Bible et discernement civique

Le vote protestant en France : histoire, mutations et discernement chrétien

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Une Bible ouverte repose sur une table en bois, éclai­rée par la lumière du matin.
Autour d’elle, quelques enve­loppes de vote sug­gèrent le dis­cer­ne­ment du croyant dans la vie publique.


Pen­dant long­temps, les obser­va­teurs de la vie poli­tique fran­çaise ont par­lé du « vote pro­tes­tant » comme d’une réa­li­té rela­ti­ve­ment iden­ti­fiable. L’idée domi­nante était celle d’un élec­to­rat pro­tes­tant majo­ri­tai­re­ment situé à gauche de l’échiquier poli­tique.

Cette per­cep­tion s’expliquait en par­tie par l’histoire. Mino­ri­taires dans un pays long­temps mar­qué par la pré­pon­dé­rance catho­lique, les pro­tes­tants fran­çais ont sou­vent mani­fes­té une sen­si­bi­li­té par­ti­cu­lière aux ques­tions de liber­té de conscience, de laï­ci­té et de droits civiques.

Au XXᵉ siècle, cette orien­ta­tion s’est tra­duite par une proxi­mi­té avec cer­taines tra­di­tions poli­tiques répu­bli­caines et sociales. Plu­sieurs figures pro­tes­tantes ont joué un rôle impor­tant dans des milieux intel­lec­tuels et poli­tiques proches de la gauche réfor­miste. Cette sen­si­bi­li­té s’exprimait éga­le­ment dans cer­tains médias pro­tes­tants, comme le jour­nal Réforme, sou­vent iden­ti­fié – par­fois de manière sim­pli­fiée – à une sen­si­bi­li­té pro­gres­siste au sein du pro­tes­tan­tisme fran­çais.

Cepen­dant, cette repré­sen­ta­tion d’un pro­tes­tan­tisme poli­ti­que­ment homo­gène cor­res­pond de moins en moins à la réa­li­té actuelle.

Les trans­for­ma­tions du pay­sage pro­tes­tant fran­çais, la crois­sance des Églises évan­gé­liques et la réaf­fir­ma­tion de cer­tains cou­rants réfor­més confes­sants ont contri­bué à faire émer­ger des sen­si­bi­li­tés poli­tiques plus diverses. Par­ler aujourd’hui d’un « vote pro­tes­tant » unique est deve­nu lar­ge­ment insuf­fi­sant pour décrire la réa­li­té.

La fin d’un « vote pro­tes­tant » uni­forme

Le pro­tes­tan­tisme fran­çais s’est pro­fon­dé­ment trans­for­mé au cours des der­nières décen­nies. Ces muta­tions ont entraî­né une diver­si­fi­ca­tion crois­sante des sen­si­bi­li­tés poli­tiques par­mi les pro­tes­tants.

Deux évo­lu­tions majeures per­mettent de com­prendre ce chan­ge­ment.

La pre­mière concerne les Églises luthé­ro-réfor­mées his­to­riques. Celles-ci ont elles-mêmes connu une plu­ra­li­sa­tion interne. On y trouve désor­mais des sen­si­bi­li­tés théo­lo­giques variées : cer­taines plus libé­rales ou plu­ra­listes, d’autres plus atta­chées à la tra­di­tion doc­tri­nale de la Réforme.

La seconde évo­lu­tion est la crois­sance impor­tante des Églises évan­gé­liques en France. Ce cou­rant, très divers lui aus­si, se carac­té­rise géné­ra­le­ment par une forte cen­tra­li­té de la Bible, une insis­tance sur la conver­sion per­son­nelle et une atten­tion par­ti­cu­lière por­tée à cer­taines ques­tions morales et anthro­po­lo­giques.

Ces trans­for­ma­tions ont natu­rel­le­ment des réper­cus­sions sur les com­por­te­ments poli­tiques des pro­tes­tants.

Des sen­si­bi­li­tés poli­tiques plus diver­si­fiées

Dans les milieux luthé­ro-réfor­més plu­ra­listes – par­fois qua­li­fiés d’humanistes ou de pro­gres­sistes – on trouve encore fré­quem­ment une sen­si­bi­li­té proche de cer­taines tra­di­tions poli­tiques de gauche. Les thèmes pri­vi­lé­giés concernent sou­vent les ques­tions sociales, les poli­tiques de soli­da­ri­té ou l’accueil des migrants.

À l’inverse, dans d’autres seg­ments du pro­tes­tan­tisme, notam­ment dans de nom­breuses Églises évan­gé­liques et dans les milieux luthé­ro-réfor­més confes­sants, les orien­ta­tions poli­tiques peuvent être dif­fé­rentes. Les moti­va­tions invo­quées relèvent sou­vent de pré­oc­cu­pa­tions anthro­po­lo­giques et morales : la concep­tion du mariage, la place de la famille, la com­pré­hen­sion de la sexua­li­té ou encore la pro­tec­tion de la vie humaine.

Sur ces sujets, les posi­tions défen­dues rejoignent par­fois celles d’autres milieux chré­tiens, notam­ment catho­liques, autour de ce que l’on appelle com­mu­né­ment les posi­tions « pro-vie » ou la défense de cer­tains repères anthro­po­lo­giques héri­tés de la tra­di­tion chré­tienne.

Cette évo­lu­tion n’est d’ailleurs pas pas­sée inaper­çue chez cer­tains intel­lec­tuels pro­tes­tants. L’historien Pierre Chau­nu, lui-même pro­tes­tant et pro­fon­dé­ment cri­tique à l’égard des dérives idéo­lo­giques du monde contem­po­rain, obser­vait déjà ce dépla­ce­ment des pré­oc­cu­pa­tions au sein du pro­tes­tan­tisme fran­çais.

Pierre Chau­nu et la crise de civi­li­sa­tion

L’historien pro­tes­tant Pierre Chau­nu (1923–2009), spé­cia­liste de l’histoire moderne et membre de l’Institut, a été l’un des intel­lec­tuels fran­çais les plus atten­tifs aux trans­for­ma­tions cultu­relles de la fin du XXᵉ siècle.

Dans La peste blanche. Com­ment évi­ter le sui­cide de l’Occident (Paris : Gal­li­mard, 1976), il écri­vait :

« Nous sommes en train de mou­rir de ne plus vou­loir naître. »

Pour Chau­nu, cette crise n’était pas seule­ment démo­gra­phique. Elle révé­lait une trans­for­ma­tion pro­fonde de la vision de l’homme, de la famille et de la trans­mis­sion. Les débats poli­tiques autour de la vie et de la famille ren­voient ain­si, selon lui, à des ques­tions fon­da­men­tales de civi­li­sa­tion.

Une diver­si­té qui reflète la struc­ture même du pro­tes­tan­tisme

Il serait tou­te­fois trom­peur de rem­pla­cer l’ancien cli­ché d’un pro­tes­tan­tisme « de gauche » par celui d’un pro­tes­tan­tisme deve­nu uni­for­mé­ment conser­va­teur. La réa­li­té demeure plus nuan­cée.

Le pro­tes­tan­tisme fran­çais n’est pas une ins­ti­tu­tion cen­tra­li­sée. Il ras­semble un ensemble d’Églises, de tra­di­tions et de sen­si­bi­li­tés théo­lo­giques dis­tinctes : cou­rants luthé­ro-réfor­més plu­ra­listes, pro­tes­tan­tisme évan­gé­lique, mais aus­si pro­tes­tan­tisme réfor­mé confes­sant plus expli­ci­te­ment atta­ché aux confes­sions de foi de la Réforme.

Cette diver­si­té ecclé­siale se reflète logi­que­ment dans la diver­si­té des orien­ta­tions poli­tiques.

Elle cor­res­pond aus­si, dans une cer­taine mesure, à l’héritage de la Réforme. Celle-ci a tou­jours insis­té sur la res­pon­sa­bi­li­té per­son­nelle du croyant devant Dieu et sur la liber­té de conscience. Dans ce cadre, l’Église n’a pas pour voca­tion de dic­ter des choix élec­to­raux pré­cis à ses membres.

Cepen­dant, ce plu­ra­lisme peut aus­si com­por­ter des ambi­guï­tés. Dans cer­tains contextes, notam­ment dans une par­tie des Églises his­to­riques, il peut glis­ser vers une forme de rela­ti­visme éthique ou doc­tri­nal qui s’éloigne de la pen­sée des Réfor­ma­teurs. Ceux-ci ne cher­chaient pas à pro­mou­voir un plu­ra­lisme indé­fi­ni, mais à rap­pe­ler l’autorité nor­ma­tive de la Sainte Écri­ture. Il ne faut pas confondre plu­ra­li­té et plu­ra­lisme.

Liber­té de conscience et auto­ri­té de l’Écriture

La tra­di­tion pro­tes­tante affirme à la fois la liber­té de conscience du croyant et l’autorité suprême de la Parole de Dieu. La conscience chré­tienne n’est pas une auto­no­mie abso­lue : elle est appe­lée à se for­mer et à s’éclairer à la lumière de la Sainte Écri­ture.

C’est dans cette ten­sion féconde entre liber­té de conscience et auto­ri­té biblique que s’exerce le dis­cer­ne­ment chré­tien.

Dis­cer­ne­ment chré­tien et res­pon­sa­bi­li­té publique

Recon­naître la diver­si­té des choix poli­tiques ne signi­fie pas pour autant que tout se vaut. La tra­di­tion chré­tienne a tou­jours affir­mé l’existence de repères moraux fon­da­men­taux qui ne dépendent pas des fluc­tua­tions des pro­grammes poli­tiques.

Dans la pers­pec­tive de nom­breuses Églises pro­tes­tantes confes­santes, ces repères doivent être recher­chés d’abord dans la Sainte Écri­ture, selon le prin­cipe de sola Scrip­tu­ra, mais aus­si dans la cohé­rence de l’ensemble du témoi­gnage biblique, selon le prin­cipe de tota Scrip­tu­ra. Autre­ment dit, toute l’Écriture éclaire la com­pré­hen­sion de l’homme, de la socié­té et de la res­pon­sa­bi­li­té publique.

Cer­taines pré­oc­cu­pa­tions appa­raissent ain­si par­ti­cu­liè­re­ment impor­tantes pour de nom­breux pro­tes­tants confes­sants aujourd’hui.

Les ques­tions d’éthique fami­liale occupent sou­vent une place cen­trale : la digni­té de la vie humaine, la pro­tec­tion de la famille, la signi­fi­ca­tion du mariage ou encore la com­pré­hen­sion chré­tienne de la sexua­li­té. Ces thèmes ren­voient direc­te­ment à l’anthropologie biblique et à la manière dont la tra­di­tion chré­tienne a com­pris la voca­tion de l’homme et de la femme.

Mais les pré­oc­cu­pa­tions ne se limitent pas à ces ques­tions. Elles touchent aus­si aux débats anthro­po­lo­giques contem­po­rains, notam­ment ceux liés aux théo­ries du genre et à la redé­fi­ni­tion de l’identité sexuelle. Pour beau­coup de chré­tiens, ces débats sou­lèvent des inter­ro­ga­tions pro­fondes sur la concep­tion même de l’être humain.

D’autres ques­tions relèvent davan­tage de l’ordre poli­tique et ins­ti­tu­tion­nel. Dans la tra­di­tion des Réfor­ma­teurs, l’État pos­sède une res­pon­sa­bi­li­té propre dans l’ordre civil. Il lui revient notam­ment d’exercer ses fonc­tions réga­liennes : assu­rer la jus­tice, garan­tir la sécu­ri­té publique et main­te­nir les condi­tions d’une vie sociale paci­fiée. Ces thèmes, long­temps peu pré­sents dans cer­tains milieux pro­tes­tants fran­çais, sont aujourd’hui davan­tage dis­cu­tés.

La réflexion porte éga­le­ment sur des enjeux cultu­rels et his­to­riques plus larges. Cer­tains pro­tes­tants sou­lignent l’importance de ne pas dis­so­cier com­plè­te­ment l’histoire des nations euro­péennes de leur héri­tage chré­tien. Cette réfé­rence à une iden­ti­té cultu­relle façon­née par le chris­tia­nisme ne doit pas être confon­due avec un natio­na­lisme exclu­sif ; elle ren­voie plu­tôt à la ques­tion de la mémoire et de la trans­mis­sion.

Dans le même esprit, des débats autre­fois jugés sen­sibles deviennent pro­gres­si­ve­ment plus visibles dans les milieux pro­tes­tants : la ques­tion de l’immigration, par exemple, est de plus en plus abor­dée dans une pers­pec­tive qui cherche à conci­lier res­pon­sa­bi­li­té poli­tique, réa­lisme social et exi­gence chré­tienne d’hospitalité. De nom­breux croyants estiment que ces sujets devraient pou­voir être dis­cu­tés serei­ne­ment, sans tabou mais aus­si sans dérive xéno­phobe.

Enfin, cer­tains obser­va­teurs sou­lignent que la pro­gres­sion cultu­relle et démo­gra­phique de l’islam en Europe consti­tue éga­le­ment un sujet de réflexion pour une par­tie des pro­tes­tants. Les ques­tions posées ne concernent pas seule­ment la coexis­tence reli­gieuse, mais aus­si les équi­libres cultu­rels et juri­diques des socié­tés euro­péennes et la pos­si­bi­li­té même du vivre-ensemble.

Ces pré­oc­cu­pa­tions ne sont d’ailleurs pas propres au pro­tes­tan­tisme. Elles rejoignent aujourd’hui celles d’un nombre crois­sant de citoyens, croyants ou non, qui s’interrogent sur l’avenir cultu­rel, anthro­po­lo­gique et ins­ti­tu­tion­nel des socié­tés occi­den­tales.

Pierre Chau­nu : une ques­tion de civi­li­sa­tion

Dans ses ana­lyses de la crise cultu­relle occi­den­tale, Pierre Chau­nu insis­tait éga­le­ment sur le lien entre démo­gra­phie, culture et ave­nir des civi­li­sa­tions. Dans La peste blanche (1976), il écri­vait :

« La déna­ta­li­té est la forme la plus radi­cale du refus de l’avenir. »

Pour l’historien pro­tes­tant, les ques­tions liées à la vie, à la famille et à la trans­mis­sion ne relèvent donc pas sim­ple­ment d’un débat poli­tique conjonc­tu­rel. Elles concernent les fon­de­ments mêmes de la conti­nui­té des socié­tés.

Ces dif­fé­rentes ques­tions ne se réduisent pas à des débats poli­tiques pas­sa­gers. Elles ren­voient plus lar­ge­ment à la manière dont une socié­té com­prend l’homme, la famille, l’autorité, la trans­mis­sion et le bien com­mun. Dans cette pers­pec­tive, la res­pon­sa­bi­li­té des chré­tiens ne consiste pas à sacra­li­ser un pro­gramme poli­tique par­ti­cu­lier, mais à exer­cer un dis­cer­ne­ment éclai­ré par la Parole de Dieu.

C’est pré­ci­sé­ment dans ce sens que plu­sieurs théo­lo­giens réfor­més du XXᵉ siècle ont rap­pe­lé la voca­tion publique de l’Église. Le chris­tia­nisme n’est pas une foi confi­née à la seule sphère pri­vée. Sans se confondre avec l’action poli­tique, l’Église est appe­lée à témoi­gner dans la cité des véri­tés fon­da­men­tales concer­nant Dieu, l’homme et la socié­té.

La voca­tion pro­phé­tique de l’Église

Le pas­teur Pierre Cour­thial rap­pe­lait avec force cette res­pon­sa­bi­li­té dans son ouvrage Le jour des petits recom­men­ce­ments (Lau­sanne : L’Âge d’Homme, 1996). L’Église, écrit-il en com­men­tant Mat­thieu 5.13–14, est appe­lée à être « le sel de la terre et la lumière du monde » (voir Annexe).

Cela signi­fie que les chré­tiens ne sont pas sim­ple­ment appe­lés à suivre les cou­rants domi­nants de leur époque. Leur voca­tion consiste par­fois à témoi­gner à contre-cou­rant, en rap­pe­lant avec humi­li­té mais aus­si avec clar­té cer­taines véri­tés fon­da­men­tales issues de la Parole de Dieu et recon­nues par les grandes confes­sions chré­tiennes.

Cela concerne notam­ment la digni­té de toute vie humaine, la valeur de la famille, l’importance du mariage comme alliance entre un homme et une femme, la sanc­ti­fi­ca­tion de la sexua­li­té ou encore la res­pon­sa­bi­li­té des socié­tés dans la trans­mis­sion d’un héri­tage cultu­rel et spi­ri­tuel.

Conclu­sion : hié­rar­chi­ser les prio­ri­tés

Ces repères ne suf­fisent pas à déter­mi­ner méca­ni­que­ment un vote. La vie poli­tique implique tou­jours des arbi­trages pru­dents et des juge­ments de cir­cons­tance. Les chré­tiens peuvent donc légi­ti­me­ment diver­ger sur cer­taines poli­tiques concrètes.

Cepen­dant, cette diver­si­té ne signi­fie pas que toutes les orien­ta­tions se valent. La par­ti­ci­pa­tion des chré­tiens à la vie démo­cra­tique sup­pose un dis­cer­ne­ment éclai­ré par la Parole de Dieu et par la vision de l’homme que l’Écriture révèle.

Le vote chré­tien ne peut être réduit aux seuls débats éco­no­miques ou aux poli­tiques de l’État-providence. Il engage une réflexion plus pro­fonde sur l’anthropologie, sur la place de la famille, sur la res­pon­sa­bi­li­té de l’État dans l’ordre civil, sur la trans­mis­sion cultu­relle et sur le bien com­mun.

Dans cette pers­pec­tive, les chré­tiens sont appe­lés à hié­rar­chi­ser leurs prio­ri­tés. Cer­taines ques­tions touchent direc­te­ment aux fon­de­ments de la vie humaine et de l’ordre social ; elles ne peuvent être consi­dé­rées comme de simples sujets secon­daires.

La tra­di­tion réfor­mée rap­pelle que l’ensemble de la vie humaine se déroule sous la sou­ve­rai­ne­té de Dieu. La foi chré­tienne ne concerne donc pas seule­ment la sphère pri­vée. Elle éclaire aus­si la res­pon­sa­bi­li­té publique des croyants, appe­lés à agir dans la cité avec sagesse, pru­dence et fidé­li­té.

Ain­si, lorsqu’ils par­ti­cipent à la vie poli­tique, les chré­tiens ne sont pas appe­lés à défendre un camp par­ti­san par­ti­cu­lier. Ils sont appe­lés à recher­cher, dans chaque situa­tion, ce qui est le plus conforme à la véri­té de la Parole de Dieu et au bien véri­table des socié­tés humaines.

Le pas­teur Pierre Cour­thial rap­pe­lait que la foi chré­tienne ne se limite pas à la sphère pri­vée, mais qu’elle concerne l’ensemble de la vie humaine et sociale. Comme il l’écrivait :

« Le cal­vi­nisme a su remettre la Parole de Dieu, tel le “sel de la terre”, en posi­tion de fécon­der tous les aspects de la pen­sée cultu­relle, sociale et poli­tique. »

— Pierre Cour­thial, Le jour des petits recom­men­ce­ments, Lau­sanne, L’Âge d’Homme, 1996.

La ques­tion n’est donc pas seule­ment pour qui nous votons, mais au nom de quelle vision de l’homme et de la socié­té nous votons.


Annexe : Le mot d’ordre du pas­teur Pierre Cour­thial dans la bataille spi­ri­tuelle du peuple de Dieu dans ces temps incer­tains.

« Les chré­tiens du XXIe siècle risquent fort de se trou­ver, pour un temps de crise, de juge­ment, dont nous igno­rons la durée, dans une situa­tion dif­fi­cile, non pas iden­tique mais ana­logue à celle des chré­tiens des trois pre­miers siècles qui se sont trou­vés, mal­gré eux, en contra­dic­tion de pen­sée et de vie avec les pou­voirs poli­tiques en place comme avec leurs conci­toyens non-chré­tiens. Ce qui est nou­veau, et sans ana­lo­gie de même enver­gure, c’est qu’au­jourd’­hui les forces anti­no­mistes (=oppo­sés à la Loi de Dieu) dis­posent de moyens tech­niques de pres­sion, d’op­pres­sion, et de dés­in­for­ma­tion que n’a­vait pas la seconde Bête (de pro­pa­gande) qui était au ser­vice de la pre­mière Bête (au pou­voir) d’A­po­ca­lypse 13 (11 à 17).

La tâche, pre­nante et néces­saire, qui nous incombe, à nous, chré­tiens bap­ti­sés, fidèles, de toutes confes­sions, plus proches sou­vent de nos frères d’autres confes­sions que des faux-frères de notre propre confes­sion, est de plan­ter en tous domaines, et, par­ti­cu­liè­re­ment, dans les coeurs des hommes non-chré­tiens, dis­po­sés, par la grâce de Dieu, à les rece­voir, les semences de la pro­chaine Refor­ma­tion qui rem­pla­ce­ra, tôt ou tard, bien­tôt peut-être, l’hu­ma­nisme par­ve­nant au bout de son rou­leau de ruines accu­mu­lées et de mort. Il y va de l’a­ve­nir et de la vie du monde.

Notre Sei­gneur règne, et agit d’en Haut sur la terre ; mais, para­doxa­le­ment, il agit en géné­ral en par­tant d’en bas, en par­tant des diverses petites com­mu­nau­tés de la socié­té, en par­tant de familles, d’É­glises parois­siales, d’en­tre­prises pro­fes­sion­nelles ou cultu­relles qui lui sont fidèles, qui, écoutent et suivent sa Loi morale, révé­lée dans l’É­cri­ture (qu’est l’E­cri­ture !). De petites semences sortent de grands arbres par­fois. Nous n’a­vons pas, à la man lère des Révo­lu­tion­naires, à attendre ce que déci­de­ront les gens qui vou­dront ou conquer­ront le pou­voir, en par­tant d’en haut ; mais à la manière des Refor­ma­teurs, nous avons à semer, à plan­ter, en par­tant donc d’en bas. Hum­ble­ment. Dans une patiente espé­rance. C’est le temps, c’est LE JOUR DES PETITS RECOMMENCEMENTS. »

— Pierre Cour­thial, Le jour des petits recom­men­ce­ments. Essai sur l’actualité de la Parole (Évan­gile-Loi) de Dieu, Lau­sanne, L’Âge d’Homme, 1996.

Outils pédagogiques

Ques­tions pour ana­ly­ser les pré­sup­po­sés

  1. Pour­quoi a‑t-on long­temps par­lé en France d’un « vote pro­tes­tant » rela­ti­ve­ment homo­gène ? Cette idée cor­res­pond-elle encore à la réa­li­té actuelle du pro­tes­tan­tisme fran­çais ?
  2. Quels fac­teurs his­to­riques ont pu rap­pro­cher une par­tie du pro­tes­tan­tisme fran­çais de cer­taines sen­si­bi­li­tés poli­tiques pro­gres­sistes au XXᵉ siècle ?
  3. Com­ment la crois­sance des Églises évan­gé­liques et le renou­veau d’un pro­tes­tan­tisme confes­sant ont-ils modi­fié les équi­libres au sein du pro­tes­tan­tisme fran­çais ?
  4. Pour­quoi les ques­tions anthro­po­lo­giques (famille, mariage, sexua­li­té, digni­té de la vie) jouent-elles aujourd’hui un rôle impor­tant dans les choix poli­tiques de nom­breux chré­tiens ?
  5. Quels dan­gers appa­raissent lorsque les chré­tiens s’identifient entiè­re­ment à un camp poli­tique ou à une idéo­lo­gie ?

Ques­tions d’analyse biblique

  1. Que signi­fie l’affirmation de Genèse 1.27 selon laquelle l’homme et la femme sont créés à l’image de Dieu pour la com­pré­hen­sion de la digni­té humaine ?
  2. Com­ment Mat­thieu 5.13–14 (« vous êtes le sel de la terre… la lumière du monde ») éclaire-t-il la voca­tion publique des chré­tiens dans la socié­té ?
  3. Que nous enseigne Romains 12.2 sur la rela­tion entre les chré­tiens et les cou­rants cultu­rels domi­nants ?
  4. Pour­quoi Actes 5.29 (« il faut obéir à Dieu plu­tôt qu’aux hommes ») rap­pelle-t-il que la conscience chré­tienne pos­sède une limite face aux pres­sions sociales ou poli­tiques ?
  5. Com­ment les prin­cipes de sola Scrip­tu­ra et de tota Scrip­tu­ra orientent-ils la réflexion chré­tienne sur les ques­tions éthiques et poli­tiques ?

Repères issus de la tra­di­tion réfor­mée

Dans la tra­di­tion réfor­mée, l’autorité ultime pour la foi et la vie est la Sainte Écri­ture. Le prin­cipe de sola Scrip­tu­ra signi­fie que la Parole de Dieu demeure la norme suprême pour juger les doc­trines, les pra­tiques et les choix moraux.

Mais cette lec­ture doit se faire selon le prin­cipe de tota Scrip­tu­ra : l’ensemble du témoi­gnage biblique éclaire la com­pré­hen­sion de l’homme et de la socié­té. On ne peut donc pas iso­ler quelques textes pour jus­ti­fier une posi­tion cultu­relle ou poli­tique.

Dans cette pers­pec­tive, cer­taines convic­tions anthro­po­lo­giques ont tou­jours été cen­trales dans la tra­di­tion chré­tienne : la digni­té de toute vie humaine, la valeur du mariage entre un homme et une femme, la voca­tion de la famille, ain­si que la res­pon­sa­bi­li­té morale des socié­tés.

Le pas­teur Pierre Cour­thial rap­pelle cette dimen­sion dans Le jour des petits recom­men­ce­ments (L’Âge d’Homme, 1996). Il insiste sur la voca­tion de l’Église à être « sel de la terre et lumière du monde ». Cela signi­fie que les chré­tiens ne sont pas appe­lés à suivre pas­si­ve­ment les cou­rants de leur époque, mais à exer­cer un témoi­gnage fidèle, par­fois à contre-cou­rant.

Exer­cice de dis­cer­ne­ment

Lire un pro­gramme poli­tique ou écou­ter un débat élec­to­ral.

Puis répondre aux ques­tions sui­vantes :

  1. Quelle concep­tion de l’homme et de la socié­té est impli­cite dans ce dis­cours ?
  2. La digni­té de la vie humaine est-elle clai­re­ment recon­nue et pro­té­gée ?
  3. Quelle vision de la famille et du mariage est pro­po­sée ?
  4. Les prio­ri­tés poli­tiques sont-elles hié­rar­chi­sées ou toutes les ques­tions sont-elles mises sur le même plan ?
  5. Cette vision est-elle com­pa­tible avec l’anthropologie biblique ?

Ques­tion de réflexion finale

Pour­quoi le chré­tien doit-il exer­cer son dis­cer­ne­ment poli­tique sans abso­lu­ti­ser un camp ou une idéo­lo­gie ?

Réponse syn­thé­tique atten­due :
Parce que la foi chré­tienne rap­pelle que toute socié­té est mar­quée par le péché et que les pro­jets poli­tiques res­tent tou­jours impar­faits. Les chré­tiens sont appe­lés à par­ti­ci­per à la vie publique avec res­pon­sa­bi­li­té, mais leur fidé­li­té pre­mière demeure envers la Parole de Dieu. Leur dis­cer­ne­ment doit donc être gui­dé par l’Écriture, en cher­chant à défendre la digni­té de la vie humaine, la véri­té sur l’homme et le bien com­mun.

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