Bible ouverte, boussole, plume et sablier, symboles de la parole et du discernement.

Déconstruction et postmodernité

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La Bible, la plume et les ins­tru­ments de dis­cer­ne­ment évoquent la trans­mis­sion des textes dans l’histoire. L’image invite à dis­tin­guer l’autorité confes­sée d’une parole et le tra­vail cri­tique néces­saire pour en pro­po­ser une inter­pré­ta­tion fidèle.


    La post­mo­der­ni­té ne désigne pas une doc­trine unique, et la décons­truc­tion ne peut pas être réduite à l’idée sim­pliste selon laquelle « tout se vaut ». Chez Jacques Der­ri­da, elle désigne plu­tôt une manière de lire qui inter­roge les oppo­si­tions, les hié­rar­chies et les pré­sup­po­sés à l’œuvre dans les textes et les sys­tèmes de pen­sée. Plus lar­ge­ment, plu­sieurs cou­rants post­mo­dernes ont mis en ques­tion les pré­ten­tions de la rai­son moderne à la neu­tra­li­té, à l’universalité et à la maî­trise com­plète du sens.

    Une apo­lo­gé­tique chré­tienne sérieuse doit évi­ter la cari­ca­ture. Ces cri­tiques peuvent rap­pe­ler uti­le­ment que tout lec­teur pos­sède des pré­sup­po­sés, que le lan­gage s’inscrit dans une his­toire et que le pou­voir peut influen­cer les dis­cours. Mais la foi chré­tienne refuse d’en conclure que la véri­té serait seule­ment pro­duite par le lan­gage, la culture ou les rap­ports de force. Si Dieu parle réel­le­ment, le lan­gage peut trans­mettre une véri­té qui ne dépend pas uni­que­ment de celui qui la reçoit.

    Cette page exa­mine la décons­truc­tion, le post­mo­der­nisme et leurs prin­ci­paux repré­sen­tants, en les confron­tant à une doc­trine réfor­mée de la révé­la­tion, du lan­gage, de la rai­son et de l’interprétation. L’enjeu n’est pas de reve­nir à une naï­ve­té moderne, mais de main­te­nir qu’une inter­pré­ta­tion res­pon­sable est pos­sible parce que la véri­té pré­cède et juge nos construc­tions.

    Pour situer his­to­ri­que­ment et phi­lo­so­phi­que­ment ces cou­rants : Stan­ford Ency­clo­pe­dia of Phi­lo­so­phy, articles « Post­mo­der­nism » et « Jacques Der­ri­da ».


    Une famille de critiques, non une école unique

    La post­mo­der­ni­té désigne tan­tôt une situa­tion cultu­relle, tan­tôt une série de cri­tiques phi­lo­so­phiques de la moder­ni­té. Lyo­tard, Der­ri­da et Fou­cault n’emploient pas les mêmes concepts et ne pour­suivent pas des pro­jets iden­tiques. Il faut donc pré­ci­ser l’auteur, le texte et le pro­blème avant de dis­cu­ter une thèse. Par­ler de « rela­ti­visme post­mo­derne » comme d’une doc­trine unique peut mas­quer les désac­cords entre ces auteurs. L’enjeu est de dis­tin­guer la cri­tique d’une pré­ten­tion à la neu­tra­li­té, la mise en ques­tion d’un grand récit his­to­rique et la thèse beau­coup plus forte selon laquelle aucune pro­po­si­tion vraie ne pour­rait être for­mu­lée.


    Déconstruction et travail du texte

    Chez Der­ri­da, une lec­ture décons­truc­tive exa­mine notam­ment la manière dont un texte éta­blit des oppo­si­tions concep­tuelles et dépend par­fois de ce qu’il semble exclure. Des notions telles que la trace et la dif­fé­rance conduisent à inter­ro­ger l’idée d’un sens sim­ple­ment pré­sent et immé­dia­te­ment acces­sible. Ce tra­vail ne revient pas à auto­ri­ser le lec­teur à déci­der arbi­trai­re­ment de n’importe quel sens : ses dépla­ce­ments partent de ten­sions repé­rables dans les textes. Une cri­tique chré­tienne sérieuse doit alors déter­mi­ner quelle concep­tion du signe, de l’auteur et de la réfé­rence elle conteste réel­le­ment, au lieu d’inférer direc­te­ment de cette méthode un refus de toute réa­li­té.


    Lyotard, Foucault et la question de la légitimation

    Dans La Condi­tion post­mo­derne, Lyo­tard inter­roge les grands récits par les­quels la moder­ni­té jus­ti­fie le savoir et le pro­grès. Fou­cault, selon une démarche dis­tincte, étu­die les liens his­to­riques entre savoir, ins­ti­tu­tions et rap­ports de pou­voir. Ces ana­lyses peuvent dévoi­ler des méca­nismes d’exclusion ou les condi­tions sociales de pro­duc­tion des dis­cours. Elles ne démontrent pas à elles seules que toute connais­sance se réduit à un inté­rêt de pou­voir. Il faut exa­mi­ner chaque argu­ment, les sources his­to­riques mobi­li­sées et la por­tée exacte des conclu­sions. L’apologétique peut ain­si recon­naître cer­taines cri­tiques de l’idéologie sans adop­ter l’ensemble de leurs pré­sup­po­sés.


    Révélation et interprétation responsable

    Une pers­pec­tive réfor­mée confes­sante affirme que Dieu peut com­mu­ni­quer une véri­té intel­li­gible par une parole adres­sée à des créa­tures his­to­riques. Cette affir­ma­tion ne dis­pense pas d’interpréter les genres lit­té­raires, les cir­cons­tances et le voca­bu­laire des textes. Elle ne garan­tit pas non plus l’infaillibilité de chaque com­men­taire humain sur l’Écriture. Il faut dis­tin­guer l’autorité confes­sée de la révé­la­tion, la théo­rie du lan­gage uti­li­sée pour la com­prendre et la qua­li­té d’une inter­pré­ta­tion par­ti­cu­lière. Le plu­ra­lisme des lec­tures ne démontre pas logi­que­ment qu’aucune lec­ture ne puisse être meilleure qu’une autre ; inver­se­ment, la pos­si­bi­li­té de véri­té n’établit pas que toute inter­pré­ta­tion confes­sion­nelle ait rai­son.


    Les meilleures objections et leur portée

    Le défen­seur de la décons­truc­tion deman­de­ra sou­vent com­ment une inter­pré­ta­tion peut pré­tendre accé­der à un sens stable sans effa­cer ses condi­tions his­to­riques. Il peut éga­le­ment inter­ro­ger l’usage du pou­voir dans l’affirmation d’une véri­té uni­ver­selle. Une réponse chré­tienne doit recon­naître le pro­blème, pré­sen­ter ses cri­tères de lec­ture et accep­ter l’examen contra­dic­toire des erreurs pos­sibles. Elle peut pro­po­ser que l’existence d’une com­mu­ni­ca­tion réel­le­ment adres­sée rende la com­pré­hen­sion res­pon­sable pos­sible, sans confondre cette pos­si­bi­li­té avec une maî­trise exhaus­tive du sens. Le débat demeure phi­lo­so­phique autant que théo­lo­gique : les pré­misses sur le lan­gage, la réfé­rence, l’histoire et la connais­sance réclament des argu­ments expli­cites.


    Articles et approfondissements par thèmes

    Les appro­fon­dis­se­ments pro­po­sés dis­tinguent l’étude des auteurs, la cri­tique des savoirs et le débat théo­lo­gique sur la com­pré­hen­sion des textes.

    • Der­ri­da : dif­fé­rance, trace et lec­ture des oppo­si­tions — À paraître. Pré­sen­ter les prin­ci­paux concepts de la décons­truc­tion à par­tir des textes de Der­ri­da. Dis­tin­guer ce que l’auteur affirme de cer­taines appro­pria­tions rela­ti­vistes pos­té­rieures, puis éva­luer les consé­quences pos­sibles pour la lec­ture des Écri­tures.
    • Lyo­tard et la légi­ti­ma­tion des savoirs — À paraître. Étu­dier la cri­tique des grands récits et la ques­tion des règles de légi­ti­ma­tion. Exa­mi­ner ce que cette dis­cus­sion éclaire sur les ins­ti­tu­tions modernes et ce qui res­te­rait à démon­trer pour conclure à une impos­si­bi­li­té de véri­té com­mune.
    • Véri­té révé­lée et plu­ra­li­té des inter­pré­ta­tions — À paraître. Com­pa­rer une concep­tion chré­tienne de la com­mu­ni­ca­tion divine aux objec­tions her­mé­neu­tiques contem­po­raines. Dis­tin­guer auto­ri­té du texte, res­pon­sa­bi­li­té du lec­teur, cri­tères de com­pré­hen­sion et limites d’une connais­sance humaine tou­jours située.

    Bibliographie sélective

    Ouvrages en anglais

    • Kevin J. Van­hoo­zer, Is There a Mea­ning in This Text ? The Bible, the Rea­der, and the Mora­li­ty of Lite­ra­ry Know­ledge, Grand Rapids, Zon­der­van, 1998. Étude chré­tienne de l’herméneutique et des débats post­mo­dernes sur le sens des textes.
    • D. A. Car­son, The Gag­ging of God : Chris­tia­ni­ty Confronts Plu­ra­lism, Grand Rapids, Zon­der­van, 1996. Ana­lyse évan­gé­lique du plu­ra­lisme et de ses impli­ca­tions pour l’interprétation et la théo­lo­gie.

    Ouvrages en français

    • Jean Cal­vin, Ins­ti­tu­tion de la reli­gion chré­tienne, mise en fran­çais moderne par Marie de Védrines et Paul Wells, Keryg­ma / Excel­sis, 2009. Auto­ri­té de la révé­la­tion, connais­sance de Dieu et inter­pré­ta­tion chré­tienne.