Dieu appelle des « pinceurs de sycomores »

Foedus

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Comme le fruit du syco­more devait être entaillé pour deve­nir man­geable, l’Évangile pénètre les cultures humaines pour en reti­rer l’amertume du péché et faire mûrir un fruit nou­veau sous la sei­gneu­rie du Christ.

Textes
Ancien Tes­ta­ment : Amos 7.14–15
Épître : 1 Corin­thiens 1.26–29
Évan­gile : Luc 19.1–10

Pré­di­ca­tion

Intro­duc­tion

Il y a plus de trente ans, j’étais assis à votre place.

Dans cette facul­té.

Cinq années pas­sées ici. Et je peux vous dire une chose : j’en garde un sou­ve­nir très ému. Pour moi, ces années ont été comme une oasis au milieu d’un désert. Un lieu où l’on cherche Dieu, où l’on apprend à aimer sa Parole, où l’on découvre la beau­té de la véri­té.

Et je vous le dis très sim­ple­ment : la quête de Dieu est la plus belle des quêtes.

Cher­cher Dieu. Com­prendre sa Parole. Décou­vrir la cohé­rence pro­fonde de l’Écriture. C’est une joie immense.

Mais il y a aus­si un moment où il faut des­cendre du syco­more.

Dans l’Évangile que nous venons d’entendre, un homme monte dans un arbre pour voir Jésus. Cet homme s’appelle Zachée. Il est petit. La foule l’empêche de voir. Alors il grimpe dans un syco­more.

Et c’est là que Jésus s’arrête.

Cet arbre devient le lieu d’une voca­tion.

Et pour com­prendre ce que signi­fie cette voca­tion, nous avons enten­du deux autres textes : Amos, le ber­ger qui pince les syco­mores, et Paul qui rap­pelle que Dieu choi­sit ce qui paraît faible aux yeux du monde.

Trois textes qui nous disent ceci : Dieu appelle des hommes ordi­naires pour trans­for­mer le monde de l’intérieur.

Pre­mier point
Dieu appelle des « pin­ceurs de syco­mores »

Amos dit une phrase magni­fique :

« Je ne suis ni pro­phète ni fils de pro­phète. Je suis ber­ger et je pince les syco­mores. »

C’est une phrase presque rus­tique. Il dit sim­ple­ment : je suis un homme de la terre. Je tra­vaille avec mes mains. Je m’occupe des arbres.

Dans l’Antiquité, le fruit du syco­more avait une par­ti­cu­la­ri­té. Il était amer. Imman­geable. Pour qu’il devienne bon, il fal­lait l’entailler. Faire une petite inci­sion dans le fruit pour que l’amertume s’écoule.

Sinon il res­tait dur et amer.

Les agri­cul­teurs inci­saient donc le fruit pour qu’il devienne comes­tible.

Et cer­tains Pères de l’Église ont vu là une image magni­fique de l’Évangile. Basile de Césa­rée évoque cette pra­tique pour mon­trer com­ment Dieu trans­forme le monde. L’Évangile agit comme l’incision dans le fruit du syco­more : il entaille les cultures, les men­ta­li­tés, les struc­tures du monde… non pour les détruire, mais pour en faire sor­tir l’amertume.

Pour que le fruit devienne enfin man­geable.

Voi­là la voca­tion chré­tienne.

Non pas fuir le monde.
Mais l’entailler par la véri­té.

Pas pour condam­ner les hommes.
Mais pour qu’ils deviennent capables de por­ter du fruit.

Deuxième point
Le Christ règne sur toute la vie

Et c’est ici que la théo­lo­gie devient pas­sion­nante.

Parce que l’Évangile ne concerne pas seule­ment l’Église ou la spi­ri­tua­li­té inté­rieure. Il concerne toute la réa­li­té.

Abra­ham Kuy­per, le grand théo­lo­gien et homme d’État néer­lan­dais, a for­mu­lé cela dans une phrase célèbre :

« Il n’y a pas un cen­ti­mètre car­ré de toute l’existence humaine dont le Christ, sou­ve­rain sur tout, ne dise : c’est à moi. »

Tout.

La poli­tique.
La science.
L’économie.
L’armée.
La culture.
Les uni­ver­si­tés.
Les familles.
Les arts.

Tout appar­tient au Christ.

Et si cela est vrai, alors l’Évangile doit entrer par­tout.

Comme l’incision dans le fruit du syco­more.

Dans cer­tains domaines, l’amertume est visible : l’injustice, la cor­rup­tion, la vio­lence.

Dans d’autres, elle est plus sub­tile : l’orgueil intel­lec­tuel, l’illusion de l’autonomie humaine, la pré­ten­tion à vivre sans Dieu.

Et l’Évangile vient révé­ler cela.

Non pas pour écra­ser.
Mais pour gué­rir.

C’est pour cela que la for­ma­tion théo­lo­gique est si impor­tante.

Vous appre­nez les langues bibliques.
Vous appre­nez à inter­pré­ter l’Écriture.
Vous appre­nez à dis­cer­ner les idées.

Pour­quoi ?

Parce que demain vous serez vous aus­si des pin­ceurs de syco­mores.

Ce sera votre voca­tion.

Et j’ose dire : cela l’est déjà.

Troi­sième point
Être pas­teur, c’est ensei­gner la Parole de Dieu

Luther aurait dit une phrase frap­pante : il n’y a qu’un seul péché pour un pas­teur, c’est de mal ensei­gner la Parole de Dieu.

Tout le reste peut être par­don­né.

Mais ensei­gner faus­se­ment l’Évangile est une catas­trophe.

Pour­quoi ?

Parce que la Parole de Dieu est l’outil avec lequel on entaille le fruit.

Si l’outil est mau­vais, le fruit reste amer.

Être pas­teur, au fond, ce n’est que cela.

Annon­cer fidè­le­ment la Parole.

Dans les Cévennes, dans une petite paroisse.
À Paris, dans une grande ville.
Ou aujourd’hui, pour moi, dans l’armée.

Par­tout la mis­sion est la même.

La Parole de Dieu pénètre les vies.

Elle ouvre les consciences.
Elle gué­rit les bles­sures.
Elle redonne une direc­tion.

Et c’est extra­or­di­naire de voir cela.

Un sol­dat qui redé­couvre la prière.
Un jeune qui com­prend enfin l’Évangile.
Une famille qui retrouve la paix.

C’est cela, pin­cer les syco­mores.

Conclu­sion

Alors je vou­drais vous lais­ser avec une image simple.

Aujourd’hui vous êtes encore, d’une cer­taine manière, dans l’arbre.

Comme Zachée.

Vous obser­vez.
Vous appre­nez.
Vous cher­chez à voir Jésus.

Et c’est une période magni­fique.

Mais un jour Jésus dira aus­si : « Des­cends vite. »

Des­cends.

Parce que mille syco­mores t’attendent.

Dans les villes.
Dans les vil­lages.
Dans les uni­ver­si­tés.
Dans les casernes.
Dans les familles.

Par­tout il y a des fruits amers.

Et l’Évangile est la puis­sance de Dieu pour trans­for­mer le monde de l’intérieur.

Paul le dit : Dieu choi­sit sou­vent ce qui paraît faible.

Des pêcheurs.
Des ber­gers.
Des col­lec­teurs d’impôts.

Et par­fois aus­si des étu­diants en théo­lo­gie.

Il y a un peuple nom­breux à sau­ver.

Des hommes et des femmes qui cherchent Dieu sans tou­jours savoir com­ment le trou­ver.

Alors oui, étu­diez.

Tra­vaillez la théo­lo­gie avec pas­sion.
Aimez la Parole de Dieu.

Mais sou­ve­nez-vous tou­jours de ceci : la théo­lo­gie n’est pas une tour d’ivoire.

Elle est un cou­teau pour entailler les syco­mores.

Et lorsque l’Évangile entre dans une vie, l’amertume dis­pa­raît et le fruit devient enfin bon.

Et cela, croyez-moi, vaut toute une vie.

Amen.

Pré­di­ca­tion lors du culte de la Facul­té Jean Cal­vin, mar­di 31 mars 2026


Ques­tions pour ana­ly­ser les pré­sup­po­sés

  1. Lorsque l’on parle de culture, part-on du prin­cipe que les cultures humaines sont neutres et auto­suf­fi­santes, ou recon­naît-on qu’elles sont mar­quées par la chute et ont besoin d’être jugées et puri­fiées par la Parole de Dieu ?
  2. Pour­quoi cer­taines visions modernes pensent-elles que toute cri­tique d’une culture serait une forme d’intolérance ? Quelle concep­tion de l’homme et de la véri­té se cache der­rière cette idée ?
  3. L’image du syco­more sug­gère que le fruit doit être entaillé pour deve­nir man­geable. Que nous dit cette image sur la manière dont l’Évangile agit dans les socié­tés humaines ?
  4. Si le Christ est réel­le­ment Sei­gneur de toute la vie, comme l’affirme Abra­ham Kuy­per, quelles consé­quences cela a‑t-il pour la poli­tique, l’économie, la culture ou l’éducation ?
  5. Une théo­lo­gie qui se limite à la sphère pri­vée est-elle com­pa­tible avec l’enseignement biblique sur la sei­gneu­rie uni­ver­selle du Christ ?

Démarche apo­lo­gé­tique

La vision biblique refuse deux erreurs oppo­sées. D’un côté, l’idolâtrie de la culture, qui consi­dère les tra­di­tions humaines comme intou­chables. De l’autre, le rejet radi­cal de toute culture, comme si la foi chré­tienne exi­geait de se reti­rer du monde.

L’Écriture pro­pose une troi­sième voie : la trans­for­ma­tion. Parce que la créa­tion est bonne, les cultures humaines contiennent de véri­tables richesses. Mais parce que l’homme est pécheur, elles portent aus­si l’empreinte du désordre moral. L’Évangile agit alors comme l’incision pra­ti­quée dans le fruit du syco­more : il révèle l’amertume du péché afin que la vie humaine puisse por­ter un fruit nou­veau.

Cette pers­pec­tive per­met d’expliquer pour­quoi le chris­tia­nisme a sou­vent trans­for­mé les socié­tés de l’intérieur plu­tôt que de sim­ple­ment les rem­pla­cer. L’annonce de la Parole pro­duit une réforme des consciences, des ins­ti­tu­tions et des pra­tiques.

Fon­de­ment biblique

Amos 7.14–15 rap­pelle que Dieu appelle un homme simple, « pin­ceur de syco­mores », pour annon­cer sa parole. La voca­tion ne naît pas dans les élites reli­gieuses mais dans la vie ordi­naire.

Luc 19.1–10 montre com­ment la ren­contre avec le Christ trans­forme une exis­tence concrète : Zachée reste dans son monde social mais sa rela­tion à l’argent et à la jus­tice change pro­fon­dé­ment.

1 Corin­thiens 1.26–29 sou­ligne que Dieu choi­sit sou­vent ce qui paraît faible afin que la puis­sance de Dieu soit mani­fes­tée. La trans­for­ma­tion du monde ne repose pas sur la force humaine mais sur la puis­sance de l’Évangile.

Lien avec les confes­sions de foi réfor­mées

La tra­di­tion réfor­mée insiste sur la sou­ve­rai­ne­té uni­ver­selle de Dieu et sur la néces­si­té de sou­mettre toute la vie à la Parole.

La Confes­sion de La Rochelle (1559) affirme que Dieu gou­verne toutes choses par sa pro­vi­dence et que rien n’échappe à son auto­ri­té. La foi chré­tienne ne concerne donc pas seule­ment la vie inté­rieure mais toute la réa­li­té.

Le Caté­chisme de Hei­del­berg enseigne éga­le­ment que Jésus-Christ est « notre Roi éter­nel », qui nous pro­tège et nous conduit dans son royaume. Cette royau­té implique que toutes les dimen­sions de l’existence doivent être éclai­rées et trans­for­mées par l’Évangile.

Ain­si la voca­tion chré­tienne peut être com­prise comme celle de « pin­ceurs de syco­mores » : des ser­vi­teurs qui annoncent la Parole de Dieu afin que l’amertume du péché soit révé­lée et que la vie humaine puisse por­ter un fruit nou­veau sous la sei­gneu­rie du Christ.

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