Vincent Bru, 5 janvier 2026
Voir : Islam et christianisme : chercher la vérité sans compromis
Article court
Toute comparaison sérieuse entre le christianisme et l’islam doit commencer par un point fondamental : les sources. Avant d’aborder Jésus, la croix, le salut, la loi, la morale ou la politique, il faut se demander d’où viennent les enseignements, quelle autorité ils revendiquent, et quelle conception de la révélation ils impliquent. Comparer les conséquences sans examiner les fondations conduit inévitablement à des malentendus, voire à des confusions profondes.
Cette première partie pose donc le socle de toute la série. Elle ne confronte pas des pratiques culturelles, ni des interprétations individuelles, mais les textes fondateurs eux-mêmes : la Bible et le Coran. Elle montre que le désaccord entre christianisme et islam n’est pas accidentel ni secondaire, mais structurel, dès le niveau des sources.
Une approche assumée : présuppositionnelle et rationnelle
La démarche adoptée ici est apologétique et assume clairement ses présupposés. Elle part de l’affirmation que la Bible est vraie et qu’elle est réellement la Parole de Dieu. Cette position s’inscrit dans la ligne de l’apologétique présuppositionnaliste, notamment développée par Cornelius Van Til. Elle reconnaît qu’il n’existe pas de point de vue intellectuel neutre à partir duquel on pourrait juger toutes les religions de manière extérieure et impartiale. Toute vision du monde repose sur des présupposés ultimes concernant Dieu, la vérité, la raison et l’histoire.
Partir de la vérité de la Bible n’implique cependant ni irrationalité ni refus du débat. Au contraire, cette approche affirme que ce présupposé rend compte de manière cohérente du réel, et qu’il peut être confronté honnêtement aux faits historiques, à la transmission des textes et à la cohérence doctrinale. C’est pourquoi cette apologétique est aussi, de manière complémentaire, évidentialiste : elle mobilise les données de l’histoire, de la critique textuelle et de la raison, sans prétendre juger la révélation à partir d’un critère supérieur à elle.
La Bible : une révélation inscrite dans l’histoire
La Bible ne se présente pas comme un livre unique descendu du ciel sous une forme achevée. Elle est une bibliothèque d’écrits inspirés, rédigés sur une longue période, par une pluralité d’auteurs, dans des contextes historiques variés. Elle raconte une histoire cohérente : celle de l’alliance de Dieu avec son peuple, depuis la création jusqu’à l’accomplissement en Jésus-Christ.
L’Ancien Testament, ou Bible hébraïque, s’est constitué sur plusieurs siècles. Il comprend la Loi, les Prophètes et les Écrits. Le christianisme protestant retient le canon hébraïque, sans les livres dits deutérocanoniques, par fidélité à la tradition juive reçue et à l’usage du Nouveau Testament.
Le Nouveau Testament appartient au Ier siècle après Jésus-Christ. Il rassemble des témoignages apostoliques directs ou indirects : les Évangiles, les Actes des apôtres, les épîtres et l’Apocalypse. Ces écrits circulent très tôt dans les Églises, sont lus dans le culte, copiés, transmis, et reconnus progressivement comme normatifs. Les conciles des IVe siècles ne créent pas le canon ; ils reconnaissent officiellement ce qui est déjà reçu et utilisé dans l’ensemble de l’Église.
Cette reconnaissance repose sur des critères clairs : l’apostolicité (lien avec les apôtres), la cohérence doctrinale avec la règle de la foi, et l’usage universel dans les Églises. La liste des 27 livres du Nouveau Testament est attestée explicitement dès le IVe siècle, notamment chez Athanase, mais son usage est bien antérieur.
Inspiration et autorité de l’Écriture
Dans la foi chrétienne, l’inspiration biblique ne signifie pas une dictée mécanique. Dieu parle réellement par des auteurs humains, sans annuler leur style, leur vocabulaire, leur contexte ou leur personnalité. L’Écriture est pleinement humaine dans sa forme et pleinement divine dans son origine. Cette logique est cohérente avec le cœur même du christianisme : l’incarnation du Verbe.
La Confession de foi de La Rochelle (1559) affirme que l’Écriture est la règle certaine de la foi, et que son autorité ultime ne dépend ni de l’Église ni d’une institution, mais du témoignage intérieur du Saint-Esprit. L’inerrance, dans la théologie réformée classique, découle du caractère véridique de Dieu lui-même : Dieu ne ment pas et ne se trompe pas dans ce qu’il affirme.
Cette conception de l’Écriture permet à la fois une haute autorité biblique et une lecture historique et contextuelle rigoureuse. Elle n’oppose pas foi et raison, mais les articule.
Le Coran : une révélation descendante et normative
Le Coran apparaît au VIIe siècle, dans un contexte bien postérieur à l’ensemble biblique. Il se présente comme une récitation transmise à Muhammad, et reçue comme Parole de Dieu. Dans la théologie islamique classique, le Coran est étroitement lié à l’attribut divin de la parole. Les débats anciens sur le Coran créé ou incréé montrent à quel point son statut est central dans l’islam.
Contrairement à la Bible, le Coran n’est pas une bibliothèque de témoignages historiques, mais un texte unique, univoque, dont la forme même est considérée comme sacrée. La langue arabe n’est pas seulement un vecteur, mais fait partie intégrante de la révélation. Cette conception implique une normativité directe et immédiate du texte, sans médiation historique comparable à celle de la Bible.
Coran, hadiths et sunna
Il est également essentiel de noter que le Coran ne fonctionne pas seul. La pratique religieuse islamique repose sur la sunna, c’est-à-dire la voie du Prophète, transmise par les hadiths. Ces traditions, compilées après coup, jouent un rôle décisif dans l’interprétation du Coran et dans l’élaboration du droit et de la pratique religieuse.
Cette articulation introduit une complexité interne importante : la normativité islamique repose sur un ensemble de textes hiérarchisés, dont la formation historique est elle-même objet de débats au sein de l’islam.
L’accusation de corruption de la Bible
Face aux contradictions entre la Bible et le Coran, l’islam affirme généralement que les Écritures juives et chrétiennes auraient été corrompues. Cette accusation est tardive et sert une nécessité théologique : expliquer pourquoi la Bible contredit le Coran sur des points centraux, notamment la divinité du Christ et la croix.
Or cette affirmation ne repose sur aucune preuve historique solide. La tradition manuscrite biblique est abondante, ancienne et géographiquement dispersée. Si des variantes textuelles existent, ce qui est normal dans toute transmission antique, elles ne touchent pas aux doctrines essentielles. Il n’existe aucune trace d’une falsification doctrinale massive et coordonnée.
Conclusion : Une divergence structurelle
La conclusion s’impose : la Bible et le Coran ne proposent pas deux versions d’un même phénomène religieux. Ils reposent sur deux conceptions radicalement différentes de la révélation.
La Bible présente une révélation progressive, inscrite dans l’histoire, culminant dans la personne et l’œuvre de Jésus-Christ. Le Coran propose une révélation descendante, univoque et normative, qui reconfigure les figures bibliques et contredit des éléments centraux du message chrétien.
C’est pourquoi le désaccord entre christianisme et islam n’est pas secondaire. Il commence dès les sources. Et si les sources sont différentes, les doctrines, la compréhension de Dieu, du salut et de l’homme le seront nécessairement aussi.
Cette première partie constitue ainsi la clé de lecture de toute la série. Avant de comparer Jésus, la croix ou le salut, il faut savoir à quelles sources on accorde autorité, et selon quelle logique. Tout le reste en découle.
Article long
Introduction
Toute comparaison sérieuse entre le christianisme et l’islam doit commencer par un point fondamental : les sources. Avant d’aborder Jésus, la croix, le salut, la loi, la morale ou la politique, il faut se demander d’où viennent les enseignements, quelle autorité ils revendiquent, et quelle conception de la révélation ils impliquent. Comparer les conséquences sans examiner les fondations conduit inévitablement à des malentendus, voire à des confusions profondes.
Cette exigence méthodologique n’est pas propre à l’apologétique chrétienne. Elle relève du bon sens intellectuel le plus élémentaire : on ne peut juger un édifice sans examiner ses fondations, ni évaluer une doctrine sans s’interroger sur l’autorité qui la fonde. Dans la ligne de Cornelius Van Til, on peut dire qu’il n’existe pas de « faits bruts » indépendants de tout cadre d’interprétation : toute pensée est enracinée dans des présupposés ultimes, reconnus ou non1.
Cette première partie pose donc le socle de toute la série. Elle ne confronte pas des pratiques culturelles, ni des expressions sociologiques de la foi, ni des interprétations individuelles historiquement datées. Elle confronte les textes fondateurs eux-mêmes : la Bible et le Coran. C’est un point décisif. Trop de débats contemporains opposent des caricatures, des usages culturels ou des dérives historiques, sans jamais revenir aux sources normatives qui prétendent fonder ces pratiques.
Or la Bible et le Coran ne se présentent pas de la même manière, ne revendiquent pas la même autorité, et n’impliquent pas la même conception de la révélation. La Bible se donne comme une révélation progressive, inscrite dans l’histoire, transmise par une pluralité de témoins, et culminant dans un événement central : la venue, la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Elle assume pleinement la médiation humaine de la révélation. Dieu y parle réellement, mais à travers des auteurs situés, dans des contextes précis, au fil d’une histoire d’alliance.
Le Coran, à l’inverse, se présente comme une récitation transmise à un seul homme, Muhammad, et reçue comme parole divine normative. Dans la théologie islamique classique, cette parole est étroitement liée à l’attribut divin du kalām (la parole de Dieu), au point que la forme même du texte – sa langue, sa récitation – participe de sa sacralité. Nous ne sommes donc pas simplement face à deux « livres sacrés », mais à deux modèles de révélation radicalement différents.
Cette différence de nature explique pourquoi le désaccord entre christianisme et islam n’est ni accidentel ni secondaire, mais structurel. Il ne commence pas avec des divergences morales ou politiques ; il commence dès la question de la révélation elle-même. Dans la dogmatique réformée, la doctrine de l’Écriture structure l’ensemble de la théologie : ce que l’on croit au sujet de la Parole de Dieu conditionne nécessairement ce que l’on croira au sujet de Dieu, de l’homme, du salut et de l’histoire.
C’est également pour cette raison que l’islam affirme que les Écritures juives et chrétiennes auraient été corrompues. Cette accusation n’est pas un détail polémique ; elle est une nécessité théologique interne. Si la Bible n’était pas altérée, les contradictions entre le Coran et les Évangiles sur des points centraux – en particulier la personne de Jésus et la réalité de la croix – seraient insurmontables. L’affirmation de la corruption des Écritures bibliques fonctionne ainsi comme un postulat destiné à préserver la cohérence du système islamique.
À l’inverse, le christianisme biblique affirme que la révélation de Dieu est publique, historique, attestée par de multiples témoins et transmise de manière continue. C’est pourquoi la question de la transmission des textes, du canon, de l’inspiration et de l’autorité des Écritures n’est pas un débat technique réservé aux spécialistes, mais un enjeu théologique majeur.
En posant d’emblée la question des sources, cette première partie entend donc éviter deux erreurs symétriques. La première serait de réduire le désaccord entre christianisme et islam à une simple divergence culturelle ou civilisationnelle. La seconde serait de prétendre résoudre ces différences par un syncrétisme de surface, affirmant que « toutes les religions disent finalement la même chose ». Une telle affirmation ne résiste pas à l’examen sérieux des textes eux-mêmes.
C’est pourquoi tout ce qui suivra dans cette série – la question de Jésus, de la croix, du salut, de la loi, de la prière, de la violence ou de la politique – devra être lu à la lumière de ce constat fondamental : lorsque les sources sont différentes, les doctrines le seront nécessairement aussi. Et lorsque les conceptions de la révélation divergent, il est illusoire de prétendre que les systèmes religieux qui en découlent pourraient être substantiellement équivalents.
1. Une approche assumée : présuppositionnelle et rationnelle
La démarche adoptée ici est apologétique et assume clairement ses présupposés2. Elle part de l’affirmation que la Bible est vraie et qu’elle est réellement la Parole de Dieu. Cette position s’inscrit dans la ligne de l’apologétique présuppositionnaliste, notamment développée par Cornelius Van Til. Elle reconnaît qu’il n’existe pas de point de vue intellectuel neutre à partir duquel on pourrait juger toutes les religions de manière extérieure et impartiale. Toute vision du monde repose sur des présupposés ultimes concernant Dieu, la vérité, la raison et l’histoire.
Partir de la vérité de la Bible n’implique cependant ni irrationalité ni refus du débat. Au contraire, cette approche affirme que ce présupposé rend compte de manière cohérente du réel, et qu’il peut être confronté honnêtement aux faits historiques, à la transmission des textes et à la cohérence doctrinale. C’est pourquoi cette apologétique est aussi, de manière complémentaire, évidentialiste : elle mobilise les données de l’histoire, de la critique textuelle et de la raison, sans prétendre juger la révélation à partir d’un critère supérieur à elle.
2. La Bible : une révélation inscrite dans l’histoire
La Bible ne se présente pas comme un livre unique descendu du ciel sous une forme achevée, détachée du temps et de l’histoire3. Elle se donne au contraire comme une bibliothèque d’écrits inspirés, rédigés sur une longue période, par une pluralité d’auteurs, dans des contextes historiques, culturels et linguistiques variés. Cette diversité n’est pas un défaut à corriger, mais un élément constitutif de la révélation biblique elle-même. Dieu ne se révèle pas en dehors de l’histoire, mais dans l’histoire, par des événements, des paroles, des alliances et des témoins.
La Bible raconte ainsi une histoire cohérente et continue : celle de l’alliance de Dieu avec son peuple. Depuis la création du monde jusqu’à l’accomplissement en Jésus-Christ, elle déploie une trame théologique unifiée, marquée par la promesse, la chute, l’élection, la rédemption et l’espérance. Comme l’a souligné le théologien réformé Herman Bavinck, la révélation biblique n’est pas une série de vérités abstraites, mais l’auto-révélation de Dieu dans l’histoire, culminant dans la personne du Christ. Cette dimension historique est essentielle : elle fonde la foi chrétienne sur des actes de Dieu attestés publiquement, et non sur une illumination privée ou ésotérique.
L’Ancien Testament, ou Bible hébraïque, s’est constitué sur plusieurs siècles4. Il est traditionnellement structuré en trois grandes parties : la Loi (Torah), les Prophètes (Nevi’im) et les Écrits (Ketouvim). Cette tripartition est attestée dans le judaïsme ancien et reprise implicitement dans le Nouveau Testament lui-même, lorsque Jésus parle de « la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes » (Luc 24.44). Le christianisme protestant retient ce canon hébraïque, sans les livres dits deutérocanoniques, par fidélité à la tradition juive reçue et à l’usage majoritaire du Nouveau Testament, qui cite abondamment l’Ancien Testament hébraïque mais ne reconnaît jamais explicitement les deutérocanoniques comme Écriture normative.
Ce choix ne relève pas d’un appauvrissement arbitraire, mais d’un souci de continuité historique et théologique. Il s’agit de recevoir l’Ancien Testament tel qu’il était reconnu dans le judaïsme du Second Temple, cadre dans lequel Jésus et les apôtres ont eux-mêmes lu et interprété les Écritures.
Le Nouveau Testament appartient quant à lui au Ier siècle après Jésus-Christ5. Il rassemble des témoignages apostoliques directs ou indirects : les Évangiles, qui rapportent la vie, l’enseignement, la mort et la résurrection de Jésus ; les Actes des apôtres, qui retracent les débuts de l’Église ; les épîtres, qui interprètent théologiquement l’événement du Christ ; et l’Apocalypse, qui ouvre une perspective eschatologique. Ces écrits ne surgissent pas tardivement dans l’histoire chrétienne : ils circulent très tôt dans les communautés, sont lus dans le culte, copiés, transmis et cités comme faisant autorité dès la fin du Ier et le début du IIe siècle.
Contrairement à une idée répandue, les conciles des IVe siècles n’ont pas « fabriqué » le canon du Nouveau Testament. Ils ont reconnu officiellement ce qui était déjà reçu, utilisé et reconnu comme normatif dans l’ensemble de l’Église. Cette reconnaissance repose sur des critères clairs et largement partagés : l’apostolicité (lien direct ou indirect avec les apôtres), la cohérence doctrinale avec la règle de la foi transmise, et l’usage universel et continu dans les Églises.
La liste des 27 livres du Nouveau Testament est attestée explicitement au IVe siècle, notamment dans la 39e Lettre festale de Athanase d’Alexandrie (367), qui distingue clairement les écrits canoniques des autres écrits édifiants. Toutefois, cette reconnaissance formelle ne fait qu’entériner un usage bien antérieur. Dès le IIe siècle, des auteurs comme Irénée de Lyon attestent l’autorité des quatre Évangiles, et les épîtres pauliniennes circulent déjà comme un corpus reconnu.
Les travaux modernes sur le canon confirment ce constat. Des travaux de Bruce M. Metzger montrent que le canon du Nouveau Testament ne résulte pas d’une décision conciliaire tardive, mais d’un processus progressif de reconnaissance, fondé sur l’usage des Églises, l’autorité apostolique et la réception ecclésiale des écrits6. Autrement dit, l’Église n’est pas au-dessus de l’Écriture ; elle se reconnaît elle-même comme façonnée et jugée par elle.
Cette manière de comprendre la Bible comme révélation inscrite dans l’histoire est théologiquement décisive. Elle signifie que la foi chrétienne repose sur des événements publics, datables, attestés par des témoins multiples, et transmis de manière continue. Elle implique aussi que la médiation humaine – auteurs, traditions, communautés – n’est pas un obstacle à la révélation, mais le moyen choisi par Dieu pour se faire connaître.
C’est précisément ce point qui distingue radicalement la Bible du Coran, et qui rend indispensable, dès l’ouverture de cette série, une réflexion approfondie sur la nature des sources. Si la révélation biblique est historique, progressive et incarnée, alors toute prétention ultérieure à la corriger ou à la supplanter devra être évaluée à l’aune de cette logique même. Ce sera l’un des enjeux centraux de la confrontation entre Bible et Coran.
3. Inspiration et autorité de l’Écriture
Dans la foi chrétienne, l’inspiration biblique ne signifie pas une dictée mécanique ou une suppression de l’humanité des auteurs7. Dieu parle réellement par des hommes, sans annuler leur style, leur vocabulaire, leur contexte historique ou leur personnalité. L’Écriture est ainsi pleinement humaine dans sa forme et pleinement divine dans son origine. Cette conception n’est pas un compromis tardif, mais découle du cœur même de la foi chrétienne : l’incarnation du Verbe. De même que le Christ est vrai Dieu et vrai homme sans confusion ni séparation, l’Écriture est Parole de Dieu donnée par des paroles humaines.
Jean Calvin exprimait déjà cette conviction en soulignant que Dieu « a daigné balbutier avec nous comme des nourrices ont coutume de faire avec les petits enfants »8, adaptant sa parole à notre condition sans en altérer la vérité. Loin d’affaiblir l’autorité biblique, cette médiation humaine en manifeste au contraire la profondeur : Dieu se révèle réellement, mais selon un mode adapté à l’histoire et à la finitude humaine.
La théologie réformée classique a systématisé cette intuition. B. B. Warfield définissait l’inspiration comme une opération souveraine de Dieu par laquelle les auteurs bibliques ont été « portés » (2 Pierre 1.21) de telle sorte que ce qu’ils écrivaient était pleinement leur parole et pleinement la Parole de Dieu. L’inspiration ne neutralise pas l’auteur humain ; elle garantit que, dans et par son activité propre, Dieu communique fidèlement ce qu’il veut révéler.
Cette doctrine est clairement exprimée dans la Confession de foi de La Rochelle (1559). Celle-ci affirme que l’Écriture sainte est « la règle certaine de notre foi », et qu’elle tire son autorité non de l’Église, mais de Dieu lui-même. L’Église ne fonde pas l’autorité de l’Écriture ; elle la reçoit. La confession précise que la certitude de cette autorité est scellée dans le cœur des croyants par le témoignage intérieur du Saint-Esprit, et non par un décret institutionnel ou une démonstration purement rationnelle.
Ce point est décisif. L’autorité ultime de l’Écriture ne repose ni sur une hiérarchie ecclésiale, ni sur une tradition autonome, ni sur une validation académique externe. Elle repose sur Dieu qui parle. Calvin affirme que l’Écriture « s’atteste elle-même comme Parole de Dieu » (autopistie de l’Écriture : elle s’atteste elle-même) et qu’elle ne reçoit pas son autorité ultime de démonstrations externes ou de l’Église, mais du témoignage intérieur du Saint-Esprit (Calvin, Institution, I.7.4–5) 9. Cela ne signifie pas que les arguments historiques ou textuels soient inutiles, mais qu’ils ne constituent pas le fondement ultime de l’autorité biblique.
Dans ce cadre, la doctrine de l’inerrance ne découle pas d’un rationalisme rigide ou d’un littéralisme naïf, mais du caractère même de Dieu. Si Dieu est vérité, s’il ne ment pas et ne se trompe pas, alors ce qu’il affirme est digne de confiance. L’inerrance, dans la théologie réformée classique, signifie que l’Écriture est vraie et fiable dans tout ce qu’elle affirme, selon les intentions des auteurs et les genres littéraires employés. Elle n’implique ni une uniformité de style, ni une absence de figures de langage, ni une lecture anachronique des textes.
Herman Bavinck résumait cette position avec équilibre : L’inspiration garantit la vérité de l’Écriture, mais elle n’abolit pas l’histoire. Autrement dit, reconnaître l’autorité divine de la Bible n’implique pas de nier sa dimension historique, culturelle ou littéraire ; cela implique de la lire avec sérieux, en respectant ses contextes et ses formes.
Cette conception de l’Écriture permet ainsi d’articuler une haute autorité biblique et une lecture historique et contextuelle rigoureuse. Elle refuse l’alternative simpliste entre foi et raison. La foi ne s’oppose pas à la raison ; elle la présuppose, la redresse et l’oriente. La raison, de son côté, ne juge pas la révélation de l’extérieur, mais s’exerce à l’intérieur du cadre que Dieu a lui-même donné.
Ce point sera déterminant pour la suite de la série. Une révélation inspirée, transmise par des témoins historiques, reconnue par l’Église mais fondée en Dieu lui-même, n’obéit pas à la même logique qu’une parole conçue comme descendante, univoque et immédiatement normative. La manière dont on comprend l’inspiration et l’autorité de l’Écriture conditionne nécessairement la christologie, la sotériologie et, plus largement, toute la vision du monde qui en découle.
4. Le Coran : une révélation descendante et normative
Le Coran apparaît au VIIe siècle de notre ère, dans un contexte historique bien postérieur à l’ensemble biblique. Il se présente comme une récitation (qur’ān) transmise à Muhammad, et reçue par les musulmans comme la Parole de Dieu. Cette auto-présentation est déterminante : le Coran ne se donne pas comme un témoignage humain inspiré par Dieu, mais comme une parole divine communiquée directement, puis récitée et mémorisée.
Dans la théologie islamique classique, le Coran est étroitement lié à l’attribut divin du kalām (la parole de Dieu). Cette association a conduit, dès les premiers siècles de l’islam, à des débats théologiques majeurs sur le statut du Coran : est-il créé dans le temps ou incréé et éternel ? La controverse dite du Coran créé aux IXe–Xe siècles montre à quel point cette question est centrale. Si le Coran est incréé, alors il participe de l’éternité même de Dieu ; s’il est créé, il est alors une œuvre divine dans l’histoire. Le fait même que cette question ait suscité de telles controverses atteste l’importance accordée au statut ontologique du texte coranique.
La position majoritaire dans l’islam sunnite s’est finalement stabilisée autour de l’idée que le Coran est incréé dans son essence divine, même s’il est récité et transmis dans le temps. Comme le résume le théologien et historien W. Montgomery Watt10, « le Coran est compris non seulement comme un message de Dieu, mais comme la parole même de Dieu, existant éternellement auprès de lui ». Cette conception distingue radicalement le Coran de la Bible, non seulement dans son contenu, mais dans sa nature même.
Contrairement à la Bible, le Coran n’est pas une bibliothèque de témoignages historiques, ni une collection d’écrits issus de contextes multiples. Il est un texte unique, univoque, organisé non selon une progression historique, mais selon une logique propre de récitation. Il ne raconte pas une histoire continue du salut comparable à celle de la Bible ; il réinterprète et reconfigure des figures et des récits bibliques à l’intérieur d’un cadre théologique distinct.
Un point décisif réside dans le statut de la langue. Dans l’islam, la langue arabe n’est pas un simple véhicule contingent de la révélation. Elle en fait partie intégrante. Le Coran est considéré comme la parole de Dieu en arabe, et sa récitation dans cette langue est constitutive de son autorité et de sa sacralité. Les traductions sont généralement perçues non comme le Coran lui-même, mais comme des interprétations approximatives de son sens. Cette sacralisation de la forme linguistique contraste fortement avec la Bible, qui a été traduite très tôt dans de nombreuses langues sans que son autorité en soit remise en cause.
Cette conception implique une normativité directe et immédiate du texte coranique. Le Coran n’est pas seulement une référence théologique ; il est la norme suprême pour la foi, la pratique et, indirectement, le droit. Il n’existe pas, dans l’islam classique, de médiation historique comparable à celle de la Bible, où la révélation est inséparable d’événements, de témoins et d’une progression dans le temps. Le Coran s’impose comme parole divine achevée, donnée une fois pour toutes.
L’historienne Angelika Neuwirth, spécialiste du Coran et de son contexte tardo-antique, souligne que le Coran se comprend comme un texte « proclamé », destiné d’abord à être entendu et récité, avant d’être lu et analysé. Cette oralité originelle renforce son caractère normatif et performatif : la parole de Dieu agit par sa récitation même.
Cette différence structurelle entre la Bible et le Coran a des conséquences théologiques majeures. Une révélation conçue comme descendante, univoque et immédiatement normative n’engendre pas la même relation à l’histoire, à l’interprétation et à l’autorité qu’une révélation progressive, incarnée et attestée par des témoins multiples. Elle explique aussi pourquoi le Coran se présente non comme une continuation organique de la révélation biblique, mais comme une correction de celle-ci, accusée d’avoir été altérée.
Il est donc essentiel de comprendre que la divergence entre christianisme et islam ne porte pas seulement sur des doctrines particulières, mais sur la manière même dont Dieu est censé parler aux hommes. La Bible affirme que Dieu se révèle dans l’histoire, par des alliances, des événements et des personnes, culminant dans l’incarnation du Verbe. Le Coran affirme que Dieu parle par une récitation céleste normative, transmise à un prophète. Ces deux conceptions ne sont pas simplement différentes ; elles sont structurellement incompatibles.
C’est à ce niveau fondamental — celui de la nature de la révélation et de l’autorité du texte — que commence réellement la confrontation entre Bible et Coran. Et c’est pourquoi toute tentative de les placer sur un même plan, comme deux expressions équivalentes d’une même parole divine, échoue à rendre compte de ce que ces textes disent d’eux-mêmes.
5. Coran, hadiths et sunna
Il est essentiel de souligner que, dans l’islam réel et historique, le Coran ne fonctionne jamais seul. La pratique religieuse islamique repose sur un triptyque normatif : le Coran, la sunna et les hadiths. La sunna désigne la « voie », c’est-à-dire l’exemple normatif du Prophète Muhammad, tandis que les hadiths constituent les récits rapportant ses paroles, ses actes ou ses approbations tacites. Ces récits servent de support textuel à la sunna et jouent un rôle déterminant dans l’interprétation du Coran et dans l’élaboration du droit islamique (fiqh).
Cette articulation est fondamentale pour comprendre l’islam. Le Coran, en tant que texte, demeure souvent concis, allusif et peu détaillé sur de nombreuses prescriptions pratiques. Les modalités concrètes de la prière, du jeûne, de l’aumône, du pèlerinage, mais aussi de nombreuses règles sociales et juridiques, ne sont pas explicitement développées dans le Coran lui-même. C’est la sunna, transmise par les hadiths, qui vient préciser, compléter et interpréter le texte coranique. Comme le résume l’islamologue Jonathan A. C. Brown, « sans les hadiths, le Coran est largement inopérant comme système normatif complet »11.
Les hadiths n’ont cependant pas été consignés du vivant de Muhammad. Leur collecte, leur mise par écrit et leur classification se sont étalées sur plusieurs générations, principalement aux VIIIe et IXe siècles. Cette transmission a donné lieu à un vaste travail de sélection et de hiérarchisation, fondé sur l’examen des chaînes de transmetteurs (isnād) et sur l’évaluation du contenu (matn). Les grandes collections dites « canoniques » dans le sunnisme, comme celles d’al-Bukhârî ou de Muslim, apparaissent ainsi plus d’un siècle après les événements qu’elles rapportent.
Cette situation introduit une complexité interne majeure. La normativité islamique repose sur un ensemble de textes hiérarchisés, dont la formation historique est elle-même objet de débats, tant dans l’islam classique que dans la recherche contemporaine. Tous les hadiths ne jouissent pas du même statut : certains sont considérés comme authentiques (ṣaḥīḥ), d’autres comme bons (ḥasan), faibles (ḍaʿīf) ou même forgés. Cette gradation montre que la sunna n’est pas une donnée monolithique, mais le résultat d’un processus historique et critique complexe.
L’historien Harald Motzki a montré que, malgré l’existence de méthodes sophistiquées de critique des chaînes de transmission, l’évaluation des hadiths reste largement tributaire de présupposés théologiques et juridiques. Autrement dit, la reconnaissance de l’autorité d’un hadith dépend souvent du cadre doctrinal dans lequel il est reçu. Cette observation n’invalide pas la tradition islamique, mais elle souligne que la normativité islamique est médiée historiquement, même si cette médiation est rarement reconnue de manière théologique explicite.
Il en résulte que, dans l’islam classique, l’autorité religieuse ne se concentre pas exclusivement dans le Coran, mais se déploie à travers un ensemble normatif complexe : le texte coranique, la sunna interprétée par les hadiths, et le travail des juristes (fuqahā’) qui en déduisent des règles applicables. Cette structure explique l’existence de différentes écoles juridiques (madhhab), chacune proposant une hiérarchisation spécifique des sources et des méthodes d’interprétation.
Cette réalité contraste fortement avec la conception chrétienne de l’Écriture. Si le christianisme connaît lui aussi une tradition d’interprétation, celle-ci ne vient pas compléter ou corriger l’Écriture, mais en expliciter le sens. Dans l’islam, en revanche, la sunna possède une autorité normative propre, indispensable au fonctionnement même du système religieux. Comme le note Wael B. Hallaq, « le Coran seul ne suffit pas à produire une loi ; c’est la sunna, transmise et interprétée, qui rend possible l’édifice juridique islamique ».
Cette articulation Coran–sunna–hadiths a également une conséquence théologique importante : elle rend la question de l’autorité plus diffuse et plus complexe qu’il n’y paraît à première vue. Si le Coran est la parole directe de Dieu, son interprétation concrète dépend néanmoins d’un corpus de traditions historiquement constitué, soumis à des débats internes et à des évolutions.
Comprendre cette structure est indispensable pour toute comparaison sérieuse entre christianisme et islam. Elle montre que le désaccord ne porte pas seulement sur le contenu des textes, mais sur la manière même dont l’autorité religieuse est médiatisée, interprétée et appliquée. Et elle confirme que la question des sources, loin d’être un détail technique, constitue le point de départ incontournable de toute réflexion théologique comparative.
6. L’accusation de corruption de la Bible
Face aux contradictions manifestes entre la Bible et le Coran, l’islam affirme généralement que les Écritures juives et chrétiennes auraient été corrompues (taḥrīf). Cette accusation occupe une place stratégique dans la théologie islamique : elle permet d’expliquer pourquoi la Bible, telle qu’elle est lue par les juifs et les chrétiens, contredit le Coran sur des points centraux, notamment la divinité du Christ, sa mort sur la croix et la nature du salut.
Il est essentiel de noter que cette accusation n’apparaît pas de manière claire et développée dans le Coran lui-même. Les passages coraniques évoquant une possible altération des Écritures antérieures sont ambigus et ont fait l’objet d’interprétations diverses. De nombreux chercheurs soulignent que le Coran reproche davantage aux juifs et aux chrétiens une mauvaise interprétation ou une dissimulation partielle du sens qu’une falsification matérielle du texte. L’idée d’une corruption textuelle massive se développe surtout dans la tradition islamique postérieure, lorsque la contradiction entre le message coranique et le contenu réel de la Bible devient théologiquement problématique.
Comme l’a montré l’islamologue W. Montgomery Watt, l’idée d’une corruption textuelle de la Bible ne constitue pas un enseignement explicite du Coran, mais s’est développée progressivement comme une solution apologétique destinée à expliquer les divergences entre le message coranique et les Écritures juives et chrétiennes. Autrement dit, l’accusation de taḥrīf fonctionne moins comme un constat historique que comme un postulat théologique destiné à préserver la cohérence interne de l’islam12.
Sur le plan historique, cette affirmation ne repose sur aucune preuve solide. La tradition manuscrite biblique est l’une des plus abondantes et des mieux documentées de l’Antiquité. Pour l’Ancien Testament, les manuscrits de la mer Morte, découverts au XXe siècle et datant pour certains de plusieurs siècles avant Jésus-Christ, montrent une remarquable stabilité du texte hébraïque. Les différences observées avec les manuscrits médiévaux sont minimes et ne touchent pas aux doctrines fondamentales.
Pour le Nouveau Testament, la situation est encore plus significative. Nous disposons de milliers de manuscrits grecs, ainsi que de traductions anciennes en latin, syriaque, copte, arménien et géorgien, répartis sur une vaste aire géographique. Cette dispersion rend historiquement invraisemblable l’hypothèse d’une falsification massive, coordonnée et doctrinalement ciblée. Comme l’écrit le spécialiste de critique textuelle Bruce M. Metzger, « aucune variante textuelle connue ne remet en cause une doctrine chrétienne essentielle »13.
Il est certes vrai que la transmission manuscrite antique connaît des variantes. Celles-ci sont normales dans un contexte où les textes étaient copiés à la main. Cependant, la critique textuelle moderne a précisément pour objet d’identifier, de classer et d’évaluer ces variantes. Les travaux de Kurt et Barbara Aland montrent que l’immense majorité des variantes concernent l’orthographe, l’ordre des mots ou des différences stylistiques mineures. Les passages théologiquement significatifs sont précisément ceux pour lesquels la tradition manuscrite est la plus solide.
Le théologien réformé B. B. Warfield résumait ce constat en affirmant que la richesse même de la tradition manuscrite du Nouveau Testament constitue une garantie contre toute altération substantielle. Plus il y a de manuscrits, plus il devient possible de reconstituer le texte ancien avec précision.
L’accusation de corruption soulève en outre une difficulté logique majeure. Si la Bible avait été falsifiée de manière massive avant l’apparition de l’islam, comment expliquer que le Coran lui-même fasse appel à l’autorité de la Torah et de l’Évangile existants au VIIe siècle, et invite parfois ses auditeurs à les consulter ? Si, au contraire, la corruption avait eu lieu après l’apparition de l’islam, il faudrait postuler une entreprise concertée, rapide et universelle, touchant des communautés chrétiennes et juives dispersées sur plusieurs continents — une hypothèse historiquement invraisemblable et sans aucun témoignage contemporain.
Enfin, cette accusation pose un problème théologique interne à l’islam. Si Dieu a révélé la Torah et l’Évangile, mais a laissé ces révélations être corrompues pendant des siècles sans les préserver, que dit cela de sa providence et de sa fidélité ? Et pourquoi le Coran, censé être une correction définitive, ne fournit-il aucun détail précis sur le moment, les auteurs ou les modalités de cette corruption supposée ?
Ainsi, l’examen historique et critique conduit à une conclusion claire : l’accusation de corruption de la Bible ne repose pas sur des données textuelles ou historiques vérifiables. Elle apparaît avant tout comme une réponse théologique a posteriori destinée à résoudre une tension doctrinale. En ce sens, elle ne constitue pas un argument solide contre la fiabilité des Écritures bibliques, mais confirme au contraire que le désaccord entre la Bible et le Coran est structurel et porte sur le cœur même du message chrétien.
Conclusion : une divergence structurelle
La conclusion s’impose avec netteté : la Bible et le Coran ne proposent pas deux versions d’un même phénomène religieux, ni deux expressions culturelles équivalentes d’une révélation fondamentalement identique14. Ils reposent sur deux conceptions radicalement différentes de la révélation divine, de son mode de communication, de son inscription dans l’histoire et de son autorité normative.
La Bible présente une révélation progressive, historique et incarnée. Dieu s’y révèle par des alliances successives, par des actes et des paroles inscrits dans le temps, par des témoins multiples, et finalement par une personne : Jésus-Christ. La révélation biblique n’est pas d’abord un texte, mais une histoire du salut, dont les Écritures sont le témoignage inspiré. Comme l’écrit le théologien réformé Herman Bavinck, la révélation n’est pas un dépôt de vérités abstraites, mais l’« auto-communication de Dieu dans l’histoire », culminant dans le Christ. Cette dynamique historique et christocentrique est constitutive de la foi chrétienne.
Le Coran, à l’inverse, propose une révélation descendante, univoque et normative. Il ne se présente pas comme le témoignage inspiré d’événements salvifiques, mais comme une récitation céleste transmise à un prophète. Cette révélation est conçue comme achevée, immédiatement normative et intimement liée à sa forme linguistique. Elle ne progresse pas historiquement vers un accomplissement incarné, mais s’impose comme correction finale des révélations antérieures. L’historienne du Coran Angelika Neuwirth souligne que le Coran se comprend comme un texte proclamé, dont l’autorité tient à son caractère performatif et normatif plus qu’à son inscription dans une histoire du salut comparable à celle de la Bible.
Cette différence de structure explique pourquoi le Coran reprend des figures bibliques tout en les reconfigurant profondément. Abraham, Moïse, David ou Jésus ne sont pas intégrés dans une continuité historique et théologique organique, mais réinterprétés à l’intérieur d’un cadre doctrinal différent. En particulier, des éléments centraux du message chrétien — la filiation divine du Christ, sa mort rédemptrice sur la croix, sa résurrection comme accomplissement eschatologique — sont explicitement niés ou vidés de leur sens. Il ne s’agit pas ici de divergences secondaires, mais d’un désaccord portant sur le cœur même de la foi chrétienne.
C’est pourquoi le désaccord entre christianisme et islam ne peut être réduit à une simple différence d’interprétation ou à une pluralité légitime de chemins spirituels. Il commence dès les sources. Et si les sources sont différentes dans leur nature, leur autorité et leur logique interne, alors les doctrines qui en découlent le seront nécessairement aussi. La compréhension de Dieu, du salut, de l’homme, de l’histoire et de la fin dernière ne peut être la même lorsque la révélation elle-même est conçue selon des modèles incompatibles.
Cette divergence structurelle rend illusoire toute tentative de syncrétisme théologique affirmant que l’islam serait simplement la continuation ou l’achèvement du christianisme. Une révélation qui culmine dans l’incarnation du Fils de Dieu ne peut être « corrigée » par une révélation qui nie précisément cette incarnation. Comme l’a justement noté Joseph Ratzinger, une foi qui renonce à la question de la vérité au nom de la coexistence pacifique renonce en réalité à ce qu’elle est elle-même. La paix entre les personnes ne peut être fondée sur la confusion des doctrines.
Cette première partie constitue ainsi la clé de lecture de toute la série. Elle établit le cadre méthodologique et théologique indispensable pour aborder les thèmes suivants. Avant de comparer Jésus, la croix ou le salut, il faut savoir à quelles sources on accorde autorité, et selon quelle logique. Avant de discuter des conséquences morales, sociales ou politiques, il faut examiner les fondements doctrinaux qui les rendent possibles.
Tout le reste en découle. Si la révélation biblique est historique, incarnée et christocentrique, alors toute foi qui nie ou reconfigure ce centre ne peut être comprise comme une simple variante du christianisme. C’est cette conviction, fondée sur l’examen des sources elles-mêmes, qui guidera l’ensemble de la série.
Notice bibliographique
1) Réformés confessants et théologiens évangéliques
Doctrine de l’Écriture, canon, inspiration
- B. B. Warfield, The Inspiration and Authority of the Bible
Classique incontournable de la théologie réformée sur inspiration, inerrance et autorité biblique. - Herman Bavinck, Dogmatique réformée, vol. 1 : La Révélation
Exposé magistral sur révélation générale et spéciale, inspiration, Écriture comme Parole de Dieu. - Louis Berkhof, Théologie systématique
Sections sur l’Écriture, le canon et l’autorité biblique. - Cornelius Van Til, The Defense of the Faith
Fondement méthodologique présuppositionnaliste, crucial pour cadrer l’approche de la série. - Greg L. Bahnsen, Van Til’s Apologetic
Clarification pédagogique de la méthode présuppositionnaliste.
Canon et transmission du Nouveau Testament
- F. F. Bruce, The Canon of Scripture
Étude historique solide, largement utilisée en milieu évangélique et académique. - Bruce M. Metzger, The Canon of the New Testament
Référence académique majeure sur la formation du canon. - Kurt Aland & Barbara Aland, The Text of the New Testament
Ouvrage de référence sur la transmission manuscrite et la critique textuelle.
Bible et islam (approche apologétique)
- James R. White, What Every Christian Needs to Know About the Qur’an
Comparaison structurée Bible/Coran, claire, rigoureuse, sans caricature. - Samuel M. Zwemer, Islam : A Challenge to Faith
Ancien mais structurant dans l’histoire protestante de la confrontation théologique avec l’islam. - Kenneth Cragg (anglican évangélique), The Call of the Minaret
Dialogue théologique sérieux, utile pour comprendre les divergences de révélation.
2) Catholiques romains (approche classique et académique)
Révélation, Écriture et Tradition
- Concile Vatican II, Dei Verbum
Texte fondamental sur la révélation, l’inspiration et l’Écriture dans le catholicisme. - Joseph Ratzinger (Benoît XVI), L’interprétation de la Bible dans l’Église
Analyse nuancée du rapport entre foi, histoire et critique biblique. - Henri de Lubac, Histoire et Esprit
Sur la lecture de l’Écriture dans la tradition patristique.
Canon et histoire du texte
- Jean Daniélou, Les origines du christianisme latin
Donne un cadre historique utile sur la réception des Écritures. - Raymond E. Brown, An Introduction to the New Testament
Référence catholique majeure, critique mais sérieuse.
Islam et christianisme
- Louis Massignon, La passion de Hallaj (et autres écrits sur l’islam)
Approche catholique du dialogue islamo-chrétien (plutôt irénique, à lire de manière critique). - Guy Harpigny, Islam et christianisme selon Louis Massignon
Présentation structurée de cette approche. - Christian Troll, Muslims Ask, Christians Answer
Dialogue théologique catholique, utile pour connaître les positions romaines.
3) Tradition orthodoxe
Écriture et Tradition
- Georges Florovsky, Bible, Église, Tradition
Texte fondamental pour comprendre la conception orthodoxe de l’autorité scripturaire. - Jean Meyendorff, La théologie byzantine
Sur la réception de l’Écriture dans l’Église orthodoxe. - Kallistos Ware, L’Église orthodoxe
Chapitres utiles sur la révélation, l’Écriture et la Tradition.
Christianisme et islam
- Christos Yannaras, Orthodoxy and the West
Moins centré sur l’islam, mais précieux pour comprendre la différence de vision de la révélation. - Sidney H. Griffith (catholique oriental, très utilisé en orthodoxie), The Church in the Shadow of the Mosque
Étude historique de la rencontre entre christianisme ancien et islam.
4) Ouvrages académiques transversaux (Bible / Coran)
À utiliser comme références communes, non confessionnelles :
- Angelika Neuwirth, The Qur’an and Late Antiquity
Étude majeure situant le Coran dans son contexte tardo-antique. - W. Montgomery Watt, Muhammad at Mecca ; Muhammad at Medina
Références classiques sur l’origine de l’islam. - Fred M. Donner, Muhammad and the Believers
Approche historique sobre et nuancée. - Jonathan A. C. Brown, Hadith : Muhammad’s Legacy in the Medieval and Modern World
Indispensable pour comprendre hadith et sunna.
Bibliographie approfondie
I. Théologie réformée confessante – Écriture, révélation, autorité
Calvin, Jean. Institution de la religion chrétienne. Traduction française. Aix-en-Provence : Éditions Kerygma, 2009–2012.
→ Référence normative sur l’autorité de l’Écriture, l’inspiration, l’auto-attestation biblique.
Bavinck, Herman. Dogmatique réformée.
Vol. 1 : La révélation et la connaissance de Dieu. Charols : Excelsis, 2006.
→ Ouvrage majeur sur la révélation progressive, historique, et l’autorité de l’Écriture.
Turretin, François. Institutes de théologie élenctique.
Traduction française partielle, Charols : Excelsis.
→ Défense classique de l’inspiration, de l’inerrance et de la fiabilité textuelle.
Warfield, Benjamin B. L’Inspiration et l’autorité de la Bible. Charols : Excelsis, 2010.
→ Ouvrage de référence sur inspiration, canon et critique textuelle.
Van Til, Cornelius. La défense de la foi chrétienne. Charols : Excelsis, 2011.
→ Fondement de l’approche présuppositionnaliste utilisée méthodologiquement dans la série.
Frame, John M. Apologétique. Une défense de la foi chrétienne. Charols : Excelsis, 2018.
→ Articulation présuppositionnalisme / évidentialisme dans un cadre réformé.
II. Canon biblique, transmission des textes, critique textuelle (sources françaises prioritaires)
Metzger, Bruce M. Le canon du Nouveau Testament. Paris : Cerf, 1986.
→ Ouvrage classique, rigoureux, sur la formation et la reconnaissance du canon.
Metzger, Bruce M., et Bart D. Ehrman. Le texte du Nouveau Testament. Genève : Labor et Fides, 2000.
→ Référence majeure sur la critique textuelle et la fiabilité manuscrite.
Aland, Kurt, et Barbara Aland. Le texte du Nouveau Testament. Genève : Labor et Fides, 1989.
→ Ouvrage technique de référence sur les variantes textuelles.
Tov, Emanuel. Critique textuelle de l’Ancien Testament. Paris : Cerf, 2012.
→ Référence essentielle pour la stabilité du texte hébraïque (Manuscrits de la mer Morte).
III. Islamologie académique – Coran, révélation, statut du texte
Neuwirth, Angelika. Le Coran et l’Antiquité tardive. Paris : Cerf, 2021.
→ Référence majeure sur la nature proclamative et normative du Coran.
Reynolds, Gabriel Said. Le Coran et la Bible. Textes et contextes. Paris : Cerf, 2020.
→ Comparaison rigoureuse des sources bibliques et coraniques.
Watt, W. Montgomery. Mahomet. Paris : Payot, 1989.
→ Ouvrage classique sur le contexte historique de l’islam naissant.
Watt, W. Montgomery. Islam et christianisme aujourd’hui. Paris : Cerf, 1983.
→ Utile pour comprendre l’accusation de taḥrīf dans sa fonction théologique.
Hallaq, Wael B. Introduction au droit musulman. Bruxelles : De Boeck, 2009.
→ Pour la compréhension de l’articulation Coran–sunna–hadiths.
IV. Revue réformée (sources accessibles en ligne, réformées confessantes)
La Revue réformée (Fondation de service protestant – FSP)
https ://larevuereformee.net
Articles pertinents pour la PARTIE 1 :
– « L’autorité de l’Écriture dans la théologie réformée »
– « Canon biblique et tradition ecclésiale »
– « Révélation et inspiration selon Calvin »
– « La Bible face aux autres livres religieux »
(Auteurs récurrents : Pierre Courthial, Henri Blocher, Gérard Siegwalt – à citer article par article selon usage précis.)
V. Comparaison Bible / Coran – Approche critique
Blocher, Henri. Révélation des origines. Charols : Excelsis, 2001.
→ Utile pour la conception biblique de la révélation historique.
Geisler, Norman, et Abdul Saleeb. Réponses chrétiennes aux objections musulmanes. Charols : Excelsis, 2009.
→ Ouvrage apologétique, à utiliser avec discernement, mais utile sur la question du taḥrīf.
Remarque méthodologique
Cette bibliographie permet de soutenir sans polémique la thèse centrale de la PARTIE 1 :
👉 Bible et Coran reposent sur deux conceptions structurellement incompatibles de la révélation, ce qui rend illusoire toute assimilation théologique simple.
ANNEXES
Fiche apologétique 1 (terrain) – Partie 1 : Bible et Coran – les sources avant tout
Objectif
Donner des repères clairs et mémorisables pour comprendre pourquoi tout débat islam / christianisme commence par les sources.
- Pourquoi commencer par la Bible et le Coran
Avant de comparer Jésus, la croix ou le salut, il faut savoir d’où viennent les enseignements.
Les doctrines ne flottent pas dans le vide : elles dépendent toujours de textes fondateurs et de leur autorité.
Comparer les religions sans comparer leurs sources revient à discuter des fruits sans examiner l’arbre.
- La Bible en quelques points essentiels
La Bible n’est pas un livre unique mais une bibliothèque.
Elle a été écrite sur plus d’un millénaire, par de nombreux auteurs, dans des contextes historiques variés.
Elle raconte une histoire cohérente : celle de l’alliance de Dieu avec son peuple, culminant en Jésus-Christ.
La Bible ne prétend pas être dictée mot à mot depuis le ciel.
Elle affirme que Dieu parle réellement par des auteurs humains, sans annuler leur personnalité ni leur contexte.
- Le canon biblique
Ancien Testament : le canon hébraïque, reçu par le judaïsme, retenu dans les Bibles protestantes.
Nouveau Testament : 27 livres reconnus progressivement par l’Église primitive comme apostoliques et normatifs.
L’Église ne crée pas le canon, elle le reconnaît.
- Inspiration et autorité
Dans la foi chrétienne, la Bible est inspirée par Dieu et fait autorité en matière de foi et de vie.
Son autorité ne dépend pas d’une institution, mais du fait qu’elle est la Parole de Dieu, confirmée intérieurement par l’Esprit. - Le Coran en quelques points essentiels
Le Coran apparaît au VIIᵉ siècle.
Il se présente comme une récitation transmise à Muhammad.
Dans la théologie islamique classique, il est souvent compris comme la parole directe de Dieu, parfois dite incréée.
La forme même du texte (en arabe) est considérée comme sacrée.
- Différence fondamentale
La Bible : révélation progressive dans l’histoire, pluralité de témoins, alliance, accomplissement.
Le Coran : révélation descendante, univoque, normative jusque dans sa forme.
Ce ne sont pas deux versions d’un même phénomène religieux, mais deux conceptions différentes de la révélation.
- La question de la corruption de la Bible
L’islam affirme que la Bible aurait été corrompue.
Cette affirmation est tardive et ne repose pas sur des preuves historiques solides.
Les manuscrits bibliques anciens montrent une transmission stable sur les doctrines essentielles.
- Thèse à retenir
Si les sources sont différentes, les doctrines le seront aussi.
C’est pourquoi le désaccord entre christianisme et islam est structurel, pas secondaire.
Phrase-clé terrain
« Avant de comparer Jésus ou la croix, comparons la Bible et le Coran. Tout part de là. »
Fiche apologétique 2 (DIALOGUE) – Partie 1 : Bible et Coran – questions fréquentes
Objectif
Aider à dialoguer calmement, sans se laisser entraîner dans des débats secondaires.
- « La Bible et le Coran parlent du même Dieu, non ? »
Réponse courte
Ils parlent d’un Dieu unique, mais pas de la même manière.
Réponse développée
La question n’est pas seulement « un Dieu », mais comment Dieu se révèle, ce qu’il dit de lui-même, et comment il agit dans l’histoire. Et là, les sources divergent profondément.
- « La Bible est un livre humain, le Coran vient directement de Dieu. »
Réponse courte
La Bible est humaine dans sa forme, divine dans son origine.
Réponse développée
Le christianisme ne nie pas l’humanité des auteurs bibliques.
Il affirme que Dieu a parlé à travers eux.
L’incarnation du Verbe éclaire cette logique : Dieu agit par des moyens humains sans perdre sa vérité.
- « L’islam dit que la Bible a été falsifiée. »
Réponse courte
C’est une affirmation sans base historique solide.
Réponse développée
Nous possédons des manuscrits bibliques très anciens, dispersés dans le monde méditerranéen, qui attestent une grande stabilité du texte.
Aucune preuve ne montre une corruption doctrinale massive.
- « Pourquoi l’Église aurait-elle choisi les livres qui l’arrangeaient ? »
Réponse courte
Parce qu’elle a reconnu ce qui était déjà reçu comme apostolique.
Réponse développée
Les Évangiles et les lettres circulaient bien avant les conciles.
Les conciles n’ont pas créé le canon, ils ont confirmé ce que les Églises vivaient déjà.
- « Le Coran corrige la Bible. »
Réponse courte
Il la contredit sur des points centraux.
Réponse développée
Dire « corriger » suppose que la Bible est fausse.
Or les contradictions portent précisément sur Jésus, la croix et le salut, c’est-à-dire le cœur de la foi chrétienne.
- Question-clé à poser
« Acceptons-nous d’examiner ensemble ce que la Bible et le Coran disent réellement d’eux-mêmes, avant de décider lequel corrige l’autre ? » - Erreur fréquente à éviter
Discuter directement de Jésus ou de la Trinité sans avoir clarifié la question des sources.
Cela conduit presque toujours à un dialogue de sourds. - Phrase de conclusion pour le dialogue
« Si Dieu se révèle différemment dans la Bible et dans le Coran, alors on ne peut pas dire qu’il s’agit simplement de deux chemins vers la même foi. »
Outils pédagogiques
1) Questions ouvertes (réflexion et discussion)
- Pourquoi l’auteur affirme-t-il que toute comparaison sérieuse entre christianisme et islam doit commencer par les sources, et non par les pratiques ou les conséquences morales ?
Objectif : faire émerger la distinction fondements / conséquences. - Que signifie l’affirmation selon laquelle il n’existe pas de point de vue intellectuel neutre dans l’analyse religieuse ?
Objectif : introduire la notion de présupposés. - En quoi la conception biblique de la révélation comme historique et progressive est-elle cohérente avec la foi chrétienne en l’incarnation ?
Objectif : relier révélation, incarnation et histoire du salut. - Pourquoi le christianisme protestant retient-il le canon hébraïque de l’Ancien Testament sans les livres deutérocanoniques ?
Objectif : comprendre le lien entre canon, judaïsme ancien et Nouveau Testament. - Pourquoi peut-on dire que les conciles n’ont pas « créé » le canon du Nouveau Testament, mais l’ont reconnu ?
Objectif : clarifier un malentendu historique fréquent. - En quoi la doctrine chrétienne de l’inspiration biblique se distingue-t-elle d’une conception de type « dictée divine » ?
Objectif : éviter les caricatures sur l’inspiration. - Quelles sont les différences majeures entre la conception biblique de la révélation et la conception coranique ?
Objectif : identifier la divergence structurelle. - Pourquoi le Coran ne peut-il pas fonctionner seul comme norme religieuse sans les hadiths et la sunna ?
Objectif : comprendre la structure normative de l’islam. - Quelle est la fonction théologique de l’accusation de corruption de la Bible (taḥrīf) dans l’islam ?
Objectif : distinguer argument historique et nécessité doctrinale. - En quoi la fiabilité de la transmission manuscrite biblique constitue-t-elle un enjeu théologique majeur pour la foi chrétienne ?
Objectif : relier critique textuelle et théologie.
2) QCM (évaluation des connaissances)
- Selon l’article, pourquoi faut-il commencer par les sources dans la comparaison christianisme / islam ?
A. Parce que les pratiques sont trop diverses
B. Parce que les sources déterminent l’autorité et la doctrine
C. Parce que les sources sont plus anciennes
D. Parce que les sources sont plus simples à comparer
Bonne réponse : B - L’apologétique présuppositionnaliste affirme que :
A. Toutes les religions peuvent être évaluées à partir d’un point neutre
B. La foi exclut l’usage de la raison
C. Toute pensée repose sur des présupposés ultimes
D. Les faits parlent d’eux-mêmes sans interprétation
Bonne réponse : C - La Bible se présente avant tout comme :
A. Un livre dicté mot à mot par Dieu
B. Un code juridique intemporel
C. Une bibliothèque de témoignages historiques inspirés
D. Une révélation exclusivement mystique
Bonne réponse : C - Le canon du Nouveau Testament a été :
A. Créé par le concile de Nicée
B. Imposé par l’empereur Constantin
C. Reconnu progressivement par l’usage des Églises
D. Fixé tardivement au Moyen Âge
Bonne réponse : C - Dans la théologie réformée, l’inspiration biblique signifie que :
A. Les auteurs ont été passifs
B. Dieu a supprimé l’humanité des auteurs
C. Dieu a parlé par des auteurs humains situés
D. L’Écriture ne contient que des vérités spirituelles
Bonne réponse : C - Le Coran se présente principalement comme :
A. Une histoire du salut
B. Une compilation de témoignages
C. Une récitation divine normative
D. Une interprétation des Évangiles
Bonne réponse : C - Dans l’islam, la sunna correspond :
A. À une école juridique
B. À la tradition juive
C. À la voie exemplaire du Prophète
D. À une traduction du Coran
Bonne réponse : C - Les hadiths sont :
A. Tous considérés comme également authentiques
B. Le Coran traduit en arabe classique
C. Des récits transmis et évalués historiquement
D. Des ajouts chrétiens tardifs
Bonne réponse : C - L’accusation de corruption de la Bible sert principalement à :
A. Expliquer les variantes manuscrites
B. Justifier la pluralité des traductions
C. Résoudre les contradictions avec le Coran
D. Critiquer la critique textuelle moderne
Bonne réponse : C - La divergence entre Bible et Coran est dite « structurelle » parce qu’elle porte :
A. Sur des détails secondaires
B. Sur des différences culturelles
C. Sur la nature même de la révélation
D. Sur la morale contemporaine
Bonne réponse : C
3) Questions de synthèse (niveau avancé)
- Explique en quoi la conception de la révélation conditionne toute la théologie (Dieu, salut, homme, histoire).
- Montre pourquoi la question des sources empêche toute forme de syncrétisme entre christianisme et islam.
- En quoi cette première partie est-elle déterminante pour comprendre toutes les suivantes ?
- Cornelius Van Til, The Defense of the Faith, 4e éd. (Phillipsburg, NJ: Presbyterian and Reformed, 2008) ; John M. Frame, Apologetics to the Glory of God (Phillipsburg, NJ: P&R Publishing, 1994) ; Alvin Plantinga, Warranted Christian Belief (Oxford: Oxford University Press, 2000). ↩︎
- Sur l’apologétique présuppositionnaliste réformée et la rationalité de la foi chrétienne, voir Cornelius Van Til, The Defense of the Faith ; John Frame, Apologetics to the Glory of God ; Alvin Plantinga, Warranted Christian Belief. ↩︎
- Sur la révélation comme auto-communication historique de Dieu culminant dans le Christ, voir Herman Bavinck, Reformed Dogmatics, vol. 1.
Herman Bavinck, Reformed Dogmatics, vol. 1: Prolegomena (Grand Rapids: Baker Academic, 2003), chap. 3 ; Geerhardus Vos, Biblical Theology (Edinburgh: Banner of Truth, 1975). ↩︎ - Sur le canon hébraïque de l’Ancien Testament et sa réception, voir Emanuel Tov et Roger Beckwith.
Emanuel Tov, Textual Criticism of the Hebrew Bible, 3rd ed. (Minneapolis: Fortress Press, 2012) ; Roger Beckwith, The Old Testament Canon of the New Testament Church (Grand Rapids: Eerdmans, 1985). ↩︎ - Sur la reconnaissance du canon du Nouveau Testament, voir Bruce Metzger, The Canon of the New Testament, et la 39e Lettre festale d’Athanase.
Bruce M. Metzger, The Canon of the New Testament (Oxford: Oxford University Press, 1987) ; Athanasius of Alexandria, Festal Letter 39, in Nicene and Post-Nicene Fathers, Series II, vol. 4. ↩︎ - Bruce M. Metzger, The Canon of the New Testament: Its Origin, Development, and Significance, Oxford University Press, 1987. ↩︎
- Sur l’inspiration biblique et l’autorité de l’Écriture dans la théologie réformée, voir B. B. Warfield et la Confession de foi de La Rochelle.
B. B. Warfield, The Inspiration and Authority of the Bible (Philadelphia: Presbyterian and Reformed, 1948) ; Confession de foi de La Rochelle (1559), art. 4–5. ↩︎ - Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne (Institutes), Livre I, chapitre 13, paragraphe 1.
Contexte
Calvin explique que Dieu, pour se faire connaître, s’accommode à notre faiblesse et parle d’une manière adaptée à notre capacité.
Indication bibliographique recommandée (édition critique)
Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, éd. Jean-Daniel Benoit, 5 vol., Paris/Genève : Vrin – Labor et Fides (selon l’édition que tu utilises), I.13.1.
(Le découpage I.13.1 est stable d’une édition à l’autre, ce qui est très pratique académiquement.) ↩︎ - Source principale (fondamentale)
Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, Livre I, chapitre 7, en particulier §§ 2–5 (I.7.2–5).
Thème
Le témoignage intérieur du Saint-Esprit (testimonium Spiritus Sancti internum)
L’autopistie de l’Écriture (elle s’atteste elle-même)
Texte latin (référence doctrinale)
Calvin affirme que l’Écriture :
– ne reçoit pas son autorité de l’Église,
– ne dépend pas de démonstrations humaines,
– se rend crédible par l’action du Saint-Esprit.
Édition académique recommandée :
Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, éd. Jean-Daniel Benoit, Paris/Genève : Vrin – Labor et Fides, I.7.4–5.
Anglais (très stable) :
John Calvin, Institutes of the Christian Religion, ed. McNeill, trans. Battles, Louisville: Westminster John Knox, 1960, I.7.4–5. ↩︎ - Sur le statut théologique du Coran et sa conception de la révélation, voir W. M. Watt et Angelika Neuwirth.
W. Montgomery Watt, Islamic Revelation in the Modern World (Edinburgh: Edinburgh University Press, 1969) ; Angelika Neuwirth, The Qur’an and Late Antiquity (Oxford: Oxford University Press, 2019). ↩︎ - Sur le rôle normatif des hadiths et de la sunna, voir Jonathan Brown et Wael Hallaq.
Jonathan A. C. Brown, Hadith: Muhammad’s Legacy in the Medieval and Modern World (Oxford: Oneworld, 2009) ; Wael B. Hallaq, The Origins and Evolution of Islamic Law (Cambridge: Cambridge University Press, 2005). ↩︎ - Sur le développement tardif de la doctrine islamique de la corruption de la Bible, voir W. Montgomery Watt, Muslim-Christian Encounters, chap. « The Integrity of the Bible ».
Chapitre : “The Integrity of the Bible”
Watt y explique que l’accusation de corruption des Écritures bibliques n’est pas primitive, mais progressivement élaborée pour résoudre la tension entre le Coran et la Bible telle qu’elle existe réellement.
Idée formulée par Watt (fidèlement synthétisée)
Watt montre que :
le Coran semble présupposer l’existence de la Torah et de l’Évangile au VIIᵉ siècle ;
les premières critiques musulmanes portent surtout sur l’interprétation, non sur le texte ;
la doctrine d’une falsification textuelle (taḥrīf al-naṣṣ) se développe lorsque les divergences doctrinales deviennent intenables autrement.
Référence académique confirmant Watt (renforce la note)
Sidney H. Griffith
Ouvrage
Sidney H. Griffith, The Bible in Arabic: The Scriptures of the “People of the Book” in the Language of Islam,
Princeton: Princeton University Press, 2013.
Griffith confirme que :
le Coran ne soutient pas explicitement une corruption textuelle massive ;
cette doctrine apparaît dans la polémique islamo-chrétienne ultérieure. ↩︎ - Sur la fiabilité de la transmission manuscrite biblique et l’absence de corruption doctrinale, voir Bruce Metzger et Kurt Aland.
Bruce M. Metzger, The Text of the New Testament, 4th ed. (Oxford: Oxford University Press, 2005) ; Kurt Aland and Barbara Aland, The Text of the New Testament (Leiden: Brill, 1989). ↩︎ - Sur la divergence structurelle entre révélation biblique et révélation coranique, voir Herman Bavinck et Joseph Ratzinger.
Herman Bavinck, Reformed Dogmatics, vol. 1 (Grand Rapids: Baker Academic, 2003) ; Joseph Ratzinger, Foi, vérité, tolérance (Paris: Parole et Silence, 2005).
↩︎

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