Extase – Agrippa d’Aubigné

Ain­si l’amour du Ciel ravit en ces hauts lieux
Mon âme sans la mort, et le corps en ce monde
Va sou­pi­rant çà bas à liber­té seconde
De sou­pirs pour­sui­vant l’âme jusques aux Cieux.

Vous cour­ti­sez le Ciel, faibles et tristes yeux,
Quand votre âme n’est plus en cette terre ronde :
Dévale, corps las­sé, dans la fosse pro­fonde,
Vole en ton para­dis, esprit vic­to­rieux.

Ô la faible espé­rance, inutile sou­ci,
Aus­si loin de rai­son que du Ciel jusqu’ici,
Sur les ailes de foi délivre tout le reste.

Céleste amour, qui as mon esprit empor­té,
Je me vois dans le sein de la Divi­ni­té,
Il ne faut que mou­rir pour être tout céleste.

Théo­dore Agrip­pa d’Aubigné

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