Le cri du juste souffrant

Psaume 22 : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu laissé ?

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Le contraste entre l’ombre et la lumière tra­duit la ten­sion cen­trale du Psaume 22 : la détresse extrême du juste et la confiance per­sis­tante en Dieu. L’image évoque ain­si la souf­france du Mes­sie annon­cée dans les psaumes et accom­plie dans la Pas­sion du Christ.

Le Psaume 22 est un psaume de lamen­ta­tion attri­bué à David, où le juste crie vers Dieu au cœur de la détresse. Il décrit une souf­france pro­fonde, mar­quée par l’abandon appa­rent et la moque­rie des enne­mis. Dans la lec­ture chré­tienne, ce psaume éclaire de manière sai­sis­sante la Pas­sion du Christ, qui en reprend les pre­miers mots sur la croix. Dans le Psau­tier de Genève, il est chan­té comme l’un des grands psaumes de la Pas­sion. Il conduit fina­le­ment de la souf­france à la louange, annon­çant la vic­toire de Dieu et la pro­cla­ma­tion de son salut aux nations.


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Paroles

  1. Mon Dieu, mon Dieu, pour­quoi m’as-tu lais­sé
    Sans ton secours, quand je suis oppres­sé,
    Loin de ta face, hélas, quand j’ai pous­sé
    Ma triste plainte ?
    Le jour, ô Dieu, je t’invoque avec crainte,
    Sans qu’à mes cris réponde ta voix sainte ;
    Même la nuit, je gémis sous l’étreinte
    De la dou­leur.
  2. Tu es pour­tant le Saint et la splen­deur
    Qu’Is­raël loue, et qui fais son bon­heur.
    Il te plut là qu’on chan­tât ton hon­neur,
    Ta gloire immense.
    Nos pères ont en Toi eu confiance,
    Ils ont sur Toi fon­dé leur assu­rance,
    Et tu leur as don­né la déli­vrance
    Par ta bon­té.
  3. Ils implo­raient, leur far­deau fut ôté ;
    Ils espé­raient en ta fidé­li­té,
    Ils ont reçu, loin d’être rebu­tés,
    Ta grâce prompte.
    Et moi, je suis un ver que tout sur­monte,
    Bien moins qu’un homme, et des hommes la honte ;
    Le peuple croit tout ce quʼon lui raconte
    Sur moi déjà.
  4. Qui­conque voit à quel point tu m’a­bats
    Vient se moquer et ne s’en cache pas ;
    Ils font la moue et, de haut et de bas,
    Hochent la tête.
    « Ah ! disent-ils, il cherche sa retraite
    Auprès de Dieu, il lui fait sa requête ;
    Que Dieu lui donne une san­té par­faite
    S’il l’aime tant ! »
  5. Tu m’as tiré de ma mère pour­tant,
    Et m’as rem­pli d’es­poir en me met­tant
    Sur sa poi­trine ; ain­si j’eus à l’ins­tant
    Une nour­rice.
    Je vis le jour ; ta sainte main tutrice
    Me recueillit, sor­tant de la matrice ;
    Tu me prou­vas être mon Dieu pro­pice
    Quand je suis né.
  6. Ne te tiens pas de moi si éloi­gné
    Quand le péril de si près m’a cer­né,
    Sans que per­sonne ait vou­lu me don­ner
    Secours ou grâce.
    De forts tau­reaux m’en­tourent et menacent ;
    Tau­reaux puis­sants de Basan, terre grasse,
    Pour m’as­sié­ger m’ont sui­vi à la trace
    En me pres­sant.
  7. Ils rôdent comme un lion mena­çant
    Après sa proie en fureur rugis­sant,
    Gueule sur moi sans abri lan­guis­sant
    Ouverte toute.
    Je suis pareil au tis­su qu’on égoutte ;
    Mes membres ont leurs join­tures dis­soutes ;
    Comme la cire en moi fond goutte à goutte
    Mon coeur fâché.
  8. Mon corps comme la tuile est assé­ché ;
    J’ai le palais à la langue atta­ché ;
    Proche est la tombe où tu veux me cou­cher,
    Réduit en cendre.
    Déjà les chiens m’en­cerclent pour me prendre,
    Des cri­mi­nels je ne peux me défendre
    Ils sont venus pour trans­per­cer, pour fendre
    Mes pieds, mes mains.
  9. Je peux comp­ter mes os secs et mal­sains
    Au grand plai­sir des cruels inhu­mains
    Qui n’ont pour moi que des regards hau­tains,
    Et des cri­tiques.
    Sol­dant mon bien sur la place publique,
    Ils se sont dit : reste encor la tunique ; *
    Jetons les dés, que le sort nous indique.
    Qui donc l’au­ra.
  10. Mais Toi, Sei­gneur, Toi, ne t’é­loigne pas,
    Tu es ma force et ton secours vien­dra.
    Oui, viens encor me prendre entre tes bras *
    Qui me ras­surent.
    Défends mon âme en ces heures si dures
    Contre l’é­pée et toutes ses bles­sures,
    Contre le chien, les griffes, les mor­sures
    De l’en­ra­gé.
  11. Toi qui peux seul répondre à l’af­fli­gé,
    Délivre-moi, reviens me pro­té­ger ;
    Buffles, lions me tiennent assié­gé,
    Bêtes cruelles.
    J’an­non­ce­rai à mes frères fidèles
    Ton Nom très haut, tes ver­tus immor­telles
    Dans l’as­sem­blée où ta louange est belle,
    Par­lant ain­si :
  12. Vous tous croyants, louez donc Dieu ici,
    Fils de Jacob, louez son nom aus­si ;
    Vous tous, enfants d’Is­raël, don­nez-lui
    Votre âme entière.
    Car il entend lʼhomme dans la misère
    Et, l’é­clai­rant de sa vive lumière,
    Il a mon­tré sa bon­té sin­gu­lière
    En sa faveur.
  13. Devant ton bon peuple amas­sé, Sei­gneur,
    J’i­rai chan­ter un hymne en ton hon­neur
    Et m’ac­quit­ter des voeux que fit mon coeur
    Dans la détresse
    Le pauvre vient man­ger avec lar­gesse
    Et, cher­chant Dieu, le béni­ra sans cesse ;
    Vous qui n’a­vez d’es­poir qu’en sa pro­messe,
    Vos coeurs vivront.
  14. En y pen­sant, tous se conver­ti­ront,
    Ils revien­dront à Dieu, le ser­vi­ront,
    De tous pays il se pros­ter­ne­ront,
    En ta pré­sence
    Car ils sau­ront qu’à ta Divine essence
    Seule appar­tient règne et magni­fi­cence.
    Tu es des coeurs humains par excel­lence
    Vrai conqué­rant.
  15. Avec le riche et les gens de haut rang,
    On pour­ra voir le malade accou­rant ;
    Tous les mor­tels qui sans Toi sont néant
    Te ren­dront gloire.
    Puis leurs enfants prêt à ser­vir, à croire
    S’in­cli­ne­ront, et en tout ter­ri­toire
    De père en fils il sera fait mémoire
    Du Tout-Puis­sant.
  16. Dans ce royaume à jamais flo­ris­sant
    On vien­dra dire à chaque enfant nais­sant
    Ce que Dieu fit pour l’homme en agis­sant
    Dans son his­toire.

Les Psaumes de David. Clé­ment Marot. Adap­ta­tion en fran­çais actuel par Marc-Fran­çois Gonin. ISBN 2–911069-29–3. Édi­tions VIDA. 1998. Repro­duit avec per­mis­sion.


Psautier de Genève

Place du psaume dans le Psau­tier de Genève
Le Psaume 22 appar­tient au pre­mier livre du Psau­tier (Psaumes 1–41). Dans le Psau­tier de Genève du XVIᵉ siècle, il a été ver­si­fié prin­ci­pa­le­ment par Clé­ment Marot et Théo­dore de Bèze et mis en musique dans la tra­di­tion réfor­mée pour le chant d’assemblée. Il est chan­té depuis la Réforme comme un psaume majeur de la Pas­sion, car Jésus lui-même en cite l’ouverture sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pour­quoi m’as-tu aban­don­né ? » (Mat­thieu 27.46).

Genre du psaume
Il s’agit d’un psaume de lamen­ta­tion indi­vi­duelle qui se trans­forme pro­gres­si­ve­ment en psaume de confiance et de louange. La pre­mière par­tie exprime la détresse extrême du fidèle per­sé­cu­té, entou­ré d’ennemis et expo­sé à la moque­rie. La seconde par­tie s’ouvre vers l’espérance : Dieu inter­vient, délivre et la louange s’étend fina­le­ment à toute l’assemblée et même aux nations.

Théo­lo­gie du psaume
Le Psaume 22 met en lumière le mys­tère du juste souf­frant. Dans l’Ancien Tes­ta­ment, il exprime la prière d’un fidèle per­sé­cu­té qui se tourne vers Dieu mal­gré l’apparente absence de secours. Dans la lec­ture chré­tienne, ce psaume devient une pro­phé­tie sai­sis­sante de la Pas­sion du Christ : les moque­ries des enne­mis, le par­tage des vête­ments, la souf­france du juste et fina­le­ment la pro­cla­ma­tion de la vic­toire de Dieu. La théo­lo­gie réfor­mée y voit un témoi­gnage remar­quable de l’unité de l’Écriture : les souf­frances du Mes­sie annon­cées dans les psaumes trouvent leur accom­plis­se­ment dans la croix, et la déli­vrance finale annonce la résur­rec­tion et l’extension du salut aux nations.

Musique ori­gi­nale
Dans le Psau­tier de Genève, la mélo­die du Psaume 22 appar­tient au réper­toire clas­sique du chant réfor­mé du XVIᵉ siècle. Elle est sobre, syl­la­bique et conçue pour le chant d’assemblée, sans effet émo­tion­nel exces­sif. Comme dans l’ensemble du Psau­tier gene­vois, la musique sert avant tout la pro­cla­ma­tion du texte biblique afin que toute l’Église puisse chan­ter la Parole de Dieu ensemble.


Exégèse

Psaumes 22:1–32 NVS78P [1] Au chef de chœur. Sur « Biche de l’au­rore ». Psaume de David. [2] Mon Dieu ! mon Dieu ! pour­quoi m’as-tu aban­don­né ? Mes paroles plain­tives sont loin de me pro­cu­rer le salut. [3] Mon Dieu ! je crie le jour, et tu ne réponds pas ; La nuit, et je ne garde pas le silence. [4] Pour­tant tu es le Saint, Tu sièges au milieu des louanges d’Is­raël. [5] En toi se confiaient nos pères ; Ils se confiaient, et tu les déli­vrais. [6] Ils criaient à toi et ils échap­paient ; Ils se confiaient en toi et ils n’é­taient pas dans la honte. [7] Et moi, je suis un ver et non un homme, Le déshon­neur des humains et le mépri­sé du peuple. [8] Tous ceux qui me voient se moquent de moi, Ils ouvrent les lèvres, hochent la tête : [9] Remets (ton sort à l’É­ter­nel ! L’É­ter­nel le libé­re­ra, Il le déli­vre­ra, puis­qu’il l’aime ! [10] Oui, tu m’as tiré du ventre mater­nel, Tu m’as confié aux seins de ma mère ; [11] Sur toi, j’ai été jeté dès les entrailles mater­nelles, Dès le ventre de ma mère tu as été mon Dieu. [12] Ne t’é­loigne pas de moi quand la détresse est proche, Quand per­sonne ne vient à mon secours ! [13] De nom­breux tau­reaux m’en­tourent, Des tau­reaux de Basan m’en­vi­ronnent. [14] Ils ouvrent contre moi leur gueule, Comme un lion qui déchire et rugit. [15] Je suis comme de l’eau qui s’é­coule, Et tous mes os se dis­loquent ; Mon cœur est comme de la cire, Il se fond au milieu de mes entrailles. [16] Ma force se des­sèche comme l’ar­gile, Et ma langue s’at­tache à mon palais ; Tu me réduis à la pous­sière de la mort. [17] Car des chiens m’en­tourent, Une bande de scé­lé­rats rôdent autour de moi, Ils ont per­cé mes mains et mes pieds. [18] Je compte tous mes os. Eux, ils observent, ils arrêtent leurs regards sur moi ; [19] Ils se par­tagent mes vête­ments, Ils tirent au sort ma tunique. [20] Et toi, Éter­nel, ne t’é­loigne pas ! Toi qui es ma force, viens en hâte à mon secours ! [21] Délivre mon âme de l’é­pée, Ma vie du pou­voir des chiens ! [22] Sauve-moi de la gueule du lion, Et des cornes du buffle ! Tu m’as répon­du ! [23] Je publie­rai ton nom par­mi mes frères, Je te loue­rai au milieu de l’as­sem­blée. [24] Vous qui crai­gnez l’É­ter­nel, louez-le ! Vous, toute la des­cen­dance de Jacob, glo­ri­fiez-le ! Trem­blez devant lui, vous, toute la des­cen­dance d’Is­raël ! [25] Car il n’a ni mépris ni dédain pour les peines du mal­heu­reux, Et il ne lui cache pas sa face ; Mais il l’é­coute quand il crie à lui. [26] Tu seras dans la grande assem­blée la cause de mes louanges ; J’ac­com­pli­rai mes vœux en pré­sence de ceux qui te craignent. [27] Les humbles man­ge­ront et se ras­sa­sie­ront, Ils loue­ront l’É­ter­nel, ceux qui le cherchent. Que votre cœur vive à tou­jours ! [28] Toutes les extré­mi­tés de la terre se sou­vien­dront de l’É­ter­nel et se tour­ne­ront vers lui ; Toutes les familles des nations se pros­ter­ne­ront devant sa face. [29] Car le règne est à l’É­ter­nel, Il domine sur les nations. [30] Tous les puis­sants de la terre man­ge­ront et se pros­ter­ne­ront aus­si ; Devant lui plie­ront tous ceux qui des­cendent dans la pous­sière, Ceux qui ne peuvent conser­ver leur vie. [31] La pos­té­ri­té lui ren­dra un culte ; On par­le­ra du Sei­gneur à la géné­ra­tion (future). [32] On vien­dra annon­cer sa jus­tice Au peuple qui naî­tra, car (l’É­ter­nel) a agi.


  1. Brève intro­duc­tion pour situer le texte dans son contexte

Le Psaume 22 est l’un des psaumes les plus frap­pants du Psau­tier. Attri­bué à David, il com­mence par un cri de détresse extrême et se ter­mine par une pro­cla­ma­tion de louange uni­ver­selle. La tra­di­tion chré­tienne y a très tôt recon­nu une pro­phé­tie de la Pas­sion du Christ, car plu­sieurs élé­ments cor­res­pondent pré­ci­sé­ment aux récits évan­gé­liques de la cru­ci­fixion. Jésus lui-même cite le pre­mier ver­set sur la croix (Mt 27.46 ; Mc 15.34). Ce psaume illustre la dyna­mique typique des psaumes de lamen­ta­tion : la plainte, la confiance en Dieu, puis la louange.

  1. Exé­gèse détaillée à par­tir de l’hébreu

Le titre men­tionne : « Au chef de chœur. Sur “Biche de l’aurore” ». L’expression hébraïque אַיֶּלֶת הַשַּׁחַר (ʾayye­leṯ hašaḥar) désigne pro­ba­ble­ment une mélo­die connue à l’époque. Elle peut évo­quer l’aube après la nuit, ce qui cor­res­pond à la struc­ture du psaume : la souf­france puis la déli­vrance.

Ver­set 2
« Mon Dieu, mon Dieu, pour­quoi m’as-tu aban­don­né ? »

En hébreu : אֵלִי אֵלִי לָמָה עֲזַבְתָּנִי (ʾēlî ʾēlî lamāh ʿazavtā­nî).
Le verbe עָזַב (ʿāzav) signi­fie aban­don­ner, délais­ser. Ce cri exprime l’expérience d’une absence appa­rente de Dieu. Dans la Pas­sion, Jésus reprend ces paroles pour expri­mer la pro­fon­deur de son humi­lia­tion.

Ver­sets 4–6
Le psal­miste rap­pelle la fidé­li­té his­to­rique de Dieu : les pères d’Israël ont crié à Dieu et ont été déli­vrés. Cette mémoire de l’alliance nour­rit l’espérance.

Ver­set 7
« Je suis un ver et non un homme »

Le mot תּוֹלַעַת (tôlaʿat) signi­fie ver ou larve. L’image exprime l’humiliation totale et la perte d’honneur social.

Ver­sets 8–9
Les enne­mis se moquent et secouent la tête. Le verbe hébreu נוּעַ (nûaʿ) signi­fie hocher la tête avec mépris. Les Évan­giles reprennent cette scène lors de la cru­ci­fixion (Mt 27.39).

Ver­sets 13–14
Les enne­mis sont com­pa­rés à des tau­reaux de Basan. Basan était une région répu­tée pour son bétail puis­sant. L’image évoque des adver­saires redou­tables.

Ver­sets 15–16
La des­crip­tion phy­sique est remar­quable :

« Je suis comme de l’eau qui s’écoule »
« Mon cœur est comme de la cire »

Ces images tra­duisent l’épuisement et la dis­so­lu­tion des forces vitales.

Ver­set 17
« Ils ont per­cé mes mains et mes pieds »

Le texte hébreu mas­so­ré­tique contient une dif­fi­cul­té tex­tuelle. Plu­sieurs manus­crits anciens, dont la Sep­tante, tra­duisent « ils ont per­cé ». Cette lec­ture cor­res­pond à la com­pré­hen­sion chré­tienne tra­di­tion­nelle et s’accorde avec les récits de la cru­ci­fixion.

Ver­set 18
« Je compte tous mes os »

L’image sug­gère un corps éma­cié et expo­sé à la vue des enne­mis.

Ver­set 19
« Ils se par­tagent mes vête­ments »

Ce ver­set cor­res­pond direc­te­ment à l’action des sol­dats romains au pied de la croix (Jn 19.24).

Ver­sets 20–22
Le psal­miste implore la déli­vrance face à la mort.

Ver­sets 23–32
La seconde moi­tié du psaume change radi­ca­le­ment de ton. La déli­vrance entraîne une louange publique et uni­ver­selle.

« Je publie­rai ton nom par­mi mes frères »

L’expression annonce une pro­cla­ma­tion dans l’assemblée. L’épître aux Hébreux applique ce ver­set au Christ res­sus­ci­té (He 2.12).

Ver­sets 28–29
« Toutes les extré­mi­tés de la terre se sou­vien­dront de l’Éternel »

La pers­pec­tive devient mis­sion­naire et uni­ver­selle : toutes les nations recon­naî­tront le règne de Dieu.

  1. Expli­ca­tion du sens des mots impor­tants

Aban­don­ner – עָזַב (ʿāzav)
Délais­ser, lais­ser seul dans la détresse.

Ver – תּוֹלַעַת (tôlaʿat)
Image d’extrême humi­lia­tion.

Tau­reaux de Basan
Méta­phore d’ennemis puis­sants et vio­lents.

Per­cer les mains et les pieds
Image d’une vio­lence extrême, inter­pré­tée par les chré­tiens comme une annonce de la cru­ci­fixion.

Assem­blée – קָהָל (qāhāl)
Com­mu­nau­té du peuple de Dieu réunie pour le culte.

  1. Cita­tions des Pères de l’Église

Jus­tin Mar­tyr consi­dère ce psaume comme une pro­phé­tie expli­cite de la cru­ci­fixion :

« Dans le psaume, David annonce que les enne­mis du Christ se par­ta­ge­raient ses vête­ments et tire­raient au sort sa tunique. »
Jus­tin Mar­tyr, Dia­logue avec Try­phon, chap. 97.

Augus­tin voit dans ce psaume la voix du Christ lui-même :

« Ce psaume parle au nom du Christ. Il est la tête et nous sommes son corps ; ain­si sa plainte devient aus­si la nôtre. »
Augus­tin, Enar­ra­tiones in Psal­mos, Psaume 21 (numé­ro­ta­tion latine).

  1. Cita­tions des Réfor­ma­teurs

Jean Cal­vin explique que David parle ici d’une souf­france qui dépasse sa propre expé­rience :

« Bien que David parle de ses propres afflic­tions, il est évident que l’Esprit le conduit à décrire les souf­frances du Christ. »
Jean Cal­vin, Com­men­taire sur les Psaumes, Psaume 22.

Cal­vin sou­ligne aus­si la struc­ture du psaume :

« La plainte est trans­for­mée en louange, afin de mon­trer que Dieu ne délaisse jamais fina­le­ment les siens. »

  1. Cita­tions de théo­lo­giens réfor­més confes­sants contem­po­rains

Her­man Bavinck sou­ligne le carac­tère mes­sia­nique du psaume :

« Le Psaume 22 décrit la souf­france du juste d’une manière si pro­fonde qu’elle trouve son accom­plis­se­ment ultime dans la Pas­sion du Christ. »
Her­man Bavinck, Refor­med Dog­ma­tics, vol. 3, Baker Aca­de­mic, 2006, p. 299 (tra­duit de l’anglais).

  1. Apports de l’archéologie biblique

Les décou­vertes de Qum­rân ont confir­mé l’existence de variantes anciennes du texte du Psaume 22. Cer­taines ver­sions sou­tiennent la tra­duc­tion « ils ont per­cé mes mains et mes pieds », ce qui montre que cette lec­ture était connue dans l’Antiquité. Les pra­tiques romaines de cru­ci­fixion, attes­tées par l’archéologie et les sources his­to­riques, cor­res­pondent à la des­crip­tion de souf­france cor­po­relle évo­quée dans ce psaume.

  1. Impli­ca­tions pour la théo­lo­gie de l’alliance

Le Psaume 22 montre que la souf­france du juste n’est pas incom­pa­tible avec la fidé­li­té de Dieu. Dans la pers­pec­tive de l’alliance, le peuple de Dieu peut tra­ver­ser l’épreuve tout en res­tant atta­ché à la pro­messe divine.

Dans la lec­ture chré­tienne, ce psaume trouve son accom­plis­se­ment en Jésus-Christ. Il est le juste par­fait qui souffre pour son peuple. Par sa Pas­sion, il assume la détresse humaine et ouvre la voie à la déli­vrance. La seconde par­tie du psaume annonce déjà les fruits de cette œuvre : la louange dans l’assemblée et l’adoration de Dieu par toutes les nations. Ain­si, la souf­france du Ser­vi­teur conduit à l’expansion uni­ver­selle de l’alliance et au salut du peuple de Dieu.


Outils pédagogiques – Psaume 22

Ques­tions pour lire le texte ensemble

  1. Le psaume com­mence par un cri d’abandon : « Mon Dieu, mon Dieu, pour­quoi m’as-tu aban­don­né ? » Que révèle cette parole sur la rela­tion du croyant avec Dieu au cœur de l’épreuve ?
  2. Le psal­miste décrit des enne­mis qui se moquent de lui et le méprisent. Com­ment ces images éclairent-elles les récits de la Pas­sion dans les Évan­giles ?
  3. À par­tir du ver­set 23, le psaume change de ton et devient une pro­cla­ma­tion de louange. Pour­quoi cette tran­si­tion est-elle impor­tante pour com­prendre le mes­sage du psaume ?
  4. Le psaume se ter­mine par l’annonce que toutes les nations recon­naî­tront l’œuvre de Dieu. Com­ment ce pas­sage annonce-t-il l’universalité du salut en Jésus-Christ ?

Ques­tion de dis­cer­ne­ment (ana­lyse des pré­sup­po­sés)

Notre époque consi­dère sou­vent que la souf­france prouve l’absence de Dieu ou l’inutilité de la foi. Le Psaume 22 affirme au contraire que le croyant peut crier vers Dieu même dans la détresse extrême. Quelles visions du monde oppo­sées se cachent der­rière ces deux manières d’interpréter la souf­france ?

Repères bibliques et confes­sion­nels

Dans les Évan­giles, Jésus reprend la pre­mière phrase du Psaume 22 sur la croix (Mat­thieu 27.46 ; Marc 15.34). Les pre­miers chré­tiens ont recon­nu dans ce psaume une annonce pro­phé­tique de la Pas­sion : moque­ries des enne­mis, par­tage des vête­ments et souf­france du juste.

Jean Cal­vin sou­ligne dans son com­men­taire sur les Psaumes que ce texte décrit une détresse réelle vécue par David, mais qu’il trouve son accom­plis­se­ment par­fait dans le Christ, le véri­table juste per­sé­cu­té. La lec­ture chré­tienne du psaume repose ain­si sur l’unité de l’Écriture et sur la convic­tion que les psaumes annoncent le Mes­sie.

Piste pour un tra­vail en groupe

Lire le Psaume 22 en deux par­ties :
d’abord les ver­sets 1–22 (la détresse du juste), puis les ver­sets 23–32 (la louange et la vic­toire). Dis­cu­ter ensuite de cette ques­tion : com­ment la foi per­met-elle de pas­ser du cri de détresse à la pro­cla­ma­tion de l’espérance ?

Prière finale

Sei­gneur notre Dieu,
dans nos moments de détresse nous crions vers toi comme le psal­miste.
Apprends-nous à nous confier en ta fidé­li­té même lorsque nous ne com­pre­nons pas tes voies.
Nous te ren­dons grâce pour Jésus-Christ, le juste souf­frant,
qui a por­té notre péché et qui nous ouvre l’espérance de la vie nou­velle.
Amen.

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