Le Psaume 27 est un psaume de David qui unit de manière saisissante assurance et supplication. Il s’ouvre sur une confession de foi lumineuse – l’Éternel comme lumière, salut et refuge – et se déploie dans un contexte de menace réelle, de guerre et d’abandon possible. La confiance n’y est jamais abstraite ni idéalisée.
Sur le plan littéraire, le psaume articule trois mouvements : une proclamation de confiance, une prière pressante et une exhortation finale à l’espérance. Cette dynamique reflète l’expérience croyante authentique, où la certitude de la foi cohabite avec l’angoisse et le combat.
Dans le Psautier, ce psaume occupe une place privilégiée parmi les psaumes de confiance destinés à soutenir le peuple de Dieu dans l’épreuve. Il rappelle que la sécurité ultime ne réside pas dans la disparition des ennemis, mais dans la communion avec l’Éternel, au cœur même de l’adversité.
Le Psaume 27 prépare ainsi le croyant à une foi adulte : une foi qui confesse sans triomphalisme, qui prie sans masque, et qui espère avec persévérance, enracinée dans la fidélité du Dieu de l’alliance.
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Paroles (Psautier de Genève) [ARC 27]
1. Je chanterai car Dieu est ma lumière,
Sous son regard, de qui aurais-je peur ?
J’exalterai celui qui me libère,
Gardé par lui, je n’ai plus de frayeur.
Si l’ennemi cherche à me dévorer,
C’est lui soudain qui succombe à l’effroi.
Quand une armée camperait devant moi
Je me tiendrais près de toi rassuré.
2. Je ne t’adresse, ô Dieu, qu’une demande :
De te louer parmi tes serviteurs,
Pour apporter devant toi mon offrande,
Et longuement contempler ta splendeur.
Vers toi qui fus dans l’épreuve un abri,
Monte déjà la ferveur de nos chants,
Et relevé par ton bras triomphant
Je vois déjà s’enfuir tes ennemis.
3. Réponds, Seigneur ; je te prie, fais-moi grâce.
J’entends ta voix qui parle dans mon cœur
Et de ta part me dit : Cherche ma face ;
Et je la cherche en ta maison, Seigneur.
Que ton regard ne se détourne pas,
Que de ta main je ne sois repoussé.
Quand mes parents m’auraient abandonné,
Je trouverais mon refuge en tes bras.
4. Guide nos pas, Seigneur, et les ramène
Sur le chemin que tu m’avais tracé.
Ne livre pas ton enfant à la haine
Des faux témoins autour de lui dressés.
Si je doutais de voir enfin l’amour
Renouveler la terre des vivants…
Oh ! Rends-moi fort, rends-moi persévérant
Et que j’espère en mon Dieu nuit et jour.
Psautier de Genève
1. Place dans le Psautier de Genève
Le Psaume 27 fait partie des psaumes de confiance et de supplication attribués à David. Dans le Psautier de Genève, il s’inscrit dans le corpus des psaumes destinés à soutenir l’Église militante : une Église exposée à l’opposition, mais fermement ancrée dans la fidélité de Dieu. Ce psaume est particulièrement adapté aux temps de crise, de persécution ou d’épreuve collective.
2. Genre du psaume
Il s’agit d’un psaume mixte :
– psaume de confiance (v. 1–6),
– psaume de supplication individuelle (v. 7–12),
– psaume d’exhortation et de sagesse spirituelle (v. 13–14).
Cette combinaison en fait un psaume complet pour la vie croyante, capable d’accompagner aussi bien la confession publique que la prière personnelle.
3. Théologie du psaume
Le Psaume 27 développe une théologie de la présence divine. Dieu n’est pas seulement celui qui délivre, mais celui auprès de qui le croyant désire demeurer. La sécurité ultime ne réside ni dans la victoire militaire ni dans la disparition des ennemis, mais dans la communion avec l’Éternel. La foi est ici relationnelle avant d’être circonstancielle.
Le psaume affirme également que la crainte humaine n’annule pas la foi : elle devient le lieu où la foi s’exerce réellement.
4. Usage liturgique
Dans une perspective réformée, ce psaume convient particulièrement :
– à un culte marqué par l’intercession,
– à un temps de repentance collective ou d’épreuve nationale,
– à une célébration soulignant la persévérance et l’espérance.
Il peut être placé avant la prédication pour préparer l’assemblée à une écoute confiante, ou après, comme réponse de foi.
5. Orientation christologique (discrète)
Sans forcer la lecture, la tradition réformée a vu dans « l’Éternel ma lumière et mon salut » une préfiguration christologique. La lumière promise et la demeure auprès de Dieu trouvent leur accomplissement dans le Christ, sans que le psaume perde sa valeur propre dans l’économie de l’Ancienne Alliance.
6. Clé de lecture pour le chant
Chanter le Psaume 27, ce n’est pas proclamer une invincibilité terrestre, mais confesser publiquement que l’Éternel demeure digne de confiance lorsque tout vacille. Le chant devient alors un acte de résistance spirituelle et de foi persévérante.
Exégèse
Psaumes 27
1 De David.
L’Éternel est ma lumière et mon salut :
De qui aurais-je crainte ?
L’Éternel est le refuge de ma vie :
De qui aurais-je peur ?
2Quand ceux qui font le mal s’approchent de moi,
Pour dévorer ma chair,
Mes adversaires et mes ennemis,
Ce sont eux qui trébuchent et qui tombent.
3Si une armée se campait contre moi,
Mon cœur n’aurait aucune crainte ;
Si une guerre s’élevait contre moi,
Je serais malgré cela plein de confiance.
4Je demande à l’Éternel une chose, que je recherche ardemment :
Habiter toute ma vie dans la maison de l’Éternel,
Pour contempler la magnificence de l’Éternel
Et pour admirer son temple.
5Car il me protégera dans son tabernacle au jour du malheur,
Il me cachera sous l’abri de sa tente ;
Il m’élèvera sur un rocher.
6Et déjà ma tête s’élève sur mes ennemis qui m’entourent ;
J’offrirai des sacrifices dans sa tente, des sacrifices d’acclamation ;
Je chanterai, je psalmodierai (en l’honneur) de l’Éternel.
7Éternel ! Écoute ma voix, je t’invoque :
Fais-moi grâce et réponds-moi !
8Mon cœur dit de ta part : Cherchez ma face !
Je cherche ta face, ô Éternel !
9Ne me cache pas ta face,
Ne repousse pas avec colère ton serviteur !
Tu es mon secours,
Ne me laisse pas, ne m’abandonne pas,
Dieu de mon salut !
10Car mon père et ma mère m’abandonnent,
Mais l’Éternel me recueillera.
11 Éternel ! Enseigne-moi ta voie,
Conduis-moi dans le sentier de la droiture,
À cause de mes détracteurs.
12Ne me livre pas au désir de mes adversaires,
Car il s’élève contre moi de faux témoins
Et l’on ne respire que la violence.
13Oh ! Si je n’étais pas sûr de contempler la bonté de l’Éternel
Sur la terre des vivants ! …
14 Espère en l’Éternel !
Fortifie-toi et que ton cœur s’affermisse !
Espère en l’Éternel !
Sélection en cours :
Psaumes 27 : NVS78P
Nouvelle version Segond révisée (Bible à la colombe) © Société biblique française – Bibli’O, 1978
1. Mise en contexte
Le Psaume 27 est attribué à David. Il présente une structure interne marquée par une tension : une confession de confiance absolue (v. 1–6), suivie d’une supplication angoissée (v. 7–12), puis d’une résolution d’espérance (v. 13–14). Cette oscillation n’est pas une faiblesse psychologique mais l’expression réaliste d’une foi éprouvée. Le psaume articule étroitement théologie, prière et combat.
2. Exégèse lexicale et structurelle
Le verset 1 concentre trois affirmations fondamentales :
– « lumière » (אוֹר, ’ôr) : symbole biblique de révélation, de vie et de salut (cf. Genèse 1.3 ; Ésaïe 60.1).
– « salut » (יֵשַׁע, yesha‘) : délivrance concrète, souvent militaire ou existentielle.
– « refuge / rempart » (מָעוֹז, ma‘oz) : forteresse imprenable.
David ne dit pas que Dieu donne la lumière ou le salut, mais qu’il est lumière et salut. La foi n’est pas tournée vers un don abstrait mais vers la personne de Dieu lui-même.
Les versets 2–3 utilisent un vocabulaire guerrier explicite (« dévorer ma chair », « armée », « guerre »). La confiance n’est pas naïve : elle se tient au milieu de la menace.
Le verset 4 est le cœur théologique du psaume. Une seule demande domine toutes les autres : demeurer dans la maison de l’Éternel. Le verbe « contempler » (חָזָה, ḥazah) évoque une vision prolongée, méditative. Le temple n’est pas ici un refuge magique mais le lieu de la présence alliancielle de Dieu.
Les versets 7–12 marquent un tournant : la confession devient prière. Le psaume montre que la foi la plus assurée n’exclut ni l’angoisse ni la supplication. Le verset 8 est central : Dieu prend l’initiative (« Cherchez ma face »), et la réponse humaine est l’obéissance confiante.
Le verset 10 radicalise la confiance : même les liens naturels les plus solides peuvent faillir, mais l’Éternel demeure le Dieu qui « recueille » (אָסַף, ’asaph), terme souvent associé à l’accueil gracieux dans l’alliance.
Le psaume se clôt par une exhortation à soi-même (v. 14). La foi biblique sait se prêcher à elle-même lorsque les circonstances demeurent obscures.
3. Lecture patristique
Augustin d’Hippone lit ce psaume de manière christologique. La « lumière » est le Christ, lumière véritable qui éclaire tout homme. La « maison de l’Éternel » désigne ultimement l’Église, lieu où le croyant contemple déjà, par la foi, ce qu’il verra pleinement dans la gloire. Pour Augustin, la tension du psaume reflète la condition du chrétien pèlerin : assuré en Christ, mais encore exposé à l’épreuve.
Jean Chrysostome insiste sur le courage spirituel. Il souligne que David ne nie pas le danger mais refuse de lui accorder le dernier mot. La prière des versets 7–12 montre, selon lui, que la véritable force n’est pas l’absence de crainte mais la persévérance dans la prière lorsque la crainte surgit.
4. Lecture réformée
Jean Calvin observe que David unit ici hardiesse et humilité. Dans son Commentaire sur les Psaumes (trad. Fr., Labor et Fides), Calvin note que la foi n’est pas une tranquillité stoïcienne mais un combat continuel contre la peur. Le désir du temple exprime, selon lui, la primauté du culte sur toutes les sécurités terrestres : David préfère la présence de Dieu à toute délivrance extérieure.
Calvin insiste également sur le verset 14 : l’espérance n’est pas passive. « Espérer en l’Éternel » implique une discipline spirituelle par laquelle le croyant soutient activement sa foi contre l’épreuve.
5. Lecture réformée contemporaine
Herman Bavinck permet d’éclairer ce psaume à partir de sa théologie de la révélation. Pour Bavinck, la foi biblique unit objectivité et expérience : Dieu se révèle réellement, et cette révélation soutient une confiance vécue au cœur de l’histoire. Le Psaume 27 illustre cette unité : la certitude théologique (« l’Éternel est ma lumière ») fonde une persévérance existentielle.
On peut également lire ce psaume à la lumière de Geerhardus Vos : la « maison de l’Éternel » anticipe le repos eschatologique. La foi de David est orientée vers l’avenir de l’alliance, non vers une simple survie présente.
6. Théologie de l’alliance
Le Psaume 27 articule clairement les catégories de l’alliance : initiative divine (appel à chercher la face de Dieu), réponse humaine (recherche confiante), protection fidèle et espérance eschatologique. La sécurité du croyant ne repose ni sur les circonstances ni sur ses propres forces, mais sur la fidélité du Dieu de l’alliance, présent au milieu de son peuple.
7. Point de vigilance herméneutique
Il serait erroné de lire ce psaume comme une promesse d’invulnérabilité terrestre. Le texte ne nie pas la guerre ni l’abandon humain. Il affirme que, même lorsque tout vacille, la présence de Dieu demeure suffisante. Toute lecture triomphaliste manquerait la tension constitutive du psaume.
Conclusion
Le Psaume 27 enseigne une foi robuste mais réaliste : une foi qui confesse sans trembler, prie sans masquer l’angoisse, et espère sans voir encore. Il forme le croyant à une confiance enracinée non dans l’absence de combat, mais dans la présence fidèle de l’Éternel au cœur même du combat.
Outils pédagogiques
Objectif général
Aider à comprendre comment la foi biblique articule assurance et combat, confiance proclamée et prière angoissée, dans le cadre de l’alliance.
1. Questions de compréhension (niveau fondamental)
- Quels sont les trois titres donnés à l’Éternel au verset 1 ? Que disent-ils de Dieu ?
- Quelles menaces concrètes David évoque-t-il dans ce psaume ?
- Quelle est l’unique demande formulée au verset 4 ? Pourquoi est-elle centrale ?
- À quel moment le psaume passe-t-il de la confiance affirmée à la supplication ?
- Comment se termine le psaume et à qui s’adresse l’exhortation finale ?
2. Questions d’analyse (niveau intermédiaire)
- Pourquoi la présence simultanée de confiance et de crainte ne constitue-t-elle pas une contradiction ?
- En quoi le désir du temple dépasse-t-il une simple recherche de protection ?
- Quel rôle joue l’initiative divine dans le verset « Cherchez ma face » ?
- Le verset 10 relativise-t-il ou radicalise-t-il les liens humains ? Pourquoi ?
- Comment le psaume évite-t-il à la fois le désespoir et le triomphalisme ?
3. Questions de discernement théologique (niveau avancé)
- En quoi ce psaume s’inscrit-il clairement dans une théologie de l’alliance ?
- Quelle lecture erronée ferait de ce texte une promesse de sécurité terrestre absolue ?
- Comment ce psaume corrige-t-il une conception stoïcienne ou volontariste de la foi ?
- En quoi l’exhortation finale montre-t-elle que l’espérance est un acte spirituel volontaire ?
- Comment ce psaume prépare-t-il une lecture christologique sans l’imposer explicitement ?
4. Exercice de mise en situation
Proposer deux profils :
– un croyant sûr de ses convictions mais confronté à une menace réelle ;
– un croyant fidèle mais traversant une période de doute et de solitude.
Question : quels versets du psaume répondent spécifiquement à chacun de ces profils, et pourquoi ?
5. Travail en groupe (ou personnel)
Diviser le psaume en trois parties (v. 1–6 ; v. 7–12 ; v. 13–14).
Pour chaque partie :
– identifier le ton dominant,
– relever une affirmation théologique clé,
– formuler une prière courte inspirée du texte.
6. Points de vigilance pédagogiques
– Ne pas confondre foi et absence de peur.
– Ne pas réduire le temple à un symbole psychologique de réconfort.
– Éviter toute lecture moraliste où la confiance dépendrait de la performance humaine.
7. Phrase clé à mémoriser
« La foi biblique n’est pas l’absence de combat, mais la certitude de la présence de Dieu dans le combat. »
Objectif final
Former une foi lucide, enracinée dans la fidélité de Dieu, capable de tenir ensemble assurance doctrinale, prière honnête et espérance persévérante.

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