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Le contraste entre l’ombre et la lumière souligne la vérité centrale de l’Évangile : même au cœur de la condamnation humaine, la grâce divine peut illuminer une vie. Le regard du larron vers le Christ exprime la foi qui sauve.
Au Golgotha, deux criminels sont crucifiés avec Jésus. L’un l’insulte, mais l’autre reconnaît sa faute et l’innocence du Christ, puis lui dit simplement : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton règne » (Évangile selon Luc 23.41–42). Cloué sur la croix, il ne peut accomplir aucune œuvre : il ne lui reste que la foi. Jésus lui répond aussitôt : « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis » (Lc 23.43). Les Pères de l’Église, comme Augustin d’Hippone et Jean Chrysostome, y ont vu la preuve que la grâce sauve même celui qui n’a aucune œuvre à présenter. Les Réformateurs, notamment Martin Luther et Jean Calvin, ont reconnu dans cet épisode l’image du salut par la foi seule. Mais cette grâce reçue gratuitement appelle ensuite une vie nouvelle tournée vers l’obéissance et la gloire de Dieu.
Le bon larron : la grâce au pied de la croix
Le récit du « bon larron » se trouve en Évangile selon Luc 23.39–43. Deux malfaiteurs sont crucifiés avec Jésus. L’un se joint aux moqueries. L’autre, au contraire, confesse à la fois sa culpabilité et l’innocence du Christ.
« Pour nous, c’est justice, car nous recevons ce qu’ont mérité nos crimes ; mais lui n’a rien fait de mal. » (Lc 23.41)
Puis il dit : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton règne. »
Et Jésus répond : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis. » (Lc 23.43)
Ce court dialogue constitue l’une des affirmations les plus fortes du salut par grâce.
Une foi nue au cœur de la condamnation
Le premier élément frappant est la confession du larron. Il reconnaît trois choses essentielles : sa culpabilité, l’innocence du Christ et la royauté future de Jésus (« ton règne »). Dans les circonstances les plus paradoxales – un Messie crucifié – il discerne pourtant le Roi et place en lui son espérance.
Le verbe grec μνήσθητί (mnēsthēti), « souviens-toi », renvoie à la mémoire salvifique de Dieu dans l’Ancien Testament : lorsque Dieu « se souvient », il agit pour sauver. Le larron demande donc plus qu’un souvenir sentimental : il implore d’être inclus dans l’action salvifique du royaume.
La réponse de Jésus commence par la formule solennelle ἀμήν λέγω σοι (« en vérité, je te le dis »), marque d’autorité divine. Puis vient l’expression « aujourd’hui » (σήμερον). Le salut n’est pas différé : il est immédiat. Enfin, « avec moi » (μετ’ ἐμοῦ) indique que la béatitude consiste d’abord dans la communion personnelle avec le Christ.
Le mot παράδεισος (paradeisos) évoque le jardin d’Éden restauré, l’état de communion retrouvée avec Dieu. Le salut promis n’est pas un simple repos, mais l’entrée dans la vie du royaume.
Tout est donné à un homme qui ne peut accomplir aucune œuvre. La croix immobilise toute capacité d’agir. Il ne reste que la foi.
Le témoignage des Pères
Plusieurs Pères de l’Église ont vu dans cet épisode une manifestation éclatante de la grâce.
Jean Chrysostome écrit :
« Le larron n’avait ni œuvres ni justice, et pourtant il reçut le paradis. La croix devint pour lui un baptême, et sa confession lui ouvrit les portes du royaume. »
Homélies sur la croix et le larron, PG 49, col. 403–404.
Augustin d’Hippone souligne le caractère gratuit du salut :
« Un seul mot de foi l’a sauvé. Il croyait de cœur et confessait de bouche ; et celui qui était attaché à la croix a trouvé la vie éternelle. »
Sermon 232, PL 38, col. 1108.
Pour les Pères, le larron est l’illustration vivante de la puissance de la foi au moment même où toute œuvre devient impossible.
Annexes
Annexe 1 – La justification par la foi seule chez Luther
Martin Luther a souvent invoqué cet épisode pour illustrer la doctrine de la justification.
Dans son Commentaire de l’Épître aux Galates (1535), il écrit :
« La foi seule saisit le Christ, et par cette foi le pécheur est justifié sans les œuvres de la loi. »
(Commentaire sur Galates 2.16, WA 40/I, p. 229)
Dans son traité De la liberté du chrétien (1520), Luther affirme :
« La foi unit l’âme au Christ comme une épouse à son époux ; par ce mystère, tout ce qui appartient au Christ devient la propriété de l’âme croyante. »
(WA 7, p. 54)
Le bon larron illustre parfaitement cette union : il n’apporte aucune œuvre, mais reçoit tout par la foi.
Annexe 2 – Foi et œuvres dans la théologie catholique
Le Catéchisme de l’Église catholique enseigne que la justification est à la fois grâce divine et transformation intérieure :
« La justification est à la fois le pardon des péchés et la sanctification et le renouvellement de l’homme intérieur. »
(CEC §1989)
Et encore :
« L’homme coopère à la grâce par la foi et les œuvres. »
(CEC §2008)
La tradition réformée voit ici une confusion possible entre justification et sanctification. Pour elle, la justification est un acte juridique de Dieu déclarant le pécheur juste en Christ, tandis que la sanctification est le renouvellement moral qui suit ce verdict.
La divergence porte donc moins sur l’importance des œuvres – reconnue par tous – que sur leur rôle dans la justification elle-même.
Annexe 3 – La synthèse réformée chez Calvin : loi et Évangile
Jean Calvin distingue soigneusement justification et sanctification tout en les reliant étroitement.
Dans l’Institution de la religion chrétienne (III, 11, 1), il écrit :
« Nous disons que l’homme est justifié par la foi seule, non pas que la foi soit seule, mais parce qu’elle seule reçoit la justice de Christ. »
Calvin développe aussi la doctrine classique des trois usages de la loi (Institution II, 7) :
- Usage pédagogique : la loi révèle le péché et conduit à Christ.
- Usage civil : elle limite le mal dans la société.
- Usage normatif : elle devient la règle de vie du croyant régénéré.
Ainsi, le chrétien n’est plus « sous la loi » comme moyen de salut, mais il vit « par la loi » comme expression de la volonté de Dieu.
La théologie réformée confessante insiste donc sur l’ordre biblique : justification par la foi seule, mais une foi qui produit nécessairement une vie transformée.
Le bon larron manifeste la première réalité : la gratuité absolue du salut. Mais l’Évangile entier rappelle la seconde : celui qui reçoit la grâce est appelé à marcher dans l’obéissance et l’amour – pour la gloire de Dieu seul.
Bibliographie sommaire
Sources patristiques
Augustin d’Hippone, Sermones ad populum, Sermon 232, dans Patrologia Latina, vol. 38, éd. J.-P. Migne, Paris, 1845, col. 1107–1111.
Commentaire pastoral sur la foi du bon larron et la grâce divine manifestée dans la promesse du paradis.
Jean Chrysostome, Homélies sur la croix et le larron, dans Patrologia Graeca, vol. 49, éd. J.-P. Migne, Paris, 1862, col. 399–418.
Méditation célèbre sur la confession du larron et la puissance de la foi au moment de la mort.
Réforme
Martin Luther, Commentaire de l’Épître aux Galates (1535), dans Luther’s Works, vol. 26, éd. Jaroslav Pelikan, St. Louis, Concordia Publishing House, 1963.
Exposé majeur de la justification par la foi seule, souvent illustré par l’exemple du bon larron.
Martin Luther, De la liberté du chrétien (1520), dans Œuvres, éd. Marc Lienhard, Genève, Labor et Fides, 1964.
Texte classique sur la foi qui unit le croyant au Christ.
Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, livres II et III, éd. J. Cadier, Genève, Labor et Fides, 1967.
Présentation systématique de la justification par la foi et des trois usages de la loi.
Théologie réformée moderne et contemporaine
Herman Bavinck, Reformed Dogmatics, vol. 4, Grand Rapids, Baker Academic, 2008 (éd. originale néerlandaise 1895–1901).
Analyse doctrinale de la justification et de la sanctification dans la théologie réformée.
Louis Berkhof, Systematic Theology, Grand Rapids, Eerdmans, 1938.
Présentation synthétique de la doctrine réformée de la justification et de la sanctification.
John Murray, Redemption Accomplished and Applied, Grand Rapids, Eerdmans, 1955.
Étude classique sur l’ordre du salut (ordo salutis), distinguant justification et sanctification.
Perspective catholique romaine
Catéchisme de l’Église catholique, Libreria Editrice Vaticana, 1992.
Voir particulièrement §§1987–2029 sur la justification, la grâce et la coopération de l’homme avec Dieu.
Études bibliques
Joachim Jeremias, The Parables of Jesus, Londres, SCM Press, 1972.
Analyse du langage et du contexte du mot « paradis » dans le judaïsme du Second Temple.
R. T. France, The Gospel of Luke, Londres, SPCK, 2013.
Commentaire exégétique détaillé du passage de Luc 23.39–43 et de la confession du bon larron.
Outils pédagogiques
Questions pour analyser le texte biblique
- Dans Évangile selon Luc 23.39–43, quelles différences apparaissent entre l’attitude des deux criminels crucifiés avec Jésus ?
- Pourquoi le larron reconnaît-il d’abord sa propre culpabilité avant de s’adresser à Jésus ?
- Que révèle l’expression « souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton règne » sur la foi de cet homme ?
- Pourquoi la réponse de Jésus (« aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis ») est-elle si importante pour comprendre la grâce ?
- Qu’est-ce que cet épisode nous apprend sur le salut : repose-t-il sur les œuvres ou sur la foi ?
Questions pour réfléchir aux présupposés
- Pourquoi l’homme a‑t-il spontanément tendance à penser qu’il doit « mériter » son salut ?
- Quelles conceptions religieuses reposent sur l’idée que les œuvres humaines peuvent acheter ou compenser le salut ?
- Pourquoi la révélation biblique insiste-t-elle au contraire sur l’initiative de Dieu dans le salut ?
- Si le salut est vraiment une grâce, qu’est-ce que cela change dans la manière de vivre la foi ?
Fondement biblique
Cet épisode illustre un thème central de l’Écriture : la justification par la foi.
L’apôtre Paul écrit dans l’épître aux Romains :
« Nous estimons que l’homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la loi. » (Rm 3.28)
Dans l’épître aux Éphésiens :
« C’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu ; ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. » (Ep 2.8–9)
Le bon larron incarne cette vérité : incapable d’accomplir des œuvres, il reçoit pourtant la promesse du salut.
Lien avec les confessions de foi réformées
La Confession de foi de La Rochelle (1559) enseigne :
« Nous croyons que nous participons à la justice de Jésus-Christ par la foi seulement, comme le seul moyen de recevoir la grâce qui nous est offerte en lui. » (article 18)
Le Catéchisme de Heidelberg affirme de même :
« Dieu m’accorde et m’impute la parfaite satisfaction, justice et sainteté du Christ… si seulement je reçois ce bienfait avec un cœur croyant. » (question 60)
Travail personnel ou en groupe
- Lire ensemble Luc 23.39–43 et identifier les trois confessions implicites du larron :
– reconnaissance de son péché
– reconnaissance de l’innocence du Christ
– confiance dans le règne du Christ. - Discuter : pourquoi ces trois éléments correspondent-ils au cœur de la foi chrétienne ?
- Application pratique :
– Qu’est-ce que cet épisode enseigne sur l’humilité devant Dieu ?
– Comment la foi authentique se manifeste-t-elle ensuite dans la vie quotidienne ?
Idée clé à retenir
Le salut ne vient pas de ce que l’homme fait pour Dieu, mais de ce que Dieu a fait pour l’homme en Jésus-Christ.
La foi reçoit ce salut gratuitement — et cette grâce transforme ensuite toute la vie du croyant.

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