Création d'Adam (Chapelle Sixtine)

La doctrine réformée de la Création

La foi chré­tienne com­mence par une affir­ma­tion simple et ver­ti­gi­neuse : « Au com­men­ce­ment, Dieu créa les cieux et la terre » (Genèse 1.1). Tout le reste – l’homme, l’histoire, le salut – dépend de cette pre­mière phrase. Si elle est ébran­lée, tout vacille. Si elle est com­prise, tout s’éclaire.

Com­men­ce­ment abso­lu et créa­tion ex nihi­lo

Genèse 1.1 affirme un com­men­ce­ment réel, non pas une simple mise en ordre d’une matière pré­exis­tante. Il ne s’agit pas d’un mythe cos­mo­go­nique com­pa­rable aux récits baby­lo­niens, où les dieux façonnent le monde à par­tir d’un chaos éter­nel. Ici, il n’y a pas de chaos auto­nome face à Dieu. Il n’y a pas de riva­li­té divine. Il n’y a qu’un Dieu sou­ve­rain qui appelle à l’existence ce qui n’était pas.

La doc­trine de la créa­tion ex nihi­lo signi­fie que Dieu crée sans matière préa­lable. L’être dépend entiè­re­ment de sa volon­té. Cette affir­ma­tion pro­tège à la fois la trans­cen­dance de Dieu et la contin­gence du monde. Le monde n’est pas néces­saire ; il est vou­lu. Il n’est pas éter­nel ; il est don­né.

Cela exclut toute vision pan­théiste ou dua­liste. Dieu n’est pas le monde, et le monde n’est pas une éma­na­tion de Dieu.

L’existence de Dieu pré­sup­po­sée en Genèse 1.1

Le texte biblique ne cherche pas à prou­ver Dieu. Il le pré­sup­pose. « Au com­men­ce­ment, Dieu… » : aucune démons­tra­tion, aucune jus­ti­fi­ca­tion. Dieu est.

La révé­la­tion biblique com­mence par un pos­tu­lat onto­lo­gique, non par un rai­son­ne­ment apo­lo­gé­tique. L’Écriture ne débat pas de l’existence de Dieu ; elle la déclare. Cela ne signi­fie pas que la rai­son est inutile, mais que la foi biblique ne repose pas sur une construc­tion phi­lo­so­phique. Elle repose sur la Parole de Dieu qui se révèle.

Le sens du mot « jour » en Genèse 1

Le terme hébreu yom peut dési­gner un jour ordi­naire, une période indé­ter­mi­née ou une ère. En Genèse 1, chaque jour est struc­tu­ré par la for­mule : « il y eut un soir, il y eut un matin ». Cela sug­gère for­te­ment une jour­née ordi­naire.

Cepen­dant, le texte pos­sède aus­si une dimen­sion lit­té­raire mar­quée : struc­ture en six jours for­mant deux triades (jours 1–3 : for­ma­tion ; jours 4–6 : rem­plis­sage). L’intention pre­mière du texte n’est pas de don­ner un trai­té scien­ti­fique, mais de révé­ler qui est Dieu, qui est l’homme, et quel est l’ordre vou­lu par le Créa­teur.

La tra­di­tion réfor­mée a connu diverses posi­tions : lec­ture lit­té­rale en jours de 24 heures, lec­ture ana­lo­gique, ou lec­ture « cadre » (fra­me­work). L’enjeu théo­lo­gique prin­ci­pal n’est pas la durée exacte, mais l’affirmation d’un ordre inten­tion­nel, bon et hié­rar­chi­sé.

L’alliance de créa­tion

Genèse 1–2 ne décrit pas seule­ment un acte créa­teur, mais l’établissement d’une rela­tion. L’homme est créé à l’image de Dieu, pla­cé dans un jar­din, inves­ti d’une mis­sion (domi­ner, culti­ver, gar­der), et sou­mis à un com­man­de­ment (Genèse 2.16–17).

Cette struc­ture cor­res­pond à une alliance : pré­sence divine, loi, pro­messe impli­cite de vie, sanc­tion en cas de déso­béis­sance. Même si le mot « alliance » n’apparaît pas expli­ci­te­ment en Genèse 2, Osée 6.7 évoque Adam comme trans­gres­seur d’alliance. La théo­lo­gie réfor­mée a donc par­lé d’« alliance de créa­tion » ou d’« alliance des œuvres ».

Alliance des œuvres et alliance de grâce

L’alliance des œuvres repose sur l’obéissance par­faite : « le jour où tu en man­ge­ras, tu mour­ras ». La vie est pro­mise dans le cadre de l’obéissance fidèle.

Après la chute (Genèse 3), Dieu annonce la pos­té­ri­té de la femme (Genèse 3.15). C’est la pre­mière pro­messe de rédemp­tion. Dès lors, l’histoire bas­cule dans l’alliance de grâce. Le salut ne repose plus sur l’obéissance d’Adam, mais sur celle du second Adam.

La dis­tinc­tion entre alliance des œuvres et alliance de grâce per­met de com­prendre la cohé­rence biblique : la loi révèle l’exigence divine ; l’Évangile révèle la misé­ri­corde divine.

Créa­tion, chute, rédemp­tion : le motif biblique fon­da­men­tal

Genèse 1–3 four­nit la char­pente de toute l’Écriture :

Créa­tion : le monde est bon, ordon­né, vou­lu.
Chute : le péché intro­duit rup­ture, mort, désordre.
Rédemp­tion : Dieu pro­met et accom­plit le salut.

Sans créa­tion réelle, la chute devient un mythe moral.
Sans chute his­to­rique, la rédemp­tion devient inutile.
Sans rédemp­tion, la créa­tion reste inache­vée.

La foi chré­tienne repose sur cette trame his­to­rique et théo­lo­gique.

La ques­tion de l’âge de la terre

La Bible ne donne pas expli­ci­te­ment l’âge de la terre. Les généa­lo­gies ont une fonc­tion théo­lo­gique avant d’être chro­no­lo­gique. Plu­sieurs posi­tions existent dans le monde réfor­mé :

– Terre jeune (chro­no­lo­gie courte à par­tir des généa­lo­gies).
– Terre ancienne com­pa­tible avec cer­taines don­nées scien­ti­fiques.
– Modèles inter­mé­diaires.

La ques­tion ne doit pas être trai­tée à la légère, car elle touche à l’autorité de l’Écriture. Mais elle ne doit pas non plus deve­nir un cri­tère d’orthodoxie si les élé­ments cen­traux sont main­te­nus : créa­tion divine, his­to­ri­ci­té d’Adam, réa­li­té de la chute.

De l’antiquité de l’homme

La foi chré­tienne affirme l’unité du genre humain et son ori­gine en Adam. L’anthropologie biblique s’oppose à toute vision qui nie­rait un pre­mier homme réel.

Les débats contem­po­rains portent sur la com­pa­ti­bi­li­té entre don­nées paléoan­thro­po­lo­giques et his­to­ri­ci­té d’Adam. Cer­tains défendent un Adam unique insé­ré dans une popu­la­tion plus large ; d’autres main­tiennent un mono­gé­nisme strict.

Le point non négo­ciable reste théo­lo­gique : le péché entre par un homme (Romains 5.12). La soli­da­ri­té en Adam fonde la soli­da­ri­té en Christ.

Conclu­sion

La doc­trine de la créa­tion n’est pas un appen­dice secon­daire. Elle fonde la digni­té humaine, la morale, la res­pon­sa­bi­li­té, le sens de l’histoire et l’espérance finale. Sans com­men­ce­ment abso­lu, pas de sou­ve­rai­ne­té divine. Sans alliance de créa­tion, pas de com­pré­hen­sion du péché. Sans chute réelle, pas de néces­si­té du salut.

La créa­tion est le pre­mier acte de l’alliance. Elle est déjà orien­tée vers la rédemp­tion.

Pro­po­si­tions d’articles pour appro­fon­dir :

  1. Adam his­to­rique et péché ori­gi­nel : enjeux théo­lo­giques contem­po­rains
  2. Créa­tion et science : conflit réel ou faux débat ?
  3. Image de Dieu et digni­té humaine : fon­de­ment d’une anthro­po­lo­gie chré­tienne
  4. Tra­vail, domi­na­tion et éco­lo­gie : man­dat cultu­rel et res­pon­sa­bi­li­té
  5. Le sab­bat en Genèse 2 : théo­lo­gie du repos et anti­ci­pa­tion escha­to­lo­gique
  6. Exé­gèse détaillée de Genèse 3.15 : le pro­toé­van­gile
  7. Alliance des œuvres : débats et cri­tiques dans la théo­lo­gie moderne
  8. Mono­gé­nisme et poly­gé­nisme : quelles impli­ca­tions doc­tri­nales ?
  9. Créa­tion et loi natu­relle : fon­de­ment moral de la cité
  10. Créa­tion et nou­velle créa­tion : du jar­din à la Jéru­sa­lem céleste

Articles

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