Pessah et la Pâque chrétienne : mémoire d’Israël et accomplissement en Christ

Foedus

Pour lire l’i­mage

Hag­ga­dah, La Famille au Seder, A. Szyk (1935).

Chaque prin­temps, les familles juives célèbrent Pes­sah, la fête de la sor­tie d’Égypte. Le repas du Sèder, avec ses sym­boles et ses récits, rap­pelle la déli­vrance du peuple hébreu. Pour les chré­tiens, cette fête biblique pos­sède cepen­dant une por­tée plus vaste. Elle appar­tient à l’histoire de l’alliance qui conduit à la Pâque du Christ.

Le repas de la mémoire

Dans la tra­di­tion juive, Pes­sah com­mé­more la déli­vrance d’Égypte racon­tée dans l’Exode. Le Sèder – lit­té­ra­le­ment « ordre » – est un repas rituel au cours duquel on lit la Hag­ga­da et on explique les sym­boles pla­cés sur le pla­teau : l’os d’agneau, les herbes amères, le pain sans levain ou encore l’œuf brû­lé. Chaque élé­ment rap­pelle un aspect de l’esclavage ou de la déli­vrance du peuple d’Israël.

Cette mémoire occupe une place cen­trale dans la spi­ri­tua­li­té juive. L’Exode est pré­sen­té comme l’événement fon­da­teur du peuple et le signe de la fidé­li­té de Dieu envers son alliance.

Mais, pour le lec­teur chré­tien de l’Écriture, cette his­toire appar­tient à un récit plus vaste : celui du salut pré­pa­ré et accom­pli en Jésus-Christ.

La Pâque dans l’histoire de l’alliance
Dans l’Ancien Tes­ta­ment, la Pâque est ins­ti­tuée dans un moment dra­ma­tique : la nuit où Dieu délivre Israël de l’Égypte (Exode 12). L’agneau est immo­lé, son sang pro­tège les mai­sons, et le peuple est libé­ré.

Ce récit devient rapi­de­ment un mémo­rial litur­gique. Israël doit revivre chaque année cet évé­ne­ment afin de se sou­ve­nir que sa liber­té vient de Dieu.

Les Réfor­ma­teurs ont for­te­ment insis­té sur ce carac­tère péda­go­gique de la Pâque. Jean Cal­vin explique que ces rites étaient des « figures visibles » des­ti­nées à ensei­gner le salut pro­mis par Dieu. Pour Cal­vin, les sacri­fices et les céré­mo­nies de la loi avaient une fonc­tion de signes annon­cia­teurs.

Dans cette pers­pec­tive, la Pâque ne se limite pas à une com­mé­mo­ra­tion natio­nale. Elle appar­tient à une péda­go­gie divine qui pré­pare la révé­la­tion du salut.

La Pâque comme figure

Dans la théo­lo­gie chré­tienne clas­sique, de nom­breux évé­ne­ments de l’Ancien Tes­ta­ment sont com­pris comme des « figures » ou « types » annon­çant l’œuvre du Christ. L’agneau pas­cal, le sang pro­tec­teur et la déli­vrance de l’esclavage sont ain­si inter­pré­tés comme des images anti­ci­pées de la rédemp­tion accom­plie par Jésus. Le Nou­veau Tes­ta­ment et l’agneau véri­table
Le Nou­veau Tes­ta­ment éta­blit expli­ci­te­ment ce lien. L’apôtre Paul écrit : « Christ, notre Pâque, a été immo­lé » (1 Corin­thiens 5.7).

Cette affir­ma­tion est déci­sive. Elle signi­fie que la mort du Christ accom­plit ce que la Pâque annon­çait.

L’Évangile de Jean ren­force cette lec­ture. Jésus est cru­ci­fié au moment où les agneaux pas­cals sont immo­lés dans le Temple. L’évangéliste sou­ligne aus­si qu’aucun de ses os n’est bri­sé, repre­nant une pres­crip­tion de la Pâque (Exode 12.46).

Pour les pre­miers chré­tiens, la Pâque d’Israël devient ain­si la clé pour com­prendre la mort et la résur­rec­tion de Jésus.

Her­man Bavinck résume cette pers­pec­tive dans sa théo­lo­gie dog­ma­tique : les rites de l’ancienne alliance étaient des « pro­messes visibles » dont la réa­li­té se mani­feste plei­ne­ment dans l’Évangile.

Une diver­gence d’interprétation

À par­tir du Ier siècle, deux lec­tures de la Pâque se déve­loppent.

Le judaïsme rab­bi­nique pour­suit la célé­bra­tion de Pes­sah comme mémoire de l’Exode et signe de l’identité d’Israël.
Le chris­tia­nisme, lui, voit dans cet évé­ne­ment l’annonce du salut accom­pli par le Christ.

Cette diver­gence ne concerne pas seule­ment une fête litur­gique. Elle touche à l’interprétation glo­bale des Écri­tures. Le chris­tia­nisme affirme que l’histoire d’Israël trouve son accom­plis­se­ment mes­sia­nique en Jésus.

La théo­lo­gie réfor­mée insiste par­ti­cu­liè­re­ment sur cette uni­té de l’histoire du salut. Dieu agit dans une seule éco­no­mie de l’alliance qui pro­gresse de la pro­messe à l’accomplissement.

L’unité de l’Écriture

La tra­di­tion réfor­mée sou­ligne que l’Ancien et le Nou­veau Tes­ta­ment racontent une seule his­toire. Les ins­ti­tu­tions de l’ancienne alliance – sacri­fices, temple, Pâque – annoncent le salut qui se révèle plei­ne­ment dans l’Évangile.

Pour­quoi la Pâque demeure impor­tante pour les chré­tiens

Pour les chré­tiens, la Pâque d’Israël n’est donc pas un simple sou­ve­nir his­to­rique. Elle révèle la cohé­rence de l’histoire biblique.

La déli­vrance d’Égypte annonce une déli­vrance plus pro­fonde : celle du péché et de la mort. Le sang de l’agneau pro­tège les mai­sons en Égypte ; le sang du Christ apporte le par­don et la récon­ci­lia­tion.

La fête chré­tienne de Pâques s’inscrit ain­si dans la conti­nui­té de la Pâque biblique tout en pro­cla­mant son accom­plis­se­ment.

Conclu­sion

Pes­sah rap­pelle la fidé­li­té de Dieu envers son peuple et la déli­vrance de l’esclavage. Pour les chré­tiens, cette fête éclaire aus­si le mys­tère cen­tral de la foi : la mort et la résur­rec­tion du Christ. L’agneau pas­cal de l’Exode annon­çait déjà celui que le Nou­veau Tes­ta­ment appelle « l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde ».


Annexe 1 – La Pâque chez les Pères de l’Église

Les Pères de l’Église ont sou­vent inter­pré­té la Pâque comme une figure du salut accom­pli par le Christ. Méli­ton de Sardes, dans son Homé­lie pas­cale (IIe siècle), décrit la Pâque ancienne comme une « figure » dont la réa­li­té se mani­feste dans la pas­sion du Christ. Pour lui, l’agneau immo­lé en Égypte annon­çait l’agneau véri­table.

Cette lec­ture typo­lo­gique s’enracine dans la convic­tion que toute l’Écriture converge vers l’œuvre du Christ.

L’Ancien Tes­ta­ment n’est pas abo­li, mais com­pris comme pro­messe.


Annexe 2 – La lec­ture réfor­mée de la Pâque

La théo­lo­gie réfor­mée reprend cette inter­pré­ta­tion dans le cadre de la théo­lo­gie de l’alliance. Les ins­ti­tu­tions de l’Ancien Tes­ta­ment sont consi­dé­rées comme des signes péda­go­giques pré­pa­rant l’Évangile.

Jean Cal­vin explique que les sacri­fices et les céré­mo­nies avaient pour fonc­tion d’orienter la foi vers la pro­messe du Mes­sie. La Pâque appar­tient à ce sys­tème de signes.

Ain­si, pour la tra­di­tion réfor­mée, la Pâque d’Israël et la Pâque chré­tienne ne sont pas deux réa­li­tés indé­pen­dantes mais deux moments d’une même his­toire du salut.

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