Adoration des mages (Rembrandt)

2e dimanche après Noël –Année C : Épiphanie du Seigneur (Matthieu 2.1–12)

Vincent Bru, 29 décembre 2025

Introduction générale
Ce culte s’inscrit dans la célébration de l’Épiphanie du Seigneur. Il proclame la manifestation de Jésus-Christ comme lumière donnée à toutes les nations. À travers les textes bibliques de ce dimanche, l’Écriture affirme que Dieu accomplit fidèlement son alliance en révélant son Fils comme roi, sauveur et médiateur universel. Dès l’enfance de Jésus, l’Évangile annonce que le salut n’est pas réservé à un peuple ou à un cadre religieux particulier, mais qu’il est offert souverainement à tous ceux que Dieu appelle.

Textes du jour et thème
Les textes proposés pour ce dimanche 4 janvier 2026 (Année C, couleur liturgique : blanc) forment une unité théologique forte.
Ésaïe 60.1–6 annonce la gloire de l’Éternel se levant sur Jérusalem et attirant les nations à sa lumière.
Le Psaume 72 décrit le règne du roi juste et pacifique, devant qui les rois et les peuples viennent offrir leurs présents.
Éphésiens 3.2–6 révèle le mystère désormais manifesté : les païens sont pleinement cohéritiers, membres du même corps et participants de la même promesse en Christ par l’Évangile.
Matthieu 2.1–12 montre l’accomplissement concret de ces promesses dans l’adoration des mages, païens venus reconnaître le roi messianique, tandis que le pouvoir politique et religieux reste troublé ou hostile.

Le thème général de ce culte est donc : Le Christ, lumière pour toutes les nations.

Lien avec la théologie de l’alliance
Ces textes expriment la continuité et l’accomplissement de l’alliance divine. Les promesses faites à Abraham, confirmées à David et annoncées par les prophètes, ne sont ni abolies ni remplacées, mais pleinement réalisées en Jésus-Christ. L’alliance trouve en lui son centre, son médiateur et son horizon universel. L’Église apparaît comme le peuple de l’alliance rassemblé par grâce, composé de Juifs et de païens unis dans une même foi, une même espérance et une même adoration.

Présentation du contenu de la page
La méditation propose une lecture spirituelle brève du thème, orientée vers l’appropriation personnelle et la prière.
La prédication développe le message biblique de manière structurée, avec exégèse, éclairages théologiques, illustrations et applications concrètes.
La section liturgies offre un déroulé complet de culte réformé, incluant prières, confession des péchés, annonce du pardon, intercessions, envoi, ainsi que des propositions de psaumes et de cantiques du recueil Arc-en-ciel en cohérence avec les textes du jour.
L’exégèse fournit une étude approfondie des passages bibliques, fondée sur les langues originales, les Pères de l’Église, les Réformateurs et la théologie réformée confessante.
Les outils pédagogiques proposent des questions, exercices et animations destinés à favoriser la compréhension, la transmission et l’appropriation du message biblique.

Mention d’usage et de diffusion
Le contenu de cette page peut être librement utilisé, partagé, adapté et reproduit, dans un cadre personnel, ecclésial, pédagogique ou liturgique, sans demande d’autorisation préalable ni mention particulière. Il est proposé comme un outil au service de l’Église, pour l’édification, l’enseignement et la célébration du culte, dans un esprit de fidélité biblique et de transmission.



Textes bibliques du jour

Ésaïe 60.1–6
Psaume 72
Éphésiens 3.2–6
Matthieu 2.1–12

Bref résumé
L’Épiphanie célèbre la manifestation du Christ aux nations. Les mages venus d’Orient reconnaissent en Jésus le roi promis, lumière donnée non seulement à Israël, mais à tous les peuples.

Thème général
Le Christ, lumière pour toutes les nations

Lien avec la théologie de l’alliance
L’Épiphanie révèle l’accomplissement des promesses faites à Abraham : en sa descendance, toutes les nations de la terre sont bénies. L’alliance n’est pas abolie, mais élargie et manifestée dans le Christ, médiateur unique, qui attire à lui Juifs et païens dans une même promesse.


Méditation

Les mages venus d’Orient suivent une étoile fragile, discrète, mais suffisante pour les conduire jusqu’au Christ. Ils n’appartiennent pas au peuple de l’alliance, ils ne possèdent ni la Loi ni les Prophètes, et pourtant Dieu se révèle à eux. L’Épiphanie nous rappelle que le salut n’est pas le fruit d’un mérite religieux, mais d’une grâce souveraine qui appelle qui elle veut, quand elle veut.

Arrivés devant l’enfant, les mages se prosternent. Ils offrent de l’or, de l’encens et de la myrrhe, mais surtout ils offrent leur adoration. La vraie rencontre avec le Christ conduit toujours à l’humilité et à la louange. Celui qui est roi des nations se donne sous la forme d’un enfant, et sa gloire se manifeste dans la faiblesse.

La lumière qui a guidé les mages continue d’éclairer nos chemins, parfois obscurs, souvent incertains. Elle ne supprime pas toutes les questions, mais elle conduit sûrement à Jésus. Dieu ne promet pas un chemin sans détours, mais une destination certaine : la rencontre avec son Fils.

Prière
Seigneur Jésus-Christ, lumière véritable venue dans le monde, éclaire nos pas lorsque nous doutons, attire nos cœurs vers toi, et apprends-nous à t’adorer avec une foi humble et obéissante. Amen.


Prédication

Introduction
L’Épiphanie n’est pas une fête marginale ou folklorique. Elle touche au cœur même de l’Évangile. Elle proclame que Jésus-Christ n’est pas seulement le Messie d’Israël, mais le Seigneur des nations. Dès son enfance, le Christ attire à lui des hommes venus de loin, étrangers à l’alliance mosaïque, mais appelés par la grâce souveraine de Dieu. Ce récit nous confronte à une question essentielle : comment Dieu se révèle-t-il, à qui, et dans quel but ?

Première partie
Les mages sont des chercheurs de vérité. Ils scrutent les cieux, observent les signes, et lorsqu’une étoile se lève, ils se mettent en route. Leur démarche n’est pas celle de la foi biblique au sens strict, mais Dieu se sert de ce qu’ils connaissent pour les conduire plus loin. Cela nous rappelle une vérité fondamentale : la révélation générale peut éveiller, mais seule la révélation spéciale conduit au Christ. L’étoile les met en mouvement, mais c’est l’Écriture, citée à Jérusalem, qui les oriente précisément vers Bethléem.

Les Pères de l’Église ont vu dans cette étoile un signe de condescendance divine. Jean Chrysostome souligne que Dieu parle ici « le langage des païens pour les conduire au langage de l’Évangile ». Dieu n’approuve pas leur science astrologique, mais il l’utilise pour les conduire à son Fils. La grâce ne confirme pas l’erreur, elle la dépasse.

Application
Dieu utilise parfois des chemins détournés pour nous attirer à lui, mais il ne nous laisse jamais dans l’ambiguïté. Toute vraie quête spirituelle authentique est appelée à être confrontée à la Parole écrite.

Deuxième partie
À Jérusalem, la réaction d’Hérode contraste radicalement avec celle des mages. Le roi est troublé, inquiet, menacé. Là où les mages cherchent à adorer, Hérode cherche à conserver son pouvoir. La présence du Christ révèle les cœurs. Elle ne laisse jamais neutre.

Augustin écrivait que les mages adorent, tandis qu’Hérode craint, car « l’orgueil tremble devant l’humilité de Dieu ». Le Christ enfant est déjà une pierre d’achoppement. Il ne vient pas flatter les puissants, mais appeler les humbles.

Les Réformateurs insistent sur ce point. Calvin souligne que Dieu choisit volontairement des étrangers pour confondre l’orgueil religieux d’Israël et rappeler que l’élection est un acte libre de Dieu, non un privilège automatique lié à l’appartenance visible au peuple.

Application
La proximité religieuse n’est jamais une garantie de fidélité. On peut connaître les Écritures, fréquenter le temple, et pourtant refuser de se prosterner devant le Christ.

Troisième partie
Arrivés devant l’enfant, les mages se prosternent. Le texte insiste sur ce geste. Ils ne discutent pas, ils n’analysent plus, ils adorent. L’or confesse sa royauté, l’encens sa divinité, la myrrhe annonce sa mort. Sans le savoir pleinement, ils confessent déjà l’ensemble du mystère du Christ.

La théologie de l’alliance trouve ici un éclat particulier. La promesse faite à Abraham se réalise visiblement : les nations viennent à la lumière du Dieu d’Israël. L’unité du peuple de Dieu ne repose pas sur l’origine ethnique, mais sur l’appel divin et la foi en Christ. Paul dira plus tard que les païens sont « cohéritiers, membres du même corps ».

Application
Adorer le Christ, ce n’est pas seulement reconnaître qui il est, c’est accepter d’être transformé par sa seigneurie. Les mages repartent par un autre chemin. Toute rencontre authentique avec le Christ change la direction d’une vie.

Conclusion
L’Épiphanie nous rappelle que Dieu prend l’initiative, qu’il appelle au loin, qu’il éclaire les ténèbres, et qu’il conduit infailliblement les siens à son Fils. La lumière qui a guidé les mages brille encore aujourd’hui. Elle ne promet ni facilité ni sécurité humaine, mais elle conduit sûrement à Jésus-Christ, roi humble, sauveur universel, médiateur de l’alliance éternelle.

Que cette lumière éclaire nos pas, démasque nos résistances, et nous conduise, comme les mages, à une adoration sincère et obéissante.


Liturgies

Prière d’ouverture
Éternel notre Dieu,
toi qui as fait lever ta lumière sur Jérusalem
et révélé ton Fils aux nations,
ouvre nos cœurs à ta présence.
Que ton Esprit nous conduise à Jésus-Christ,
afin que nous venions l’adorer en vérité,
dans l’humilité, la joie et l’obéissance.
Par Jésus-Christ, notre Seigneur. Amen.

Lecture de la Loi
Éternel notre Dieu, tu nous appelles à marcher dans ta lumière.
Tu demandes la justice, la droiture et l’amour du prochain.
Tu nous rappelles que nul ne peut servir deux maîtres
et que ton règne ne se partage pas avec les idoles de ce monde.
Ta Loi est sainte, juste et bonne,
mais elle révèle aussi la dureté de nos cœurs.

Confession des péchés
Dieu de lumière,
nous confessons que nous avons souvent préféré les ténèbres.
Nous avons cherché notre propre gloire
plutôt que celle de ton Fils.
Comme Jérusalem troublée,
nous avons entendu ta Parole sans nous mettre en route.
Comme Hérode,
nous avons résisté à ta seigneurie par peur de perdre nos sécurités.
Pardonne-nous pour notre indifférence,
notre orgueil et notre manque d’adoration sincère.
Aie pitié de nous, pour l’amour de Jésus-Christ. Amen.

Annonce du pardon
Écoutez la bonne nouvelle de l’Évangile.
Le Christ est venu dans le monde non pour condamner,
mais pour sauver.
À ceux qui se repentent et se confient en lui,
Dieu accorde un pardon total et une paix véritable.
En Jésus-Christ, vos péchés sont pardonnés,
et vous êtes appelés enfants de lumière.
Rendons grâce à Dieu.

Prière d’illumination
Seigneur Dieu,
toi qui as guidé les mages par une étoile
et les as conduits jusqu’à ton Fils,
éclaire maintenant nos esprits par ton Esprit Saint.
Ouvre les Écritures devant nous,
afin que nous comprenions le mystère du Christ
et que ta Parole produise en nous la foi,
l’adoration et une vie renouvelée.
Par Jésus-Christ. Amen.

Intercessions
Seigneur notre Dieu,
nous te prions pour ton Église répandue dans le monde entier.
Qu’elle reflète fidèlement la lumière du Christ
et appelle les nations à l’adoration véritable.

Nous te prions pour les peuples encore plongés dans l’obscurité,
pour ceux qui cherchent sans connaître le Christ,
et pour ceux qui souffrent sous l’injustice et la violence.
Que ton règne de justice et de paix s’approche.

Nous te prions pour les responsables politiques,
afin qu’ils exercent leur autorité avec humilité et droiture,
sans craindre la vérité ni résister à ta volonté.

Nous te confions les pauvres, les opprimés, les malades et les affligés.
Que la compassion du Christ les relève
et que ton Église soit un instrument de ta grâce.

Reçois nos prières, Père,
par Jésus-Christ, lumière des nations. Amen.

Envoi
Allez dans la paix du Christ.
Marchez comme des enfants de lumière.
Annoncez par vos paroles et par vos vies
que le Roi est venu
et que sa lumière brille pour toutes les nations.
Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ,
l’amour de Dieu le Père
et la communion du Saint-Esprit
soient avec vous tous. Amen.

Psaumes (Psautier – recueil Arc-en-ciel)
Psaume 72 – Toutes les nations le serviront
Roi juste et universel, clairement messianique, en lien direct avec les mages et les nations venant offrir leurs présents.

Psaume 67 – Que Dieu nous fasse grâce, que sa face brille
Psaume missionnaire par excellence, exprimant la bénédiction d’Israël destinée à atteindre toutes les nations.

Psaume 117 – Louez l’Éternel, vous toutes les nations
Très bref, mais théologiquement puissant, idéal pour souligner l’universalité du salut.

Psaume 24 – À l’Éternel la terre et ce qu’elle renferme
Approprié pour l’entrée en culte : le Roi de gloire est accueilli.

Cantiques (recueil Arc-en-ciel)
Arc-en-ciel 151 – Peuples chantez le Seigneur
Cantique de louange universelle, mettant en avant l’appel des nations à glorifier Dieu.

Arc-en-ciel 152 – Debout, resplendis
Directement inspiré d’Ésaïe 60, parfaitement adapté à l’Épiphanie et à la thématique de la lumière.

Arc-en-ciel 155 – O nations, louez le Seigneur
Cantique simple et rassembleur, exprimant la vocation missionnaire de l’Église.

Arc-en-ciel 200 – Ô Jésus, Roi des nations
Christologie claire, confession de la royauté universelle du Christ.

Arc-en-ciel 230 – Seigneur, rassemble-nous
Approprié pour souligner l’unité du peuple de Dieu, Juifs et païens réunis en un seul corps.

Ces psaumes et cantiques peuvent être intégrés dans le déroulé du culte selon la logique suivante :
– Entrée en culte : Psaume 24 ou Psaume 67
– Après l’annonce du pardon : Psaume 72
– Après la prédication : Arc-en-ciel 152 ou 200
– Envoi : Psaume 117 ou Arc-en-ciel 151


Exégèse

Psaume 72

Ésaïe 60 : Gloire de la Jérusalem restaurée

1 Lève-toi, brille, car ta lumière paraît, Et la gloire de l’Éternel se lève sur toi. 2Car voici que les ténèbres couvrent la terre Et l’obscurité les peuples ; Mais sur toi l’Éternel se lève, Sur toi sa gloire apparaît. 3Des nations marcheront à ta lumière Et des rois à la clarté de ton aurore. 4Porte tes yeux alentour et regarde : Tous ils se rassemblent, Ils viennent vers toi ; Tes fils arrivent de loin, Et tes filles sont portées sur les bras. 5À cette vue tu seras radieuse, Ton cœur bondira et se dilatera, Quand les richesses seront détournées de la mer vers toi, Quand les ressources des nations viendront vers toi. 6Tu seras couverte d’une foule de chameaux, Ainsi que de dromadaires de Madian et d’Épha ; Ils viendront tous de Saba ; Ils porteront de l’or et de l’encens Et annonceront les louanges de l’Éternel.


Brève introduction pour situer le texte dans son contexte
Ésaïe 60 s’inscrit dans la grande section d’Ésaïe 56–66, adressée à une communauté revenue d’exil mais encore fragile, pauvre et déçue. Jérusalem est restaurée juridiquement, mais non glorieuse visiblement. Le prophète annonce, par une vision eschatologique, l’intervention décisive de Dieu : la gloire de l’Éternel va se lever sur Sion et attirer à elle les nations. Ce texte dépasse le simple cadre historique du retour de Babylone et ouvre une perspective messianique et universelle.

Exégèse détaillée à partir de l’hébreu
Le texte s’ouvre par un double impératif : « Lève-toi » (קוּמִי, qûmî) et « brille » (אוֹרִי, ’ôrî). Jérusalem n’est pas source de lumière par elle-même ; elle est appelée à refléter une lumière qui lui est donnée. La cause est immédiatement précisée : « car ta lumière paraît » (כִּי בָא אוֹרֵךְ), lumière identifiée comme « la gloire de l’Éternel » (כְּבוֹד יְהוָה). La gloire, dans l’Ancien Testament, désigne le poids, la présence active et salvatrice de Dieu.

Le contraste est radical au verset 2 : les ténèbres (חֹשֶׁךְ) couvrent la terre, et l’obscurité épaisse (עֲרָפֶל) les peuples. Cette obscurité n’est pas seulement morale, mais spirituelle et théologique. Face à elle, l’Éternel « se lève » (יִזְרָח, yizraḥ), verbe utilisé pour l’aube. Dieu inaugure un jour nouveau.

Le verset 3 marque le tournant universel : « des nations marcheront à ta lumière ». Le verbe הלך (halak) exprime un mouvement continu : les peuples sont attirés durablement. Les rois eux-mêmes reconnaissent cette lumière. Sion devient le centre rayonnant de l’action salvatrice de Dieu.

Les versets 4 à 6 décrivent l’afflux des nations par des images concrètes : retour des fils, richesses maritimes, caravanes, chameaux, or et encens. Il ne s’agit pas d’un enrichissement mercantile, mais d’un hommage cultuel. L’or et l’encens sont explicitement liés à la proclamation des louanges de l’Éternel.

Explication du sens des mots les plus importants
Lumière (אוֹר) : symbole classique de la révélation, de la vie et du salut divin. Ici, elle est strictement théocentrique.
Gloire (כָּבוֹד) : présence manifeste de Dieu, déjà associée au tabernacle et au temple, désormais liée à une Jérusalem restaurée.
Nations (גּוֹיִם) : terme théologique majeur, désignant les peuples non israélites, intégrés ici dans le dessein salvateur.
Marcher (הָלַךְ) : langage de la foi et de l’obéissance, non d’une simple visite ponctuelle.

Citations des Pères de l’Église
Augustin voit dans ce texte une prophétie directe du Christ et de l’Église :
« La Jérusalem illuminée n’est autre que la cité de Dieu, éclairée par le Christ, et les nations qui viennent à sa lumière sont celles que l’Évangile a appelées hors des ténèbres. »
(Cité de Dieu, livre XVIII)

Jean Chrysostome relie explicitement Ésaïe 60 à la venue des mages :
« Les présents des mages accomplissent la prophétie : l’or et l’encens offerts au Christ manifestent que les nations reconnaissent en lui le Seigneur. »
(Homélies sur Matthieu)

Citations des Réformateurs
Jean Calvin souligne le caractère gratuit et souverain de cet appel des nations :
« Le prophète montre que Dieu n’attire pas les peuples par la force, mais par la lumière de sa grâce, afin que toute gloire lui soit attribuée. »
(Commentaire sur Ésaïe 60)

Calvin insiste aussi sur le fait que Jérusalem ne se glorifie pas elle-même, mais devient instrument :
« L’Église n’est lumineuse qu’autant qu’elle reçoit sa clarté du Seigneur. »

Citations de théologiens réformés confessants contemporains
Herman Ridderbos écrit :
« Ésaïe 60 anticipe l’universalité du salut messianique : la lumière de Sion devient la lumière du monde, accomplie pleinement dans le Christ. »
(La venue du Royaume)

Apports de l’archéologie biblique pour éclairer le sens
Les descriptions de caravanes, de chameaux et de routes commerciales correspondent précisément aux grands axes reliant l’Arabie du Sud, la mer Rouge et le Proche-Orient. Saba, Madian et Épha étaient connus pour l’or et l’encens. Le prophète utilise un imaginaire géopolitique réaliste pour exprimer une réalité théologique : les nations historiquement riches rendent hommage au Dieu d’Israël.

Implications du texte pour la théologie de l’alliance
Ésaïe 60 affirme la continuité de l’alliance abrahamique. Les nations ne remplacent pas Israël, mais sont attirées à la lumière qui se lève sur Sion. L’alliance n’est ni abolie ni ethnicisée ; elle est accomplie et élargie. Dans la perspective chrétienne, cette prophétie trouve son accomplissement en Jésus-Christ, lumière du monde, et dans l’Église comme peuple de l’alliance rassemblant Juifs et païens dans une même promesse.


Éphésiens 3 : Mystère de la vocation des païens

Col 1.24-29 ; 2.1-3 ; 1 P 1.10-12

1 À cause de cela, moi Paul, le prisonnier du Christ-Jésus pour vous, les païens, … 2si du moins vous avez entendu parler de la grâce de Dieu qui m’a été accordée pour que je vous en fasse part. 3C’est par révélation que j’ai eu connaissance du mystère, comme je viens de l’écrire en quelques mots. 4En les lisant, vous pouvez comprendre l’intelligence que j’ai du mystère du Christ. 5Ce mystère n’avait pas été porté à la connaissance des fils des hommes dans les autres générations, comme il a été révélé maintenant par l’Esprit à ses saints apôtres et prophètes : 6les païens ont un même héritage, forment un même corps et participent à la même promesse en Christ-Jésus par l’Évangile.


Brève introduction pour situer le texte dans son contexte
Éphésiens 3 s’inscrit au cœur de l’épître où Paul expose la nature profonde de l’Église. Après avoir affirmé en Éphésiens 2 l’unité nouvelle entre Juifs et païens en Christ, l’apôtre explicite ici l’origine et le contenu de cette unité : elle relève d’un « mystère » révélé souverainement par Dieu. Paul écrit depuis la captivité et se présente comme prisonnier « pour vous, les païens », soulignant le coût personnel de cette mission universelle.

Exégèse détaillée à partir du grec
Paul ouvre par une auto-désignation théologique : « prisonnier du Christ-Jésus » (δέσμιος τοῦ Χριστοῦ Ἰησοῦ). Sa captivité n’est pas d’abord politique, mais christologique. Elle participe du dessein rédempteur de Dieu.

Le terme clé est μυστήριον (mystērion). Contrairement à l’usage hellénistique, il ne désigne pas une réalité ésotérique réservée à quelques initiés, mais un dessein divin autrefois caché et désormais révélé. Paul insiste : ce mystère n’était pas connu « dans les autres générations » (ἐν ἑτέραις γενεαῖς), non par absence totale d’indices dans l’Ancien Testament, mais parce que sa pleine portée n’était pas encore manifestée.

La révélation est trinitaire : elle vient « par révélation » (κατὰ ἀποκάλυψιν), est communiquée « par l’Esprit » (ἐν Πνεύματι), et concerne « le mystère du Christ » (τὸ μυστήριον τοῦ Χριστοῦ). Le Christ n’est pas seulement le contenu, mais le lieu même de l’accomplissement.

Le verset 6 constitue le sommet théologique du passage. Trois termes composés soulignent l’égalité parfaite entre Juifs et païens :
συγκληρονόμα (cohéritiers),
σύσσωμα (membres du même corps),
συμμέτοχα (participants de la même promesse).
La répétition du préfixe συν- (« avec ») exclut toute hiérarchie spirituelle. L’unité n’est ni symbolique ni administrative : elle est organique, enracinée « en Christ-Jésus, par l’Évangile ».

Explication du sens des mots les plus importants
Mystère (μυστήριον) : dessein rédempteur éternel de Dieu, révélé historiquement en Christ.
Révélation (ἀποκάλυψις) : acte souverain par lequel Dieu fait connaître ce que l’homme ne peut découvrir par lui-même.
Même corps (σύσσωμα) : image ecclésiologique forte, indiquant une unité vitale, non une simple coopération.
Promesse (ἐπαγγελία) : référence directe aux promesses abrahamiques accomplies en Christ.

Citations des Pères de l’Église
Jean Chrysostome insiste sur la nouveauté radicale de cette révélation :
« Ce n’est pas seulement que les païens soient sauvés, mais qu’ils soient faits égaux, sans distinction, dans le même corps et la même gloire. »
(Homélies sur l’Épître aux Éphésiens)

Augustin relie ce mystère à l’unité de l’Église :
« Le Christ total, tête et corps, réunit ceux qui étaient loin et ceux qui étaient proches dans une seule paix. »
(Sermons sur le Nouveau Testament)

Citations des Réformateurs
Jean Calvin commente :
« Ce mystère n’est pas que les païens soient appelés, mais qu’ils soient faits participants à part entière des promesses, sans passer par la Loi. »
(Commentaire sur l’Épître aux Éphésiens)

Calvin souligne également la source divine de cette unité :
« L’Église n’est pas fondée sur l’accord des hommes, mais sur la révélation de Dieu. »

Citations de théologiens réformés confessants contemporains
Herman Ridderbos écrit :
« L’universalité de l’Église n’est pas une évolution historique, mais une donnée révélée du dessein éternel de Dieu en Christ. »
(Paul, théologie de l’apôtre)

Apports de l’archéologie biblique pour éclairer le sens
Les inscriptions et documents du Ier siècle confirment la séparation stricte entre Juifs et non-Juifs dans le monde gréco-romain, y compris dans les synagogues de la diaspora. L’affirmation paulinienne d’un même héritage et d’un même corps allait à l’encontre des structures sociales et religieuses établies, soulignant le caractère révolutionnaire de l’Évangile.

Implications du texte pour la théologie de l’alliance
Éphésiens 3 affirme que l’alliance abrahamique trouve son accomplissement en Christ sans rupture ni remplacement. Les païens ne sont pas greffés secondairement, mais intégrés pleinement, sur un pied d’égalité, dans la promesse. L’Église apparaît ainsi comme le peuple unique de l’alliance, rassemblé par grâce, fondé sur la révélation divine, et uni exclusivement en Jésus-Christ, médiateur et accomplissement de toutes les promesses.


Matthieu 2 : Les mages à Bethléhem. Hérode

1Jésus était né à Bethléhem en Judée, au temps du roi Hérode. Des mages d’Orient arrivèrent à Jérusalem 2et dirent : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l’adorer. 3À cette nouvelle le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui. 4Il assembla tous les principaux sacrificateurs et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ. 5Ils lui dirent : À Bethléhem en Judée, car voici ce qui a été écrit par le prophète : 6 Et toi, Bethléhem, terre de Juda, Tu n’es certes pas la moindre Parmi les principales villes de Juda ; Car de toi sortira un prince, Qui fera paître Israël, mon peuple . 7Alors Hérode fit appeler en secret les mages, et se fit préciser par eux l’époque de l’apparition de l’étoile. 8Puis il les envoya à Bethléhem, en disant : Allez, et prenez des informations précises sur le petit enfant ; quand vous l’aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que j’aille moi aussi l’adorer. 9Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici : l’étoile qu’ils avaient vue en Orient les précédait ; arrivée au-dessus (du lieu) où était le petit enfant, elle s’arrêta. 10À la vue de l’étoile, ils éprouvèrent une très grande joie. 11Ils entrèrent dans la maison, virent le petit enfant avec Marie, sa mère, se prosternèrent et l’adorèrent ; ils ouvrirent ensuite leurs trésors, et lui offrirent en présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. 12Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner vers Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.


Brève introduction pour situer le texte dans son contexte
Matthieu 2.1–12 s’inscrit dans le récit de l’enfance selon l’évangéliste Matthieu, qui écrit en priorité à des lecteurs issus du judaïsme. Son objectif est clair : montrer que Jésus est le Messie promis par les Écritures. Le récit des mages met en scène une ironie théologique majeure : des païens reconnaissent le roi messianique, tandis que Jérusalem, pourtant dépositaire des Écritures, reste troublée ou hostile. Le texte est profondément christologique, mais aussi ecclésiologique et missionnaire.

Exégèse détaillée à partir du grec
Le récit commence par une datation politique précise : « au temps du roi Hérode » (ἐν ἡμέραις Ἡρῴδου τοῦ βασιλέως). Matthieu ancre l’événement dans l’histoire réelle, tout en opposant immédiatement deux royautés : celle d’Hérode, usurpée et violente, et celle de Jésus, discrète mais légitime.

Les « mages » (μάγοι) ne sont pas des rois, mais des sages orientaux, probablement issus du monde perse ou babylonien. Leur savoir est lié à l’observation des astres. Matthieu ne valorise pas l’astrologie en tant que telle, mais souligne que Dieu se sert de ce que ces hommes connaissent pour les conduire au Christ.

La question centrale du verset 2 est théologique : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » Le verbe est au parfait (τεχθεὶς), indiquant un événement accompli aux effets durables. Jésus est roi dès sa naissance, indépendamment de toute reconnaissance humaine. Leur motivation est claire : « nous sommes venus l’adorer » (προσκυνῆσαι), terme qui, chez Matthieu, implique une reconnaissance de souveraineté et, progressivement, une dimension cultuelle.

La réaction d’Hérode est décrite par le verbe ἐταράχθη (« il fut troublé »), utilisé ailleurs pour des situations de menace profonde. Matthieu ajoute : « et tout Jérusalem avec lui ». La ville sainte partage l’inquiétude du tyran, révélant une solidarité tragique entre pouvoir politique et indifférence religieuse.

Les chefs religieux citent correctement Michée 5.1, montrant qu’ils possèdent la connaissance scripturaire exacte. Pourtant, cette connaissance ne les met pas en mouvement. Le contraste entre savoir théologique et obéissance vivante est central dans le propos de Matthieu.

L’étoile « les précédait » (προῆγεν αὐτούς), langage qui évoque une conduite divine, presque pastorale. Elle « s’arrête » (ἐστάθη) au-dessus du lieu où se trouve l’enfant, soulignant que Dieu conduit précisément vers le Christ incarné, non vers une idée abstraite.

Le verset 11 est le sommet du récit : ils « se prosternent » (πεσόντες προσεκύνησαν) et offrent leurs dons. L’ordre est significatif : l’adoration précède l’offrande. Les présents ont une valeur symbolique profonde : l’or pour la royauté, l’encens pour la divinité, la myrrhe pour la souffrance et la mort à venir.

Enfin, l’avertissement en songe et le retour « par un autre chemin » expriment une transformation réelle : la rencontre avec le Christ modifie concrètement la trajectoire de vie.

Explication du sens des mots les plus importants
Mage (μάγος) : savant païen, extérieur à l’alliance mosaïque, mais appelé par la grâce.
Adorer (προσκυνέω) : acte de soumission et de reconnaissance de souveraineté, parfois cultuelle.
Étoile (ἀστήρ) : signe providentiel, non naturalisé, servant la révélation divine.
Troublé (ταράσσω) : agitation intérieure liée à la peur de perdre le pouvoir.

Citations des Pères de l’Église
Jean Chrysostome commente :
« Les mages viennent de loin pour adorer, tandis que ceux qui étaient proches restent immobiles ; ainsi Dieu manifeste que la foi ne dépend ni du lieu ni de l’héritage charnel. »
(Homélies sur Matthieu)

Augustin voit dans l’étoile une pédagogie divine :
« L’étoile parle aux païens comme l’Écriture parle aux Juifs ; chacun est conduit par le moyen qui lui est adapté. »
(Sermons)

Citations des Réformateurs
Jean Calvin écrit :
« Dieu attire les mages par un signe extraordinaire, afin de montrer que le salut des païens ne procède pas de leur sagesse, mais de sa grâce. »
(Commentaire sur l’Évangile selon Matthieu)

Il ajoute :
« L’adoration des mages est un témoignage anticipé de la vocation des nations. »

Citations de théologiens réformés confessants contemporains
Herman Ridderbos souligne :
« Matthieu présente l’enfance de Jésus comme déjà marquée par le conflit entre le royaume de Dieu et les puissances de ce monde. »
(L’Évangile selon Matthieu)

Apports de l’archéologie biblique pour éclairer le sens
Les sources antiques confirment la cruauté et la paranoïa d’Hérode le Grand, connu pour avoir fait exécuter plusieurs membres de sa propre famille. Le trouble d’Hérode est historiquement cohérent. Par ailleurs, les routes caravanières reliant la Mésopotamie à la Judée rendent plausible le voyage des mages, renforçant l’ancrage historique du récit.

Implications du texte pour la théologie de l’alliance
Matthieu 2 affirme que l’accomplissement de l’alliance passe par la reconnaissance du Christ comme roi et objet d’adoration. Les mages, païens, sont intégrés dès l’origine comme prémices des nations appelées. Israël n’est pas rejeté, mais mis devant sa responsabilité : posséder l’Écriture sans venir au Christ conduit au jugement. L’alliance trouve son unité et son centre exclusif en Jésus-Christ, lumière des nations et berger du peuple de Dieu.


Outils pédagogiques

Objectif pédagogique général

Aider à comprendre la portée théologique de l’Épiphanie : la manifestation du Christ comme roi et sauveur universel, l’accomplissement de l’alliance, et l’appel à une foi qui conduit à l’adoration et à l’obéissance.

Questions ouvertes pour la réflexion personnelle ou en groupe

  1. Pourquoi Matthieu met-il en scène des mages païens comme premiers adorateurs du Christ, alors que Jérusalem reste troublée ?
  2. Quelle différence fais-tu entre connaître l’Écriture et rencontrer réellement le Christ ?
  3. En quoi le comportement d’Hérode révèle-t-il une résistance spirituelle toujours actuelle ?
  4. Que signifie, concrètement aujourd’hui, « se prosterner » devant le Christ ?
  5. Pourquoi Matthieu insiste-t-il sur le fait que les mages repartent par un autre chemin ?

Questions avec éléments de réponse (repères clairs)

  1. Les mages montrent que le salut est une grâce souveraine : Dieu appelle qui il veut, même hors du cadre religieux visible.
  2. La connaissance intellectuelle de la Bible ne produit pas automatiquement l’obéissance ; seule la foi vivante conduit à l’adoration.
  3. Hérode incarne la peur de perdre le pouvoir et le contrôle ; le Christ met toujours en crise nos sécurités humaines.
  4. Se prosterner, c’est reconnaître la seigneurie du Christ sur toute la vie, pas seulement sur la sphère religieuse.
  5. Le « autre chemin » symbolise une transformation réelle : rencontrer le Christ change la direction d’une existence.

QCM de compréhension

  1. Les mages représentent principalement :
    a) Des rois d’Israël
    b) Des prêtres du Temple
    c) Des païens appelés par la grâce
    → Réponse correcte : c
  2. L’étoile dans Matthieu 2 est avant tout :
    a) Un phénomène astrologique autonome
    b) Un signe providentiel conduisant au Christ
    c) Une illusion symbolique
    → Réponse correcte : b
  3. Le trouble d’Hérode révèle :
    a) Une ignorance des Écritures
    b) Une crainte politique et spirituelle
    c) Une foi hésitante
    → Réponse correcte : b
  4. Les dons des mages expriment avant tout :
    a) Une richesse matérielle
    b) Une stratégie diplomatique
    c) Une confession théologique implicite
    → Réponse correcte : c

Proposition d’animation pédagogique (groupe ou catéchèse)
Lecture dialoguée de Matthieu 2.1–12, avec répartition des rôles (narrateur, mages, Hérode, scribes).
Temps de silence après la lecture.
Chaque participant note ce qui, dans le texte, l’attire ou le dérange.
Mise en commun autour de la question : « Suis-je plutôt en mouvement comme les mages, immobile comme les scribes, ou inquiet comme Hérode ? »

Exercice d’appropriation concrète
Inviter chacun à écrire une phrase courte complétant :
« Si le Christ est vraiment roi, alors dans ma vie cela change… »
Partage volontaire, sans obligation, pour favoriser une appropriation personnelle et sincère.

Synthèse doctrinale à retenir
L’Épiphanie enseigne que Jésus-Christ est le centre de l’alliance accomplie, le roi reconnu par les nations, et le Seigneur qui appelle à une réponse totale. La vraie foi ne s’arrête ni au savoir religieux ni à l’émotion, mais conduit à l’adoration, à l’obéissance et à une vie transformée.

Ouverture possible
Prolonger le travail avec Ésaïe 60, Psaume 72 ou Éphésiens 3 pour montrer la cohérence biblique de l’appel des nations et l’unité du peuple de Dieu en Christ.

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