Caïn tuant Abel dans la peinture de Pierre Paul Rubens, 1608–1609

Vaincre le mal par le bien – Romains 12.21

Le mal rem­porte déjà une pre­mière vic­toire lorsqu’il réus­sit à nous rendre sem­blables à lui.

C’est toute la force de l’exhortation de Paul en Romains 12.21 : ne pas lais­ser le mal déter­mi­ner notre manière d’agir. Lorsque nous sommes bles­sés, humi­liés, tra­his ou confron­tés à l’injustice, quelque chose en nous réclame presque spon­ta­né­ment de rendre coup pour coup. Pour­tant, dans les ver­sets qui pré­cèdent, Paul demande au chré­tien de bénir celui qui le per­sé­cute, de ne pas rendre le mal pour le mal et de renon­cer à la ven­geance per­son­nelle. Non parce que le mal serait sans impor­tance. Non parce que la jus­tice serait inutile. Mais pré­ci­sé­ment parce que le juge­ment appar­tient ulti­me­ment à Dieu – et que le dis­ciple du Christ ne doit pas per­mettre au mal de deve­nir son maître.

Mais il faut aller plus pro­fond. Le chris­tia­nisme ne nous dit pas sim­ple­ment : « Soyez meilleurs que ceux qui vous font du mal. » Ce serait encore du mora­lisme. L’Évangile annonce d’abord que Dieu lui-même a vain­cu le mal d’une manière que le monde n’aurait jamais ima­gi­née. À la croix, Jésus-Christ ne répond pas à la haine par une haine supé­rieure. Il porte le péché, subit l’injustice et triomphe pré­ci­sé­ment là où ses adver­saires pensent l’avoir vain­cu. La résur­rec­tion révèle alors la véri­table puis­sance de Dieu : le mal peut bles­ser, détruire et tuer, mais il ne pos­sède pas le der­nier mot. C’est parce que le Christ a vain­cu que le chré­tien peut refu­ser d’entrer dans la logique de la ven­geance.

Vaincre le mal par le bien ne signi­fie donc ni être naïf, ni tout accep­ter, ni renon­cer à la jus­tice. Quelques ver­sets plus loin, Paul recon­naît d’ailleurs à l’autorité publique la res­pon­sa­bi­li­té de répri­mer le mal. Il s’agit d’autre chose : refu­ser que l’injustice subie trans­forme notre propre cœur. Le mal vou­drait faire naître en nous sa propre image – haine contre haine, mépris contre mépris, vio­lence contre vio­lence. L’Évangile ouvre une autre voie : véri­té sans haine, jus­tice sans ven­geance, fer­me­té sans cruau­té, par­don sans men­songe. Lorsque le mal vous atteint, qu’est-ce qui serait réel­le­ment une vic­toire : avoir fait souf­frir celui qui vous a bles­sé, ou avoir refu­sé qu’il décide de la per­sonne que vous devien­drez ? Et si la plus grande défaite du mal était pré­ci­sé­ment de ne pas par­ve­nir à repro­duire le mal en nous ?


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