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Le tableau de Ferdinand Pauwels (1872) représente la tradition de l’affichage des thèses. Il rappelle l’importance de l’événement, sans prouver que Luther les a effectivement clouées à la porte de l’église le 31 octobre 1517.
Extrait du livre Mon calendrier réformé, à paraître prochainement – une sélection de notices historiques présentées sur Foedus.
31 OCTOBRE 1517
Le 31 octobre 1517, à Wittenberg, Martin Luther adresse à l’archevêque Albert de Brandebourg une lettre accompagnée de quatre-vingt-quinze propositions consacrées aux indulgences. Ce geste, accompli dans le cadre de l’Église d’Occident, deviendra l’une des dates fondatrices de la mémoire de la Réformation.
La question des indulgences
Moine augustin et professeur d’Écriture sainte, Luther s’inquiète des prédications qui entretiennent chez les fidèles l’idée qu’une indulgence achetée pourrait les délivrer des conséquences du péché. Il ne s’oppose pas encore à l’ensemble de l’institution ecclésiastique. Il demande d’abord qu’une question disputée soit examinée publiquement à la lumière de la théologie et de l’Écriture. Sa lettre sollicite l’intervention de l’archevêque contre les abus et les assurances trompeuses donnés aux consciences.
Les thèses sont rédigées en latin, langue des débats universitaires. Elles appellent à discuter, plutôt qu’à proclamer une confession de foi déjà constituée. La première place toute la vie chrétienne sous le signe de la repentance. La soixante-deuxième rappelle que le véritable trésor de l’Église se trouve dans l’Évangile de la grâce de Dieu. À l’arrière-plan apparaît une interrogation décisive : sur quelle parole peut reposer l’assurance du pardon ?
Une tradition discutée
La tradition représente Luther clouant ses thèses sur la porte de l’église du château de Wittenberg. L’affichage fait partie des usages universitaires de l’époque, mais la réalité et les circonstances précises de cette scène fameuse demeurent débattues. En revanche, l’existence de la lettre datée du 31 octobre et la circulation rapide des thèses sont solidement attestées. Dès 1517, plusieurs impressions diffusent le texte au-delà de la ville universitaire. La controverse devient bientôt européenne. Ce succès éditorial ne fut pas entièrement voulu ni maîtrisé par Luther. Des imprimeurs et des lecteurs s’emparèrent rapidement d’un texte destiné d’abord à la discussion savante. Ainsi, la technique de l’imprimé transforma une controverse locale en question publique qui engageait toute l’Église.
Il serait inexact de lire ces pages comme si Luther possédait déjà, en octobre 1517, toute la doctrine qu’il développera par la suite. Certaines thèses conservent des présupposés du catholicisme médiéval. La rupture avec Rome, la clarification de la justification et les grandes confessions protestantes appartiennent encore à l’avenir. Ce commencement s’inscrit d’abord dans un appel à réformer la prédication, la pénitence et le soin des âmes.
L’héritage commun de la Réforme
Martin Luther, père de la Réforme, est un théologien réformé au sens large, par-delà les différences entre le luthéranisme et le calvinisme : il a rappelé à l’Église l’autorité de l’Écriture et la gratuité de la grâce. Jean Calvin, de la deuxième génération, prolongera cet héritage dans l’Institution de la religion chrétienne, avec une présentation plus systématique et une application plus rigoureuse du Sola Scriptura. Tous deux affirment la souveraineté de la Parole de Dieu et la nécessité pour l’Église de se réformer à sa lumière.
Se souvenir pour transmettre
Commémorer le 31 octobre ne consiste donc ni à célébrer un homme infaillible ni à dénigrer indistinctement les siècles précédents. C’est se souvenir qu’une conscience saisie par la vérité de l’Évangile peut appeler l’Église à l’examen. La fidélité reçue en héritage doit, à chaque génération, être éprouvée par l’Écriture, vécue dans la repentance et rendue visible par une proclamation claire du Christ.
Références
Martin Luther, Lettre à Albert de Brandebourg (31 octobre 1517), dans Works of Martin Luther, vol. 1 ; Luther, Disputatio pro declaratione virtutis indulgentiarum, Nuremberg, H. Höltzel, 1517 (Staatsbibliothek zu Berlin) ; German History in Documents and Images, « Martin Luther, Ninety-Five Theses ».
Illustration mise en avant : Ferdinand Pauwels, Luthers Thesenanschlag (1872), Wartburg-Stiftung, inv. M0121. Œuvre du domaine public reproduite via Wikimedia Commons. La scène d’affichage est une représentation du XIXe siècle ; le clouage demeure historiquement discuté.
Lire les autres extraits du livre : Calendrier réformé.
