Pour lire l’image
Le vase éclairé se détache d’objets laissés dans la pénombre : il n’est ni plus précieux ni plus spectaculaire, mais il est mis à part dans la lumière. Cette simplicité figure la vocation biblique à la sainteté. Dieu prend un peuple pour lui, le sanctifie par sa grâce et l’appelle à manifester, dans toute son existence, l’appartenance qu’il a reçue.
La sainteté n’est pas, dans la Bible, une spécialité réservée à quelques croyants particulièrement fervents. Elle appartient à la vocation même du peuple de Dieu. Lorsque le Seigneur déclare à Israël : « Soyez saints, car je suis saint », il ne lui propose pas un idéal facultatif : il lui révèle quelle existence correspond à l’alliance avec le Dieu saint. L’apôtre Pierre reprend cette parole pour les chrétiens et l’étend à « toute [leur] conduite » (1 Pierre 1.15–16). Mais comment des pécheurs peuvent-ils être appelés à ressembler au Dieu trois fois saint ? Et comment comprendre cet impératif sans transformer la vie chrétienne en recherche anxieuse de mérite ? Toute la doctrine biblique de la sanctification se joue dans cette articulation : Dieu appelle les siens à la sainteté parce qu’il est saint, et il accomplit en eux, par Jésus-Christ et par son Esprit, ce à quoi il les appelle.
La sainteté humaine trouve sa source dans la sainteté de Dieu
L’ordre donné en Lévitique 19.2 commence par Dieu, non par l’homme. Israël doit être saint « car » l’Éternel est saint. La sainteté du peuple n’est donc jamais autonome. Elle est dérivée, reçue : elle répond à l’initiative de Dieu. Dieu ne devient pas saint en accomplissant quelque chose : il est saint. Sa sainteté appartient à ce qu’il est. Celle de l’homme, au contraire, consiste à être mis à part pour Dieu et à vivre d’une manière conforme à sa volonté.
Cette distinction est décisive. L’homme n’est pas appelé à devenir divin. La créature ne franchit jamais la distance qui la sépare du Créateur. Être saint comme Dieu est saint ne signifie pas posséder la sainteté de Dieu selon le même mode que lui, mais refléter, dans une existence de créature, la pureté, la justice et la bonté de celui auquel nous appartenons.
Le contexte de Lévitique 19 empêche d’ailleurs de réduire cette sainteté à une pureté rituelle ou à une spiritualité intérieure. Le chapitre fait entrer la sainteté dans les relations familiales, le culte, l’usage des biens, la parole, le salaire dû au travailleur, le traitement du faible, l’exercice de la justice, les rapports avec le prochain et l’étranger. Quelques versets après l’appel initial apparaît le commandement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lévitique 19.18).
La sainteté biblique est donc consécration à Dieu, mais cette consécration devient immédiatement une manière de vivre. Elle concerne le culte et la morale, la relation à Dieu et la relation au prochain. Elle ne consiste pas à sortir de la condition humaine, mais à vivre cette condition sous le règne de Dieu.
Il faut même préciser le sens de l’expression « vocation de l’homme à la sainteté ». Dans Lévitique 19, l’appel est adressé à « toute l’assemblée des enfants d’Israël ». En 1 Pierre, il est repris pour ceux que Dieu a appelés et qui placent leur espérance dans la grâce apportée en Jésus-Christ. Le texte ne parle donc pas d’abord d’une disposition religieuse universelle présente indistinctement en tout être humain. Il décrit la vocation du peuple de l’alliance.
Pour autant, cette vocation touche à la finalité première de l’humanité. Créé à l’image de Dieu, l’homme a été fait pour connaître son Créateur, lui obéir et refléter sa justice dans le monde. Le péché n’a pas aboli cette obligation ; il a rendu l’homme incapable de l’accomplir parfaitement. L’appel à la sainteté ne constitue donc pas une exigence étrangère ajoutée après la chute. Il révèle ce que l’être humain aurait toujours dû être devant Dieu – et ce que la grâce entreprend de restaurer chez ceux qu’elle unit au Christ.
C’est pourquoi la sainteté chrétienne ne peut être comprise à partir d’un simple projet de perfectionnement personnel. Son point de départ n’est pas la question : « Comment devenir une meilleure version de moi-même ? » Elle commence par une autre question : « À qui est-ce que j’appartiens ? »
Dans l’alliance, Dieu met à part un peuple pour qu’il soit sien. La sainteté est d’abord cette appartenance reçue, avant de devenir l’obéissance vécue qui lui correspond. Le croyant ne cherche pas à se rendre digne d’appartenir à Dieu ; parce que Dieu l’a appelé à lui appartenir, toute son existence est désormais convoquée à porter la marque de cette appartenance.
Ainsi, le fondement de la sainteté n’est pas l’admiration de la vertu humaine, mais la contemplation de Dieu. Plus la sainteté divine est réduite à une idée abstraite, plus la sanctification risque de devenir moralisme. Mais lorsque Dieu lui-même demeure le centre – le Dieu saint qui appelle, rachète et fait alliance – alors l’obéissance retrouve son vrai caractère : elle est la réponse d’un peuple qui appartient à son Seigneur.
De la sainteté d’Israël à l’appel de l’Église
Lorsque Pierre reprend l’appel du Lévitique, il ne cite pas une maxime morale détachée de son contexte. Il s’adresse à des hommes et des femmes que Dieu a fait entrer dans une histoire de grâce. Le début de sa lettre parle d’élection, de nouvelle naissance, d’espérance vivante et d’un héritage gardé dans les cieux. Puis vient l’exhortation : placer pleinement son espérance dans la grâce qui sera apportée lors de la révélation de Jésus-Christ, ne plus se conformer aux convoitises d’autrefois et devenir saints dans toute sa conduite (1 Pierre 1.13–16).
L’ordre est capital. Pierre ne dit pas : devenez saints afin que Dieu vous accorde sa grâce. Il appelle à la sainteté ceux qui ont déjà été mis en mouvement par la grâce de Dieu. L’impératif chrétien repose sur l’indicatif de l’œuvre divine. Le croyant ne marche pas vers la sainteté pour devenir enfant de Dieu ; parce qu’il a été appelé par Dieu, il apprend désormais à vivre comme un enfant d’obéissance.
Cette reprise de Lévitique manifeste une profonde continuité entre les deux Testaments. Le Dieu qui appelle l’Église est le Dieu qui avait appelé Israël. Sa sainteté n’a pas changé. Sa volonté d’avoir un peuple consacré à son nom n’a pas changé non plus. Pierre peut même reprendre plus loin le langage d’Exode 19 pour décrire l’Église comme un peuple sacerdotal et une nation sainte (1 Pierre 2.9). Les catégories de l’alliance ne disparaissent donc pas avec la venue du Christ : elles trouvent en lui leur accomplissement et leur plénitude.
Cette continuité ne signifie pourtant pas que toutes les prescriptions données à Israël sous l’administration mosaïque s’appliquent sans distinction à l’Église. Les sacrifices, le sacerdoce lévitique, les règles cérémonielles de pureté et l’organisation nationale d’Israël appartenaient à une économie qui annonçait le Christ et qui trouve en lui son accomplissement. Mais l’appel à appartenir au Dieu saint ne disparaît pas avec ces formes provisoires. Il est au contraire approfondi, parce que le croyant connaît désormais plus pleinement celui vers lequel elles orientaient.
La sainteté chrétienne n’est donc ni le maintien pur et simple de l’ordre mosaïque ni son abolition morale. Elle est la vie nouvelle du peuple de la nouvelle alliance, racheté par le Christ et conduit par l’Esprit. La continuité réside dans le Dieu de l’alliance, dans son exigence de sainteté et dans sa volonté d’avoir un peuple qui lui appartienne. La nouveauté réside dans l’accomplissement de la rédemption : ce peuple est désormais rassemblé autour du Christ crucifié et ressuscité, dont le sacrifice rend obsolète l’ancien système cérémoniel et dont l’Esprit inscrit l’obéissance dans les cœurs.
Pierre le montre immédiatement après son appel à la sainteté. Il rappelle aux croyants qu’ils ont été rachetés de leur vaine manière de vivre non par des biens périssables, mais par le sang précieux du Christ (1 Pierre 1.18–19). L’exhortation morale est ainsi encadrée par la grâce. Le Dieu qui exige la sainteté est aussi celui qui paie le prix de la rédemption. Le commandement n’est pas séparé de l’Évangile.
Voilà pourquoi la sainteté chrétienne ne peut être comprise comme une simple restauration de l’effort moral. Elle naît d’un événement accompli hors de nous : la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Elle devient ensuite une œuvre accomplie en nous : le renouvellement progressif par l’Esprit. Le salut possède donc une objectivité avant de produire une transformation subjective.
La sainteté ne nous sauve pas, mais le salut nous sanctifie
Cette articulation est indispensable pour éviter deux erreurs opposées.
La première consiste à faire de la sainteté la condition méritoire de notre acceptation devant Dieu. Dans cette perspective, le croyant chercherait à devenir suffisamment pur pour être finalement reconnu juste. L’Évangile est alors renversé. L’Écriture enseigne au contraire que la justification repose sur l’œuvre du Christ et que le pécheur reçoit par la foi une justice qui n’est pas produite par sa sanctification. Nos progrès, même réels, demeurent toujours imparfaits dans cette vie. Ils ne pourraient jamais supporter le poids du verdict divin.
La seconde erreur consiste à tirer de la justification gratuite la conclusion que la sainteté serait facultative. Puisque les œuvres ne nous justifient pas, elles n’auraient plus d’importance décisive. Mais cette conclusion sépare ce que Dieu unit. Le Christ ne pardonne pas au pécheur pour le laisser sous la domination du péché. Celui qu’il justifie, il le sanctifie aussi. La foi seule reçoit la justification, mais la foi qui reçoit Christ n’est jamais stérile.
C’est ici que la distinction réformée entre justification et sanctification protège à la fois la gratuité du salut et le sérieux de l’obéissance. La justification est le verdict de Dieu par lequel le pécheur est déclaré juste à cause du Christ. La sanctification est l’œuvre de Dieu par laquelle le croyant, uni au Christ, est progressivement renouvelé dans toute sa personne. Elles ne sont pas deux voies concurrentes vers Dieu. Elles sont deux bienfaits distincts d’un même salut.
La Confession de Westminster consacre précisément son chapitre XIII à la sanctification, tandis que le Catéchisme de Heidelberg, notamment dans sa troisième partie consacrée à la reconnaissance, situe les bonnes œuvres après la délivrance et non avant elle. Cet ordre n’est pas un détail de système. Il correspond au mouvement même de l’Évangile : Dieu délivre, puis il renouvelle ; il adopte, puis il enseigne à vivre comme ses enfants.
Il faut donc résister à une manière de parler qui opposerait grâce et sainteté. La grâce biblique n’est pas la permission de rester ce que nous étions. Elle est la faveur imméritée de Dieu qui pardonne et qui transforme. De même, la sainteté biblique n’est pas l’effort par lequel nous achetons la grâce. Elle est le fruit vivant de cette grâce.
Cela explique pourquoi le Nouveau Testament peut parler de la sainteté avec une très grande gravité. Hébreux 12.14 appelle les croyants à poursuivre la sanctification. Paul exhorte sans cesse les Églises à faire mourir ce qui appartient à l’ancien homme et à revêtir l’homme nouveau. Ces appels ne contredisent pas la justification par la foi seule. Ils montrent au contraire que la foi véritable nous unit à un Christ vivant.
La question chrétienne n’est donc pas : « Mes progrès dans la sainteté sont-ils suffisants pour que Dieu m’accepte ? » La réponse à cette question serait toujours angoissante, car notre sanctification reste inachevée. La vraie question est : « Puisque Dieu m’a reçu en Christ, comment sa grâce doit-elle maintenant transformer ma manière de vivre ? »
Cette différence change tout. Elle remplace la peur servile par la reconnaissance, sans diminuer l’exigence de l’obéissance. Elle détourne le regard de notre mérite, sans nous détourner du combat contre le péché. Elle permet de prendre la sainteté au sérieux précisément parce que le salut ne repose pas sur notre capacité à la produire.
Le croyant peut ainsi confesser simultanément deux vérités : toute son assurance repose en Jésus-Christ seul, et toute sa vie est appelée à être transformée à son image. Si l’une de ces affirmations disparaît, l’Évangile est mutilé. Sans la première, la sainteté devient légalisme. Sans la seconde, la grâce devient prétexte à l’antinomisme. Dans l’Écriture, elles demeurent unies : le Dieu qui justifie le pécheur est aussi le Dieu saint qui le prend pour lui et entreprend de le rendre conforme à son Fils.
Unis au Christ et renouvelés par l’Esprit
La sanctification chrétienne ne consiste pas seulement à recevoir de nouvelles règles. Elle découle de l’union au Christ. Paul peut dire que ceux qui appartiennent à Jésus-Christ sont morts au péché et appelés à marcher « en nouveauté de vie » (Romains 6.4). Cette mort au péché n’est pas l’affirmation que le croyant serait devenu incapable de pécher. Elle signifie qu’un changement de règne s’est produit : le péché demeure présent, mais il n’est plus le maître légitime de celui qui a été uni au Christ dans sa mort et sa résurrection.
C’est pourquoi le combat pour la sainteté n’est jamais indépendant de Jésus-Christ. Le croyant ne cherche pas à imiter un modèle lointain par ses seules forces. Il participe aux bienfaits du Christ vivant. Paul affirme même que Christ est devenu pour nous « sagesse, justice, sanctification et rédemption » (1 Corinthiens 1.30). Notre sainteté ne peut donc être séparée de celui en qui elle nous est donnée et par qui elle porte du fruit.
Cette œuvre se réalise par le Saint-Esprit. Il ne se contente pas de convaincre le pécheur de son besoin de pardon ; il renouvelle effectivement l’homme intérieur. Il fait mourir les œuvres du corps (Romains 8.13), produit son fruit dans la vie du croyant (Galates 5.22–23) et le transforme progressivement à l’image du Seigneur (2 Corinthiens 3.18).
La sanctification comporte ainsi une dimension déjà accomplie et une dimension encore en cours. Le croyant a été mis à part pour Dieu : il appartient réellement au peuple saint. Mais il doit encore devenir, dans sa conduite, ce qu’il est déjà par grâce dans son appartenance au Christ. Le Nouveau Testament peut donc appeler les chrétiens « saints » tout en leur adressant des exhortations pressantes à progresser dans la sainteté.
Cette tension explique l’expérience ordinaire de la vie chrétienne. Le croyant est véritablement renouvelé, mais il ne l’est pas encore parfaitement. Il peut constater des progrès réels tout en découvrant plus profondément la gravité du péché qui demeure en lui. La sanctification n’est donc ni une fiction juridique ni une perfection instantanée. Elle est une œuvre réelle, progressive, souvent combattue, toujours dépendante de la grâce.
Dieu accomplit cette œuvre par les moyens qu’il a lui-même institués. Jésus prie : « Sanctifie-les par ta vérité : ta parole est la vérité » (Jean 17.17). La Parole de Dieu éclaire l’intelligence, expose le péché, nourrit la foi et forme l’obéissance. La prière, la prédication, les sacrements et la communion de l’Église ne sont pas des accessoires de la sanctification : ils appartiennent à la manière ordinaire dont Dieu nourrit et fortifie son peuple.
Le croyant ne grandit donc pas dans la sainteté en se détachant de l’Évangile, comme s’il fallait commencer par la grâce puis passer à une seconde étape où tout dépendrait désormais de lui. Il demeure jusqu’au bout un homme qui vit de la grâce. Mais cette grâce le met au travail. Paul peut ainsi exhorter les croyants à mettre en œuvre leur salut tout en ajoutant aussitôt que c’est Dieu qui produit en eux le vouloir et le faire (Philippiens 2.12–13).
Une sainteté qui embrasse toute la vie
Pierre ne dit pas seulement : « soyez saints » dans quelques moments religieux. Il ajoute : « dans toute votre conduite » (1 Pierre 1.15). La sainteté ne peut donc être confinée au culte du dimanche, à la prière personnelle ou à certaines pratiques pieuses.
Elle concerne le corps, parce que le corps appartient au Seigneur. Elle concerne la sexualité, parce que l’Écriture refuse de séparer le désir de la volonté de Dieu. Elle concerne l’argent, le travail, la parole, les choix professionnels, les relations familiales, la fidélité aux engagements, l’usage du pouvoir, la justice envers les faibles, le pardon, la vérité et la manière de traiter celui qui nous offense.
En cela, le Nouveau Testament rejoint profondément Lévitique 19. La sainteté de Dieu y produit une éthique concrète. Elle ne se réduit jamais à une disposition intérieure invisible. Celui qui appartient au Dieu saint apprend à laisser cette appartenance réordonner ses habitudes, ses priorités et ses relations.
Mais cette vie sainte n’est pas une fuite hors du monde. Jésus ne demande pas au Père d’ôter ses disciples du monde, mais de les garder du mal et de les sanctifier dans la vérité (Jean 17.15–17). La sainteté chrétienne n’est donc pas l’isolement orgueilleux de ceux qui se croient supérieurs. Elle est une consécration qui permet de vivre au milieu des autres sans recevoir du monde ses critères ultimes.
Elle comporte nécessairement une dimension ecclésiale. Le croyant n’est pas sanctifié comme un individu isolé. Il appartient à un peuple que Dieu forme, corrige, nourrit et édifie. Les commandements du Nouveau Testament supposent constamment cette vie commune : porter les fardeaux les uns des autres, pardonner, exhorter, servir, supporter, encourager, pratiquer l’hospitalité, rechercher la paix. Une sainteté qui ne supporterait pas la proximité des frères deviendrait vite une spiritualité imaginaire.
Elle comporte aussi une dimension missionnaire. Pierre relie la conduite sainte au témoignage rendu parmi les nations (1 Pierre 2.11–12). L’Église ne proclame pas seulement par ses paroles que Dieu est saint et qu’il sauve ; elle est appelée à rendre visible, avec toutes ses imperfections, quelque chose de la puissance transformatrice de cet Évangile.
Appelés à refléter le Dieu saint
« Vous serez saints, car je suis saint. » Cette parole ne place donc pas le croyant devant une alternative entre grâce et obéissance. Elle révèle au contraire leur ordre véritable.
Tout commence en Dieu : il est saint. Il appelle un peuple à lui appartenir. Il accomplit en Jésus-Christ la rédemption que ce peuple ne pouvait accomplir pour lui-même. Il justifie gratuitement le pécheur qui croit. Il lui donne son Esprit. Puis il entreprend de conformer progressivement sa vie à la sainteté de celui auquel il appartient.
La sainteté n’est ainsi ni le prix du salut ni un supplément facultatif au salut. Elle est l’un des fruits nécessaires de l’union au Christ. Elle ne fonde jamais notre assurance devant Dieu, mais elle témoigne de l’œuvre de Dieu en nous. Elle demeure imparfaite dans cette vie, mais elle n’est pas irréelle.
Cela donne au croyant une double attitude. D’un côté, il refuse de placer sa confiance dans ses progrès spirituels. Même au terme d’une vie de fidélité, son unique justice devant Dieu demeure Jésus-Christ. De l’autre, il refuse de faire de la grâce une excuse pour conserver volontairement ce que Dieu condamne. Celui qui connaît le Dieu saint désire apprendre à lui ressembler.
Cette vocation possède enfin une dimension d’espérance. La sanctification présente n’est pas le dernier mot. Ce que Dieu commence maintenant, il l’achèvera. Jean écrit que lorsque Christ paraîtra, « nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est », puis il ajoute : « Quiconque a cette espérance en lui se purifie, comme lui-même est pur » (1 Jean 3.2–3).
L’espérance future nourrit donc la sainteté présente. Le chrétien combat le péché non parce qu’il imagine pouvoir atteindre par lui-même une perfection terrestre, mais parce que Dieu l’a destiné à être finalement conforme à l’image de son Fils.
La vocation à la sainteté est ainsi, du commencement à la fin, une vocation de grâce. Le Dieu saint appelle. Le Christ rachète. L’Esprit sanctifie. L’Église accompagne. Le croyant combat, obéit, tombe parfois, se relève par la repentance et poursuit sa course. Et au terme, toute la gloire revient à celui qui n’a pas seulement dit : « Soyez saints », mais qui a entrepris de faire de son peuple un peuple réellement saint, pour la louange de sa grâce.
Annexes
Textes bibliques principaux : Exode 19.5–6 ; Lévitique 11.44–45 ; 19.2, 18 ; 20.7–8 ; Jean 17.15–17 ; Romains 6.1–14 ; 1 Corinthiens 1.30 ; Hébreux 12.14 ; 1 Pierre 1.13–19 ; 2.9–12 ; 1 Jean 3.2–3.
Bibliographie sommaire
La Bible, passages cités dans l’article ; Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, livre III ; Confession de foi de Westminster, chapitres XI, XIII et XVI ; Catéchisme de Heidelberg, troisième partie « De la reconnaissance », questions 86–129.
Pour aller plus loin
Vaincre le mal sans lui ressembler
Le bon larron : la grâce seule au pied de la croix
Le puritanisme – une réforme de l’Église, de l’âme et de la vie

Laisser un commentaire