Le Psaume 36 est un psaume de discernement et de confiance qui met en contraste radical la logique intérieure du méchant et l’infinie bienveillance de Dieu. Il relève à la fois du psaume sapientiel et du psaume de confiance : il analyse le mal avec lucidité, puis conduit le croyant à la contemplation de la fidélité divine comme fondement de la vie.
Dans le Psautier de Genève, ce psaume est utilisé comme chant de confession réaliste et d’assurance spirituelle. Il aide l’assemblée à nommer le péché sans illusion, tout en l’amenant à se réfugier dans la grâce et la protection de Dieu. Sa place liturgique est particulièrement pertinente dans des cultes marqués par la repentance, la recherche de discernement ou l’affermissement de la foi.
Sur le plan de la théologie de l’alliance, le Psaume 36 affirme que la vraie vie ne repose ni sur la sagesse humaine ni sur la justice apparente, mais sur la fidélité inébranlable de Dieu. L’alliance y est présentée comme refuge, nourriture et lumière : Dieu est la source de la vie, et c’est dans sa lumière que le peuple de l’alliance reçoit la capacité de voir juste et de marcher droit.
Audio
Paroles (Marot / Bèze)
1. Ô Seigneur, ta fidélité
Remplit les cieux et ta bonté
Dépasse toute cime.
Ta justice est pareille aux monts,
Tes jugements sont plus profonds
Que le plus grand abîme.
De la puissance du néant,
Tu veux sauver tous les vivants,
Toute chair, toute race ;
Les hommes se rassembleront,
Autour de toi ils trouveront
Leur paix devant ta face.
2 Que précieux est ton amour !
Dans ta demeure nuit et jour
La table est toujours prête ;
Et tu nourris ceux qui ont faim
De l’abondance de tes biens
En un repas de fête.
Ta joie est comme un flot puissant ;
A la fraîcheur de ce torrent
Nos cœurs se désaltèrent.
La source de vie est en toi,
Par ta lumière l’homme voit
Triompher la lumière.
3. Maintiens ta grâce aux hommes droits ;
Donne à celui qui vient vers toi
L’appui de ta justice.
Garde-moi de tomber aux mains
De ces méchants, de ces hautains,
De peur que je faiblisse.
Car ils voudraient chasser les tiens,
Les séparer de leur soutien,
De leur seule assurance.
C’est fait ! Tu les as renversés ;
Ils ne pourront se relever.
Gloire à ta délivrance !
Place dans le Psautier de Genève
Le Psaume 36 occupe une place significative dans le Psautier de Genève comme psaume de discernement et de confiance, situé dans la première grande section du Psautier (Psaumes 1–41) , traditionnellement attribuée majoritairement à David. Cette section met fortement l’accent sur l’opposition entre le juste et le méchant, sur la vie intérieure, et sur la dépendance radicale à Dieu.
Dans le Psautier de Genève, le Psaume 36 s’inscrit dans une série de psaumes qui analysent la réalité du mal non seulement comme violence extérieure, mais comme corruption du cœur (Psaumes 34–37). Il joue un rôle charnière en opérant un basculement théologique net : après avoir décrit avec une grande lucidité la logique intérieure du méchant, il élève immédiatement le regard vers la grandeur, la fidélité et la bienveillance de Dieu.
Sur le plan liturgique et spirituel, ce psaume est précieux car il empêche deux dérives fréquentes :
– une lecture naïve du monde, qui minimiserait la profondeur du mal ;
– une lecture pessimiste, qui enfermerait le croyant dans la seule dénonciation de l’injustice.
Dans la tradition réformée genevoise, le Psaume 36 est ainsi reçu comme un psaume d’équilibre doctrinal et spirituel : il enseigne à nommer le péché sans complaisance, tout en enracinant la foi dans la contemplation de l’alliance fidèle de Dieu. Sa place dans le Psautier en fait un psaume particulièrement adapté à la prière communautaire, lorsque l’Église confesse à la fois la réalité du mal et sa confiance absolue dans la bienveillance divine.
Enfin, par son affirmation centrale « auprès de toi est la source de la vie », le Psaume 36 prépare théologiquement les psaumes de confiance plus affirmée qui suivent, en rappelant que toute espérance authentique commence non par l’homme, mais par Dieu lui-même.
Musique originale du Psaume 36 (Psautier de Genève)
Dans le Psautier de Genève, le Psaume 36 est chanté sur une mélodie propre, attribuée à la grande période de mise en musique des psaumes au XVIᵉ siècle. Comme pour l’ensemble du Psautier réformé, le texte est versifié en français (Marot / Bèze) et destiné au chant de toute l’assemblée, sans virtuosité ni effet expressif excessif.
Caractéristiques musicales
La mélodie du Psaume 36 est sobre, grave et méditative. Elle épouse parfaitement la structure du texte, en particulier le contraste interne du psaume :
– les premières strophes, décrivant la logique du méchant, sont portées par une ligne mélodique contenue, presque austère ;
– les strophes centrales, célébrant la bienveillance, la fidélité et la lumière de Dieu, ouvrent progressivement l’ambitus mélodique, donnant une impression d’élévation et d’élargissement.
Modalité et style
La mélodie est modale, comme la majorité des airs du Psautier de Genève, ce qui lui confère une stabilité et une gravité théologique. Elle évite toute sentimentalité : la joie qu’elle exprime est une joie réfléchie, enracinée dans la vérité de Dieu, non dans l’émotion immédiate.
Usage liturgique
Dans la tradition réformée, ce psaume est particulièrement adapté :
– aux cultes de confession et de repentance, pour les premières strophes ;
– aux cultes de confiance et d’action de grâce, pour les strophes centrées sur la bienveillance et la lumière de Dieu ;
– à une alternance chœur/assemblée ou à un chant intégral a cappella, soulignant la primauté du texte biblique.
Sens théologique de la musique
La musique originale du Psaume 36 sert la théologie du texte : elle conduit l’assemblée du réalisme lucide sur le péché vers la contemplation paisible de la fidélité divine. Elle ne cherche pas à illustrer le texte de manière dramatique, mais à former l’âme, selon l’idéal réformé : une musique au service de la Parole, qui instruit, stabilise et élève.
Ainsi, dans le Psautier de Genève, le Psaume 36 est un exemple accompli de l’union entre rigueur doctrinale, sobriété musicale et profondeur spirituelle.
Exégèse
Psaumes 36 1 Au chef de chœur. Du serviteur de l’Éternel, de David. 2La parole de révolte du méchant est au fond de mon cœur, Il ne voit pas pourquoi il craindrait Dieu. 3Car il se flatte à ses propres yeux, Pour consommer sa faute, pour assouvir sa haine. 4Les paroles de sa bouche sont fraude et tromperie ; Il renonce au discernement, au bien. 5Il médite la fraude sur sa couche, Il se tient sur une voie qui n’est pas bonne, Il ne rejette pas le mal. 6Éternel ! Ta bienveillance atteint jusqu’aux cieux, Ta fidélité jusqu’aux nues. 7Ta justice est comme les montagnes de Dieu, Tes jugements comme le grand abîme. Éternel ! Tu sauves hommes et bêtes. 8Combien est précieuse ta bienveillance, ô Dieu ! À l’ombre de tes ailes les humains se réfugient. 9Ils se rassasient de l’abondance de ta maison, Et tu les abreuves au torrent de tes délices. 10Car auprès de toi est la source de la vie ; Par ta lumière nous voyons la lumière. 11Étends ta bienveillance sur ceux qui te connaissent, Et ta justice sur ceux dont le cœur est droit ! 12Que le pied de l’orgueilleux ne m’atteigne pas, Et que la main des méchants ne me fasse pas fuir ! 13C’est là que tombent ceux qui commettent l’injustice ; Ils sont renversés et ne peuvent pas se relever. Sélection en cours : Psaumes 36 : NVS78P
Brève introduction
Le Psaume 36 est un psaume de David qui juxtapose deux réalités radicalement opposées : la logique intérieure du méchant et la plénitude infinie de la bienveillance de Dieu. Cette tension structure tout le psaume. Il ne s’agit pas d’une simple plainte morale, mais d’un discernement spirituel : comprendre le mal exige de regarder son cœur, mais comprendre la vie exige de lever les yeux vers Dieu. Le psaume conduit ainsi le lecteur d’une anthropologie sombre vers une théologie lumineuse.
Exégèse détaillée (hébreu)
Versets 2–5
« La parole de révolte du méchant est au fond de mon cœur » : l’expression נְאֻם־פֶּשַׁע (neʾum-pešaʿ) est frappante. Le terme neʾum est habituellement réservé aux oracles divins. Ici, le péché parle comme une pseudo-révélation intérieure. David suggère que le mal a sa propre « théologie », une parole qui se substitue à la crainte de Dieu.
« Il ne voit pas pourquoi il craindrait Dieu » : l’absence de crainte n’est pas une ignorance intellectuelle, mais un refus volontaire.
La flatterie de soi (v.3) indique une auto-justification constante. Le méchant n’est pas simplement faible, il est cohérent dans le mal : pensée, parole et action sont alignées (bouche, couche, voie). Le verbe « méditer » (v.5) montre que le mal est prémédité, réfléchi, intégré à une manière de vivre.
Versets 6–7
Changement radical de perspective. Après l’intériorité tordue de l’homme, le psaume ouvre sur l’immensité de Dieu.
« Ta bienveillance atteint jusqu’aux cieux » : חֶסֶד (ḥesed) désigne l’amour fidèle d’alliance. Il ne s’agit pas d’une émotion, mais d’un engagement durable.
« Ta fidélité jusqu’aux nues » : אֱמוּנָה (ʾemunah) renvoie à la constance, la fiabilité de Dieu.
Les images cosmiques (cieux, montagnes, abîme) soulignent la stabilité et l’insondabilité des jugements de Dieu, en contraste avec la petitesse calculatrice du méchant.
Versets 8–10
Le psaume devient confession de foi et expérience vécue.
« À l’ombre de tes ailes » : image cultuelle évoquant à la fois la protection maternelle et le sanctuaire.
« L’abondance de ta maison » : allusion au Temple comme lieu de communion, mais aussi à la générosité surabondante de Dieu.
« Le torrent de tes délices » : עֲדָנֶיךָ (ʿadaneykha) renvoie à l’Éden. David relie implicitement la communion avec Dieu à la vie originelle voulue par le Créateur.
« La source de la vie » : Dieu n’est pas seulement celui qui donne la vie, il en est l’origine permanente.
« Par ta lumière nous voyons la lumière » : affirmation épistémologique majeure. Toute vraie connaissance dépend d’une illumination divine préalable.
Versets 11–13
La prière finale applique la théologie à la réalité du combat. La bienveillance et la justice demandées ne sont pas générales, mais adressées « à ceux qui te connaissent ». La chute finale des méchants est annoncée non comme un souhait de vengeance, mais comme une conséquence inéluctable de leur voie.
Sens des mots clés
Crainte de Dieu : reconnaissance active de la souveraineté divine.
Bienveillance (ḥesed) : fidélité d’alliance, amour engagé.
Fidélité (ʾemunah) : constance absolue de Dieu.
Lumière : révélation, vérité, vie.
Citations des Pères de l’Église
Augustin commente ce psaume en soulignant que le mal commence par une parole intérieure mensongère, tandis que la vérité commence par l’écoute de Dieu. Il insiste sur « la source de la vie » comme annonçant le Christ, en qui la vie divine se communique aux hommes.
Athanase voit dans « à l’ombre de tes ailes » une image de la protection offerte par le Verbe incarné, sous lequel l’humanité trouve refuge contre le mensonge du péché.
Citations des Réformateurs
Jean Calvin souligne que David ne s’arrête pas à décrire le mal, mais qu’il le dissèque pour montrer son origine : l’absence de crainte de Dieu. Il écrit que la lumière de Dieu est nécessaire non seulement pour vivre saintement, mais même pour juger correctement la réalité. Sans cette lumière, l’homme confond le bien et le mal.
Apports du contexte historique
Dans un contexte royal marqué par l’injustice et la violence politique, ce psaume affirme que le vrai danger n’est pas seulement extérieur. Le mal est enraciné dans le cœur humain. Mais il affirme aussi que l’ordre du monde ne repose pas sur la ruse des puissants, mais sur la fidélité invisible de Dieu.
Implications pour la théologie de l’alliance
Le Psaume 36 enseigne que l’alliance est à la fois refuge, nourriture et lumière. Elle protège contre le mal, nourrit la vie spirituelle et éclaire l’intelligence. Le contraste entre le méchant et le juste n’est pas d’abord moral, mais relationnel : l’un vit sans crainte de Dieu, l’autre vit de sa bienveillance. Cette dynamique trouve son accomplissement en Christ, source de vie et lumière du monde, par qui la fidélité de Dieu devient accessible et expérimentable.
Outils pédagogiques
Objectif pédagogique général
Aider à discerner le contraste biblique entre la logique du mal et la vie fondée sur la bienveillance de Dieu, et conduire à une appropriation personnelle et communautaire du Psaume 36.
Questions ouvertes (discussion et réflexion)
- Selon les versets 2–5, où commence réellement le mal : dans les actes visibles ou dans le cœur ? Pourquoi ?
- Le psaume décrit le méchant comme cohérent dans le mal. En quoi cela remet-il en cause l’idée que le péché serait seulement une faiblesse ponctuelle ?
- Pourquoi David passe-t-il si brutalement de la description du méchant à la contemplation de Dieu (v.6–7) ?
- Que signifie concrètement vivre « à l’ombre des ailes de Dieu » aujourd’hui ?
- Comment comprendre l’affirmation : « Par ta lumière nous voyons la lumière » dans un monde saturé d’informations et d’opinions ?
Questions à choix multiples (QCM)
- Dans le Psaume 36, l’origine du mal est présentée comme
a) Un contexte social défavorable
b) Une ignorance intellectuelle
c) Une parole intérieure sans crainte de Dieu
d) Une fatalité humaine
Réponse attendue : c - Le terme « bienveillance » (ḥesed) désigne principalement
a) Une émotion passagère de Dieu
b) Une récompense morale
c) Une fidélité d’alliance durable
d) Une indulgence sans exigence
Réponse attendue : c - « La source de la vie » signifie que Dieu
a) A créé la vie dans le passé
b) Intervient parfois pour donner la vie
c) Est l’origine permanente et actuelle de la vie
d) Réserve la vie au monde spirituel
Réponse attendue : c - Le contraste principal du psaume est entre
a) Pauvreté et richesse
b) Ignorance et savoir
c) Méchants et justes
d) Autonomie humaine et dépendance à Dieu
Réponse attendue : d
Propositions d’animation pédagogique
Lecture dialoguée
Lire le psaume en deux groupes :
– Groupe 1 : versets 2–5 (logique du méchant)
– Groupe 2 : versets 6–10 (grandeur et bonté de Dieu)
Puis échanger sur le choc produit par le contraste.
Travail de reformulation
Demander à chacun de reformuler en une phrase :
– la logique du méchant
– la logique de la vie selon Dieu
Comparer ensuite les formulations.
Exercice de discernement
Présenter des situations concrètes (mensonge utile, compromis moral, autojustification). Demander : quelle « parole intérieure » parle ici ? Celle du psaume versets 2–5 ou celle des versets 6–10 ?
Pistes de méditation personnelle
– Identifier les flatteries intérieures qui affaiblissent la crainte de Dieu.
– Méditer lentement les images de Dieu (cieux, montagnes, source, lumière) et noter ce qu’elles corrigent dans notre vision de Dieu.
– Prier à partir du verset 11 comme prière quotidienne de protection et de fidélité.
Éléments de réponse théologique clés (repères)
– Le mal n’est pas seulement un acte, mais une logique intérieure autonome.
– La crainte de Dieu est une condition de la lucidité morale.
– L’alliance n’est pas seulement une protection contre le mal, mais une source de joie, de nourriture et de lumière.
– La connaissance véritable dépend d’une illumination reçue, non produite.
Objectif spirituel final
Passer d’une lecture morale du psaume à une lecture relationnelle : reconnaître que la vraie alternative biblique n’est pas entre « bons et mauvais comportements », mais entre vivre sans Dieu ou vivre de la bienveillance de Dieu.
