Albert Schweitzer

14 janvier 1875 : Naissance du médecin, pasteur et théologien Albert Schweitzer

De théo­lo­gie libé­rale, ce n’est pas tant comme théo­lo­gien que je veux me sou­ve­nir de ce grand homme, que comme méde­cin-mis­sion­naire (Gabon), phi­lo­sophe et musi­cien, pour avoir vécu moi-même deux ans au Gabon (de 2013 à 2015), et pour avoir eu la chance de visi­ter l’hô­pi­tal Schweit­zer à Lam­ba­ré­né. A noter, son admi­ra­tion pour le grand Jean-Séba­stein Bach, et la notion de res­pect de la vie qui a tou­jours été au cœur de la démarche du Doc­teur Schweit­zer, l’un des pré­cur­seurs de l’ac­tion huma­ni­taire, prix Nobel de la Paix (1952). Enfin, il était, tout comme moi, che­va­lier de l’ordre mili­taire et hos­pi­ta­lier de Saint-Lazare de Jéru­sa­lem


Biographie [wiki]

Albert Schweit­zer (Lud­wig Phi­lipp Albert Schweit­zer), né le 14 jan­vier 1875 à Kay­sers­berg (Alsace-Lor­raine) et mort le 4 sep­tembre 1965 à Lam­ba­ré­né (Gabon), est un méde­cinpas­teur et théo­lo­gien pro­tes­tantphi­lo­sophe et musi­cien alsa­cien.

L’hô­pi­tal qu’il déve­loppe dans la forêt équa­to­riale au bord de l’Ogooué à par­tir de 1913 le fait connaître dans le monde entier. En 1952, l’at­tri­bu­tion du prix Nobel de la paix lui apporte la consé­cra­tion et une visi­bi­li­té média­tique consi­dé­rable.

Per­son­nage mar­quant du xxe siècle, « homme uni­ver­sel », il est en même temps une figure emblé­ma­tique de l’Al­sace, de la théo­lo­gie libé­rale ou des admi­ra­teurs de Jean-Sébas­tien Bach. On voit par­fois en lui un pré­cur­seur de l’action huma­ni­taire, de l’éco­lo­gie, de l’anti­spé­cisme et du désar­me­ment nucléaire.

La notion de « res­pect de la vie » (Ehr­furcht vor dem Leben) et son indi­gna­tion devant la souf­france sont au cœur de la démarche d’Al­bert Schweit­zer, qui s’est vou­lu « un homme au ser­vice d’autres hommes », tour­né vers l’ac­tion.

Nour­ri d’une double culture alle­mande et fran­çaise, il béné­fi­cie d’une aura inter­na­tio­nale, mais, à l’ex­cep­tion de son Alsace natale, son œuvre reste peu connue en France où elle a été dif­fu­sée plus tar­di­ve­ment. Auteur pro­li­fique, il a lais­sé de nom­breux tra­vaux, ser­mons, lettres et docu­ments, pas encore tous exploi­tés. De leur côté, témoins, dis­ciples et détrac­teurs, en Europe ou en Afrique, apportent des points de vue contras­tés, que la recherche s’emploie à mettre en pers­pec­tive. Son œuvre a été dis­tin­guée par le prix du patri­moine Nathan Katz (2015).

Albert Schweit­zer en 1955.

Les années alsaciennes (1875–1913)

La question de la nationalité

La natio­na­li­té d’Al­bert Schweit­zer fait par­fois l’ob­jet d’un débat, les cir­cons­tances de sa vie per­son­nelle et de celle de son épouse se conju­gant avec plu­sieurs épi­sodes majeurs de l’his­toire contem­po­raine. Cette réflexion com­porte des aspects à la fois juri­diques et cultu­rels.

Né en Alsace en 1875, de parents fran­çais deve­nus alle­mands après le rat­ta­che­ment de l’Alsace-Moselle à l’Empire alle­mand en 1871, comme tous les Alsa­ciens demeu­rés sur place (alors que deux de ses oncles, dont Charles, le grand-père de Jean-Paul Sartreoptent pour la France où ils vivent déjà), il est d’abord alle­mand. Après la Pre­mière Guerre mon­diale, Albert Schweit­zer réside à Stras­bourg avec son épouse, Hélène Schweit­zer-Bress­lau. Il est – auto­ma­ti­que­ment2 – réin­té­gré dans la natio­na­li­té fran­çaise en appli­ca­tion du trai­té de Ver­sailles. En revanche, son épouse, née à Ber­lin et alle­mande de nais­sance, a dû obte­nir sa natu­ra­li­sa­tion.

Ses ori­gines alsa­ciennes le placent d’emblée à la croi­sée de deux cultures3, dont il se réclame à de nom­breuses reprisesnote 1. Conscient de cet « héri­tage fatal » et de ce « beau pri­vi­lège », gui­dé par une vision uni­ver­sa­liste des cultures, il a choi­si de n’en renier aucune3, mais cette double loyau­té l’a par­fois mis en mau­vaise pos­ture et n’a pas tou­jours été com­prise. La plu­part de ses ouvrages ayant été écrits en alle­mand et tra­duits tar­di­ve­ment, c’est seule­ment au début des années 1950 que « la France découvre qu’il est citoyen fran­çais »4.

Enfance

Les pre­mières années d’Al­bert Schweit­zer sont connues à tra­vers ses propres récits, tels que Sou­ve­nirs de mon enfance (1924note 2) et Ma vie et ma pen­sée (1931)note 3, mais les ser­mons, la cor­res­pon­dance et les nom­breuses archives uti­li­sées par les bio­gra­phies les plus récentes rendent compte d’une évo­lu­tion plus com­plexe5.

Il naît le 14 jan­vier 1875 à Kay­sers­berg (aujourd’­hui dans le Haut-Rhin)6. Deuxième d’une fra­trie de cinq, il est le fils de Louis Schweit­zer, un pas­teur éru­dit de ten­dance libé­rale, et d’A­dèle Schil­lin­ger, elle-même fille de pas­teur, décrite comme pas­sion­née quoique réser­vée, et inté­res­sée par la poli­tique. La famille compte, par­mi ses ascen­dants, d’autres pas­teurs, mais sur­tout de nom­breux ensei­gnants7. Son père, res­té en Alsace après 1870, devient pas­teur à Guns­bach, quelques mois après la nais­sance d’Al­bert, qui y vit désor­mais. Albert parle plu­sieurs langues : l’alsa­cien fami­lial, l’al­le­mand à l’é­glise et à l’é­cole, et le fran­çais qu’il uti­lise dans sa cor­res­pon­dance et pour une par­tie de ses lec­tures (son père pos­sède une riche biblio­thèque dans les deux langues et est abon­né au pério­dique de langue fran­çaise le Jour­nal des mis­sions évan­gé­liques). Il s’i­ni­tie à la musique avec son père, qui lui fait jouer de l’orgue parois­sial lors­qu’il a neuf ans.

Albert Schweit­zer a une enfance heu­reuse, proche de la nature. Il fré­quente l’é­cole de Guns­bach, puis celle de Muns­ter.

La musique

Il fait ses études secon­daires au lycée de Mul­house (1888–1893), héber­gé par un grand-oncle et son épouse, et prend des cours de pia­no et d’orgue avec Eugène Münch, le frère aîné d’Ernest Münch, qui lui fait décou­vrir la musique de Bee­tho­ven et de Bach, à l’é­glise Saint-Guillaume de Stras­bourg, l’é­glise des bate­liers répu­tée pour son accueil incon­di­tion­nel. Il accom­pagne régu­liè­re­ment, de 1894 à 1910, le Chœur de Saint-Guillaume à l’orgue lors des cho­rals et des concerts de la Pas­sion de Jean-Sébas­tien Bach. Il peut s’en­traî­ner sur l’orgue de l’église Saint-Étienne à Mul­house et consacre à son pro­fes­seur sa pre­mière œuvre écrite8. En juin 1893 il obtient son Abi­tur, puis séjourne durant l’é­té à Paris, chez son oncle pater­nel Auguste Schweit­zer, dont l’é­pouse, Mathilde, prend en charge ses pre­miers cours d’orgue avec le com­po­si­teur et orga­niste Charles-Marie Widor9.

L’Université et l’Église

En octobre 1893, il entre­prend un double cur­sus de phi­lo­so­phie et de théo­lo­gie pro­tes­tante à l’uni­ver­si­té de Stras­bourg, qu’il doit inter­rompre en 1894–1895 pour effec­tuer son ser­vice mili­taire dans le 143e régi­ment d’in­fan­te­rie, can­ton­né à Stras­bourg10. Sa solide consti­tu­tion et un régime d’é­tudes selon lui peu contrai­gnant, lui per­mettent de conti­nuer à se for­mer, tout en pour­sui­vant de sur­croît l’orgue et la musi­co­lo­gie11. Ins­pi­ré par son envi­ron­ne­ment fami­lial, il a opté assez spon­ta­né­ment pour la théo­lo­gie et, contrai­re­ment à d’autres condis­ciples, il ne doute pas de ce choix. La Kai­ser-Wil­helms-Uni­ver­sität – qui cherche à ger­ma­ni­ser les élites alsa­ciennes – attire alors d’ex­cel­lents spé­cia­listes et Albert Schweit­zer appré­cie tout par­ti­cu­liè­re­ment les ensei­gne­ments de Hein­rich Julius Holtz­mannExé­gète répu­té du Nou­veau Tes­ta­ment, celui-ci pra­tique, comme ses col­lègues stras­bour­geois, la méthode dite « his­to­ri­co-cri­tique », qui refuse une lec­ture lit­té­rale de la Bible12.

Alors qu’il se consacre à ses études, il vit, à l’âge de 21 ans, une sorte d”« épi­pha­nie », citée par nombre de bio­graphes :

« En 1896, aux vacances de la Pen­te­côte, par un rayon­nant matin d’é­té, je m’é­veillai à Guns­bach, et l’i­dée me sai­sit sou­dain que je ne devais pas accep­ter mon bon­heur comme une chose toute natu­relle et qu’il me fal­lait don­ner quelque chose en échange. »

Se réfé­rant à l’exemple de Jésus, il en conclut qu’il a le droit de vivre pour la science jus­qu’à sa tren­tième année, mais qu’il devra se consa­crer ensuite à un « ser­vice pure­ment humain »13, même si les moda­li­tés de cet enga­ge­ment futur ne lui appa­raissent pas encore clai­re­ment.

Enfant, il a été mar­qué par les ser­mons pro­non­cés par son père et se des­tine à son tour à la pré­di­ca­tion, qu’il appré­cie par­ti­cu­liè­re­ment. En mai 1898 il obtient l’au­to­ri­sa­tion de prê­cher (licen­tia concio­nan­di) et effec­tue plu­sieurs stages auprès du pas­teur Charles Théo­dore Gérold de l’église Saint-Nico­las de Stras­bourgnote 4. Le 23 sep­tembre 1900, Schweit­zer reçoit l’or­di­na­tion de l’Église luthé­rienne d’Al­sace et de Lor­raine et le 14 novembre il est nom­mé vicaire (de) de la paroissenote 5 de Saint-Nico­las. Il demeure dans ces fonc­tions jus­qu’en 1912, sans deman­der à deve­nir pas­teur titu­laire comme il aurait pu le faire, car la condi­tion de vicaire lui laisse davan­tage de temps pour ses autres acti­vi­tés, la musique et la théo­lo­gie14. Cepen­dant, alors qu’il a consa­cré ses recherches uni­ver­si­taires à la pen­sée reli­gieuse de Kant et sou­te­nu sa thèse de phi­lo­so­phie en 189915, son enga­ge­ment comme pré­di­ca­teur lui ferme une car­rière aca­dé­mique en phi­lo­so­phie, mal­gré les éloges des émi­nents membres de son jury, Theo­bald Zie­gler et Wil­helm Win­del­band12.

Ses études sont entre­cou­pées de séjours d’é­tudes. Il passe le semestre d’hi­ver 1898–1899 chez son oncle à Paris où il étu­die l’orgue et le pia­no avec Charles-Marie Widor et Marie Jaëll. Pen­dant l’é­té sui­vant, il se rend à Ber­lin où il côtoie des musi­ciens, des artistes et des pen­seurs tels que Adolf von Har­nackOtto Pflei­de­rerJulius Kaf­tan ou Frie­drich Paul­sen. Il appré­cie tout par­ti­cu­liè­re­ment les cours de Georg Sim­mel et se lie avec Carl Stumpf16.

À son retour, il achève une thèse de théo­lo­gie sur La Cène dans ses rap­ports avec la vie de Jésus et l’his­toire du chris­tia­nisme pri­mi­tif17, puis com­plète ce cur­sus par une thèse d’ha­bi­li­ta­tion sur Le secret de la mes­sia­ni­té et de la pas­sion de Jésus18. En 1902 il est nom­mé Pri­vat­do­zent à la Facul­té de théo­lo­gie pro­tes­tante de Stras­bourg, une posi­tion pré­caire non rému­né­rée19. En même temps il devient le direc­teur du Col­le­gium Wil­hel­mi­ta­num, connu aujourd’­hui encore sous le nom de « Stift ». C’est le foyer qui héberge les étu­diants en théo­lo­gie, dont il est aus­si l’au­mô­nier et le répé­ti­teur. Il conserve ce poste jus­qu’en 1906.

Hélène Bresslau

Selon la ver­sion « offi­cielle »20, Albert Schweit­zer fait la connais­sance d’Hélène Bress­lau en 1898, à l’oc­ca­sion d’un mariage. Quoique de san­té déli­cate, c’est une jeune fille indé­pen­dante et pré­coce – elle enseigne dès l’âge de 16 ans. Fille de l’his­to­rien alle­mand Har­ry Bress­lau, pro­fes­seur à l’uni­ver­si­té de Stras­bourg depuis 1890, elle prend des cours de pia­no au conser­va­toire de Stras­bourg et devient aus­si l’une des pre­mières étu­diantes en his­toire et his­toire de l’art de l’u­ni­ver­si­té. Elle par­tage avec Albert sa pas­sion pour la musique : elle chante dans le chœur de Saint-Guillaume, qu’il accom­pagne par­fois à l’orgue à la demande de son fon­da­teur et direc­teur, Ernest Münch. Ils font aus­si de longues pro­me­nades à bicy­clette le long du Rhin et c’est au cours de l’une de ces excur­sions qu’ils concluent en 1902 le pacte d’une ami­tié pro­fonde et durable21.

Jus­qu’à leur mariage en 1912, Albert et Hélène échangent une abon­dante cor­res­pon­dance, aujourd’­hui publiée22. Le couple aura une fille unique, Rhé­na (1919–2009).

Les années africaines (1913–1965)

L’appel de l’Afrique

Le jeune ensei­gnant se trouve à l’aube d’une car­rière uni­ver­si­taire, mais il réflé­chit encore au sens qu’il sou­haite don­ner à sa vie. Il envi­sage par exemple d’é­du­quer des enfants aban­don­nés et de les recueillir au Stift, ou de s’oc­cu­per de vaga­bonds ou d’an­ciens déte­nus23.

Dans Ma vie et ma pen­sée, il raconte com­ment, à l’au­tomne 1904, son regard tom­ba « machi­na­le­ment » sur un article d’Alfred Boe­gner – un Alsa­cien direc­teur de la Socié­té des mis­sions à Paris – déplo­rant le manque de per­son­nel pour la Mis­sion au Congo – l’ac­tuel Gabon. Il aurait pris aus­si­tôt sa déci­sion : « Mes recherches avaient atteint leur terme24. » L’un de ses bio­graphes, Pierre Las­sus, rela­ti­vise cette expli­ca­tion conjonc­tu­relle : la famille Schweit­zer était déjà abon­née au Jour­nal des mis­sions, s’in­té­res­sait de longue date aux pro­blèmes colo­niaux, lisait les récits d’Eugène Casa­lis.

Dans sa pre­mière bio­gra­phie, Sou­ve­nirs de mon enfance, Schweit­zer évo­quait aus­si l’ef­fet que pro­dui­sit sur son ima­gi­na­tion juvé­nile la contem­pla­tion répé­tée de la « figure her­cu­léenne » d’un « nègre », « au visage triste et médi­ta­tif », sculp­tée au pied de la sta­tue de l’a­mi­ral Bruat par Bar­thol­di.

Le choix de l’A­frique pré­cède donc celui de la méde­cine, qui n’est que le moyen de se mettre « au ser­vice direct de l’hu­ma­ni­té »24. Selon lui, il s’a­git avant tout de soi­gner, de sou­la­ger les souf­frances pour expier les crimes de la colo­ni­sa­tion.

Le choix de la médecine

Albert Schweit­zer informe ses proches de sa déci­sion de par­tir au Congo. Son amie Hélène le sou­tient, mais ses parents – tout par­ti­cu­liè­re­ment sa mère – sont déso­lés de le voir sacri­fier l’u­ni­ver­si­té et la musique à un pro­jet qui leur semble dérai­son­nable25. En 1905 il com­mence son cur­sus à la facul­té de méde­cine de Stras­bourg. En 1910, il passe le Phy­si­kum (de) (cycle pré­cli­nique). La même année, il obtient la men­tion Très bien à l’exa­men ter­mi­nal des études théo­riques de méde­cine. Il effec­tue plu­sieurs stages pra­tiques, notam­ment en chi­rur­gie, dans les ser­vices du pro­fes­seur Made­lung10. En 1912 il est habi­li­té à exer­cer la méde­cine (Appro­ba­tion als Artzt). Il com­plète sa for­ma­tion par des cours à l’Ins­ti­tut des mala­dies colo­niales de Paris26. En 1913 il sou­tient une thèse consa­crée aux juge­ments psy­chia­triques sur Jésus27, un sujet très éloi­gné de la pra­tique médi­cale à laquelle il se des­tine. Ce choix inat­ten­du a fait l’ob­jet de nom­breux com­men­taires28.

De son côté, Hélène Bress­lau, nom­mée ins­pec­trice des orphe­li­nats de Stras­bourg en 1905, entre­prend en 1909 une for­ma­tion d’in­fir­mière à Franc­fort et cherche sa propre voie, alors qu’un mariage n’est pas encore à l’ordre du jour, car Albert hésite d’a­bord à l’en­traî­ner dans une exis­tence aus­si périlleuse. Pour­tant le couple se marie civi­le­ment à Stras­bourg le 15 juin 1912, puis à l’é­glise de Guns­bach trois jours plus tard29.

Pen­dant ses études de méde­cine, il a conti­nué à ensei­gner le Nou­veau Tes­ta­ment et publié en 1906 une His­toire des recherches sur la vie de Jésus30. Il a éga­le­ment pour­sui­vi ses acti­vi­tés de musi­cien et de musi­co­logue. En 1905, il publie, en fran­çais, J. S. Bach, le musi­cien-poète31, dont paraî­tra en 1908 à Leip­zig une édi­tion alle­mande consi­dé­ra­ble­ment aug­men­tée. Il consacre un ouvrage à la fac­ture d’orgue en France et en Alle­magne32. À trois reprises il accom­pagne à l’orgue l’Orfeó Cata­là de Bar­ce­lone10.

Une série d’obs­tacles a cepen­dant retar­dé le départ en Afrique. Après la ces­sion d’une par­tie du Congo fran­çais au Kame­run alle­mand le 4 novembre 1911, la Socié­té des mis­sions évan­gé­liques de Paris, orga­nisme qui coor­donne les mis­sions pro­tes­tantes en France, se montre plu­tôt réti­cente à l’i­dée de recru­ter un citoyen alle­mand, uni­ver­si­taire et théo­lo­gien libé­ral de sur­croît. Après une dépres­sion de quelques mois, le jeune méde­cin accepte fina­le­ment de par­tir à ses propres frais. Pour finan­cer cette expé­di­tion, il donne des concerts et sol­li­cite ses amis, en Alsace et à Paris. Il réunit des médi­ca­ments et du maté­riel médi­cal pour deux ans – soixante-dix caisses – et emporte aus­si le pia­no à péda­lier d’orgue, en bois résis­tant aux ter­mites, spé­cia­le­ment réa­li­sé pour lui par la Socié­té Jean-Sébas­tien Bach de Paris, dont il est un membre actif33.

Pru­dent, il envi­sage la pos­si­bi­li­té d’un retour pour des rai­sons de san­té et cherche à pré­ser­ver son poste à l’u­ni­ver­si­té, mais la Facul­té de théo­lo­gie n’y consent pas. Le 4 avril 1913, alors qu’il est par­ti depuis deux semaines et fait escale à Dakar, il se résout à envoyer sa lettre de démis­sion au rec­teur de l’u­ni­ver­si­té de Stras­bourg12.

L’installation à la mission

Le 21 mars 1913 Albert et Hélène Schweit­zer quittent Guns­bach pour embar­quer le 26 mars à Bor­deaux sur le paque­bot Europe. Le 16 avril 1913 ils arrivent à Andende, la sta­tion mis­sion­naire pro­tes­tante située au bord du fleuve Ogooué, à trois kilo­mètres de Lam­ba­ré­né, dans l’ac­tuelle pro­vince du Moyen-Ogooué34. Elle compte alors une ving­taine de cases.

Annon­cée au son du tam-tam, leur arri­vée ne passe pas inaper­çue et le suc­cès est immé­diat35. Comme la baraque en tôle pro­mise n’est pas dis­po­nible, le méde­cin uti­lise d’a­bord sa mai­son comme phar­ma­cie et ins­talle la salle d’o­pé­ra­tion dans un vieux pou­lailler. Peu à peu, des huttes en bam­bou sont construites pour accueillir les malades. Entre le 5 juin et le 9 jan­vier 1914, l’hôpi­tal a déjà accueilli plus de mille patients34. Le méde­cin est secon­dé par son épouse, infir­mière, et deux auxi­liaires afri­cains, N’zeng, secré­taire de san­té, et Joseph – ancien cui­si­nier de Savor­gnan de Braz­za – qui fait aus­si office de tra­duc­teur dans les dif­fé­rentes langues locales35. La région est répu­tée inhos­pi­ta­lière. Dans ses Notes et nou­velles de la part du prof. Dr Albert Schweit­zer. Lam­ba­ré­né (1913)36, Albert Schweit­zer en décrit les prin­ci­pales patho­lo­gies : les para­si­toses intes­ti­nales, le palu­disme, la lèpre, la mala­die du som­meil. Il soigne les plaies, les gales, les ulcères et opère her­nies étran­glées et tumeurs élé­phan­tia­siques34.

Devant ces condi­tions pré­caires, il obtient le finan­ce­ment et la construc­tion d’un dis­pen­saire sur un ter­rain situé en contre­bas. Une case en tôle ondu­lée posée sur du ciment abrite deux pièces, à laquelle s’a­joutent un loge­ment pour l’in­fir­mier, une salle d’at­tente et un dor­toir34.

Avant son départ, il s’é­tait enga­gé auprès de la Socié­té des mis­sions à ne pas prê­cher mais, sur le ter­rain, il y est auto­ri­sé par les mis­sion­naires. Il pro­nonce donc de nom­breux ser­mons37, dont le pre­mier trois jours après son arri­vée. Il dis­pose de peu de loi­sirs, mais joue chaque soir de l’orgue avec son pia­no à péda­lier35.

Les années de guerre

Alors que la mobi­li­sa­tion géné­rale a été décré­tée en France le 1er août 1914, les Schweit­zer – en tant que res­sor­tis­sants alle­mands sur le ter­ri­toire d’une colo­nie fran­çaise – sont mis en garde à vue dès le 5 août. Le pra­ti­cien doit alors ces­ser ses acti­vi­tés. Il est auto­ri­sé à les reprendre en novembre, mais de manière réduite. Comme il ne peut plus quit­ter le pays pour se réap­pro­vi­sion­ner en médi­ca­ments, il contracte de lourdes dettes auprès de la Socié­té des mis­sions10.

En sep­tembre 1917, Albert et Hélène Schweit­zer sont arrê­tés, consi­dé­rés comme pri­son­niers de guerre et envoyés en France, d’a­bord consi­gnés dans une caserne à Bor­deaux, puis inter­nés dans un camp de pri­son­niers civils à Notre-Dame-de-Garai­son dans les Hautes-Pyré­nées. En mars 1918 ils sont trans­fé­rés au camp de Saint-Rémy-de-Pro­vence. Au mois de juillet, ils béné­fi­cient d’un échange de pri­son­niers entre la France et l’Al­le­magne et regagnent l’Al­sace le 8 août10. Albert Schweit­zer est très affec­té par ce conflit qui oppose deux nations chré­tiennes aux­quelles il est lié. Phy­si­que­ment affai­bli – le 1er sep­tembre 1918 il subit une pre­mière inter­ven­tion chi­rur­gi­cale10 –, il pense aus­si son œuvre com­pro­mise38.

Dans l’in­ter­valle il a mené une réflexion phi­lo­so­phique sur l’é­tat de la civi­li­sa­tion. Le titre de son ébauche – publiée plus tard –, Wir Epi­go­nen (« Nous, les Épi­gones »), lui est ins­pi­ré par une réflexion enten­due chez la veuve de Cur­tius à Ber­lin en 1899 : « Nous ne sommes après tout que des Épi­gones ! ». Il est comme « frap­pé par la foudre » par ce juge­ment qui reflète exac­te­ment sa pen­sée : sa géné­ra­tion, non seule­ment n’a pas dépas­sé les pré­cé­dentes, mais se contente de les imi­ter, voire gas­pille leur héri­tage39. Dans Ma vie et ma pen­sée, il raconte com­ment, en sep­tembre 1915, lors d’un voyage sur l’O­gooué, il a l’in­tui­tion de la notion de « Ehr­furcht vor dem Leben », que l’on tra­duit géné­ra­le­ment par « res­pect de la vie », même si cette for­mu­la­tion, aujourd’­hui pas­sée dans l’u­sage, ne fait pas l’u­na­ni­mi­té40.

Les tournées en Europe

Après le trai­té de Ver­sailles, Schweit­zer obtient – de manière auto­ma­tique2 – la natio­na­li­té fran­çaise.

Avant de par­tir en Afrique, Albert Schweit­zer avait pris la pré­cau­tion de se ména­ger un éven­tuel retour à Stras­bourg en tant que pas­teur – ce que l’É­glise luthé­rienne d’Al­sace avait accep­té. En 1919 il retrouve donc son poste de vicaire à l’église Saint-Nico­las. Il est en outre nom­mé assis­tant à la cli­nique de der­ma­to­lo­gie de l’Hôpi­tal civil10.

Sa fille unique Rhé­na naît à Stras­bourg le 14 jan­vier 1919. Il est alors âgé de 44 ans. Toute la famille s’ins­talle au pres­by­tère de Saint-Nico­las. Après une nou­velle inter­ven­tion chi­rur­gi­cale au cours de l’é­té10, les voyages se suc­cèdent, le plus sou­vent dans le nord de l’Eu­rope. En décembre 1919, l’ar­che­vêque luthé­rien Söder­blompri­mat de Suède – futur prix Nobel de la paix en 1930 –, l’in­vite à pro­non­cer un cycle de confé­rences à l’uni­ver­si­té d’Upp­sa­la, sui­vi par une tour­née triom­phale d’autres confé­rences et concerts à tra­vers le pays41. Ces acti­vi­tés lui per­mettent de rem­bour­ser ses dettes à la Socié­té des mis­sions et d’en­vi­sa­ger un retour à Lam­ba­ré­né. Il publie À l’o­rée de la forêt vierge, pré­sen­té comme des « récits et réflexions d’un méde­cin en Afrique équa­to­riale »42. Ce livre le fait connaître en Europe et lui per­met par la suite de trou­ver de nom­breux dona­teurs35.

En 1921 il demande à être nom­mé vicaire de son père à Guns­bach et s’ins­talle au pres­by­tère en avril. Il reprend alors ses tra­vaux sur la « phi­lo­so­phie de la civi­li­sa­tion ». Il est régu­liè­re­ment sol­li­ci­té pour des confé­rences et des concerts en Suisse, à nou­veau en Suède, en Grande-Bre­tagne, au Dane­mark, à Prague10. En 1922, ses inter­ven­tions auprès de mis­sion­naires réunis pour un sémi­naire d’é­té à Sel­ly Oak (en), près de Bir­min­gham, sont par­ti­cu­liè­re­ment remar­quées. Il y insiste sur le carac­tère éthique du chris­tia­nisme, beau­coup plus mar­qué que dans d’autres reli­gions43. Ces textes sont publiés l’an­née sui­vante sous le titre Les reli­gions mon­diales et le chris­tia­nisme10.

En mai 1923, la famille s’ins­talle dans une mai­son qu’il a fait construire à König­sfeld, en Forêt-Noire. Hélène et Rhé­na y demeu­re­ront pen­dant ses absences et lui-même pour­ra venir s’y repo­ser de temps en temps et se consa­crer à l’é­cri­ture44. Il publie deux tomes de son œuvre phi­lo­so­phique, Décom­po­si­tion et recons­truc­tion de la civi­li­sa­tion45 et La civi­li­sa­tion et l´éthique46, textes rema­niés des confé­rences don­nées à Upp­sa­la. En 1924 il achève la rédac­tion des Sou­ve­nirs de mon enfance, avant son retour à Lam­ba­ré­né10.

En paral­lèle il a conti­nué de se for­mer par des stages de gyné­co­lo­gie et de soins den­taires à Stras­bourg, et de méde­cine tro­pi­cale à Ham­bourg10.

Lambaréné

Loca­li­sa­tion de Lam­ba­ré­né dans le bas­sin de l’Ogooué.

Le 19 avril 1924, Albert Schweit­zer est de retour à Lam­ba­ré­né, mais son épouse et sa fille ne sont pas du voyage. Au cours des décen­nies sui­vantes il alterne qua­torze séjours plus ou moins longs en Afrique avec des tour­nées de confé­rences et de concerts en Europe, puis aux États-Unis, qui lui per­mettent de finan­cer ses pro­jets. Il en pro­fite pour ache­ver plu­sieurs de ses œuvres et enre­gis­trer des disques. Sa noto­rié­té croît et les hon­neurs se suc­cèdent. Sa famille l’ac­com­pagne quel­que­fois, mais la san­té décli­nante d’Hé­lène lui rend ces séjours de plus en plus dif­fi­ciles.

À son arri­vée en 1924, le doc­teur Schweit­zer a retrou­vé son hôpi­tal à l’a­ban­don. De nou­veaux bâti­ments s’a­vèrent encore plus néces­saires lorsque la région est tou­chée quelques mois plus tard par une grande famine et une épi­dé­mie de dys­en­te­rie35. Mais dans l’in­ter­valle, plu­sieurs nou­veaux col­la­bo­ra­teurs sont venus étof­fer l’é­quipe : Noel Gil­les­pie, un étu­diant anglais, Marc Lau­ter­burg, un chi­rur­gien suisse, et plu­sieurs Alsa­ciens : l’in­fir­mière Mathilde Kott­mann, le doc­teur Vic­tor Ness­mann de Wes­thof­fen et l’an­cienne ins­ti­tu­trice Emma Haussk­necht qui res­te­ra trente ans aux côtés du méde­cin47.

Albert Schweitzer, circa 1960 in Lambaréné, Gabon, where he established a hospital.

Albert Schweit­zer, en 1960 à Lam­ba­ré­né, Gabon, où il a créé un hôpi­tal célèbre, qui existe tou­jours.

Le méde­cin décide de construire un nou­vel hôpi­tal à Lam­ba­ré­né, à trois kilo­mètres en amont de l’O­gooué. Fort de ses deux expé­riences à Andende, il amé­liore la résis­tance de l’ins­tal­la­tion et le confort à l’in­té­rieur des bâti­ments, dotés d’une meilleure ven­ti­la­tion. Des cases sépa­rées abritent les dif­fé­rentes popu­la­tions (Fang et Galoa), les nou­veaux opé­rés, les accou­chées ou les tuber­cu­leux. Le démé­na­ge­ment a lieu le 21 jan­vier 1927, mais l’af­flux de patients ne tarit pas et de nou­veaux amé­na­ge­ments sont sans cesse néces­saires. La dota­tion liée au prix Nobel lui per­met d’a­che­ver en 1955 la construc­tion du « vil­lage de lumière », des­ti­né aux lépreux35.

Le vécu quo­ti­dien des patients est un peu mieux connu depuis qu’un cher­cheur gabo­nais, Augus­tin Emane, a mené pen­dant plu­sieurs années des enquêtes, dans leurs langues, auprès d’une soixan­taine de témoins48. Il explore les simi­li­tudes entre le méde­cin euro­péen et l’ongan­ga, le gué­ris­seur ou mage local, et sou­ligne que cet espace aty­pique n’est pas un « vil­lage-hôpi­tal », comme on l’a sou­vent dit, mais plu­tôt une sorte de cam­pe­ment pro­tec­teur et pro­vi­soire. Enfin, les repré­sen­ta­tions ico­niques contras­tées de Schweit­zer en Occi­dent et en Afrique ne seraient, l’une comme l’autre, que des arti­fices reflé­tant deux cultures très dif­fé­rentes, mais ce mal­en­ten­du peut, selon lui, s’a­vé­rer pro­duc­tif.

La consécration

Dès 1920, l’uni­ver­si­té de Zurich l’a­vait nom­mé doc­teur hono­ris cau­sa pour l’en­semble de ses acti­vi­tés49. Le 28 août 1928 la ville de Franc­fort lui décerne le prix Goethe10. Le 5 décembre de la même année il est nom­mé doc­teur hono­ris cau­sa de la Facul­té de phi­lo­so­phie de Prague10.

La noto­rié­té inter­na­tio­nale d’Al­bert Schweit­zer s’é­tend lorsque son épouse visite les États-Unis avec leur fille en 1937 et y donne des confé­rences. Les pre­miers envois de médi­ca­ments et de vivres de la part d’as­so­cia­tions amé­ri­caines arrivent en 1942. Les médias prennent alors le relais. Le 6 octobre 1947, Life le désigne comme « le plus grand homme du monde »50. Après avoir décli­né plu­sieurs invi­ta­tions, lui-même ne se rend qu’une seule fois aux États-Unis, au début de l’é­té 1949. Le 8 juillet il pro­nonce deux confé­rences (l’une en fran­çais, l’autre en alle­mand) sur Goethe à Aspen (Colo­ra­do), dont l’é­cri­vain Thorn­ton Wil­der assure la tra­duc­tion simul­ta­née. Le 11 juillet 1949 il fait la une du maga­zine Time51.

En Europe les dis­tinc­tions se mul­ti­plient au cours des années 1950. La France le nomme che­va­lier (1948), puis offi­cier de la Légion d’hon­neur (1950)52. Le 16 sep­tembre 1951 il reçoit à Franc­fort le prix de la paix des libraires alle­mands10. Le 3 décembre il est élu membre de l’Aca­dé­mie des sciences morales et poli­tiques à Paris10. Le 27 février 1952, le roi Gus­tave VI de Suède lui remet la médaille du prince Charles53. Le 30 sep­tembre 1952, il reçoit la médaille Para­celse, décer­née par le corps médi­cal en Alle­magne10. Albert Schweit­zer est le lau­réat du prix Nobel de la paix pour l’an­née 1952. En son absence, il est remis à l’am­bas­sa­deur de France en Nor­vège le 10 décembre 195354. En 1955, la reine Eli­za­beth lui décerne l’ordre du Mérite (Order of Merit)10. Il reçoit en outre, à Bonn, les insignes de l’ordre Pour le Mérite (Frie­densk­lasse)10 et, en France, la médaille d’or de la Ville de Paris. En 1959, il reçoit le Prix Son­ning par l’uni­ver­si­té de Copen­hague.

Au Gabon, le pré­sident de la Répu­blique Léon Mba lui remet en 1961 la croix d’of­fi­cier et la plaque de grand-offi­cier de l’Étoile équa­to­riale55.

Le combat pour la paix

Les hor­reurs de la Pre­mière Guerre mon­diale, puis de la Seconde, nour­rissent de longue date la réflexion d’Al­bert Schweit­zer, et sa cor­res­pon­dance avec ses amis Albert Ein­stein56 et Robert Oppen­hei­mer témoigne de son inquié­tude crois­sante devant la mon­tée du péril nucléaire, mais dans un pre­mier temps il pré­fère se tenir à l’é­cart des débats57. L’at­tri­bu­tion du prix Nobel en 1952 ne lui per­met plus guère de s’y sous­traire. Après l’ex­plo­sion de la pre­mière bombe à hydro­gène sur l’atoll de Biki­ni le 1er mars 1954, le quo­ti­dien bri­tan­nique Dai­ly Herald obtient une inter­view assez per­son­nelle publiée le 14 avril58, qui touche le grand public, mais n’a pas l’ef­fet escomp­té auprès des scien­ti­fiques. Lors­qu’il se rend à Oslo pour rece­voir son prix le 4 novembre 1954, son dis­cours sobre et fac­tuel, Le pro­blème de la paix dans le monde d’au­jourd’­hui, déçoit un peu les mili­tants paci­fistes. Cepen­dant l’en­thou­siasme popu­laire est consi­dé­rable, à tel point qu’un jour­nal nor­vé­gien recom­mande à ceux qui vou­draient ser­rer la main du lau­réat de don­ner plu­tôt une cou­ronne pour l’hô­pi­tal – une sug­ges­tion très enten­due57.

En avril 1955, Albert Ein­stein meurt, déses­pé­ré de n’a­voir pas été enten­du, et Albert Schweit­zer se sent désor­mais inves­ti d’une mis­sion. Le 24 avril 1957, Radio Oslo dif­fuse son appel, Decla­ra­tion of Conscience, relayé par de nom­breuses radios dans le monde. Il y décrit en détail l’his­toire des essais nucléaires, leur puis­sance et leurs effets à court et long terme57. L’an­née sui­vante la même radio dif­fuse les 28, 29 et 30 avril, trois nou­veaux appels contre l’ar­me­ment ato­mique. Ces dis­cours sont aus­si­tôt réunis dans une bro­chure, Paix ou guerre ato­mique59, et tra­duits en plu­sieurs langues.

En 1958Linus Pau­ling et son épouse pré­sentent aux Nations unies une péti­tion signée par Albert Schweit­zer et plus de 9 000 scien­ti­fiques et appe­lant à l’ar­rêt des essais nucléaires60.

En pleine guerre froide, le doc­teur Schweit­zer est des­cen­du dans l’a­rène poli­tique61 et devra en payer le prix. Il indis­pose les mili­taires amé­ri­cains, agace les poli­tiques – Ade­nauer et son ministre Strauss vou­draient la bombe pour la Bun­des­wehr –, et inquiète ses amis qui craignent pour l’œuvre de Lam­ba­ré­né et son finan­ce­ment, car les cri­tiques pleuvent désor­mais : son hôpi­tal, sa per­son­na­li­té, ses com­pé­tences et ses idées sont tour à tour mis en cause. Il pour­suit son com­bat jus­qu’à la fin de sa vie, féli­ci­tant Ken­ne­dy et Khroucht­chev lorsque les deux chefs d’É­tat signent le 5 août 1963 un trai­té d’in­ter­dic­tion par­tielle des essais nucléaires.

En 1965, Jean Ros­tand, cofon­da­teur et pré­sident d’hon­neur du Mou­ve­ment contre l’ar­me­ment ato­mique, signe avec Albert Schweit­zer et le dépu­té poly­né­sien John Tea­ri­ki une Pro­tes­ta­tion solen­nelle contre le sort que le Gou­ver­ne­ment fran­çais a déci­dé d’im­po­ser aux habi­tants de la Poly­né­sie fran­çaise et autres ter­ri­toires du Paci­fique par les essais nucléaires fran­çais à Moru­roa62.

Les dernières années

Le 9 décembre 1959, le doc­teur Schweit­zer retourne à Lam­ba­ré­né pour la qua­tor­zième et der­nière fois. Il y reçoit la visite de per­son­na­li­tés, André Mal­raux venu pour la pro­cla­ma­tion de l’in­dé­pen­dance du Gabon en août 1960, puis l’abbé Pierre en 1961, pour­suit sa cor­res­pon­dance et achève l’é­di­tion cri­tique Schir­mer des œuvres inté­grales pour orgue de J.- S. Bach. Le cin­quan­te­naire de l’ar­ri­vée des Schweit­zer à Lam­ba­ré­né est célé­bré le 18 avril 1963, son 90e anni­ver­saire est célé­bré le 4 jan­vier 1965. L’hô­pi­tal conti­nue de s’a­gran­dir et compte désor­mais 560 lits10.

Le 4 sep­tembre 1965, à l’âge de 90 ans, Albert Schweit­zer meurt à Lam­ba­ré­né après une courte mala­die. Il est enter­ré le len­de­main dans le petit cime­tière proche du fleuve Ogooué qu’il avait, à la demande de son épouse , amé­na­gé devant la mai­son pour sa famille et ses col­la­bo­ra­teurs. Les cendres d’Em­ma Hausk­necht, son assis­tante, décé­dée le 4 juin 1956 à Stras­bourg, y repo­saient déjà et celles de son épouse, Hélène, morte à Zurich le 1er juin 1957, y avaient été dépo­sées le 25 jan­vier 195863. Celles de leur fille Rhé­na Schweit­zer-Mil­ler les y rejoignent en 200964.

Une croix blanche porte l’ins­crip­tion « Ci-gît le doc­teur Albert Schweit­zer né le 14–1‑1875, décé­dé le 4–9‑1965 ».

Un « homme universel »

Une lettre de 190665, adres­sée par le jeune Albert Schweit­zer à sa future femme Hélène, atteste qu’il était très conscient d’être un « homme uni­ver­sel » : « Quel­que­fois l”« uni­ver­sa­li­té » de mon esprit me fait peur […] je le porte comme un poids […] mais, ensuite […] je suis fier d’être plus uni­ver­sel que les autres et je me sens capable de res­ter à la hau­teur pour tout. »

Musicien

Par­mi les pas­sions d’Al­bert Schweit­zer, la musique occupe, chro­no­lo­gi­que­ment, la pre­mière place. Sa double culture lui donne accès très tôt aux esthé­tiques alle­mande et fran­çaise. Recon­nu comme ana­lyste et inter­prète de l’œuvre de Bach, il contri­bue aus­si à la recherche sur l’his­toire de l’orgue et de sa fac­ture66. Son talent consti­tue selon lui une « grande chance »67, puisque le suc­cès de ses concerts lui per­met de contri­buer au finan­ce­ment de son vil­lage-hôpi­tal en Afrique. il cor­res­pon­dait avec la com­po­si­trice Cla­ra Mathil­da Faisst et les deux devinrent de bons amis68.

Formation

Enfant sen­sible, il est par­fois pris d’un véri­table trouble, proche de l’é­va­nouis­se­ment, lors­qu’il entend de la musique69. Après ses pre­mières gammes au vil­lage, il se forme auprès de plu­sieurs maîtres, dont le pre­mier est Eugène Münch, l’or­ga­niste de l’église Saint-Étienne à Mul­house où il est lycéen. Par lui il fait la connais­sance de son frère, Ernest Munch, qu’il rem­place quel­que­fois à l’orgue de l’église Saint-Guillaume de Stras­bourg et auquel il suc­cède. Leur atta­che­ment com­mun à l’œuvre de Jean-Sébas­tien Bach est, selon Fritz Münch – fils d’Er­nest et beau-frère d’Al­fred –, à l’o­ri­gine d’une véri­table « tra­di­tion Bach » à Stras­bourg70. C’est ensuite à Paris qu’il va se per­fec­tion­ner, d’a­bord auprès de Charles-Marie Widor, com­po­si­teur et orga­niste à l’église Saint-Sul­pice, qui dis­pose d’un ins­tru­ment pres­ti­gieux. Il étu­die aus­si le pia­no avec Marie Jaëll et Isi­dor Phi­lipp.

Musicologue

Avec ces émi­nents pro­fes­seurs, il découvre d’autres com­po­si­teurs, mais reste fidèle à Bach, à qui il consacre une étude appro­fon­die, Jean-Sébas­tien Bach, le musi­cien-poète71. L’ou­vrage, pré­fa­cé par Widor, est publié en fran­çais en 1905, mais, devant son suc­cès, l’é­di­teur lui pro­pose de le tra­duire en alle­mand. De fait le jeune homme en pro­fite pour le rema­nier et cette nou­velle ver­sion consi­dé­ra­ble­ment aug­men­tée paraît en 1908. En 1912 il entre­prend, en col­la­bo­ra­tion avec Widor dont il reste proche72, l’é­di­tion com­plète des œuvres pour orgue de Bach pour le compte de G. Schir­mer, un édi­teur amé­ri­cain. Elle ne sera ache­vée que 50 ans plus tard69. Les musi­co­logues contem­po­rains se sont éloi­gnés des concep­tions de Schweit­zer, mais ses tra­vaux ont mar­qué l’his­toire de l’orga­no­lo­gie70.

Concertiste

Sa répu­ta­tion croît en Europe où il est de plus en plus sol­li­ci­té. En 1905 il par­ti­cipe à la fon­da­tion de la Socié­té Jean-Sébas­tien Bach avec Gus­tave Bret (1875–1969), puis accom­pagne par­fois le chœur et l’or­chestre qui se pro­duisent à la salle Gaveau. À par­tir de 1908, il est éga­le­ment invi­té à Bar­ce­lone, à plu­sieurs reprises, pour accom­pa­gner l’Orfeó Cata­là. Sous l’in­fluence de Widor, Schweit­zer, qui vou­lait que toutes les voix puissent être enten­dues dis­tinc­te­ment, adopte à l’orgue un tem­po que l’on juge aujourd’­hui assez lent. Moqueur, le com­po­si­teur Nico­las Nabo­kov pré­ci­sait : « ce qu’est la Volks­wa­gen à la Porsche »69.

Son acti­vi­té de concer­tiste s’é­tale sur une période com­prise en 1892 et 195573. On a recen­sé à ce jour 487 réci­tals dans 11 pays, par­ti­cu­liè­re­ment en Europe du Nord. Pen­dant les années 1920–1930, il donne ain­si plus de 120 concerts aux Pays-Bas, en Suède et au Dane­mark74.

1952, Albert Schweit­zer à l’orgue de la salle Poi­rel à Nan­cy

Plu­sieurs inter­pré­ta­tions de Schweit­zer, à Londres – au Queen’s Hall (1928) et à All Hal­lows-by-the-Tower (1935) –, à l’église Sainte-Auré­lie de Stras­bourg (1936) et à l’é­glise parois­siale de Guns­bach (1951–1952), ont fait l’ob­jet d’en­re­gis­tre­ments, pour His Mas­ter’s Voice, puis Phi­lips et Colum­bia Records. Ces quelque 70 enre­gis­tre­ments his­to­riques concernent prin­ci­pa­le­ment des pièces d’orgue de Jean-Sébas­tien Bach, mais aus­si de Felix Men­dels­sohnCésar Franck et Charles-Marie Widor75.

Facteur d’orgues

L’or­ga­niste Schweit­zer est éga­le­ment un fac­teur d’orgue enga­gé dans la réforme alsa­cienne de l’orgue76. Il publie un petit essai en 190677 et par­ti­cipe en 1909 à la publi­ca­tion d’un règle­ment inter­na­tio­nal pour la construc­tion des orgues78. À l’église Saint-Tho­mas de Stras­bourg, où il a orga­ni­sé le 28 juillet 1909 le pre­mier concert anni­ver­saire de la mort de Jean-Sébas­tien Bach – qui devien­dra une tra­di­tion –, il lutte aus­si pour la sau­ve­garde de son orgue Sil­ber­mann69. Avec Émile Rupp, orga­niste de l’église Saint-Paul de Stras­bourg79, il dénonce le nou­vel « orgue d’u­sine », plus tech­nique et plus puis­sant, mais pri­vé de sen­ti­ments.

Lors­qu’il quitte l’Al­sace en 1913, Albert Schweit­zer emporte le pia­no à péda­lier d’orgue qui lui a été offert : il pour­ra ain­si conti­nuer à s’exer­cer pour ses futurs concerts en Europe69.

Théologien

Albert Schweit­zer s’ins­crit dans la ligne du pro­tes­tan­tisme libé­ral, cou­rant théo­lo­gique qui cri­tique les concep­tions tra­di­tion­nelles et qui s’ef­force de repen­ser et de refor­mu­ler le mes­sage chré­tien pour qu’il soit com­pré­hen­sible pour des esprits modernes et qu’il puisse les inter­pel­ler80.

Il exa­mine les dogmes « de manière his­to­rique et cri­tique », les consi­dé­rant comme « une expres­sion de la foi, expres­sion non pas immuable et éter­nel­le­ment valable, mais his­to­ri­que­ment datée, mar­quée par son contexte »81. Pré­sident d’hon­neur de l’As­so­cia­tion fran­çaise des pro­tes­tants libé­raux, il a éga­le­ment été très proche des uni­ta­riens amé­ri­cains qui l’ont sou­te­nu à la fin de la Deuxième Guerre mon­diale82. Il se situe sou­vent à contre-cou­rant des grandes ten­dances contem­po­raines – ce qui lui vaut de vives oppo­si­tions, en par­ti­cu­lier de théo­lo­giens proches des posi­tions de Karl Barth – et prône avant tout une « théo­lo­gie de l’ac­tion »83.

Ses tra­vaux portent prin­ci­pa­le­ment sur le Nou­veau Tes­ta­mentJésus de Naza­reth, l’apôtre Paul, les reli­gions du monde et les spé­ci­fi­ci­tés du chris­tia­nisme82. Selon Étienne Troc­mé, « Albert Schweit­zer est assu­ré­ment, par son étour­dis­sante éru­di­tion et l’au­dace de ses thèses per­son­nelles, le bio­graphe de Jésus le plus impor­tant qui ait exis­té entre Renan et Bult­mann. »84

L’appel de Jésus

La réflexion de Schweit­zer, étu­diant, puis jeune ensei­gnant à la Facul­té de théo­lo­gie de Stras­bourg, s’ins­crit dans le contexte géné­ral des quêtes du Jésus his­to­rique, com­men­cées à la fin du xviiie siècle avec Rei­ma­rus.

Sa monu­men­tale His­toire des recherches sur la vie de Jésus (1906)85 met en évi­dence la grande diver­si­té des inter­pré­ta­tions, toutes ana­chro­niques, qu’il dis­cute et cri­tique tour à tour. Étienne Troc­mé, à pro­pos de sa pré­sen­ta­tion d’un Jésus pré­di­ca­teur escha­to­lo­gique, fait remar­quer que lui-même n’échappe pas à un ancrage tem­po­rel86. Schweit­zer sou­ligne l”« étran­ge­té » de Jésus (il appar­tient à un monde cultu­rel tota­le­ment dif­fé­rent du nôtre) et son mys­tère (nous ne pou­vons péné­trer dans sa vie intime ni déter­mi­ner sa rela­tion exacte avec Dieu)87. Sa per­sonne, son être, sa nature pro­fonde nous sont her­mé­tiques et incon­nais­sables, mais son mes­sage vaut pour tout homme à toute époque86.

Il voit en lui l’ins­pi­ra­teur de sa propre vie, notam­ment lors­qu’il fait le choix de l’A­frique, qu’il inter­prète comme une réponse à l’appel de Jésus : « Toi, suis-moi ! »81.

Spécificité du christianisme

Au xixe siècle, de nom­breux théo­lo­giens qua­li­fient le chris­tia­nisme de « reli­gion abso­lue » (autre­ment dit, de « reli­gion par­faite », alors que les autres sont fausses ou défec­tueuses)82, affir­ma­tion que la Grande Guerre dis­cré­dite pour beau­coup d’Eu­ro­péens, dont cer­tains recherchent d’autres formes de spi­ri­tua­li­té, notam­ment du côté des sagesses orien­tales.

En 1922, Albert Schweit­zer déclare à des mis­sion­naires anglais réunis à Sel­ly Oak que la reli­gion chré­tienne ne doit « reven­di­quer aucun pri­vi­lège, mais prendre part au com­bat des idées, en ne comp­tant que sur la force de sa véri­té intrin­sèque »82.

La com­pa­rai­son entre les reli­gions fait appa­raître la spé­ci­fi­ci­té du chris­tia­nisme qui réside dans son mes­sage à la fois mys­tique et éthique. Schweit­zer dis­tingue deux types de spi­ri­tua­li­tés. Les unes, plu­tôt dua­listes, opposent la véri­té divine à un monde fon­ciè­re­ment mau­vais, dont il faut alors se déta­cher pour pra­ti­quer l’as­cèse et la contem­pla­tion. Les autres, plu­tôt monistes, voient dans le monde l’ex­pres­sion de la volon­té divine et prônent donc l’ac­cep­ta­tion et la sou­mis­sion. Selon Schweit­zer, l’É­van­gile n’entre dans aucune de ces deux caté­go­ries : son escha­to­lo­gie pro­pose une vision dyna­mique, celle d’une trans­for­ma­tion pro­fonde de la réa­li­té82. Le monde ne doit ni être mépri­sé ni être idéa­li­sé, mais trans­for­mé par l’action de Dieu dans les hommes. Le chris­tia­nisme joint indis­so­cia­ble­ment mys­tique (rela­tion avec l’ab­so­lu) et éthique (enga­ge­ment dans le monde). Dans le contexte spé­ci­fique de l’entre-deux-guerres, Schweit­zer ne s’ap­pe­san­tit pas sur le judaïsme, écarte l’islam, et concentre ses recherches sur les reli­gions de l’An­ti­qui­té, les spi­ri­tua­li­tés de l’Inde88, puis celles de la Chine (il n’achèvera pas le livre qu’il vou­lait leur consa­crer).

Prédication

Fils et petit-fils – par sa mère – de pas­teurs, Albert Schweit­zer s’en­gage dans une voie qui semble d’a­bord toute tra­cée. À par­tir de 1898, il a l’oc­ca­sion de pro­non­cer quelques ser­mons à Stras­bourg et à Guns­bach89. Entre 1900 et 1912, puis à nou­veau de 1918 à 1922, Albert Schweit­zer, deve­nu vicaire à la paroisse de Saint-Nico­las, déploie alors une intense acti­vi­té de pré­di­ca­tion et en éprouve un « bon­heur indi­cible »90. Puis il lui arrive de pro­non­cer d’autres ser­mons, sans être des­ser­vant d’une paroisse, notam­ment à Stock­holm et à Londres89. Au cours de ses dif­fé­rents séjours à Lam­ba­ré­né, il conti­nue de prê­cher jus­qu’à sa mort en 196591.

À tra­vers ces ser­mons, pré­pa­rés avec soin, il s’ap­plique essen­tiel­le­ment à inter­pré­ter les paroles de Jésus dans les évan­giles, exhor­tant, en termes enthou­siastes, ses parois­siens à œuvrer à l’a­vè­ne­ment du Royaume de Dieu par l’ac­tion. Ce Royaume, que les pre­miers chré­tiens se repré­sen­taient comme une cité mer­veilleuse dans un futur post apo­ca­lyp­tique, ce monde-ci étant détruit pour lais­ser la place à « un nou­veau ciel et une nou­velle terre »92, il en pro­pose une autre vision, celle de la trans­for­ma­tion de la terre et des hommes selon l’i­déal chré­tien de jus­tice, d’hu­ma­ni­té et de sin­cé­ri­té. Action humaine et action divine se conjuguent pour y par­ve­nir, et cha­cun peut y prendre sa part (mit­wir­ken), même si les obs­tacles sont nom­breux : décou­ra­ge­ment, indif­fé­rence, habi­tudes et pré­ju­gés90.

Des cen­taines de ser­mons ont été conser­vés et consti­tuent un maté­riau de choix pour l’é­tude de sa pen­sée89.

Philosophe

Albert Schweit­zer se réclame d’a­bord de Goethe en qui il voit un héri­tier d’Héra­clite qu’il oppose aux phi­lo­sophes dog­ma­tiques. À par­tir de ses pre­miers tra­vaux sur la phi­lo­so­phie kan­tienne, il déve­loppe une œuvre ori­gi­nale, res­tée inache­vée93. Pour Albert Schweit­zer, théo­lo­gie et phi­lo­so­phie doivent se ren­con­trer et col­la­bo­rer83. Ses recherches le conduisent à l’é­la­bo­ra­tion d’un prin­cipe cen­tral, le res­pect de la vie, qui anime sa pen­sée et son action tout au long de sa vie.

Lecture de Kant

En 1899 il sou­tient, sous la direc­tion de Theo­bald Zie­gler, une thèse consa­crée à la phi­lo­so­phie de la reli­gion chez Kant15, le « phi­lo­sophe du devoir »94. L’ap­proche kan­tienne inter­pelle l’é­tu­diant dont toute l’é­du­ca­tion reli­gieuse a été impré­gnée du sens du devoir, mais il en pro­pose une cri­tique radi­cale : Kant a, selon lui, man­qué de cou­rage pour fon­der son éthique dans la pen­sée et ne répond pas véri­ta­ble­ment à la ques­tion pri­maire du « quoi faire ? ». À la fin de sa vie il en vien­dra à une éthique déon­to­lo­gique ins­pi­rée de Kant, allant en quelque sorte « avec Kant au-delà de Kant », pour reprendre la for­mule du néo­kan­tien Her­mann Cohen.

Le jury de thèse a salué sa « grande péné­tra­tion d’es­prit » et son tra­vail est publié chez un édi­teur recon­nu95, mais son enga­ge­ment de pré­di­ca­teur lui ferme la pos­si­bi­li­té d’une car­rière uni­ver­si­taire en phi­lo­so­phie. Il opte alors pour la théo­lo­gie.

Philosophie de la civilisation

Déjà étu­diant, Albert Schweit­zer lit et relit abon­dam­ment l’œuvre de Frie­drich Nietzsche (auquel il res­semble phy­si­que­ment de façon éton­nante) qui l’in­fluence consi­dé­ra­ble­ment même si leurs concep­tions divergent par­fois96. La Pre­mière Guerre mon­diale lui appa­raît comme un symp­tôme révé­la­teur du déclin de la civi­li­sa­tion euro­péenne97 et le conduit à éla­bo­rer une Kul­tur­phi­lo­so­phie, dont deux tomes sont publiés en 1923. Il n’a­chè­ve­ra pas le troi­sième, dont on publie­ra le brouillon après sa mort98. Dans le pre­mier volume99, il brosse un tableau très sombre de la situa­tion de l’hu­ma­ni­té100. La culture euro­péenne – sa mis­sion civi­li­sa­trice – a échoué, mais force est de consta­ter que les autres n’ont pas mieux réus­si. C’est dans le second tome101 qu’il déve­loppe son prin­cipe du « res­pect de la vie ».

Inter­ro­geant le rap­port entre notre repré­sen­ta­tion du monde (Wel­tan­schauung) et l’é­thique, il reprend après Kant ces deux ques­tions fon­da­men­tales : « Que puis-je savoir ? » et « Que dois-je faire ? ». Pour éclai­rer sa démarche, il explore d’autres cultures, en par­ti­cu­lier la pen­sée de l’Inde102 et celle de la Chine103. Sa pen­sée est éga­le­ment nour­rie par ses échanges avec d’autres phi­lo­sophes et des per­son­na­li­tés de son temps, telles que le Tchèque Oskar Kraus, qui lui pré­sente son com­pa­triote, le pré­sident Tomáš Masa­rykAlbert Ein­steinBer­trand Rus­sellLinus Pau­ling ou Karl Jas­pers104. Elle s’in­carne dans l’ac­tion, sur le ter­rain en Afrique comme sur la scène inter­na­tio­nale, lors­qu’il s’en­gage contre l’arme nucléaire.

Respect de la vie

Le « res­pect de la vie » consti­tue le fon­de­ment de l’é­thique d’Al­bert Schweit­zer, qui en a fait « l’é­ten­dard »105 de son œuvre et de sa vie, même si ce prin­cipe est loin de résu­mer la tota­li­té de sa pen­sée éthique. C’est la for­mu­la­tion qu’il a lui-même choi­sie pour trans­po­ser Ehr­furcht vor dem Leben, une expres­sion alle­mande que l’on pour­rait aus­si tra­duire par « res­pect crain­tif » ou « crainte res­pec­tueuse devant la vie », puisque le verbe ehren signi­fie « hono­rer » et fürch­ten, « redou­ter »106.

La genèse de cette idée a été expli­quée, voire mise en scène83, par Schweit­zer et abon­dam­ment citée en tant que moment fon­da­teur de sa pen­sée107. En sep­tembre 1915, au cours d’un long tra­jet en pirogue sur l’Ogooué pour se rendre au che­vet d’une malade, alors qu’il cherche en vain à éla­bo­rer une concep­tion élé­men­taire et uni­ver­selle de l’é­thique, il vit une expé­rience inat­ten­due :

« Le soir du troi­sième jour alors que nous avan­cions dans la lumière du soleil cou­chant, en dis­per­sant au pas­sage une bande d’hip­po­po­tames, sou­dain m’ap­pa­rurent sans que je les eusse pres­sen­tis ou cher­chés les mots : res­pect de la vie. La porte d’ai­rain avait cédé108. »

Cette nou­velle illu­mi­na­tion109 cris­tal­lise une sen­si­bi­li­té et une réflexion anté­rieures. En effet, lors d’un cours don­né le 13 février 1912 à l’uni­ver­si­té de Stras­bourg, il a déjà trai­té du thème du res­pect de la vie. Il s’a­gis­sait alors de mettre l’ac­cent sur le carac­tère irrem­pla­çable de tout être vivant et sur la res­pon­sa­bi­li­té de l’homme à l’é­gard de tous les êtres vivants110. Dès 1909, dans un ser­mon du 7 février, il uti­li­sait Ehr­furcht dans un contexte un peu dif­fé­rent pour invi­ter ses parois­siens à res­sen­tir ce sen­ti­ment de crainte res­pec­tueuse envers Jésus111.

La notion de res­pect de la vie ne désigne pas seule­ment un sen­ti­ment ou un état d’âme. Il s’a­git d’une atti­tude dyna­mique, d’un com­bat à mener, pour ser­vir la vie et la défendre par­fois contre le dan­ger qu’elle repré­sente pour elle-même83. Tou­te­fois, à ses yeux, ce n’est pas une éthique déve­lop­pée, ni « un sys­tème clos et com­plet », car beau­coup de pro­blèmes sub­sistent, aux­quels Schweit­zer se confronte en de nom­breuses occa­sions, comme en témoigne sa cor­res­pon­dance. Ouvrant la route pour des solu­tions réflé­chies et créa­tives, ce prin­cipe consti­tue avant tout un fon­de­ment, une orien­ta­tion : chaque vie est sacrée et il n’y a pas de hié­rar­chie de valeur entre les dif­fé­rentes formes de vie112 : « je suis une vie qui veut vivre, au milieu d’autres vies qui veulent vivre »note 7.

Condition animale

Le jeune Albert, éle­vé à la cam­pagne, était entou­ré d’a­ni­maux. C’est un enfant sen­sible, révol­té par les mau­vais trai­te­ments qui leur sont infli­gés113. Il pro­tège les escar­gots, les vers de terre, éga­le­ment les plantes114.

Son édu­ca­tion lui révèle le mes­sage d’a­mour et de non-vio­lence de la Bible115, mais, dans ses écrits ulté­rieurs, il dénonce l’in­dif­fé­rence de la phi­lo­so­phie euro­péenne à la pro­tec­tion des ani­maux, alors que l’a­mour du pro­chain pré­co­ni­sé par le chris­tia­nisme contient « impli­ci­te­ment » la com­pas­sion envers les bêtes113. Au fil de ses lec­tures, il retrouve ces notions chez les pen­seurs indiens et chi­nois. Le jaï­nisme, avec la notion d’ahim­sa, retient par­ti­cu­liè­re­ment son atten­tion et influence sa pen­sée115.

En Afrique équa­to­riale, où le bien-être des ani­maux ne consti­tue pas alors une prio­ri­té, le doc­teur Schweit­zer sur­prend par l’at­ten­tion qu’il porte même aux plus petites espèces116. À côté des cases des­ti­nées aux patients, il a amé­na­gé une sorte de refuge pour les ani­maux, accueillant des singes, des chiens, des chats, des poules ou des péli­cans – il eut pour com­pa­gnon un péli­can nom­mé « Par­si­fal », auquel il donne la parole dans un petit ouvrage117 –, voire des anti­lopes115. Il réprouve tota­le­ment la chasse et lui-même est prin­ci­pa­le­ment végé­ta­rien, quoique sans osten­ta­tion118.

Son éthique du res­pect de la vie s’é­tend donc expli­ci­te­ment à toute forme de vie. Il a conscience que l’être humain, comme tout vivant, se trouve dans l’im­pos­si­bi­li­té d’é­vi­ter tota­le­ment le sacri­fice d’autres vies pour sa propre sur­vie, et sa démarche prend en compte cette dimen­sion. Il pré­co­nise un chan­ge­ment radi­cal, réflé­chi et déter­mi­né du com­por­te­ment des hommes115.

Médecin

L’ac­ti­vi­té médi­cale d’Al­bert Schweit­zer est à l’o­ri­gine de sa noto­rié­té auprès du grand public, mais, selon le cher­cheur gabo­nais Hines Mabi­ka, elle a sus­ci­té moins de recherches his­to­riques que ses autres tra­vaux119.

Outre son auto­bio­gra­phie, Ma vie et ma pen­sée, son abon­dante cor­res­pon­dance avec Hélène per­met néan­moins de le suivre pas à pas au cours de ses années de for­ma­tion120. Selon son habi­tude, il tra­vaille beau­coup, et ces études, d’a­bord choi­sies comme « utiles », le pas­sionnent et consti­tuent pour lui une véri­table « expé­rience sur le plan spi­ri­tuel121 ». On le voit aus­si inter­ve­nir auprès de plu­sieurs proches, atteints de diverses patho­lo­gies, par­fois à carac­tère psy­cho­so­ma­tique, et apprendre à ne pas dis­so­cier le malade de son esprit, de sa vie, de sa culture120.

Le doc­teur Schweit­zer arrive à Lam­ba­ré­né en 1913. L’en­ga­ge­ment des quelques mis­sion­naires, for­més en méde­cine, déjà à l’œuvre avant son arri­vée ont été décrites par le doc­teur Othon Printz122. Ses propres Lettres de Lam­ba­ré­né contiennent de nom­breuses obser­va­tions cli­niques, mais n’ont pas été tra­duites en fran­çais à ce jour. En 2005, un ancien méde­cin colo­nial fran­çais, André Audoy­naud, dresse contre son confrère un réqui­si­toire très média­ti­sé119. Dans Cœur de gazelle et peau d’hip­po­po­tame (2006), le couple Wal­ter et Jo Munz123 → lui méde­cin suisse, elle sage-femme d’o­ri­gine néer­lan­daise – relate les der­nières années d’Al­bert Schweit­zer à Lam­ba­ré­né et l’é­vo­lu­tion ulté­rieure de son hôpi­tal. Un autre cher­cheur gabo­nais, Augus­tin Emane, a recueilli les témoi­gnages de patients et de leur entou­rage, publiés en 2013124.

Selon le doc­teur Mabi­ka, les inves­ti­ga­tions menées à ce jour ne rendent pas compte de l’apport ori­gi­nal de Schweit­zer à la méde­cine – notam­ment à la méde­cine tro­pi­cale –, son sou­ci per­ma­nent d’a­dé­qua­tion à l’en­vi­ron­ne­ment social et la mise au point pro­gres­sive d’une nou­velle forme d’accueil et de soins, le vil­lage-hôpi­tal119.

Critiques

Albert Schweit­zer a tou­jours été contes­té, mais selon André Gou­nelle – qui lui recon­naît comme à tout être humain des fai­blesses et des erreurs – , les attaques viru­lentes125 diri­gées contre lui dépassent le cadre d’une cri­tique légi­time : les par­tis pris idéo­lo­giques et le « goût de démo­lir les célé­bri­tés » y auraient sans doute leur part83. Le théo­lo­gien fran­çais se demande aus­si si elles ne tra­dui­raient pas une forme de malaise, la pen­sée et l’ac­tion du doc­teur Schweit­zer ren­voyant cha­cun à ses propres res­pon­sa­bi­li­tés.

Premiers heurts

Sa lec­ture du Nou­veau Tes­ta­ment sus­cite d’a­bord la désap­pro­ba­tion de tous, avant de faire son che­min. À la Socié­té des mis­sions, si l’on excepte Alfred Boe­gner et son neveu Marc Boe­gner, il est plu­tôt mal accueilli. On se méfie de ce théo­lo­gien libé­ral et alsa­cien. Les Églises redoutent son indé­pen­dance d’es­prit. De nom­breux théo­lo­giens le soup­çonnent de déna­tu­rer l’Évangile et de s’é­loi­gner du chris­tia­nisme3.

En 1913, les amis, sa famille et sa belle-famille ne com­prennent pas son choix de l’A­frique et de la méde­cine et cherchent à l’en dis­sua­der126. Sa mère meurt en 1916 sans s’être récon­ci­liée avec lui.

Réticences françaises

En dehors de l’Al­sace, Albert Schweit­zer a rare­ment trou­vé en France ses plus fer­vents adeptes et, selon André Gou­nelle3 et Mat­thieu Arnold127, y reste aujourd’­hui lar­ge­ment mécon­nu, y com­pris par­mi les pro­tes­tants.

Les deux guerres mon­diales, la natio­na­li­té de son épouse et son atta­che­ment à la double culture éveillent quel­que­fois le soup­çon du côté fran­çais. et le mythe en agace plus d’un3.

Si Gil­bert Ces­bron s’en­thou­siasme en 1949, bien des intel­lec­tuels fran­çais ne se laissent pas séduire. La même année, dans un poème viru­lentnote 8 de son recueil Can­ti­lènes en geléeBoris Vian s’at­taque au per­son­nage128,129. Dans les années 1950, Jean-Paul Sartre, son cou­sin (la mère de Sartre est née Schweit­zer) futur lau­réat d’un prix Nobel (qu’il refu­se­ra) et cou­tu­mier des por­traits au vitriol130, le décrit comme « le plus grand filou qui soit »131.

Ses prises de posi­tion contre l’arme nucléaire à la fin des années 1950 indis­posent aus­si le gou­ver­ne­ment fran­çais pen­dant que le géné­ral de Gaulle, de retour au pou­voir, y est favo­rable. Les hom­mages funèbres du gou­ver­ne­ment fran­çais seront tièdes132.

En 1959, lors de la déco­lo­ni­sa­tion, Schweit­zer esti­mait : « De Gaulle se trompe. Pour­quoi veut-il déco­lo­ni­ser si vite ? [… Il] ne se rend pas compte qu’ils ne sont pas mûrs pour la démo­cra­tie. Encore moins pour l’indépendance. Elle sera pour eux une tra­gé­die133. ». De Gaulle répon­dait : « Vous croyez que je ne le sais pas, que la déco­lo­ni­sa­tion est désas­treuse pour l’Afrique ? […] Mais que vou­lez-vous que j’y fasse ? Les Amé­ri­cains et les Russes se croient la voca­tion de libé­rer les peuples colo­ni­sés et se livrent à une sur­en­chère133. »

L’a­vè­ne­ment de la vogue huma­ni­taire, par le biais des French doc­tors qui s’en réclament par­fois, lui vaut une mon­tée de popu­la­ri­té en France134.

En 2001, dans un ouvrage contro­ver­sé, Les Frères invi­sibles135, por­tant sur le pou­voir de la franc-maçon­ne­rie en France, les jour­na­listes d’in­ves­ti­ga­tion Ghis­laine Otten­hei­mer et Renaud Lecadre décrivent l’in­fluence consi­dé­rable de la franc-maçon­ne­rie par­mi les chefs d’É­tat afri­cains et les hommes d’af­faires, éga­le­ment dans le domaine huma­ni­taire, ajou­tant qu’Al­bert Schweit­zer en fai­sait par­tie, mais ils n’avancent aucune preuve et cela appa­raît peu vrai­sem­blable.

En 2005, André Audoy­naud publie un ouvrage polé­mique, Le doc­teur Schweit­zer et son hôpi­tal à Lam­ba­ré­né : l’en­vers d’un mythe136. Ancien méde­cin-chef de l’hô­pi­tal public de Lam­ba­ré­né, il rend hom­mage au théo­lo­gien, mais décrie le phi­lo­sophe et le musi­cien, et bien davan­tage encore le confrère, sa per­son­na­li­té et ses pra­tiques médi­cales. Son réqui­si­toire lui vaut d’être inter­viewé dans le film docu­men­taire de Georg Misch, Ana­to­mie d’un saint (2010)125.

Méfiance américaine

Les États-Unis ont d’a­bord célé­bré et sou­te­nu le doc­teur Schweit­zer, mais un revi­re­ment se pro­duit à par­tir de 1957125, lorsque celui-ci prend ouver­te­ment posi­tion contre les essais nucléaires, et plus géné­ra­le­ment contre la course aux arme­ments. Il devient alors per­so­na non gra­ta pour le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain et cer­tains médias voient dans ses appels une forme de pro­pa­gande en faveur des thèses com­mu­nistes, voire le soup­çonnent d’être mani­pu­lé par des agents étran­gers.

À par­tir de 1958, le pré­sident Eisen­ho­wer et son Secré­taire d’É­tat Dulles cessent de lui envoyer leurs vœux à l’oc­ca­sion de son anni­ver­saire et, en mars 1959, Eisen­ho­wer refuse de par­ti­ci­per à la céré­mo­nie de remise du titre de doc­teur hono­ris cau­sa par l’uni­ver­si­té de Prin­ce­ton. Cepen­dant l’ar­ri­vée au pou­voir de John Ken­ne­dy en jan­vier 1961 met un terme à cette cris­pa­tion et, en 2009, lorsque Barack Oba­ma reçoit à son tour le prix Nobel de la paix, il rend hom­mage à Albert Schweit­zer et aux autres « géants de l’histoire » – Mar­tin Luther KingGeorge Mar­shall et Nel­son Man­de­la – qui l’ont pré­cé­dé137.

Voix africaines

Dans les ser­mons pro­non­cés à l’église Saint-Nico­las de Stras­bourg avant 1914, Albert Schweit­zer avait expli­ci­te­ment cri­ti­qué les entre­prises colo­niales de l’Al­le­magne et les méthodes vio­lentes uti­li­sées par celle-ci dans ses colo­nies du Sud-Ouest afri­cain, par­ti­cu­liè­re­ment lors du mas­sacre des Héré­ros138. Pour­tant, dans le contexte géné­ral de la déco­lo­ni­sa­tion, l’ac­ces­sion du Gabon à l’in­dé­pen­dance en 1960 fait appa­raître une nou­velle forme de contes­ta­tion.

En sep­tembre 1962, l’heb­do­ma­daire Jeune Afrique ouvre le feu avec un article inti­tu­lé « Le scan­dale de Lam­ba­ré­né »139. Son auteur, Jane Rouch – une jour­na­liste amé­ri­caine, épouse de Jean Rouch –, y dénonce les carences de l’hô­pi­tal et le regard condes­cen­dant que le méde­cin por­te­rait sur les Afri­cains. Cette ten­ta­tive de décons­truc­tion du mythe met fin à une mono­po­li­sa­tion du dis­cours par l’Eu­rope140.

Avec Le Grand Blanc de Lam­ba­ré­né (1994), tour­né au Gabon dans les décors d’o­ri­gine, le cinéaste came­rou­nais Bas­sek Ba Kob­hio reven­dique son propre regard sur l’A­frique colo­niale – celui « plus authen­tique » du colo­ni­sé. Il fait pour­tant le choix assu­mé de la fic­tion et rema­nie à son gré les don­nées bio­gra­phiques. De la large place faite aux dia­logues entre de nom­breux per­son­nages émerge le por­trait contras­té d’un homme pré­sen­té comme infa­ti­gable et pas­sion­né, mais auto­ri­taire et pater­na­liste141.

En 2013 – année de la com­mé­mo­ra­tion du cen­te­naire de l’ar­ri­vée du doc­teur Schweit­zer en Afrique –, le Gabo­nais Augus­tin Emane, en poste dans une uni­ver­si­té fran­çaise, fait le bilan des huit années d’en­quêtes menées sur le ter­rain (en fang et en galoa, rare­ment en fran­çais), auprès de ceux qui l’ont connu48. Son livre montre com­ment le per­son­nage éri­gé en mythe en Occi­dent a éga­le­ment accé­dé, bien dif­fé­rem­ment, au sta­tut d’icône au Gabon, où il l’a lar­ge­ment conser­vé.

En 2014, son com­pa­triote Noël Ber­trand Bound­zan­ga, ensei­gnant-cher­cheur à l’uni­ver­si­té Omar-Bon­go, rebon­dit sur la notion de « mal­en­ten­du pro­duc­tif » déve­lop­pée par Emane et publie avec d’autres his­to­riens et anthro­po­logues gabo­nais une série d’es­sais sou­vent cri­tiques, Le mal­en­ten­du Schweit­zer142. Le phi­lo­sophe fran­çais Jean-Paul Sorg déplore à son tour que la dénon­cia­tion par Albert Schweit­zer, bien avant la Grande Guerre, des atro­ci­tés du colo­nia­lisme n’ait pas été prise en compte143. Il attri­bue cette vision tron­quée à l”« ère du soup­çon », carac­té­ris­tique d’une cer­taine moder­ni­té.

Héritage

En 1975, à l’oc­ca­sion du cen­te­naire de sa nais­sance, son élève et ami Robert Min­der avait déjà réuni une cen­taine de témoi­gnages explo­rant les mul­tiples facettes du « rayon­ne­ment d’Al­bert Schweit­zer »144. Depuis ce pre­mier bilan, les hom­mages et les relais n’ont ces­sé de se mul­ti­plier.

Associations

Dès l’o­ri­gine, les asso­cia­tions de sou­tien ont joué un rôle déter­mi­nant dans les réa­li­sa­tions d’Al­bert Schweit­zer145. Avant son pre­mier départ en Afrique (1913), il réunit des amis stras­bour­geois aux­quels il confie la comp­ta­bi­li­té et les démarches admi­nis­tra­tives liées à ses pro­jets. Puis lors de son deuxième séjour (1924) et dans la pers­pec­tive de la construc­tion de l’hô­pi­tal d’An­dende, il trouve de nou­veaux appuis en Suisse et en Alle­magne. Une asso­cia­tion suisse d’aide est fon­dée en 1949, sui­vie par une dizaine d’autres, en Europe, en Amé­rique et au Japon, ain­si que des cercles d’a­mis dans 23 pays145.

Par ailleurs, l”« Asso­cia­tion de l’hô­pi­tal du Doc­teur Albert Schweit­zer à Lam­ba­ré­né » (ASL) – créée en 1930 et dont Schweit­zer pré­side le comi­té direc­teur jus­qu’en 1956 – devient pro­prié­taire du nou­vel hôpi­tal. À la mort de Schweit­zer, l’as­so­cia­tion se renomme « Asso­cia­tion inter­na­tio­nale de l’hô­pi­tal Albert Schweit­zer à Lam­ba­ré­né et de son œuvre » (AISL)145. Dans les années 1970, l’AISL se dés­in­ves­tit de la ges­tion de l’hô­pi­tal au pro­fit d’une fon­da­tion gabo­naise, la « Fon­da­tion inter­na­tio­nale de l’hô­pi­tal du Doc­teur Schweit­zer à Lam­ba­ré­né » (FISL)146. L’AISL prend alors le nom d”« Asso­cia­tion inter­na­tio­nale pour l’œuvre du doc­teur Albert Schweit­zer de Lam­ba­ré­né » et s’emploie désor­mais à faire connaître la vie et la pen­sée du Dr Schweit­zer. Elle gère le musée, les archives, le site Inter­net et publie des ouvrages147.

Une autre asso­cia­tion, l”« Asso­cia­tion fran­çaise des amis d’Al­bert Schweit­zer » (AFAAS), fon­dée à Paris en 1957, édite les Études schweit­zé­riennes (1990–2003)148 et les Cahiers Albert Schweit­zer (avril 1959-)149, qui sont une mine de docu­ments, de textes et d’études. Son siège se trouve aujourd’­hui à Stras­bourg. En Suisse, l”« Asso­cia­tion suisse Albert Schweit­zer » publie deux fois par an Les Nou­velles de Lam­ba­ré­né et de l’œuvre d’Albert Schweit­zer dans le monde150 et sou­tient occa­sion­nel­le­ment les actions de Nou­velle Pla­nète151.

Prix Albert-Schweitzer

Plu­sieurs récom­penses portent le nom de « prix Albert-Schweit­zer ». La plus ancienne fut créée en 1969 par un mécène de Ham­bourgAlfred Toep­fer152.

Musées

En France

  • la mai­son natale d’Al­bert Schweit­zer à Kay­sers­berg153.

Article détaillé : Musée Albert-Schweit­zer (Kay­sers­berg).

  • l’an­cienne mai­son d’Al­bert Schweit­zer à Guns­bach154 où sont expo­sées les col­lec­tions et les archives tan­dis des objets afri­cains sont expo­sés à la mai­rie de la ville.

Article détaillé : Musée Albert-Schweit­zer (Guns­bach).

En Allemagne

Au Gabon

  • à Lam­ba­ré­né, sur le site de l’an­cien hôpi­tal157 au milieu des années 1980158 un musée per­met de voir des élé­ments d’o­ri­gine (mobi­lier, maté­riel médi­cal), recons­ti­tué, ain­si que dif­fé­rents objets, tels sou­ve­nirs et pho­to­gra­phies d’ar­chives.

Œuvres d’art

Le per­son­nage d’Al­bert Schweit­zer, sa sil­houette, sa mous­tache drue, avec ou sans casque colo­nial159, ont ins­pi­ré nombre de créa­teurs, tout par­ti­cu­liè­re­ment les sculp­teurs. Connus ou moins connus, ils ne peuvent être cités tous.

Par­mi eux, l’Al­le­magne est bien repré­sen­tée. Une pho­to­gra­phie de 1929 montre Otto Lei­ber, artiste alle­mand né à Stras­bourg, ache­vant un buste en pré­sence de son modèle160Jür­gen von Woys­ki est l’au­teur, en 1961, d’une sta­tuette de bronze, Pro­fes­sor Dr A. Schweit­zer, qui le met en scène avec cos­tume de voyage et bagages161. Le peintre et sculp­teur alle­mand ori­gi­naire de BohêmeOskar Krei­bich, peint son por­trait, « à la manière de Koko­sch­ka », selon une étude de 1962162. Un artiste de HalleGerhard Geyer, est l’au­teur du pre­mier monu­ment dédié à Albert Schweit­zer163. Éri­gé à Wei­mar en 1968, ce groupe sculp­té en bronze repré­sente une femme afri­caine, son bébé et une fillette, aux côtés du méde­cin qui porte casque, tablier et bottes. En Alsace, c’est aus­si à un artiste alle­mand, Fritz Behn — qui fut élève de Rodin —, que fut confié le monu­ment éri­gé en 1969 sur les hau­teurs de Guns­bach, au lieu-dit Kanz­rain, où l’en­fant du pays aimait se reti­rer pour contem­pler la nature et médi­ter, comme en témoigne une lettre au sculp­teur : « Car là-bas j’é­tais celui qui était occu­pé à pen­ser. Là-bas j’ai­me­rais demeu­rer dans la pierre, et que l’on m’y rende visite »164.

En 1953, le peintre polo­nais Feliks Szczęs­ny Kwar­ta (pl) peint un por­trait qui se trouve actuel­le­ment au Col­lège royal de méde­cine à Londres165. Le buste exé­cu­té par le Fran­çais Georges Bou­logne (1926–1992) en 1954 est éri­gé dans les jar­dins prin­ciers de Mona­co en 1966166. Le plâtre ori­gi­nal de ce buste, pour lequel Albert Schweit­zer avait posé dans sa mai­son de Guns­bach, est conser­vé au Musée du Plâtre avec le fonds d’a­te­lier du sculp­teur Bou­logne167, fonds actuel­le­ment mis en réserve après l’é­vic­tion du Musée du Plâtre déci­dée par la muni­ci­pa­li­té de Cor­meilles-en-Pari­sis.

Aux Pays-Bas, un buste du doc­teur Schweit­zer a été offert au Palais de la Paix de La Haye en 1958168. Une sta­tue monu­men­tale due au sculp­teur néer­lan­dais Pie­ter de Mon­chy est inau­gu­rée en 1974 par la reine Julia­na169 sur le Brink, la place cen­trale de Deven­ter(dans la pro­vince d’Ove­ri­js­sel), car un fonds Schweit­zer y avait été créé pour sou­te­nir son tra­vail en Afrique, ce qui avait conduit Albert Schweit­zer à y venir à plu­sieurs reprises pour don­ner des concerts d’orgue et ain­si aider à la levée de fonds170.

Le prix Nobel de la paix reçu en 1952 étend la noto­rié­té d’Al­bert Schweit­zer outre-Atlan­tique. Le gra­veur amé­ri­cain Arthur Heint­zel­man réa­lise son por­trait dans les années 1950171. L’é­co­no­miste Leo Cherne, éga­le­ment sculp­teur de bustes de plu­sieurs contem­po­rains, consacre en 1955 sa pre­mière œuvre à Albert Schweit­zer172. Tra­vaillant d’a­près des pho­to­gra­phies, il ne l’a­vait pas encore ren­con­tré, mais les deux hommes entre­tien­dront ensuite une cor­res­pon­dance jus­qu’à la mort du méde­cin. River­side Church, une église inter­dé­no­mi­na­tion­nelle de Man­hat­tan construite pen­dant l’entre-deux-guerres, abrite une sta­tue de Lee Lawrie173, d’o­ri­gine alle­mande et dont le nom est asso­cié à de nom­breuses réa­li­sa­tions archi­tec­tu­rales de la pre­mière moi­tié du xxe siècle.

L’art contem­po­rain n’ou­blie pas Albert Schweit­zer : aux côtés de Nel­son Man­de­la ou du dalaï-lama, il a rang d’icône cultu­relle174, comme à la Demeure du Chaos de Saint-Romain-au-Mont-d’Or.

Théâtre et cinéma

En 1949, Gil­bert Ces­bron, écri­vain catho­lique enga­gé, rend visite pour la pre­mière fois à Albert Schweit­zer à Guns­bach175. Il fonde de grands espoirs sur ce pas­teur luthé­rien qu’il pense capable de revi­go­rer un chris­tia­nisme mis à mal par les hor­reurs de la guerre176. Sa pièce de théâtre, Il est minuit, doc­teur Schweit­zer (1951), rem­porte un grand suc­cès et contri­bue gran­de­ment à la noto­rié­té du méde­cin en France. Elle est adap­tée à la radio et por­tée à l’é­cran l’an­née sui­vante par André Haguet qui a confié le rôle prin­ci­pal à Pierre Fres­nay. En 2011, le chan­teur fran­co-gabo­nais Jann Halexan­der reprend à son compte le titre Il est minuit, Doc­teur Schweit­zer pour l’une de ses chan­sons177.

Outre le long métrage de Haguet, Albert Schweit­zer a ins­pi­ré une dizaine d’œuvres ciné­ma­to­gra­phiques141Albert Schweit­zer (1957), une hagio­gra­phie amé­ri­caine d’E­ri­ca Ander­son et Jerome Hill, rem­porte en 1958 l’Oscar du meilleur film docu­men­taire. Un autre Amé­ri­cain, Gray Hof­meyr (en), réa­lise Méde­cin de l’im­pos­sible, inter­pré­té par Mal­colm McDo­well (1990). Le réa­li­sa­teur came­rou­nais Bas­sek Ba Kob­hio brosse en 1990 un por­trait ico­no­claste, Le Grand Blanc de Lam­ba­ré­né – la pre­mière repré­sen­ta­tion de Schweit­zer par un cinéaste afri­cain. En 2009, le Bri­tan­nique Gavin Mil­lar choi­sit de situer son Albert Schweit­zer à l’o­rée de la guerre froide, lorsque le méde­cin prend ouver­te­ment posi­tion contre l’arme nucléaire178. En 2010, le docu­men­ta­riste alle­mand Georg Misch (de) réa­lise Albert Schweit­zer, ana­to­mie d’un saint pour la télé­vi­sion et le ciné­ma179.

Noms d’organisations et de voies urbaines

Comme d’autres lau­réats, Albert Schweit­zer a béné­fi­cié de l”« effet Nobel »180. Outre les avan­tages maté­riels liés, direc­te­ment ou indi­rec­te­ment, à cette dis­tinc­tion, il acquiert en 1952 une aura inter­na­tio­nale consi­dé­rable, qui conduit de très nom­breux éta­blis­se­ments hos­pi­ta­liers et sco­laires, églises, ins­ti­tu­tions et voies urbaines à prendre son nom, ins­pi­rés ou non par son œuvre181. L’hôpi­tal Albert-Schweit­zer de Lam­ba­ré­né, mais aus­si celui d’Haï­ti, fon­dé en 1956 par Lar­ry Mel­lon, le square Albert-Schweit­zer dans le 4e arron­dis­se­ment de Paris ou l’an­cien train Albert-Schweit­zer qui reliait Dort­mund à Stras­bourg, ain­si que deux lycées, en consti­tuent quelques exemples.

La situa­tion est dif­fé­rente en Afrique où, à l’ex­cep­tion de Lam­ba­ré­né, il n’y a aujourd’­hui ni rues ni éta­blis­se­ments sco­laires à son nom dans aucune ville du Gabon, ni de volon­té par­ti­cu­lière du gou­ver­ne­ment — qui reste le prin­ci­pal finan­cier de l’hô­pi­tal — d’en faire une icône, contrai­re­ment à ce qui s’est pas­sé dans le cas de Savor­gnan de Braz­za, par exemple182.

Philatélie et numismatique

Albert Schweit­zer consti­tue à lui seul un thème de col­lec­tion, comme en témoigne une expo­si­tion de 2013 à Kay­sers­berg qui réunis­sait les quelque 1 300 pièces (timbres, enve­loppes, pho­tos) d’un phi­la­té­liste pas­sion­né183.

Les pre­miers timbres à l’ef­fi­gie du doc­teur ont été émis à Mona­co en 1955, à l’oc­ca­sion de son 80e anni­ver­saire184. En 1960 la toute jeune Répu­blique gabo­naise dédie son pre­mier timbre à Albert Schweit­zer185, puis, au fil des ans, en émet d’autres en hom­mage au méde­cin, à son hôpi­tal et même à son péli­can186, ain­si qu’un timbre en or en 1965. Alors qu’en amont du cen­te­naire de la nais­sance d’Al­bert Schweit­zer en 1975, A. Bre­net avait dres­sé une déjà riche « His­toire phi­la­té­lique d’Al­bert Schweit­zer »184, cette année-là une cen­taine de timbres sont émis par 36 pays184.

Les com­mé­mo­ra­tions se suc­cèdent et, en 2015, à l’oc­ca­sion du 50e anni­ver­saire de son décès, un nou­veau timbre est créé par la Socié­té phi­la­té­lique Union 1877 de Stras­bourg187.

Des mon­naies com­mé­mo­ra­tives sont éga­le­ment frap­pées à son effi­gie, notam­ment en RFA et en RDA188.

Œuvres

Publications principales

  • Eugène Münch 1857–1898, éd. impri­me­rie J. Brink­mann, Mul­house, 1898, 33 p.
  • (de) Die Reli­gions­phi­lo­so­phie Kants von der Kri­tik der rei­nen Ver­nunft bis zur Reli­gion inne­rhalb der Gren­zen der blos­sen Ver­nunft, éd. J. C. B. Mohr, Frei­burg i. B., Leip­zig, Tübin­gen, 1899, 325 p. (publi­ca­tion de sa thèse de phi­lo­so­phie, Die Reli­gions­phi­lo­so­phische Skizze der Kri­tik der rei­nen Ver­nunft, 1899)
  • (de) Das Abend­mahl im Zusam­men­hang mit dem Leben Jesu und der Ges­chichte des Urchris­ten­tums (thèse de théo­lo­gie sou­te­nue en 1900, publiée chez J. C. Mohr, Tübin­gen, 1901)
  • (de) Das Lei­dens- und Mes­sia­nitäts­ge­heim­nis, eine Skizze des Lebens Jesu, (habi­li­ta­tion sou­te­nue en 1902, publiée à Tübingen/ Lep­zig, 1901
    • Trad. : Le secret his­to­rique de la vie de Jésus, (trad. Annie Anex-Heim­brod), éd. Albin Michel, Paris, 1961
  • (de) Johann Sebas­tian Bach, éd. Breit­kopf & Här­tel, Leip­zig, 1908 ; ce livre n’est pas une tra­duc­tion alle­mande du pré­cé­dent mais une ré-écri­ture com­plète par Albert Schweit­zer pour le public ger­ma­no­phone de l’ou­vrage magis­tral écrit en fran­çais avec les encou­ra­ge­ments de Charles-Marie Widor et d’Ernest Münch et publié en 1905. Le livre en alle­mand conserve sa pré­face de Charles-Marie Widor.
  • (de) Inter­na­tio­nales Regu­la­tiv für Orgel­bau. Ent­wor­fen und bear­bei­tet von der Sek­tion für Orgel­bau auf dem drit­ten Kon­gress der Inter­na­tio­na­len Musik­ge­sell­schaft (en col­lab. avec l’ab­bé Fran­çois-Xavier Mathias), Arta­ria, Vienne, Breit­kopf et Haer­tel, Leip­zig, 1909, 46 p.
    • Trad. : Règles inter­na­tio­nales pour la construc­tion des orgues, Stras­bourg, 1909
  • (de) Ges­chichte der Pau­li­ni­schen For­schung von der Refor­ma­tion bis auf die Gegen­wart, Georg Olms Ver­lag, 1911, 197 p.
  • (de) Kri­tik der von medi­zi­ni­scher Seite veröf­fent­lich­ten Patho­gra­phien über Jesus, Uni­ver­si­té de Stras­bourg, 1913 (thèse de méde­cine)
    • Publiée sous le titre Die psy­chia­trische Beur­tei­lung Jesu : Dars­tel­lung und Kri­tik, éd. J. C. Mohr, Tübin­gen, 1913, 46 p.
  • Notes et nou­velles de la part du prof. Dr Albert Schweit­zer Lam­ba­ré­né (s. Ogooué, Gabon fran­çais) [archive], Impri­me­rie M. DuMont Schau­berg, Stras­bourg, 1913, 21 p.
  • (de) Ges­chichte der Leben-Jesu-For­schung, Mohr-Sie­beck, Tübin­gen, 1913 (édi­tion revue et aug­men­tée de Von Rei­ma­rus zu Wrede, 1906)
  • Psy­cho­pa­tho­lo­gie du natio­na­lisme, 1915, Arfuyen, 2016.
  • (de) Zwi­schen Was­ser und Urwald. Erleb­nisse und Beo­bach­tun­gen eines Arztes im Urwalde Aequa­to­ria­la­fri­kas, M. Drech­sel, Bern, 1921, 165 p.
  • (de) Kul­tur­phi­lo­so­phie. Ver­fall und Wie­de­rauf­bau der Kul­tur, Bern 1923.
  • (de) Aus mei­ner Kind­heit und Jugend­zeit, Librai­rie évan­gé­lique, 1924, 73 p.
    • Trad. : Sou­ve­nirs de mon enfance, éd. de la Concorde, Lau­sanne, 1926, plu­sieurs rééd. chez Albin Michel, Paris, dont 1984, 108 p. (ISBN 2–226-02161–2)
  • (de) Das Chris­ten­tum und die Wel­tre­li­gio­nen (confé­rences de Sel­ly Oak, 1922)
  • (de) Das Mes­sia­nitäts- und Lei­dens­ge­heim­nis, Mohr, Tübin­gen, 1929, 109 p.
  • Nou­velles de Lam­ba­ré­né – Du prin­temps à l’automne 1924, éd. Librai­rie évan­gé­lique, Stras­bourg, 1925
  • (de) Selbst­dars­tel­lung, Felix Mei­ner, Leip­zig, 1929
  • (de) Die Mys­tik des Apos­tels Pau­lus, Mohr, Tübin­gen, 1930
    • Trad. : La mys­tique de l’a­pôtre Paul (tra­duc­tion de l’al­le­mand par Mar­celle Gué­ri­tot), éd. Albin Michel, Paris, 1962, 338 p.
  • (de) Aus mei­nem Leben und Den­ken, Mei­ner, 1931, 211 p.
    • Trad. : Ma vie et ma pen­sée, éd. Albin Michel, Paris, 1960 (plus. réim­pr.), 286 p. (ISBN 978–2‑226–24643‑1) (la tra­duc­tion fran­çaise omet cer­tains pas­sages de l’o­ri­gi­nal).
  • (de) Afri­ka­nische Jagd­ges­chich­ten, Édi­tions des Sources, Stras­bourg, 1936, 16 p.
  • (de) Afri­ka­nische Ges­chich­ten, Mei­ner, Ham­burg, 1938, 98 p.
    • Trad. : His­toires de la forêt vierge, éd. Payot, Paris, 1941 (rééd. Payot, 1952, 174 p.)
  • (de) Die Wel­tan­schauung der indi­schen Den­ker : Mys­tik und Ethik, C. H. Beck, Munich, 1935, 201 p.
    • Trad. : Les grands pen­seurs de l’Inde : étude de phi­lo­so­phie com­pa­rée, éd. Payot, Paris, 1936, plu­sieurs rééd. dont 2004, 271 p. (ISBN 978–2‑228–89851‑5)
  • Goethe : L’homme et l’œuvre, impr. des Der­nières Nou­velles d’Al­sace, Stras­bourg, 1949, 16 p. (confé­rence faite à AspenColo­ra­do, extrait de Les Sai­sons d’Al­sace, no 1, 1950)
  • Paix ou guerre ato­mique, éd. Albin Michel, Paris, 1958, 60 p. (dis­cours radio­dif­fu­sés)
  • His­toire de mon péli­can (pho­to­gra­phies de Anna Wil­di­kann), éd. Albin Michel, Paris, 1963, 72 p.

Autres éditions posthumes

  • (de) Reich Gottes und Chris­ten­tum (édi­tion et pré­face d’Ul­rich Neuen­sch­wan­der), J. C. B. Mohr (P. Sie­beck), Tübin­gen, 1967, 212 p., réédi­té sous la direc­tion d’Ul­rich Luz, Ulrich Neuen­sch­wan­der et Johann Zür­cher, C. H. Beck, Mün­chen, 1995, 508 p. (ISBN 3–406-39130–3)
  • (de) Gesam­melte Werke in fünf Bän­den (éd. Rudolf Grabs), Beck, Munich, 1974
  • La civi­li­sa­tion et l’éthique (trad. Made­leine Horst, avant-pro­pos par Robert Min­der, pré­face du pas­teur Georges Mar­chal), éd. Alsa­tia, Col­mar, 1976, 215 p. (trad. du tome pre­mier de Kul­tur und Ethik et der­nière par­tie du second tome de Kul­tur­phi­lo­so­phie)
  • La paix par le res­pect de la vie (adresse au lec­teur par Robert Min­der, tra­duc­tion, notes et conclu­sion par Made­leine Horst), éd. de la Nuée Bleue, Stras­bourg, 1979, 328 p. (ISBN 2–7165-0037–1) (tra­duc­tion des 16 pre­miers cha­pitres du tome 2 de Kul­tur und Ethik)
  • Huma­nisme et mys­tique (textes choi­sis par Jean-Paul Sorg), éd. Albin Michel, Paris, 1995, 531 p. (ISBN 978–2‑226–07893‑3)
  • Conver­sa­tions sur le Nou­veau Tes­ta­ment (Ges­präche über das Neue Tes­ta­ment, trad. de l’al­le­mand par Pierre Kem­ner, préf. de Jean-Paul Sorg, postf. de Win­fried Döber­tin), éd. Bre­pols, Paris, 1996, 196 p. (ISBN 2–503-83024–2)
  • (de) Straß­bur­ger Vor­le­sun­gen (édi­té par Erich Gräßer et Johann Zür­cher), C. H. Beck, Mün­chen, 1998, 759 p. (ISBN 3–406-39130–3)
  • (de) Kul­tur und Ethik in den Wel­tre­li­gio­nen (édi­té par Ulrich Kört­ner et Johann Zür­cher), C. H. Beck, Mün­chen, 2001, 467 p. (ISBN 9783406477829)
  • (de) Ges­chichte des chi­ne­si­schen Den­kens (édi­té par Ber­nard Kaempf et Johann Zür­cher), C. H. Beck, Mün­chen, 2002 (éla­bo­ra­tion en 1937), 360 p. (ISBN 978–3‑406–48181‑9)
  • (de) Wir Epi­go­nen : Kul­tur und Kul­turs­taat (édi­té par Ulrich Kört­ner et Johann Zür­cher), Beck, Mün­chen, 2005, 416 p. (ISBN 3–406-52765–5)
  • Res­pect de la vie, textes choi­sis et pré­sen­tés par Ber­nard Kaempf, intro­duc­tion d’Alexandre Min­kows­kiÉdi­tions Arfuyen, Paris-Orbey, 1990.
  • Psy­cho­pa­tho­lo­gie du natio­na­lisme (textes de 1915, éta­blis, tra­duits et pré­sen­tés par Jean-Paul Sorg), Édi­tions Arfuyen, coll. « La faute à Vol­taire », Paris-Orbey, 2016, 150 p. (ISBN 978–2845902374)

Correspondance

en allemand

  • (de) Albert Schweit­zer. Briefe aus Lam­ba­rene (1924–1927), C. H. Beck, Mün­chen, 2009 (pre­mière éd. 1928, puis 1955), 191 p. (ISBN 978–3‑406–59261‑4) (lire extrait en ligne [35] [archive])
  • (de) Gerhardt Fischer (éd.), Briefe aus dem Lam­ba­ré­né-Spi­tal, Berichte aus den Jah­ren 1930–1954, Union Ver­lag, Ber­lin, 1981, 292 p.
  • (de) Wer­ner Zager (éd.) Albert Schweit­zer. Theo­lo­gi­scher und phi­lo­so­phi­scher Brief­wech­sel 1900–1965, C.H. Beck, Mün­chen, 2006, 941 p. (ISBN 3–406-54900–4)

en français

  • Cor­res­pon­dance entre Albert Schweit­zer et Hélène Bress­lau (intro­duc­tion et notes de Jean-Paul Sorg), Jérome Do Bent­zin­ger, Col­mar, 3 vol., tome 1, 1901–1905 : L’A­mi­tié dans l’a­mour, 2005, 250 p. (ISBN 2–84960-048–2) ; tome 2, 1906–1909 : L’A­mour dans l’a­mi­tié, 2009, 334 p. (ISBN 978–2‑84960–182‑2) ; tome 3, 1910–1912 : L’Al­liance, 2011, 331 p. + pl. (ISBN 978–2‑84960–287‑4)
  • « Lettres à Albert Ein­stein », in Études schweit­ze­riennes, no 2, 1991
  • « Lettres à Oskar Kraus (Prague et Londres) », in Études schweit­ze­riennes, no 3, 1992
  • « Lettres à Gus­tav von Lüpke » (tra­duites par Jean-Paul Sorg), in Études schweit­ze­riennes, no 8, prin­temps 1998
  • « Lettres à Nikos Kazant­za­kis », in Études schweit­ze­riennes, no 9, 2000
  • Lettres à Annette, rédi­gées par Albert Schweit­zer et quelques-unes de ses col­la­bo­ra­trices entre 1920 et 1966, Otters­willer, édi­tion Albert Frey, 2010
  • Cor­res­pon­dance avec Charles Michel (1936–1965), tirage pri­vé
  • L’an­tho­lo­gie Huma­nisme et mys­tique réunie par Jean-Paul Sorg, contient d’autres lettres inédites par ailleurs.

Sermons

Une thèse sur la pré­di­ca­tion d’Al­bert Schweit­zer entre 1898 et 1948, sou­te­nue à Stras­bourg en 2012, recense textes et ana­lyses, mais nombre de ser­mons sont aujourd’­hui consi­dé­rés comme per­dus 89.

  • (de) Straß­bur­ger Pre­dig­ten (édi­tion et post­face d’Ul­rich Neuen­sch­wan­der), C.H. Beck, Mün­chen, 1re éd. 1966, 169 p. (dix-sept ser­mons pro­non­cés entre 1900 et 1919)
  • Vivre : paroles pour une éthique du temps pré­sent (pré­face de Georges Mar­chal, tra­duc­tion Made­leine Horst, post­face d’Ul­rich Neuen­sch­wan­der, éd. Albin Michel, Paris, 1re éd. 1970 (tra­duc­tion des Strass­bur­ger Pre­dig­ten)
  • (de) Pre­dig­ten 1898–1948 (édi­tés par Richard Brüll­mann et Erich Gräßer), C. H. Beck, Mün­chen, 2001, 1 392 p. (ISBN 3–406-39130–3)
  • Les ser­mons de Lam­ba­ré­né (édi­tés par Jean-Paul Sorg et Phi­lippe Aubert), Stras­bourg, 2000, Études schweit­zé­riennes, no 10
  • Agir : 21 ser­mons sur les mis­sions et l’hu­ma­ni­taire (tra­duc­tion, intro­duc­tion et post­face Jean-Paul Sorg), Édi­tions Ampe­los, 2009, 193 p. (ISBN 978–2‑35618–029‑2)
  • L’Es­prit et le Royaume (30 ser­mons tra­duits et édi­tés par Jean-Paul Sorg), Édi­tions Arfuyen, Paris-Orbey, 2015, 252 p. (ISBN 978–2‑845–90214‑5) Prix Nathan Katz du Patri­moine 2015.

Enregistrements

Albert Schweit­zer a enre­gis­tré plu­sieurs com­po­si­tions de Men­dels­sohnCésar Franck et Charles-Marie Widor, mais il a sur­tout réa­li­sé de nom­breux enre­gis­tre­ments de l’œuvre pour orgue de Jean-Sébas­tien Bach, à Londres (1928 et 1935), Stras­bourg (1936) et Guns­bach (1951–1952)189. Le numé­ro du Bach-Werke-Ver­zeich­nis (BWV) per­met de situer cha­cun dans la liste des œuvres de Jean-Sébas­tien Bach.

Londres (Queen’s Hall, mai 1928, et BarkingAll Hallows-by-the-Tower, 16–18 décembre 1935)

  • BWV 668 Vor dei­nen Thron tret” ich en sol majeur(1928)
  • BWV 727 Herz­lich tut mich ver­lan­gen en si mineur (1928)
  • BWV 534 Pré­lude et fugue en fa mineur (1935)
  • BWV 541 Pré­lude et fugue en sol majeur (1935)
  • BWV 542 Pré­lude (Fan­tai­sie) et fugue en sol mineur (1935)
  • BWV 545 Pré­lude et fugue en do majeur (1935)
  • BWV 565 Toc­ca­ta et fugue en ré mineur (1935)
  • BWV 578 Fugue en sol mineur (1935)

Strasbourg (Église Sainte-Aurélie, 20–29 octobre 1936)

BWV 36.4 Wie schön leuch­tet der Mor­gens­tern

Gunsbach (Église paroissiale, 1951–1952)

Annexes

Bibliographie sélective

La biblio­gra­phie com­plète sur Albert Schweit­zer com­porte plu­sieurs cen­taines de réfé­rences en diverses langues. Ces publi­ca­tions sont col­lec­tées par les archives du musée de Guns­bach, où elles peuvent être consul­tées.

Ouvrages et thèses sont réper­to­riés dans le cata­logue du Sys­tème uni­ver­si­taire de docu­men­ta­tion (SUDOC) [36] [archive].

Ouvrages réper­to­riés dans les fonds des Archives d’Al­sace.[37] [archive]

Sur les autres pro­jets Wiki­me­dia :

Publications collectives

Ouvrages

  • Robert Arnaut, Albert Schweit­zer : l’homme au-delà de la renom­mée inter­na­tio­nale : un méde­cin huma­niste d’ex­cep­tion en Afrique-équa­to­riale fran­çaise, Paris, De Vec­chi, 2009, 605 p. (ISBN 9782732893785)
  • Mat­thieu Arnold, Albert Schweit­zer : les années alsa­ciennes, 1875–1913, Stras­bourg, La Nuée bleue, 2013, 288 p. (ISBN 9782716508186)
  • Mat­thieu Arnold, Albert Schweit­zer, la com­pas­sion et la rai­son, Oli­vé­tan, 2015, 136 p. (ISBN 9782354792398)
  • Phi­lippe Aubert, Albert Schweit­zer, une théo­lo­gie rai­son­nable, Le Ral­lie­ment pro­tes­tant, Mul­house, 1998
  • André Audoy­naud, Le doc­teur Schweit­zer et son hôpi­tal à Lam­ba­ré­né : l’en­vers d’un mythe, Paris, L’Har­mat­tan, 2005, 310 p. (ISBN 2747594998), compte ren­du par Phi­lippe David, in Afrique contem­po­raine, 2/2007, no 222, p. 273–276, [lire en ligne [archive]]
  • (en) James Bra­ba­zon, Albert Schweit­zer : A Bio­gra­phy, Syra­cuse Uni­ver­si­ty Press, 2000 (2e éd.), 516 p. (ISBN 978–0815606758)
  • Augus­tin Emane, Doc­teur Schweit­zer, une icône afri­caine, Paris, Fayard, 2013, 288 p. (ISBN 9782213672540), compte ren­du par Jean-Paul Sorg, in Revue d’Alsace, no 140, 2014, p. 525–526, [lire en ligne [archive]] ; Ce que peut nous apprendre Albert Schweit­zer, une icône afri­caine, confé­rence d’Au­gus­tin Emane à l’Ins­ti­tut d’é­tudes avan­cées de Nantes, avec la par­ti­ci­pa­tion de Pierre Legendre, 11 juin 2013, 79 min, vidéo en ligne [38] [archive]
  • Titt Fas­mer DahlL’His­toire mer­veilleuse d’Al­bert Schweit­zer ; (Even­ty­ret om Albert Schweit­zer), 1954. Tra­duc­tion fran­çaise en 1956 pour les Presses de la Cité.
  • Laurent Gagne­binAlbert Schweit­zer (1875–1965), Des­clée de Brou­wer, Paris, 1999, 169 p. (ISBN 2–220-04459–9)
  • Pierre Las­sus, Albert Schweit­zer : 1875–1965, Paris, Albin Michel, 1995 (ISBN 9782226078940)
  • (de) Sebas­tian Moll, Albert Schweit­zer : Meis­ter der Selbs­tins­ze­nie­rung, Ber­lin Uni­ver­si­ty Press, Ber­lin, 2014, 250 p. (ISBN 978–3‑86280–072‑8), compte ren­du par Gott­fried Schüz, Deutsches Albert Schweit­zer Zen­trum [lire en ligne [archive]]
  • Jo Munz et Wal­ter Munz (trad. Jean-Paul Sorg, préf. Ber­nard Kouch­ner), Cœur de gazelle et peau d’hip­po­po­tame : les der­nières années d’Al­bert Schweit­zer à Lam­ba­ré­né et l’é­vo­lu­tion de son hôpi­tal jus­qu’à nos jours, Col­mar, J. Do Bent­zin­ger, 2006, 274 p. (ISBN 2849600938)
  • (en) Edouard Nies-Ber­ger, Albert Schweit­zer as I knew him, Hil­ls­dale, N.Y, Pen­dra­gon Press, 2003, 143 p. (ISBN 1576470393)
  • (de) Nils Ole Oer­mann, Albert Schweit­zer : 1875–1965 ; eine Bio­gra­phie, Mün­chen, Beck, 2013 (réim­pr. 2010) (1re éd. 2009), 367 p. (ISBN 9783406644399)
  • Son­ja Poteau, Damien Mou­gin et Chris­toph Wyss, Albert Schweit­zer : de Guns­bach à Lam­ba­ré­né, Weil-am-Rhein (Alle­magne) Thoune (Suisse), Guns­bach, Éd. AISL, 2008, 336 p. (ISBN 3952241954)
  • Ran­din Willy, Albert Schweit­zer, un exemple pour notre temps, édi­teur incon­nu, 159 pages (dis­po­nible à Asso­cia­tion suisse Albert Schweit­zer1)
  • (de) Tho­mas Suer­mann, Albert Schweit­zer als “homo poli­ti­cus”: eine bio­gra­phische Stu­die zum poli­ti­schen Den­ken und Han­deln des Frie­dens­no­bel­preis­trä­gers, BWV Ver­lag, Ber­lin, 2012, 569 p. (ISBN 9783830530312)
  • Anna Wil­di­kann (pho­to­gr.), Le péli­can du Dr Schweit­zer, éd. Sun, Paris, 1952, 62 p.
  • Benoît Wirr­mann, Albert Schweit­zer : un Alsa­cien sans fron­tières, Vent d’Est, Stras­bourg, 2013, 61 p. (ISBN 979–10-9082623–6)
  • (de) Wer­ner Zager, Albert Schweit­zer als libe­ra­ler Theo­loge : Stu­dien zu einem theo­lo­gi­schen und phi­lo­so­phi­schen Den­ker, LIT Ver­lag Müns­ter, 2009, 417 p. (ISBN 9783643102843)

Articles

  • Mat­thieu Arnold, « “Vous les Noirs, nous les Blancs…”. L’op­po­si­tion entre Euro­péens et Afri­cains dans les ser­mons de Schweit­zer à Lam­ba­ré­né (1913–1931) », Revue d’his­toire et de phi­lo­so­phie reli­gieuses, no 83, 2003, p. 421–441
  • Mat­thieu Arnold, « Albert Schweit­zer (1875–1965) : une éthique en paroles et en actes », in Posi­tions luthé­riennes, no 53, 2005, p. 287–313
  • Mat­thieu Arnold, « Les ani­maux dans les ser­mons d’Al­bert Schweit­zer », Revue d’Al­sace, no 132, 2006, p. 245–259
  • Mat­thieu Arnold, « Albert Schweit­zer et la vie de Jésus. La place de la Ges­chichte der Leben-Jesu-For­schung dans son œuvre théo­lo­gique et huma­ni­taire », Études théo­lo­giques et reli­gieuses, no 4, 2009, p. 513–534 [lire en ligne [archive]]
  • André Cani­vez, « Albert Schweit­zer et la réa­li­té de la souf­france », Revue d’his­toire et de phi­lo­so­phie reli­gieuses, no 56, 1976, p. 143–153
  • Pierre Erny, « Schweit­zer, la colo­ni­sa­tion et les cultures afri­caines », Études schweit­ze­riennes, no 2, sep­tembre 1991, p. 19–27
  • André Gou­nelle, « Albert Schweit­zer au car­re­four des cultures », Études schweit­ze­riennes, no 2,‎ 1991 (lire en ligne [archive], consul­té le )
  • Fran­çois Isch, « Albert Schweit­zer (1875–1965) : de l’é­tu­diant stras­bour­geois au lau­réat du prix Nobel de la paix », in Jacques Héran (dir.), His­toire de la méde­cine à Stras­bourg, La Nuée Bleue, Stras­bourg, 1997, p. 375–378
  • Erwin Jaco­bi, « La musique dans la vie et l’œuvre d’Al­bert Schweit­zer », Revue d’his­toire et de phi­lo­so­phie reli­gieuses, no 56, 1976, p. 154–173
  • Syl­vie Reff-Stern, « Albert Schweit­zer, un com­bat pour la paix », Cahiers Albert Schweit­zer, no 159, décembre 2010, p. 16–24
  • Jean-Paul Sorg, « Com­ment je devins méde­cin : Études et for­ma­tion médi­cales à l’Université (d’après sa cor­res­pon­dance avec Hélène Bress­lau) », Cahiers Albert Schweit­zer, nos 161–162,‎ sep­tembre 2011 (lire en ligne [archive])

Thèses

  • Syl­vie Bous­suge, Albert Schweit­zer, un pion­nier de l’ac­tion huma­ni­taire, uni­ver­si­té Lyon 1, 1996 (thèse de méde­cine)
  • (de) Eli­sa­beth Lam­precht-Naef, Albert Schweit­zer und die Schweizuni­ver­si­té de Zurich, 1982 (thèse de méde­cine, publiée chez Juris Druck + Ver­lag, Zurich, 1982, 116 p. (ISBN 3–260-04970–3))
  • Serge Till­mann, La pré­di­ca­tion d’Al­bert Schweit­zer 1898–1948uni­ver­si­té de Stras­bourg, 2012, 363 p. (thèse de théo­lo­gie pro­tes­tante) [lire en ligne [archive]]

Bande dessinée

  1.  « Asso­cia­tion suisse Albert Schweit­zer, sec­tion romande [archive] », sur association-schweitzer.ch (consul­té le ).

Documents audiovisuels

Articles connexes

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