Sainte Cène


La Sainte Cène n’est pas un simple appen­dice du culte. Elle en est l’un des som­mets. Toute la théo­lo­gie de l’Église et du salut s’y concentre : alliance, sacri­fice du Christ, com­mu­nion ecclé­siale, espé­rance du Royaume.


Choix de textes ⬇️


Dans la concep­tion réfor­mée, héri­tée notam­ment de Jean Cal­vin, la Cène n’est ni une répé­ti­tion du sacri­fice du Christ, ni un simple mémo­rial sym­bo­lique. Elle est un sacre­ment : un signe et un sceau des pro­messes de Dieu.

La Sainte Cène en théo­lo­gie réformée

Cal­vin refuse à la fois la trans­sub­stan­tia­tion médié­vale et le réduc­tion­nisme mémo­ria­liste. Il affirme une pré­sence réelle du Christ — mais une pré­sence spi­ri­tuelle. Le Christ, selon son huma­ni­té, demeure au ciel ; pour­tant, par l’action du Saint-Esprit, il se donne véri­ta­ble­ment aux croyants dans le repas. Il ne s’agit pas d’une pré­sence phy­sique locale, mais d’une com­mu­nion réelle à sa personne.

Réduire la Cène à une com­mé­mo­ra­tion psy­cho­lo­gique — « nous nous sou­ve­nons » — appau­vrit radi­ca­le­ment sa por­tée. L’Écriture dit : « La coupe de béné­dic­tion que nous bénis­sons, n’est-elle pas la com­mu­nion au sang du Christ ? » (1 Corin­thiens 10.16). Il y a plus qu’un sou­ve­nir : il y a participation.


Dire sim­ple­ment les paroles d’institution (« Ceci est mon corps… ») ne suf­fit pas à rendre compte de la richesse litur­gique reçue dans la tra­di­tion réfor­mée. La Cène n’est pas une for­mule magique déclen­chée par une phrase. Elle est une action sacra­men­telle com­plète, struc­tu­rée et théo­lo­gi­que­ment dense.

L’action de grâce y tient une place cen­trale. Le terme même d’« eucha­ris­tie » signi­fie action de grâce. Nous ren­dons grâce pour l’œuvre accom­plie une fois pour toutes. La recon­nais­sance n’est pas un sup­plé­ment ; elle est consti­tu­tive du repas de l’alliance.

L’épiclèse — invo­ca­tion du Saint-Esprit — est éga­le­ment essen­tielle. Sans l’Esprit, le pain reste pain et le vin reste vin au niveau de leur usage spi­ri­tuel. C’est l’Esprit qui unit les croyants au Christ glo­ri­fié. La Cène n’est donc pas auto­ma­tique ; elle est un acte de foi sus­ci­té et nour­ri par l’Esprit.

Négli­ger ces élé­ments n’est pas ano­din. Sup­pri­mer l’action de grâce affai­blit la dimen­sion doxo­lo­gique. Omettre l’épiclèse appau­vrit la pneu­ma­to­lo­gie. Réduire la litur­gie à un mini­mum tech­nique risque d’exprimer, sans le vou­loir, une théo­lo­gie amoindrie.

Il faut aus­si rap­pe­ler que la Cène est ecclé­siale. « Nous qui sommes plu­sieurs, nous sommes un seul corps » (1 Corin­thiens 10.17). Elle mani­feste l’unité visible de l’Église. Elle sup­pose une dis­ci­pline, une pré­pa­ra­tion, un discernement.

His­to­ri­que­ment, la tra­di­tion chré­tienne a connu des formes plus déve­lop­pées de prière eucha­ris­tique, dont cer­taines très anciennes, comme celle attri­buée à Hip­po­lyte de Rome. La Réforme n’a pas reje­té toute richesse litur­gique ; elle a puri­fié et recen­tré la célé­bra­tion sur la Parole et la foi.

C’est pour­quoi, sur cette page, les litur­gies de la Cène sont clas­sées selon les temps liturgiques :

  • Temps ordi­naire
  • Avent
  • Noël
  • Carême
  • Pas­sion
  • Pâques

Chaque temps met en lumière un aspect par­ti­cu­lier du mys­tère du Christ : attente, incar­na­tion, humi­lia­tion, pas­sion, résur­rec­tion. La Cène n’est jamais hors du temps du salut ; elle en est la pro­cla­ma­tion visible.


Deux types de for­mu­laires sont proposés :

Une ver­sion courte, ins­pi­rée des formes anciennes et sobres, adap­tée à des contextes où la conci­sion est nécessaire.

Des ver­sions plus déve­lop­pées, inté­grant davan­tage de prière d’action de grâce, de rap­pel de l’histoire du salut et d’épiclèse explicite.

La briè­ve­té peut être légi­time. Mais elle ne doit pas deve­nir un appau­vris­se­ment sys­té­ma­tique. La ques­tion à se poser est théo­lo­gique : que dit notre litur­gie de ce que nous croyons ?


Car en défi­ni­tive, la Sainte Cène est un concen­tré de théologie :

Chris­to­lo­gie — qui est le Christ et où il se trouve.

Pneu­ma­to­lo­gie — com­ment il se donne à nous.

Ecclé­sio­lo­gie — qui est l’Église et com­ment elle vit son unité.

Soté­rio­lo­gie — com­ment le salut est appliqué.

Escha­to­lo­gie — anti­ci­pa­tion du fes­tin à venir.


Célé­brer la Cène avec fidé­li­té, pro­fon­deur et sobrié­té n’est pas une ques­tion d’esthétique litur­gique. C’est confes­ser, par des gestes et des paroles, la foi réfor­mée confes­sante dans toute sa cohérence.