Dieu sera res­tau­ré en tous à la suite du Juge­ment der­nier, le salut des dam­nés devien­dra-t-il pos­sible ? Chré­tiens catho­liques comme chré­tiens ortho­doxes estiment que cette res­tau­ra­tion sera pour cha­cun selon son mode, la jouis­sance ou la souf­france, sui­vant que les per­sonnes auront fait le choix de l’a­mour ou de la haine durant leur exis­tence ter­restre. Mais sur ce pro­blème du salut indi­vi­duel, la pen­sée de Gré­goire reste fluc­tuante[71] ; tan­tôt il affirme un enfer éter­nel, tan­tôt il dis­tingue entre une éter­ni­té heu­reuse et une éter­ni­té mal­heu­reuse.

Quelques textes donnent ain­si à pen­ser que l’u­ni­ver­sa­li­té du salut est pour Gré­goire une cer­ti­tude. Il semble que pour lui en effet, il ne puisse exis­ter de « péché éter­nel »[Note 6] (Marc, III, 29) jus­ti­fiant une peine éter­nelle :

« La force du mal n’est pas telle, qu’elle puisse l’emporter sur la puis­sance du bien ; l’in­cons­tance de notre nature n’est pas d’une sta­bi­li­té plus puis­sante que la sagesse de Dieu… Ain­si, le des­sein de Dieu garde tou­jours et par­tout son carac­tère immuable, tan­dis que notre nature chan­geante ne peut se fixer, même dans le mal. »

— La Créa­tion de l’homme, ch. 21.

Ailleurs il déclare plus pré­ci­sé­ment que la Sagesse divine laisse l’homme libre, « après avoir goû­té aux actions mau­vaises qu’il dési­rait et après avoir appris par l’ex­pé­rience ce qu’il avait échan­gé à leur place, de rebrous­ser che­min volon­tai­re­ment en direc­tion de la pre­mière béa­ti­tude. Il le fera, ou en cette vie, déjà puri­fié par la prière et la phi­lo­so­phie, ou après son départ d’i­ci-bas, au creu­set du feu puri­fi­ca­teur » (À ceux qui pleurent sur les morts, PG 46, 524–525). L’é­ter­ni­té des châ­ti­ments qu’il évoque par­fois signi­fie­rait alors pour lui seule­ment les « longs siècles » néces­saires pour que la nature des pécheurs « soit ren­due à Dieu pure et intacte » (Dis­cours caté­ché­tique, XXXV, 15). Sur ce dif­fi­cile pro­blème de l’apocatastase, le car­di­nal Danié­lou conclut en ces termes :

« L’apocatastase chez Gré­goire de Nysse sou­ligne le carac­tère défi­ni­tif de l’Incarnation, le carac­tère social du salut, la cer­ti­tude de la béa­ti­tude pour l’ensemble de l’humanité, l’entrée dans l’incorruptibilité de tous les hommes ; mais une notion insuf­fi­sante de l’éternité lui per­met dif­fi­ci­le­ment de dépas­ser la notion d’une apo­ca­tas­tase phy­sique uni­ver­selle qui se conci­lie mal avec son affir­ma­tion de l’éternité du châ­ti­ment des dam­nés, et une estime impar­faite de la valeur de l’individu lui a mas­qué le tra­gique du pro­blème ain­si lais­sé en sus­pens. »

— Jean Danié­lou, « L’apocatastase chez saint Gré­goire de Nysse », 1940, p. 347.

Jugements sur l’apocatastase

Inter­ro­gé sur la signi­fi­ca­tion de ces textes sur l’a­po­ca­tas­tase, Maxime le Confes­seur (580–662) répond que la res­tau­ra­tion visée par Gré­goire est celle « des puis­sances de l’âme, tom­bées sous le coup du péché, en l’é­tat où elles avaient été créées autre­fois » (Ques­tion et dif­fi­cul­tés, 19). Cette inter­pré­ta­tion, qui sera reprise par Théo­dore le Stu­dite (759–826), est elle-même com­prise dif­fé­rem­ment selon les com­men­ta­teurs. Pour Jean-Claude Lar­chet, Maxime cor­ri­ge­rait sans le dire la doc­trine de Gré­goire pour affir­mer que « leurs facul­tés ayant reje­té le sou­ve­nir du mal, les âmes pour­ront d’une part consta­ter que Dieu n’est pas la cause de leur errance si elles ont péché, et donc de mesu­rer leur propre res­pon­sa­bi­li­té, et d’autre part obte­nir la connais­sance des biens divins, mais pas pour autant la par­ti­ci­pa­tion à ces biens… les pécheurs qui ne se seront pas repen­tis souf­fri­ront [donc] – c’est cela l’en­fer – de les connaître sans pou­voir les rece­voir en par­tage, de voir Dieu mais d’être par leur propre faute éloi­gnés de Lui »[72].

À pro­pos de cette « cor­rec­tion », Marie-Hélène Congour­deau note que « Maxime le Confes­seur s’est don­né beau­coup de mal pour inter­pré­ter dans un sens ortho­doxe les pas­sages sus­pects de Pères recon­nus. C’est ain­si que ses Ambi­gua ad Johan­nem sont entiè­re­ment dédiés à l’explication dans un sens ortho­doxe de pas­sages équi­voques de Gré­goire de Nazianze. Au viie siècle, l’idée qu’un didas­cale recon­nu puisse se trom­per était insup­por­table. Ces efforts de Maxime ont le même objec­tif que les soup­çons d’interpolation : laver les didas­cales de tout soup­çon d’hétérodoxie »[73]. À l’in­verse, pour d’autres com­men­ta­teurs comme Eugène Michaud[74], Ber­thold Alta­ner[75], le car­di­nal Jean Danié­lou[76] ou Ila­ria Ramel­li[77], Maxime ensei­gne­rait comme Gré­goire le salut uni­ver­sel.

De nos jours, Hié­ro­thée Vla­chos estime que si Gré­goire de Nysse devait être inter­pré­té dans le sens d’Ori­gène en ce qui concerne son escha­to­lo­gie, il n’au­rait pas béné­fi­cié de cette véné­ra­tion constante puisque la doc­trine d’O­ri­gène a été clai­re­ment condam­née par l’É­glise[78]. Néan­moins, selon Ila­ria Ramel­li, la véri­table apo­ca­tas­tase, telle que l’ont ensei­gnée Ori­gène et Gré­goire de Nysse, n’est pas celle qui a été condam­née par le deuxième concile de Constan­ti­nople[79].

Économie de la pénitence

« Notre meilleure manière de résis­ter au mal, écrit Gré­goire de Nysse[80], c’est la péni­tence » : tel est le sens du jeûne que doivent pra­ti­quer les moines et les chré­tiens. Dans le cas du péché, qui est une « mala­die de l’âme », la péni­tence a pour but d’en gué­rir le pécheur. Aus­si décrit-il, dans sa Lettre cano­nique à Létoios, la pra­tique tra­di­tion­nelle des règles de la péni­tence publique en vigueur en Cap­pa­doce, après 381.

La pre­mière étape est l’entrée en péni­tence liée à la fois à la démarche du pécheur qui doit faire preuve de repen­tir et à celle de l’évêque[81]. Par son aveu, celui qui a péché doit mon­trer son désir de se puri­fier et de se cor­ri­ger. Le pro­ces­sus péni­ten­tiel com­prend d’abord l’exclusion de l’assemblée litur­gique des fidèles ; le pécheur prie­ra seul. Cette règle de l’exclusion se trou­vait déjà chez Gré­goire le Thau­ma­turge et chez Basile de Césa­rée, mais n’a sans doute pas exis­té en Occi­dent[82]. Au second stade de sa péni­tence, lorsqu’il est réin­tro­duit dans l’église, le fidèle n’a le droit d’assister qu’à la pre­mière par­tie de l’office, et doit sor­tir, en même temps que les caté­chu­mènes, au moment de la prière eucha­ris­tique. Dans la troi­sième phase de la péni­tence, enfin, le fidèle est de nou­veau admis à la com­mu­nion eucha­ris­tique, à Pâques, en même temps que les nou­veaux bap­ti­sés[83]. La durée de ce pro­ces­sus péni­ten­tiel dépend des fautes com­mises. Gré­goire retient dans son expo­sé les trois péchés majeurs ou cri­mi­na capi­ta­lia : l’apos­ta­sie, l’adul­tère et l’homi­cide. Les apos­tats, nom­breux sous l’empereur Julien, furent d’abord exclus à vie de l’église. Gré­goire, moins sévère, pré­voit une péni­tence de neuf années[84]. L’adultère (μοιχεία), dis­tinct de la for­ni­ca­tion[Note 7] (πορνεία), la pédé­ras­tie (παιδεραστία) et la bes­tia­li­té (ζωοφθορία), consi­dé­rés comme une injus­tice contre nature, sont sanc­tion­nés de dix-huit ans de péni­tence[85]. Quant à l’homicide, volon­taire, il reçoit une péni­tence de 27 ans, et invo­lon­taire, de 9 ans.
Gré­goire sou­ligne en outre que, à défaut d’interdictions cano­niques, l’Écriture condamne « le pro­fit, le prêt à inté­rêt et l’appropriation for­cée du bien d’autrui, même faite sous le cou­vert d’un contrat. » On recon­naît ici le thème cher à Gré­goire de la cri­tique de la cupi­di­té (πλεονεξία), vice dont il stig­ma­tise même les clercs mon­dains de son époque vivant dans le luxe[86]. Le vol sacri­lège des biens voués à Dieu fait éga­le­ment l’objet d’une péni­tence. Telle est la théo­rie des sen­tences péni­ten­tielles ; la pra­tique réelle en dif­fé­rait assez consi­dé­ra­ble­ment, l’application des peines étant modu­lée en fonc­tion des dis­po­si­tions du péni­tent, et Gré­goire conseille constam­ment la misé­ri­corde et l’indulgence (φιλανθρωπία)[87].

Sources profanes

Trois sources pro­fanes prin­ci­pales eurent une cer­taine influence, au moins dans leur style, sur la doc­trine de Gré­goire de Nysse : ce sont Pla­tonPlo­tin et les stoï­ciens.

C’est dans une dis­cus­sion conti­nue avec Pla­ton, faite de reprises et de cor­rec­tions inces­santes, que Gré­goire tire une phi­lo­so­phie de la Révé­la­tion. Il y a chez Gré­goire une péda­go­gie de la contem­pla­tion qui carac­té­ri­sait déjà l’approche pla­to­ni­cienne du réel88. Comme Pla­ton, il conçoit les élé­ments d’une « vraie phi­lo­so­phie », ἀληθὴς φιλοσοφία, expres­sion qu’il emprunte au maître de l’Aca­dé­mie89. Mais cette phi­lo­so­phie véri­table chez Gré­goire est déri­vée de Moïse90 et de l’intelligence de l’Écri­ture sainte : « Nous uti­li­sons la sainte Écri­ture comme une règle, une loi pour tout ensei­gne­ment. L’ayant néces­sai­re­ment sous les yeux, nous ne pou­vons admettre que ce qui est en har­mo­nie avec le pro­pos des Écri­tures. Nous lais­sons donc de côté le char de Pla­ton et la paire des che­vaux qui lui est atte­lée, che­vaux dont les élans sont dif­fé­rents l’un de l’autre ; nous lais­sons aus­si de côté le cocher qui les dirige, autant d’énigmes par les­quelles Pla­ton traite de l’âme91. » Gré­goire recon­naît cepen­dant que Pla­ton n’en demeure pas moins « savant dans le domaine pro­fane92. »

Des rap­pro­che­ments por­tant sur l’anthropologie ont aus­si été rele­vés avec le néo-pla­to­ni­cien Hié­ro­clès d’A­lexan­drie, par l’intermédiaire d’une source com­mune, Ori­gène dis­ciple d’Ammo­nios Sac­cas ; Gré­goire comme Hié­ro­clès éta­blissent en effet l’un et l’autre la même dis­tinc­tion entre cor­po­réi­té (σωματικός) et maté­ria­li­té (ὑλικός) : ain­si, les anges, inac­ces­sibles au péché, ont un corps mais non maté­riel ; si l’homme, dont la nature est double, a reçu un corps maté­riel, c’est, selon Gré­goire, en rai­son du péché et pour lui per­mettre de reve­nir à Dieu93.

Il faut faire une men­tion spé­ciale de Plo­tin (205–270), phi­lo­sophe mys­tique néo­pla­to­ni­cien. La dépen­dance lit­té­raire de Gré­goire envers lui est évi­dente94. Cepen­dant, cette influence doit être rela­ti­vi­sée : son œuvre opère une entière trans­for­ma­tion du pla­to­nisme comme du néo­pla­to­nisme de Plo­tin. On peut suivre dans son jaillis­se­ment même et dans les dif­fi­cul­tés qu’il ren­contre le tra­vail de trans­po­si­tion qui va per­mettre à la mys­tique chré­tienne de se consti­tuer. L’in­fluence plo­ti­nienne, bien plus qu’une influence réelle dans la doc­trine, consiste plu­tôt en « ata­visme d’ex­pres­sion ». La nou­veau­té du chris­tia­nisme, dans la recherche d’une for­mu­la­tion adé­quate, réside dans la néces­si­té d’ac­qué­rir la maî­trise de ce lan­gage phi­lo­so­phique pro­fane, mais en en modi­fiant consi­dé­ra­ble­ment le sens95.

Le corpus

Les œuvres de Gré­goire de Nysse sont dans le Cla­vis Patrum Græ­co­rum 3135–3226. Une chro­no­lo­gie de ses œuvres a déjà été ten­tée par divers com­men­ta­teurs, et le car­di­nal Jean Danié­lou en a pro­po­sé une pour les ser­mons96 ; mais la data­tion est extrê­me­ment dif­fi­cile, car on a trop peu de détails sur la vie de Gré­goire. La plus grande par­tie de l’œuvre fut écrite après la mort de Basile (379).

Ouvrages dogmatiques

  • La grande Caté­chèse (Ora­tio cate­che­ti­ca magna) :

Elle consti­tue une caté­chèse com­plète des mys­tères de la foi, dans laquelle Gré­goire fait la syn­thèse des prin­ci­paux dogmes chré­tiens : Tri­ni­téIncar­na­tionRédemp­tionBap­têmeEucha­ris­tie, et notam­ment Trans­sub­stan­tia­tion eucha­ris­tique14. Cette somme de doc­trine chré­tienne, com­po­sée sans doute vers 38097, est le pre­mier essai de théo­lo­gie sys­té­ma­tique, depuis le De Prin­ci­piis d’Ori­gène. La for­mu­la­tion de la foi, comme tou­jours, se pré­cise dans la contro­verse. Dans cet ouvrage, Gré­goire vise aus­si à aider les caté­chistes à ajus­ter leur dis­cours à des caté­chu­mènes culti­vés, empreints d’hel­lé­nisme, ce qui impose à son expo­sé une exi­gence ration­nelle. Son déve­lop­pe­ment se fonde sur la méta­phy­sique et non sur la seule auto­ri­té des Écri­tures dont l’usage est extrê­me­ment res­treint14. Gré­goire lève une à une les objec­tions païennes et les héré­sies qui remettent faus­se­ment en cause la doc­trine confes­sée par la tra­di­tion chré­tienne. D’emblée, il prend soin d’écarter deux erreurs, à savoir l’athéisme et le poly­théisme98. Et il énonce les attri­buts divins que païens et chré­tiens devraient pou­voir admettre comme véri­tés, à savoir bon­té, jus­tice, sagesse (σοφία), puis­sance, incor­rup­ti­bi­li­té, éter­ni­té.

Gré­goire fait appel à sa doc­trine tri­ni­taire en vue d’expliquer la Créa­tion, mais aus­si de per­mettre une juste com­pré­hen­sion de l’Incar­na­tion et de la Rédemp­tion. La Tri­ni­té est posée immé­dia­te­ment comme seule concep­tion vraie au sujet de Dieu. Son expo­sé adopte une démarche ana­lo­gique, sou­li­gnant les simi­li­tudes entre Logos divin et logos humain, Pneu­ma divin et pneu­ma humain99. Le Logos est Vie en lui-même, et « sa volon­té toute-puis­sante n’est encline à rien de mau­vais car la ten­dance au mal est étran­gère à la nature divine »100. La créa­tion de l’homme répond à cette bon­té : c’est par gra­tui­té, sans aucune néces­si­té intrin­sèque, par un effet de « la sur­abon­dance de son amour » que le Logos a créé la nature humaine, afin de lui don­ner de jouir des biens divins. En consé­quence, l’homme, doué de rai­son (λόγος) et de sagesse, a été créé à l’image de Dieu puisqu’il a reçu l’aptitude inté­rieure à dési­rer ces biens101. Quant à cette nature humaine livrée aux pas­sions, ce n’est pas son état ori­gi­nel : Dieu ne sau­rait donc être tenu pour res­pon­sable du mal.

Le mys­tère de l’Incar­na­tion est conci­liable avec l’incorruptibilité de la nature divine, et la Rédemp­tion est un effet de la bon­té, de la sagesse et de la jus­tice de Dieu ; la puis­sance divine est elle-même démon­trée au plus haut point par l’abaissement de Dieu, sa condes­cen­dance misé­ri­cor­dieuse102 : « Que Dieu soit des­cen­du jusqu’à notre bas­sesse, voi­là qui montre le débor­de­ment de sa puis­sance qui n’est entra­vée en rien par ce qui est à l’opposé de sa nature… Dieu se cacha sous l’enveloppe de notre nature, si bien que le démon, comme un pois­son vorace, en se pré­ci­pi­tant sur l’appât de l’humanité, se fit prendre à l’hameçon de la divi­ni­té. Ain­si la Vie ayant fait son gîte dans la mort et la Lumière étant venue briller dans les ténèbres, on ver­rait dis­pa­raître ce qui s’oppose à la Lumière et à la Vie »103,104. Doc­trine de Dieu et doc­trine tri­ni­taire s’éclairent et se répondent donc mutuel­le­ment dans ce Dis­cours caté­ché­tique qui offre, selon Emma­nuel Durand, une « théo­lo­gie exem­plaire ».

  • Dia­logue sur l’âme et la résur­rec­tion (De Ani­ma et Resur­rec­tione)

De retour d’exil, Gré­goire visi­ta en 379 sa sœur aînée Macrine qui était mou­rante14. Le livre est un dia­logue entre Gré­goire et sa sœur Macrine qui, nous dit Gré­goire, mou­rut le len­de­main. Il se situe après la mort de Basile en 379. Gré­goire, imi­tant le Phé­don de Pla­ton105 dont il adopte libre­ment la ter­mi­no­lo­gie, défi­nit la mort comme la sépa­ra­tion de l’âme et du corps. Il déve­loppe, à tra­vers ces dia­logues prê­tés à sa sœur, ses idées sur l’âme, « sub­stance créée, sub­stance vivante » (en grec, οὐσία ζῶσα)106,15. Pour Gré­goire, l’âme « est une par nature, intel­li­gible et imma­té­rielle, et mêlée par les sens à la nature maté­rielle ». Elle est le prin­cipe unique de la vie de l’être humain107. Puri­fiée de ses atta­che­ments sen­sibles, elle contemple le bien108, et c’est le bien qui l’attire et la trans­forme, car du fait de sa res­sem­blance avec la divi­ni­té, « notre âme imite sa nature trans­cen­dante ». Le Christ, habi­tant dans l’âme, est goû­té par elle, et elle a tou­jours faim de lui. En pre­nant appui sur le Christ comme sur un roc, l’âme peut s’élancer plus loin et devient sus­cep­tible d’un pro­grès conti­nuel : c’est le thème de l’épec­tase, fil conduc­teur de la pen­sée de saint Gré­goire109 qui écrit : « La nature des âmes et des anges ne connaît pas de limites et rien ne l’empêche de pro­gres­ser à l’infini […] Le Bien pre­mier étant infi­ni dans sa nature, la com­mu­nion avec Lui dans celui qui s’en désal­tère devra néces­sai­re­ment elle aus­si être infi­nie, capable de s’élargir à jamais110. »

  • Contre Eunome

Article détaillé : Ano­méisme.

La réflexion théo­lo­gique sur l’essence de Dieu et celle du Christ est à l’origine de vifs débats au sein de l’Église du ive siècle ; des cou­rants se créent et s’opposent entre le chris­tia­nisme nicéen d’une part, et Eunome, par­ti­san de l’hérésie arienne d’autre part. Dans ce contexte, Gré­goire de Nysse consacre un trai­té en trois livres, Contre Eunome, à la réfu­ta­tion d’un ouvrage théo­lo­gique de son adver­saire. Basile de Césa­rée avait déjà écrit, en 364, un ouvrage Contre Eunome111, lequel avait répon­du à Basile15 ; le Contre Eunome de Gré­goire de Nysse est une réponse1 dans laquelle Gré­goire prend la défense de la pen­sée théo­lo­gique de Basile14,15 et défend la divi­ni­té de l’Esprit-Saint et du Christ15. Le trai­té a été écrit entre 380 et 383112.

Les deux pre­miers livres du Contre Eunome furent lus au concile de Constan­ti­nople, en 381, devant Gré­goire de Nazianze et saint Jérôme. Gré­goire de Nysse était en effet le chef théo­lo­gique de l’as­sem­blée. Alors qu’Eunome s’efforce de prou­ver que le Fils est infé­rieur au Père, Gré­goire sou­ligne au contraire la puis­sance sou­ve­rai­ne­ment libre du Christ dont il rap­pelle ces paroles113 : « Per­sonne ne m’enlève mon âme ; j’ai le pou­voir de la don­ner et le pou­voir de la reprendre114. »

Dans le livre III, chap. 5, 23, Gré­goire attaque direc­te­ment la per­sonne de son adver­saire — dans le style des pam­phlets —. Il cri­tique son dis­cours plein d’artifices dans le goût de l’asia­nisme et « le ver­biage nau­séeux de ce rhé­teur »115. Au cha­pitre 7, 8–14, il reproche à Eunome d’avoir per­ver­ti la doc­trine chré­tienne par des concep­tions juives au sujet de Dieu, sou­li­gnant sou­vent des rap­pro­che­ments pos­sibles entre héré­sie euno­mienne et judaïsme116. Il défi­nit trois approches pro­gres­sives de Dieu : les phé­no­mènes (φαινόμενα) ne sont que les empreintes lais­sées par Dieu dans son œuvre ; les attri­buts divins (νοητά) sont sai­sis non plus par les sens mais par l’intelligence ; enfin l’ousia (οὐσία), l’intimité même de Dieu, est connue par la contem­pla­tion117.

  • La Vie de Moïse (Βίος Μούσεως)

L’ouvrage, com­po­sé vers 390–392, relève à la fois de la théo­lo­gie spé­cu­la­tive et de la théo­lo­gie mys­tique118 ; il consti­tue une pre­mière for­mu­la­tion de la doc­trine spi­ri­tuelle chré­tienne, et res­te­ra au long de tous les siècles qui sui­vront, l’une des sources d’ins­pi­ra­tion du chris­tia­nisme inté­rieur et mys­tique. Gré­goire de Nysse s’y est pro­po­sé de don­ner un guide de vie spi­ri­tuelle sous la forme d’un por­trait idéal de Moïse. L’essentiel de l’ouvrage se situe au livre II, consa­cré à l’interprétation allé­go­rique : Moïse y est le sym­bole de la migra­tion mys­tique et de l’ascension de l’âme vers Dieu. Gré­goire struc­ture sa Vie de Moïse selon le sché­ma défi­ni par Ori­gène des étapes du pro­grès de l’âme, à savoir un pas­sage de la lumière à la ténèbre : « La pre­mière mani­fes­ta­tion de Dieu au grand Moïse se fit par une lumière (φῶς), puis Dieu lui parle dans la nuée (νεφέλη) » au som­met du Sinaï119 ; enfin, quand il s’est éle­vé vers la per­fec­tion, Moïse, à l’appel de Dieu, gra­vit la mon­tagne de théog­no­sie (θεογνωσία), c’est-à-dire de la connais­sance inef­fable de Dieu, pour accé­der à la contem­pla­tion de l’Être trans­cen­dant120. Moïse entre alors « dans la ténèbre » (γνόφος), la troi­sième et ultime étape de la connais­sance théo­lo­gique, c’est-à-dire qu’il connaît que la Divi­ni­té est, par essence, « ce qui trans­cende toute gnôse117. » À ce der­nier stade, Moïse contemple le taber­nacle, figure du Christ total qui contient « le Tout en Lui ».
Au cha­pitre 87, Gré­goire explique la source réelle des châ­ti­ments qui frappent l’homme :

« Quand on dit que Dieu inflige un châ­ti­ment dou­lou­reux à ceux qui font un usage per­vers de leur liber­té, il convient de com­prendre que c’est en nous-mêmes que ces souf­frances ont leur prin­cipe et leur cause. »

  • Les autres œuvres

Par­mi les autres œuvres dog­ma­tiques, deux trai­tés réfutent l’apol­li­na­risme qui accu­sait l’É­glise de pré­tendre qu’il y avait deux Fils de Dieu. Gré­goire insiste sur l’u­nion des deux natures dans le Christ. Quatre trai­tés défendent la doc­trine tri­ni­taire : le Père, le Fils et l’Es­prit sont trois modes d’être, trois rela­tions d’un être un et iden­tique. Un de ces trai­tés est la Lettre 189 de Saint Basile de Césa­rée — donc faus­se­ment attri­buée à Basile —. Elle défend, comme une autre œuvre de Gré­goire de Nysse (le Ser­mo de Spi­ri­tu Sanc­to), la divi­ni­té du Saint-Esprit.

Gré­goire a en outre com­men­té, dans des homé­lies, divers pas­sages bibliques, notam­ment l’Ecclé­siaste, le Can­tique des Can­tiques et les Béa­ti­tudes. On peut enfin citer un dia­logue avec un phi­lo­sophe païen contre le fata­lisme astro­lo­gique : le Contra Fatum.

Ouvrages exégétiques

  • L’ex­pli­ca­tion du récit des six jours (Expli­ca­tio apo­lo­ge­ti­ca in Hexae­me­ron) :

C’est la suite directe du trai­té sur la Créa­tion de l’homme. Comme Basile s’in­ter­di­sait de s’é­car­ter du sens lit­té­ral, Gré­goire renonce ici à l’allé­go­rie, pré­sente par­tout ailleurs dans son œuvre. Il décrit deux étapes dans la consti­tu­tion des élé­ments : ils sont d’abord en puis­sance, et ensuite sont mis en acte121.

Les autres œuvres sont toutes des œuvres ascé­tiques ou mys­tiques, sauf le petit écrit sur la sor­cière d’Endor (De pytho­nis­sa) où Gré­goire affirme que la sor­cière ne vit pas Samuel lui-même mais un démon. Dans La Vie de Moïse, Gré­goire déve­loppe les ver­tus de Moïse et invite à les imi­ter122.

  • Sur les titres des psaumes (In ins­crip­tiones psal­mo­rum) :

Les cinq livres des psaumes repré­sentent autant de degrés sur l’é­chelle vers la per­fec­tion et leurs titres ont une signi­fi­ca­tion allé­go­rique des­ti­née à notre pro­fit spi­ri­tuel. Dans ce trai­té, saint Gré­goire expose une théo­lo­gie musi­cale lar­ge­ment ins­pi­rée des phi­lo­sophes de l’Antiquité : il reprend à son compte la cor­res­pon­dance du micro­cosme et du macro­cosme, et la théo­rie de l’harmonie des sphères123 expri­mée dans le Timée de Pla­ton. Mais cette musique cos­mique, per­çue par l’esprit et non par nos sens, s’intègre dans une syn­thèse reli­gieuse et chré­tienne : elle devient « un hymne à la gloire inac­ces­sible et inex­pri­mable de Dieu ». Pour Gré­goire, la musique ramène le calme de l’esprit. Comme David disant dans ses psaumes que « les cieux racontent la gloire de Dieu », l’homme peut et doit, grâce à la musique, rede­ve­nir aus­si har­mo­nieux que le ciel étoi­lé et chan­ter lui aus­si l’hymne à la gloire du Dieu créa­teur124.

  • Huit homé­lies sur l’Ecclésiaste

Elles furent com­po­sées à par­tir de 378–379125. Elles tra­duisent le sou­ci de vivre plei­ne­ment la mer­veille de l’existence humaine et de faire le bien dans le monde phy­sique126. Les trois der­nières homé­lies (6 à 8) forment un ensemble à part et sont consa­crées à l’exé­gèse du cha­pitre 3 de l’Ecclé­siaste, ver­sets 1 à 8. La consti­tu­tion de l’homme est double, faite d’un mélange d’intelligible et de sen­sible, sans pour autant que la nature humaine soit dua­listeNote 8. Ce livre est des­ti­né à éle­ver l’es­prit au-des­sus des sens, car le renon­ce­ment conduit les sens à un monde de paix.

Après avoir été pro­non­cées en assem­blée, les quinze homé­lies ont été réécrites vers 390127. Gré­goire y fait l’éloge d’Ori­gène et défend son inter­pré­ta­tion spi­ri­tuelle. Le Can­tique des can­tiques figure l’u­nion nup­tiale entre Dieu et l’âme du chré­tien, appe­lée à un pro­grès infi­ni vers un Dieu infi­ni (Ori­gène insis­tait davan­tage sur l’as­pect ecclé­sial). Gré­goire jette ain­si les fon­de­ments phi­lo­so­phiques et théo­lo­giques de la mys­tique chré­tienne.

  • Sur l’o­rai­son domi­ni­cale : Cinq homé­lies dont le thème majeur est l’i­mage divine dans l’âme humaine.
  • Sur les béa­ti­tudes :

Gré­goire est le pre­mier écri­vain chré­tien qui détache les huit Béa­ti­tudes de l’évan­gile de Mat­thieu pour en cher­cher la signi­fi­ca­tion spi­ri­tuelle ; pour lui, une béa­ti­tude est un bien dési­ré : « La béa­ti­tude est une syn­thèse de tout ce que l’on com­prend sous le nom de bien dont rien de ce que l’on peut dési­rer ne fait défaut »128. Mais une béa­ti­tude est aus­si une dis­po­si­tion que l’homme porte en lui dès sa créa­tion129, car grâce à sa double ori­gine, spi­ri­tuelle et maté­rielle, il a la pos­si­bi­li­té de par­ti­ci­per au bien130. Ces homé­lies étu­dient les degrés ascen­dants des béa­ti­tudes.

Ouvrages ascétiques ou monastiques

Il s’agit de la par­tie la plus impor­tante, la plus per­son­nelle de l’œuvre du grand mys­tique. Gré­goire attri­bue au mona­chisme une doc­trine spi­ri­tuelle, une pro­fonde orien­ta­tion reli­gieuse. Il est le « père du mys­ti­cisme » et en a for­gé le voca­bu­laire chré­tien.

  • Le Trai­té Sur la Vir­gi­ni­té est la toute pre­mière œuvre de Gré­goire, écrite peu après l’é­lec­tion épis­co­pale de Basile (370) et avant la consé­cra­tion épis­co­pale de Gré­goire (371). La vir­gi­ni­té n’implique ni éva­sion du monde ni mépris du corps ; elle anti­cipe la vie dans l’au-delà où il n’y a plus de cor­rup­ti­bi­li­té131. Gré­goire pro­pose comme règle de conduite de prendre pour modèle un maître en chas­te­té : « Les ascètes chré­tiens forment autour de ce maître un chœur dans la pure­té (en grec ancien : χορὸν ἐν τῷ καθαρῷ)132 » car, ayant sous­trait leur âme à la houle des ten­ta­tions, on peut les dire bien­heu­reux133. Dans ce pas­sage, où saint Gré­goire s’est peut-être ins­pi­ré de Por­phyre134, il désigne à mots cou­verts Basile de Césa­rée, comme maître spi­ri­tuel idéal, et ses dis­ciples135.
  • Du nom et de la pro­fes­sion des chré­tiens : le chris­tia­nisme est l’i­mi­ta­tion de la nature divine, la res­tau­ra­tion de l’i­mage pre­mière.
  • Sur la per­fec­tion chré­tienne : dédié au moine Olym­pius, ce trai­té est le com­men­taire des grands textes chris­to­lo­giques de saint Paul. La sain­te­té est l’œuvre du Christ dans l’âme. Les noms du Christ sont étu­diés. La vraie per­fec­tion n’est jamais réa­li­sée, mais elle est tou­jours en mou­ve­ment vers le mieux. La per­fec­tion n’est conte­nue par aucune limite. Telle est la conclu­sion de l’é­crit.
  • La Vie de Macrine a été écrite à la requête du même moine Olym­pius, aus­si­tôt après la mort de Macrine en décembre 379. Macrine y est pré­sen­tée comme le modèle de la per­fec­tion chré­tienne.
  • De Ins­ti­tu­to chris­tia­no ou Hypo­ty­pose : Ce trai­té très impor­tant fut décou­vert en 1952 et édi­té par le grand éru­dit et hel­lé­niste Wer­ner Jae­ger136 qui le qua­li­fia de « chef-d’œuvre caché pen­dant un mil­lé­naire à l’ombre des biblio­thèques ». Cepen­dant, son attri­bu­tion à saint Gré­goire a été remise en ques­tion par plu­sieurs com­men­ta­teurs, entre autres par le car­di­nal Danié­lou et par Mariette Cané­vet137 qui y décèle « des ano­ma­lies de voca­bu­laire, de doc­trine ascé­tique et de théo­lo­gie ». On n’en avait que de larges extraits sous le nom de De ins­ti­tu­to chris­tia­noEnsei­gne­ments sur la vie chré­tienne138. Le titre Hypo­ty­pose désigne, au sens clas­sique du grec ancien Ύποτύπωσις, une ébauche. Sui­vant la cou­tume des Pères grecs qui pro­testent tou­jours avec humi­li­té contre le trop grand hon­neur qu’on leur fait quand on leur demande un écrit, Gré­goire répond par une modeste ébauche, en quelque sorte un « sous-écrit », le pré­fixe hypo- mar­quant la subor­di­na­tion et la dimi­nu­tion. Le livre est écrit vers la fin de la vie de Gré­goire, après 390, et donne la syn­thèse de toutes ses idées maî­tresses. Dans ce trai­té, il dit son der­nier mot sur la nature de l’as­cé­tisme, comme ce qui tend à favo­ri­ser le déve­lop­pe­ment de la vie mys­tique. Gré­goire se cite lui-même, emprun­tant de larges extraits au Trai­té sur la Vir­gi­ni­té et à la Vie de Moïse. Nous sommes ici au som­met de la pen­sée spi­ri­tuelle de Gré­goire.

Quel est le sujet pré­cis du livre ? Dès le début, pour répondre aux ascètes qui l’a­vaient inter­ro­gé, Gré­goire défi­nit l’ob­jet de son ouvrage :

« Vous dési­rez de nous une parole qui vous guide et vous conduise sans détours dans le voyage de la vie, vous mon­trant avec pré­ci­sion quel est le but de cette vie pour ceux qui y par­ti­cipent, quelle est la volon­té de Dieu, bonne favo­rable et par­faite, quelle est la voie vers ce but, et com­ment doivent se com­por­ter les uns envers les autres ceux qui la par­courent, com­ment les supé­rieurs doivent diri­ger le “chœur phi­lo­so­phique”Note 9, et quels labeurs doivent assu­mer ceux qui veulent par­ve­nir au som­met de la ver­tu et pré­pa­rer digne­ment leur âme à la venue de l’Es­prit139. »

Écrit pour ceux « qui réa­lisent en com­mun la forme de vie apos­to­lique », il cherche à déga­ger le but (en grec, le sko­pos) de la vie monas­tique et les moyens de l’at­teindre. Le but de la vie monas­tique est de rendre l’homme spi­ri­tuel adulte et cette crois­sance est l’œuvre com­mune de la grâce et de la liber­té. La foi et le bap­tême ont ren­du l’homme spi­ri­tuel, ils sont prin­cipe d’une puri­fi­ca­tion pro­gres­sive par laquelle, libé­rée de la honte, l’âme accède à l’as­su­rance confiante et est ren­due capable de voir la lumière inin­tel­li­gible. L’hu­mi­li­té seule l’as­si­mile au Christ humble.

La seconde par­tie de l’ou­vrage insiste sur la pra­tique de la vie com­mune où, dans le renon­ce­ment à soi-même et à toute volon­té propre, cha­cun est au ser­vice de tous. Le céno­bi­tisme est l’or­ga­ni­sa­tion même d’un ser­vice mutuel dans la joie et l’é­pa­nouis­se­ment de l’a­mour. On trou­ve­ra la route à suivre en pre­nant pour guide celui qui a mis­sion de conduire la com­mu­nau­té des frères au port de la volon­té divine.

La troi­sième par­tie est une défense ardente de la contem­pla­tion. Elle est l’ap­port le plus per­son­nel de Gré­goire. Par­mi tous les « exer­cices d’as­cèse » (en grec ancien, le ponos et le kopos) qui conduisent à la per­fec­tion, l’ac­cent est mis sur la prière, som­met de l’é­chelle des ver­tus. Celui qui s’ap­plique à la prière, ayant pris l’Es­prit pour guide et sou­tien, brûle de l’a­mour du Sei­gneur et bouillonne de désir, ne trou­vant pas de satié­té à sa prière, mais s’en­flam­mant tou­jours du désir du Bien. Les âmes d’o­rai­son sont le fleu­ron du monas­tère, elles doivent être sou­te­nues de toute manière. La prière donne la joie spi­ri­tuelle, elle est le royaume de Dieu.

Le leit­mo­tiv de toute l’œuvre est le texte de l’é­pître aux Phi­lip­piens 3,13 : « Je vais droit de l’a­vant, ten­du de tout mon être, je cours vers le but ». Ce texte de saint Paul sert de base à la doc­trine du pro­grès spi­ri­tuel per­pé­tuel ou épec­tase (ἐπέκτασις), idée cen­trale de Gré­goire qui appa­raît à de nom­breuses reprises dans son œuvre (en par­ti­cu­lier dans sa Contem­pla­tion sur la vie de Moïse ou Trai­té de la per­fec­tion en matière de ver­tu et dans ses Homé­lies sur le Can­tique des can­tiques).

L’in­fluence de ce trai­té sur saint Jean Cas­sien est cer­taine. La Grande lettre de Macaire (texte du ve siècle) en est une para­phrase directe. Dom Adal­bert de Vogüé a étu­dié son influence sur la Règle de saint Benoît.

Discours, Sermons et Lettres

Un ser­mon Sur l’Ascen­sion (In ascen­sio­nem Chris­ti ora­tio) est le pre­mier témoi­gnage d’une fête de l’As­cen­sion dis­tincte de celle de la Pen­te­côte ; il date de mai 388 et ne contient que cinq pages. Gré­goire y com­mente le psaume 24, ver­set 7, dans lequel David évoque le dia­logue entre les anges hyper­cos­miques quand ils voient mon­ter vers eux Jésus le jour de son Ascen­sion :

« Les por­tiers demandent donc à celui qui appa­raît : Qui est ce roi de gloire ? Par ces paroles, ils laissent entendre qu’il a puis­sance sur eux, et qu’il est fort au com­bat, celui qui vient se battre avec l’op­pres­seur de la nature humaine et défaire celui qui détient le pou­voir de la mort, afin que le der­nier enne­mi détruit, l’hu­ma­ni­té soit rap­pe­lée à la liber­té et à la paix… Nos gar­diens se sub­sti­tuent à l’es­corte et ordonnent de lui ouvrir les portes supé­rieures, afin qu’à nou­veau il soit glo­ri­fié en elles. Et l’on fait sem­blant de ne pas voir qu’il est revê­tu de la robe sale de notre vie, rou­gie au pres­soir de la méchan­ce­té des hommes… Sei­gneur des puis­sances, qui fixe d’un bout à l’autre son pou­voir sur toutes choses et réca­pi­tule tout en lui, qui est le pre­mier en tout et réta­blit tout dans sa créa­tion pre­mière, voi­là qui est ce roi de gloire. »

— Saint Gré­goire de Nysse, Sur l’As­cen­sion du ChristP.G., 692 D – 693 C.

L’allusion à la tunique rou­gie de sang et la ques­tion des anges qui, à la fois recon­naissent et ne recon­naissent pas leur maître, sug­gèrent le lien du Christ de l’ascension avec le corps de son incar­na­tion140.

Gré­goire est éga­le­ment l’auteur d’un pané­gy­rique Sur son frère Basile qui ne contient aucun thrène. Basile est com­pa­ré à Jean-Bap­tiste et à Paul de Tarse et Gré­goire se pré­oc­cupe de lui éta­blir une fête dans le mar­ty­ro­loge.

Et enfin, men­tion­nons encore les Lettres : Trente lettres sont conser­vées. La Lettre 25 décrit en détail un mar­ty­rion, sanc­tuaire cru­ci­forme, et pré­sente un grand inté­rêt pour l’his­toire de l’art chré­tien. Les Lettres 2 et 3 sur le pèle­ri­nage de Jéru­sa­lem sont célèbres et furent très dis­cu­tées. Elles pro­testent contre l’ex­ces­sive estime des pèle­ri­nages. Chan­ger de lieu n’ap­porte aucun pro­grès vers Dieu, mais, où que vous soyez, Dieu vien­dra à vous, si les chambres de votre âme se trouvent telles qu’il puisse habi­ter en vous. Mais si vous gar­dez votre être inté­rieur plein de mau­vaises pen­sées, fus­siez-vous sur le Gol­go­tha, sur le mont des Oli­viers, sur le rocher mémo­rial de la Résur­rec­tion, vous serez aus­si éloi­gnés de rece­voir le Christ en vous qu’on peut l’être lors­qu’on n’a même pas com­men­cé de le confes­ser.

Postérité

Notoriété ecclésiale

Comp­té au nombre des Pères de l’É­glise, Gré­goire de Nysse est véné­ré comme saint par l’Église catho­lique, l’Église ortho­doxe, l’Église copte ortho­doxe, les églises orien­tales ortho­doxes et l’Église angli­cane141.

La date de sa mort n’est pas pré­ci­sé­ment connue, mais Gré­goire de Nysse est ins­crit au mar­ty­ro­loge romain le 9 mars, les ortho­doxes l’ho­norent le 10 jan­vier1.

Notoriété théologique

Il est consi­dé­ré avec Basile de Césa­rée et Gré­goire de Nazianze comme l’un des trois « pères cap­pa­do­ciens ».

À l’oc­ca­sion du deuxième concile de Nicée en 787, il est dési­gné comme « le Père des Pères ». « Doc­teur de l’u­ni­vers » pour Maxime le Confes­seur, il est par­fois appe­lé « saint Gré­goire le mys­tique » ou encore « le prince des mys­tiques ».

Sa pen­sée influen­ça notam­ment Domi­nique de Guzmán (saint Domi­nique), fon­da­teur de l’ordre des Prê­cheurs (o.p.), et Tho­mas d’A­quin, o.p., dans leur lutte intel­lec­tuelle contre le catha­risme qui, influen­cé par le mani­chéisme, avait ten­dance à éta­blir une cer­taine symé­trie entre un prin­cipe du bien et un prin­cipe du mal. Tho­mas d’A­quin déve­lop­pa beau­coup l’ar­gu­ment et lui don­na une forme sys­té­ma­tique : aucune espèce de symé­trie entre l’être et le néant, entre Dieu et le diable, entre la bonne action et le péché.

Le futur car­di­nal Hans Urs von Bal­tha­sar, l’un des plus grands théo­lo­giens catho­liques du xxe siècle, lui consa­cra Pré­sence et pen­sée. Essai sur la phi­lo­so­phie reli­gieuse de Gré­goire de Nysse en 1942. Le père Louis Bouyer le consi­dère comme « l’un des pen­seurs les plus puis­sants et les plus ori­gi­naux que connaisse l’his­toire de l’É­glise, un des rares écri­vains dont on puisse être sûr qu’il a lu inté­gra­le­ment les anciens et qu’il les a par­fai­te­ment assi­mi­lés »142.

Le car­di­nal Jean Danié­lou lui a aus­si consa­cré son ouvrage Pla­to­nisme et théo­lo­gie mys­tique : doc­trine spi­ri­tuelle de saint Gré­goire de Nysse, dans lequel il com­mente abon­dam­ment la doc­trine de l’épec­tase chez Gré­goire de Nysse.

Bibliographie

Œuvres de Grégoire de Nysse en traduction française

  • Vie de sainte Macrine (379–381), Cerf, 1971.
  • Le but divin, Paris, Librai­rie Pierre Tequi, coll. « Les Maîtres de vie spi­ri­tuelle », 1986, 78 p. (ISBN 2–85244-802–5)
  • Les béa­ti­tudes (trad. Jean-Yves Guillau­min et Gabrielle Parent, préf. A. G. Ham­man (notes, plan de tra­vail)), Des­clée de Brou­wer, coll. « Les pères dans la foi », 1979, 125 p. (ASIN B01HRVG9C2)
  • Les Béa­ti­tudes, Migne, 1990 (ISBN 978–2‑9085–8730‑2) 
  • Contre Eunome (379–383), Cerf, 2010
  • La Créa­tion de l’homme (379–394) (trad. Jean Laplace, s.j.), Cerf, coll. « Sources chré­tiennes, 6 », 2002 (réim­pr. revue et cor­ri­gée) (1re éd. 1944)
  • Dis­cours caté­ché­tique (381) (trad. Louis Méri­dier), Le Cerf, coll. « Sources chré­tiennes », 2000 (1re éd. 1908) (lire en ligne)
  • Écrits spi­ri­tuels, Migne, 1990.
  • Éloge de Gré­goire le Thau­ma­turge. Éloge de Basile, Cerf, coll. « Sources chré­tiennes », 2014.
  • Homé­lies, in C. Bou­chet et M. Cané­vet, Gré­goire de Nysse, Cinq homé­lies pas­cales, Homé­lie sur l’As­cen­sion, trai­té “Quand le fils aura tout sou­mis” , Migne, Bre­pols, 1994.
  • Homé­lies pas­cales, trad. G. Bou­chet in Le Christ pas­cal, Les Pères dans la foi, 1994
  • Homé­lies sur le Can­tique des can­tiques (trad. Jean Danié­lou), Cerf, coll. « Tré­sors du chris­tia­nisme », 2009 – Nou­velle édi­tion : Les édi­tions du Cerf ; Bilin­gual édi­tion, 399 p., 2021, (ISBN 978–2‑2041–4034‑8).
  • Homé­lies sur l’Ec­clé­siaste, trad. Fran­çoise Vinel, Cerf, coll. « Sources chré­tiennes », 1996.
  • Homé­lies sur les Béa­ti­tudes, trad. J.-Y. Guillau­min et G. Parent, Les Pères dans la foi, 1979.
  • Homé­lies sur le Notre Père, éd. et trad. Ch. Bou­di­gnon, M. Cas­sin et J. Seguin (†), Cerf, coll. « Sources chré­tiennes » 596, Paris, 2018. (ISBN 9782204129718)
  • Lettres (380–385), trad. Pierre Mara­val, Cerf, 1990.
  • Sur les titres des Psaumes (372–381), trad., Cerf, coll. « Sources chré­tiennes », 2002.
  • Trai­té sur l’âme et la résur­rec­tion (383), trad. J. Ter­rieux, Cerf, 1995.
  • Trai­té de la vir­gi­ni­té (370), trad. M. Aubi­neau, Cerf, 1966.
  • Vie de Gré­goire le Thau­ma­turge (372–394), trad. Pierre Mara­val, Cerf, 2014 [1]
  • Vie de Moïse (391–394), in Jean Danié­louVie de Moïse de Gré­goire de Nysse, ou L’être de désir, Albin Michel, 1993 ; Cerf, 1942 (ISBN 978–2‑2260–6390‑8)
  • La vie de Moïse : ou Trai­té de la per­fec­tion en matière de ver­tu (trad. du grec ancien), Paris, Cerf, 2000, 3e éd., 352 p. (ISBN 978–2‑2040–8547‑2)
  • Trois orai­sons funèbres (Mélèce, Fla­cil­la, Pul­ché­rie) (trad. Pierre Mara­val), Cerf, coll. « Sources chré­tiennes », 2019, 211 p. (pré­sen­ta­tion en ligne)

Études sur Grégoire de Nysse

Ouvrages généraux
  • (de) Mar­ga­rete Alten­bur­ger und Fried­helm Mann, Biblio­gra­phie zu Gre­gor von Nys­sa, Leyde, Brill, 1987, XXIII-363 p. (ISBN 90 04 07286 1)
  • Dr Wet­zer et Dr Welte (trad. de l’al­le­mand par Isi­dore Goschler), Dic­tion­naire ency­clo­pé­dique de la Théo­lo­gie Catho­lique, t. X, Paris, Gaume Frères et J. Duprey Édi­teurs, 1870 (réim­pr. troi­sième édi­tion). 
  • J. Bri­cout, Dic­tion­naire pra­tique des connais­sances reli­gieuses, Paris, Librai­rie Letou­zey et Ané, 1926, 1250 p. 
  • Jean-Rémy Palanque, Gus­tave Bar­dy et Pierre de Labriolle, De la paix constan­ti­nienne à la mort de Théo­dose, Paris, Librai­rie Bloud & Gay, coll. « His­toire de l’É­glise depuis les ori­gines jus­qu’à nos jours », 1950, 536 p. 
Études sur la vie et les œuvres
  • Pierre Mara­val, « Encore les frères et sœurs de Gré­goire de Nysse », Revue d’his­toire et de phi­lo­so­phie reli­gieuses, vol. 60e année, no 2,‎ avril-juin 1980, p. 161–166 (lire en ligne)
  • Jean Danié­lou, « Chro­no­lo­gie des ser­mons de Gré­goire de Nysse », Revue des Sciences Reli­gieuses, t. 29, no 4,‎ 1955, p. 346–372 (lire en ligne)
  • Mariette Cané­vet, « Le De Ins­ti­tu­to Chris­tia­no est-il de Gré­goire de Nysse ? Pro­blèmes de cri­tique interne », Revue des Études Grecques, t. 82, nos 391–393,‎ juillet-décembre 1969, p. 404–423. (lire en ligne)
  • Mariette Cané­vet, Gré­goire de Nysse et l’herméneutique biblique : Étude des rap­ports entre le lan­gage et la connais­sance de Dieu, Paris, coll. « Études augus­ti­niennes. Série Anti­qui­té 99 », 1983.
  • Annick Lal­le­mand, « Le safran et le cin­na­mome dans les Homé­lies sur le Can­tique des can­tiques de Gré­goire de Nysse », L’an­ti­qui­té clas­sique, t. 71,‎ 2002, p. 121–130. (lire en ligne)
  • (en) Michael Gle­rup, Gre­go­ry of Nys­sa : Ser­mons on the Bea­ti­tudes (Ser­mons sur les béa­ti­tudes), ReadHowYou­Want, 2012, 156 p. (ISBN 978–1‑4596–4022‑1)
  • Michel Cor­bin, La Vie de Moïse selon Gré­goire de Nysse, Paris, Cerf, 2008, 391 p. (ISBN 978–2‑2040–8770‑4pré­sen­ta­tion en ligne)
  • Michel Cor­bin, « Un désir qui n’a pas de limite : Libre essai sur un pas­sage de La vie de Moïse selon saint Gré­goire de Nysse », Laval théo­lo­gique et phi­lo­so­phique, vol. 55, no 3,‎ octobre 1999, p. 365–391 (lire en ligne)
  • Pierre Mara­val, « La lettre 3 de Gré­goire de Nysse dans le débat chris­to­lo­gique », Revue des Sciences Reli­gieuses, t. 61, nos 1–2,‎ 1987, p. 74–89. (lire en ligne)
  • Pierre Mara­val, « Gré­goire de Nysse pas­teur : la lettre cano­nique à Létoios », Revue d’his­toire et de phi­lo­so­phie reli­gieuses, vol. 71e année, no 1, Hom­mage à André Benoît,‎ jan­vier-mars 1991, p. 101–114. (lire en ligne)
  • Mat­thieu Cas­sin, « « Plu­mer Iso­crate » : usage polé­mique du voca­bu­laire comique chez Gré­goire de Nysse », Revue des Études Grecques, t. 121, no 2,‎ juillet-décembre 2008, p. 783–796. (lire en ligne)
Sur les sources
  • Jean Danié­lou, Pla­to­nisme et théo­lo­gie mys­tique : Doc­trine spi­ri­tuelle de saint Gré­goire de Nysse, Aubier, 1954, 2e éd. (ASIN B00185NPQC)
  • Ber­nard Pot­tiers.j., « Le « Gré­goire de Nysse » de Jean Danié­lou. Pla­to­nisme et théo­lo­gie mys­tique (1944): éros et aga­pè », Nou­velle Revue théo­lo­gique, vol. 128, no 2,‎ 2006, p. 258–273 (lire en ligne)
  • Jean Danié­lou, « Gré­goire de Nysse et le néo-pla­to­nisme de l’É­cole d’A­thènes », Revue des Études Grecques, t. 80, nos 379–383,‎ jan­vier-décembre 1967, p. 395–401 (lire en ligne)
  • Pierre Cour­celle, « Gré­goire de Nysse lec­teur de Por­phyre », Revue des Études Grecques, t. 80, nos 379–383,‎ jan­vier-décembre 1967, p. 402–406. (lire en ligne)
  • Antoine Lévy, « Por­phy­rius Chris­tia­nus. L’intégration dif­fé­ren­ciée du pla­to­nisme à la fin du ive siècle (S. Gré­goire de Nysse / S. Augus­tin d’Hippone) », Revue des Sciences phi­lo­so­phiques et théo­lo­giques, vol. 88, no 4,‎ octobre-décembre 2004, p. 673–704 (lire en ligne)
  • Ivan Gobry, « La ténèbre (γνόφος) : l’hé­ri­tage alexan­drin de saint Gré­goire de Nysse », Publi­ca­tions de l’Académie des Ins­crip­tions et Belles-Lettres, vol. Pla­to­nisme et néo­pla­to­nisme. Anti­qui­té et temps modernes, no 1, Actes du 1er col­loque de la Vil­la Kéry­los à Beau­lieu-sur-Mer du 27 au 30 sep­tembre 1990,‎ 1991, p. 79–82 (lire en ligne)
Sur la doctrine
  • Jean Danié­lou, « L’Apocatastase chez saint Gré­goire de Nysse », Recherches de Science Reli­gieuse,‎ 1940, p. 328–347 (lire en ligne [PDF])
  • Jean Danié­lou, « Ako­lou­thia chez Gré­goire de Nysse », Revue des Sciences Reli­gieuses, t. 27, no 3,‎ 1953, p. 219–249. (lire en ligne)
  • Fer­nand Floe­ri, « Le sens de la « divi­sion des sexes » chez Gré­goire de Nysse », Revue des Sciences Reli­gieuses, t. 27, no 2,‎ 1953, p. 105–111 (lire en ligne)
  • Hen­ri-Iré­née Mar­rou, « Une théo­lo­gie de la Musique chez Gré­goire de Nysse ? », Publi­ca­tions de l’É­cole fran­çaise de Rome, vol. Chris­tia­na tem­po­ra, no 35,‎ 1978, p. 365–372. (lire en ligne)
  • Ray­mond Win­ling, « Mort et résur­rec­tion du Christ dans les trai­tés Contre Eunome de Gré­goire de Nysse (Ve par­tie) », Revue des Sciences Reli­gieuses, t. 64, no 2,‎ 1990, p. 127–140. (lire en ligne)
  • Mariette Cané­vet, « L’hu­ma­ni­té de l’embryon selon Gré­goire de Nysse », Nou­velle Revue théo­lo­gique, vol. 114, no 5,‎ 1992, p. 678–695 (lire en ligne)
  • Ber­nard Pot­tier, s.j., « L’hu­ma­ni­té du Christ selon Gré­goire de Nysse », Nou­velle Revue théo­lo­gique, vol. 120, no 3,‎ 1998, p. 353–369 (lire en ligne)
  • Emma­nuel Durand, o.p., « Le rôle conjoint de la Tri­ni­té et des attri­buts divins jus­qu’en chris­to­lo­gie dans le Dis­cours caté­ché­tique de Gré­goire de Nysse », Nou­velle Revue théo­lo­gique, vol. 127, no 4,‎ 2005, p. 571–586 (lire en ligne)
  • Ber­trand Dumas, « L’argile mode­lée par le Christ. Crois­sance et résur­rec­tion du corps humain d’après saint Gré­goire de Nysse », Nou­velle Revue théo­lo­gique, vol. 128, no 4,‎ 2006, p. 579–593 (lire en ligne)
  • Mgr Hila­rion Alfeyev (trad. du russe par Alexandre Sinia­kov), Le chantre de la Lumière : Intro­duc­tion à la spi­ri­tua­li­té de saint Gré­goire de Nazianze, Paris, Édi­tion du Cerf, coll. « Théo­lo­gies », août 2006, 416 p. (ISBN 978–2‑204–08031‑6)
  • Alain Durel et Gérard Ben­sus­san, Eros trans­fi­gu­ré : Varia­tions sur Gré­goire de Nysse, Paris, Cerf, coll. « Nuit Sur­veillée », 2007, 185 p. (ISBN 978–2‑204–08364‑5)
  • Jer­zy Swie­to­chows­ki, « Para­doxe cos­mique et éthique eucha­ris­tique chez Gré­goire de Nysse », Revue des sciences reli­gieuses, vol. 91, no 3,‎ 2017, p. 359–378 (lire en ligne)

Sur la trans­mis­sion et la récep­tion

  • (fr + grc) Fran­çoise Vinel (dir.), Isa­belle Per­ée, Ema­nue­la Prin­zi­val­li et Michele Cuti­no, Trans­mis­sion et récep­tion des pères grecs dans l’Oc­ci­dent, de l’An­ti­qui­té tar­dive à la Renais­sance : Entre phi­lo­lo­gie, her­mé­neu­tique et théo­lo­gie, Paris, Ins­ti­tut d’é­tudes augus­ti­niennes, 2016, 597 p. (ISBN 978–2851212856)

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