L'homme riche et le pauvre Lazare

Luc 16.19–31 : L’homme riche et le pauvre Lazare (Vincent Bru)

Textes bibliques du dimanche 28 sep­tembre 2025 (26ᵉ dimanche du Temps ordi­naire, année C)

Amos 6.1a, 4–71

Ps 146 (145).6c‑7, 8–9a, 9bc-102

1 Timo­thée 6.1–163

Luc 16.19–314

Sermon : « Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent »

Texte prin­ci­pal : Luc 16.19–31
Ver­set clé : « Ils ont Moïse et les pro­phètes : qu’ils les écoutent » (v.29)

Introduction

Frères et sœurs,

Aujourd’hui, l’Évangile nous place devant une des para­boles les plus solen­nelles que Jésus ait racon­tées : celle de l’homme riche et de Lazare. Ce récit n’est pas sim­ple­ment une his­toire morale sur la cha­ri­té ou l’indifférence aux pauvres — même si ce thème est bien pré­sent — mais il nous conduit beau­coup plus loin.

Il nous parle de l’éternité, du ciel et de l’enfer, de la sépa­ra­tion défi­ni­tive après la mort, et sur­tout, du seul che­min de salut don­né par Dieu : écou­ter et croire sa Parole.

Le ver­set cen­tral est clair : « Ils ont Moïse et les pro­phètes : qu’ils les écoutent. » Le salut ne dépend pas d’apparitions extra­or­di­naires, de miracles spec­ta­cu­laires ou de révé­la­tions nou­velles. Non, Dieu a don­né dans les Écri­tures tout ce qui est néces­saire à notre salut. C’est la doc­trine que la Réforme a rap­pe­lée avec force : Sola Scrip­tu­ra.


1. Exégèse du texte (Luc 16.19–31)

  • v.19–21 : contraste extrême entre l’homme riche (vêtu de pourpre, fes­toyant chaque jour) et Lazare (cou­vert d’ulcères, cou­ché à la porte). Jésus oppose deux vies radi­ca­le­ment dif­fé­rentes.
    → Amos 6 (1ʳᵉ lec­ture) dénon­çait déjà ceux qui s’installent dans le luxe sans se sou­cier de la ruine du peuple. Le riche de la para­bole est leur image.
  • v.22–23 : la mort ren­verse les situa­tions. Lazare est por­té dans « le sein d’Abraham », image de la com­mu­nion bien­heu­reuse avec les justes et avec Dieu. Le riche est en proie aux tour­ments.
    → Cela illustre la véri­té que l’éternité se joue ici-bas. Hébreux 9,27 : « Il est réser­vé aux hommes de mou­rir une seule fois, après quoi vient le juge­ment. »
  • v.24–26 : le riche implore un sou­la­ge­ment, mais un « grand abîme » est fixé. Aucune seconde chance après la mort. Le temps du salut, c’est main­te­nant.
    → Mat­thieu 7,24–27 : deux mai­sons, l’une bâtie sur le roc (la Parole de Dieu mise en pra­tique), l’autre sur le sable (l’illusion des biens et des plai­sirs). La para­bole de Lazare est une illus­tra­tion dra­ma­tique de ce contraste.
  • v.27–31 : le riche sup­plie pour ses frères. Réponse d’Abraham : « Ils ont Moïse et les pro­phètes : qu’ils les écoutent. » Voi­là le cœur du texte. Le salut repose sur l’écoute de l’Écriture. Même la résur­rec­tion d’entre les morts (allu­sion pro­phé­tique à Jésus) ne convain­cra pas ceux qui refusent la Parole.

2. La suffisance de l’Écriture (Sola Scriptura)

  • Jean Chry­so­stome disait : « Tout ce dont nous avons besoin pour notre salut est conte­nu dans les divines Écri­tures. »
  • Augus­tin : « Dans les Écri­tures, tout ce qui concerne la foi et la vie est clair et abon­dant. »
  • Jean Cal­vin : « L’Écriture est la règle par­faite de toute sagesse qui nous conduit à Dieu. » (Ins­ti­tutes I,6,2)
  • Mar­tin Luther rap­pe­lait : « La Parole de Dieu est la seule source infaillible de la foi chré­tienne. »
  • Plus récem­ment, John Stott écrit : « Dieu n’a pas lais­sé son Église sans lumière. Il nous a don­né sa Parole écrite, qui est suf­fi­sante pour tout ce qui touche au salut. »

Nous n’avons donc pas besoin de nou­velles révé­la­tions, de mes­sages occultes, ni d’expériences spec­ta­cu­laires. L’Écriture est suf­fi­sante, claire, et effi­cace.


3. L’éternité : ciel et enfer

  • Le texte dis­tingue deux réa­li­tés ultimes :
    • Le sein d’Abraham : image de la com­mu­nion éter­nelle avec Dieu et les saints. Le ciel est le lieu de la pré­sence de Dieu, de la conso­la­tion et de la joie (Apo­ca­lypse 21,3–4).
    • Le séjour des morts en tour­ments : figure de l’enfer, sépa­ra­tion éter­nelle de Dieu, souf­france et regret sans fin (Mat­thieu 25,46).
  • Jean 14,2–3 : Jésus pro­met une place pré­pa­rée dans la mai­son du Père.
  • 2 Corin­thiens 5,8 : « Nous aimons mieux quit­ter ce corps et demeu­rer auprès du Sei­gneur. » Voi­là la vraie espé­rance du croyant.
  • Mais le riche de la para­bole illustre que le refus d’écouter la Parole mène à la per­di­tion.

4. Lien avec les autres textes du jour

  • Amos 6 : condamne l’orgueil et la sécu­ri­té trom­peuse des riches, comme dans la para­bole.
  • 1 Timo­thée 6 : Paul exhorte Timo­thée à fuir l’amour de l’argent et à recher­cher la jus­tice, la pié­té, la foi. Exac­te­ment l’opposé de l’homme riche de Luc 16.
  • Psaume 145 : « Le Sei­gneur garde la fidé­li­té, il fait jus­tice aux oppri­més, il pro­tège l’étranger. » C’est Lazare, le pauvre mépri­sé, qui reçoit cette pro­messe.

Ain­si, toutes les lec­tures convergent : le salut ne se trouve pas dans la richesse ni dans l’expérience extra­or­di­naire, mais dans la fidé­li­té à la Parole de Dieu.


5. Application pour nous aujourd’hui

  1. Écou­ter la Parole : pas seule­ment l’entendre le dimanche, mais la lire, la médi­ter, l’appliquer.
  2. Construire sur le roc : mettre en pra­tique la Parole, non sur le sable des illu­sions maté­rielles.
  3. Vivre en vue de l’éternité : nos biens, nos plai­sirs, nos suc­cès sont pas­sa­gers. Seule la foi en Christ demeure.
  4. Annon­cer la Parole : nos proches ont « Moïse et les pro­phètes », c’est-à-dire la Bible entière. Prions qu’ils l’écoutent aujourd’hui, car demain il sera trop tard.

Conclusion

Frères et sœurs,

Cette para­bole est un appel pres­sant. Jésus nous rap­pelle que l’éternité se joue main­te­nant. Le plus impor­tant n’est pas ce que nous pos­sé­dons, mais ce que nous fai­sons de la Parole de Dieu.

« Ils ont Moïse et les pro­phètes : qu’ils les écoutent. » Nous avons plus encore : Moïse, les pro­phètes, les apôtres, et sur­tout l’Évangile de Jésus-Christ. Écou­tons-le, croyons-le, met­tons-le en pra­tique.

Alors, comme Lazare, nous serons conso­lés dans le sein d’Abraham, dans la pré­sence de Dieu pour l’éternité. Amen.


Ce que dit Calvin

  1. Règle de vie incon­tes­table
    Cal­vin sou­ligne que par cette phrase, le Christ rap­pelle que « nous avons reçu une règle de vie incon­tes­table ». Autre­ment dit, la Loi (Moïse) et les pro­phètes, dont les écrits font par­tie de l’Ancien Tes­ta­ment, four­nissent une norme claire pour la vie. Cela implique que les hommes n’ont pas besoin d’attendre une appa­ri­tion extra­or­di­naire ou un mes­sage sur­na­tu­rel spé­cial après la mort pour savoir ce qu’il faut faire.
  2. Usage de la Loi et des Pro­phètes durant la vie ter­restre
    Selon Cal­vin, Moïse et les pro­phètes ont été don­nés aux géné­ra­tions pas­sées pour les ins­truire, mais éga­le­ment pour les géné­ra­tions futures à tra­vers leurs écrits. Ain­si, les Écri­tures anciennes ne sont pas obso­lètes ou seule­ment his­to­riques ; elles ont un usage per­pé­tuel pour ensei­gner, aver­tir, encou­ra­ger.
  3. Réfu­ta­tion de l’idée qu’il faille des témoi­gnages extra­or­di­naires
    Cal­vin constate que cer­tains pour­raient argu­men­ter : « nous ne savons pas ce qui se pas­se­ra après la mort, donc il fau­drait qu’un mort revienne pour témoi­gner (révé­la­tion post­hume) ». Mais il rejette cette idée : Si les Écri­tures de Moïse et des pro­phètes sont déjà dis­po­nibles, alors elles four­nissent une base suf­fi­sante, et il n’y a pas d’excuse pour ceux qui refusent de les écou­ter ou de croire.
  4. Pas d’excuse pour l’indifférence
    Cal­vin affirme que l’indifférence à la Parole de Dieu est une faute grave. Ceux qui pré­tendent « ne pas savoir » ou attendre une preuve de l’au-delà se rendent cou­pables, car les Écri­tures sont claires quant à la doc­trine du juge­ment, de la vie, de la mort et du salut.
  5. Lien entre l’Écriture et la doc­trine du salut
    Pour Cal­vin, ce pas­sage illustre la doc­trine que l’Écriture suf­fit pour conduire à la foi, au salut. Il met l’accent sur le fait que la révé­la­tion de Dieu, telle que don­née dans Moïse et les pro­phètes, est don­née « afin que les hommes soient gar­dés sous la direc­tion de sa parole ».

Mise en valeur du Sola Scriptura dans ce commentaire

  • Cal­vin voit dans ce ver­set un appui fort pour la doc­trine que l’Écriture seule est la règle de foi et de vie.
  • Il montre que même dans l’Ancien Tes­ta­ment, Dieu a pour­vu tous les élé­ments néces­saires pour que les hommes sachent ce qu’il attend, pour dis­cer­ner le bien et le mal, pour vivre dans la crainte de Dieu.
  • L’idée qu’il ne faut pas attendre « quelque mort reve­nant » ou quelque phé­no­mène extra­or­di­naire est une manière de dire que le salut / la repen­tance / la foi doivent venir par l’Écriture – elle est suf­fi­sante, elle est proche.

Moïse et les prophètes

La para­bole de Luc 16 nous rap­pelle que « Moïse et les pro­phètes » — c’est-à-dire l’Écriture de l’Ancienne Alliance — est avant tout le legs confié à Israël, que l’Église reçoit à son tour comme un tré­sor, car « les oracles de Dieu leur ont été confiés » (Romains 3.2). Cela appelle l’humilité et la recon­nais­sance. Je déve­loppe en plu­sieurs étapes :

1. Israël, dépositaire de la Parole de Dieu

Paul le dit expli­ci­te­ment :

  • « Quel est donc l’avantage du Juif ? (…) Grand de toute manière ! Tout d’abord, c’est à eux que les oracles de Dieu ont été confiés. » (Romains 3.1–2)
  • « À eux appar­tiennent l’adoption, la gloire, les alliances, la légis­la­tion, le culte, les pro­messes, les patriarches ; et de leur race est issu, selon la chair, le Christ, qui est au-des­sus de tout, Dieu béni éter­nel­le­ment. » (Romains 9.4–5).

Autre­ment dit : L’Église n’a pas inven­té la Parole, elle l’a reçue d’Israël. Moïse et les pro­phètes — que le riche et ses frères devaient écou­ter — sont d’abord la voix de Dieu don­née à ce peuple par­ti­cu­lier.

2. L’Église greffée sur l’olivier franc

Paul déve­loppe cette image forte dans Romains 11 :

  • Israël est l’olivier franc, enra­ci­né dans les pro­messes et les alliances.
  • Les nations (les païens) sont des rameaux d’olivier sau­vage, gref­fés par grâce.
  • Consé­quence : « Ne t’enorgueillis pas aux dépens des branches. (…) Ce n’est pas toi qui portes la racine, c’est la racine qui te porte. » (Romains 11.18).

L’Église n’existe pas sans Israël. Elle vit de sa sève. Elle ne peut donc jamais mépri­ser Israël sans se renier elle-même.

3. L’attente de la conversion finale d’Israël

Paul est clair :

« Un endur­cis­se­ment par­tiel est arri­vé à Israël, jusqu’à ce que la tota­li­té des païens soit entrée. Et ain­si tout Israël sera sau­vé. » (Romains 11.25–26).

Il ne s’agit pas d’un salut auto­ma­tique, mais d’une pro­messe mys­té­rieuse de la grâce de Dieu. L’histoire n’est pas close pour Israël : au contraire, l’Église doit prier pour son salut, dans l’espérance du jour où Dieu accom­pli­ra toutes ses pro­messes.

4. Conséquence : rejet de l’antisémitisme

Puisque l’Église vit de l’héritage d’Israël, tout mépris du peuple juif est une tra­hi­son de l’Évangile. L’antisémitisme est non seule­ment une haine injuste, mais aus­si une héré­sie, puisqu’il nie le rôle de l’élection d’Israël et l’unité du plan de Dieu.

  • Jean Cal­vin, dans son Com­men­taire sur Romains 11, aver­tit déjà les chré­tiens contre l’orgueil vis-à-vis des Juifs.
  • Karl Barth (dans L’Épître aux Romains, et sur­tout sa dog­ma­tique) insiste que l’Église ne peut jamais se sépa­rer d’Israël, car Israël est le peuple du « oui » et du « non » de Dieu, le signe de l’élection et du juge­ment.
  • Jacques Ellul, dans ses écrits (notam­ment Ce que je crois), rap­pelle que l’élection d’Israël demeure irré­vo­cable et que l’histoire d’Israël reste au cœur de l’histoire du salut.

Des théo­lo­giens réfor­més confes­sants contem­po­rains (dont Pierre Cour­thial) insistent éga­le­ment que l’attitude chré­tienne doit être la recon­nais­sance et la prière, jamais le mépris.

5. Dimension eschatologique

La para­bole du riche et de Lazare met en avant une véri­té : l’éternité se joue main­te­nant. Mais Paul com­plète en Romains 11 : l’histoire du salut elle-même est encore en cours.

  • Les païens sont invi­tés main­te­nant à écou­ter Moïse, les pro­phètes, et l’Évangile.
  • Israël, bien que par­tiel­le­ment endur­ci, n’est pas reje­té défi­ni­ti­ve­ment. Dieu garde son des­sein, et « les dons et l’appel de Dieu sont sans repen­tance » (Romains 11.29).
  • Le jour vien­dra où, selon la pro­messe, « tout Israël sera sau­vé » (Romains 11.26).

6. Application pastorale

  • Humi­li­té : nous avons reçu l’Écriture par Israël, ne soyons pas orgueilleux.
  • Gra­ti­tude : remer­cions Dieu pour ce peuple à part, grâce auquel nous avons la Loi, les pro­phètes, et le Mes­sie lui-même.
  • Prière : inter­cé­dons pour que les pro­messes de Dieu s’accomplissent, pour que le voile se lève (2 Cor 3.16), et que beau­coup de Juifs recon­naissent Jésus comme le Mes­sie.
  • Vigi­lance : dénon­çons l’antisémitisme, qui est une néga­tion de l’histoire du salut.

Ain­si, quand Abra­ham dit au riche : « Ils ont Moïse et les pro­phètes, qu’ils les écoutent », il nous rap­pelle aus­si que l’Église doit res­ter à l’écoute de ces Écri­tures don­nées à Israël, et que nous ne pou­vons pas nous cou­per de ce peuple sans nous cou­per de nos propres racines.


Le Ciel dans la Bible

Le thème du Ciel est sou­vent trai­té de manière sen­ti­men­tale, mais la Bible, les Pères, Tho­mas d’Aquin, les Réfor­ma­teurs et la théo­lo­gie réfor­mée contem­po­raine ont tous insis­té sur des aspects pré­cis et com­plé­men­taires. Voi­ci une syn­thèse struc­tu­rée :

1. La perspective biblique

Le ciel comme lieu de la présence de Dieu

  • Dans l’Ancien Tes­ta­ment, le ciel est le « trône de Dieu » (Ésaïe 66.1 ; Psaume 103.19).
  • Le croyant attend une demeure avec Dieu : « Tu me condui­ras dans ta gloire » (Psaume 73.24).
  • Daniel 12.2 : Annonce la résur­rec­tion et la vie éter­nelle pour les justes.

Le Nouveau Testament : le ciel en Christ

  • Jean 14.2–3 : Jésus pro­met « plu­sieurs demeures » dans la mai­son du Père, pré­pa­rées pour les siens.
  • Luc 23.43 : Au bri­gand repen­tant, Jésus pro­met : « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le para­dis. »
  • Phi­lip­piens 1.23 : Paul désire « quit­ter ce corps et être avec Christ », ce qui est « de beau­coup le meilleur ».
  • Apo­ca­lypse 21.3–4 : Ciel nou­veau et terre nou­velle, où Dieu essuie toute larme.

En résu­mé, le ciel n’est pas un « lieu » éthé­ré, mais la com­mu­nion éter­nelle avec Dieu dans le Christ res­sus­ci­té, dans un uni­vers renou­ve­lé.

2. Saint Thomas d’Aquin (Somme Théologique, Supplément, questions 92–94)

  • Pour Tho­mas, le ciel est le lieu de la vision béa­ti­fique : voir Dieu « face à face » (1 Corin­thiens 13.12).
  • L’essence de la béa­ti­tude est donc intel­lec­tuelle et spi­ri­tuelle : contem­pler direc­te­ment l’essence divine.
  • Cette vision ne sup­prime pas les sens et la cor­po­réi­té, car à la résur­rec­tion, les corps glo­ri­fiés par­ti­ci­pe­ront à la béa­ti­tude (Sup­pl. q.92 a.1).
  • Le ciel est le but final de l’homme, accom­plis­sant par­fai­te­ment sa nature créée pour Dieu.
  • Le para­dis est donc union immé­diate avec Dieu, joie par­faite, et com­mu­nion des saints.

3. Les Réformateurs

Martin Luther

  • Il insiste sur le ciel comme pré­sence immé­diate avec Christ. La béa­ti­tude n’est pas abs­traite, mais rela­tion­nelle : « Être avec Christ, voi­là le ciel. »
  • Il refuse les spé­cu­la­tions sur la loca­li­sa­tion ou les degrés du ciel.

Jean Calvin

  • Dans l’Ins­ti­tu­tion (III,25), Cal­vin parle du ciel comme de la vie éter­nelle en Christ, union avec lui par la foi, qui sera consom­mée dans la résur­rec­tion.
  • Dans son Caté­chisme de Genève (1545), il écrit : « La féli­ci­té des fidèles consiste à être confor­més à l’image de Dieu et à être reçus en sa com­mu­nion. »
  • Cal­vin insiste : Notre espé­rance est escha­to­lo­gique, non pas une fuite du monde, mais la réno­va­tion de toute la créa­tion (cf. Romains 8.18–25).

Pour les Réfor­ma­teurs, le ciel est insé­pa­rable du Christ : il n’y a pas de béa­ti­tude sans lui.

4. Théologie réformée contemporaine

Dimension christocentrique et eschatologique

  • N. T. Wright (angli­can, proche de la pers­pec­tive réfor­mée sur l’eschatologie) : le ciel n’est pas la des­ti­na­tion finale, mais la terre renou­ve­lée où la pré­sence de Dieu habite (Apo­ca­lypse 21).
  • Hen­ri Blo­cher : Dans ses cours d’eschatologie, il insiste sur la dis­tinc­tion entre l’« état inter­mé­diaire » (être avec Christ après la mort) et la résur­rec­tion finale, où le ciel et la terre seront unis.
  • Théo­lo­gie néo-ortho­doxe : Pour Karl Barth, le ciel n’est pas un lieu, mais la réa­li­té de la sei­gneu­rie de Dieu en Jésus-Christ. Le croyant ne va pas « quelque part », mais à quelqu’un. Jacques Ellul : Le ciel n’est pas une échap­pa­toire, mais l’accomplissement du des­sein de Dieu pour l’histoire et la créa­tion.

5. Comparaison synthétique

  • Bible : Com­mu­nion avec Dieu, par Christ, dans ciel nou­veau et terre nou­velle.
  • Tho­mas d’Aquin : Vision béa­ti­fique, contem­pla­tion immé­diate de Dieu, per­fec­tion de la nature humaine.
  • Réfor­ma­teurs : Ciel comme pré­sence en Christ, refus des spé­cu­la­tions, attente de la résur­rec­tion finale.
  • Théo­lo­giens contem­po­rains : Insistent sur l’union de ciel et terre, la dimen­sion com­mu­nau­taire et cos­mique, et la cen­tra­li­té de Christ.

En résu­mé :
Le ciel est la pré­sence de Dieu dans la com­mu­nion éter­nelle avec Christ, goû­tée dès la mort (« être avec Christ ») et plei­ne­ment réa­li­sée à la résur­rec­tion, quand Dieu renou­vel­le­ra toutes choses.


Le Ciel comme espérance cosmique

Le Ciel n’est pas seule­ment une conso­la­tion pour l’âme après la mort, mais une espé­rance cos­mique qui englobe toute la créa­tion.

1. Le ciel comme espérance

L’Écriture dis­tingue deux étapes :

  • L’état inter­mé­diaire : après la mort, le croyant est « avec Christ » (Phi­lip­piens 1.23 ; 2 Corin­thiens 5.8). C’est le para­dis pro­mis au bri­gand (Luc 23.43). Une com­mu­nion réelle, mais encore incom­plète, puisque les corps sont encore dans l’attente de la résur­rec­tion.
  • L’état final : à la résur­rec­tion et au juge­ment der­nier, Dieu inau­gu­re­ra les nou­veaux cieux et la nou­velle terre (Apo­ca­lypse 21.1). Alors, le ciel et la terre ne feront qu’un. Ce sera la plé­ni­tude du Royaume de Dieu.

Le ciel est donc espé­rance : non pas seule­ment « l’au-delà de l’âme », mais l’attente de la nou­velle créa­tion, de la vic­toire défi­ni­tive de Dieu sur le mal.

2. Apocalypse 21–22 : la vision de la nouvelle création

Jean voit :

  • « Un ciel nou­veau et une terre nou­velle » (Apoc 21.1).
  • « Voi­ci la demeure de Dieu avec les hommes. (…) Il essuie­ra toute larme de leurs yeux, la mort ne sera plus, il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni dou­leur : car les pre­mières choses ont dis­pa­ru. » (21.3–4).
  • « Il n’y aura plus de malé­dic­tion. Le trône de Dieu et de l’Agneau sera dans la ville. Ses ser­vi­teurs le ser­vi­ront, ils ver­ront sa face. » (22.3–4).

C’est l’accomplissement de la pro­messe : Dieu récon­ci­lie toute la créa­tion avec lui (Colos­siens 1.20).

3. La fin du mal

  • L’Apocalypse montre la défaite défi­ni­tive de Satan (Apoc 20.10).
  • Le péché, la mort, la dou­leur, tout ce qui cor­rompt le monde pré­sent sera anéan­ti.
  • Isaïe 25.8 l’annonçait déjà : « Il fera dis­pa­raître la mort pour tou­jours. »
  • Paul le reprend : « Le der­nier enne­mi qui sera détruit, c’est la mort. » (1 Corin­thiens 15.26).

Le ciel final n’est pas une éva­sion, mais une vic­toire : Dieu anéan­tit tout mal et renou­velle tout.

4. La perspective des Réformateurs

  • Cal­vin, sur Romains 8.18–25, sou­ligne que la créa­tion elle-même sou­pire en vue de sa libé­ra­tion. Le salut ne concerne pas seule­ment les âmes, mais tout l’univers.
  • Luther insiste que nous atten­dons non pas une fuite hors du monde, mais la révé­la­tion de la gloire à venir, où la créa­tion sera res­tau­rée.

5. La théologie contemporaine

  • Hen­ri Blo­cher : insiste sur la dis­tinc­tion entre l’espérance indi­vi­duelle (après la mort, avec Christ) et l’espérance cos­mique (la résur­rec­tion et la nou­velle créa­tion).
  • N. T. Wright (sou­vent lu dans les cercles réfor­més) : le but final n’est pas « d’aller au ciel », mais que le ciel vienne sur la terre renou­ve­lée.

6. Application

  • Espé­rance vivante : Notre foi ne se limite pas à « sau­ver notre âme », mais attend un renou­vel­le­ment total.
  • Patience dans les épreuves : Parce que « les souf­frances du temps pré­sent ne sont pas dignes d’être com­pa­rées à la gloire à venir » (Romains 8.18).
  • Enga­ge­ment dès aujourd’hui : Vivre déjà en témoins du Royaume, en anti­ci­pant dans notre vie la vic­toire de Dieu sur le mal.

Conclu­sion :
Le ciel, au sens biblique, n’est pas seule­ment un lieu de repos, mais l’espérance d’une nou­velle créa­tion, d’un monde où le mal, la mort et les larmes auront dis­pa­ru, où Dieu habi­te­ra avec son peuple. C’est le miracle que nous atten­dons : « Voi­ci, je fais toutes choses nou­velles » (Apoc 21.5).


Citations de CS Lewis sur le Ciel

C. S. Lewis a écrit plu­sieurs pas­sages magni­fiques sur le ciel et l’espérance chré­tienne, notam­ment dans Mere Chris­tia­ni­ty (Les Fon­de­ments du chris­tia­nisme), The Weight of Glo­ry (L’éclat de la gloire), The Pro­blem of Pain (Le pro­blème de la souf­france), et ses fic­tions comme The Great Divorce (Le Grand Divorce) et The Last Bat­tle (La Der­nière Bataille).

Voi­ci quelques cita­tions essen­tielles :

1. Le ciel comme vraie patrie

« Les chré­tiens qui ont le plus fait pour ce monde sont pré­ci­sé­ment ceux qui pen­saient le plus au monde à venir. C’est depuis que les chré­tiens ont ces­sé de pen­ser presque entiè­re­ment à l’autre monde qu’ils sont deve­nus inef­fi­caces ici-bas. Visez le ciel, et vous rece­vrez la terre par sur­croît ; visez la terre, et vous n’obtiendrez ni l’un ni l’autre. »
(Mere Chris­tia­ni­ty, Livre III, chap. 10)

2. L’espérance d’une joie indicible

« Si je trouve en moi un désir qu’aucune expé­rience de ce monde ne peut satis­faire, l’explication la plus pro­bable est que je suis fait pour un autre monde. »
(Mere Chris­tia­ni­ty, Livre III, chap. 10)


3. Le ciel comme accomplissement de notre vrai désir

« Nous ne sommes pas faits pour être lais­sés sur terre comme des sta­tues inache­vées. Nous sommes des­ti­nés à une gloire, à une splen­deur que nous ne pou­vons même pas encore ima­gi­ner. »
(The Weight of Glo­ry, ser­mon, 1941)

4. La vision finale dans la Nouvelle Création

« Pour nous qui croyons, le ciel ne sera pas une simple pro­lon­ga­tion, mais le début de la vraie his­toire. Toutes nos vies sur terre n’ont été que la cou­ver­ture et la page de titre : au ciel, nous entre­rons dans le pre­mier cha­pitre de la grande his­toire que per­sonne sur terre n’a lue, et qui conti­nue éter­nel­le­ment, chaque cha­pitre étant meilleur que le pré­cé­dent. »
(The Last Bat­tle, der­nier volume des Chro­niques de Nar­nia)

5. La joie céleste plus réelle que la souffrance présente

« Ils disent de nous, à la fin : « Ils vécurent heu­reux pour tou­jours. » Mais dans le ciel, ce sera lit­té­ra­le­ment vrai. »
(The Last Bat­tle)

On voit que Lewis insiste sur :

  • le ciel comme espé­rance active (qui donne force pour vivre sur terre),
  • le ciel comme vraie patrie de l’homme,
  • le ciel comme accom­plis­se­ment d’un désir pro­fond que rien sur terre ne peut com­bler,
  • le ciel comme nou­velle his­toire, non une fin, mais un com­men­ce­ment.

Réfutation de Nietzsche

la dif­fé­rence radi­cale entre la cri­tique nietz­schéenne et la vision chré­tienne réfor­mée. Déve­lop­pons cela de manière struc­tu­rée :

1. Nietzsche et l’illusion du Ciel

Frie­drich Nietzsche, dans ses écrits, notam­ment L’Antéchrist et Ain­si par­lait Zara­thous­tra, dénonce la reli­gion chré­tienne comme une « morale d’esclave ». Selon lui :

  • La pro­messe du Ciel serait un opium : elle endor­mi­rait les hommes, les ren­dant pas­sifs face aux injus­tices et aux dif­fi­cul­tés de la vie ter­restre.
  • L’idée d’une vie après la mort détour­ne­rait les hommes de l’action concrète dans ce monde, et les pous­se­rait à accep­ter leur condi­tion plu­tôt que la trans­for­mer.
  • Le chré­tien, selon Nietzsche, se conten­te­rait de « souf­frir en atten­dant un ailleurs », per­dant ain­si toute puis­sance créa­trice et trans­for­ma­tive sur la terre.

2. La réfutation réformée : le ciel comme motivation active

La théo­lo­gie réfor­mée, fidèle à la Bible, voit au contraire la pro­messe du ciel comme une force pour agir dans le monde :

  • La Parole de Dieu est suf­fi­sante : elle nous enseigne que la vie ter­restre n’est pas une fin en soi, mais une pré­pa­ra­tion à la vie éter­nelle.
  • L’espérance du ciel trans­forme la pers­pec­tive : elle nous per­met de sup­por­ter les épreuves, mais aus­si d’agir avec jus­tice et misé­ri­corde.
  • Comme le rap­pelle Paul dans Romains 8.18‑25 : La créa­tion tout entière sou­pire et attend la rédemp­tion ; les croyants sont appe­lés à vivre dans cette attente, avec patience et cou­rage, tout en tra­vaillant pour la jus­tice et la misé­ri­corde.

La pro­messe du ciel n’endort donc pas : elle éclaire le pré­sent et donne du cou­rage pour trans­for­mer la vie ter­restre.

3. C. S. Lewis : un exemple clair

C. S. Lewis illustre ce point magis­tra­le­ment dans Mere Chris­tia­ni­ty et The Weight of Glo­ry :

  • Le ciel n’est pas une fuite, mais une orien­ta­tion vers l’éternel.
  • Lewis écrit : « Visez le ciel, et vous rece­vrez la terre par sur­croît ; visez la terre, et vous n’obtiendrez ni l’un ni l’autre. » (Mere Chris­tia­ni­ty, Livre III)
  • Autre­ment dit : une espé­rance authen­tique trans­forme nos vies pré­sentes. Elle donne un sens aux épreuves, motive l’amour du pro­chain et le ser­vice dans ce monde, et libère de l’égoïsme et du déses­poir.
  • Dans The Weight of Glo­ry, Lewis com­pare les afflic­tions pré­sentes à un « léger moment », pré­pa­rant un « poids éter­nel de gloire ». La pers­pec­tive de l’éternité n’abrutit pas, elle élève et for­ti­fie l’action humaine.

4. La vision réformée : espérance et responsabilité

  • Jean Cal­vin insiste sur l’union de la foi et de l’action : croire à la pro­messe de Dieu ne mène pas à la pas­si­vi­té. La foi véri­table se tra­duit par des œuvres de jus­tice et de misé­ri­corde, dans la famille, la socié­té, et la créa­tion.
  • L’espérance chré­tienne ne nous fait pas fuir le monde : elle nous per­met de le chan­ger selon les prin­cipes divins, avec patience et per­sé­vé­rance, sachant que Dieu accom­pli­ra fina­le­ment sa volon­té.
  • Comme le montre Romains 12.1‑2 : la vie chré­tienne est une trans­for­ma­tion par le renou­vel­le­ment de l’esprit, moti­vée par la gloire à venir.

5. Synthèse : force, non opium

NietzscheThéo­lo­gie réfor­mée / Lewis
Le Ciel endort l’homme, le détourne de l’actionLe Ciel illu­mine l’homme, le motive à trans­for­mer le monde selon Dieu
La pro­messe de l’au-delà jus­ti­fie la pas­si­vi­téLa pro­messe de l’éternité ins­pire le cou­rage, la jus­tice et la misé­ri­corde ici-bas
Espé­rance = illu­sionEspé­rance = force vivante qui trans­forme la vie et les socié­tés

Conclu­sion :

La pro­messe du ciel n’est pas un opium, mais une force active. La théo­lo­gie réfor­mée et C. S. Lewis en par­ti­cu­lier montrent que l’espérance chré­tienne donne sens, cou­rage et puis­sance à la vie ter­restre, orien­tant nos choix vers la jus­tice, la cha­ri­té et l’adoration de Dieu. Elle n’échappe pas au monde, elle le puri­fie et le trans­forme.


Luther, le Ciel et la vie terrestre

La cita­tion ci-des­sous de Mar­tin Luther illustre mer­veilleu­se­ment sa vision chré­tienne pra­tique : la foi n’exclut pas l’action dans le monde, même dans l’attente de la fin des temps. Déve­lop­pons cela.

1. La citation et son sens

« Même si le Christ devait reve­nir demain, je plan­te­rais un arbre aujourd’hui. »

  • Il s’agit d’une image forte de res­pon­sa­bi­li­té et de foi : Luther sou­ligne que la cer­ti­tude de la Parou­sie (le retour du Christ) ne jus­ti­fie pas l’inaction.
  • Plan­ter un arbre sym­bo­lise toute action utile, per­sé­vé­rante et ordi­naire dans le monde : tra­vail, famille, jus­tice, ser­vice du pro­chain.

2. Contexte théologique

  • Pour Luther, la foi chré­tienne repose sur la confiance totale en Dieu, mais cette foi se mani­feste dans la vie concrète et quo­ti­dienne (sola fide).
  • L’espérance du ciel et la cer­ti­tude du retour du Christ ne signi­fient pas que tout ce qui est ter­restre est secon­daire ou futile : au contraire, elles donnent sens et urgence à nos actes.
  • C’est un contraste direct avec l’idée que l’espérance du ciel ren­drait pas­sif, idée cri­ti­quée par Nietzsche.

3. Relation avec le monde et la providence

  • L’acte de plan­ter un arbre est sym­bo­lique : il touche l’avenir, sans pou­voir en mesu­rer l’aboutissement.
  • Luther exprime ici la confiance dans la pro­vi­dence divine : Dieu guide le cours des évé­ne­ments, et l’action humaine est appe­lée à par­ti­ci­per à la crois­sance et au bien du monde, même sans contrôle total sur le futur.
  • C’est une théo­lo­gie de la res­pon­sa­bi­li­té et de la fidé­li­té quo­ti­dienne, enra­ci­née dans la confiance en Dieu et l’espérance éter­nelle.

4. Comparaison avec l’espérance chez Calvin

  • Comme Cal­vin le sou­ligne, la vie chré­tienne est une « marche dans la fidé­li­té », orien­tée par l’Écriture et moti­vée par l’espérance du ciel.
  • Le chré­tien ne fuit pas le monde ; il tra­vaille à la jus­tice, à l’amour du pro­chain et à la gloire de Dieu, même en sachant que le monde est tem­po­raire.
  • C. S. Lewis reprend cette idée : viser le ciel trans­forme nos actions ici-bas, les ren­dant signi­fi­ca­tives et pleines de valeur.

5. Application pratique

  • Nous ne devons pas attendre un miracle ou le retour du Christ pour agir dans nos familles, nos com­mu­nau­tés, et notre envi­ron­ne­ment.
  • Chaque geste concret — plan­ter un arbre, aider un voi­sin, témoi­gner de l’Évangile — est une expres­sion de la foi et de l’espérance chré­tienne.
  • L’espérance du ciel est un moteur pour trans­for­mer le monde, pas une excuse pour l’inaction.

Conclu­sion :

La cita­tion de Luther nous rap­pelle que la foi et l’espérance chré­tienne ne para­lysent pas l’action, mais la motivent. La cer­ti­tude de l’éternité n’est pas une fuite du monde : elle donne un sens à chaque acte quo­ti­dien, même le plus simple, en le pla­çant dans le cadre de l’histoire du salut et de l’espérance du ciel.


Réfutation de l’universalisme et de l’apocatastase (Origène)

Cette réfu­ta­tion est néces­saire pour arti­cu­ler cor­rec­te­ment la vision biblique de la jus­tice, de l’enfer et du ciel, tout en dis­tin­guant la doc­trine réfor­mée de posi­tions comme celle d’Origène. Déve­lop­pons cela à par­tir de Luc 16 et d’autres textes bibliques.

1. Le texte de Luc 16 : la réalité de l’enfer

Dans la para­bole du riche et de Lazare :

  • Le riche, après sa mort, se trouve dans la souf­france et la sépa­ra­tion d’avec Dieu (Luc 16.23–24).
  • Il tente de deman­der de l’aide pour ses frères, mais Abra­ham répond que les vivants ont Moïse et les pro­phètes, qu’ils les écoutent (Luc 16.29).
  • Le texte sou­ligne la per­ma­nence du juge­ment après la mort pour ceux qui rejettent la Parole de Dieu et vivent dans l’égoïsme et l’incrédulité.

Cette para­bole indique que l’enfer n’est pas tem­po­raire, mais le résul­tat du choix du péché et de la révolte contre Dieu.

2. La Bible réfute l’apocatastase universelle

  • Apo­ca­tas­tase : Doc­trine d’Origène selon laquelle toutes les créa­tures, y com­pris les démons et Satan, seraient fina­le­ment sau­vées.
  • Plu­sieurs pas­sages bibliques s’y opposent :
    • Mat­thieu 25.41 : « Allez loin de moi, mau­dits, au feu éter­nel… »
    • 2 Thes­sa­lo­ni­ciens 1.9 : « Ceux qui ne connaissent pas Dieu… subi­ront une ruine éter­nelle, loin de la face du Sei­gneur. »
    • Apo­ca­lypse 20.10–15 : Satan, la Bête et le faux pro­phète sont jetés dans l’étang de feu, lieu de tour­ment éter­nel.

Ces textes montrent clai­re­ment que le salut n’est pas uni­ver­sel et que la liber­té de rejet de Dieu a des consé­quences éter­nelles. L’apocatastase, en affir­mant le salut final de tous, mini­mise la gra­vi­té du péché et du rejet de Dieu.

3. La nature de l’enfer

  • L’enfer n’est pas le lieu cen­tral de la créa­tion ni le but de Dieu.
  • Il est une consé­quence du refus de Dieu, de l’incrédulité et de la révolte contre la source de vie.
  • On peut le com­pa­rer à une pri­son dans une grande ville : minus­cule face à la gloire et l’immensité du ciel, mais réelle et inévi­table pour ceux qui choi­sissent de s’enfermer eux-mêmes.
  • Le mys­tère du péché : l’homme choi­sit de se sépa­rer de Dieu, qui est la source de toute vie et joie (Jean 15.6 ; Romains 1.18‑32).

4. La grandeur du ciel

  • Le ciel est immense, un lieu de com­mu­nion éter­nelle avec Dieu, où les croyants par­ti­cipent à sa gloire et à sa pré­sence (Apo­ca­lypse 21.1–4).
  • Com­pa­ré à l’enfer, il repré­sente la tota­li­té de l’espérance et de la vie, alors que l’enfer est limi­té, défi­ni par le refus et la fer­me­ture volon­taire.

5. Synthèse et application

  • Luc 16 et la Bible entière montrent que le rejet de Dieu a des consé­quences réelles et durables.
  • L’apocatastase (Ori­gène) contre­dit ces pas­sages : elle affai­blit la doc­trine biblique de la liber­té humaine et du juge­ment.
  • La révolte contre Dieu est un choix tra­gique, sépa­ré de la vie qu’Il offre, et ce choix se per­pé­tue dans l’éternité.
  • Mais le chris­tia­nisme ne se centre pas sur l’enfer : le ciel est la réa­li­té prin­ci­pale, immense, glo­rieux, et por­teur d’espérance.

En résu­mé : l’enfer n’est pas un lieu que Dieu désire, mais une consé­quence de la liber­té de l’homme. Le mys­tère du péché est ce refus de com­mu­nion avec Dieu. Le ciel, au contraire, est l’espace de la plé­ni­tude, de la joie et de la vie éter­nelle.


Textes liturgiques pour le culte

1. Prière d’ouverture du culte

Sei­gneur Tout-Puis­sant,

Nous venons devant Toi aujourd’hui, avec nos cœurs char­gés et nos vies sou­vent dis­traites par le monde. Ouvre nos oreilles pour entendre ta Parole, nos yeux pour voir ton salut, et nos cœurs pour rece­voir ton amour.
Nous T’invitons à être au centre de ce culte, afin que tout ce que nous disons, chan­tons et médi­tons glo­ri­fie Ton nom.
Par Jésus-Christ notre Sei­gneur, Amen.

2. Prière de confession du péché

Père céleste,

Nous confes­sons que trop sou­vent nous vivons comme l’homme riche de la para­bole, insou­ciants de la vie éter­nelle et aveugles à la souf­france des autres. Nous avons négli­gé ta Parole, nous avons cher­ché la sécu­ri­té dans les biens et les plai­sirs éphé­mères, et nous avons man­qué de foi et d’obéissance.
Sei­gneur, aie pitié de nous. Puri­fie nos cœurs et renou­velle notre esprit, afin que nous puis­sions vivre selon ta volon­té et mar­cher sur le che­min que Tu as tra­cé.

3. Déclaration du pardon

Écou­tez la Parole de Dieu : « Si nous confes­sons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les par­don­ner et nous puri­fier de toute ini­qui­té » (1 Jean 1.9).
Par Jésus-Christ, vous êtes par­don­nés. Mar­chez dans la paix et la liber­té que Lui seul peut don­ner.
Amen.

4. Prière d’illumination (avant la prédication)

Sei­gneur, ouvre nos cœurs et nos esprits à ta Parole.
Illu­mine notre com­pré­hen­sion afin que nous sai­sis­sions ton mes­sage pour nos vies, et que cette lumière trans­forme notre foi, nos choix et notre espé­rance.
Que ton Esprit Saint nous conduise à entendre, croire et mettre en pra­tique ce que Tu nous révèles dans les Écri­tures.
Par Jésus-Christ, Amen.

5. Prière après la prédication et d’intercession

Sei­gneur Dieu,

Mer­ci pour la richesse de ta Parole, qui nous ins­truit, nous cor­rige et nous encou­rage.
Nous Te confions nos vies, nos familles et notre Église, afin que nous soyons fidèles à ta Parole et que nous vivions dans l’espérance de ton ciel.
Nous Te prions pour ceux qui sont dans la souf­france, la soli­tude ou la détresse, que ta grâce les console et les for­ti­fie.
Bénis ceux qui ont du pou­voir et de l’influence, afin qu’ils agissent avec jus­tice et misé­ri­corde.
Nous Te prions aus­si pour ton peuple élu, Israël, pour que les pro­messes de salut se réa­lisent selon ton plan, et pour que nous res­tions humbles et recon­nais­sants envers ton peuple.
Reçois nos prières et nos vies, et conduis-nous chaque jour dans ton amour et ta véri­té.
Par Jésus-Christ notre Sei­gneur, Amen.


  1. Mal­heur aux riches et aux grands d’Is­raël
    1  Mal­heur à ceux qui vivent tran­quilles dans Sion
    Et en sécu­ri­té sur la mon­tagne de Sama­rie,
    À ces grands de la pre­mière des nations,
    Auprès des­quels va la mai­son d’Is­raël…
    2 Pas­sez à Kal­né et voyez,
    Allez de là jus­qu’à Hamath la grande,
    Et des­cen­dez à Gath des Phi­lis­tins :
    Ces villes sont-elles plus pros­pères que (vos deux) royaumes,
    Et leur ter­ri­toire est-il plus éten­du que le vôtre ? …
    3 Vous croyez éloi­gné le jour du mal­heur,
    Et vous faites appro­cher le règne de la vio­lence.
    4Ils reposent sur des lits d’i­voire,
    Ils sont volup­tueu­se­ment éten­dus sur leurs tapis ;
    Ils mangent les agneaux du trou­peau,
    Les veaux qu’on a mis à l’en­grais.
    5 Ils égrènent les sons du luth,
    Ils se croient habiles comme David sur les ins­tru­ments de musique.
    6Ils boivent les calices à vin,
    Ils s’en­duisent d’huile vierge
    Et ils ne souffrent pas de la ruine de Joseph !
    7 C’est pour­quoi main­te­nant ils seront emme­nés à la tête des dépor­tés ;
    Et les ban­quets de ces volup­tueux ces­se­ront. ↩︎
  2. 1 Louez l’É­ter­nel !
    Mon âme, loue l’É­ter­nel !
    2Je loue­rai l’É­ter­nel tant que je vivrai,
    Je psal­mo­die­rai en l’hon­neur de mon Dieu tant que j’exis­te­rai.
    3 Ne vous confiez pas aux nobles,
    À un être humain, à qui n’ap­par­tient pas le salut.
    4Son souffle s’en va, il retourne à sa pous­sière,
    Et ce même jour ses inten­tions péris­sent.
    5 Heu­reux celui qui a pour secours le Dieu de Jacob,
    Qui met son espoir en l’É­ter­nel, son Dieu !
    6Il a fait les cieux et la terre,
    La mer et tout ce qui s’y trouve.
    Il garde la véri­té à tou­jours.
    7Il fait droit aux oppri­més ;
    Il donne du pain aux affa­més ;
    L’É­ter­nel relâche les pri­son­niers ;
    8 L’É­ter­nel ouvre les (yeux des) aveugles ;
    L’É­ter­nel redresse ceux qui sont cour­bés ;
    L’É­ter­nel aime les justes.
    9L’Éternel garde les étran­gers,
    Il sou­tient l’or­phe­lin et la veuve,
    Mais il fait dévier la voie des méchants.
    10 L’É­ter­nel régne­ra éter­nel­le­ment ;
    Ton Dieu, ô Sion ! (sub­siste) de géné­ra­tion en géné­ra­tion !
    Louez l’É­ter­nel ! ↩︎
  3. 1 Que tous ceux qui sont sous le joug de l’es­cla­vage estiment leurs propres maîtres comme dignes de tout hon­neur, afin que le nom de Dieu et que la doc­trine ne soient pas calom­niés. 2Et que ceux qui ont des croyants pour maîtres ne les méprisent pas, sous pré­texte qu’ils sont frères, mais qu’ils les servent d’au­tant mieux que ce sont des croyants et des bien-aimés qui reçoivent leurs bons ser­vices.
    Les faux doc­teurs et l’a­mour des richesses. Conseils à Timo­thée
    Mt 6.19–34
    3 Voi­là ce que tu dois ensei­gner et recom­man­der. Si quel­qu’un enseigne autre­ment et ne marche pas selon les saines paroles de notre Sei­gneur Jésus-Christ, et selon la doc­trine conforme à la pié­té, 4il est enflé d’or­gueil, il ne sait rien ; il a la mala­die des dis­cus­sions et des dis­putes de mots. De là naissent l’en­vie, la dis­corde, les calom­nies, les mau­vais soup­çons, 5les contes­ta­tions inter­mi­nables d’hommes à l’es­prit cor­rom­pu, pri­vés de la véri­té, et qui consi­dèrent la pié­té comme une source de gain. 6Certes, c’est une grande source de gain que la pié­té, si l’on se contente de ce qu’on a. 7Car nous n’a­vons rien appor­té dans le monde, comme aus­si nous n’en pou­vons rien empor­ter. 8Si donc nous avons la nour­ri­ture et le vête­ment, cela nous suf­fi­ra. 9Mais ceux qui veulent s’en­ri­chir tombent dans la ten­ta­tion, dans le piège et dans une foule de dési­rs insen­sés et per­ni­cieux, qui plongent les hommes dans la ruine et la per­di­tion. 10Car l’a­mour de l’argent est la racine de tous les maux, et quelques-uns, pour s’y être adon­nés, se sont éga­rés loin de la foi et se sont infli­gé à eux-mêmes bien des tour­ments.
    11 Pour toi, homme de Dieu, fuis ces choses et recherche la jus­tice, la pié­té, la foi, l’a­mour, la patience, la dou­ceur. 12Combats le bon com­bat de la foi, sai­sis la vie éter­nelle, à laquelle tu as été appe­lé, et pour laquelle tu as pro­non­cé cette belle confes­sion en pré­sence d’un grand nombre de témoins. 13Je te le recom­mande, devant Dieu qui donne la vie à tous les êtres, et devant le Christ-Jésus qui a ren­du témoi­gnage par sa belle confes­sion devant Ponce-Pilate : 14garde le com­man­de­ment sans tache, sans reproche, jus­qu’à l’ap­pa­ri­tion de notre Sei­gneur Jésus-Christ, 15que mani­fes­te­ra en son temps le bien­heu­reux et seul Sou­ve­rain, le Roi des rois et le Sei­gneur des sei­gneurs, 16qui seul pos­sède l’im­mor­ta­li­té, qui habite une lumière inac­ces­sible, que nul homme n’a vu, ni ne peut voir : à lui, hon­neur et puis­sance éter­nelle ! Amen ! ↩︎
  4. L’homme riche et le pauvre Lazare
    Lc 12.15–21 ; 6.20–21,24–25
    19 Il y avait un homme riche qui était vêtu de pourpre et de fin lin, et qui chaque jour menait joyeuse et brillante vie. 20Un pauvre cou­vert d’ul­cères, du nom de Lazare, était cou­ché à son por­tail ; 21il aurait dési­ré se ras­sa­sier de ce qui tom­bait de la table du riche ; même les chiens venaient lécher ses ulcères. 22Le pauvre mou­rut et fut por­té par les anges dans le sein d’A­bra­ham. Le riche aus­si mou­rut et fut ense­ve­li. 23Dans le séjour des morts, il leva les yeux ; et, en proie aux tour­ments, il vit de loin Abra­ham et Lazare dans son sein. 24Il s’é­cria : Père Abra­ham, aie pitié de moi, et envoie Lazare, pour qu’il trempe le bout de son doigt dans l’eau et me rafraî­chisse la langue ; car je souffre dans cette flamme. 25Abraham répon­dit : (Mon) enfant, sou­viens-toi que tu as reçu tes biens pen­dant ta vie et que de même Lazare a eu les maux, main­te­nant il est ici conso­lé, et toi, tu souffres. 26En plus de tout cela entre nous et vous se trouve un grand abîme afin que ceux qui vou­draient pas­ser d’i­ci vers vous ne puissent le faire, et qu’on ne par­vienne pas non plus de là vers nous. 27Le riche dit : Je te demande donc, père, d’en­voyer Lazare dans la mai­son de mon père ; 28car j’ai cinq frères. Qu’il leur apporte son témoi­gnage, afin qu’ils ne viennent pas aus­si dans ce lieu de tour­ment. 29Abraham répon­dit : Ils ont Moïse et les pro­phètes ; qu’ils les écoutent. 30Et il dit : Non, père Abra­ham mais si quel­qu’un des morts va vers eux, ils se repen­ti­ront. 31Et Abra­ham lui dit : S’ils n’é­coutent pas Moïse et les pro­phètes, ils ne se lais­se­ront pas per­sua­der, même si quel­qu’un res­sus­ci­tait d’entre les morts. ↩︎

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